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Ce qu’on a pensé de nos lectures Jeune adulte

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Je suis tellement contente de voir la participation à notre défi littéraire de 2016. Vous avez été nombreux à nous écrire pour nous dire que vous alliez participer et honnêtement, ça nous fait bien plaisir. On espère le plus humblement vous inspirer à lire davantage et surtout à lire québécois! En voyant des vidéos comme celui-ci, on se dit qu’on peut réellement inciter les gens à découvrir des nouveaux genres et auteurs. Bonheur!

Alors, voilà pour ce premier mois de l’année, le thème était Jeune Adulte. Voici donc ce que nous avons lu et ce que nous en avons pensé. N’hésitez pas à nous écrire dans les commentaires quelles ont été vos lectures et si elles vous ont plu.
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Pour ma part, j’ai lu Camille de Patrick Isabelle. Ce roman empreint de lumière traite de thèmes fort tragiques comme la violence conjugale. Le père de Camille est violent, manipulateur et complètement inapte. La jeune fille est donc élevée entourée de peur, de cri et de douleur. Elle cache ses bleus et tente par tous les moyens de prévenir les colères de son père. Prise avec la douleur de sa mère, c’est avec soulagement qu’elle se sauve en Acadie avec celle-ci pour retrouver sa famille maternelle qu’elle n’a jamais vraiment connue. S’ensuit une belle amitié avec son cousin et enfin, la découverte du sentiment de liberté et de quiétude. Camille est une œuvre jeunesse, mais rien n’est « jeunesse » dans l’écriture comme dans les thèmes abordés. Ce bouquin est engagé, très bien écrit et fondamentalement lumineux. Le réalisme des dialogues comme la dureté de l’enfance de Camille font de ce roman un incontournable de la littérature jeunesse québécoise, mais surtout, un baume inespéré pour beaucoup trop de jeunes coincés dans une famille dysfonctionnelle où on ne sait pas bien aimer.

Caroline, de son côté, a lu Le supplice du cornichon d’Annie Dubreuil. Voici ce qu’elle en a pensé : « Comme j’ai aimé me glisser pendant quelques instants dans le cerveau d’un garçon! C’est tellement le genre de truc que, nous les filles, on aimerait pouvoir faire pendant quelques heures, pour savoir enfin comment vous pensez messieurs! Avec Annie Dubreuil, c’est possible et c’est même très amusant dans son roman Le supplice du cornichon.
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Trop souvent les livres pour ados sont des histoires de filles, du moins de mon point de vue, alors qu’elle fût ma joie de me retrouver enfin avec un personnage principal masculin. Damien, 16 ans, ne l’a vraiment pas facile (comme à cet âge, rien n’est toujours facile ;)), bref il fait de l’acné, n’a aucun sou en banque et se trouve à être amoureux de la plus belle fille de l’école qui, elle, trouve qu’il ressemble à un pauvre cornichon (P.-S. moi, j’adore les cornichons, Damien!). C’est alors que notre Damien se met à croire (et il l’apprendra à ses dépens) que le secret du succès dans la vie et auprès des filles c’est de faire de l’argent, beaucoup d’argent! Il trouvera toutes sortes de stratagèmes, notamment en utilisant son pauvre petit frère pour arriver à ses fins, un passage où j’ai tellement rigolé. Bref, le roman d’Annie Dubreuil se lit d’un trait, et nous ramène parfaitement dans tous ses lieux « d’ados » : dans notre chambre, dans les rues à errer pour n’aller nulle part, sur le banc dans le corridor de l’école ou à la café’ avec nos amis et c’est un vrai plaisir de s’y retrouver avec Damien! Un vrai petit bonbon pour la nostalgique que je suis encore de temps en temps de Ces bons moments d’adolescentes… »

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De son côté, Alexandra G. a lu Coeur de slush et elle a beaucoup aimé : « Billie Fay aime boire de la slush bleue jusqu’à en geler son cerveau, écouter des chansons tristes même quand elle ne l’est pas et porter sa robe rouge qui virevolte dans le vent. Le tout premier roman de Sarah-Maude Beauchesne se lit d’une seule et même traite. Les mots coulent, s’enchaînent, se succèdent à une vitesse folle dans une naïveté pleine de franchise. Sans aucun détour, avec la candeur qu’on reconnaît à l’adolescence, le récit décrit ce tiraillement entre la peur de devenir femme et le confort de s’attarder à l’enfance encore un peu. On effleure au passage quelques bouts de vérité sur la réalité d’être adolescent. Risquer d’être blessé seulement pour expérimenter de nouvelles choses, éprouver une tonne d’émotions contradictoires et se frapper aux désillusions de la vie d’adulte. On rit aux éclats en lisant Cœur de slush, mais on pleure aussi. On se reconnaît à travers le personnage de Billie qui tente de comprendre tant bien que mal les changements qui surviennent dans son corps et le tout nouveau plaisir qu’elle éprouve en regardant les fesses des garçons. On se voit à travers ce désir plus grand que nature de vivre l’amour avec un grand A à l’âge où tout est en perpétuel changement. Un roman sensible qui goûte la slush bleue et la fragilité des premiers amours d’été. »

