All posts filed under: Littérature québécoise

Bestiaire, Eric Dupont, Gaspésie, enfance

Bestiaire : le berceau salé d’Eric Dupont

Eric porte un regard sur son enfance. Les animaux qui amorcent son récit défilent et ramènent à la surface des anecdotes à saveur autobiographique. Sans être un véritable bestiaire (manuscrit regroupant des fables sur les bêtes), les chapitres débutent par le chat, le vacher à tête brune, le bigorneau, le chien, les poules, le grand-duc d’Amérique et le canari; ces animaux ouvrent la porte sur des anecdotes d’une puissance sans nom. Racontés adroitement avec un regard empreint de résilience, nous sommes invités à nous remémorer avec le narrateur, dans un défilé de métaphores, les nombreux personnages qui ont marqué sa jeunesse au cours de la Révolution tranquille. Il en va ainsi pour Nadia Comaneci, jeune gymnaste roumaine à la note parfaite et au sourire inoubliable, qui fera naître ce bijou : « Ma sœur et moi, les deux enfants condamnés à voltiger entre ces deux barres, avons offert au monde un admirable numéro de gymnastique familiale. » Parlant de famille, la dichotomie vécue chez l’un des protagonistes par son père, policier de la Sûreté du …

le fil rouge; le fil rouge lit; livre; lire; bibliothérapie; Manikanetish; Naomi Fontaine; Mémoire d'encrier; Innu; Côte-Nord

Manikanetish : le retour aux sources d’une enseignante dans une école d’Uashat

La rentrée littéraire est pour moi synonyme de multiples tergiversations en librairie afin de décider quels livres parmi les nouveautés je choisirai comme compagnons de lecture pour les prochaines semaines. Il y a par contre des livres comme Manikanetish qui s’imposent d’emblée dès que je les aperçois. Plusieurs raisons expliquent pourquoi le nouveau roman de Naomi Fontaine a attiré mon attention :  Le premier roman de Naomi Fontaine, Kuessipan, m’avait beaucoup plu; J’ai à cœur d’encourager Mémoire d’encrier, une maison d’édition qui ose publier des auteurs aux profils diverses; Une libraire avec laquelle je partage plusieurs affinités côté lectures me l’a recommandé; Le livre dépeint une réalité qui mérite grandement d’être connue selon moi; Bref, si les raisons qui m’ont amenée à me procurer ce livre sont nombreuses, de nombreuses raisons m’incitent également à encourager les lecteurs du blogue à en faire la lecture. Manikanetish, La Petite Marguerite Manikanetish, c’est le nom d’une école située sur la réserve indienne d’Uashat sur la Côte-Nord. Le roman porte ce titre, car il raconte l’année scolaire de Yammie, une …

Le fil rouge le fil rouge lit bibliothérapie littérature lecture livres les livres qui font du bien Les Herbes rouges Jean-Simon Desrochers L'année Noire

Les Certitudes : le désordre de Montréal

Lorsque j’ai reçu le tome 2 de la série L’année noire de Jean-Simon Desrochers, je me suis soudainement rendue compte que le temps passait à une vitesse folle, et qu’il fallait peut-être que je pense à ralentir un peu dans ma vie. Le tome 1 était sorti fin mars alors que de la neige parsemait encore le sol et que le printemps tardait à venir, j’avais dévoré l’énorme livre en une semaine et quand j’étais arrivée à la dernière page du livre, je m’étais dit que jamais je ne serais capable d’attendre aussi longtemps avant de lire le tome 2. Le tout s’était terminé par des coups de feu et je voulais savoir tout de suite qui était mort. Septembre me paraissait si lointain. Et pourtant, l’automne est maintenant bien arrivé! Lorsque j’ai lu le premier tome, je venais de me lancer à mon compte. Et depuis, j’ai tant couru à droite et à gauche, multipliant les contrats, que j’ai à peine eu le temps de m’ennuyer des personnages de cette incroyable saga noire. Cependant, …

#lefilrouge #lefilrougelit #leslivresquifontdubien #bibliothérapie #lecture #livres #littérature #littératurequébécoise #AlexandraGendronDeslandes #doùjemetrouve #cheveux #raser #cancer #pertedecheveux #témoignages #documentaire #femmes

Nous sommes belles, avec ou sans cheveux : « D’où je me trouve » d’Alexandra Gendron-Deslandes

