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Autour des livres : Rencontre avec Iris, bédéiste

1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?
La lecture faisait partie du rituel du dodo quand j’étais petite. Ma mère me lisait des livres en français et mon père des livres en anglais. Sinon, mon plus loin souvenir de lecture en solo, ça doit être un Astérix. Je ne pouvais pas encore déchiffrer les mots, mais je le feuilletais et je regardais les images. J’avais tellement hâte de pouvoir lire les phylactères!

 

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?
Un de mes livres préférés était « Cars and trucks and things that go » de Richard Scarry. Ma mère l’avait encore récemment mais je crois qu’on l’a jeté parce qu’il était tout moisi. Quand j’étais petite j’adorais les camions, les motos, tout ça… Sinon, plus vieille, je ne sais pas si on peut appeller ça un rituel, mais on allait très très souvent à la bibliothèque municipale. J’avais une forte envie de partager ma passion des livres et j’avais une idée un peu romantique de la correspondance anonyme. J’avais laissé un petit message dans un roman jeunesse, un message du genre « Salut, moi j’ai beaucoup aimé ce livre. Et toi? Réponds-moi avec un message et cache-le dans ce livre. » Je n’ai pas de souvenir de la suite de cette initiative. J’ai peut-être même oublié d’aller vérifier ensuite si j’avais eu une réponse. 🙂 Ça ne fait pas longtemps que je me suis mise à relire de façon soutenue. J’ai lu énormément enfant, adolescente et pendant mes années d’université. J’étais vraiment boulimique de lecture. Ensuite, on dirait que je n’avais plus le temps ou enfin, je ne trouvais pas le temps. Là je lis principalement dans le bain. Je trouve que c’est le moment parfait. Mais j’ai perdu de ma vitesse de lecture… il y a dix ans, je lisais un roman en trois jours, maintenant, c’est un roman en trois mois… :/

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

Pour écrire, je dois avoir beaucoup de temps devant moi et pouvoir vraiment me plonger dans l’univers de mon projet. Si j’ai un rendez-vous dans la journée ou si je sais que je n’ai que quelques heures, ça ne le fait pas, je suis mieux de travailler sur quelque chose de plus concret: un dessin, de l’encrage, de la coloration. Sinon, j’aime bien m’installer ailleurs qu’à mon bureau pour écrire et faire du découpage (le découpage en bande dessinée est vraiment une forme d’écriture, à mon avis). Souvent, je scénarise dans mon lit, sur mon sofa, sur le balcon… Je n’écris pas vraiment de scénario complet à l’ordinateur. Je prends quelques notes et ensuite, je passe directement au découpage des dialogues et des cases. C’est l’étape de mon travail qui me demande le plus de concentration.

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?
Holàlà… Plein!!!! Des films me font cet effet aussi. Peut-être parce que dans la bande dessinée on partage ce côté « scénario » avec le cinéma. Les livres qui me donnent envie d’écrire sont pas mal mes livres préférés en tant que lectrice. Les auteurs que j’apprécie le plus et qui m’inspirent sont ceux qui font un excellent travail sur les personnages. Voici une sélection non exhaustive des livres qui m’ont donné envie d’écrire, depuis le début! J’ai essayé de faire une sélection dans ma bibliothèque (voir photo) (PS: Ne sont pas présents sur la photo pour cause de prêt à des amis: « Le facteur de l’espace de Guillaume Perreault, « Cigish » de Florence Dupré La Tour et « Pouvoir Point » d’Erwann Surcouf.) Sinon, ma réponse à la question 5 et 9 peut un peu répondre à celle-ci aussi. Les livres que j’aurais aimé avoir écrits sont ceux qui me donnent envie d’écrire. 😉

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ?
Récemment, je dirais « My education – a book of dreams » de William S. Burroughs. Je travaille moi-même sur un projet de journal de rêves en bandes dessinée. Ça fait déjà un moment que je travaille dessus et les avis sont très partagés: soit on me dit que ça va être un super projet, soit on me dit que les rêves racontés, ça n’a aucun intérêt. J’ai adoré le livre de rêve de Burroughs. Ça m’a réconfortée, ça m’a donné confiance en mon projet. Je me dis que c’est faisable, un livre de rêves intéressant.

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel ?
Haha! Bonne question… On dirait qu’il ne me vient en tête que des univers dans lesquels je ne voudrait PAS vivre… Genre dans un roman de Kafka… ou dans le roman « The road ». J’aimerais bien vivre dans l’esthétique et la folie du langage de « Clockwork orange » de Burgess, mais sans la violence. Sinon l’univers de Boris Vian! Ou dans certaines histoires de Zviane.

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner ?
La série « Gus » de Christophe Blain, « La vieille qui marchait dans la mer » de Frédéric Dard, « The rule of the bone » de Russel Banks et tous les romans de François Blais.

8. Quel est ton mot de la langue française préféré ?
Ça dépend. Pour sa sonorité? Son graphisme? Sa signification?

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ?
« La classe de madame Valérie » de François Blais, « Like a velvet glove cast in iron » de Daniel Clowes, la série « Gus » de Blain, « Cigish » de Florence Dupré La Tour…

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre ?
« Si seulement j’avais le temps de… – Les projets inachevés »

Trainspotting : Invitation au fond du gouffre

Londres. Les années 80. L’émergence de la musique new wave, l’ampleur que prend le mouvement anarchiste et la chute du mur de Berlin apportent un vent de changement dans la société de cette décennie. Par conséquent, la jeune génération vivant cette époque est modelée par la mouvance de son temps et s’inscrit dans le registre de la révolte.

