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Cher Bruno

Cher Bruno, cher Brune,

Je t’appelle Brune parce que c’est comme ça que j’ai l’impression de te connaître. Comme un vieil ami, comme un compagnon que j’aurais rencontré autour d’une bière et qui m’aurait raconté avec détails toutes ses aventures. Comme quelqu’un que j’aurais écouté la bouche grande ouverte, avec les yeux qui essayent de s’ouvrir plus pour être ébahis, mais qui peuvent pas.

T’es comme mon pote. Je boirais cent bières avec toi pis je m’en lasserais pas.

Certains jours, en jasant avec des gens, je me mets à parler de toi. L’an dernier, je t’ai pris en exemple auprès de ma mère quand je lui ai annoncé que le prochain pays que je visiterai serait porteur de malaria. Pour la rassurer, parce que toi, tu l’as vécue.

Pis quand je me choisis une nouvelle destination, quelques jours après avoir les billets en mains, je me dépêche toujours d’aller jeter un oeil à ta Frousse pour voir si tu l’as parcouru, toi aussi, ce pays que je m’apprête à découvrir. Pas de mots sur la Namibie dans tes bouquins cette fois. Je la découvrirai comme une grande, sans ton aide.

Si je me replonge dans tes livres à chaque voyage, ce n’est pas parce que je crois que tu as la science infuse ou le monopole des opinions, non. Plutôt parce que j’aime y découvrir tes aventures. Tu visites les pays avec une ouverture incroyable, tu parcoures le monde en te laissant aller. En te trompant, parfois. En essayant, surtout. Tu te fonds dans la population, tu as envie de comprendre la planète.

Tu t’abandonnes dans la découverte.

Dans cette liberté qui t’habite, dans le droit que tu te donnes de faire les choses à l’envers, dans ce désir d’être secoué sans jamais chercher les louanges, tu donnes de grandes leçons d’aventure.

Je voulais te dire que je t’admire. Je sais, lancer ça de but en blanc sans qu’on se soit parlé une seule fois, fallait oser. C’est un peu toi qui m’as appris à faire ça, oser. Tu m’as appris qu’il fallait laisser tomber la peur, aussi, si on voulait faire venir l’aventure. Depuis des années, tes paroles sont mon mantra. L’aventure débute avec la fin de la peur.

Je voulais te dire, Bruno, que tu m’as amenée à rêver grand. Que tu m’as ouvert l’esprit sur un monde différent. Que tu as travaillé la petite porte en dedans de moi qui avait envie de s’ouvrir pour voyager différemment, de goûter à la vie d’une autre façon, d’arrêter d’avoir peur de toute pour ouvrir les yeux.

Fec, pour mon prochain voyage, je vais continuer à retourner tes phrases dans ma tête, parce qu’elles valent la peine d’errer en boucle dans l’esprit des gens :

Ça m’a pris presque un an pour réaliser qu’elle n’est nulle part, l’aventure. L’aventure ne se trouve pas dans un livre, un guide ou une expédition prévue pour ça. L’aventure est une porte qui s’ouvre par en-dedans. Le reste dépend de vous. Ça peut se passer à Bombay, à Brossard ou dans la prison de Tanguay. L’aventure débute avec la fin de la peur : de la peur de rire quand on doit se taire; de la peur de fuir quand on doit plaire; de la peur d’être nu, ridicule et vulnérable, mort; de la peur de se tromper; de la peur d’échouer. Se placer volontairement les pieds dans les plats? Pourquoi pas! Se confronter à une tâche impossible à réaliser? Kick ass, baby! L’aventure a la tête dure. L’aventure n’apprend pas de ses erreurs, sinon qu’elle n’en a jamais assez commises. Et toujours, l’aventure prend des fucking de drôles de tournures. Même que, parfois, elle commence où on croit qu’elle finit…

Bruno, merci.

Trois princesses : les contes détournés de Guillaume Corbeil

C’est l’histoire d’un auteur qui décide de reprendre des contes, La Belle au bois dormant, Cendrillon et Blanche Neige, pour jouer avec, les tordre et les travestir. Le résultat, regroupé sous le titre de Trois princesses, est saisissant, à « se jeter par terre » devrais-je dire. C’est que ces contes, féministes, politiques et ancrés dans l’imaginaire social contemporain, sont tellement riches qu’on sort de cette lecture à la fois bouleversés et transformés.

Ceux qui me connaissent savent que je m’intéresse aux contes, particulièrement aux contes détournés qui envahissent depuis quelques années la production d’albums pour la jeunesse. Princes, princesses, chevaliers et fées marraines sont à nouveau convoqués dans ces contes contemporains, mais en travestissent les formes et les motifs à travers plusieurs processus de « subversion ». Des exemples? Rebelle au bois charmant de Claire Clément, Le Prince Gringalet de Babette Cole (reprise masculine de Cendrillon) ou bien encore Le Petit Capuchon Rouge de Jasmine Dubé. Bref, une caractéristique de ces albums est de proposer des renversements avec beaucoup d’humour et ceux-ci nous charment par leurs référents mis sens dessus dessous!

