All posts filed under: Littérature québécoise

Éloge de la lecture légère

Le fait que je sois étudiante en études littéraires ne signifie pas seulement que j’adore les livres, que j’aime les étudier, les analyser, les décortiquer, etc. Ça signifie surtout que je lis tout le temps, parfois un peu trop tout le temps, même. Je me souviens de ma première fin de session universitaire, j’avais eu très peur que les trente livres que j’avais dû lire dans un temps record tuent ma passion et mon désir de lire pour le plaisir. Heureusement, cela n’est jamais arrivé. Et la première chose que je fais quand la session est terminée, c’est de me faire plaisir avec quelques livres plus légers. Les livres d’été, ou les livres « de métro » comme je les appelle, ne sont pas, pour moi, moins bons ou dans une catégorie à part de la « vraie » littérature. Pour être honnête, je suis profondément allergique à tout phénomène qui s’amuse à classer les livres en les étiquetant en catégories. Littérature? Pas-vraiment-de-la-littérature? L’élitisme, dans mon domaine d’étude, me tombe sur les nerfs. Pour moi, …

Pourquoi j’ai pleuré en lisant Je suis là

Mon avion décolle pour Calgary. Je bénéficie d’un luxe extraordinaire : deux sièges à moi seule. J’étends sans gêne mes affaires, m’étale confortablement. Quatre heures de lecture en perspective. Avant de monter, j’ai glissé un tout petit livre dans mon bagage à mains. Un roman dont la couverture remarquable me rappelait un rêve récurrent. Le dernier Christine Eddie, Je suis là (2016), paru chez Alto (merci Tania!). Québécoise d’origine française, Eddie est l’auteure des romans acclamés Carnet de Douglas (Alto, 2007) ainsi que Parapluies (2011). Davantage qu’une fiction, Je suis là est un livre comme un témoignage de cette vie qui tient bon, de cette lueur qui perturbe malgré l’apparente noirceur. Celle qui est là, entre ces pages, est bien réelle. Angèle. Sa vie de nomade tumultueuse s’arrête brusquement peu de temps après la naissance de ses jumelles, lorsqu’elle est victime d’un tir groupé. Sous la violence de l’assaut, les connexions entre le cerveau et le corps de la jeune mère s’interrompent, peut-être définitivement. Enfermée à l’intérieur, seuls ses yeux peuvent désormais parler. Porté par la …

Soirée illimitée pour vingt et une nouvelles

Titres de transport est le premier livre d’Alice Michaud-Lapointe, c’est aussi vingt et une nouvelles, dont le thème principal est le métro de Montréal. C’est la rencontre de plusieurs personnages, tous plus différents les uns des autres et un petit morceau de leur quotidien. Divisé en stations, l’auteure nous fait découvrir des personnages originaux ainsi que certaines stations de métro méconnues. Je vous en avais déjà parlé, Alice Michaud-Lapointe est venue faire un tour dans ma classe la session passée, dans le cadre de mon cours de littérature québécoise, pour nous lire un extrait de son premier roman, ainsi que pour discuter avec les étudiants de son processus d’écriture, son inspiration, ses projets futurs, etc. L’auteure voulait s’inspirer d’un lieu banal; une partie de notre quotidien. Quoi de mieux que le métro de Montréal, que des milliers de personnes empruntent chaque jour. Pour ce faire, Alice Michaud-Lapointe a décidé d’explorer les nombreuses stations du populaire transport en commun, allant des stations les plus connues comme Berri-UQAM aux stations randoms comme Assomption. Les vingt et une …

