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Coeur de bête hôpital: une visite sans fioritures

J’ai aimé lire ce court recueil à saveur poétique écrit par Christine Germain et publié par la maison d’édition indépendante Rodrigol. Cœur de bête hôpital m’a d’abord séduite par sa jolie couverture, mais le charme a continué d’opérer au fil de ses pages.

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Au milieu d’une trame sonore de casseroles tabassées pendant un printemps de révolte se trouve un hôpital qui a du cœur, au cœur de Montréal. En ses murs et aux alentours, Christine Germain nous livre son observation à chaud d’une population qui y gravite. Des patients de tout acabit qui viennent d’aussi loin que l’Abitibi pour passer go au système de santé et y réclamer des soins. Des gens nouvellement vulnérables ou qui le sont davantage, vivant à froid, seuls ou non, chacun leur drame de corps ou d’esprit. Il y a aussi les travailleurs, qui soutiennent le fort hospitalier dans la ville qui grouille de vies. L’auteure prend soin de nous libérer de l’air recyclé de l’hôpital un court moment et nous fait prendre une bouffée d’air plus frais, juste à côté au parc Jeanne-Mance.

Je me suis laissée guider par la plume acerbe de l’auteure et il a été facile d’imaginer les courtes scènes qu’elle nous sert, une après l’autre. Les situations ou lieux dans lesquels les différents personnages se trouvent sont décrits crûment, mais avec sensibilité. J’ai beaucoup aimé qu’elle puisse faire s’entrechoquer sa poésie sans dentelle et le côté plutôt glauque des lieux.

« Dans un corridor          cigarette au bec
jaquette et tubes au vent
contourné de justesse par les visiteurs
qui se collent aux murs blancs
l’homme le plus rapide de la terre
évite les obstacles avec brio
rien ne l’empêchera de poursuivre cette course folle
pour dehors    enfin    allumer l’Export’A divine
17h       branle-bas de combat
pour le plaisir d’une bouffée
Racing soluté »

Tout au long du recueil, on y trouve des descriptions laconiques. En peu de mots, mais ceux-ci bien choisis, j’ai pu entendre le néon bruyant dans le couloir, sentir l’odeur du café de la machine distributrice et même la fumée de cigarette dans le stationnement. J’avais l’impression d’ouvrir une porte de chambre d’hôpital, d’être spectatrice d’un moment puisé au hasard, d’observer la scène un court instant et de refermer la porte, ainsi de suite jusqu’à la fin du livre. Bien sûr, comme il s’agit principalement de brefs instants captés, il ne faut pas s’attendre à des histoires profondes ni à des personnages fignolés. On ne peut s’y attacher, on n’a pas le temps. De toute façon, avouez qu’il est plus agréable d’être simple spectateur de la parade de jaquettes et de poteaux de soluté plutôt que d’y être émotionnellement impliqué.

Avant cette lecture, je ne connaissais pas cette poète, dramaturge et artiste de la voix qu’est Christine Germain. Pourtant, elle a participé à l’élaboration de plusieurs spectacles de poésie, dont Rose au cœur violet / Voix de femmes surréalistes en 2014. Elle a aussi co-réalisé pendant quelques années, en tandem avec le poète Michel Garneau, l’émission de musique et de poésie Les décrocheurs d’étoiles à la Chaîne culturelle de Radio-Canada. Pour découvrir le ton que Christine Germain donne à ses œuvres, je vous conseille fortement d’aller faire un tour sur ce lien  afin d’y entendre deux courtes lectures à voix haute de sa poésie. Sobre comme l’est son écriture dans Cœur de bête hôpital, elle sait parler de la vraie vie et captiver par les mots, sans fioriture.

Ce qui n’a pas d’âge


« Qui que vous soyez qui voulez cultiver, vivifier, édifier, attendrir, apaiser, mettez des livres partout. » Victor Himageugo

En février 2014, quand je suis partie pour l’Irlande dans le but d’y faire un stage dans une petite classe de maternelle, je trainais, dans mes bagages, des livres. Des albums jeunesse qui avaient su m’émerveiller. Des couleurs, des images, des mots que je voulais partager. Cette année-là, j’ai parcouru une dizaine de pays en conservant sur mon dos cet immense bagage qui était presque impossible à transporter. Au fil des jours, je me suis détachée des objets que je considérais superflus. Des vêtements trop chauds, des chandails usés, des cosmétiques que je n’utilisais jamais de toute façon… Mais je n’ai jamais pu me résoudre à me débarrasser de mes albums jeunesse. Mes albums sont usés et incroyablement vivants. Ils ont fait rire des enfants sur tous les continents. Mes albums ont transporté des enfants dans des univers nouveaux et remplis de fantaisie. Ces albums, je les découvre au fil des jours avec tous les élèves qui croisent ma route. Ensemble, nous partons à la découverte de leurs pages comme certains découvrent des trésors.

Ils ont cinq ans, à peine. Ils ne parlent pas très bien français, mais leurs rires fusent lorsqu’ils entendent les histoires absurdes d’un petit écureuil hypocondriaque (Frisson l’écureuil, de Melanie Watt.) Ils rient comme des fous, en se tenant les côtes. Ils rient comme si c’était la première fois, comme s’il n’existait plus rien. Plus rien que nous, dans cette classe, maintenant. Nous et ce livre qui prend toute la place.

