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Ma meilleure amie d’enfance, Martine

Durant mon enfance, j’ai eu deux meilleurs amis. Le premier se nommait Bob. Il était le fils de la meilleure amie de ma mère. Il venait chez moi toutes les fins de semaine ou on allait le visiter. On jouait aux Pokémon ou à la Nintendo. Bob et moi allions faire des folies dehors ou nous restions chez lui pour regarder Petit-Pied le Dinosaure.

Quand je ne passais pas du temps avec Bob, il n’y avait qu’une autre personne qui avait toute mon attention, il s’agissait de Martine. Je la retrouvais le soir avant de m’endormir. On partait à l’aventure du monde avec l’aide de Patapouf, son compagnon à quatre pattes. Nous avions découvert tellement de choses ensemble que je n’ai pas pu avec Bob. J’ai appris à ne pas avoir peur de poser des questions, d’avoir un regard critique sur le monde et à rêver. J’ai saisi que j’ai le droit de faire des erreurs et de ne pas abandonner face à l’adversité. Martine répétait souvent « ne perds pas courage », car on apprend vite que même si les choses deviennent difficiles, il ne faut pas lâcher prise.

Étant petite, je ne pense pas avoir remarqué que la société voulait que les femmes pratiquent un métier plutôt qu’un autre. Ma meilleure amie, Martine, m’a montré que je pouvais tout faire, c’est-à-dire que je pouvais être une ballerine, être une fermière ou conduire une montgolfière. Cependant, beaucoup de gens pourraient me contredire. La collection de Martine a longtemps fait hausser les sourcils de plusieurs puisque le personnage fût considéré comme étant un stéréotype. Les histoires avaient un ton très moralisateur et mettaient énormément de pression sur les jeunes filles pour être parfaites. En grandissant, je n’ai jamais ressenti cette pression, je me sentais libre, car je n’avais aucune restriction. J’en suis très reconnaissante. Reconnaissante qu’un univers imaginaire m’ait montré tant à un jeune âge et heureuse que ma maman apportait les recueils de Martine régulièrement à la maison.

Vers le début de la préadolescence, mon amitié avec Martine en a pris un coup, ce qui était inévitable. J’ai laissé mes recueils dans ma bibliothèque et nos balades ensemble ont cessé. Je me suis fait d’autres meilleures amies comme Hermione, Aurélie ou Noémie, car il me fallait de nouvelles personnes avec qui découvrir un nouveau monde. Un endroit où mon ancienne meilleure amie ne pouvait plus m’accompagner. Par contre, je me souviens toujours de mes moments favoris avec Martine comme la fois où j’ai tenté de faire un costume de clown avec mes draps de lit. Je préfère tout de même nos instants passés dans la cuisine ou à cueillir des fraises.

J’ai dit au revoir à mon amie d’enfance, il y a plus d’une décennie de cela, mais je sais qu’elle accompagne plusieurs petites filles partout sur le globe, ainsi que des garçons. Je suis contente de savoir que Martine va permettre à plusieurs de s’épanouir et de grandir. Puis, quand les choses vont mal, je me répète « ne perds pas courage ».

L’éloge de la lecture et de la construction de soi

01Vous le savez, je crois infiniment au pouvoir des livres, de la lecture et des effets que cela peut avoir sur le développement humain. Je prends donc plaisir à lire des essais de spécialistes qui ont la même vision que moi. Dans Éloge de la lecture, construction de soi, Michèle Petit aborde plusieurs thèmes liés à la lecture. Quoique je n’aie pas tout aimé de ce texte, je pense quand même qu’il y a quelques perles qui méritent d’être soulignées. Michèle Petit est une anthropologue qui s’intéresse beaucoup à la lecture dans la construction de soi, mais aussi dans des lieux communs tels que la bibliothèque.

Elle utilise la sociologie comme la psychanalyse pour parler des effets de la lecture et surtout pour démontrer par tous les moyens que les effets de la lecture sont nombreux autant chez les individus que dans une collectivité. Elle aborde la lecture comme une réelle façon de se construire de façon intime. Elle considère que la lecture est une voie d’accès directe à ce territoire de l’intime et ainsi, un chemin direct pour davantage se comprendre, se connaitre et ainsi, être un peu plus soi-même.

Le lecteur élabore un espace à soi où il ne dépend pas des autres, où il tourne même de dos aux siens, momentanément.

Le livre devient plus qu’un passe-temps, il devient un ami, une façon de ne pas être seul tout en l’étant toutefois. Cet acte si solitaire qu’est la lecture permet au lecteur de davantage prendre du temps pour se connaitre, pour prendre du temps pour lui tout simplement. L’amour des livres est aussi un accès direct vers une sorte d’abri, comme elle le dit. Une petite cabane que l’on se construit au fil des pages pour aller s’y réfugier en cas de besoin ou pour retrouver cette sérénité d’être avec soi, mais entier de personnages.

Un livre, c’est une hospitalité qui est offerte, une sorte d’abri que l’on peut emporter avec soi, où l’on peut faire retour, un refuge où résonne comme l’écho lointain de la voix qui nous a bercé du corps où nous avons séjourné.