Mark « Rent-boy » Renton, David « Spud » Murphy, Simon « Sick Boy » Williamson, Francis  « Franco » Begbie et Thomas « Tommy » MacKenzie sont des enfants fictionnels issus de ce soulèvement. Peut-être reconnaissez-vous ces noms? Il s’agit des personnages principaux du roman Trainspotting d’Irvine Welsh, aussi adapté au cinéma par David Boyle. Le mois dernier, j’ai eu la chance d’assister à l’adaptation théâtrale de l’oeuvre présentée au Théâtre Prospero et j’en suis sortie renversée.

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Crédit : Pierre-Marc Laliberté

Synopsis

Trainspotting c’est le récit tragique d’un groupe d’amis qui cherchent un sens à leur existence. Entre la drogue et le sevrage. Entre l’amour et la guerre. Entre l’amitié et la haine. Entre l’Écosse et Londres. Entre le chaos et le nirvana. C’est l’histoire d’une vie. De plusieurs qui s’entrechoquent entre le sans espoir et la possibilité. Nous sommes transportés dans l’univers de la dépendance à la drogue et de tout ce que cela implique autant financièrement que socialement. Nous voyageons à travers le temps pour retomber dans les années 80 à Édimbourg.

Le texte

Déjà, il s’agit d’un grand défi d’adaptation puisque l’oeuvre de Welsh s’inscrit dans une époque et un lieu précis. Or, le scénario fut parfaitement transformé pour que la nouvelle version s’incruste dans le milieu québécois. Il ne fallait pas s’attendre à autre chose puisque le travail de traduction était effectué par nul autre que Wajdi Mouawad. L’anglais britannique des banlieues figurant dans l’histoire originale fut transformé habilement en français québécois familier au sein de la pièce de théâtre. La présence de nombreux sacres rappelait le langage odieux utilisé par les personnages de l’oeuvre de Welsh, mais aussi de celle de Boyle.

La mise en scène et le décor

L’aspect visuel m’a complètement épatée. Il s’agissait de ma première fois au Théâtre Prospero et malgré la petitesse de la salle, ils ont réussi à rendre le décor fidèle à l’atmosphère qui devait y régner. Les jeux de lumière souvent synchronisés à la musique du Londres des années 80 étaient parfaits à tout coup. Une certaine angoisse s’emparait de nous lorsque les couleurs saccadées se mettaient en branle. De plus, l’éclairage aux néons, froids et artificiels, nous plongeait totalement dans l’ambiance de la salle de gym, qui est un lieu important dans le déroulement de l’action. La lueur des chandelles qui était parfois utilisée comme seule lumière ajoutait à l’univers de la toxicomanie. Les diverses projections de train imposaient un mouvement qui donnait un certain rythme à la représentation.

Sur scène, une sorte de maison mobile figurait comme principal lieu. Cette dernière était constituée de nombreuses portes et fenêtres. Les personnages entraient et sortaient allègrement, ce qui offrait un dynamisme intéressant pour l’oeil. La porte de garage qui s’ouvrait par moment provoquait un bruit de ferraille et laissait voir une arrière-scène digne des entrepôts les plus crasseux des ghettos londoniens. Un coup de génie!

L’élément primordial du décor prenait la forme d’un matelas posé à même le sol en plein milieu de la place. Objet mythique autour duquel les consommateurs d’héroïne se rassemblent. Or, ce dernier cachait un détail splendide aux spectateurs. Dans l’une des scènes, celle se déroulant au cimetière lors de l’enterrement du frère de Mark, mort au combat, le matelas est renversé et le public découvre le drapeau britannique graffité au dos. D’ailleurs, un trou rectangulaire apparaît dans le plancher à l’endroit où se trouvait l’objet, une minute auparavant, laissant imaginer la béance creusée pour accueillir le cercueil du défunt. La magie ne s’arrête pas là. Ce trou sera réutilisé pour faire chuter les personnages sous le plancher, et ce, à travers le matelas, lui-même éventré en son centre. Apparemment, on peut faire beaucoup avec peu.

Plusieurs pièces étaient également dissimulées à la vue du spectateur. Pièces dans lesquelles des scènes trop inquiétantes pour être rendues au théâtre se déroulaient. Je pense, entre autres choses, à la séquence où Allison retrouve son bébé mort après qu’elle l’ait oublié pendant plusieurs jours dans son berceau. On cache ingénieusement le corps putréfié, mais l’horreur de l’instant est rendue par le cri terrible lancé par la jeune femme lors de la découverte. D’un autre côté, le metteur en scène n’a pas hésité à présenter la scène de la toilette. Moment dans lequel Mark tente de récupérer ses suppositoires à l’opium dans une cuvette sale et remplie d’excréments. Tout y était. Le jeune homme y plongeait les mains aisément en jetant le tout en direction de la foule. Bref, on montrait sans montrer et son contraire à la fois, le tout de façon pertinente, judicieuse et d’un doigté réfléchi.