Ils ont sept ans. Ils regardent l’horloge avec impatience. Dans quelques minutes, sûrement, j’arrêterai la classe pour leur lire un album. Un nouveau. Un jamais lu. Ils travaillent fort et reçoivent ces quelques minutes de lecture comme un spectacle, comme une pause dans le quotidien. J’ouvre La petite sœur du petit Chaperon rouge de Didier Lévy et entame la lecture. Durant ce moment que nous passons ensemble, ils me donnent leurs impressions et me partagent leurs émotions. L’album les a éblouis.

Ils ont 8 ans. Ils attendent avec une impatience incroyable ces moments où le temps semble s’arrêter. L’année est presque terminée, j’en ai profité pour leur faire découvrir un classique qu’ils connaissent déjà, pour l’avoir vu au cinéma (Charlie et la chocolaterie, de Roald Dahl). Nous passons des heures à tourner les pages, à questionner la suite de l’intrigue. Je change ma voix au rythme des personnages qui défilent. Quelques minutes avant que la cloche ne retentisse, j’arrête ma lecture. Chaque fois, je les entends gémir tous en chœur. Pourquoi arrêtes-tu toujours la lecture sur un suspense?, me questionnent les élèves. Je souris quand je leur réponds: «Pour que vous ayez hâte d’entendre la suite.»

Ils ont onze ans. L’enseignante que je remplace m’a demandé de leur lire un livre qui parle de surconsommation (Le catalogue des gaspilleurs, d’Élise Gravel.) Nous passons une heure à discuter de publicités, d’environnement, de pollution. Ils ne veulent pas se taire. Ils ne doivent pas se taire. Les mots d’une autre ont mis en place les leurs.

Ils ont douze ans. Ils ont compris bien des choses, déjà. Ils ont parlé de la première guerre mondiale en classe. Leur enseignante leur a choisi avec soin des romans qui parlent de cette période (Cheval de guerre, de Michael  Morpurgo, Mon père est parti à la guerre, de John Boyne, 14-14 de Paul Beorn et Silène Edgar) pour donner un aspect de réalité à ces dates qu’ils ont apprises par cœur. Ils travaillent sans relâche sur leur lecture, sur leur oral à venir. Ils viennent me voir, de temps à autre, pour me faire part de leurs découvertes, de leurs surprises. Ils comparent les faits avec la fiction et tout cela les laisse pantois. Ils ne savaient pas que les livres pouvaient leur faire ça.

 

Chroniques d’une anxieuse : j’ai le awkward souvent

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J’ai le awkward souvent. Quand c’est ma fête pis qu’on me souhaite bonne fête j’dis toi aussi. Je ris quand j’suis mal à l’aise à des moments inappropriés. C’est comme mon mécanisme de défense. J’ai déjà renversé une boisson en fontaine sur une fille sans faire exprès et j’ai tâché ses beaux souliers blancs. Un moment donné une femme m’a demandé de tenir un cupcake qu’elle venait juste de s’acheter, en spécifiant «échappe-le pas là!», pis je l’ai échappé.

J’suis faite de même, qu’est-ce tu veux.

J’ai essayé souvent de changer ce côté-là de moi, mais ça l’air que ça marche pas d’même la vie. Y’a des choses qui changeront jamais et qu’on doit seulement accepter.

J’suis une perdue, voilà c’est dit.

Quand je dois me rendre en quelque part, je prends à tout coup le mauvais chemin, même avec un GPS. Faque c’est ça, c’t’un peu niaiseux, la p’tite flèche bleue m’indique la bonne direction, mais je réussis quand même à aller dans le sens inverse. Mon cerveau n’a pas été programmé comme du monde, il sait pas s’orienter. Je me suis égarée dans un centre-d’achat pas plus gros que ma main. J’ai pas la notion du temps. J’ai d’la misère à me gérer. Je fais tout à la dernière minute. Ça passe toujours trop vite, j’arrive jamais à l’heure, j’passe mon existence à m’excuser pour ça pis pour plein d’autres affaires aussi.

J’ai pas d’allure.

Je tremble beaucoup. Mes mains, mes doigts ne tiennent pas en place, ils ont la bougeotte de l’anxiété. On dirait que j’suis atteinte de la maladie de Parkinson. Une chance que mon psy m’a dit que c’était typique des gens anxieux sinon j’aurais vraiment pensé que c’était le cas. Et ça rend inconfortable certaines personnes pour une raison qui m’échappe. Ils pensent que je vais m’évanouir ou que je panique par en d’dans, mais j’peux juste pas arrêter ma tremblote, c’est une tremblote permanente qui finit pas de trembler.

C’est quelque chose que les gens remarquent vite quand tu travailles dans le public en tant que conseillère en vente. J’en ai entendu des belles. Une madame pas fine-fine avec son mari pas vite-vite, qui avait proclamé que la littérature ne servait à rien (en plus de quelques propos bien racistes, tsé, ça va ensemble), m’avait observée attentivement pendant que je faisais sa facture. «Heille t’as-tu vu ça Richard, a tremble, check comment a tremble, ben là a doit pas être à l’aise de travailler icitte, check comment on la met dans tous ses états».

Et j’étais juste devant elle.

J’avais l’goût d’y dire que j’tais pas un animal de foire.