Un autre aspect qu’elle a abordé qui m’a beaucoup plu est le fait qu’elle n’adhère pas aux usages sociaux de la lecture chez les jeunes. Par exemple, elle ne croit pas que les livres jeunesse devraient être moralisateurs et simplement axés vers un résultat. Pour que les jeunes lisent, il faut leur donner envie d’aimer lire et de trouver dans cette activité un réel plaisir. Les bienfaits de la lecture se font sentir sans que l’on tente de les susciter par une lecture trop éducatrice, voire aussi trop guidée.

La construction de soi par la lecture passe beaucoup par le bien-être, par ces livres qui font du bien, qui nous font plaisir ou nous aide à mieux nous comprendre, nous saisir. Même si ce principe est difficilement définissable, il n’en reste pas moins que les jeunes doivent avoir le goût de lire et non de sentir une pression scolaire derrière ces lectures. Heureusement, l’amour de la lecture et de l’école sont amplement possibles, suffit de mettre l’amour avant les résultats concrets de la lecture.

J’ai trouvé cette lecture fort pertinente dans mon approche envers la bibliothérapie et l’entreprise que devient Le fil rouge. Ce bouquin m’a confirmé que plusieurs de mes croyances vis-à-vis la lecture étaient fondées et que la découverte de soi passe beaucoup par la lecture. La lecture permet aussi, et heureusement, la découverte de l’autre et du monde et c’est tant mieux. Pas nécessairement besoin de se voir dans chacune des lignes d’un roman, il suffit parfois d’apprendre à emprunter d’autres lunettes pour évoluer de son côté.

Cet éloge de la lecture est une étude poussée, bien vulgarisée et surtout ouverte sur les effets concrets du plaisir de lire. Je le conseille à ces amoureux des livres, à ces passeurs de livres.

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ROOM : l’aventure de Super Jack

Room est l’histoire de Jack et de sa maman. Jack a toujours vécu dans la chambre (« the room »). Tout ce qu’il a connu et ce qu’il connaît s’y trouve. Il a Monsieur lit, Madame commode, Monsieur tapis, etc., et tous les dimanches il a droit au « cadeau du dimanche » offert par le « Grand méchant Nick ». Jack tient sa force de ses cheveux, c’est pourquoi il garde ses cheveux longs, parce que tout comme les héros de ses livres, il sera le héros de sa propre histoire. Sa maman est parfois « ailleurs », ce qui lui permet alors de regarder plus longtemps la télévision où il retrouve ses ami-e-s, dont Dora l’exploratrice.

À présent que Jack a 5 ans, sa mère lui dit qu’il faut être courageux. Qu’il est maintenant temps de sortir de la chambre. Mais Jack ne comprend pas, pourquoi s’en aller alors que l’extérieur n’existe pas? Ensemble, ils essaient divers plans d’évasion et Jack réussit! Il est le grand héros et « Grand méchant Nick » se retrouve en prison. « Grand méchant Nick » se retrouve en prison parce qu’il a volé la vie de maman et celle de Jack. Il a emprisonné maman dans une chambre qu’il a créée spécialement pour elle, et ensemble ils ont fait Jack. Jack est alors devenu l’espoir de survie de maman.

Jack est un garçon très intelligent, il apprend rapidement à s’adapter à sa nouvelle vie. Ce qui est beaucoup plus difficile pour sa mère qui sombre dans la dépression. Heureusement, les grands-parents de Jack sont présents pour l’accompagner dans les épreuves de la vie.

Alors que l’histoire se veut très triste, c’est grâce au personnage de Jack que la lecture devient fluide et facile. Avec lui nous réapprenons à socialiser, à constater toutes ces choses qui nous semblent acquises, mais que, dans le fond, nous les avons apprises, à réaliser que la vie n’est pas facile avec toutes ces règles non-dites. De plus, le fait d’avoir utilisé Jack comme narrateur de l’histoire me fait beaucoup penser au classique La vie devant soi de Romain Gary.

La construction des personnages est parfaite. Je me suis reconnue dans le personnage de mère, par ses états dépressifs. En fait, en faisant la lecture de ce roman, je me sentais comme elle, j’étais complètement empathique. Ses colères contre Jack, son insensibilité face aux craintes de son fils, je les ressentais, je les vivais, je les comprenais. Même que je me demande encore comment ce personnage a pu survivre face à cette épreuve. Cependant, les états psychologiques des personnages semblaient parfaitement réalistes. Jack est un personnage tout simplement adorable, on voudrait tous le connaître.

Cette lecture m’a laissé une petite marque. Il sera maintenant dans mes romans préférés. Et c’est pourquoi, à la suite de ma lecture, j’ai voulu visionner son adaptation (dont l’actrice jouant la mère a gagné l’oscar de la meilleure actrice). Je suis très critique en ce qui concerne les adaptations, et surtout les adaptations de livres que j’aime. Je suis cependant satisfaite de celle-ci. Il y a seulement la deuxième partie du roman qui est modifiée, mais ça ne change en rien l’histoire, c’est seulement le lieu qui change (au lieu d’habiter à l’hôpital, ils habitent chez les grands-parents). Je vous conseille avant tout le roman!

 

Voyage au pays des elfes (ou Passion Islande)

Aller au-devant de l’inconnu, accepter d’être vulnérable, s’ouvrir et s’offrir au changement, à l’émerveillement. 