Mon gros coup de coeur en ce qui a trait au décor est le chemin de fer qui longeait la scène au niveau des sièges des spectateurs. Il était parsemé de cailloux et chaque fois qu’un des acteurs s’y promenait, le bruit provoqué par les pas évoquait l’errance des drogués dans les lieux abandonnés. Ai-je déjà dit qu’on peut faire beaucoup avec peu?

En somme, le décor était un sans faute!

Le jeu des acteurs

L’adaptation de Boyle est définitivement devenue un film culte, entre autres choses, à cause de la performance des acteurs y figurant. Trainspotting a littéralement lancé la carrière d’Ewan McGregor. Le défi fut largement relevé. Tous les acteurs ayant partagé la scène cet

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Crédit : Pierre-Marc Laliberté

après-midi-là étaient fabuleux. Ils ont été à la hauteur de mes attentes et elles étaient bien hissées. À mon avis, deux d’entre eux se sont largement dépassés. Les performances de Lucien Ratio incarnant Mark, le protagoniste principal, et de Martin Boily jouant le rôle de Tommy étaient renversantes.

Le premier offrait un jeu authentique tout en empruntant plusieurs mimiques du personnage d’Ewan McGregor dans l’adaptation cinématographique, et ce, de façon impeccable. Comment ne pas s’en inspirer vu la justesse? Le comédien dégageait une intensité palpable qui créait une sorte de tension fragile entre le public et lui. Lorsqu’il s’asseyait en petit bonhomme sur le matelas crasseux en plongeant ses yeux vers l’avant, j’avais l’impression que son regard transperçait mon âme pour m’enfoncer dans la gorge son cri empreint de mal de vivre. J’y croyais. J’avais mal.

J’ai apprécié le deuxième acteur mentionné précédemment dès son entrée sur les planches. Je savais que ce dernier me ferait verser une larme tôt ou tard. Je me connais bien. Il était toujours le principal concerné dans les moments les plus touchants au cours de la représentation. Il nous faisait cadeau d’un jeu franc et ressenti. La séquence finale le mettant en scène était particulièrement enivrante. Le genre qui te suit comme ton ombre encore quelques heures après la représentation. Le type qui laisse un goût amer et une pensée angoissante. Un pur délice!

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« J’ai honte d’être Écossais, on est des criss de ratés dans un pays de ratés. J’reproche pas aux Anglais de nous avoir colonisés. J’haïs pas les Anglais. C’est des mange-marde. On a été colonisés par des mange-marde. […] On est gouvernés par des trous du cul pourris du câlisse. Pis tu sais-tu qu’est-ce que ça fait de nous ça? Ça fait de nous des minables! Les plus minables des minables. […] J’haïs pas les Anglais. Ils font c’qu’ils peuvent avec ce qu’y’ont. C’est les Écossais que j’haïs. C’est nous que j’haïs. »

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J’ai assisté à la déchéance et à la descente en enfer de ces personnages fictifs avec douleur et sincérité. J’ai suivi le chemin dans lequel ils ont tenté de me guider à l’aveuglette. Je m’y suis perdue. Et jamais, je n’en reviendrai.

Extrait du texte de la pièce de théâtre vue au Théâtre Prospero.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Gabriel García Márquez et les effluves caribéennes

Il y a des romans qui vous font voyager gratuitement dans des contrées éloignées et dans des univers singuliers, qui vous font rêver à un ailleurs fabuleux et qui vous déstabilisent en douceur de votre quotidien en vous amenant là où vous n’aviez jamais pensé aller sans bouger de votre salon.

Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez vous transporte loin de la réalité québécoise, mais met en scène un monde si humain, intemporel et universel qu’il donne l’impression finalement que tout se passe juste la porte à côté.

Le roman relate l’histoire de la famille Buendia sur six générations, dans un village isolé d’Amérique du Sud, Macondo. La famille Buendia, qu’un gitan a condamnée à cent ans de solitude, est emportée dans un tourbillon de révolutions, de guerre civile, de violence, de richesse, de naissances, de pertes et d’histoires d’amour tragiques. Tout au long du roman, tous les personnages sont prédestinés à souffrir de la même solitude; ils finissent pratiquement tous seuls, tristes, mais vidés par une existence trop intense.

« Il mourut de vieillesse, solitaire, sans une plainte, sans une protestation, sans se laisser aller une seule fois à trahir son secret, tourmenté par les souvenirs et par les papillons jaunes qui ne lui accordèrent aucun moment de répit, et mis au ban de la société comme voleur de poules. »

J’ai déjà entendu certaines personnes dire que le livre leur faisait peur puisqu’il semblait trop fantastique. En général, je ne suis pas adepte de la littérature fantastique, mais c’est justement la magie de Gabriel García Márquez : nous proposer des éléments irréels dans un décor si réaliste qu’on est prêt à croire tout ce qu’il met en scène.

Cent ans de solitude n’a pas été ma première aventure avec l’auteur colombien, j’ai d’abord lu Chronique d’une mort annoncée dans un cours d’espagnol et je n’ai plus rien lu de lui par la suite. Ce n’est que plusieurs années plus tard que j’ai renoué avec l’auteur alors que j’avais une phase d’intérêt marquée pour tout ce qui touchait l’Amérique latine et que je voulais absolument y voyager. J’ai particulièrement aimé L’Amour aux temps du choléra, mais Cent ans de solitude reste son chef d’œuvre qu’on peut lire à tout âge. La langue est imagée et le livre regorge de phrases merveilleuses et touchantes : « C’est une sensation physique qui le gênait presque pour marcher, comme un petit caillou dans sa chaussure. » Ou encore : « Son visage fouetté et meurtri par le sel des Caraïbes avait acquis une dureté de métal. »

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De plus, pour aller plus loin, je recommande fortement de s’attarder à son autobiographie Vivre pour la raconter.