J’ai comme un don pour mettre les gens mal à l’aise. Une fois une fille m’a donné un billet de 50, un de 20 et un autre de 10 pour payer sa robe. J’ai paralysé. Complètement. Je n’avais plus aucun souvenir de la procédure à suivre pour compter de l’argent. Black out. Je ne me rappelais pas ce que faisait 50+20+10. Je tapotais les billets nerveusement en regardant la cliente devant moi. Mes yeux se sont remplis d’eau. Tout mon corps s’est figé. Je me disais «faut pas qu’a pense que je sais pas compter, je sais mes maths, je sais compter, je sais compter». Mais plus ça allait, plus ça empirait. Je regardais les billets comme s’ils ne signifiaient plus rien, j’avais oublié leur sens.

Crise de panique.

J’ai senti la main de ma gérante prendre la mienne pour me guider vers l’arrière boutique où je me suis effondrée en larmes. J’étais une incapable qui allait perdre son travail.

Je répétais dans ma tête que 50+20+10 égalait à 80, que je connaissais la réponse et que j’allais être renvoyée. Fuck.

Mais j’ai eu la chance d’avoir une gérante qui avait déjà éprouvé les mêmes difficultés que moi, qui m’a prise sous son aile et qui a cru en mes capacités. Parfois notre chemin nous conduit aux bonnes personnes. Grâce à elle j’ai évolué comme ç’a pas d’allure. Et maintenant c’est correct. J’ai appris. Je me suis pardonnée d’être ce que je suis.

Je me suis pardonnée d’avoir le awkward souvent. Je tiens ces mots-là d’une amie. Elle m’a dit ça, pas fort, juste assez pour que je l’entende, dans le brouhaha de la musique durant un évènement où y’avait du monde, beaucoup de monde. Et j’ai tellement compris le feeling. Les autres parlaient, dansaient, riaient pis nous on savait pas trop quoi faire de notre corps parce qu’on en avait trop conscience. Ça discutait sans arrêt, ça disait n’importe quoi à n’importe qui, et je ne pouvais m’empêcher d’être fascinée par ces gens qui trouvent toujours quelque chose à dire.

Moi j’passe mon temps à me perdre dans les mots des livres que je lis. J’passe mon temps à me parler dans ma tête, à trop réfléchir à ce qui devrait ou non sortir de ma bouche. Faque la plupart du temps je dis rien. Ou quand je me décide enfin à échapper quelques paroles, ça sort tout croche, ma voix dissimule mal mon stress et chevrote légèrement. Ça se passe comme ça à chaque fois que je suis dans une foule ou avec de nouveaux visages que je connais à peine, mais après ça se place. Ça se place toujours.

Et, maintenant, c’est correct. J’ai appris à vivre avec.

Je me suis pardonnée d’être ce que je suis.

Virginia Woolf et moi

Je ne me souviens pas la première fois où j’ai aperçu ce joli album, probablement lorsque je travaillais en librairie. Je me souviens de m’être installée longuement dans les allées à le toucher, l’admirer et me dire qu’un jour, j’aimerais bien l’avoir chez moi. Les années ont passé et je ne l’ai jamais acheté. Or, une fois, j’ai eu une carte cadeau et j’ai commandé des bouquins en ligne, dont celui-ci. J’ai reçu un courriel plus tard me disant qu’il était discontinué. Malheur.
12483426_10153192774517413_2138775394_nC’est donc avec bonheur et excitation que cette année au Salon du livre de Montréal, j’ai aperçu Virginia Wolf dans le kiosque des Éditions de La pastèque. Écrit par Kyo Maclear, illustré par Isabelle Arsenault et traduit par Fanny Britt (on se souviendra du marquant duo pour Jane, le renard et moi!), cet album de quelques pages est tellement beau que je ne pouvais faire autrement que de l’installer fièrement sur la cimaise de mon salon.

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Plongée dans le bouquin, je réalisais que c’était, en plus d’être beau (Isabelle Arsenault est tellement talentueuse), tendre, sensible et délicat. On y suit les deux soeurs, Virginia et Vanessa qui tentent de s’apporter du bonheur, dans le monde imaginaire Bloomberry. Les couleurs vivantes sont criantes dans le bonheur et d’autres plus sombres dans le malheur. Le trait d’Arsenault est toujours aussi précis, mignon et magnifique. La beauté de l’objet rend réellement hommage au contenu ; à cet amour entre les deux soeurs et cette envie d’être heureuses ensemble.

Virginia Wolf souffre d’une détresse infinie, d’une tristesse inexplicable et sa soeur Vanessa tente de la faire sourire de toutes les méthodes. Or, comme pour Woolf, le mal-être est souvent inexplicable :

Toute la maison a sombré.

La clarté est devenue ombre.

Le haut est devenu bas. 

La joie est devenue chagrin.
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Les références entre la vie de Virginia Woolf et Virginia Wolf la petite fille, sont minimes. Or, elles peuvent ne même pas être remarquées. C’est en ayant lu et connaissant le tragique destin de Woolf qu’on aperçoit des similitudes entres les deux, dans leurs envie de crier « Laisse-moi tranquille» à la terre entière. Virginia Wolf grogne comme un loup.

D’une manière plus pédagogique, je pense bien que ce genre d’histoire peut aider les enfants à mettre des mots sur leurs émotions et à accepter la colère et la tristesse qui parfois peuvent les envahir. Comprendre ses émotions et toutes les nuances et paradoxes dans celles-ci.

