All posts filed under: Littérature québécoise

J’avais toujours rêvé de Prague

J’aime mieux la fiction. Guillaume m’a dit : tu as de la difficulté à différencier le réel de la fiction. (…) L’écrire me permet d’ancrer ma présence au monde, me permet de me sentir vivante, me permet de bouger, de travailler. Sans le livre, je suis une coque vide. Il y a des romans que je sens déjà que je vais aimer juste à lire le titre et la quatrième de couverture. J’ai tout de suite l’intuition que je connecterai avec l’histoire et l’auteur sans pourtant en savoir grand-chose. Un peu comme quand je planifie mes voyages; il y a certains endroits que je sais d’avance que je vais adorer. J’ai eu cette impression en décidant de partir à Portland en Oregon dernièrement. Je voulais déjà me marier avec cette ville avant même d’y avoir posé les pieds pour la première fois. Prague de Maude Veilleux m’a tout de suite fait cet effet. Je suis tombée sur un extrait dans la chronique sur la rentrée littéraire québécoise. Il ne disait pas grand-chose, mais j’ai tout …

Une fille pas si louche

Une fille louche, de Sylvianne Blanchette, est un recueil de textes tiré du blogue portant le même nom. Plusieurs billets y sont regroupés, sans ordre chronologique, dans le but de créer le magnifique et touchant roman qui s’est retrouvé entre mes mains, un après-midi, fin août. L’auteure a débuté ce journal virtuel à la suite d’une rupture amoureuse particulièrement éprouvante. Dans ce carnet, on la suit tout au long de la vingtaine, alors qu’elle tente de survivre au passage à l’âge adulte, à la dépression chronique, aux peines d’amour, aux relations qui vont et viennent, aux idées noires et aux paradoxes de la vie et de sa propre tête. Elle partage également des moments d’extase, de questionnements existentiels et de tendres banalités. À travers une écriture authentique parfois poétique, elle se livre avec une pointe d’humour et beaucoup d’émotions. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas autant retrouvée dans les mots de quelqu’un d’autre. Peut-être est-ce là tout le pouvoir des écrits si personnels, de l’autocritique et de la mise en mots de ses propres …

Chère Zofia

Tu connais ce sentiment de n’être que le personnage secondaire d’un récit plus grand que soi? C’est exactement cela, mon histoire. Aujourd’hui, je vous invite à découvrir un merveilleux coin de la Gaspésie à travers une histoire d’amour à la fois extraordinaire et ordinaire, Prawda. C’est le premier roman de Roxanne Langlois, publié aux Éditions 3 sista (maison d’édition littéraire indépendante gaspésienne). Roxanne Langlois est née en 1987 à Shawinigan Sud. Son enfance et son adolescence sont tour à tour bercées par la Mauricie, le Saguenay et la Capitale-Nationale. Diplômée du Cégep de Jonquière en arts et technologie des médias (journalisme) et en communication, politique et société (Université du Québec à Montréal), elle rejoint Carleton-sur-Mer, son « âme sœur de village », à l’automne 2011. Objectif : vivre à temps plein son coup de foudre pour la Gaspésie. Prawda est son premier roman. Prawda (vérité en polonais), c’est l’histoire de Marie, une jeune fleuriste trentenaire et célibataire, vivant à Carleton-sur-Mer depuis toujours. Un soir de novembre un peu froid, alors qu’elle prend une bière avec des amies à la brasserie du …

Hantises sur les rives

J’ai eu la chance de rencontrer la charmante Marie-Claude Lapalme lors du lancement collectif de nos (premiers!) livres, le 30 août dernier à Montréal, où nous avons célébré la belle cuvée d’automne des éditions Hamac. En plus d’une personne particulièrement sympathique, j’y ai découvert une femme de lettres talentueuse et une plume à découvrir en cette rentrée. Originaire et habitant toujours Sherbrooke, elle enseigne le français et le cinéma au collégial. Le bleu des rives (Hamac, 2016), de son poétique titre, est une immersion dans le cadre naturel des rives, au sens premier et figuré. Le texte se présente comme un archipel de nouvelles cadrant différents personnages comme autant d’îlots s’articulant autour de l’eau et de ses imaginaires. Le lac trône au milieu des récits comme un œil inquiétant, d’une force insondable et menaçante. On plonge dans l’écriture coulante de Lapalme pour atteindre des profondeurs vertigineuses, pour toucher quelque chose d’enfoui en nous, en nos vertiges. Sublime est le mot qui m’est venu à l’esprit en lisant, comme l’impression de se tenir près d’un gouffre …

Monogamies et déceptions

Jolène tente de faire son petit bonhomme de chemin à travers la mêlée d’autres mélomanes amoureux de liberté de sa génération. Sauf qu’elle est victime d’une malédiction depuis sa naissance : son prénom est également le titre de la célèbre chanson de la chanteuse Dolly Parton, Jolene. Comme mon prénom est Roxanne, sans dire que The Police ont fucké ma vie sexuelle, je pensais vraiment me retrouver dans le personnage de Jolène, d’autant plus que c’est aussi le prénom de l’auteure, elle doit bien s’y connaitre en la matière! J’avais donc plutôt hâte de mettre la main sur le roman. Monogamies ou Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle est écrit un peu à la manière d’un journal intime, entrecoupé de funfacts sur Dolly Parton ou sur sa chanson Jolene, maintes fois reprise à toutes les sauces. On y suit les péripéties de Jolène qui cherche quelqu’un pour partager sa vie un peu trash, tout en voulant garder pour elle seule ses deux meilleurs amis Bear et Pouliche. On y lit aussi parfois …