Kim a aussi craqué pour Coeur de slush : « C’est en une courte soirée que j’ai fait, sans pouvoir m’arrêter, la lecture de Coeur de slush de Sarah-Maude Beauchesne. Inspirée des propres journaux intimes de l’auteure, l’histoire ne pourrait paraître plus vraie. De la première à la dernière page, les mots m’ont bercée dans la douce nostalgie des sentiments adolescents. Je recommanderai d’ailleurs cette lecture dans mon prochain article sur le blogue. »

12626079_1123517594359818_1060727313_nEt Karina a lu Paysages aux néons de Simon Boulerice : « L’année dernière, j’ai eu la chance de lire mon premier Boulerice, Javotte, grâce au même défi et ce fut une belle découverte. J’avais tellement aimé ma lecture que je suis allée voir l’adaptation en pièce de théâtre. J’étais impatiente de lire un autre de ses romans. Paysage aux néons me fut donné comme cadeau de Noël par ma cousine Martine. J’étais curieuse de redécouvrir l’univers de Boulerice, surtout dans un tout nouveau genre (Javotte étant plus pour les adultes). De plus, à la suite de la critique très positive de Martine sur Jeanne Moreau a le sourire à l’envers, où nous retrouvons les mêmes personnages que dans Paysage aux néons, j’avais de plus en plus envie de lire ce roman. Cette fois, nous suivons les aventures du jeune Léon, 17 ans. Léon est animateur dans un camp de jour où il s’amuse à faire le portrait des enfants et comme il ne travaille que le matin et le soir, il se retrouve avec beaucoup de temps libre. Lors de ces moments, il s’en va au gym où il admire Marky Mark alias Monsieur muscle. Mais Léon ne fait pas que s’entraîner, il lit des poèmes, des poèmes dont il aime bien retranscrire quelques vers sur les cartons d’exercices des autres membres du gym. Outre son admiration pour les muscles de Marky Mark, on fait la connaissance de la fée Adidas aux kilos en trop. Celle-ci est l’amoureuse mal-aimée par ce Marky. La fée Adidas et Léon apprendront à s’aimer et à se découvrir. Les personnages de Marky Mark et de la fée Adidas se trouvent à être très attachants par leur défaut.

En fait, ils représentent tout ce que nous pouvons avoir peur d’être. Ils sont deux extrêmes, deux contraires, deux stéréotypes. J’ai pu constater que, dans les deux romans de Boulerice, le physique semble avoir une grande importance, puisque l’un des sujets principaux de Jeanne a le sourire à l’envers serait l’anorexie. Alors que, dans Paysage aux néons, il est question d’exercices extrêmes pour le personnage de Marky Mark, et du fait que la fée Adidas se retrouve avec un surpoids et du Pepsi Diet dans les mains. Pendant ce temps, Léon vit avec une sorte de boulimie de poèmes. Ce qui est aussi génial dans ce roman, ce sont les dessins qui accompagnent le personnage lors de ses séances de gym. Cela met un certain dynamisme au livre. »

Marie-Hélène a lu Tromper Martine, le dernier roman de Stéphane Dompierre et voici ce qu’elle en a pensé :  « Lire Tromper Martine, c’est prendre du recul sur soi-même et, si c’est le cas, sur son propre couple. Dès l’ouverture du roman, Stéphane Dompierre cite Frédéric Beigbeder (auteur de L’Amour dure trois ans, notamment) et ce n’est pas sans raison : on parle d’amour dans ce livre, cette grande thématique universelle, mais tout comme avec Beigbeder, ce n’est pas sous l’angle le plus idyllique. On suit donc Nicolas et Martine, un couple de banlieusards complètement écrasés par la routine et leur vie familiale. Sous les recommandations de son médecin, Nicolas décide de s’évader pour se remettre de son burnout et s’éloigne de sa maison, de sa famille, sillonnant ainsi les routes tout en collectionnant les endroits louches (le couple de motards douteux est un passage particulièrement captivant!). Je n’ai pas pu m’empêcher de m’identifier à ce Nicolas en détresse, qui cherche seulement un moyen de mieux se retrouver. Le roman de Dompierre engendre les introspections et choque par les vérités criantes qui s’en dégagent. Le style est simple, les thématiques accessibles (amour, crise identitaire, sexualité, évasion, etc.) et la plume humoristique de Dompierre vient réellement balancer les sujets un peu plus lourds du roman. Vraiment, à lire! »
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Marion a lu Charlotte before Christ d’Alexandre Soublière : « Il y a un petit je-ne-sais-quoi dans le roman Charlotte before Christ qui nous touche, nous atteint, nous invite à tourner les pages toujours plus vite. Car oui, j’ai lu ce livre très rapidement, en une seule soirée je suis passée à travers sans me rendre compte du temps qui passe.

Il y a la langue, québécoise, familière, parfois grossière, qui transcende le roman. L’histoire nous est racontée par les mots d’un jeune homme, quelque peu désabusé par sa vie, par l’école, et c’est à travers ses yeux que nous voyons le monde. C’est cru, mais sans lourdeur, ça aborde des thèmes comme la drogue, le sexe, mais avec une certaine naïveté adolescente. Et surtout, c’est l’amour franc et puissant qui guide les personnages que nous retrouvons au centre du roman, et un certain espoir de comprendre, d’aimer, de survivre. »
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Marjorie a lu Marie-Tempête de Dominique Demers : « Marie-Tempête c’est un peu comme la grande sœur de tous les romans jeune adulte/ado québécois. C’est le roman qu’on a tous lu au secondaire et qui a marqué l’univers de plusieurs. Ce fut donc un plaisir de me replonger dans cette histoire qui ne vieillit pas, qui reste éternellement actuelle. Je ne me rappelais pas que l’histoire de Marie-Lune était aussi intense et bouleversante et je me suis prise à me demander comment j’avais réagi à ma lecture en tant qu’adolescente, mes souvenirs étant un peu flous.