Bref, je suis plus que contente d’avoir retrouvé ce petit album en novembre dernier et de le savoir dans mon salon. C’est tranquillement que je me crée une petite bibliothèque enfantine, non pour mes futurs enfants, s’il y a, mais juste pour moi, parce que je me découvre un amour pour ces albums jeunesse. Et Virginia Wolf est devenue mon dernier coup de coeur.12467926_10153192774322413_749410416_n

American (dream) Psycho

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Je vais vous parler d’un roman que j’adore et qui mérite d’être lu, malgré le fait que son épaisseur (assez) imposante a tendance à en rebuter certains.es : American Psycho, de l’américain Bret Easton Ellis. La littérature des années quatre-vingt-dix a été fortement marquée par la curieuse fascination des Américains pour les meurtriers psychopathes tels qu’Ed Gein, Ted Bundy, ou encore le fameux Charles Manson. De célèbres auteurs – il suffit de penser à Joyce Carol Oates avec son Zombi et à Thomas Harris avec Hannibal (Lecter), pour n’en nommer que deux – se sont fortement inspirés de ces personnages afin de créer les leurs. D’ailleurs, Bret Easton Ellis lui-même s’est fait verser par son éditeur, Simon & Schuster, une avance de 200 000 dollars (rien de moins!) pour qu’il élabore son prochain récit autour d’un de ces monstres contemporains qui réjouissaient tant les lecteurs de cette époque. C’est comme cela que le personnage de Patrick Bateman, d’American Psycho, est né. Le nom du protagoniste seulement fait tout de suite penser à Norman Bates, du film Psychose, d’Alfred Hitchcock. Bref, les psychopathes distingués font partie de l’imaginaire collectif et deviennent une source quasi inépuisable d’inspiration pour les artistes (toutefois, je vais garder pour moi mon avis sur la nouvelle série Bates Motel… huhu).

Pour revenir à American Psycho, c’est un énorme (et dense!) roman de 527 pages, qui a été publié en 1991 dans le contexte mentionné plus haut. Patrick Bateman est l’archétype même du yuppie qui travaille à Wall Street et qui se conforme parfaitement au moule que son statut social lui impose : classe, riche, charismatique, beau et, dans ce cas-ci, terriblement misogyne. Or, en dehors de ses heures de travail, il devient un impudent assassin, ayant une sexualité plus que débridée, ne se gênant pas pour éliminer tout ce qu’il considère plus faible que lui : collègues-ennemis, animaux, sans-abris, femmes, et même un enfant… En tant que lecteur, nous devons attendre près de 200 pages (!) avant d’assister au premier meurtre. Délicieuse attente… Avant ce moment, nous sommes les témoins d’innombrables discussions superficielles à propos du nouveau restaurant new-yorkais à la mode, des tendances capillaires douteuses du moment, du nouveau masque quelconque d’une compagnie quelconque… Bref, nous sommes décidément bien loin du portrait typique du meurtrier effroyable complètement fou. Mais l’attente en vaut la peine puisque c’est exactement cela qui renforce toute l’horreur du récit de Bret Easton Ellis : Bateman se fond que trop bien dans la masse, dans notre masse.

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Le lecteur est amené à être le témoin silencieux d’un univers complètement déjanté, aux descriptions interminables, voire carrément insoutenables, lors des scènes de meurtres. C’est assez rare que le gore en littérature me trouble puisqu’instinctivement, mon imagination à tendance à « camoufler » ces scènes. Or, impossible de se défendre à l’aide de notre imaginaire face aux assauts des descriptions hyper détaillées qu’offrent l’auteur : pas le choix de s’imaginer parfaitement un homme se faire démembrer à la hache, la chair à vif, les os éclatés, les yeux crevés et dégoulinants, name it. American Psycho m’a donné plusieurs frissons dans le dos et m’a fait grimacer de dégoût plus d’une fois. Mais justement, n’est-ce pas là une véritable force chez un auteur que de faire ressentir de si fortes émotions à son lecteur à travers son œuvre? J’aime qu’un roman me transporte dans un monde qui m’est inconnu, voire incommodant, et Ellis réussit à merveille à installer bien (in)confortablement son lecteur dans son univers, à travers une plume froide – presque clinique – et un style merveilleusement épuré.

Je vous suggère personnellement le film réalisée par Mary Harron, du même titre, qui est une excellente adaptation du roman d’Ellis. Bonne lecture et bon visionnement!

Caféine pour les yeux

Tasses, cartes-cadeaux Starbucks, mousseur à lait, sacs de café… Décidément, à voir les cadeaux de Noël que j’ai reçus cette année, mon entourage est bien au courant de ma dépendance à la caféine.

Pour ajouter à la liste, ma mère (merci maman) m’a offert un livre de voyage qui indique où trouver les meilleurs cafés autour du monde avec de magnifiques images à l’intérieur. Voyage + café + photographie, plusieurs de mes passions combinées ensemble = j’étais contente.

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Cafés, par Jean-Michel Dufaux, comédien et animateur québécois, fait rêver.

J’aurais voulu avoir l’idée de ce projet avant lui, je suis même un peu jalouse. C’est mon genre d’aventure. Mais, même si je n’ai pas vécu son expérience, je peux au moins profiter du résultat! Et qui sait, peut-être que je visiterai à mon tour les endroits qu’il a parcourus à la recherche du meilleur latté

Bref, Cafés, c’est deux-cent-cinquante-six pages de plaisir pour les yeux.