Techniquement, je pourrais dire au monde entier que j’aime voyager. Que j’angoisse à l’idée de choisir les bons items à amener avec moi dans mon sac, que je n’arrive jamais à choisir le bon livre pour m’accompagner, que je déteste prendre l’avion et que je pleure chaque fois que je mets les pieds au sol.

Mais la réalité est, combien de fois me suis-je vraiment permis de partir? Combien de fois aurais-je fait abstraction de l’insécurité pour me lancer dans le vide? Il y a mille sortes de voyageurs. Ceux qui planifient leur voyage un an à l’avance, ceux qui posent les pieds en sol inconnu avec aucun itinéraire et ceux qui s’enferment dans un hôtel ***** pour avoir la sainte paix. J’ai la conviction qu’aucun voyageur n’a la réponse absolue. Aucune manière n’est meilleure que l’autre, elles se valent toutes et permettent à chacun d’entre nous de se détendre, de s’émerveiller de se sentir complètement éveillé.

Pour ma part, je me suis toujours perçue comme une voyageuse passive-agressive. Un voyage est rarement prévu, il est plutôt le résultat d’un coup de tête agressif. J’ai toujours aimé voyager seule… Ce qui se traduit par : si tu ne fais pas le saut toi-même, personne ne le fera pour toi. Tu es la seule qui peut décider le quand, pourquoi, comment.

Ainsi, spontanément, je suis partie pour l’Islande et je suis tombée en amour.

Vous aussi avez sûrement été victime de l’immense BUZZ Islande. Vos amis Facebook vous ont émus par leurs photos d’agneaux et de champs de lave. Un buzz facilement explicable par l’ouverture de vol direct Montréal/Keflavik qui se traduit par des billets extrêmement cheaps, mais aussi un énorme boost du tourisme. Car oui, l’Islande est plus touristique que jamais. Normal! Qui ne tomberait pas sous le charme de cette île au beau milieu de l’Atlantique, habitée de 300 000 personnes, patrie du féminisme, de l’égalité homme/femme, de l’Eyjafjallajökull et de créatures mystiques (je n’ai pas trouvé Jon Snow durant mon séjour, hélas). L’Islande est en harmonie avec les quatre éléments de la nature. Des volcans à portée de vue qui menacent de se réveiller à n’importe quel moment, un vent si fort qu’il est pratiquement impossible de partir en expédition sans votre petit bonnet, des plages à couper le souffle où le sable noir nous rappelle l’existence des volcans et les traces qu’ils ont laissées, sans compter les nombreux champs de lave qui, aujourd’hui, créent une terre riche et intrigante.
Équipée de bonnes lectures, je suis ainsi partie à la chasse aux elfes. On a beau acheter tous les guides de voyage de ce monde sans connaître pour autant la valeur et la couleur d’un pays. Même s’ils sont indispensables, les guides de voyage m’angoissent souvent, de peur de tomber sur les pires attrapes touristiques ou de passer à côté de petits trésors cachés.13332875_10156970374780475_7495224630641735937_nL’Islande, je l’ai vécue à travers la musique, à travers de merveilleuses photographies, à travers mes propres yeux et ceux de Valérie Henry.
Quelques semaines avant de partir en voyage, on m’a offert PASSION ISLANDE, petit carnet de voyage écrit par l’auteure multifonctionnelle qu’est Valérie Harvey.

Cette jeune mère de famille nous trace son périple d’un mois dans la capitale de Reykjavik et nous raconte comment elle aussi est tombée en amour pour le pays de feu et de glace. Passion Islande est un de mes coups de cœur en tant que guide de voyage. Même équipée du plus récent Lonely Planet, je reste sous le charme de ce petit carnet de voyage. Simple, sans aucune prétention et très convivial, on nous plonge dans l’ambiance scandinave par le biais de vieilles légendes, de groupes de musique clés de la culture islandaise et de paysages sensationnels.
Passion Islande n’est pas un tour conventionnel de l’île. C’est plutôt l’aventure d’une belle petite famille installée dans la capitale et qui se donne comme mandat de repousser les limites du possible en voyageant en équipe du sud au nord, jusqu’à l’ouest du pays. Henry se donne le mandat d’apprivoiser la culture islandaise, d’en apprendre davantage sur le peuple et de démystifier les légendes entourant l’île.

Car les Islandais, même s’ils sont les gardiens d’une des richesses les mieux cachées de la terre, demeurent des êtres assez froids et mystérieux, bien que très aimables. La culture islandaise est particulière. Raffinée, élégante et très fière. Tout traduit la fierté de l’indépendance de ce peuple et son désir de rester autosuffisant. L’eau la plus pure que vous ne pouvez imaginer, des hotspots cachés un peu partout sur l’île, le meilleur café du monde, mais aussi, le coût de vie le plus dispendieux qui soit. L’Islande est surprenante et n’a rien de conventionnel. Mon premier contact avec l’Islande aura été par le biais de Valérie Henry, et elle aura été aussi mon dernier. Commencé quelque temps avant de partir pour m’imprégner de l’état, je me suis laissé les derniers chapitres pour mon retour, question de boucler la boucle et de partager mon deuil avec quelqu’un.
Passion Islande est un hymne à Reykavik, à l’identité et à la beauté de l’Islande. C’est aussi le meilleur livre pour un blues anticipé.