Les Aurores montréales : nouvelles, amours et langue

J’avais mis sur ma liste de lecture Les Aurores montréales à mon entrée au cégep, en 2009. On m’en avait parlé avec beaucoup d’enthousiasme à l’époque, mais au fil du temps, je l’ai oublié au bas de ma PAL. Mais ce n’est que dernièrement que j’ai trouvé un exemplaire usagé du recueil de nouvelles, à moitié prix, à la friperie à côté de chez moi. Il aura donc fallu sept ans avant que je m’attaque au livre de Monique Proulx. Je n’ai pas peur de le dire : ce livre est un chef d’œuvre. À travers les 27 nouvelles (certaines très courtes, à peine trois pages, d’autres plus longues), on traverse Montréal d’un bout à l’autre : les itinérants, les immigrants, les riches d’Outremont, les prostituées rue Sainte-Catherine, les jeunes, les vieux, les amoureux, les célibataires, les hommes, les femmes, les Blancs, les Autochtones, l’anglais, le français. Il y a plusieurs pastiches dans le recueil : Proulx adresse des nouvelles à Dany Laferrière, à Mario Micone, à Patrick Cady, à Pierre Foglia, reprenant leur style, leur histoire, leurs …

Voyage au pays des elfes (ou Passion Islande)

Aller au-devant de l’inconnu, accepter d’être vulnérable, s’ouvrir et s’offrir au changement, à l’émerveillement.  Techniquement, je pourrais dire au monde entier que j’aime voyager. Que j’angoisse à l’idée de choisir les bons items à amener avec moi dans mon sac, que je n’arrive jamais à choisir le bon livre pour m’accompagner, que je déteste prendre l’avion et que je pleure chaque fois que je mets les pieds au sol. Mais la réalité est, combien de fois me suis-je vraiment permis de partir? Combien de fois aurais-je fait abstraction de l’insécurité pour me lancer dans le vide? Il y a mille sortes de voyageurs. Ceux qui planifient leur voyage un an à l’avance, ceux qui posent les pieds en sol inconnu avec aucun itinéraire et ceux qui s’enferment dans un hôtel ***** pour avoir la sainte paix. J’ai la conviction qu’aucun voyageur n’a la réponse absolue. Aucune manière n’est meilleure que l’autre, elles se valent toutes et permettent à chacun d’entre nous de se détendre, de s’émerveiller de se sentir complètement éveillé. Pour ma part, je me …

Du léger pour emporter : 3 titres pour 1 lb de livres

On change nos habitudes comme on change de chemise au Québec, c’est-à-dire un peu au gré des saisons, non? Souvent, c’est reflété par notre menu qui s’allège plus les Celsius montent. L’été, on est nombreux à délaisser la bonne grosse lasagne riche pour une ô combien satisfaisante toastée aux tomates. J’ai remarqué le même phénomène du côté de mes préférences littéraires : elles s’allègent plus il fait chaud. Mes lectures d’été (ou de vacances ailleurs sur le globe lorsque faire se peut!) se passent majoritairement dans un parc, entre un arbre et une couverture. Et plus de titres sont lus que durant le reste de l’année parce que j’ai tendance à choisir ceux contenant moins de pages. Comme une envie de passer moins de temps avec le même livre. Je vais privilégier durant cette période les poids légers aux Dostoïevski plus hivernaux, à mon avis. J’ai envie de me laisser transporter par les mots et n’être que de court passage dans un même univers. Pouvant très bien se glisser dans votre valise ou vous accompagner au …

Le retour de la bête à Goudreault

*La deuxième partie de cet article est écrite par Karina L. Gazaille qui était présente au lancement montréalais du roman. Alors que dans le premier roman de David Goudreault, La bête à sa mère, on a fait la connaissance d’un jeune homme accidenté de la vie, victime d’une enfance orageuse et qui a bifurqué sur le mauvais chemin; on a maintenant affaire à un homme tout aussi fragile, mais aussi fier de se considérer comme un tueur en série. J’ai encore tué quelqu’un. Je suis un tueur en série. D’accord, deux cadavres, c’est une petite série, mais c’est une série quand même. Et je suis jeune. Qui sait où les opportunités me mèneront? L’occasion fait le larron, le meurtrier ou la pâtissière. C’est documenté. Ceux qui ont lu premier tome ne seront pas étonnés de retrouver, cette fois-ci, la bête dans l’aile psychiatrique d’un pénitencier. En quête de reconnaissance, notre carencé émotionnel tente maintenant de monter dans la hiérarchie criminelle. Il subit et commet des gestes d’une grande violence, essayant tant bien que mal de faire sa …