« La vie n’est pas ce que l’on a vécu, mais ce dont on se souvient et comment on s’en souvient. »

J’adore lire les mémoires d’écrivains et comprendre mieux leur processus d’écriture ainsi que la source de leur inspiration. Gabriel García Márquez est vraiment généreux et nous ouvre la porte de son monde. Et dans son cas, c’est d’autant plus troublant qu’il s’est fortement inspiré de sa vie et de l’histoire de sa famille pour mettre en scène son univers romanesque. Après avoir lu son autobiographie, j’ai eu la sensation que ses romans prenaient encore plus vie et que ses personnages et lieux décrits gagnaient en force.

Je n’ai malheureusement jamais encore mis les pieds en Colombie, mais j’espère un jour voir de mes propres yeux les lieux merveilleusement décrits par l’écrivain. En attendant, lorsque je me replonge dans son œuvre, j’ai l’impression de m’y retrouver et de sentir intensément les effluves caribéennes. Un peu de dépaysement par la lecture fait tant de bien.

Et vous, grâce à quel roman voyagez-vous?

Les Aurores montréales : nouvelles, amours et langue

J’avais mis sur ma liste de lecture Les Aurores montréales à mon entrée au cégep, en 2009. On m’en avait parlé avec beaucoup d’enthousiasme à l’époque, mais au fil du temps, je l’ai oublié au bas de ma PAL. Mais ce n’est que dernièrement que j’ai trouvé un exemplaire usagé du recueil de nouvelles, à moitié prix, à la friperie à côté de chez moi. Il aura donc fallu sept ans avant que je m’attaque au livre de Monique Proulx.

Je n’ai pas peur de le dire : ce livre est un chef d’œuvre. À travers les 27 nouvelles (certaines très courtes, à peine trois pages, d’autres plus longues), on traverse Montréal d’un bout à l’autre : les itinérants, les immigrants, les riches d’Outremont, les prostituées rue Sainte-Catherine, les jeunes, les vieux, les amoureux, les célibataires, les hommes, les femmes, les Blancs, les Autochtones, l’anglais, le français. Il y a plusieurs pastiches dans le recueil : Proulx adresse des nouvelles à Dany Laferrière, à Mario Micone, à Patrick Cady, à Pierre Foglia, reprenant leur style, leur histoire, leurs aventures. C’est un patchwork éclectique à l’image de Montréal qui est une « ville qui additionne tellement de nouveaux visages que l’on perd toujours celui que l’on croyait enfin connaître ». (Les Aurores montréales, p. 164)

À travers la grande Histoire, on rencontre les drames intimes des gens ordinaires : un itinérant qui assiste à l’émeute de la Coupe Stanley de 1993, une Montréalaise et un Torontois qui se déchirent au rythme du référendum d’octobre 1995 (la première édition du recueil remonte à 1996), une adolescente haïtienne obsédée par Malcom X à la sortie en 1992 du film biographique à son sujet. Chaque nouvelle est bien ficelée, les personnages sont touchants, les lieux nous sont agréablement familiers (pour les Montréalais).

Le fil conducteur à travers chacune des histoires est la langue québécoise, le français de Montréal. C’est le français qui réunit chaque pièce du patchwork, comme un beau fil d’or. Les personnages sont des immigrants qui apprennent le français, ce sont des séparatistes qui ont perdu leur référendum, ce sont des écrivaines, des scénaristes, des professeurs de littérature, des journalistes. C’est peut-être là que le livre a le moins bien vieilli : Monique Proulx néglige (volontairement ou non) le Montréal anglophone qui ne cesse aujourd’hui de prendre de l’expansion. En même temps, ça donne au recueil un air rétro, un air « d’anciens temps » où l’Internet, le franglais, le Mile-End n’avaient pas encore une place d’importance dans un recueil de nouvelles sur Montréal.

Je souligne finalement la nouvelle « Léa et Paul, par exemple » qui m’a énormément touchée et à laquelle j’ai pensé longtemps après l’avoir lue. C’est triste et c’est vrai, comme le sont, au fond, toutes les nouvelles de Monique Proulx dans Les Aurores montréales.

Pour vous immerger encore plus dans l’univers de Monique Proulx, vous pouvez lire Ce qu’il reste de moi (bien que ça ait été une grande déception pour Karina…).

Cliquez ici pour voir ce livre directement sur

Nos suggestions de lecture Album jeunesse pour le défi littéraire de juillet

Je suis tellement contente que nous soyons en juillet, parce que ce défi me tentait beaucoup! Rares sont les adultes qui prennent le temps de lire de la littérature jeunesse et je trouve personnellement que cela fait beaucoup de bien une fois de temps en temps. De plus, ce n’est pas le choix et la qualité qu’il manque au Québec, les auteurs comme les illustrateurs offrent de la littérature québécoise de grande qualité!