J’ai la même coupe de cheveux depuis des années. Ma tentative de les faire pousser est aboutie à un retour à la même tête, car pourquoi changer une formule gagnante? Pourtant, j’ai toujours trouvé ça plate, d’avoir la même coupe, et de ce fait, je me suis souvent entendu dire: « Ah, je me raserais tellement les cheveux, ce serait moins compliqué! » Mais après ma lecture du récit D’où je me trouve, ma réflexion a bien changé. Alexandra Gendron-Deslandes avait initialement l’intention de faire un documentaire sur les femmes ayant subi une perte de cheveux, ou celles qui ont pris la décision de se raser la chevelure. C’est après avoir elle-même traversé cette réflexion, puis avoir décidé de passer à l’action, que l’auteure a voulu rencontrer d’autres femmes afin de connaître leurs sentiments, leurs perceptions et leurs questionnements pour, écrit-elle, « sonder comment l’absence de cheveux avait fait événement dans [leur] vie ». Alexandra a ensuite reconstitué ces entretiens sous forme de fragments, par séquence, tel un montage documentaire. Or, ce montage est demeuré papier, est devenu un « documentaire …

Larguer les amours; la rupture sous toutes ses coutures

En juin, j’ai vécu une rupture plutôt difficile – lesquelles ne le sont pas, tsé – quoi que nécessaire. Depuis, mes lectures semblent teintées par celle-ci. J’ai le goût de lire des essais qui parlent d’indépendance, de désir, de vie, de liberté. De me plonger dans les histoires des autres pour mieux comprendre la mienne. De lire les opinions et réflexions de femmes qui m’inspirent pour me sentir un peu moins seule, me comprendre un peu mieux et, bien sur, mieux comprendre le monde qui m’entoure. Larguer les amours, c’est un peu tout ça. Ce sont 20 textes sur le thème de la rupture, mais d’abord et avant tout sur la beauté et sur la complexité des rapports humains. Vingt femmes couchent sur papier leurs déboires amoureux. Elles sont écrivaines, poétesses, scénaristes, dramaturges, journalistes. Elles ont l’écriture dans le sang, et le sang qui s’enflamme pour des amours foutus d’avance.   Larguer les amours, ce sont des variations sur le thème de la rupture, l’exploration de cet instant cru, brutal, fou, de cette fois où …

Si j'avais un perroquet, je l'appelerais Jean-Guy (parce que Coco c'est déjà pris), Blandine Chabot, éditions au carré, littérature québécoise, humour, amour, amitié, trahison, le fil rouge, le fil rouge lit, blogue, blog, blogue littéraire, les livres qui font du bien, bibliothécaire

Si j’avais un perroquet je l’appellerais Jean-Guy (parce que Coco c’est déjà pris)

Je n’ai pu utiliser un autre titre que celui du roman pour cet article : il est trop bon! C’est bien ce titre accrocheur qui m’a attirée vers ce roman. Je me suis dit que ça devait être le livre d’une auteure avec l’esprit un peu fou, et cette perspective m’a aussitôt séduite. À tous les chats qui s’appellent Luc Dès la première page, la dédicace donne le ton du roman. Résumé Catherine, enseignante de français et célibataire, nous fait part de son quotidien pour le moins rocambolesque. Jean-Philippe 514 555-2062 Appelle quand tu veux. Un jour, elle a l’audace de répondre à la proposition écrite sur un petit papier trouvé dans un roman de Françoise Sagan qu’elle a emprunté à la bibliothèque. Sans occuper toute la place dans son histoire, ce mystérieux Jean-Philippe contribuera à apporter un vent de changement dans sa vie. Quelqu’un l’a écrit, c’est à la deuxième personne du singulier de l’impératif présent, je tombe dessus : je me sens concernée. Un ton humoristique Le personnage de Catherine n’est pas caricatural; …

Amants; Anne Archet; Éditions du remue-ménage; Le fil rouge; le fil rouge lit; bibliothérapie; littérature; lecture; livres; les livres qui font du bien; Sexe; sexualité; coït; maîtresse, Mathilde Corbeil; intime;

Deux lignes, un coït et ainsi de suite

Écrit par Anne Archet, une anonyme anarchiste écrivant sous un pseudonyme, Amants se trouve à être un joli livre rose et grand comme ma main, de 202 pages, imagé par moment par la talentueuse Mathilde Corbeil (googlez-la!). Il est paru en avril 2017, sous les Éditions du remue-ménage. Sous la couverture se révèlent beaucoup de souvenirs coquins de coïts. Sept cent quarante et un ébats pour être exacte. Faites le calcul vite vite, pour que ce nombre de coïts puisse entrer dans 202 pages, on comprend que la quantité l’emporte sur les détails des expériences en soi. Sans toutefois que l’auteure ait lésiné sur la qualité d’écriture. En fait, c’est sérieusement tout un exercice de style que renferme ce livre. Amants nous propose une lecture simple et efficace : deux lignes : un coït. Répétez. Et c’est ainsi pour la quasi-totalité du livre. On passe de Uldéric à Amaury et par Télesmond (mention spéciale au choix des prénoms de ses amants!). On a droit à un défilé d’une ligne, un punch, carrément. Ce livre s’adresse vraiment aux …