Chacune d’entre elles est tapissée de latté art; les photographies sont magnifiques (et donnent envie de mettre en marche sa cafetière). J’ai des croûtes à manger pour arriver à faire des cafés aussi beaux que ceux qui se retrouvent dans le livre de Jean-Michel Dufaux.

L’ouvrage est divisé par villes en ordre alphabétique; c’est une encyclopédie des cafés autour du monde. Le globe-trotteur québécois a visité plus de vingt pays et quarante-cinq villes (ça fait beaucoup de caféine) et illustre chaque coin du monde avec des images qu’il a prises lui-même et des souvenirs de ses voyages.

Pour chacun de ses cafés-bistros préférés, l’auteur nous parle un peu de l’historique de l’endroit et de son expérience.

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J’aime particulièrement la couverture minimaliste du livre qui est recouverte d’un tissu texturé beige avec, en lettres majuscules noires, le nom des villes que l’on retrouve à l’intérieur de ses pages. C’est ce qui a attiré mon attention en premier quand je l’ai aperçu à la librairie.

En plus d’être beau, il est intéressant et saura plaire à tous les adeptes de cafés (et donnera probablement envie à ceux qui n’en boivent pas de développer leur amour pour cette fameuse boisson, c’est à vos risques et périls).

Bref, je recommande ce livre à tout le monde et je vous invite à le feuilleter en dégustant votre café (latté, préférablement)!

Baise-moi

J’ai découvert Virginie Despentes dans un de mes cours à l’université. Je termine présentement un certificat en études féministes et j’ai eu la chance de le terminer avec un cours de littérature. J’ai rapidement constaté que Despentes est tout un personnage !

Dans King Kong theory, elle nous raconte son histoire. Nous faisons ainsi face à son statut de femme violée, de prostituée et de punk. Virginie Despentes semble avoir tout un caractère et elle ne s’en cache pas. Elle discute de sujets actuels, dont la condition des femmes dans la société et particulièrement sur les stéréotypes et les conditionnements genrés que peuvent vivre les femmes (bonjour Butler!).

virginie-despentesDespentes a également un point de vue très clair sur les féministes qui sont contre (abolition de) la prostitution. Elle est devenue prostituée aux suites de son viol et elle ne culpabilise pas face à celui-ci et elle ne semble pas en colère contre les hommes, mais plutôt contre la société. Cette société qui crée la culture du viol, qui apprend aux hommes à ne pouvoir contrer leur pulsion sexuelle, à apprendre que ce n’est pas leur faute et aux femmes de se sentir coupable. Coupable d’être femme. «King Kong theory» revient à être un livre qui contient toutes les idées féministes de Despentes. Ce fut très intéressant parce qu’elle parle beaucoup de l’image de la femme, sujet qui reste d’actualité. Mais elle parle surtout de la prostitution et de la pornographie, des sujets sur lesquels, personnellement, il m’est difficile de me positionner. J’aime alors lire ce qu’elle en pense, puisqu’elle me permet de me situer.

Ainsi, lire King Kong theory avant Baise-moi m’a grandement aidée à mieux apprécier ma lecture et comprendre qui était Virginie Despentes.

«Du bout des doigts, elle caresse la crosse et branle le canon, caresse le métal comme pour le faire durcir et se tendre, qu’il se décharge dans sa bouche comme du foutre à plomb.» («Baise-moi», 1994, V. Despentes, p.249)

  • BAISE-MOI

Virginie Despentes sait se battre avec sa plume et c’est ce qu’elle démontre dans son roman «Baise-moi». Le roman fut écrit en 1994 et est son tout premier livre. Despentes sait choquer ses lecteurs-trices par ses vérités toutes crues. L’histoire de «Baise-moi» réussit à être vulgaire dans ses propos ou dans sa manière, tout en étant philosophique. Elle nous fait part ainsi de quelques injustices que vivent les femmes. Ces problématiques sont pour la plupart encore d’actualité. Encore aujourd’hui, nous discutons du rôle de la prostituée. Qui devons-nous blâmer ? Le-la client-e ou la femme qui vend son corps ? Dans l’histoire, nous faisons la rencontre de Nadine (jeune femme prostituée) et de Manu (jeune femme actrice porno). Elles font la rencontre l’une de l’autre à un tournant très important dans leur vie. Ensemble, elles se complèteront et créeront le chaos dans la question du genre. Nadine, femme prostituée, aime être soumise et se masturber devant des vidéos pornographiques. Manu, femme insoumise, violée, alcoolique et actrice porno. Leur rencontre était prédestinée. Toutes les deux se complètent et sont l’âme sœur l’une de l’autre : l’une impulsive et l’autre raisonnable.

L’écriture de Despentes dérange. Elle dérange parce que certain-e-s diront qu’elle n’est pas sophistiquée, qu’elle est vulgaire, que son roman ne sert qu’à choquer. En fait, c’est vrai que le roman choque. Il dérange parce que nous ne comprenons pas toujours les motivations des deux personnages. Parce que Nadine et Manu deviennent deux «serial killer». Ce sont deux femmes en colère qui font vengeance. Leur histoire et la relation qu’elles entretiennent l’une envers l’autre me rappelle celle du film «Thelma et Louise».

Tout au long du roman, nous suivons leur folie et les nombreux crimes qu’elles commettent (que ce soit des vols, des meurtres, etc.) Il est beaucoup question du corps avec Despentes. Les deux personnages se détruisent. Elles n’ont plus aucune hygiène, valeur, etc. En fait, elles semblent se déshumaniser.