C’est un récit qui est à la fois universel et propre à chacun et dans lequel tout le monde est susceptible d’y trouver son compte. C’est une histoire d’amour qui se dévoile et se développe sous plusieurs formes, c’est une histoire de deuil, deuil de l’enfance, deuil de premier amour.

Bref, Marie-Tempête a tout pour être le roman jeune adulte type, celui qui nous bouleverse plus qu’on ne tient à l’admettre. »

Apocalypse bébé de Virginie Despentes : filature, sexe et explosions

Je ne suis vraiment pas le public cible des romans policiers. J’ai plutôt ouvert Apocalypse bébé parce que c’était de Virginie Despentes, enfant terrible de la littérature française, et non pas pour l’appartenance générique du roman. Eh bien, j’ai été servie !

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Apocalypse bébé raconte l’histoire de deux détectives privées, Lucie et « L’Hyène », à la recherche de Valentine, adolescente parisienne en fugue. On se retrouve dans une dynamique « Sherlock/Watson », où La Hyène éblouit Lucie par ses qualités d’enquêtrice. Les deux femmes partent en mission à Barcelone pour mettre la main sur Valentine et la ramener à sa famille.

Bien qu’écrit il y a presque 6 ans, le roman de Despentes est patent d’actualité : il s’y produit un attentat terroriste en plein cœur de Paris qui fait des centaines de victimes. C’est un attentat « juste parce que », semble dire Valentine, juste parce que la société fait chier. Dans Apocalypse bébé, on fait sauter le patriarcat blanc et raciste, l’institution élitiste et bourgeoise, la religion comme la surconsommation. C’est une colère violente qui anime la jeunesse française et qui la pousse jusque dans ses derniers retranchements.

Le rythme soutenu des événements fait du roman de Despentes un véritable page turner. Le style argotique franchouillard ne fait pas dans la dentelle des longues descriptions de paysages et d’états d’âme. Les dialogues sont riches et cyniques, ils font rire autant qu’ils font grincer des dents.

Au final, le roman de Virginie Despentes fait table rase : on fait exploser Paris et on ne donne aucun élément de réponse. Juste parce que. C’est un roman sur la perte de repères au 21e siècle. C’est aussi un roman d’apprentissage qui tourne mal et qui donne à réfléchir longuement sur les événements les plus récents de l’actualité internationale.

Rencontre avec Marcel Barbeau

Dans la même lignée que mon précédent article, Ma vie par Isadora Duncan, voici le récit de ma «rencontre» avec l’artiste peintre Marcel Barbeau.

Dans le passé, le nom Marcel Barbeau est certainement venu à mes oreilles plus d’une fois, sans que je ne lui porte une réelle attention, trop souvent noyé avec ceux d’autres automatistes tels que Paul-Émile Borduas, Jean-Paul Riopelle, Pierre Gauvreau ou Claude Gauvreau.

Marcel Barbeau fût l’un des quinze signataires du manifeste le Refus global en 1948.

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Il y a près de deux mois, j’ai participé à un séminaire de peinture, offert ici à Percé, dirigé par le peintre Jimmy Perron, originaire de l’Isle-aux-Coudres dans Charlevoix (Baie-Saint-Paul). Un certain matin, Jimmy nous invite à choisir une image/photo à partir de laquelle nous esquisserons quelques croquis, pour ensuite entamer un tableau issu des impressions laissées par ces croquis. Après avoir vogué quelques minutes dans ma banque d’images, je me suis arrêté sur une photographie en noir et blanc où apparaissent plusieurs automatistes. La photo a été prise lors de la seconde exposition du groupe, en 1947, au 75, rue Sherbrooke Ouest, chez la maman des Gauvreau. J’y reconnaissais Pierre, Claude et Paul-Émile Borduas. Seuls une femme et un autre homme me restaient plutôt mystérieux. Au lieu de demander l’aide de Google, sans me donner la peine de chercher autres part, je préfère laisser, parfois, les informations venir à moi. Je ne suis pas pressée de toute façon ! La femme (Madeleine Arbour) était probablement l’amoureuse de Pierre, à la façon dont ils se tenaient la main. L’homme, avec son air timide et son allure ténébreuse et chic et ses énormes lunettes se tenait légèrement à l’écart, comme s’il s’apprêtait à quitter la scène. J’ai choisi d’abord la photo pour sa composition parfaite, pour finalement concentrer toute mon attention sur l’homme énigmatique. C’était Marcel Barbeau, mais je ne le savais pas encore à ce moment-là.