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L’Islande laisse une trame sonore constante. J’entends encore le bruit des vagues, le vent qui siffle et honnêtement, j’ai des images à rêver jusqu’à la fin de mes jours. Un mois plus tard, j’en garde encore les séquelles. Car une chose est sûre, personne ne sort indemne de l’Islande. La terrible envie de repartir vous prend chaque fois que vous entendez une chanson de Sigur Ros, où qu’on parle de Walter Mitty. Et c’est ce qui fait tout le charme de ce pays; l’envoûtement constant.

Depuis mon retour, je me promène encore sur le web, essayant d’être à l’affût du prochain billet qui changera ma route. Lorsqu’on revient de voyage, notre première réflexion est de repartir le plus vite possible. Nous sommes pleins de volonté, tellement vulnérables et curieux de changement. Et le temps passe, et on regarde les photos, on rêve, on en parle, mais on oublie de le faire. Il ne faut jamais perdre cet amour du voyage. Ne jamais rien tenir pour acquis. L’opportunité parfaite de partir n’existe pas. C’est maintenant. OK peut-être pas là là. Mais elle est bientôt. Elle est cet avenir rapproché. Faire du rêve une réalité est le plus bel accomplissement de l’être humain.

Il faut juste être parfois passif-agressif. Et foncer.

Mes cinq musts islandais…
— Reykjavik Roasters : meilleur café au monde. Sincèrement. Ne vous laissez pas surprendre, la plupart des cafés n’ouvrent pas avant 9 h. Les Islandais sont des lèves-tard.
— Bergsson Mathus : meilleur brunch à Reykavik. Et probablement un des moins dispendieux.
— Jökulsárlón : lagon de glacier. Pour entendre les oiseaux s’époumoner, voir les phoques vous faire de l’œil ou admirer les glaciers et l’eau d’un bleu envoûtant.
— Independent people, Halldór Laxness : prix Nobel de Littérature, considéré comme le meilleur livre islandais de tous les temps. Un livre traçant le portrait du peuple islandais. Charmant, touchant.
— Péninsule de Snaefellsnes : probablement le meilleur endroit pour observer tous les éléments de la nature en même temps. Jules Verne en a fait sa porte d’entrée pour son Voyage au centre de la Terre. On comprend rapidement pourquoi.

L’été c’est fait pour… lire!

Évidemment, si vous lisez ce blogue, c’est que vous avez un intérêt pour la lecture (du moins, je l’espère, ou sinon vous êtes juste vraiment ami.e avec une collaboratrice!). Je n’ai donc pas à vous convaincre que lire est passionnant. Pourtant, j’ai quand même envie de vous partager mes sentiments vis-à-vis des lectures d’été, qui sont pour moi différentes de n’importe quelles faites pendant le reste de l’année.

J’ai bien pensé faire une liste de romans à lire cet été, mais bon, il faut bien changer ses habitudes de temps en temps… Mais non, je vous ai eus! Parce que tout le monde réclame mes listes chaque mois (#not), voici mon avis sur les lectures estivales.

Pourquoi l’été est LA meilleure saison pour lire?

1- Le temps 

Je sais, plusieurs d’entre nous ont des emplois d’été et n’ont peut-être pas plus de « temps » qu’à d’autres saisons… Pourtant, j’ai tout de même l’impression que nous utilisons le temps libre que nous avons

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Le meilleur endroit pour lire l’été : un hamac!

différemment, en été : plutôt que de rester sous les couvertures à dévorer Netflix, ou que de faire un ménage du printemps, ou encore (pire), que d’être prise dans des travaux par-dessus la tête, l’été permet de profiter de nos pauses pour plonger dans un univers qui nous fera décrocher de toutes les obligations estivales (que ce soit l’emploi d’été, le déménagement, ou la rédaction du mémoire [ALLÔ COLLÈGUES UNIVERSITAIRES!]). Et puis, si vous prenez justement ces temps de repos pour faire mille et une choses, vous serez peut-être encore moins reposé qu’au début de l’été… Installez-vous confortablement sur votre balcon, dans un parc ou dans un hamac, et re-lax-ez!

2- Les parcs

Lire dans un parc est probablement un de mes hobbys préférés de l’été! Je remplis mon pot Masson de thé glacé maison, je m’enduis de crème solaire et je file au parc avec ma couverture! Il y a un petit plus à lire dans cet environnement que seul l’été peut nous offrir : je ne saurais expliquer pourquoi, mais les bruits des enfants qui jouent, l’odeur des barbecues et le son des ballons qui s’échangent sur les terrains de volleyball n’ont pas le même effet que de lire dans sa chambre le soir, à la lueur de sa lampe de chevet (ce qui n’est pas moins plaisant pour autant, entendons-nous!). Tout est en place pour que nous ayons une expérience de lecture agréable. Sauf si les gens autour mettent le volume à fond et écoutent le dernier Sean Paul. Mais bon, la plupart des parcs sont gigantesques!

3- L’état d’esprit

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Installation de rêve! 🙂

L’état d’esprit dans lequel on se trouve pendant l’été est sans doute le meilleur pour profiter de nos romans. Je sais que l’on a toutes des préoccupations et que celles-ci ne sont pas en corrélation avec les saisons, parfois. Néanmoins, et peut-être que la crème glacée aide en ce sens, les gens me semblent plus légers, d’une meilleure humeur. J’ai la vive impression que tout le monde est beaucoup plus ouvert, motivé, et il me semble que c’est une sacrée bonne raison de se lancer dans le roman que l’on n’a jamais eu le temps de lire cette année (en référence, voir le numéro un de cette liste)!