«En fait, c’est un peu tous les coups qui ont mal tourné. Tous ces trucs que tu tentes de faire et jamais rien ne réussit. Ça me fait penser au conte de la petite sirène. L’impression d’avoir consenti un énorme sacrifice pour avoir des jambes et te mêler aux autres. Et chaque pas est une douleur intolérable. Ce que les autres font avec une facilité déconcertante te demande des efforts incroyables. Arrive un moment où tu lâches l’affaire.»Baise-moi», 1994, V. Despentes, p.176)

Quelques coups de coeur de littérature jeunesse à l’usage des adultes

Quand j’étais jeune, je dévorais les livres. Littéralement, je lisais un livre après l’autre avec une faim dévorante de toujours en avoir plus. Je terminais même mes devoirs le plus vite possible afin de pouvoir aller lire, c’est dire! Et cette envie de lire ne s’est jamais vraiment calmée, c’est elle qui a fait la lectrice passionnée que je suis. Cela dit, avec le recul, je peux dire que j’ai lu une masse assez impressionnante de livres entre mes 6 et 12 ans, livres qui m’ont accompagnée dans mon cheminement personnel, scolaire, et qui font partie intégrante de ce que je suis aujourd’hui.

Les romans jeunesses que j’ai lus quand j’étais enfant sont pour moi des petits bijoux d’imagination, des livres touchants, et certains d’entre eux continuent de rester des coups de cœur littéraires malgré mon intérêt pour la littérature générale, québécoise et étrangère. En fouillant dans ma bibliothèque, j’ai sélectionné sept livres coups de cœur de ma propre jeunesse qui m’ont marquée et surtout qui se prêtent bien, en mon sens, à la relecture, même si nous sommes devenus « grands ». Étant née au début des années 1990, certains de ces livres apparaîtront peut-être pour certains comme étant totalement inconnus, mais je vous invite à y mettre le nez! Pour les lecteurs de ma génération, vous y trouverez peut-être des anciens coups de cœur oubliés de votre propre enfance! Bonne lecture!

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  1. Les Contes de la Chatte Rouge (Élisabeth Vonarburg)

C’est par la voix de Lila que nous entrons dans cette histoire fantastique empreinte de magie. Cette petite fille qui part à la recherche de sa mère, enlevée par la Chatte Rouge qui a aussi emporté avec elle toutes les histoires et les chansons, nous étonne par sa curiosité face au monde qui l’entoure. L’histoire est en elle-même un conte doux et magique d’une grande imagination. Et si j’ai lu ce livre d’un seul coup dans mon enfance, sans pouvoir m’arrêter tellement l’écriture et l’histoire m’ont envoutée, c’est particulièrement avec du recul que je peux apprécier toute l’inventivité et l’originalité du monde créé par Vonarburg. C’est une lecture qui fait du bien avec une écriture colorée et riche qui nous permet de retrouver la façon dont un enfant appréhende le monde.

2. Les naufrages d’Isabelle (Tania Boulet)

Elles sont nombreuses, les émotions que ce livre nous fait traverser! Destiné aux adolescents, il raconte les émois amoureux d’Isabelle, convaincue que Samuel, l’amoureux de sa soeur, ait quelque chose à voir avec les lettres anonymes qu’elle reçoit. Ce triangle amoureux fait naître le questionnement, la méprise, l’amour flamboyant et finalement, un drame. L’écriture de Tania Boulet est forte, émotionnelle, à l’image des tremblements intérieurs de notre adolescence, et je me souviens m’être totalement identifiée au personnage d’Isabelle, au point de pleurer à la fin du livre tellement ses émotions étaient les miennes.

3. Émilie de la Nouvelle Lune (Lucy Maud Montgomery)

Si on connaît tous Anne de Anne, La maison aux pignons verts, on connaît un peu moins Émilie Starr, jeune fille de douze ans pleine de vivacité au talent littéraire naissant, vivant sur la ferme de la Nouvelle Lune. Pourtant, c’est cette série que j’ai préférée, plus jeune, pour les personnages et les émotions qu’ils vivent, décrites avec grande justesse. Replonger dans cette oeuvre nous ramène également en arrière, l’histoire se déroulant dans une société rurale davantage traditionnelle, et cela fait du bien, tout comme ce livre se lit lentement, au rythme du quotidien d’Émilie.

4. Fifi Brindacier (Astrid Lindgren)

Quand j’étais jeune, j’aimais Fifi d’un grand amour, au point de porter les mêmes tresses qu’elle pour aller à l’école. C’était un personnage qui me fascinait. J’aimais qu’elle porte des bas rayés et différents, qu’elle soit intrépide et aventurière, et qu’elle se moque des règles et des conventions pour les enfants de son âge.  Ses aventures, qui ont fait l’objet de plusieurs adaptations au cinéma et à la télévision, sont connues de tous, mais il est drôlement bon de retourner aux sources, et de replonger dans ce petit chef d’oeuvre d’imagination.