Les contes de Guillaume Corbeil, qui s’adressent plutôt aux adultes, détournent les histoires connues, mais n’utilisent pas ou très peu l’humour. Les textes, riches en thèmes actuels et politiques, plongent au coeur d’une réflexion complexe autour de l’image de la femme et de sa marchandisation et des stéréotypes liés à la princesse des contes. L’auteur joue avec un doigté de maître autour des thèmes du reflet (les miroirs, qui sont extrêmement présents, ont une parole et une personnalité), de la mise en scène de la beauté et surtout, de l’image.

Au sommet de la plus haute tour du plus grand château, construit sur la plus haute montagne du plus grand royaume, la reine se regardait dans le miroir. […] L’angle de sa mâchoire aurait pu être plus prononcé, releva-t-elle. Et l’espace entre sa bouche et son nez, un peu moins long. Avec le bout de son index, elle traça sur sa peau ce qu’auraient dû être ses traits. Des yeux bridés, Des pommettes saillantes. Des lèvres boudeuses et sensuelles. Quoi d’autre? Son menton… il aurait fallu qu’il retroussât légèrement. Et la ligne de ses sourcils, qu’elle fût plus arquée. (p. 11)

Le rapport au corps est aussi très présent et celui-ci est présenté de manière problématique. Par exemple, Blanche Neige, qui n’est reconnue que pour sa beauté, tente de faire valoir son intelligence et écrira son livre à même sa peau blanche, à l’aide de cendres. Et si l’importance de la beauté est critiquée, le corps est l’objet tout au long des contes d’une certaine violence, voire d’un sadisme sanguinaire, qui accompagne cette image léchée de la femme qui n’existe, dans les contes de Corbeil, que par son image. Le corps est ainsi malmené, rappelant les orteils et le talon coupés dans la version de Cendrillon des frères Grimm.

Sur la route du retour, [le chasseur] cogna à la porte d’une maison, fendit du thorax au pubis la jeune orpheline du même âge que Blanche-Neige qui lui ouvrit, arracha son foie et ses poumons et les apporta à la reine. Les abats de la princesse furent confiés au meilleur chef du royaume. La reine se délectait déjà. Elle savourerait Blanche-Neige en sauce, avec des pommes de terres et des petits pois. (p. 38)

Et finalement, on se retrouve face à des femmes souvent muettes et dont la parole n’est pas entendue, au profit de leur seule image. Ainsi, les contes de Guillaume Corbeil critiquent fortement la médiatisation du corps et de l’image de la femme dans la société contemporaine, tout en jouant avec les paradigmes du fameux « sois belle et tais-toi ».

Et pour ceux qui auraient espéré conserver la belle fin joyeuse propre à tous les contes seront déçus. Sans vous dévoiler de « punch », je peux quand même vous dire que c’est peut-être dans les chutes finales que se cristallise tout le propos de l’auteur. Les fins sont frappantes et à propos. Bref, adieu le mariage parfait, personne ici ne vit heureux pour toujours, sauf peut-être le prince, ce qui participe encore plus au contraste masculin/féminin proposé par les trois contes.

La plupart des contes détournés que j’ai lus avant celui-ci tentaient de subvertir le propos en inversant les personnages de féminin à masculin, en modernisant le contexte ou en modifiant complètement le message du conte. Souvent, on voyait venir la tangente que prenait l’histoire afin d’en modifier le dénouement pour proposer une nouvelle fin, plus féministe et contemporaine. Mais ce que j’ai trouvé le plus intéressant chez Guillaume Corbeil, c’est justement que, à la place de vouloir s’éloigner du conte en proposant « autre chose », la subversion se fait à l’intérieur même de la structure que nous connaissons bien. Les contes nous semblent alors terriblement vrais, voire ironiques et exagérés, mais cela ne fait qu’accentuer leur aspect dérangeant et dénonciateur. Également, ce n’est pas dans le propos du conte en tant que tel que se produit la subversion, car les contes ne se « dénoncent » pas eux-mêmes à l’aide de phrases ou de dialogues explicites qui les placent dans une dynamique de renversement, mais c’est plutôt dans les thèmes abordés et les images fortes qui sont proposées qu’advient la subversion. L’auteur nous laisse face à ses univers particuliers et nous en laisse savourer leur complexité par nous-mêmes, et c’est à nous de dégager ce qu’il critique.

Bref, si l’univers des contes est particulièrement à la mode en ce moment, mettant en évidence l’envie toujours bien présente de sa représentation (on n’a qu’à voir toutes les reprises qui remplissent les cinémas ces dernières années comme le dernier Cendrillon de Disney et La Belle et la bête qui sera bientôt à l’affiche avec Emma Watson, et dont seulement le dévoilement de la bande-annonce provoque des milliers de « like ») et qu’une certaine envie de les moderniser semble émerger de ce processus (la série Once Upon a Time, le roman Cinder de Mélissa Meyer, le film Maleficent de Disney), il m’apparaît que Trois princesses de Guillaume Corbeil est peut-être l’oeuvre la plus réussie en terme de détournement, puisqu’il joue avec une main de maître avec le code du conte pour en faire jaillir une critique sociale. Il faut dire que Corbeil n’y va pas avec le dos de la cuillère!

Et pourquoi pas? Suis-je la seule à penser que les contes restent pas mal, même aujourd’hui, prisonniers d’un certain imaginaire narratif unidirectionnel? Les représentations féminines des productions cinématographiques et littéraires mettant en scène des contes auraient-elles avantage à être bousculées pour s’interroger sur la place de la femme, de la princesse et d’un code « genré » et stéréotypé prédéfini? On a beau vouloir moderniser les contes, on est quand même, à mon avis, très prisonnier du fameux « happy end » où prince et princesse se marient et vivent heureux pour le restant de leurs jours.