Alors, voici ce que je lirai en juillet pour le défi, Le gros monstre qui aimait trop lire de Lili Chartrand et Rogé, publié chez Dominique & compagnie. Je l’ai aperçu dans une librairie il y a déjà plusieurs mois et le titre m’avait charmée. Gagnant du prix littéraire du Gouverneur général, je me suis dit que cette lecture serait parfaite pour juillet.
Unknown-3J’en profite aussi pour vous conseiller deux excellents albums de La Pastèque, Virginia Wolf et Rose à petits pois, dont j’ai parlé sur le blogue. Bonne lecture!

P.-S. : Si vous cherchez d’autres suggestions, visitez le site Les petits mots-dits, un repère de suggestions jeunesse!

La suggestion de Karina

Unknown-4Ma lecture de juillet sera Florence & Léon, texte de Simon Boulerice et illustrations de Delphine Côté-Lacroix. Dès mon premier coup d’œil sur ce petit livre jeunesse je savais qu’un jour j’allais me le procurer. Déjà les images semblent magnifiques, mais surtout les mots sont écrits par nul autre que Monsieur Simon Boulerice! L’histoire de ses deux personnages me semble tout simplement attachante.
La suggestion d’Andréanne
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Tout ce qui a été écrit par Élise Gravel! Pour rire, explorer un univers à la fois ludique et fantastique et aborder des sujets divers. Que ce soit ses minidocumentaires sur les insectes, ses albums sur les monstres, ou plutôt ses albums qui nous apprennent comment se comporter dans une multitude de situations à travers les leçons données par le professeur Zouf, Élise Gravel touche les petits et les grands. Mention spéciale pour son album en ligne et gratuit qui laisse tomber les construits sociaux et annonce avec humour aux enfants qu’ils peuvent être ce qu’ils souhaitent.

La suggestion de Stéphanie

« J’étais émerveillée par les différentes couvertures des livres dans le présentoire d’album jeunesse de ma librairie préférée quand tout à coup, je vois le nom de Simon Boulerice et une jolie couverture qui m’attire. Et de un, il reste dans mes mains celui-là! Je promène ensuite mes yeux plus loin et vois le magnifique album des Éditions La Pastèque et un Harvey pantois devant la télé sur la couverture. Et de deux! Pas pu m’en empêcher. Je retomberai en enfance pour les vacances. »

Ce qu’on a pensé de nos lectures Poésie du défi de juin

Déjà la horde de chair se tait, ce premier recueil de la poète Ariane Audet m’a fouettée en plein cœur. Noir et douleur parcourent le récit pour s’exprimer, se dévoiler d’une violence puissante qui ébranle droit au cœur. C’est le genre de recueil qui crie une parole qui doit être entendue et j’ai frissonné devant quelques petits mots qui, ensemble, deviennent des cris plus forts que le silence. Insufflée d’une vérité douloureuse, ces poèmes m’ont conquise.
IMG_3659Ce défi m’a définitivement démontré que la poésie est accessible et franchement saisissante, à parier qu’il en aura beaucoup plus sur ma PAL des prochains mois.

La lecture de Marjorie R

Unknown-2La poésie est un genre auquel je ne touche pas beaucoup. Je ne savais donc pas trop dans quoi me plonger pour ce mois-ci. Je me suis dit que, pour m’initier au genre, je devais trouver quelque chose qui amalgame prose et poésie. Par l’entremise d’une photo Instagram, il y a un petit moment, j’ai découvert Hélène Monette. Pour juin, j’ai donc décidé de lire de ses recueils : Où irez-vous armés de chiffres?

Ce recueil est très ancré dans le réel, engagé, dénonciateur d’une réalité prolétaire, de la réalité de monsieur madame tout le monde, du 9 à 5, de la consommation. C’est une poésie sociale qu’on retrouve dans ces textes, des mots qui frappent, qui ébranlent. N’est-ce pas là tout le pouvoir de la poésie, du peu que je m’y connais? J’ai apprécié ma lecture, même si je vous avouerai que je ne l’ai pas trouvée particulièrement facile à tous instants. Lire de la poésie demande à la fois une concentration et un laisser-aller, j’ai l’impression. N’étant pas trop habituée de lire autre chose que de la prose (il n’y a rien de mal à ça non plus) je me suis accoutumée, au fil des pages, à ce genre.

Sur ce, je vous laisse sur la quatrième de couverture, qui donne une bonne idée de ce que vous retrouverez dans Où irez-vous armés de chiffres?

En ces temps que les médias n’arrivent plus à qualifier, à la vitesse où le train fonce dans le tunnel bouché, quiconque subit du harcèlement au travail et de la violence psychologique et sociale sera ici en terrain connu. On y lit les mœurs réfrigérantes et le néo-cynisme de l’époque occupée à pleine capacité par la lutte des places, le narcissisme ambiant et la mort de l’empathie. Considérés miroirs déformants, coupables éhontés ou menteurs de première, on abandonne les gens brisés si jamais on a pris le temps d’entendre ce qu’ils peinent à raconter. Stress garanti. Cœurs serrés. Rythme d’enfer. 