20160103_1807345. Les cahiers d’Élisabeth (Sylvie Desrosiers)

L’amour est au centre de ce roman, parmi mes préférés publiés à la Courte échelle. Par l’intermédiaire d’un journal intime trouvé dans la rue, Marie-Soleil va découvrir l’histoire d’une certaine Élisabeth, qui, suite à un accident dramatique, se voit interdire par son père la visite de son amoureux. Les sentiments ressentis par les protagonistes sont forts et l’histoire est touchante, triste, puis laisse présager l’espoir. Il est bon de revivre la puissance de l’amour de notre adolescence, par des personnages qui s’élèvent contre la voix stricte de l’adulte.

6. Viens danser… sur la lune (Viviane Julien)

Je ne saurais exactement décrire la force incroyable de ce roman, dans lequel une jeune fille devient une adolescente au court d’un été mouvementé dans lequel elle découvre à la fois l’amour, la mort, l’incertitude, la confiance et l’apprentissage de ce qu’elle est. Ce livre m’avait énormément marquée lors de ma première lecture et continue de le faire encore aujourd’hui. Un petit bouquin méconnu et si vous êtes curieux, allez jeter un coup d’oeil au film (des Contes pour Tous) qui est tout aussi bon !

7. Le ciel croule (Kit Pearson)

C’est rare qu’on aborde dans la littérature jeunesse des thèmes qui touchent à la réalité des enfants durant la Seconde Guerre mondiale. C’est le cas dans la trilogie de Kit Pearson, dont le premier tome est Le ciel croule, qui raconte les bouleversements vécus par un frère et une soeur qui doivent quitter leur famille et leur pays pour aller se réfugier au Canada, à l’abri des conflits survenants en Angleterre. Et à travers le récit de leur nouvelle vie, on vit les tourments de l’adolescence, de l’amour et des sentiments des personnages qui sont tour à tour dans une période de crise et de remise en question.

Encore aujourd’hui, j’aime laisser une place à la littérature jeunesse dans mes lectures quotidiennes et surtout, j’adore trouver parmi la production actuelle de quoi satisfaire mon coeur d’enfant, de quoi me surprendre et me faire rêver, encore. Pour moi, la lecture des livres pour la jeunesse ne peut que permettre de voir le monde avec des yeux différents, de revivre les questionnements adolescents ou de plonger dans des univers imaginaires bien particuliers. De plus, la relecture de certains des romans que j’avais adorés lorsque j’étais jeune me replonge dans mon enfance et me fait redécouvrir, avec de nouveaux yeux, les œuvres qui ont fait partie de ma jeunesse.

Non non, la lecture de romans pour la jeunesse ne s’arrête pas lorsque nous devenons grands!

L’histoire de ma vie: les chats

Du plus loin que je me souvienne, les chats et les livres ont toujours fait partie de ma vie. Peu importe où je me trouvais, je pouvais percevoir de petits yeux jaunes qui m’observaient dans un coin de la pièce. Je trouvais cela réconfortant. Je le pense encore. Les félins et la littérature me procurent le même sentiment de sécurité et de confort.

12106730_10156243711265220_2268794060450159972_nJ’adore lorsque le chat se blottit contre mon flanc pour y faire son nid. Dans le cas du livre, c’est plutôt lui qui me permet de me faire une petite place entre ses pages. J’oublie mon monde pour un instant et je me loge ailleurs.

J’aime sentir mes doigts traverser les longs poils roux de mon majestueux Shelby. Tout comme j’aime caresser les pages d’un livre vieilli sous le poids des années comme si nous étions de bons amis depuis belle lurette.

J’adore faire la lecture à voix haute le soir et les voir se poster juste à côté de moi en plongeant leur regard dans le mien, un peu comme s’ils m’écoutaient.

Au rythme de mes lectures, les chats ont donc toujours été présents. Sous la couette, un soir de grand froid, assise en1928739_10153370495308391_9010343173299039073_n indien avec le livre sur les genoux et le félin en dessous. Sur la galerie, alors que le soleil plombe sur mon visage et que le chat se pavane sur la rampe avec une agilité digne de sa race.

Partout où ils passent, ils laissent leurs traces. Les chats, mais les livres aussi.

D’ailleurs, je pense avoir détecté un genre de magnétisme entre les chats et les livres.

  1. Il est tout à fait impossible de lire tranquillement sans que votre chat vienne s’interposer entre vous et votre lecture. Physiquement et mentalement.
  2. Il est tout à fait impossible d’écrire sans que votre chat vienne gruger le bout de votre crayon et/ou tente d’attraper la mine qui file sur les pages.
  3. Il est tout à fait impossible d’écrire sur un clavier d’ordinateur sans que votre chat vienne jouer à attrape-moi si tu peux avec vos doigts. La souris doit y être pour quelque chose.

10644996_10152509388903391_5939310924351556770_nOr, je ne me passerais pas d’eux pour une seconde. Les chats, mais les livres aussi.

Bien avant moi, d’autres écrivains ont apprécié les chats à leur juste valeur. Certains ont même écrit de la poésie sur ces jolies petites bêtes. Après tout, la littérature et les chats ne font qu’un. Je pense, entre autres, à Baudelaire et à ses deux fameux poèmes:

Le chat 1

Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusque à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.


Le chat 2

I

Dans ma cervelle se promène
Ainsi qu’en son appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant.
Quand il miaule, on l’entend à peine,

Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s’apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C’est là son charme et son secret.

Cette voix, qui perle et qui filtre
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n’a pas besoin de mots.

Non, il n’est pas d’archet qui morde
Sur mon coeur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu’harmonieux !

II

De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu’un soir
J’en fus embaumé, pour l’avoir
Caressée une fois, rien qu’une.