Il était peut-être temps que quelqu’un, en l’occurrence Corbeil, propose autre chose! Vite! Plongez!

Montréal a chaud

Je suis tombée sur La canicule des pauvres de Jean-Simon DesRochers par hasard dans les rayons de la bibliothèque. J’ai été agréablement surprise par cette découverte. Je ne m’attendais à rien et finalement, j’ai trouvé un livre innovateur, moderne et riche. C’est un roman profondément montréalais; l’auteur y mélange l’anglais, le français, le franglais ainsi que des gens qui viennent d’un peu partout avec des passés complexes et des bagages particuliers.

Lors d’une période de canicule atroce de dix jours, on suit les péripéties de la vingtaine de locataires du même immeuble décrépi et miteux, dans le Quartier Latin à Montréal, Le Galant, anciennement un repaire abritant des prostituées.

On s’y perd un peu parfois tellement il y a de personnages, mais on finit par s’attacher à eux (700 pages laissent le temps de les apprivoiser) et ressentir la chaleur moite puante avec eux. Jean-Simon joue avec les codes narratifs pour nous aider à mieux appréhender son monde romanesque. Soudainement, on rentre dans la tête de chaque personnage et on entend la musique de leurs émotions. Puis, on se retrouve projeté dans un point de vue externe, on les juge dans leurs mauvaises décisions et on fait des liens qu’eux-mêmes ne peuvent pas faire, trop enfoncés dans leur quotidien.

Montréal qui a chaud, je connais bien et c’est même à mon avis, l’état qui sied le mieux à ma ville. Mais La canicule des pauvres dépeint aussi un Montréal un peu différent de celui que je connais : des êtres blessés émotionnellement, malades, pauvres, obligés d’avoir recours à plein de magouilles pour survivre. C’est noir. C’est triste. C’est parfois limite dégoutant. Mais c’est réaliste.

La canicule. Si caractéristique des étés montréalais, elle pousse à bout la plupart des gens. En sueur, les habitants de cet immeuble n’ont pas d’air conditionné et surchauffent dans des logements trop petits. Dans la misère, un des locataires finira par succomber sans que quelqu’un le remarque avant plusieurs jours et une autre rendra son dernier souffle seule alors que son mari était parti quelques minutes chercher désespérément un rafraichissement.

La canicule tue les pauvres.

C’est le premier roman de Jean-Simon DesRochers. Il a signé deux recueils de poésie, dont l’un, Parle seul, lui a valu en 2004 le prix Émile-Nelligan. Son talent pour la poésie se voit clairement dans le choix des titres de chaque chapitre et section. Jean-Simon s’amuse avec les mots; chaque accroche est un bijou imagé.

On n’est pas gai en lisant ce livre malgré les quelques moments de bonheur et d’espoir amoureux. Parce que tous ces êtres sont désespérés et la chaleur accablante ne fait que mettre en lumière ce qui est leur condition à longueur d’année : la solitude, le manque d’espoir et la déchéance.

« On est un enfant pis on attend de devenir adulte… on est adulte pis on attend d’être amoureux… on est amoureux pis on attend de gagner de l’argent… on en gagne un peu pis on découvre que ça change rien. » « Pis quand on finit par s’avouer que la vie, c’est jamais comme on veut… on tombe malade pis on se bat pour pas mourir. Pourquoi se battre… ça changera rien… on est toujours déçu… il se passe jamais rien… absolument rien… »

La canicule permet de faire tomber les masques et d’accéder à l’essence même des personnages. Ils sortent de leur appartement à la recherche d’un vent de fraicheur qu’ils ne trouvent pas, mais cela leur permet de se rencontrer et d’échanger. On oublie pendant quelques semaines que le Québec est froid et qu’habituellement, le monde se terre chez eux en oubliant leurs voisins.

Ça m’a fait penser à l’univers des chansons de Bernard Adamus : de la pauvreté, de l’amour, de la joie, de la faim, de la bière fraiche, des rides qui s’accumulent avec le temps qui passe trop vite. Quelques exemples à écouter ici : Y fait chaud, La question à 100 piasses et 2176.

J’ai fait aussi le parallèle avec Bret Easton Ellis dont j’ai dévoré l’œuvre quand j’étais jeune adulte avec une pointe de culpabilité d’apprécier une littérature si glauque. Si vous ne connaissez pas cet auteur, vous pouvez d’ailleurs le découvrir ici. J’ai retrouvé avec plaisir la panoplie d’antihéros à la dérive et les scènes de sexe crues.

En attendant, sans atteindre les mêmes extrêmes dépeints dans le livre, j’espère que Montréal aura bientôt à nouveau bien chaud!

Anima, ou la quête pulsionnelle des origines

Il y a quelques années, j’ai visionné le film québécois Incendies, réalisé par Denis Villeneuve. La fin m’a vraiment secouée, car elle m’a forcée à aller ailleurs, dans une zone sombre dont je n’anticipais pas l’existence; j’y pense encore régulièrement, car comme certains d’entre vous le savent déjà, j’adore être bouleversée par l’art. J’ai par la suite appris qu’il s’agissait d’une adaptation de la pièce du même nom, écrite par l’auteur Wajdi Mouawad. N’éprouvant pas vraiment de plaisir à lire du théâtre (je préfère, de loin, assister à une pièce pour en savourer le texte porté par les comédiens), je n’avais jamais été tentée de découvrir les écrits de Mouawad. C’est plutôt quand il a fait paraître le roman Anima, en 2012, que je me suis lancée pour la première fois.

