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Michèle Plomer, une autrice épatante

Il y a eu un temps où j’ai laissé ma passion pour la lecture de côté. Lorsque je l’ai redécouverte, vers 2017, je me suis mise à acheter des livres de façon quasi aléatoire, assoiffée de nouveauté! Au fil de mes lectures, j’ai découvert plusieurs auteurs et autrices de talent. Mais j’avais envie de consacrer un article à une autrice qui m’a particulièrement épatée, soit Michèle Plomer. C’est grâce à une critique littéraire de la booktubeuse MH La lectrice que j’ai pu connaitre l’autrice (merci, en passant!). Depuis, j’ai pratiquement lu tous ses livres (soit HKPQ, Dragonville et Étincelles). J’ai vraiment accroché solide! Ce fut un réel régal littéraire! Voici pourquoi…

Un style indescriptible

Le style littéraire de Michèle Plomer est tellement original et unique qu’il en est indescriptible. Mais c’est loin d’être un défaut! Métaphoriquement parlant, c’est comme une recette différente pour chaque roman, regroupant plusieurs genres (un peu de suspense par-ci, un peu de fantasy par-là, une bonne tasse d’éléments biographiques et un peu de drame), tous bien dosés. Toutefois, il y a un point commun à tous: la Chine. Effectivement, les romans de l’autrice font référence à son expérience dans cet immense pays. Elle y inclut donc des éléments historiques, sociaux et culturels, ce qui en rend la lecture plus authentique.

Des mots imagés

Surtout, ce qui m’a fait apprécier l’autrice, c’est à quel point son écriture est imagée et colorée, tout en restant simple. Lire Michèle Plomer, c’est comme faire un voyage en Chine sans même avoir à payer un billet d’avion. On peut carrément se mettre dans la peau des personnages, voir et ressentir ce qu’ils vivent tellement tout est si bien décrit. On se sent porté par les mots et les expressions, ce qui rend la lecture tellement agréable. Bref, l’autrice a un véritable don pour l’écriture!

Quelques résumés pour vous mettre l’eau à la bouche!

Je ne pouvais pas terminer mon article sans même vous donner un petit aperçu des romans de l’autrice! Alors voici:

HKPQ

C’est avec ce roman que j’ai eu mon coup de foudre pour la plume de Michèle Plomer. On y raconte le périple professionnel du personnage principal à Hong Kong, une femme dont on ne connait pas le nom, qui travaille pour un organisme un peu douteux et qui tente de fuir un pan douloureux de sa vie au Québec. Elle s’attachera à un joli poisson qu’elle nommera Poissonne, un joli poisson qui suscite beaucoup d’intérêt… Sur ce, je n’en dis pas plus. Suspense!

Dragonville

Après avoir lu HKPQ, je ne pouvais pas m’arrêter là. J’ai donc sauté sur la trilogie Dragonville, qui fait le parallèle entre l’histoire d’un jeune homme hongkongais qui fait la grande traversée vers le Canada au début du XXe siècle et celle d’une femme, en 2010, vivant à Magog et propriétaire d’une boutique qui vend des articles provenant de la Chine. Un siècle sépare les deux protagonistes, mais ils sont beaucoup plus proches qu’on ne peut le croire… J’ai vraiment apprécié ce roman pour ses éléments historiques, mais aussi pour sa petite touche de fantasy!

Étincelles

Finalement, j’ai lu le plus récent roman de Michèle Plomer (un incontournable!), dans lequel elle raconte l’histoire de son amie Song qui, à la suite d’un triste accident, a vu la quasi-totalité de son corps brûlé par les flammes. Mais Étincelles, c’est une histoire très touchante, un témoignage d’une belle et sincère amitié qui unit l’autrice et son amie.

Le jardin sablier

Ok, je l’avoue: je ne l’ai pas encore lu, celui-là! Je vais le mettre dans ma pile à lire, c’est certain.

Somme toute, les romans de Michèle Plomer sont un réel régal littéraire! Cela vaut définitivement un détour à la librairie pour vous en procurer un (ou plusieurs!).

Pour découvrir ses romans, c’est ici!

Et vous, y a-t’il un ou des auteur(trice)s qui vous ont épaté?

 

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Romans policiers et gastronomie: Quand lire donne faim

Les personnes qui me connaissent bien savent que j’aime beaucoup lire des romans policiers, ou polars, et que je m’intéresse à tout ce qui touche de près ou de loin à la gastronomie. La photo qui illustre cet article n’est qu’un mince échantillon des livres tirés de ma bibliothèque qui parlent de l’un, de l’autre ou de ces deux sujets. Alors, quand il y a une intrigue policière ou un bon suspense qui contient aussi des descriptions culinaires, je suis aux anges! Je suis consciente que c’est un simple effet de réel, pour rendre les personnages plus réalistes à nos yeux de lectrices et de lecteurs, mais il arrive tout de même que je choisisse une oeuvre spécifiquement parce que je sais que l’intrigue sera saupoudrée des repas de l’enquêteur ou de l’enquêtrice. Je vous partage donc ici quelques pistes de réflexion et suggestions sur le thème de la littérature policière et de la gastronomie.