La lecture de Karina

Unknown-2Je me plais à lire quelques poèmes par-ci par-là, mais il est très rare que je m’y attarde vraiment. En fait, le défi de ce mois-ci était un vrai défi pour moi! Bien souvent je ne comprends pas le sens du poème, où je l’interprète d’une mauvaise manière. Dès les premières pages du recueil, je fus charmée par les mots de ces femmes. Je fus surtout touchée de voir des poèmes écrits par des femmes amérindiennes, québécoises et de diverses origines. Ce qui permet au recueil d’avoir plusieurs couleurs. Certains poèmes sont écrits comme des histoires, d’autres sont remplis de métaphores. Ce que j’ai préféré de ce recueil c’est la diversité des auteures. Je n’ai pas encore eu la chance de lire la version originale de Miron, mais ça ne saurait tarder.

La lecture de Marjorie B

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J’ai beaucoup aimé Le bruit du frigo de Julie Tremblay. Sa façon de mettre en poésie les petits détails du quotidien, les souvenirs, les banalités, donne à la routine un tout autre sens et rend à la vie sa magie, toute simple, mais bien réelle. Et que dire de son talent pour le haïku, art qui ne se maîtrise pas en claquant des doigts, Julie Tremblay a bel et bien un talent inné.

La lecture de Louba-Christina

Le corps inachevé de Joanne Morency, paru aux éditions Tryptique en 2012.
des traces de plomb sur le papier
tout être et tout objet
à ma merci

enfin je possède le monde
dans mon cahier

j’efface les lettres au fur et à mesure
de mon seul poing gauche
*
reçu de ma bonne fée
le don de devenir une autre
sans m’échapper de moi

j’existe en plusieurs exemplaires

et j’empile les vies
à la tête de mon lit
m’habillant d’histoires
comme d’une peau différente chaque jour

tourner les pages d’un livre
fut la victoire première

Sur le mur blanc à droite de mon petit lit blanc, j’ai écrit au plomb quelques passages de ce recueil tout simplement percutant de cette auteure originaire de Sherbrooke et résidente de la Gaspésie depuis fort fort longtemps. Ces passages, je les veux à proximité pour encore un moment. Ils parlent de grandes choses pour moi, tout en exprimant avec justesse ce que leur a fait dire leur auteure.

encore tellement de toi / au fond de tes yeux

il nous arrive ainsi d’atteindre l’impossible / usant le présent à force de beauté

à compter les départs / nous apprenons le temps

j’aurais fait cesser les guerres / dans mon ventre / avoir su hurler

j’apprendrais à m’appuyer sur l’air / sans défoncer le vent

La poésie pour moi c’est encore tout nouveau. Je découvre un nouveau pays et dans ce nouveau pays, il y a toutes sortes de mets à déguster, de musées à visiter, de montagnes à escalader et de personnes marquantes à rencontrer pour me créer toute une panoplie de souvenirs aux saveurs, aux couleurs et aux odeurs vibrantes.

J’ai traversé la rivière d’un seul pas. De ce pas, me reste les rayons du soleil sur la peau, le parfum des conifères dans les cheveux et toutes les ombres et les lumières pour colorer le souvenir. Le corps inachevé se plie et se déplie de ma tête à mes yeux. Se brouille un peu sur mes yeux et sur mon cœur. Je ne sais comment parler autrement tellement je suis touchée. J’ai déjà hâte de replonger dans la poésie de cette auteure que j’ai connue trop longtemps comme un recueil sur une table à la galerie d’art ou par des rencontres fortuites.

Le corps inachevé d’une vie qui se meut entre le tout début et le début de la fin.

Bonne lecture!

Elena & Lila : une prodigieuse amitié

J’aime beaucoup les romans qui suivent les personnages sur de nombreuses années, voire des décennies, ça nous permet davantage nous y attacher, comprendre leur complexité et se faire une idée bien claire de ce que l’histoire raconte. Dans L’amie prodigieuse, Elena Ferrante se lance dans une saga où les deux personnages principaux, Lila et Elena seront suivis sur près de cinquante ans. Dans ce premier tome, elle y traitera de leur enfance et de leur adolescence. Tandis que dans le deuxième tome, Le nouveau nom, les jeunes filles deviennent des adultes.

Or, L’amie prodigieuse débute au présent, quand le fils de Lila téléphone Elena, qui a plus de soixante ans, pour lui demander si elle sait où est sa mère. Ainsi débute l’entreprise littéraire du roman, Elena tentera de nous décrire le plus fidèlement possible son enfance et son adolescence à Naples, vers la fin des années 50, et ce, en racontant une des plus belles histoires de loyauté, comme de jalousie, sa puissante et chaotique amitié avec Lila.

Dans un quartier pauvre et défavorisé, les jeunes filles deviennent rapidement amies, et ce, même si au départ, rien ne semblait être prometteur d’une si grande amitié. Surdouées et incroyablement intelligentes, Lila et Elena se verront dans l’enfance encouragées par une professeure à continuer leurs études. C’est toutefois Elena qui aura la chance d’être soutenue et encouragée dans le monde des études, et ce, malgré les réticences de ses parents qui croient qu’au fond, la vraie façon de s’assurer un bel avenir est le mariage. Elena poursuivra donc ses études et excellera, souvent grâce à l’aide de sa fidèle amie qui la poussera à se surpasser. Voilà un aspect imparfait de leur si grande relation, il y a un grand besoin de compétition entre les deux amies tout comme un rapport de jalousie dû à cette amitié si forte qui doit rester exclusive.