Maintenant, il est temps de faire descendre cette pile de livres, qui n’a pas cessé de s’allonger avant l’arrivée du beau temps! N’oubliez pas vos lunettes de soleil et votre chapeau. 🙂

P.-S. Si vous manquez d’inspiration, écrivez-moi, je vous ferai la liste de mes lectures d’été!

Du léger pour emporter : 3 titres pour 1 lb de livres

On change nos habitudes comme on change de chemise au Québec, c’est-à-dire un peu au gré des saisons, non? Souvent, c’est reflété par notre menu qui s’allège plus les Celsius montent. L’été, on est nombreux à délaisser la bonne grosse lasagne riche pour une ô combien satisfaisante toastée aux tomates. J’ai remarqué le même phénomène du côté de mes préférences littéraires : elles s’allègent plus il fait chaud. Mes lectures d’été (ou de vacances ailleurs sur le globe lorsque faire se peut!) se passent majoritairement dans un parc, entre un arbre et une couverture. Et plus de titres sont lus que durant le reste de l’année parce que j’ai tendance à choisir ceux contenant moins de pages. Comme une envie de passer moins de temps avec le même livre. Je vais privilégier durant cette période les poids légers aux Dostoïevski plus hivernaux, à mon avis. J’ai envie de me laisser transporter par les mots et n’être que de court passage dans un même univers. Pouvant très bien se glisser dans votre valise ou vous accompagner au parc cet été, me viennent en tête trois courtes œuvres québécoises à vous suggérer, que j’ai eu la chance de lire dernièrement.

Le premier titre est de Bianca Côté, soit Un mandala dans une benne à ordures, sorti en 2015 sous l’éditeur Écrits des Forges. Il s’agit d’un tout petit recueil, mais très singulier de par son approche. En tout juste 58 pages, la narratrice philosophe sur les aléas de la vie à travers un discours intérieur fait de l’observation d’un écureuil. De sa vie pas si simple de petit rongeur, on voit qu’un parallèle peut être fait avec sa propre existence. Fallait y penser!

« Il y a toujours quelqu’un pour nous vouloir ailleurs, dans un sentier sec, sans tapis de feuilles. Les écureuils réincarnent peut-être des gitans évincés de leur voyage, soustraits d’un continent peau de chagrin. » p. 27

Une idée originale qui se mêle à la plume douce de l’auteure. On ne voit plus l’animal comme on le voyait, après cette lecture. Je vous conseille de faire l’expérience de lire au moins quelques pages dans un parc où, forcément, vous pourrez y observer d’un autre œil des écureuils à votre tour. Expérience assez fascinante, garantie!

Comme deuxième titre léger à emporter, il y a, de Guillaume Lebel, Dans l’œil des vestiges. Sorti en 2013 sous l’éditeur Hexagone, il s’agit d’un recueil de poésie de 70 pages exprimant simplement la nostalgie de l’amour qui ne survit plus que par les pensées. Une poésie éloquente. Chaque page lue est vécue comme une sensation de vide au creux du ventre. Parce qu’on a (presque!) tous déjà eu mal de l’absence de l’autre, chaque page tournée nous file une impression de déjà vécu.

« j’ai retenu chaque geste

tes mains

dans tes cheveux

l’épingle que tu retires

oeufs

pain

lait

ton écriture » p. 29

Au travers des banalités quotidiennes, une prose cruelle de vérité. Ce n’est pas du lourd, mais c’est à lire, pour vous exorciser le restant de douleur et commencer l’été le cœur allégé.

Dernière suggestion, mais non la moindre, Un bus pour Tokyo, de Jean-Sébastien Huot. Sorti en 2015 sous la maison d’édition Les Herbes rouges, il s’agit d’un court roman de 91 pages parfait pour s’évader et qui se lit d’un trait! La scène s’ouvre à la gare d’autocars de Montréal (décidément, c’est un lieu récurrent dans mes lectures dernièrement, voir mon autre article sur ce sujet) et on y découvre un jeune homme qui aime passer du temps à observer la faune voyageuse et à écrire, puis à vouloir partir. Comme le titre le dit, on sait où il s’en va, mais il passe d’abord par 4 chemins rocambolesques pour s’y rendre : le Hershel’s Deli, son enfance, sa vie de débauché ainsi que par différentes villes américaines. Oui, un bizarre d’itinéraire pour atteindre Tokyo! Un extrait qui donne le ton :

« Une fois sur pied, je fis basculer l’enragé, qui tomba tête première dans un seau de cornichons. L’ayant aveuglé, j’en profitai et l’assommai d’un gigot d’agneau, puis je lui enfonçai une cuisse de poulet dans la gorge. Au même moment, le SWAT enfonça la porte des cuisines et se précipita sur le corps inerte du forcené. » p. 46

Des descriptifs fous du début à la fin, sans toutefois s’y perdre. Dès la dernière page terminée, le qualificatif disjoncté m’est venu en tête. Un disjoncté agréable à lire. Vous avez aimé le film The Big Lebowski? Lisez Un bus pour Tokyo! Et bon été!