« Lorsqu’il découvre le meurtre de sa femme, Wahhch Debch est tétanisé : il doit à tout prix savoir qui a fait ça, et qui donc si ce n’est pas lui ? Éperonné par sa douleur, il se lance dans une irrémissible chasse à l’homme en suivant l’odeur sacrée, millénaire et animale du sang versé. Seul et abandonné par l’espérance, il s’embarque dans une furieuse odyssée à travers l’Amérique, territoire de toutes les violences et de toutes les beautés. Les mémoires infernales qui sommeillent en lui, ensevelies dans les replis de son enfance, se réveillent du nord au sud, au contact de l’humanité des uns et de la bestialité des autres. Pour lever le voile sur le mensonge de ses origines, Wahhch devra-t-il lâcher le chien de sa colère et faire le sacrifice de son âme ? » (Résumé tiré du site de la maison d’édition Actes Sud)

Dans ce magnifique roman, dont la force des propos n’a d’égale que celle de l’écriture, le lecteur accompagne l’homme blessé qu’est Wahhch Debch dans sa quête pour retrouver l’assassin de sa femme. Ce faisant, il apprendra beaucoup d’autres choses encore, se remémorant des souvenirs d’une grande noirceur et découvrant, malgré tout, des vérités aussi lumineuses que peut l’être la vie.

Ce roman m’a profondément marquée, autant par son contenu que son originalité. D’abord, il m’apparaît essentiel de mentionner que le roman tout entier est narré non pas par un narrateur omniscient ou par le protagoniste, mais bien par tous les animaux qui croisent la route de Wahhch Debch (oui, vous avez bien lu).  Chaque chapitre porte le nom latin d’un animal, et c’est à travers les yeux de l’animal en question que sera présentée cette portion du récit. L’écriture sensible de Mouawad réussit à se transformer subtilement selon la nature du narrateur, rendant la lecture encore plus enivrante. Du rythme rapide des phrases des chiens à la lenteur indolente de celles des chats, des allitérations en « s » des serpents aux paragraphes fragmentés des oiseaux, la langue et le style de l’auteur parviennent à rejoindre le récit et à s’y entremêler pour offrir au lecteur une expérience unique.

En ce qui concerne le contenu de l’histoire, je dois dire qu’il m’a bouleversée à plusieurs reprises, au point même de devoir interrompre ma lecture par moments, afin de me remettre de mon trouble. D’ordinaire, je peux lire ou évoquer des choses atroces sans me sentir trop remuée (les voir, c’est une autre histoire…), mais dans ce cas-ci, la précision des descriptions et la richesse de la gamme d’émotions transmises étaient telles que j’ai eu l’impression de visualiser toutes les scènes, surtout les plus dures. Car de la dureté, celle qui frappe au creux du ventre comme en plein cœur, il y en a ; elle côtoie la beauté et c’est ce qui rend l’ensemble troublant… et délicieusement déroutant.

Si vous avez le cœur particulièrement sensible et que la simple idée de ressortir secoué d’une séance de lecture vous horripile, je vous en prie, abstenez-vous. Mais si, tout comme moi, vous ressentez parfois le besoin d’être bousculé, ému, renversé par la force des mots et par la puissance des images, même les plus cruelles, n’hésitez pas : Anima saura trouver une place de choix dans votre bibliothèque.

Parce que ce petit bijou parvient à nous rappeler, à travers l’évocation de notre côté primal, ce qui fait de nous des êtres humains.

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La chambre verte: destructrice avarice

La Chambre verte est un roman bien difficile à décrire: est-ce une saga familiale ou un roman gothique? L’auteure veut-elle nous faire rire ou nous apprendre une leçon? Eh bien au final, c’est peut-être un peu de tout ça qui se retrouve dans le roman de Martine Desjardins, déjà bien connue du paysage littéraire québécois.

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Martine Desjardins

L’auteure nous fait plonger dans un univers bien particulier: l’histoire de la famille Delorme, obsédée par l’argent et par les économies, est campée dans le vieux manoir familial, où se trouve la fameuse chambre verte, coffre-fort qui abrite la fortune des Delorme. Or, ce manoir tient un véritable rôle dans l’histoire: la maison est un personnage, est parfois la narratrice de cette histoire, et pose des actions qui ont un véritable impact dans le récit! C’est donc parfois elle qui nous guide à travers la vie de ces personnages excentriques, aux obsessions délirantes. On entre aussi dans le Montréal des années 1900, alors qu’on présente l’histoire des ancêtres de la famille Delorme. Les lectrices découvrent comment s’est déroulée la construction du chemin de fer en 1910 et celle de la fondation de Ville Mont-Royal.