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Quelques semaines plus-tard, je passais à la librairie pour cueillir sur une tablette le très médiatisé «La femme qui fuit» écrit par Anaïs Barbeau-Lavalette (auteure (Je voudrais qu’on m’efface, Embrasser Yassar Arafat : chroniques palestiniennes), réalisatrice, productrice et actrice (Inch’Allah, Le Ring, Prends-moi, Ina Litovski, Sept heures trois fois par année). Ce roman, ou cette biographie, ce témoignage ou cette lettre adressée à Suzanne Meloche, la grand-maman maternelle de l’auteure, s’est ouvert devant moi et très profondément en moi. C’est comme si l’on me permettait d’observer, à travers le trou d’une serrure, ces hommes et femmes qui ont transformé à grand prix notre Québec, en 1948. Encore plus, je me sentais voler à travers ces corps vivants, tellement habités, ces esprits bouillonnants, ces flèches tranchantes. Jamais dans ma vie, je ne m’étais sentie aussi près d’eux. Et c’est là que j’ai vu, pour la première fois, Marcel Barbeau dans les yeux de Suzanne Meloche, raconté par leur petite fille Anaïs Barbeau-Lavalette.

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Le 2 janvier 2016, l’actualité nous annonçait le décès de Marcel Barbeau, survenu à l’âge de 90 ans. Je ne m’étais pas questionnée pour savoir s’il vivait toujours ou non. Mais tout de même, apprendre sa mort m’a touchée. J’avais un peu cette impression de perdre un ami que je venais tout juste de rencontrer et que je voulais apprendre à mieux connaître. Je sais qu’il continuera d’exister encore très longtemps avec toutes ces œuvres qu’il a créées au cours de sa vie, toujours avec cette même vitalité et cette urgence de communiquer par l’art.

Sont apparus sur les réseaux sociaux, attachés à la nouvelle, des liens nous menant vers deux documentaires réalisés par la fille aînée de l’artiste, Manon Barbeau. Le premier, «Les enfants du Refus global» 1998, était déjà parvenu jusqu’à mes oreilles, sans que je n’aie la chance de le voir. C’est un petit bijou. C’est aussi nécessaire je crois. Je suis contente de l’avoir visionné. Comme le prétend le titre, nous retrouvons certains enfants des signataires du manifeste, ainsi que quelques signataires encore vivants à l’époque. Tous semblent dépassés par quelque chose de plus grand qu’eux. C’est à la fois magnifique et si lourd à porter. Le second documentaire, «Barbeau libre comme l’art», nous présente l’homme dans toute sa singularité et sa complexité. Il est à la fois dérangeant et attachant. Réalisé près de 20 ans avant sa mort, nous découvrons un artiste complet et encore très ambitieux.

Voilà ! Je pressens que mon histoire avec l’artiste n’est pas terminée, elle s’entame plutôt. À travers tout cela, c’est un peu mon histoire que je découvre. Et je questionne ma position d’artiste, dans le Québec d’aujourd’hui, ce besoin d’être libre jusqu’au bout.

À lire «La femme qui fuit».

Découvrez l’article de Martine ici: https://chezlefilrouge.co/?s=la+femme+qui+fuit+&submit=Chercher

À voir «Les enfants du Refus global»:https://www.onf.ca/film/enfants_de_refus_global

«Barbeau libre comme l’art»:https://www.onf.ca/film/barbeau_libre_comme_art

Lien de la photo : http://www.aci-iac.ca/paul-emile-borduas/importance-et-questions-essentielles

L’univers d’enfants à travers le regard d’adulte

testJe n’ai pas de genre littéraire favoris, pour ainsi dire, mais j’affectionne particulièrement certains types d’écriture, certains types de narration. L’un des genres qui vient particulièrement me chercher est celui où l’auteur fait parler un enfant, où ce sont les réflexions, les états d’âmes et les actions d’un enfant qui sont mis en mots. Je trouve que ça prend un talent et une plume bien particulière pour être capable d’aussi bien rendre tout ce qui peut bien se tramer dans la tête d’un jeune.

C’est avec Émil Ajar et Momo ( La vie devant soi, Romain Gary) qu’a commencé mon amour pour ce type de récit, oeuvre qui, dans son genre, est encore bien difficile à égaler à ce jour. Il va donc sans dire que, en recevant une copie épreuve de Le monde par-dessus la tête de Caroline Paquette, j’avais quelques attentes.

Le quatrième de couverture se lit ainsi

Organisées en triptyques, trois novellas se répondent pour illustrer et décrypter ce qui fait l’essence d’un univers d’enfants.

Une chasse-galerie inversée, vue depuis un party de Noël, une enfant immobilisée dans la foret de son silence, une petite fille malhabile comme un cygne parmi les canards, trois histoires d’enfance, mais racontées par les adultes qu’ils sont devenus.

L’auteure a voulu rendre à l’enfant qu’elle a été la capacité de dire ce qu’elle a vu.

Et rappelle aux adultes ce qu’ils ont, pour la plupart, oublié ; la force d’impression que la réalité peut avoir sur nous quand on est tout petit.

Il faut dire que le mélange entre récit d’enfance et plume d’adulte est plutôt intéressant. Dans les trois récits proposés par l’auteure, il est question de voix d’enfants, racontées par les adultes qu’ils sont devenus, sans pour autant avoir accès aux réflexions d’adultes, mais sans non plus tomber dans le langage et le regard d’enfant comme l’on fait plusieurs autres.