Cher Bruno

Cher Bruno, cher Brune, Je t’appelle Brune parce que c’est comme ça que j’ai l’impression de te connaître. Comme un vieil ami, comme un compagnon que j’aurais rencontré autour d’une bière et qui m’aurait raconté avec détails toutes ses aventures. Comme quelqu’un que j’aurais écouté la bouche grande ouverte, avec les yeux qui essayent de s’ouvrir plus pour être ébahis, mais qui peuvent pas. T’es comme mon pote. Je boirais cent bières avec toi pis je m’en lasserais pas. Certains jours, en jasant avec des gens, je me mets à parler de toi. L’an dernier, je t’ai pris en exemple auprès de ma mère quand je lui ai annoncé que le prochain pays que je visiterai serait porteur de malaria. Pour la rassurer, parce que toi, tu l’as vécue. Pis quand je me choisis une nouvelle destination, quelques jours après avoir les billets en mains, je me dépêche toujours d’aller jeter un oeil à ta Frousse pour voir si tu l’as parcouru, toi aussi, ce pays que je m’apprête à découvrir. Pas de mots sur …

Trois princesses : les contes détournés de Guillaume Corbeil

C’est l’histoire d’un auteur qui décide de reprendre des contes, La Belle au bois dormant, Cendrillon et Blanche Neige, pour jouer avec, les tordre et les travestir. Le résultat, regroupé sous le titre de Trois princesses, est saisissant, à « se jeter par terre » devrais-je dire. C’est que ces contes, féministes, politiques et ancrés dans l’imaginaire social contemporain, sont tellement riches qu’on sort de cette lecture à la fois bouleversés et transformés. Ceux qui me connaissent savent que je m’intéresse aux contes, particulièrement aux contes détournés qui envahissent depuis quelques années la production d’albums pour la jeunesse. Princes, princesses, chevaliers et fées marraines sont à nouveau convoqués dans ces contes contemporains, mais en travestissent les formes et les motifs à travers plusieurs processus de « subversion ». Des exemples? Rebelle au bois charmant de Claire Clément, Le Prince Gringalet de Babette Cole (reprise masculine de Cendrillon) ou bien encore Le Petit Capuchon Rouge de Jasmine Dubé. Bref, une caractéristique de ces albums est de proposer des renversements avec beaucoup d’humour et ceux-ci nous charment par leurs référents mis sens dessus dessous! Les …

Montréal a chaud

Je suis tombée sur La canicule des pauvres de Jean-Simon DesRochers par hasard dans les rayons de la bibliothèque. J’ai été agréablement surprise par cette découverte. Je ne m’attendais à rien et finalement, j’ai trouvé un livre innovateur, moderne et riche. C’est un roman profondément montréalais; l’auteur y mélange l’anglais, le français, le franglais ainsi que des gens qui viennent d’un peu partout avec des passés complexes et des bagages particuliers. Lors d’une période de canicule atroce de dix jours, on suit les péripéties de la vingtaine de locataires du même immeuble décrépi et miteux, dans le Quartier Latin à Montréal, Le Galant, anciennement un repaire abritant des prostituées. On s’y perd un peu parfois tellement il y a de personnages, mais on finit par s’attacher à eux (700 pages laissent le temps de les apprivoiser) et ressentir la chaleur moite puante avec eux. Jean-Simon joue avec les codes narratifs pour nous aider à mieux appréhender son monde romanesque. Soudainement, on rentre dans la tête de chaque personnage et on entend la musique de leurs …