En devenant adolescentes, elles se sépareront toutefois. Elena continuera ses études tout en vivant ses premiers émois d’adolescence. Du côté de Lila, elle reprendra le travail familial, mais avec l’aplomb d’une jeune fille convaincue de ses désirs et de ses ambitions. Le personnage de Lila est fascinant par sa volonté d’atteindre ses buts, dans une société où cela n’était pas si facile pour une femme et encore moins pour une jeune fille de s’affirmer. L’histoire nous plonge réellement dans une Italie où les femmes sont absentes et souvent déjà épuisées à 35 ans. La mère d’Elena avec qui cette dernière à une très mauvaise relation est un exemple frappant; elle n’encourage pas sa fille à continuer ses études, au contraire, elle souhaitera qu’elle marie un homme riche et prometteur. C’était parfois irritant pour moi de voir que les frères des jeunes filles prenaient des décisions pour elles et qu’elles devaient s’y faire et que les hommes agissaient comme des dieux face aux femmes. Néanmoins, il y a un réel désir d’émancipation chez les deux amies et cela transperce le roman. Même si leur amitié n’est pas exemplaire, elles n’auront pas de contact pendant de longues périodes, elles se soutiendront et s’apporteront une lumière et un bonheur qu’elles ne retrouveraient pas l’une sans l’autre.

Je dus admettre bien vite que tout ce que je faisais toute seule n’arrivait pas à me faire battre le coeur, seulement ce que Lila effleurait devenait important.

L’amitié prodigieuse qui unit les jeunes filles est rassurante, car elle démontre toute la force de l’union à deux, pour se sentir moins seule, moins incomprise, pour apprendre à grandir ensemble. L’histoire laisse présager que malgré les distances, leur relation une fois âgée restera unie de cette fusion incompréhensible qui lie les vraies amitiés; ensemble ou séparées, rien n’a vraiment d’importance. L’amitié survit.

Seule Lila me manquait, Lila qui pourtant ne répondait plus à mes lettres. J’avais peur qu’il ne lui arrive quelque chose, en bien ou en mal, sans que je sois là. C’était une vieille crainte, une crainte qui ne m’était jamais passée : la peur qu’en ratant des fragments de sa vie, la mienne ne perde en intensité et en importance.

J’ai bien l’intention de me plonger dans le tome deux, parce que l’écriture de Ferrante, toute en douceur sans fioriture, ensorcelle et donne vraiment envie de savoir ce qui se passe avec ces deux amies. Emmenée dans cette ville où la tension côtoie le quotidien, j’ai été obnubilée par la noirceur de la ville, par ses générations d’hommes qui dominent, par ce constat plutôt gris que la ville fût enrobée d’un climat de violence, de terreur et de pauvreté. Ces histoires de familles, ces longues lignées familiales, ont sans aucun doute été l’élément le moins enchanteur dans cette histoire, quoique bien nécessaire, je l’accorde. Il fallait bien se remémorer le nom de chaque fils, père et cousin pour bien comprendre les familles, les clans et les ennemis. Je dirais que ce seul petit élément m’a titillée, simplement parce que je ne suis pas une adepte des sagas historiques aux dizaines de personnages. Heureusement, L’amie prodigieuse, c’est beaucoup plus que cela. Je comprends entièrement qu’il ait gagné le prix des libraires du Québec. Une des plus belles odes à l’amitié, conflictuelle, mais pas moins profonde.

 

 

Les romans de Tania Boulet : pour ados et… un peu plus

Tania Boulet est une auteure pour adolescents que j’adore, et cela depuis longtemps. Je me souviens d’avoir acheté Les naufrages d’Isabelle alors que j’étais au primaire (et même pas encore une ado!). Et maintenant que je ne suis plus vraiment une ado, je continue à lire tout ce qu’elle écrit. De ses premiers livres, Les fausses notes ou Une chanson pour Frédéric, à sa série Clara, jusqu’à sa trilogie qui contient Des milliers d’étincelles et Ensemble tome 1 et 2, je reste accrochée, car j’aime la façon dont elle développe ses intrigues et surtout, je trouve qu’elle sait vraiment bien trouver le ton pour s’adresser aux ados.

Le dernier venu de Tania Boulet, Une vraie fille, raconte l’histoire de Mia St-Laurent, grande adepte de baseball, qui tentera tout ce qu’elle peut pour intégrer l’équipe élite de la Côte-Nord, au milieu d’une gang de gars. On suit la jeune fille à travers ses émois d’adolescente et surtout, à travers ses aspirations, ses buts, ses craintes. Elle apprendra à savoir qui elle est, et à s’imposer en tant que fille dans cet univers masculin où il serait tellement plus facile, selon elle, d’être un gars. « Toi, Mia, c’est pas pareil. T’es pas une vraie fille ».

Tania Boulet a plusieurs forces incroyables. D’abord, elle excelle dans les dialogues : ceux-ci sont toujours crédibles et bien rythmés. Ainsi, les échanges entre Mia et ses amis, ou avec ses parents, sont très réussis. Ils coulent bien et ne sont pas lourds du tout. Ensuite, l’auteure est reine dans la mise en mots des tourments et émotions de l’adolescence. Elle réussit avec grande force à décrire, au sein de ses intrigues, ce qui se passe dans la tête de Mia, que ce soit dans son désir de s’intégrer et de trouver sa place, de comprendre ses sentiments amoureux ou de vouloir convaincre ses parents de ce qu’elle veut vraiment.