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Le centre de l’histoire est toutefois la génération Delorme des années 60 : Louis-Dollar Delorme, fier héritier de Prosper Delorme, et son épouse Estelle, sans doute la plus radine de tous, leur fils Vincent, et les trois soeurs Delorme, Morula, Gastrula et Bastrula. Afin de faire plus d’argent (toujours plus, encore plus), la famille Delorme accueille des pensionnaires. C’est ainsi que Penny Sterling (notez le nom de ce personnage!) fait son apparition dans la vie des Delorme, avec sa fortune. Tout pour inciter les parents de Vincent, fils unique du couple qui tient le manoir, à se lancer dans de grands projets de séduction, pour pousser les deux jeunes à s’unir et ainsi mettre la main sur une dot qui pourrait être considérable.

Or, Vincent n’a aucun intérêt envers l’argent et Peggy Sterling est animée par un désir de vengeance, voulant mettre au jour de vieux secrets de famille… Rien pour que les plans des Delorme portent fruit. Mais je ne vous en dis pas plus, car La Chambre verte, s’il s’agit d’un roman teinté par l’humour, est aussi un récit mené par une intrigue : les premières pages se déroulent dans le Montréal d’aujourd’hui, alors que le cadavre d’une femme est retrouvé dans la chambre verte! Il est avant tout question d’argent, dans le roman de Desjardins, mais c’est celui qui pourrit cette famille, qui la pousse à sa propre destruction, et ce rapport malsain avec l’argent invite aussi la lectrice à tourner les pages de ce roman, afin de découvrir ce qui est arrivé à cette mystérieuse femme…

Avant tout, La Chambre verte m’a beaucoup fait rire parce que c’est une histoire un peu tirée par les cheveux. Les personnages sont tellement obsédés par l’économie que ça en devient absurde! Mais cela n’est pas un défaut d’écriture, au contraire; c’est cet univers un brin étrange et loufoque qui rend l’histoire intéressante.  Je me suis aussi bien bidonnée quand j’ai compris les noms des personnages… comme Prosper et Louis-Dollar! Ce jeu, donc, entre l’humour et le thriller, l’histoire de Montréal et le thème du pouvoir de l’argent est parfaitement bien équilibré pour que ce livre sache capter l’attention des lectrices au lieu de tomber dans le ridicule que peut être une telle caricature. La narration est si bien menée que l’on ne s’étonne même pas qu’Estelle suce des cinq sous en guise de collation!

Puisqu’il y est question d’histoire de famille, je me suis dit que ce serait comique d’offrir le roman à ma grand-mère, à l’occasion de la fête des mères! Rassurez-vous, elle est loin d’être gratteuse comme la famille Delorme. Elle m’a confié qu’elle aussi a beaucoup aimé le livre de Desjardins, qui l’a fait rire. Voilà, dans ma famille, ce ne sont pas les valeurs économiques que l’on partage, mais les goûts littéraires! 🙂

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La vie et son lot de awkwardness : la thérapie de Sarah Andersen

J’ai ri, beaucoup, à chaudes larmes. Devant chaque trait naïf, spontané, presque maladroit, mais tellement expressif. Devant chaque épisode d’images porteur d’une lucidité franche. Devant un quotidien, des pensées, des gestes qui semblaient être les miens; j’étais là, d’une case à l’autre, comme si l’illustratrice et cartooniste de 23 ans, Sarah Andersen, avait épié ma vie pour élaborer Adulthood is a myth, bande dessinée exquise.

Cette drôle d’impression, je ne suis sûrement pas la seule à l’avoir ressentie. Et c’est là toute la beauté du travail d’Andersen.

Ce tout premier livre de cette artiste établie à Brooklyn est un véritable diachylon pour les esprits anxieux qui tentent de se tracer un chemin dans les méandres de la vie adulte. Une thérapie en soi. Parce qu’on s’y voit, on s’y reconnait. On s’identifie à cette jeune étudiante échevelée aux yeux exorbitants, une introvertie féministe à la maladresse facile, au awkward fréquent, qui s’adonne à la procrastination et à la panique, quotidiennement. Son meilleur ami est un lapin. Son chat est une plaie qui s’amuse à la réveiller à 3 heures du matin. Son existence est parsemée de faux-pas, de malaises, d’indécisions, de spontanéité et de tout ce que la vie peut comporter de vrai. De sincère.

D’emblée, on comprend qu’il s’agit d’un récit semi-autobiographique, dont le personnage principal est Sarah Andersen, elle-même, avec ses animaux de compagnie, ses amis, ses anecdotes et ses prédispositions évidentes à l’anxiété. Le tout est amené si habilement par des images qui disent tout, simplement tout, par l’exagération de l’expression des visages des personnages. Et c’est ce qui fait éclater de rire. On ressent jusque dans la moelle les sentiments illustrés par l’auteure, parce que, vraiment, on ne se le cachera pas, on les a tous déjà vécus.

De ses dessins candides, épurés, simplissimes, Adulthood is a myth transpose un propos réaliste, la vie tout court, la vie d’adulte entamée, avec ses hauts et ses bas. Ça dit c’est ça la vie, pis c’est correct. Ça dit tout va bien aller, buddy, c’est normal d’être perdu, des fois. Ça dit qu’on peut devenir adulte à notre manière, qu’il n’y a pas qu’une seule règle à suivre, mais une multitude de voies possibles. C’est correct d’avoir les mains moites en frôlant les doigts d’un nouveau chum. C’est correct d’avoir horreur de répondre au téléphone. C’est correct de rater sa manucure, à chaque putain de fois. C’est correct d’avoir l’impression de se jeter dans le vide, dans le néant, lorsqu’on gradue, enfin. C’est correct de lire durant toute une nuit, just for fun. Même adulte. C’est correct.