La mémoire du temps, une enquête brillante et hors du commun

Virginie Constantineau, écrivaine à l’existence tranquille, voit sa vie chamboulée lorsque, au terme d’une rencontre avec un vieil ami bouquiniste, elle se retrouve en possession d’un très vieux texte dont l’aura de mystère semble attirer les indésirables… et semer la mort. Intriguée, la romancière s’extirpe de ses Cantons-de-l’Est chéris pour se lancer sur les traces de Nicolas Gustave, un ancien professeur d’histoire du christianisme qui semble lié au passé du fameux manuscrit. Au même moment, à Ottawa, le gouvernement ultra-conservateur qui est en place tente de faire adopter une loi visant à criminaliser l’avortement au Canada… En quoi ces trois trames bien distinctes sont-elles reliées? Voilà ce que Mylène Gilbert-Dumas nous propose de découvrir avec son roman La mémoire du temps, un ambitieux projet que j’ai pris plaisir à dévorer en quelques jours à peine. Ayant plus d’une quinzaine de romans de genres divers à son actif, l’auteure s’est attaquée cette fois-ci à l’écriture d’un thriller politico-religieux. Elle a, à mon sens, relevé le défi avec brio en produisant un suspense enlevant, différent et fort …

375e Montréal Le fil rouge Le fil rouge lit bibliothérapie littérature lecture livres les livres qui font du bien Plateau-Mont-Royal La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette Marchand de feuilles Le plongeur Le quartanier Stéphane Larue Nelly Arcan À coeur ouvert Seuil Chloée Savoie-Bernard Des femmes savantes Tryptique Testament Vickie Gendreau

Que reste-t-il du Plateau-Mont-Royal dans la littérature actuelle?

L’histoire littéraire du Plateau-Mont-Royal est assez simple à aborder. Il faut inévitablement commencer par visiter les univers de Michel Tremblay, de Mordecai Richler ou de Dany Laferrière, qui ont habité et écrit le quartier. Ces Grands ont marqué les lieux et la littérature en campant leurs œuvres principales sur le « Plateau ouvrier » des années 40-60, sur le « Plateau juif » de la même époque ou encore sur le « Plateau de l’immigrant » des années 70. On peut aussi continuer la visite en faisant un détour par l’œuvre de Nelligan et de Miron, d’illustres résidents de l’arrondissement. À quoi ressemble le Plateau-Mont-Royal contemporain, dans la littérature? À l’ombre de ceux cités précédemment, quels auteurs le mettent en scène? Quels écrivains le vivent, s’en inspirent et l’animent, aujourd’hui? Voici un petit résumé de mes découvertes sur cet arrondissement de Montréal, très riche au point de vue littéraire, culturel et historique. Commençons cet humble article de « géolittérature » en délimitant le territoire exploré. J’ai choisi de me pencher sur l’ensemble de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, ce quadrilatère appuyé sur le flanc est de la …

Faire fi de la couverture : Quelque part entre toi et moi, d’Annie Quintin

           Pour souligner les trois ans du Fil rouge, une partie des fileuses ont décidé de se rejoindre au Village au Pied-du-Courant pour célébrer les livres; pour s’aimer et aussi pour s’échanger des livres (obviously). Comme je suis arrivée la dernière, ben il n’y avait que les restants sur la table à pique-nique. Martine me tend les délaissés, et je tombe sur le roman d’Annie Quintin, Quelque part entre toi et moi. Pour vrai, la couverture m’inspirait zéro, bitch de même. J’ai presque envie de dire qu’on avait l’air d’une petite gang de witches à ricaner d’une couverture un peu lame (selon nos goûts de fancy, hein), mais ce serait (presque) une exagération, alors je ne le dirai pas. Bref, personne ne le voulait, ce livre. Je commence à lire la quatrième de couverture : Quotidien, relations amoureuses, trouble obsessionnel compulsif. Je trouvais que ça avait l’air bon, moi. J’étais super inspirée. J’ai décidé d’affronter leurs regards pleins de jugements (ben non, j’en mets un peu, mais quand même!) et je suis …