Dans la chaleur d’être réellement soi

Texte paru préalablement dans le cahier du coffret littéraire mai 2016 Si j’ai appris une chose en lisant ce livre, c’est bien qu’il ne faut jamais se fier à la couverture. Eh oui, je l’avoue, dès le début j’étais un peu sceptique, sans doute à cause du titre qui me laissait croire à un réel guide des saunas nordiques et à la couverture qui avait l’air de confirmer le tout. Mais je vous encourage à aller au-delà des apparences, c’est d’ailleurs là toute la force du roman; ne jamais porter de jugement sans connaître toutes les nuances d’une histoire : le noir, le blanc et très souvent le gris. Dans ce roman, Geneviève Drolet raconte l’histoire d’Emelyne, une femme qui est en voyage dans le nord de l’Europe pour visiter des saunas, car elle en écrira un guide. Bien qu’elle partage ses réflexions sur les saunas qu’elle visite, Le guide des saunas nordiques est loin d’être un guide, mais plutôt un roman qui laisse place à l’introspection, tout en mettant de l’avant cette passion pour …

À l’abri des hommes et des choses; une histoire de loups, de rivière, de poèmes.

Quand j’ai su que Stéphanie Boulay allait sortir un roman, j’étais plus qu’heureuse à l’idée de retrouver un peu des textes des Soeurs Boulay dans un livre. C’est sûrement la réaction que plusieurs ont eue. C’est peut-être aussi pourquoi je m’attendais à un savant mélange entre Veillez la braise et Coeur de slush (va savoir sur quoi je me base, je n’ai même pas lu Coeur de Slush) J’étais bien loin de la vérité, mais celle-ci est encore mieux, complexe, surprenante et touchante à la fois. On se retrouve donc dans l’univers bien unique du personnage principal, écrit au je. Elle vit dans les bois avec Titi, sa soeur ou sa mère, elle ne le sait pas trop. On la suit au gré des gelées, des saisons, des états de Titi. C’est une perspective bien différente que nous offre Stéphanie Boulay. On comprend que la jeune fille qui se raconte n’a pas toute sa tête, comme elle le dit. N’empêche qu’elle vit son premier amour, sa première véritable amitié, ses crises d’adolescence et la naissance …

Bondrée : poésie et polar réunis

Bondrée, Andrée A. Michaud  En 1967, à Bondary Pond (rebaptisé Bondrée), des vacanciers passent la période estivale dans leurs chalets au bord d’un lac entouré de la densité de la forêt. L’endroit se situant quelque part entre les frontières du Maine et du Québec, la différence linguistique pousse les habitants francophones et anglophones à vivre en parallèle. Ce sont des événements horribles, les meurtres de deux adolescentes, qui rallieront les deux clans. Bondrée, qui se veut un thriller, est beaucoup plus qu’une intrigue. Le roman est un magnifique portrait des années 60, ayant réussi à me rendre nostalgique d’une époque durant laquelle je n’étais pas née. Rien ne semblait pouvoir assombrir l’indolence bronzée de Bondary, car c’était l’été ’67, l’été de Lucy in the Sky with Diamonds et l’Exposition universelle de Montréal, car c’était le Summer of love, clamait Zaza Mulligan pendant que Sissi Morgan entonnait Lucy in the Sky et que Franky-Frenchie Lamar, munie d’un cerceau orangé, dansait le hula hoop sur le quai des Morgan. C’est un roman d’ambiance, beau et lugubre à …

Ma brosse avec… d’un Gabriel Rousseau à découvrir

La chaleur est disons-le, souvent accablante ces temps-ci, même Météomédia le dit. On se rafraîchit quand c’est possible en volant un petit bout de vent sur les terrasses et en s’hydratant comme on le peut. Dans ce contexte somme toute agréable, puisque surtout éphémère, le titre m’est apparu accrocheur : Ma brosse avec… Qui dit alcool, et surtout brosse, dit désinhibition. Ça donnait à mes yeux curieux pleins de promesses de pouvoir lire des confidences qui se disent souvent mieux « chaud », sous un état ébrieux, quoi. Avec ma bière froide, j’avais donc trouvé un peu de croustillant à me mettre sous la dent. Lancé en mai dernier dans nul autre endroit plus approprié qu’un bar de la rue St-Denis, le condensé d’histoires de brosse à Gabriel Rousseau a d’abord été publicisé via son blogue, avant d’apparaître sous forme de livre par la marginale maison à structure horizontale Moult Éditions. Je le dis d’emblée, son livre et l’unique, je l’ai lu en 2 petits jours. J’ai dû me forcer parce qu’autrement, je l’aurais fini …

Le facteur de l’espace : petit bonheur estival

En juin dernier, je m’apprêtais à passer tout l’été à la campagne, dans la maison de mon enfance, entourée de champs, de forêts et d’animaux. Avant de m’y rendre, j’avais décidé de me procurer des ouvrages littéraires diversifiés. Je remplissais presque compulsivement mes bras de bouquins, chaque fois que je me retrouvais à arpenter les allées des librairies qui croisaient ma route. Puis je suis tombée face à face avec la bande dessinée Le facteur de l’espace, de Guillaume Perrault. Alors que je faisais habituellement un tri après avoir happé le plus de livres possible, j’ai choisi cette bande dessinée en y réfléchissant à peine. Les couleurs vives, les dessins ludiques et le titre accrocheur ne me laissaient aucun doute. Bob est un facteur de l’espace qui mène une vie bien rangée et équilibrée. Chaque jour, sa routine est semblable à celle de la veille. Et c’est ce qui lui plait. Aucun rebondissement à l’horizon, ce facteur spatial (pas spécial, comme le souligne l’auteur!) mène sa vie avec simplicité. De son réveil à sa douche, …