Une centaine de pages qui se lit et se relit, sans cesse, juste parce que ça fait du bien de rire de soi. De se consoler de sa propre maladresse en se disant qu’il y en a d’autres, aussi. Des comme moi.

Un petit plaisir qui se dévore d’une traite et qu’on feuillète, de temps en temps, pour ne pas oublier que c’est correct d’être comme on est.

Être adulte, des fois, mais pas trop souvent. On fait de notre mieux.

L’art d’écouter son coeur…

Il peut arriver dans la vie quelque chose comme un tournant catastrophique, lorsque le monde tel qu’on le connait cesse d’exister. Un moment qui fait de nous quelqu’un d’autre, en l’espace d’un battement de cœur.

Ma dernière lecture parle d’amour, du vrai, celui qui transcende le temps et même tous les sens et vous fera fort certainement verser quelques larmes (je sais, je pleure tout le temps!). Il y a des livres que nous savons que nous allons aimer dès l’instant où l’on y pose les yeux dans une librairie. L’art d’écouter les battements de coeur de Jan-Phillipp Sendker est exactement ce genre de livre et il ne déçoit pas.

Une des raisons principales pourquoi ce livre est tombé entre mes mains, pour être bien honnête, c’était surtout, car son histoire se déroule dans un pays dont je rêve depuis de birmanie-1nombreuses années, la Birmanie. Un pays tellement peu connu et mal aimé, mais qui me semble tellement fabuleux quand je regarde les rares images sur celui-ci. Ensuite, car après quelques lignes, j’ai compris que le personnage principal était aveugle et que ces gens me touchent directement au coeur puisque je fais du bénévolat avec les non-voyants depuis bientôt 2 ans. Alors quelle fut ma joie de découvrir une magnifique histoire d’amour avec une perspective complètement différente!

Voici un petit résumé du roman : Julia, une jeune avocate pleine d’ambitions, suit les traces de son père Tin Win qu’elle respecte et idolâtre, un important avocat de Wall Street. Cependant, du jour au lendemain, son fabuleux père disparaît sans explications, et ce, sans laisser d’indices ou de traces pour le retrouver. Pendant 4 ans, les recherches iront de l’avant : meurtre, enlèvement, disparition, double vie? Impossible de déterminer réellement ce qui a pu lui arriver. Jusqu’au FullSizeRenderjour où Judith, la mère de Julia, tombe sur une boîte remplie de souvenirs de Tin Win, avec entre autres des lettres jamais envoyées destinées à une certaine Mi Mi en Birmanie, dans le village natal de son père. C’est alors que Julia décidera de suivre les traces de son père, en allant en Birmanie trouver cette fameuse Mi Mi. Elle y fera la rencontre de U Ba, un curieux vieil homme qui semble la connaître depuis toujours et qui, par le fait même, connaît très bien son père. Il lui racontera à la manière d’un magnifique conte rempli de magie, de spiritualité, mais surtout d’amour, l’histoire touchante et magnifique de son père Tin Win. Elle y apprendra entre autres que son père fût aveugle pendant quelques années, qu’il était follement amoureux d’une certaine Mi Mi, une infirme au coeur plus grand que la terre, mais qu’il avait surtout le pouvoir de ressentir les âmes et les battements de coeur des autres gens grâce à son handicap. Mi Mi deviendra donc les yeux de son père pendant de nombreuses années, lui faisant ainsi découvrir le monde, mais surtout le véritable amour, et il deviendra ses jambes pour la transporter partout puisqu’elle ne peut pas marcher normalement. Il s’agit d’une histoire qui nous invite tellement à croire que l’amour triomphe toujours malgré le temps, la distance, et deux handicaps physiques importants. Il s’agit aussi d’un roman qui nous invite à revoir notre idée du véritable amour et qui vous fera décidément voyager en Birmanie.

Pour conclure, je vous laisse quelques citations magnifiques de ce roman magique pour vous mettre dans l’ambiance :

Ton coeur. Ce sont les battements de ton coeur que j’entends? Oui (…) à quoi ça ressemble alors? C’est merveilleux, non c’est encore mieux que ça.

Elle aurait dû s’en douter. Il y a des choses qu’un individu marchant sur ses deux pieds ne pouvait tout simplement pas comprendre. Ces gens-là croyaient qu’on voyait avec les yeux.

Je me suis souvent demandé quelle était la source de sa beauté, de son éclat (…). C’est l’amour. L’amour rend beau. Connaissez-vous une seule personne qui aime et qui est aimée de façon inconditionnelle et qui soit laide? Inutile de répondre à cette question. Il ne peut pas exister pareille personne.

J’ajoute que cette lecture est parfaite accompagnée d’un verre de vin blanc frais sur la terrasse comme celui que je buvais sur la photo. Ma suggestion du moment, le Basa de Telmo Rodriguez (10264018 – 17,90 $) sans aucune hésitation… 🙂

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La Journée des librairies indépendantes, une première fête de la lecture

Demain, le 18 juin, se tiendra la toute première Journée des librairies indépendantes. Cette initiative de la coopérative des librairies indépendantes du Québec — Les libraires — vise à promouvoir et à célébrer nos libraires et librairies qui se tiennent haut et fort, pour l’amour de la littérature et des livres. Comme l’a si bien dit Anaïs Barbeau-Lavalette, l’ambassadrice de l’événement, « Le libraire est celui qui couve et partage les racines de notre imaginaire collectif ». Alors, profitons de cette journée pour prendre le temps de dire merci à ces librairies indépendantes qui valorisent et favorisent l’amour de la lecture. Ce sont des lieux de partage et de culture nécessaires.