Kay Scarpetta et la gastronomie italienne

Je commence par vous présenter mon personnage préféré d’enquêtrice qui cuisine. Kay Scarpetta est l’héroïne principale des romans policiers de Patricia Cornwell. C’est une médecin légiste qui se retrouve mêlée à de sombres intrigues. Scarpetta est une Américaine d’origine italienne, et bien que les romans de Patricia Cornwell soient plutôt classiques sur le fond et la forme, elle est vraiment mon autrice préférée pour ce qui est de combiner suspense et gastronomie. Kay Scarpetta aime recevoir des invités et leur cuisiner des festins italiens, et même dans ses repas plus simples en solitaire, tout est décrit en détail et son repas a toujours l’air absolument délicieux. Les photos sont un peu datées et il est rare en librairie (je l’avais emprunté à la bibliothèque), mais le recueil Food to Die For, inspiré des recettes que l’on retrouve dans la série Kay Scarpatta, est plutôt alléchant et agréable à feuilleter.

Une affaire de femmes?

Si les livres de Patricia Cornwell sont mes préférés, il y a tout de même quelques autres autrices de romans policiers qui sont connues pour présenter des scènes culinaires. Je ne suis pas allée très loin dans l’analyse, mais je remarque tout de même que ça semble plutôt être une affaire de femmes. Au Québec, Chrystine Brouillet est certainement la plus connue, et les enquêtes de Maud Graham sont toujours parsemées de repas, de bons vins et de restaurants. Aux États-Unis, Donna Leon, avec son inspecteur Brunetti, semble avoir la même thématique de gastronomie italienne que Patricia Cornwell. Et pour les polars nordiques, j’ai appris au fil de mes recherches que Camilla Läckberg présentait la gastronomie de sa région dans ses romans policiers. Je n’ai pas fait de recherche exhaustive sur le sujet, et il est donc difficile de tirer des conclusions, mais je vais certainement être attentive à l’aspect du genre de l’auteur dans mes prochaines lectures de policiers gastronomiques!

Quelques suggestions pour aller plus loin

Si la thématique du roman policier et de ses liens avec la gastronomie vous intéresse, j’ai bien aimé lire cet article du Gardien (en anglais) et celui-ci, du site The Conversation (en anglais aussi). Si vous souhaitez explorer davantage les recettes de personnages de romans policiers, ces trois titres ont aussi l’air fort intéressants: Brunetti passe à table, À table avec Camilla Läckberg et Sur la piste de Maud Graham. Et enfin, pour tenter la lecture d’un roman policier qui présente un personnage qui cuisine, ma suggestion personnelle est certainement de donner une chance à Patrica Cornwell et à son personnage de Kay Scarpetta!

Et vous (et je pense ici particulièrement aux fileuses qui ont déjà parlé de roman policier), avez-vous des titres de polars gastronomiques à me recommander?

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Juliette: Les fantômes reviennent au printemps, chronique d’une famille ordinaire

Après Une araignée, des tagliatelles et au lit, tu parles d’une vie! et la trilogie Rosalie Blum, j’ai été ravie de voir que Camille Jourdy revenait avec un très bel ouvrage, à mi-chemin entre le roman graphique et la bande dessinée. On y rencontre Juliette, fragile, hypocondriaque et dépressive, qui décide de quitter Paris pour passer quelques jours dans sa famille en province. Ce n’est pas le début d’une grande aventure, mais d’une histoire comme seule l’autrice sait en raconter: celle du quotidien.

Une histoire (presque) ordinaire

Juliette, c’est l’histoire d’une famille d’aujourd’hui avec ses moments de tendresse et de complicité, ses disputes, ses détails anodins… Une chronique familiale douce-amère, qui dépeint des personnages tous plus attachants les uns que les autres. Survoltée, la mère de Juliette est une artiste décalée qui court après les hommes. Depuis que sa femme l’a quitté, le père de Juliette, un homme introverti, vit seul et oublie le jour d’arrivée de sa fille. À l’inverse de Juliette, sa sœur est exubérante, rondouillarde et trompe son mari. La grand-mère perd la mémoire, le neveu est atteint de tics nerveux. Sans oublier les personnages secondaires, qui font vivre le bar du coin, et bien sûr M. Georges et son canard. L’autrice plonge ses personnages dans des situations aux allures de vaudeville, tantôt drôles (allô l’amant déguisé en lapin!), tantôt mélancoliques, souvent banales; ce qui les rend finalement très proches de nous. Les dialogues sont subtils et savoureux, comme en témoigne le repas de famille où tout le monde se retrouve autour de la table:

« – J’espère que ce n’est pas trop salé.
– Vous avez changé de coiffure Simone?
– Ah non ça n’a rien à voir avec une secte…
– Quand vous parliez de rentrer en contact avec les esprits j’ai cru… mais j’y connais rien…
– Je crois que c’est trop salé…
– En tout cas on va pas mourir de faim.
– Oh! Avec Jean-Pierre on a fait un stage de détente et j’ai pensé à toi Juliette… »

En nous ouvrant une petite fenêtre sur le quotidien, l’autrice nous plonge avec beaucoup de tendresse et de poésie au cœur de véritables instants de vie.

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Au fil des pages, la solitude

Juliette est angoissée, mal dans sa peau. Son père n’apprécie pas autant la solitude qu’il le souhaiterait. Sa sœur paraît forte, mais assume beaucoup trop de choses sans pouvoir l’avouer. La grand-mère vit dans ses souvenirs. M. Georges, un peu perdu, tourne en rond entre le bar, les fléchettes et son appartement. Les habitués du Tropical s’oublient dans la bière. Ils traînent tous en eux un certain mal-être. Derrière les couleurs pastel et les dessins presque enfantins se cache une mélancolie qui teinte toutes les pages. L’humour se mêle à l’amertume. Les poses figées des personnages, comme de vieilles photographies, apportent une certaine lenteur qui vient souligner la douce amertume qui se glisse sur leurs épaules. Des scènes contemplatives, distillées par intermittence, viennent renforcer cette impression. La vie, c’est des angoisses, des belles rencontres, des peines et des franches rigolades. Camille Jourdy nous le démontre encore une fois avec justesse, et ça fait du bien.