Cependant, j’ai trouvé l’intrigue de ce dernier livre plus faible. En fait, c’est assez classique : on retrouve une jeune fille avec une passion (le baseball), un nouveau défi (entrer dans l’équipe, puis gagner un match, d’abord difficile, puis une réussite), ainsi qu’une intrigue amoureuse (d’abord un émoi non réciproque pour un garçon, puis la découverte de sentiments envers un ami pour qui elle s’étonne de ressentir quelque chose. Réciproque). Fin de l’histoire : réussite sociale et amoureuse. Je sais que je ne suis plus une ado (et que je ne suis donc plus le public cible), et que j’ai peut-être des yeux trop littéraires, mais j’ai trouvé dans les autres romans de l’auteure une plus grande complexité au niveau de l’intrigue et surtout une plus grande « force » (je ne sais pas comment dire ça autrement) au coeur des romans. Il s’en dégageait ainsi cette « force » littéraire doublée d’une grande poésie et de personnages plus ambigus, moins évidents et moins figés. C’est comme si on se retrouvait, comme les personnages, au bord de ce grand précipice qu’est l’adolescence et que l’auteure arrivait parfaitement à le mettre en mots. Ici, si l’intrigue est crédible et amusante, il manque cette impression de vertige qui accompagnait la lecture des autres romans.

Bref, si Une vraie fille n’est pas son meilleur roman, selon moi, il sera néanmoins parfait pour un après-midi sous un arbre dans un parc, au grand soleil sur une plage, sur la galerie avec un thé, ou contre un oreiller dans son lit. Ce livre qui se passe l’été, léger à souhait, est parfait pour retomber en adolescence le temps de traverser les 260 pages qui le constituent, dans un après-midi ou une soirée tranquille. Et, pourquoi ne pas en profiter pour passer à la bibliothèque et (re) découvrir les autres titres de l’auteure?

Bonne lecture!

Merci aux éditions Québec Amérique pour le service de presse.

Le jour où j’ai remis les pieds dans une bibliothèque

L’autre jour, je suis allée à la bibliothèque. Je ne sais plus vraiment quand était la dernière fois que j’y avais mis les pieds, probablement quelque part en 2013, du moins c’est ce que mes frais de retard non payés avaient l’air de dire.

C’est étrange non? J’adore lire, j’aime les livres, mais je ne vais pas à la bibliothèque. En fait, c’est que, comme plusieurs, j’aime aussi beaucoup l’objet, j’aime le posséder, le garder, le faire valoir dans ma bibliothèque et il n’y a rien de mal à ça.

Par contre, j’en étais à un point où le budget n’était plus très coopérant avec mes envies littéraires. Après en être venue à la conclusion que me lancer le défi de ne pas acheter de livres de l’été n’était pas très réalisable, considérant ce blogue, l’entreprise et le goût de garnir mes étagères, je me suis dit qu’un bon début serait de réduire mes dépenses en allant à la BAnQ. Sans nécessairement ne plus me procurer de livres chez Gallimard (encore plus dur quand tu vois la librairie de ton balcon) j’allais devoir faire des compromis.

Pour me motiver, je me suis trouvé de bien bonnes raisons de fréquenter ce lieu et puis là, je sens que je me suis vraiment convaincue moi-même. Pas que j’aie quelque chose contre les bibliothèques, mais les livres neufs, ça fait de belles photos instagram.

Blague à part, les bibliothèques, c’est plein d’avantages.

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S’initier à de nouveaux genres : Quand il n’y a pas de questions monétaires en bout de compte, ça fait peut-être un peu moins mal de lire quelque chose qui, finalement, nous plaît moins. Emprunter le livre permet d’être un peu plus aventurier dans ses choix littéraires, de sortir de sa zone de confort ou de lire des trucs qu’on n’aurait jamais pensé acheter en librairie.

Raccourcir sa PAL : Parfois, quand j’achète des livres, je ne les lis pas tout de suite. Ils attendent dans une étagère et se font oublier. Ce n’est pas toujours le cas, mais ça arrive. En empruntant à la bibliothèque, je sais qu’il y a une date de retour, même si je peux l’allonger. Ce délai, cette « date de tombée », me motive à commencer et à finir un livre dans des délais plus raisonnables. Avoir une date buttoir m’aide à prendre plus de temps pour lire.

Découvrir des trésors inattendus : Découvrir des livres à travers les rayons est aussi quelque chose qui se fait en librairie, je vous l’accorde. Par contre, il y a un plaisir tout spécial à se promener dans les rayons, à vivre le silence des bibliothèques, à s’asseoir dans les allées (oui, oui) pour prendre son temps pour fouiller, observer et découvrir.

Pas de jugement de la caissière : Celui-là, c’est un peu une blague. Une fois, au Renaud-Bray, j’ai acheté un sac cadeau juste pour que la personne à la caisse ne croie pas que les livres étaient pour moi. C’est ridicule, certes, mais à la biblio, vous pourrez faire affaire avec une machine assez high tech qui ne rira pas dans sa barbe lorsque vous emprunterez un livre qui vous gêne, même s’il ne le devrait pas.

Voilà quatre bonnes raisons, si vous en avez besoin, pour mettre les pieds à la bibliothèque un peu plus souvent.