On veut vous avouer un petit quelque chose, par souci d’honnêteté. Nous n’achetons pas toujours dans les librairies indépendantes. Parfois, on se laisse tenter en mettant les pieds dans de grandes chaines, mais on est conscientes de l’importance d’acheter chez des libraires indépendants et surtout, on avoue sans gène que le service y est bien plus personnalisé, intime et axé sur l’amour des livres. C’est important pour nous de faire preuve de transparence, mais surtout de mettre de l’avant cette fête de la lecture parce que nous sommes plus que choyés d’avoir ces lieux de culture dans nos environnements. On tenait à le souligner, parce que cette Journée des librairies indépendantes est l’occasion rêvée pour se souvenir de l’importance d’acheter chez des libraires indépendants.

Depuis peu, nous sommes affiliés avec Les libraires, ce qui veut dire que sous chaque article, un lien vers leur site transactionnel sera affiché et que nous recevrons 4 % des ventes (pour plus d’informations, c’est ICI.). Ce partenariat est une fierté pour nous, car nous aimons beaucoup le site Les libraires et on espère bien humblement qu’avec nos articles, on pourra peut-être vous inciter à acheter plus souvent indépendants. Sachez aussi que nous allons redistribuer les fonds dans une fondation qui favorise, de près ou de loin, l’amour des livres. On vous tiendra au courant dès que cela arrivera, promis!

Bref, la prochaine fois que vous voudrez vous offrir un livre, pensez à acheter dans une librairie indépendante, l’expérience y sera toute autre ou passez par le site des libraires. Et n’hésitez pas à participer aux nombreux événements qui auront lieu dans les librairies demain. Vous aurez la chance de vous faire servir par des petits libraires, de rencontrer vos auteurs préférés et, qui sait, de trouver le livre parfait pour l’été? Surtout, fêtez votre librairie et dites à votre libraire combien son travail nous est tous cher.

Partagez vos découvertes, votre amour pour votre librairie ou votre moment dans une de celles-ci avec le mot clé #fetersalibrairie sur les réseaux sociaux.

Quelques suggestions d’événements pour l’occasion :

Ta mère aime les librairies indépendantes, rencontre avec Jean-Philippe Baril Guérard, Simon Boulerice, Sarah Berthiaume & Laurence Leduc-Primeau de 13 h à 17 h à la Librairie Raffin (Plaza St-Hubert).

MARIE-RENÉE LAVOIE et CAROLINE PAQUETTE : Rencontre entre deux auteures passionnantes à la librairie de Verdun à 16 h.

ISABELLE ARSENAULT, GENEVIÈVE GODBOUT, JEAN-PAUL EID : Rencontre avec un trio d’illustrateurs de La Pastèque, à la librairie de Verdun, dès 14 h.

Apéro avec Anaïs Barbeau-Lavalette à la librairie Oliviera à 17 h.

Pour découvrir d’autres événements en lien avec la Journée des librairies indépendantes dans votre région, consultez le site de l’événement.

Rose à petits pois : ta parfaite lecture printanière

Si tu as envie, avec ce beau soleil qui se pointe, de lire un livre des plus parfaits pour l’arrivée du printemps, je pense que j’ai trouvé : Rose à petits pois. Illustrée par Geneviève Godbout et écrite par Amélie Callot, cette nouveauté de La Pastèque ne peut que vous faire sourire.

Adèle travaille dans un café et est toujours heureuse et souriante lorsqu’il fait soleil. Elle chante en travaillant et se fait un plaisir de plaire à ses clients. Toutefois, dès que la pluie se pointe, elle reste enfermée chez elle et perd son entrain. Un beau jour, il arrive un petit parapluie et des bottes de pluie qui lui donnent envie de sortir dehors, d’être heureuse malgré la pluie, de sourire malgré tout.

Cet album pour enfants, mais aussi pour les grands enfants, est incroyablement charmant, lumineux et donne envie de chanter et d’être amoureux, même les jours de pluie. Le trait de crayon de Geneviève Godbout est magnifique et elle insuffle à Adèle une personnalité des plus vivante et colorée.

J’ai un coup de coeur aussi pour le format de l’album, ça fait plaisir de voir un si bel objet et La Pastèque a réellement un plaisir et un amour pour les livres en offrant toujours des livres de qualité, et toujours si beaux. Le plaisir de tenir le gros album dans nos mains contribue au charme de l’histoire et agrémente le beau texte délicat d’Amélie Callot. Rose à petits pois est réellement un indispensable à lire confortablement dans un parc, verre de limonade à la main! Sourire et bonne humeur garantis!


Le fil rouge tient à remercier La Pastèque pour le service de presse.