Ne vous attendez pas à un point final en refermant ce livre. Nous sommes entrés en gare avec Juliette et nous repartirons avec elle… Je n’en dis pas plus et je vous laisse sourire en découvrant cette famille, au fond, bien ordinaire.

Et vous, aimez-vous lire des chroniques familiales?

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Lorsque la passion littéraire devient entremetteuse en amour!

Les livres font partie de nos vies dès la plus tendre enfance. Que ce soit de doux moments passés avec nos parents avant le dodo ou des moments de lecture à l’école primaire. Au secondaire viennent les lectures obligatoires dans les cours de français. Pour certains, la passion des livres continuera de les suivre au-delà du scolaire. Ce fut mon cas! Les livres ont toujours été primordiaux pour moi : pour apprendre, pour me changer les idées, pour m’aider à progresser face à moi-même, pour connecter avec d’autres cultures, etc. Je n’aurais jamais cru, cependant, que les livres m’aideraient à trouver l’amour et à forger une belle complicité avec mon copain. Voici comment notre passion commune des livres fut entremetteuse en amour!

Les premiers moments

En raison de notre différence d’âge, rien ne nous prédestinait à être ensemble. Malgré cela, un premier rendez-vous fut convenu. Rapidement, lors de cette soirée, notre passion mutuelle pour les livres est ressortie et a meublé nos discussions. Il lisait depuis tout jeune, comme moi, et avait lu un large registre littéraire. Personnellement, cela le rendait irrésistible à mes yeux! Les livres amenèrent donc une aura positive à ce premier rendez-vous.

Activités de couple

Pour les rendez-vous subséquents, je proposai d’aller à des ventes de livres usagés. Ce genre d’activité amène immanquablement des discussions sur les genres littéraires et permet d’en apprendre un peu plus sur l’autre. Ainsi, en plus de la passion pour les livres, peuvent venir s’ajouter la curiosité intellectuelle et l’ouverture d’esprit comme qualités à découvrir chez l’autre! Par la suite, nous nous sommes mis à lire ensemble. Certains vont au cinéma ou au restaurant pour une activité de couple. Nous, nous lisions ensemble en silence dans un café ou tranquille à la maison. Plusieurs heures sans dire un seul mot, mais où notre lien se solidifiait quand même par notre passion commune.

Partage de notre intimité

À un certain point, nous avons même décidé de partager notre intimité littéraire. Chacun possède son genre préféré, chacun idolâtre un ou des auteurs et chacun vit des émotions à travers ses lectures. Cela est bien personnel à chacun et peut ne pas être compris par les autres. Malgré tout, nous avons décidé de faire lire un de nos romans préférés à l’autre afin qu’il découvre ce qui attisait notre passion littéraire. Comme premier partage, je suis entrée dans l’univers de Stephen King avec le livre Sac d’os.

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Le livre Sac d’os de Stephen King

Quel dépaysement! Toutefois, j’ai apprécié pouvoir entrer en contact avec un autre genre littéraire. De mon côté, je lui avais fait lire Le dernier Templier de Raymond Khoury, un thriller historique. Cela a mené à des discussions animées sur les livres en question, considérant que ces styles étaient bien différents de nos habitudes littéraires. Il était intéressant de voir la passion transmise quand nous parlions de nos livres respectifs et d’avoir un contact avec la vision de l’autre pour qui le livre était un classique du genre aimé. Nous avons, par la suite, reproduit l’expérience à quelques reprises tellement cela était enrichissant et forgeait un peu plus à chaque fois notre lien.

Les livres permettent de partager une histoire, d’ouvrir notre perspective sur d’autres réalités, de voyager à travers d’autres cultures. Mais au-delà de tout ce que véhiculent les livres, ils permettent de rassembler les gens via la passion qu’ils créent.

Et vous, est-ce que votre passion pour les livres vous a permis de vivre de belles rencontres ou de créer des liens significatifs?

 

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L’Odyssée d’Hakim : la bande dessinée qui raconte la crise des réfugié.e.s

Force est d’admettre que je lis peu de bandes dessinées, à mon grand désarroi. Hormis le classique Persépolis et quelques numéros de l’attachante série des Paul de Michel Rabagliati, les romans graphiques demeurent peu présents dans mes lectures quotidiennes. Peut-être ai-je inconsciemment défavorisé ce créneau littéraire en l’associant aux lectures de mon enfance, comme beaucoup de gens le font, à tort. Pourtant, la bande dessinée est un formidable médium qui gagne à être découvert par un public adulte, surtout lorsqu’elle dépeint une réalité politique. C’est dans ce contexte que j’ai récemment éprouvé un gros coup de cœur pour la BD L’Odyssée d’Hakim, qui raconte le parcours d’un réfugié syrien de son pays natal à son arrivée en France. Le premier tome, publié en 2018, couvre la période 2011-2013 et nous amène de la Syrie à la Turquie. Non seulement cette bande dessinée démystifie le conflit syrien, elle humanise la situation de milliers d’exilé.e.s à travers le monde.