887, un retour aux sources

Le 31 mai dernier, j’ai été invitée à assister à la pièce 887 de Robert Lepage au Théâtre du Nouveau Monde, produite par Ex Machina. En toute honnêteté, je n’avais aucune idée du sujet de la pièce et je n’avais pas la moindre attente, mais reconnaissant l’un des plus grands noms du théâtre québécois, je n’ai pas hésité à accepter l’invitation. Voici donc ce que j’ai pensé de la pièce et une brève description de ce spectacle où le texte, la conception, la mise en scène et l’interprétation découlent tout directement du grand Robert Lepage.

887 a pour thème la mémoire; comme Lepage le mentionne, le théâtre et la mémoire sont étroitement liés, puisque ce premier demande un grand travail de mémorisation de la part des spectateurs. Dans le cas de cette pièce, c’est un effort de mémoire pour le public, ainsi que l’homme sur scène qui, pour bâtir sa pièce, concentre sa mémoire personnelle sur les méandres des luttes des classes et de la crise identitaire du Québec des années soixante. C’est la voix d’un préadolescent à travers la politique et la poésie.

887 dénonce l’inégalité entre les classes sociales de l’époque, mais encore celle d’aujourd’hui subtilement, l’excellence ne se retrouve pas nécessairement dans les classes sociales élevées, alors pourquoi seules les classes plus riches peuvent s’offrir des écoles leur permettant d’identifier cette excellence. Voici l’un des enjeux qui est mis sur la table tout au long du spectacle, sans toutefois l’aborder directement. Lepage le dit, si je m’étais retrouvé dans une situation où il fallait payer pour entrer au conservatoire, je ne me trouverais pas où je suis aujourd’hui. Cette lutte poétique forge la vie du dramaturge, ainsi que celle du Québec. On parle du FLQ à Montréal versus à Québec, de la Révolution tranquille et on se met dans la peau d’un jeune garçon qui se questionne, en même temps que la nation québécoise.

« Sont dans ma tête les bombes, pas dans ma poche! Épais! »

887, c’est une pièce de théâtre interactive. À l’ère de la technologie, Robert Lepage maitrise la situation en utilisant régulièrement son téléphone pour donner divers plans au spectacle, ainsi que créer des jeux d’ombres. Le tout se basant sur un énorme mobile, rappelant le bloc appartement où Lepage a grandi dans le quartier de Montcalm à Québec, au 887. Une caméra aux pieds, une voiture de taxi rappelant celle du père de Lepage qui se promène régulièrement sur scène. 887 regorge d’originalité.

887, c’est un récit à trois niveaux, deux passés (Robert Lepage jeune garçon et Robert Lepage adulte, il y a quelques années) et le présent. Avec une pointe d’humour, il nous fait découvrir son monde avec brio, les difficultés de son enfance, l’amour pour sa famille et le grand respect pour son père. On plonge avec le dramaturge aux 40 ans de la nuit de la poésie, où apprendre le poème « Speak White » de Michèle Lalonde fut complexe, la découverte des « viandes froides » de Radio-Canada, et plus encore.

887 m’a complètement charmée. Toute la pièce est vivifiante, mais la fin est complètement spectaculaire. À l’amorce de « Speak White », il y a une pause; Lepage mentionne qu’il n’est pas digne de réciter ces lignes, car le public n’est pas digne de l’entendre, ce qui lui donne de la force pour débiter le poème avec une brutalité, mais une brutalité légère, une brutalité qu’on plait à entendre. C’est beau, on ne veut pas que ça finisse. Lepage crie, Lepage parle plus doucement. « Speak White » est encore d’actualité, on le ressent, c’est articulé avec exaltation en tant que flashback, mais également au public présent en ce 31 mai 2016. J’ai rarement entendu le public crier des « bravos » à la fin d’une pièce, mais quand Lepage est capable d’éblouir des centaines de personnes à la fois, je crie aussi au talent et je crie au talent québécois.

L’influence de la technologie et l’acte de lecture

Après être tombée sur cette vidéo, que je vous conseille vivement d’écouter, je me suis mise à réfléchir sur l’influence qu’ont les technologies sur la lecture, sur le temps pris pour lire, sur la concentration.

Avouons qu’il nous est tous arrivé de lire avec notre cellulaire à coté de nous, simplement pour délaisser le papier pour l’écran quelques minutes plus tard. C’est comme un réflexe, un mauvais réflexe, certes. En fait, à bien y penser, c’est plus qu’un réflexe, c’est presque devenu un automatisme.

Je crois qu’il est indéniable que les technologies ont une influence sur l’acte de lecture, principalement sur la concentration nécessaire pour lire. Nous sommes tellement habitué à ouvrir 10 pages en même temps sur le web, à lire en billet les articles de blogues (peut-être que c’est ce que vous faites présentement) que s’arrêter pour lire, prendre vraiment le temps de ne faire qu’une chose à la fois, devient presque difficile.

Durant les dernières années, je ne peux nier que ma capacité de concentration a baissé à mesure que mes heures passées à l’ordinateur et sur mon téléphone ont augmenté. Même quand un livre est bon, je trouve parfois difficile de m’assoir et de lire sans avoir le réflexe de prendre mon téléphone, de répondre à un message, d’aller faire un tour sur Instagram.