C’est vraiment cette forme qui m’a surprise, plus que les récits eux-mêmes. Revivre des parcelles de l’enfance à travers un discours d’adulte est  intéressant de par sa forme et son approche. L’auteure a bien su rendre la façon dont on se rappelle être enfant, tout en mettant l’emphase sur le grandiose et  sur tout ce qui fait que les enfants perçoivent le monde de manière aussi particulière.

Les trois novellas proposent une facette de l’enfance différente et, comme il est mentionné sur le quatrième de couverture, illustre et décrypte ce qui fait l’essence d’un univers d’enfant.

Le fil rouge tient à remercier les éditions XYZ pour cette copie de presse .

Edgar Allan Poe ou les lectures inoubliables

Il y a de ces auteurs qui nous marquent à différentes étapes de notre vie. Enfant, je me suis éprise de la lecture grâce aux J’aime lire, à la Courte Échelle, au Club des Baby-Sitters et aux Frissons. Préado, je me suis tournée vers Anique Poitras, Judy Blume et bien d’autres.

Puis, ado intense et très créative, j’ai découvert l’univers sombre de Poe qui convenait bien à la gamine contrariée que j’étais devenue. Le monde tel que je le connaissais changeait à vive allure, la vulnérabilité et la poésie des Nouvelles histoires extraordinaires m’allaient bien. J’ai dévoré ces nouvelles, un été durant, soir après soir avant de m’endormir et développé une fascination pour le personnage qu’il aspirait à être. Poe et moi, on se comprenait. Il maîtrisait l’art de mélanger le beau au moche, l’ingratitude de mon adolescence l’en remerciait.

À ma lecture, je le soupçonnais tourmenté et le cerveau toujours en ébullition, des questions plein la tête, tout le temps. Cet été-là, Poe me donnait la permission de vivre ma tristesse, mes réflexions et mes raisonnements pas très sensés. Ma solitude se trouvait vaincue, l’instant de quelques pages.

Je me souviens encore de cet été brûlant : les soirs de ciel rose et orangé, l’odeur de la pelouse fraîchement tondue et moi, qui ne pensais qu’à retourner m’enfermer dans ma chambre pour lire Poe. Parce qu’il me donnait le droit d’effleurer ma tourmente sans faire trop de dégât et me permettait de passer sous silence les méandres de l’adolescence.

Aujourd’hui, c’est une admiration sans bornes que j’éprouve pour son talent d’auteur et sa façon de disposer des mots et de composer avec le bon et le mauvais.

Indéniablement, les livres imprègnent chaque cycle important de notre vie, tant par les écrits que par les sensations qu’ils nous transmettent. Avec un peu de chance, les lectures sur lesquelles on tombe par hasard au cours de notre vie ont la possibilité de marquer d’une trace indélébile notre parcours et pourquoi pas, de le transformer.

Photo: Marjorie Belisle

Photo: Marjorie Belisle

L’Ensorceleuse de Pointe-Lévy : quand le folklore d’ici rencontre la fantasy

Ceux et celles qui me connaissent bien (ou qui ont appris à me connaître à travers mes articles!) savent que j’adore les littératures de l’imaginaire, plus particulièrement le fantastique et la fantasy. Concernant cette dernière, j’aime lorsqu’elle se déroule dans un univers inventé de toutes pièces, bien sûr, mais j’aime encore plus lorsque l’auteur sait rattacher sa magie et ses créatures à une véritable époque de notre histoire.

Une fantasy se déroulant au Québec du XIXe siècle, vous y auriez pensé, vous?

C’est pourtant ce qu’a construit l’auteur Sébastien Chartrand dans son roman L’Ensorceleuse de Pointe-Lévy, premier tome prometteur d’une trilogie publiée chez Alire et intitulée Le crépuscule des arcanes. Cela faisait déjà un petit moment que ce roman m’intriguait et, depuis que j’avais mis la main dessus lors du (désormais) fameux événement littéraire du 12 août, je n’attendais que le bon moment pour pouvoir me plonger dans son univers.

J’ai dévoré les 434 pages du bouquin en quelques jours seulement, à travers le fignolage de mon mémoire de maîtrise, mes nombreux blitz d’écriture et mes journées de travail : c’est dire à quel point j’ai été charmée!

Tel que je le mentionnais, l’histoire se déroule au Bas-Canada, en 1849. Faustin Lamare, neveu du curé de Notre-Dame des Tempérances, connaît l’existence des arcanes théurgiques, une forme de magie : son oncle est l’un des derniers à savoir les utiliser, et lui-même en connaît quelques rudiments. Le soir du Mardi gras, le curé Lamare procède à une divination qui le laisse dans un état de faiblesse accablant. Énervé par ce qu’il a vu, il enjoint à Faustin et François Gauthier, son vicaire, d’aller lui chercher au plus vite Rose Latulipe, la fille du maire. Malheureusement, à leur arrivée chez le notable, ils constatent que la jeune femme a été enlevée par un étranger.