Vulgariser un conflit politique

L’Odyssée d’Hakim offre une vulgarisation efficace du conflit syrien, un conflit politique difficile à comprendre pour beaucoup de gens. L’auteur, Fabien Toulmé, y explique la situation de la Syrie avant 2011, la montée des protestations dans le cadre du printemps arabe et le quotidien des citoyen.ne.s du pays. Il explique également les forces politiques en jeu dans le conflit et les puissances internationales qui les soutiennent. Sans se livrer à une analyse politique et sociologique complexe, le narrateur nous aide à comprendre la Syrie à travers le regard d’une personne typique de la classe moyenne, dont les conditions de vie étaient similaires aux nôtres avant le conflit. Par ailleurs, on en apprend davantage sur la culture syrienne, l’importance de la famille, la présence de la religion et les relations entre femmes et hommes. C’est donc un outil d’apprentissage fort efficace qu’est cette bande dessinée, d’autant plus que l’image vient brillamment appuyer le texte.

Humaniser la condition de réfugié.e

Hakim, jeune Syrien, raconte les circonstances qui l’ont conduit à quitter les siens pendant la guerre en Syrie et à chercher refuge en Turquie. À travers son épopée, l’auteur montre bien que n’importe qui peut devenir réfugié. Comme le dit Hakim: « il suffit que ton pays s’écroule. Soit tu t’écroules avec, soit tu pars. » Ainsi, l’œuvre de Toulmé engendre une réflexion sur l’accueil des réfugié.e.s et l’immigration. Elle montre que nous souhaitons tous et toutes vivre dans un pays sans guerre, et que toute personne a droit à cette paix, peu importe son pays d’origine. Toulmé met également en lumière les multiples difficultés affrontées par les exilé.e.s pour trouver du travail, le racisme dont ils sont victimes dans leur nouveau pays et les déchirements familiaux vécus :

Finalement, nous, les exilés, on est peut-être un peu comme des plantes. Quand on les déracine et qu’on les met dans un pot, elles continuent de pousser, mais avec moins de force et d’envie.

En résumé, L’Odyssée d’Hakim illustre à merveille comment la bande dessinée permet une excellente vulgarisation d’une réalité politique complexe et nous rapproche des êtres humains qui vivent les répercussions de ces conflits violents. Je ne peux que me réjouir de la production d’une telle œuvre, et j’attends avec impatience la parution des prochains tomes.

Et vous, avez-vous des suggestions de bandes dessinées politiques à ajouter à ma liste de lecture?

 

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Boréal 2019 – À la rencontre des passionnés de l’imaginaire

À peine revenue d’un merveilleux week-end au congrès Boréal, j’essaie de faire le tri dans mon cerveau bouillonnant afin de vous partager une part de mon expérience enrichissante.

Le congrès Boréal, c’est le rendez-vous de la SFFQ*, un endroit où se rassemblent non seulement les gens du milieu littéraire, mais également les lecteurs, lectrices et adeptes du genre. Le premier congrès a eu lieu à Chicoutimi en 1979 sous la direction d’Élisabeth Vonarburg. Au fil des ans, le groupe de passionnés s’est agrandi pour devenir une vaste communauté solidaire. L’événement change de ville chaque année et la 40e édition s’est déroulée à Sherbrooke du 3 au 5 mai.

Dans l’attente de Boréal

Commençons par le début! J’ai assisté à mon premier congrès Boréal l’an dernier à Montréal. Malheureusement, des contraintes de temps m’avaient empêchée d’en profiter autant que je l’aurais souhaité. Mais seules quelques heures en présence de passionnés comme moi avaient suffi à me donner la piqûre. Je suis revenue à la maison avec l’impression d’être sur un nuage et j’en parlais à tout le monde.

En mars, lorsque la prévente a été lancée, je n’ai pas hésité une seconde à m’inscrire. À partir de ce moment, c’était officiel, je retournais à Boréal! Et plus la date approchait, plus j’anticipais ce week-end. J’avais très hâte de retrouver mes amis boréaliens et boréaliennes et de replonger une nouvelle fois dans cet environnement stimulant.

Des moments enrichissants

En ce qui me concerne, la 40e édition a été un franc succès. Premièrement, parce qu’il y avait beaucoup de monde; ensuite, parce qu’on nous a présenté une programmation riche et diversifiée. Parmi les activités, on retrouvait surtout des tables rondes et des discussions. Il y avait également des projections de courts-métrages et de bandes-annonces, des lancements, une mascarade, un concours d’écriture sur place, des jeux et j’en passe probablement. À quelques reprises, j’aurais souhaité être capable de me séparer en deux, car plusieurs activités intéressantes se déroulaient en même temps!

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Table ronde sur les BD et les mondes imaginés avec (de gauche à droite) Anouk (Jessi Tremblay), Talhi Briones, D. M. Cassendo et animée par Raphaëlle B. Adam

Bien que les tables rondes et les conférences étaient enrichissantes, les moments les plus marquants, à mon avis, étaient les rencontres. Revoir des amis, faire la connaissance de nouvelles personnes, se donner des nouvelles, partager notre appréciation… Voilà ce qui rend le congrès mémorable.

Les discussions étaient comme du fuel qui alimente mon cerveau. J’y ai trouvé une source de motivation intense. On a même vécu des aventures dans les rues de Sherbrooke! Le congrès, ça se passe aussi en dehors de la programmation. On croise des congressistes dans les restos, on marche avec eux dans la rue. C’est une occasion propice aux échanges.

Et après?

Le retour à la réalité est difficile. Je me sentais grisée, un peu étourdie. Après avoir stimulé mon cerveau tout le week-end, ce n’est pas évident de le remettre en vitesse normale. Je suis rentrée chez moi assez tard. Je regrette de ne pas avoir pris congé le lundi, question de décompresser. Je prends ça en note pour la prochaine fois.