Sur l’internet, tout va vite. Bienvenue au royaume du multitâche, de la lecture rapide, du « scroll ». Alors qu’on passe de plus en plus de temps sur l’ordinateur, on fini par émuler les mêmes comportements dans la vie de tous les jours. On veut que tout aille vite, notre patience s’effrite un peu, petit à petit. Aussitôt qu’on le peut, on sort nos téléphones, on est en mode multitâche au quotidien.

L’acte de lecture représente tout le contraire. C’est le fait de ne faire qu’une chose, d’être absorbé par celle-ci, de ne pas se laisser distraire par l’extérieur. C’est l’art de prendre le temps et d’arrêter.

Mais quand on est si habitué à l’un, il devient plus difficile de s’adonner à l’autre sans être distrait. J’irais même jusqu’à dire, sans trop avoir peur de me tromper, qu’on perd vraiment une capacité de concentration au quotidien en raison de la rapidité des médias sociaux et du web. On devient dépendant de ces dites technologies, un peu contre notre gré, et on finit par perdre bien du temps qui pourrait être réinvesti ailleurs, efficacement.

Je crois qu’il faut prendre le temps de réfléchir à la relation qu’on entretient avec  les technologies et voir ce qu’il y a de mieux à faire pour chacun. Peut-être est-ce, comme dans le TED talk, de faire une pause de tous réseaux sociaux, peut-être est-ce simplement de fermer le wifi lorsqu’on décide de  prendre du temps pour lire, peut-être est-ce ne pas être dans la même pièce que son ordinateur ou son téléphone.

Je ne crois pas être la seule dans ce bateau et je trouve moi-même un peu désolant de devoir avoir recours à des méthodes plus ou moins drastiques pour s’offrir du temps pour soi sans Instagram, sans Facebook, sans prendre une photo de ce qu’on fait, mais j’ai l’impression que c’est nécessaire, peut-être n’est-ce qu’une réhabilitation vers un usage plus organique, plus raisonnable, plus utile, des technologies.

Le retour de la bête à Goudreault

*La deuxième partie de cet article est écrite par Karina L. Gazaille qui était présente au lancement montréalais du roman.

Alors que dans le premier roman de David Goudreault, La bête à sa mère, on a fait la connaissance d’un jeune homme accidenté de la vie, victime d’une enfance orageuse et qui a bifurqué sur le mauvais chemin; on a maintenant affaire à un homme tout aussi fragile, mais aussi fier de se considérer comme un tueur en série.

J’ai encore tué quelqu’un. Je suis un tueur en série. D’accord, deux cadavres, c’est une petite série, mais c’est une série quand même. Et je suis jeune. Qui sait où les opportunités me mèneront? L’occasion fait le larron, le meurtrier ou la pâtissière. C’est documenté.

Ceux qui ont lu premier tome ne seront pas étonnés de retrouver, cette fois-ci, la bête dans l’aile psychiatrique d’un pénitencier. En quête de reconnaissance, notre carencé émotionnel tente maintenant de monter dans la hiérarchie criminelle. Il subit et commet des gestes d’une grande violence, essayant tant bien que mal de faire sa place dans l’univers cruel de la vie carcérale. En plus d’être une histoire sur le thème de la criminalité, La bête et sa cage est une histoire d’amour, bien que dérangeante. Fabulant encore sur une relation idéalisée avec sa mère, il croit maintenant avoir trouvé l’amour avec une agente correctionnelle. Il est déconnecté; sa perception de la réalité est complètement tordue.

Elle était belle ce jour-là, plus belle à chaque jour qui passait. Elle portait ses cheveux détachés, c’était rare et révélateur. Elle me demandait, encore, personnellement, comment j’allais. La femme amoureuse est un livre ouvert à la page du cœur. Je lisais en elle. Déchirée, elle ne savait plus comment poursuivre notre relation sans entraver ses ambitions professionnelles. Elle s’attachait, j’allais faire le nœud.

Ce deuxième roman de la série est violent, dérangeant, et ce, sans pour autant manquer d’humour. Le personnage principal est complexe et il est presque impossible de ne pas voir la petite bête blessée au cœur du psychopathe. L’auteur a une plume brillante; il a la qualité de faire confiance à l’intelligence de ses lecteurs et il possède une imagination qui fait sourire. Bien que les thèmes de son histoire soient rudes; son indéniable sens du rythme, son humour noir et ses formules plus punchées les unes que les autres allègent la lecture et rendent le tout très divertissant. Je vous conseille de lire ce roman dans lequel chacune des phrases, des idées, vous feront pâlir de jalousie de ne pas les avoir écrites vous-mêmes!

David Goudreault a une plume intelligente, drôle et incisive; c’est documenté.