Le crépuscule des arcanes

Faustin amorce alors un périple incroyable, en compagnie de François, mais aussi de l’homme fort Baptiste Lachapelle et de Shaor’i, une Indienne arcaniste capable de se métamorphoser en harfang des neiges. À leurs côtés, Faustin découvrira l’existence d’une multitude de créatures qu’il croyait appartenir aux contes et légendes, affrontera des arcanistes pratiquant la goétie, une puissante magie noire, et verra se révéler de troublantes vérités concernant certains personnages très connus de son époque, de même que quelques surprises concernant sa propre identité…

En plus de la plume agréable et fort maîtrisée de l’auteur, j’ai particulièrement apprécié la manière dont ce dernier a su intégrer à son récit une foule de lieux connus (les Forges du Saint-Maurice, la Basse-Ville de Québec, etc.), d’éléments de notre folklore québécois (le diable, les loups-garous, la chasse-galerie, les lutins, etc.), de même que plusieurs personnages, fictifs ou historiques, mais qui ont marqué notre imaginaire collectif (La Corriveau, Rose Latulipe, Jos Violon, etc.) Cet ensemble permet donc d’obtenir un récit riche, bourré de références culturelles bien de chez nous, et particulièrement crédible malgré l’apport de la magie qui lui donne, finalement, toute son originalité.

Bien ficelé et rempli de personnages colorés, L’Ensorceleuse de Pointe-Lévy est un roman où humour, drame, révélations surprenantes et action s’entremêlent afin de plaire aux amateurs de littérature québécoise et de fantasy. Une petite découverte que je vous recommande chaudement : je devrais d’ailleurs me procurer le tome 2 très bientôt… (Le tome 3 reste encore à paraître.)

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Le crépuscule des arcanes tome 1 L’Ensorceleuse de Pointe-Lévy, Sébastien Chartrand

Éditions Alire

434 pages

ISBN : 9782896150915

Autour des livres : Rencontre avec Marika G, collaboratrice chez Le fil rouge

Connaissez-vous le questionnaire de Proust ? Il s’agit de questions posées par l’auteur Marcel Proust, principalement connu pour sa majestueuse oeuvre À la recherche du temps perdu. Celles-ci permettent de mieux comprendre ou connaitre quelqu’un. Dans ce questionnaire, on y trouve des questions telles que La fleur que j’aime ou Mes héroïnes préférées dans la fiction. L’animateur littéraire Bernard Pivot s’est inspiré de ce questionnaire pour créer le sien, qu’il faisait passer à ses invités à son émission Bouillons de culture. C’est ainsi que m’est venue l’idée de créer un questionnaire Le fil rouge où on pourrait en apprendre davantage sur une personne, et ce, au sujet de ses habitudes de lecture, de création, d’organisations et au niveau de ses préférences littéraires.

Cette semaine, on vous présente Marika, notre collaboratrice! 

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Crédit : Michaël Corbeil

1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?

Ma mère. Sous mon œil, la littérature vu le jour sous la forme de ma mère. Le livre, c’était elle. La bibliothèque, c’était un constituant de sa personne. J’étais fascinée par ce rite qu’elle mettait en pratique chaque soir. Le silence qui l’enfermait, la concentration qu’elle y mettait et cette belle solitude qui l’enveloppait. Je fus rapidement intriguée par ce rituel. Je voulais également y participer. Je ressentais l’envie d’avoir moi aussi ma bulle de silence et de solitude.

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?

Durant mon enfance, j’adorais lire à l’extérieur. J’avais cette drôle d’impression que dans la nature toutes les possibilités pouvaient s’enclencher. De cette manière, je n’étais pas restreinte à une pièce ou à un bâtiment, j’avais le monde comme terrain de jeu.

Aujourd’hui, la présence du crayon de plomb est de mise. J’adore annoter mes textes, et ce, peu importe si la lecture est scolaire ou personnelle. Je souligne beaucoup. Je prends des notes. J’y ajoute des astérisques ici et là. Finalement, je n’ai pas trop changé mon rituel: le livre est toujours mon terrain de jeu.

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

Je dois avouer que je n’ai pas vraiment de routine d’écriture. Lorsque l’idée passe, je tente de la saisir au vol. En fait, il m’arrive souvent d’être dans une position inattendue lorsqu’une envie d’écriture me prend. Le métro est un de mes endroits de prédilection. C’est beaucoup en observant le genre humain que ma créativité littéraire se met en action. Mon esprit est vide. Je remarque un détail. Hop! J’en fais une nouvelle. Je suis une écrivaine sur le vif.

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?

Les livres de Dany Laferrière m’ont définitivement donné ce désir de l’écriture. Lorsque j’ai découvert cet auteur, j’étais à l’école secondaire et mon besoin de m’exprimer se trouvait à son apogée. C’est donc dans ses grandes enjambées que j’ai tenté de suivre le pas. Je copiais son style. Je cherchais les aventures. Je voulais retrouver cette rencontre entre le masculin et le féminin.

 

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Crédit : Michaël Corbeil

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ?

Cette question est difficile. Selon l’époque de mon existence, plusieurs livres s’inscrivent dans cette catégorie. Après mûre réflexion, je dirais Les thanatonautes de Bernard Werber. Ma conception de la vie après la mort est constamment en changement, mais si j’avais à choisir, je choisirais sa théorie. La science-fiction n’a jamais été mon genre de prédilection en littérature, mais avec lui j’y ai cru.