Je ne sais pas encore si je serai présente à Boréal en 2020. C’est trop loin pour moi. En même temps, je m’ennuie déjà de cette communauté boréalienne. Certains parlent d’un blues post-Boréal. C’est carrément ça! Ce phénomène peut survenir après divers rassemblements de ce type. Est-ce que vous connaissez ce sentiment? Si c’est le cas, n’hésitez pas à me partager vos expériences en commentaires.

 

*Science-fiction et fantastique québécois (peut inclure d’autres genres comme l’horreur ou le policier)

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Bouc émissaire en danger

Comme je déteste être à court d’idées de lectures, j’essaie le plus possible de prendre en note les titres dont j’entends parler ou qui me sont recommandés. Au bonheur des ogres de Daniel Pennac se trouvait dans ma liste de lectures futures depuis plus d’un an. Il s’agissait de l’un des romans préférés d’une de mes professeurs de français au cégep. Je ne savais rien ni de l’histoire ni de l’auteur, mais j’avais tout de même en tête de lire ce livre, et ce moment est finalement venu.

Représentant officiel du magasin et de la famille

Le roman a pour principal héros Benjamin Malaussène, qui mène une vie en apparence assez normale. Pourtant, elle contient tout de même certaines particularités. D’abord, le dénommé Benjamin travaille dans un grand magasin parisien où il occupe théoriquement la fonction de contrôleur technique. Dans les faits, il est plutôt bouc émissaire. Lorsqu’un client est mécontent de son achat, Benjamin est inévitablement le coupable. L’engueulade habituelle qui lui est servie par son supérieur et les larmes qu’il réussit facilement à faire couler amènent presque immanquablement la culpabilité du client, qui retire aussitôt la plainte qu’il venait pourtant de déposer de pied ferme. En des mots plus simples, Benjamin Malaussène n’a qu’une seule tâche : se faire crier dessus six jours par semaine, plusieurs fois par jour.

« Le reste marche comme sur des roulettes. Sincèrement ému par mon émotion, M. Muscle se dégonfle d’un seul coup. Impressionnant. On croirait presque voir la forme de son cœur. Lehmann en profite aussitôt pour me charger méchamment. Je lui présente ma démission en sanglotant. »

Dans sa vie personnelle, l’aîné Ben est ce qu’il appelle le « frère de famille ». Sa mère, éternelle absente, a eu plusieurs enfants de pères éparpillés. Benjamin est donc celui qui s’occupe de la joyeuse tribu Malaussène. Tous les frangins vivent très heureux ensemble, dans une harmonie un peu complexe, mais qui fonctionne bien. Les frères et sœurs de Benjamin, bien qu’ils jouent tous un rôle important à un moment quelconque de l’histoire, sont peu développés. Ils n’ont tous qu’une seule chose qui les caractérise.

Explosion puis implosion

Benjamin joue sans problème le rôle, assez bien payé, du bouc émissaire, jusqu’au jour où des bombes se mettent à sauter dans le magasin. Chaque bombe fait un mort. Benjamin fait déjà un coupable tout désigné, mais cette possible culpabilité est exacerbée par le fait qu’il est présent lors de chacune des déflagrations. La police se met donc à enquêter, et Benjamin fait pareil de son côté, car il sait que s’il ne coince pas le vrai coupable, c’est lui qui aura les accusations sur le dos.

Il fait donc ses propres recherches et il raconte ses déductions à ses jeunes frères et sœurs, avant qu’ils aillent dormir. Certains chapitres commencent sans qu’on sache s’il s’agit de la réalité ou de la version plus abracadabrante livrée par Benjamin. Ce peut parfois être un peu mélangeant, mais au final, on s’y retrouve bien.

Les histoires racontées par Benjamin Malaussène sont farfelues, mais l’écriture de Daniel Pennac, l’auteur, l’est tout autant. Cette façon fantaisiste de décrire l’action caractérise beaucoup le roman.

« Du coup, les quatre flics dispersés dans l’assistance me sautent aux yeux comme des morpions sur une feuille blanche. Rien ne les distingue pourtant des autres mâles de l’assemblée. Flics, vendeurs et cols blancs, même combat pour la gourmette et le pli du futal. C’est le regard qui change. Ces quatre-là regardent les autres, et les autres regardent devant eux, pathétiquement, comme si la promesse d’une aube sans explosif pouvait sortir de la tribune syndicale. Les flics, eux, cherchent un tueur. […] Qui, dans l’assistance, en a chié au point de vouloir faire sauter la baraque? »

Ce roman est en fait le premier d’une saga mettant en vedette la famille Malaussène. Bien que j’ai somme toute apprécié cette lecture un peu bizarroïde, je ne peux pas dire que j’aie particulièrement envie de lire les autres livres. Chacun des livres comporte vraiment sa propre histoire, sa propre petite enquête dans laquelle la famille est plongée, mais chacune d’elles est indépendante. J’ai donc terminé ce premier tome, satisfaite d’avoir appris le dénouement, et non pas dans l’urgence de lire la suite.

Êtes-vous du genre à essayer les lectures qui vous sont recommandées, ou ces titres restent éternellement dans une liste, sans jamais être lus?

 

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Chansons pour filles et garçons disparus : un hymne à la poésie québécoise

Dernièrement, j’ai été invité à une pièce de théâtre. J’y suis allé à l’aveuglette, ne sachant pas à quoi m’attendre. Je dois l’avouer, quand j’ai vu que le spectacle durait plus de trois heures, j’ai eu mes réticences. Je me suis dit que c’était beaucoup trop long et que j’allais décrocher. J’avais tort, mais tellement tort. Le spectacle a passé tellement vite et il n’y a pas eu une seconde où je me suis dit : « j’ai hâte que ça finisse ».