 

Karina :

« 27 avril, à l’Escalier, Montréal.
Je suis au lancement de La bête et sa cage. Je me procure deux exemplaires, un pour moi et l’autre pour mon ami qui arrive plus tard. En entendant que celui-ci arrive, je m’assois à une table pour commencer ma lecture de la bête. Mais, que vois-je? David Goudreault faisant une entrevue à la table en face de la mienne. À la fin de celle-ci, il se dirige vers moi pour me serrer la main et me jaser. C’est ce que j’aime de David, c’est qu’il réussit à nous faire sentir unique. Il est souriant et facile d’approche. Après les dédicaces, le voilà sur scène où nous avons droit à quelques extraits de son p’tit nouveau et à plusieurs remerciements.
Je venais tout juste de lire La bête à sa mère. Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un livre avec une telle passion! J’étais complètement absorbée par l’histoire. Déjà que je suis en amour avec l’auteur (j’ai souvent écouté ses vidéos de slam et j’admire ses engagements sociaux). J’avais cependant quelques petites attentes. En fait, quelques lecteurs-trices m’avaient beaucoup parlé de la cruauté du personnage envers les animaux, et je ne sais pas pourquoi, mais je m’attendais à plus. Quoique je me dis que c’était juste assez, ne retrouvant pas d’exagération. Ainsi, mon amour pour cet homme ne fait que s’agrandir, à la suite de la lecture de son premier roman. Malgré que son personnage soit totalement détestable, la lecture est facile. En fait, elle est fluide et remplie d’humour.
J’étais très impatiente de retrouver ce personnage fascinant. Goudreault a une écriture poignante. Il nous fait vivre diverses émotions avec son personnage sans nom que nous surnommons la Bête. Il réussit à nous le faire détester par ses propos sexistes, machistes, sans dessins, sans morales, mais à vouloir à la fois le serrer fort dans ses bras pour le réconforter. Au final, on réussit à avoir pitié de celui-ci, tellement ses perceptions de la nature humaine sont dérangeantes. La seule chose qu’il semble comprendre est les animaux. Après tout, c’est sur eux qu’il a le plein contrôle.
La Bête est maintenant en prison. Pour lui, c’est une nouvelle aire de jeu, disons un peu plus structurée. Il a enfin la chance d’être un vrai criminel, mais surtout un vrai « toffe ». Sauf que son impulsivité lui causera bien du tort. Ses partenaires de cellule utiliseront sa folie pour mettre à jour leur plan, mais tête dure comme il est, la Bête se mettra encore plus dans le trouble.
Ce que j’apprécie de Goudreault, autre la construction de son personnage et sa magnifique plume, c’est sa façon à lui de réussir à nous faire réfléchir sur nos systèmes gouvernementaux. Dans le premier tome il est question des centres jeunesses (autrement dit, la Direction de la Protection de la Jeunesse (DPJ)), dans ce deuxième tome, le milieu carcéral et bientôt il sera question du milieu de la santé mentale. En fait, nous pouvons constater que nous ne pouvons enlever le travailleur social de l’auteur/poète.
Je suis déjà impatiente de retrouver la Bête, cette fois dans le milieu psychiatrique. »

 

Le fil rouge remercie Groupe Librex pour le roman.

39 longueurs dans une piscine en Grèce

Elle nage 39 longueurs, une pour chacune des années de sa vie. Elle nage et réfléchit. Fait le point sur son existence. Kat est en Grèce, son pays natal, avec sa fille, adolescente éprise des premiers émois amoureux et érotiques. Kat pense à sa relation avec le père de sa fille, à leur séparation et à l’infidélité. Elle pense à son rapport à sa fille, à la maternité et avec ce que cela a eu comme impact sur son couple. Sur son identité de femme. De l’autre côté de la piscine, il y a sa fille, magnifiquement pure, qui se fait courtiser par un jeune homme et qui a encore en elle toute l’espérance naïve des relations amoureuses.

Kat, en nageant, tente de trouver le moment exact/précis où son couple s’est brisé. Elle cherche la parole, le geste, le regard qui est venu changer l’entièreté de leur avenir. Bien convaincue de l’importance de plonger dans ses souvenirs pour trouver la nuance qui vient expliquer ce besoin si grand de venir en Grèce, avec sa fille. De prendre du recul face au quotidien.

Marianne Apostolides ajoute une forme d’écriture fort intéressante à ce roman en écrivant comme Kat nage. On sent dans la brièveté des mots les mouvements de bras, de respiration et de jambes du personnage. Pour apprécier ce court récit, il faut se laisser vaguer complètement au gré des mots. En intégrant très fréquemment le « / » entre les termes, entre les définitions, les émotions, on sent réellement le mouvement et les pauses du corps en connivence avec celui de la pensée.

Parfois, on lit une phrase et on ne la comprend pas. On relit et toujours pas. Je pense que c’est ainsi que l’histoire se doit d’être, comme en nageant, on suit le fil de l’eau et parfois il y a des pauses. Et on sent les pauses dans l’écriture, la vitesse des mots ralentir, du ton et des propos aussi. Ainsi, le fil de l’histoire se rend à destination, toujours. Kat arrive toujours de l’autre côté de la piscine. Elle nous entraîne dans un petit moment anodin de sa vie, son défi personnel de nager 39 longueurs, et ainsi, on a la chance de se plonger dans son intimité et de mieux comprendre les tourments qui l’ont amenée à se séparer du père de sa fille.

Bref, ce court petit roman d’introspection m’aura bien plu, précisément pour cette justesse de l’écriture. Ainsi, je ne peux passer sous silence le travail extraordinaire de Madeleine Stratford, la traductrice, car elle a su garder de la version originale ce mouvement relié à la nage dans l’écriture. J’ai refermé le livre éprise d’une envie de me retrouver au bord d’une piscine en Grèce, encore une fois.


Le fil rouge tient à remercier les Éditions La peuplade pour le service de presse

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