Malgré ce qu’on pense de la crédibilité de ces propos, Bernard Werber présente ses théories de façon à ce qu’on y croit comme à une réalité. À travers ses personnages, j’ai vu et vécu l’acceptation de la différence, le non refoulement des fantasmes, le droit à l’abandon et la liberté de croire à l’invraisemblable. Grâce à son œuvre, je suis devenue une personne plus ouverte à l’étrange. J’ai nommé Les thanatonautes, mais il en va de plusieurs de ses romans dont Les fourmis, roman qui a particulièrement transformé mon approche au monde des insectes et à la vie sous toutes ses formes.

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait ?

Définitivement celui d’Harry Potter. Le monde des Moldus m’est toujours apparu comme banal. Je n’y ai jamais trouvé ma place. Je serai toujours à la recherche de magie.

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner ?

La poésie de Charles Baudelaire. Il fut le premier à m’initier à l’art de la poésie et chaque fois que je retourne à sa rencontre, je fais de nouvelles découvertes. Après toutes ces années, il est encore d’actualité et c’est dans sa relecture que son œuvre se dévoile à nouveau. Il est un peu comme un puits sans fond.

8. Quel est ton mot préféré de la langue française ?

J’aime les adverbes. Ils ont un pouvoir absolu sur le contexte. Langoureusement est l’un des mots qui m’interpelle le plus, autant dans son signifiant que dans son signifié. Lorsque nous le lisons, nous avons ce goût de langueur jusque dans la gorge. Je pense que ce mot est en vie.

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ?

La métaphysique des tubes d’Amélie Nothomb.

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre ?

La fille de l’air.

Scarlett O’Hara et moi

Lorsque j’ai atterri à Atlanta, j’ai tout de suite senti que je mettais les pieds dans une partie des États-Unis à part. Évidemment, on parle souvent des américains comme s’il faisait partie d’un seul bloc uni, mais les États-Unis sont un pays gigantesque, composé d’autant d’états que de cultures différentes. Cependant, le sud a un héritage particulièrement distinct des autres régions, en partie à cause de son antécédent colonial (France, Espagne..), son économie anciennement et tragiquement basée sur l’esclavage et son séparatisme pendant la guerre de Sécession. Le Sud, mélange de différentes cultures, est imprégné d’une histoire très forte, encore présente partout, comme si les habitants préféraient rester dans une douce nostalgie du passé au lieu de se tourner vers la modernité excessive comme à New York ou Los Angeles.

Mais surtout, le Sud se démarque par une place accrue donnée à la création artistique : musique, littérature, arts visuels… les arts sont partout, vivants et merveilleux. Des arts d’antan et traditionnels, mais qui continuent à être actualisés par les jeunes artistes. Dans un Saloon au bord du Mississippi, j’ai discuté de cette présence soutenue de la vie artistique avec le groupe de musique en prestation ce soir-là. Le guitariste m’a simplement répondu qu’ici, ils n’avaient pas vraiment le choix : ils choisissaient tous de s’abandonner dans la musique ou la littérature pour tromper leur ennui profond. Parce que oui, les états du Sud font partie des régions les plus pauvres des États-Unis et même que certains endroits et façons de vivre des habitants rappellent les pays en voie de développement (caravanes sur le bord de la route, maisons délabrées, manque d’eau courante..) Alors les journées sont très longues pour certains et au lieu de sombrer dans la violence, on écrit, on chante, on gratte une guitare.

Les auteurs connus sont nombreux dans cette région des États-Unis : Mark Twain, William Faulkner, Tennesse Williams, Anne Rice…

J’en ai lu beaucoup quand j’étais jeune. J’étais exaltée par cette ambiance moite, joyeuse mais lourde de cette littérature mettant en scène des personnages en quête de liberté et d’aventure avec un fort penchant vers le gothique et le fantastique.

J’ai retrouvé cette atmosphère dans toutes les villes que j’ai visitées. Sans cesse, on a l’impression de vivre dans un roman et on comprend rapidement l’inspiration de ces récits classiques.

Mais aujourd’hui, je voulais vous parler d’un livre particulier que j’ai lu des dizaines de fois, qui me passionne toujours autant et dont j’ai suivi les traces lors de mon voyage : Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell.

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La première fois que j’ai dévoré ce livre de 1500 pages, j’avais 14 ans. Je l’ai lu dans les parcs d’Outremont, pendant les vacances d’été. Je ne pouvais plus me détacher de son intrigue et je l’ai achevé en trois jours. Par la suite, c’est un des seuls romans que j’ai conservé et trainé dans mes nombreux déménagements et changements de ville. Ma dernière relecture date de l’année dernière, à 28 ans, et l’effet a été tout aussi fort. Chaque fois, je perçois d’autres détails ou je comprends mieux la psychologie des personnages et la profondeur des sentiments de l’héroïne Scarlett.

En 1861, la vie s’écoule au rythme des récoltes dans les états du Sud. On est à la veille de la guerre de Sécession et les habitants de Géorgie sont persuadés d’être dans leur droit en exploitant des esclaves et qu’ils gagneront la guerre, si jamais elle se déclenche. Scarlett O’hara est une jeune fille issue d’une famille traditionnelle de riches planteurs de coton et descendants des Irlandais. Sa vie ne se résume qu’à se laisser courtiser et à rêver aux prochaines robes qu’elle portera. La réalité de la guerre qui finit par se déclencher et qui sera terrible rattrape tragiquement tout le monde et tout au long du roman, on assiste à la désillusion de Scarlett dont le monde de princesse s’écroulera.