Un joyeux chaos poétique

Dans les médias, on décrit la pièce comme un joyeux chaos poétique et il n’y a sans doute pas meilleure description pour expliquer ce que j’ai vécu. La pièce, conçue par Loui Mauffette, s’inspire de ses souvenirs d’enfance et de ceux de son père, Guy Mauffette, animateur de radio. Avec une mise en scène de Benoit Landry, elle est jouée notablement par Nathalie Breuer, Kathleen Fortin, Émilie Gilbert, Roger La Rue, Pierre Lebeau, Jean-Simon Leduc, Gabriel Lemire, Macha Limonchik, Mylène Mackay, Catherine Paquin Béchard, Jean-Philippe Perras, Adèle Reinhardt et Marie-Jo Thério.

La pièce s’inspire de Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent, créée en 2006 également par Mauffette. Elle se résume en un gros party poétique où les barrières entre comédiens et spectateurs sont baissées le temps de s’amuser et d’apprécier celles et ceux qui ont marqué la poésie québécoise.

Crédit: Valérie Remise
La jeune fille et la lune de Claude Gauvreau

 

 

 

 

 

Un cirque lettré

La scène, qui n’en est pas réellement une, est au centre de la cinquième salle de la Place des Arts. Les spectateurs forment un ‘’U’’ autour d’elle. Au centre se trouve un énorme bac à sable, au bout, un grand piano à queue en bois et à l’opposé, une chaise de sauveteur de plage. On y retrouve des miroirs, des lumières suspendues, des petits bancs entourant le bac à sable, où les comédiens marcheront et s’assoiront. Le tout me rappelle un cirque, un cirque qui deviendra littéraire. Les acteurs, texte en main, vont réciter de la poésie québécoise pendant trois heures, au grand bonheur de mes oreilles attentives.

Un hommage à la poésie d’ici

Un grand défi pour célébrer les 50 ans du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, où la pièce fut précédemment mise en scène, est de présenter uniquement des textes québécois. Je trouve que Mauffette a bien relevé le défi en présentant des poètes modernes et anciens, femmes et hommes. Plus d’une quarantaine de poèmes sont présentés, allant de Claude Gauvreau à Simon Boulerice, de Gaston Miron à Marjolaine Beauchamps, d’Émile Nelligan à Josée Yvon, de Dédé Fortin à Evelyne de la Chenelière, de Jean-Paul Daoust à Geneviève Desrosiers, de Leonard Cohen à Lisa Leblanc, et j’en passe. Les choix sont riches, mélangeant les thèmes, les styles, les mouvements, les genres, créant ainsi un amalgame littéraire.

Crédit: Valérie Remise
Ode Voluptueuse de Jean-Paul Daoust

 

 

 

 

 

 

 

Un manège émotif

Le spectacle est riche. Certains poèmes nous font rire, d’autres nous font pleurer. Plusieurs émotions nous traversent le corps durant ces trois heures de spectacle et c’est à ce moment qu’on se rend compte de la puissance des mots, de la puissance que certains poèmes ont sur leurs lecteurs. Les comédiens explorent habilement les mots des autres et font vivre leur beauté. C’est un spectacle vibrant où l’ennui n’est jamais présent. C’est un spectacle remarquable qui m’a éblouie et à la suite duquel je suis restée déphasée pendant plusieurs jours.

Comme mentionné dans une critique de La Presse, « [c]’est un spectacle anti-cynisme où on fait beaucoup de place au rêve. Car nous sommes tous des filles et des garçons désorientés, qui cherchent l’absolu et qui sont en recherche constante de leur enfance. » Le spectacle est intime et éruptif.

Crédit: Valérie Remise

 

 

 

 

 

 

Une partie de mon poème préféré de la soirée:

Mais qu’est-ce donc qui me chatouille?
Les lianes charnelles agonisent dans les vapeurs de chaux de la vie.
Exclamation! Exclamation! je perds ta trace.
Hep! Hep! Torture dans l’anéantissement!
Pourquoi voulez-vous que je revive?
Étincelles dans les gouffres inarticulés, pourquoi venez-vous me faire tressaillir dans mon silence comme le cuisinier qui pique la saucisse avec les deux dents de sa fourchette?
Des grappes de vie sans pitié ont infiltré leurs ventres ronds dans la pesanteur de mon repos et je sens sur ma chair à côté des veines glacées les reflets bleus de leur chatouillement sucré.
Mais quoi? Mais quoi?
On me réveille par la torture.
Je dors. Je dors. Je veux dormir.
Le vomissement de la ville s’est englouti dans la débâcle marine et il n’y a plus de vie.
Où est la vie?

Et vous, quelle pièce de théâtre vous a chamboulé?

L’estime de soi et l’autiste

Avril, mois de l’autisme.

L’autisme est un sujet qui m’intéresse depuis plusieurs années. Je côtoie, depuis maintenant près de cinq ans, des enfants qui ont un trouble du spectre de l’autisme (TSA). J’essaie de les aider du mieux que je peux. C’est pourquoi j’aime m’outiller grâce à des livres qui parlent de ce qu’ils vivent. Je trouve ces lectures toujours pertinentes, car elles me permettent de me mettre plus facilement à leur place.

SACCADE est un centre d’expertise en autisme que Brigitte Harrisson (elle-même autiste) et Lise St-Charles ont fondé. Le modèle proposé par l’organisme se veut être un langage autiste, un peu à l’image du langage des signes pour les sourds et muets. Ces femmes veulent sensibiliser la population à la réalité autistique.