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Le Petit Goldstyn

J’ai eu la chance de rencontrer Jacques Goldstyn au Salon du livre de Montréal en 2015 pour son livre «L’arbragan». Alors que j’attendais dans la file (qui consistait en mon ami et deux jeunes garçons), j’observais justement ce que les deux garçons allaient faire dédicacer. Parce qu’ils ne tenaient pas les romans graphiques de Goldstyn, non ils avaient en leur procession des revues des «Débrouillards»! Je ne savais même pas que ça existait encore, et quel est le lien entre Goldstyn et les «Débrouillards»? Et bien, c’est que la petite BD qui se trouve à l’intérieur est faite par celui-ci.

Une fois mon tour, j’ai constaté très rapidement quel personnage sympathique est Jacques Goldstyn. Ensemble, nous avons parlé des jeunes du primaire (moi travaillant dans ce domaine et lui cherchant des gants/mitaines pour son projet dont je vous parlerai plus bas). Cette conversation nous a emmené sur notre amour pour l’arrondissement de Verdun (et de sa librairie). À savoir que Jacques Goldstyn a vécu une partie de sa vie à Verdun, il m’a d’ailleurs appris qu’avant d’y avoir le McDonald il avait une école ! Bref, je m’égare. Reste que si vous croisez son passage, allez à sa rencontre, il sera heureux de vous faire la jasette !

LE PETIT TABARNAK

Jacques 2

Jacques Goldstyn a joué très fort pour son premier roman jeunesse avec la maison d’édition «La Pastèque». Le titre est très accrocheur, ce qui permet d’intriguer les jeunes lecteurs-trices, autant que les plus vieux. L’histoire est simple. Un jeune garçon entend son père crier le fameux mot (tabarnak) alors que celui-ci se blesse avec son marteau. Voilà qu’il court l’annoncer à ses amis. Ensemble ils tenteront de percer le mystère de l’origine de ce mot interdit. Monstre, maladie, guerre sont plusieurs théories qu’ils proposent. C’est alors que le curé apparaît et détruit l’imaginaire de ces pauvres petits et vient par la suite la vraie définition.

Jacques Goldstyn sait démontrer l’innocence d’un enfant. Déjà par les traits de crayons fins et rapides, il démontre une certaine fragilité. Ses dessins sont tout simplement charmants et très représentatifs de ce qu’il dégage. Un homme attentionné et sensible à l’enfance.

Malgré son titre accrocheur, «Le petit Tabarnak» n’est pas mon préféré de l’auteur.

L’ARBRAGAN

Jacques 3

C’est son deuxième roman graphique qui est de loin mon préféré, «L’arbragan». L’histoire vient plus me chercher et je sens que l’histoire est plus personnelle. En fait, il faut déjà savoir que Jacques Goldstyn est un amoureux de la nature. Ne soyez pas surpris-e de le croiser au jardin botanique, étant donné qu’il y travaille !

Tout commence par la perte d’un gant. Un petit garçon court alors à la recherche de son gant dans les objets perdus, mais impossible de le retrouver. Il décide donc d’en prendre deux dépareillés. Alors qu’il marche tranquillement dans sa ville, les jeunes du quartier rient de lui à cause de ses gants. En fait, il constate rapidement qu’il se sent très différent des autres, et pas seulement à cause de sa nouvelle paire de gants. Ce petit garçon est solitaire et son seul ami est un arbre qu’il surnomme Bertolt.

Plus haut, je vous disais qu’il cherchait des mitaines et des gants cet hiver. En fait, c’était pour créer son propre arbragan (un arbre dont les feuilles sont remplacées par des mitaines ou gants). Et il a réussi son projet (http://espacepourlavie.ca/blogue/l-arbragan-au-jardin-botanique). Nous pouvons ainsi dire qu’il était encore plus impliqué dans son roman, parce qu’il a fait comme son personnage, il a fait le tour des écoles pour pouvoir réchauffer cet arbre de ces gants.

LE PRISONNIER SANS FRONTIÈRE

Jacques 1

Ce petit dernier de Goldstyn est bien différent des deux premiers, déjà parce qu’il n’est pas publié avec «La Pastèque» mais avec la maison d’éditions «Bayard Canada» et parce que nous n’y trouvons aucun mot. En fait, ce petit dernier de Goldstyn est dédié au blogueur prisonnier en Arabie saoudite, Raif Badawi. Le voilà porteur pour la liberté d’expression. Il nous montre comment les mots peuvent démontrer une grande importance dans la vie des gens.

L’histoire est plus politisée que ses deux autres romans. Ce roman graphique démontre surtout que l’auteur est un être engagé (le livre est également soutenu par Amnistie Internationale). Ce qui, à mon avis, rend cet homme encore plus remarquable. Il a réussi à réunir les enfants et ses engagements sociaux dans ce seul livre et cela sans un seul mot. Dans l’histoire nous voyons Raif seul dans sa cellule avec ses gardiens qui lui empêchent d’écrire quoi que ce soit. Cependant, cela n’empêche pas l’homme de recevoir des lettres qui proviennent de partout à travers le monde.

Trois petits livres de Goldstyn tout à fait charmants et qu’il faut apprendre à connaître.

Et il a de cela quelques semaines, «La pastèque» nous apprenait la sortie de son dernier livre : «Azadah» dont voici le résumé : «Au contact d’une photographe, une petite afghane constatera que le monde est vaste et que les possibilités sont infinies…» La date de parution n’est pas encore annoncée.

Et vous ? Avez-vous un auteur jeunesse fétiche ?
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