C’est l’esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

Quand mes yeux, vers ce chat que j’aime
Tirés comme par un aimant
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

Baudelaire a tout dit. Baudelaire dit toujours tout.

Le chat est une muse dans son attitude royal et noble. Sa voix qui nous rassure et nous apaise est comme celle du livre.1531850_617303288323378_318633412_n Ces yeux profonds et énigmatiques sont empreints de récits et d’histoires comme celles du livre.

Baudelaire n’était pas le seul à vouer un culte aux chats. Rappelons-nous Perrault et son magnifique chat botté. Sans oublier Lewis Carroll et son inquiétant chat du Cheshire. Or, celui qui m’aura le plus marquée restera toujours le chat noir d’Edgar Allan Poe. Et je ne nomme que ceux-ci. J’aurais pu parler de Chateaubriand, de Théophile Gauthier et de Stéphane Mallarmé. Les preuves ne manquent pas: les félins et la littérature entretiennent une belle liaison.

Je m’arrêterai donc maintenant. Pas car je n’ai plus rien à ajouter, mais bien car un petit Severus s’est mis à courir sur les touches de mon clavier plus rapidement que mes doigts ne peuvent le faire.

Vive la littérature!

Vive les chats!

Crédit photo: Michaël Corbeil et Marika Guilbeault-Brissette

Le phénomène des PAL et la culpabilité de l’achat

12506924_10206874716080415_1583177084_nTout le monde que je connais, et qui aime lire, possède une PAL. La fameuse Pile à Lire qui n’en fini plus de grandir. Peut-être est-ce lui donner trop d’importance que de dire que c’est à la fois une malédiction et une bénédiction d’utiliser ce fameux système de pile à lire.

Je m’explique;

Il y a un certain réconfort à savoir qu’il y a des livres qui nous attendent, un plaisir à savoir quel sera le prochain livre entre nos mains. En écrivant majoritairement des critiques sur le blogue, avoir une pile à lire est indispensable et devient un outil grandement utile pour planifier des articles et des lectures. En ce sens, une p.a.l n’est rien de plus qu’une simple pile de livres à lire; c’est savoir quel livre prendra prochainement place sur notre table de chevet sans se casser la tête, c’est ne pas se demander ce qu’on lira ensuite, c’est avoir hâte en sachant ce qui s’en vient.

Par contre, j’ai l’impression qu’il existe un espèce de coté malsain à la PAL, soit l’accumulation. Je suis de celles qui aiment posséder les livres, les acheter, ne pas avoir peur d’en plier les pages et les laisser dans ma bibliothèque, sachant que je pourrai les relire si l’envie me prend, mais aimer acheter des livres, ça veut aussi souvent dire en acheter trop, en acheter souvent, plus souvent qu’on ne peut en lire. Le résultat est donc qu’on accumule, que notre pile s’agrandit et qu’à un certain moment, cette pile nous tombe toujours dans le coin de l’oeil -littéralement ou non- et là entre en jeu la culpabilité d’acheter, ou même celle de lire autre chose que ce qui nous attend patiemment depuis un moment déjà.

Ne vous êtes vous jamais retrouvés devant un livre qui vous tente en vous disant  » non mais j’en ai déjà 20 qui m’attendent à la maison  » ?  Ou bien de vouloir lire autre chose et de vous sentir un peu mal parce que votre pile ne descend pas ? Peut-être est-ce moi qui prends les livres trop au sérieux, qui accorde trop d’importance à une simple pile de livres et pourtant, pour en avoir parlé, je sais que je ne suis pas la seule.

Sur instagram principalement, les gens se font un plaisir de comparer leurs p.a.l, je me demande simplement à quel moment ça devient trop. À quel moment on parle de surconsommation? En fait, le problème n’est pas la pile à lire, mais  plutôt une conséquence à l’achat excessif de livres, peut-être.

Est-ce que le fait d’aimer les livres exclu automatiquement le fait qu’il est possible d’en avoir trop ? Ou plutôt d’en acheter trop ? Les p.a.l sont-elles un phénomène de « surconsommation » où tout le monde cherche à montrer les livres qu’il possède ?

En faisant mes petites recherches sur les interwebs, j’ai trouvé cette citation qui colle bien avec le côté un peu  » néfaste » des p.a.l. :

On peut rencontrer la PAL sur des blogs de thèmes divers, mais on la rencontre moins souvent sur les blogs high-tech que sur les blogs de lecture. Elle y détient alors une place de choix, certains blogueurs-lecteurs vouant une sorte de culte païen à ce livresque totem. Alimenter une PAL digne de ce nom peut nécessiter un budget conséquent si elle n’est constituée que de livres neufs, et peut conduire à la ruine si le blogueur est amateur d’éditions luxueuses. Il existe des concours de taille de PAL… http://dicoblog.canalblog.com/archives/2008/10/20/10873176.html

Je ne sais pas pour vous, mais je sais bien à quel point il est facile d’acheter « trop » de livres, qui finissent par prendre la poussière sans qu’on ait le temps de les ouvrir. Est-ce que les p.a.l sont devenues des compétitions, une technique pour démontrer son supposé amour des livres ?

Je ne sais pas trop quoi en penser, en fait. Et vous ? J’aimerais avoir vos impressions sur le sujet, est-ce une mode ? Un moyen de s’organiser ? Une petite compétition entre lecteurs ?