Il y a de cela deux ans, les deux femmes ont écrit un livre pour expliquer ce qu’est l’autisme. Ce livre, L’autisme expliqué aux non-autistes, est très bien vulgarisé pour que monsieur et madame Tout-le-Monde puissent comprendre les difficultés que peuvent vivre les personnes autistes, qu’elles soient classées de «haut niveau» ou pas. Lorsqu’on parle d’autisme de «haut-niveau», on fait habituellement référence au syndrome d’Asperger.

Quand on pense à l’autisme, on a souvent l’image du personnage du film Rain man en tête, mais ce n’est pas toujours la réalité. Les autistes ne naissent pas avec des dons particuliers. Ce qui les rend doués, ce n’est pas un talent inné, mais plutôt une passion débordante pour un sujet en particulier. Leur talent vient donc de leur passion. On appelle cela les intérêts restreints, par exemple: les dates, les dinosaures, les voitures, etc. Ils vont tout faire pour approfondir le sujet qui les passionne et faire des recherches très poussées s’il le faut. Les images sont très importantes pour eux, alors ils réussissent à emmagasiner des milliers d’images dans leur tête en lien avec leur intérêt.

Qui êtes-vous, mes chers élèves?

En tant qu’intervenante, je crois qu’il est important de rappeler à mes élèves TSA qu’il existe des gens comme eux, et que cela ne les empêche pas de faire de grandes choses. Ils vont vivre des difficultés que les neurotypiques ne vivront sûrement jamais. Mais certaines personnes qui ont un autre type de problème, comme un trouble du langage, peuvent expérimenter des difficultés semblables. Plusieurs autistes vivent avec des difficultés à communiquer ou à gérer leurs émotions.

Comme dirait Brigitte Harrisson, la différence entre les autistes et les non-autistes, c’est la façon dont leur cerveau fonctionne. Le cerveau neurotypique fonctionne sur l’automatisme tandis que le cerveau autiste est plus «manuel»: il réfléchit à toutes les étapes. Imaginez comme cela doit être épuisant!

Et maintenant, qu’en est-il de votre estime de soi?

Le sujet de l’estime de soi chez les autistes complète le livre avec divers exemples de la vie quotidienne, que ce soit prendre sa douche, aller travailler ou avoir de petites réussites sociales. Les autrices nous font réaliser toutes les difficultés que peuvent vivre les personnes avec le TSA. Par exemple, un de mes jeunes a un «délai» quand on lui parle parce qu’il n’arrive pas à visualiser les choses qu’on lui dit. Il doit alors se faire une image dans sa tête et prendre le temps de comprendre la consigne. C’est à moi, en tant que neurotypique, à l’aider par une représentation visuelle ou tout simplement à être patiente. Rien ne sert de le presser, de lui répéter plusieurs fois la consigne; il faut le respecter dans cette attente. Ça ne deviendra que plus frustrant pour lui. Plus tard, je sais qu’il découvrira des trucs pour se faire comprendre et cela facilitera son quotidien (par exemple, avoir un carnet sur lui pour l’aider à visualiser les choses).

La leçon la plus importante qu’on peut retrouver dans ce livre est que, même si l’autiste parle, ça ne veut pas dire qu’il nous comprend. Les représentations visuelles sont primordiales, ainsi que de normaliser les comportements autistiques (par exemple, le battement de main, le balancement, etc.). Ces comportements, vus par un neurotypique, peuvent sembler étranges, mais ils permettent aux personnes autistes de se réguler. Les empêcher de faire ces gestes serait comme leur dire d’arrêter d’être eux-mêmes.

Je vous partage ici un épisode de l’émission «Ça ne se demande pas…», de la chaîne AMI, où on rencontre divers autistes, hommes et femmes, qui répondent à des questions qui peuvent être embarrassantes. Une bonne façon d’en apprendre plus sur ce trouble, de manière différente!

Et, pour finir, voici certaines personnes connues qui sont ou étaient peut-être autistes:

  • Sophie Bienvenu – autrice
  • Louis T – humoriste
  • Stephen Wiltshire – dessinateur
  • Marie Curie – physicienne et chimiste
  • Albert Einstein – physicien
  • Temple Grandin – professeure de zootechnie, ambassadrice de l’autisme
  • Howard Hughes – aviateur, entrepreneur, fondateur de TWA
  • Isaac Newton – théoricien de la loi universelle de la gravitation
  • Alexander Graham Bell – inventeur du téléphone
  • Henry Ford – inventeur, fondateur de l’entreprise automobile Ford
  • Steve Jobs – fondateur de Apple
  • Satoshi Tajiri – créateur des Pokémon
  • Mark Zuckerberg – fondateur de Facebook
  • Thomas Edison – inventeur, fondateur de General Electric
  • Greta Thunberg – militante pour le climat, dont un des aïeux Svante Arrhenius (Asperger aussi?) fût l’un des premiers prix Nobel de chimie en 1903
  • Michel-Ange – artiste pluri-disciplinaire
  • Léonard de Vinci – inventeur et artiste
  • Bill Gates – fondateur de Microsoft
  • Bobby Fischer – champion du monde aux échecs
  • Lionel Messi – footballeur, Ballon d’or

Connaissez-vous d’autres personnes autistes?

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La fille dans l’écran : deux histoires de collaboration

Étant friande de bandes dessinées, je n’ai pas su résister à l’appel de la charmante œuvre La fille dans l’écran, qui me semblait tout à propos après la lecture assez lourde, mais envoûtante, du fameux Ligne de failles de Nancy Huston. En somme, je ressentais le besoin d’appliquer un doucereux baume sur mon cœur et je ne me suis pas trompée en choisissant l’oeuvre de Manon Desveaux et de Lou Lubie. C’est un réel bonheur de tourner les 180 pages de ce livre qui se veut à la fois léger et complexe, notamment par les thèmes qui y sont abordés.

Résumé

La fille dans l’écran raconte l’histoire de deux jeunes artistes, une vivant au Québec, Marley, et l’autre résidant en France, Coline. Cette dernière est une illustratrice qui a pour objectif de publier un livre jeunesse sur les animaux du Nord, particulièrement sur ceux qu’il est possible de retrouver au Canada. Pour ce faire, elle s’inspire de photographies trouvées sur le net dont la plupart sont de l’artiste photographe, Marley. Les deux femmes entrent en contact et une connexion presque immédiate s’établit entre elles. Leur passion commune pour les arts les rapprochera, et ce, plus qu’elles ne pouvaient se l’imaginer.

Le traitement des esthétiques

L’un des aspects les plus fascinants de cette bande dessinée est assurément le traitement des esthétiques propres à chacune des artistes se partageant les planches. Le travail collaboratif effectué par Manon Desveaux et Lou Lubie est rafraîchissant puisqu’il mélange des styles différents, oui, mais parallèlement très compatibles. Desveaux dessine en noir et blanc alors que Lubie parsème ses illustrations de couleurs. De plus, les personnages créés par Lubie ont davantage des traits nets, contrairement à ceux de son acolyte qui préfère les traits organiques et un peu brouillons. Cette manière de faire rend la lecture bien divertissante puisqu’elle semble se renouveler à chaque deux pages.

De plus, cette façon de travailler met en lumière les deux artistes que sont les protagonistes principales du récit qu’on met en scène. Il est tout à fait pertinent, du moins sous mon œil, que Coline soit le personnage représenté en noir et blanc puisqu’elle n’est pas dans une très bonne période de sa vie. Elle manque de confiance en elle et souffre d’insécurité pratiquement de manière constante. Encore faut-il souligner qu’elle est sujette à des crises d’angoisse et de panique liées, entre autres, à une phobie scolaire. De son côté, malgré une existence peu trépidante avec un conjoint contrôlant, Marley est une jeune femme colorée qui détient une assurance marquée, et la palette sélectionnée pour la personnifier l’exprime parfaitement. De fait, on comprend aisément que le traitement des couleurs n’est pas anodin et qu’il sert adéquatement le propos, ce qui est plutôt ingénieux. D’ailleurs, quelle idée géniale que de reproduire la collaboration de deux artistes féminines dans un collectif entre deux femmes! N’est-ce pas un peu comme franchir le quatrième mur?Bande dessinée, BD, La fille dans l'écran, Lou Lubie, Manon Desveaux, Bédéiste, Artiste, Amour, couple, Homosexualité, Anxiété, Santé mentale, Le fil rouge lit, Le fil rouge, Lecture

Crédit photo : Michaël Corbeil

Le traitement des thèmes

J’apprécie particulièrement que le monde de la bande dessinée et du roman graphique travaille sérieusement à mettre de l’avant la communauté LGBTQ+2 ainsi que la réalité de la santé mentale. Je considère que ce médium est l’un de ceux qui s’y engagent le plus ardemment ces dernières années. La fille dans l’écran ne fait pas exception. Bien que le récit raconté ne soit pas celui d’une relation homosexuelle, il met en scène, de façon sensible, la possibilité d’un amour naissant entre deux femmes qui ne se savaient pas attirées par leur propre sexe. C’est un épisode sous-jacent de l’intrigue principale, mais tout de même très important en ce qui a trait au respect de soi et de ses désirs. Car, il faut le dire, le couple de Marley n’est pas au beau fixe. Vincent, le copain de celle-ci, adopte un comportement contrôlant qui ne permet pas à sa conjointe de s’épanouir pleinement, spécifiquement lorsqu’il s’agit de la photographie. Il ne l’encourage pas du tout à se développer en ce sens, contrairement à Coline, et préfère qu’elle travaille dans un petit café pour assurer leur avenir financier. Le sujet est plutôt délicat, mais il est traité avec une grande sensibilité et un réalisme désarmant.

Il ne faudrait pas oublier la finesse avec laquelle la bande dessinée donne à voir les aléas des victimes souffrant de troubles d’anxiété. On y retrouve notamment l’incompréhension des proches, la peur des foules et des lieux trop bondés, l’insécurité constante face à des choix qui peuvent paraître au commun des mortels assez banaux, etc. Bref, on sent que les deux bédéistes connaissent leur sujet à fond et qu’elles prennent celui-ci au sérieux. Il est important de souligner que Lou Lubie a déjà écrit sur la santé mentale par le passé, plus précisément sur sa vie personnelle en tant que bipolaire dans Goupil et face, publié en 2016 chez Vraoum. Le doigté habile n’y est pas pour rien.

Je vous recommande fortement cet ouvrage, et ce, peu importe le type de lectrice ou de lecteur que vous êtes. C’est un délice pour les yeux et pour l’âme qui ne peut que vous apaiser pour les jours à venir. Maintenant, je suis bien curieuse de découvrir les autres créations de ces deux illustratrices. Jamais trop de culture!

Avez-vous découvert des bandes dessinées ou des romans graphiques abordant des sujets complexes et profonds dans les dernières années?