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Crédit : Alexandra Truchot

 On a rarement l’habitude de lire le point de vue des Sudistes sur ce conflit qui a déchiré les États-Unis pendant des années (et encore aujourd’hui, on en constate les restes) et c’est intéressant d’apprendre que cette époque n’est pas si évidente et clairement divisée entre méchants et gentils, comme les films hollywoodiens voudraient nous le faire croire. J’adore apprendre l’Histoire grâce aux romans. Bien sûr, il faut faire attention de bien comprendre la part fictionnelle et celle de la réalité, mais un point de vue romancier fait mieux réaliser la richesse du passé qu’un livre théorique; puisque l’Histoire est avant tout bâtie par les hommes et leurs émotions.

Margaret Mitchell, même si elle n’a pas vécu elle-même la guerre civile, s’est fortement inspirée des récits de sa famille aisée d’anciens confédérés pour construire la trame et cela participe sûrement à la richesse du livre. On est emporté dans cet univers particulier et on a l’impression de vivre les émois vifs et excessifs de Scarlett.

Cependant, le livre ne dépeint pas seulement un fond historique; il met aussi en scène une magnifique histoire de passion qui n’aboutira jamais entre Scarlett et le mauvais garçon le plus séduisant de la littérature : Rheth Butler! J’en ai encore des frissons.

Ce livre a permis à l’auteur de gagner le Prix Pulitzer en 1937 et fut traduit en 27 langues, avec plus de 30 millions de copies vendues. Et avec raison car c’est un roman empoignant.

Le pouvoir des mots

On a tous une arme indestructible en nous. Une arme si puissante qu’elle peut blesser même le plus puissant du haut de ses six pieds. Ce pouvoir est la parole, mais plus précisément les mots. On entend souvent que les mots blessent et cela ne pourrait pas être plus vrai. Par contre, ils ne font pas que détruire les gens, les mots servent aussi à les inspirer. Si on utilise les bons mots alors on peut faire beaucoup de bien. C’est la raison pour laquelle on aime tant lire certains livres, car ils nous transportent dans des univers inconnus et nous font rêver.

On lit divers mots par jour qui ont diverses fonctions ou classes de mots. Chaque domaine a son propre lexique. On ne les comprend pas toujours, mais c’est pour cela qu’on apprend à tous les jours. On élargit notre banque de lexique au fils des années. Ma maman m’a toujours dit que l’on a un vocabulaire plus riche si on prend le temps de lire. Par contre, cela ne veut pas dire que lire un statut sur Facebook constitue de la lecture. Lire doit être plus que ce qu’on lit sur Internet. On doit aller à la découverte des livres, d’encyclopédie et de revues savantes. Puis, on doit lire et relire le livre qu’on a dans les mains et ainsi saisir les milliers de mots qui défilent sous nos yeux. De cette manière, on ouvre nos horizons et notre imagination devient plus grande que soi.

Quand on a tout fait cela, on peut prendre notre crayon et écrire. Écrire tous les mots qui nous passent par la tête, toutes les figures de style qu’on veut utiliser et tout le savoir que l’on a accumulé. On a alors une opinion à partager, une critique à formuler et une histoire à raconter, mais le plus important c’est d’avoir laissé ses pensées sur le papier. Je mets l’emphase sur le mot papier, car on dirait que plus personne ne prend la peine d’utiliser un crayon et un papier. Tout doit être tapé sur un clavier. On devrait prendre du recul de tous nos gadgets et apprécier la bonne vielle méthode de papier et de crayon. Ce n’est peut-être pas votre façon préférée de rédiger des textes, mais essayez tout de même. Les mots ont une signification particulière s’ils sont écrits à la main, car ils viennent directement du cœur. Essayez une fois de temps en temps d’écrire une lettre à vos proches au lieu d’un texto rapide.

L’orangeraie, une histoire d’actualité

Une amie m’a conseillé de lire L’orangeraie de Larry Tremblay il y a quelques mois. Depuis cette discussion, je l’ai contemplé en librairie à maintes reprises, puis finalement acheté. J’ai apprécié cette lecture de la première page à la cent-soixantième par son écriture charmante et directe. Cet ouvrage m’a fait ressentir un amas d’émotions différentes allant de la joie à la nostalgie, à la tristesse, émotions parfois difficiles à camoufler, surtout lors de mes séances de lectures quotidiennes dans le métro.12511564_10208396544651607_266685780_n

L’orangeraie, c’est l’histoire de deux jeunes jumeaux, Aziz et Amed, vivant quelque part au Moyen-Orient sur l’Orangeraie familiale avec leurs parents. La vie semble paisible dans leur petit coin de paradis, jusqu’au moment où tout bascule, où la guerre supprime toutes traces de sérénité et tache le destin de rouge de cette famille. C’est la démonstration d’une union entre deux frères dont leur enfance s’efface pour laisser la place à un destin beaucoup plus noir que prévu, c’est l’histoire d’une enfance volée par les injustices de ce monde.

« Il régnait dans la maison une tristesse mouillée. L’air s’était alourdi malgré la brise qui venait des fenêtres ouvertes. La maison faisait du silence comme les orangers faisaient de la lumière. On aurait  dit que les murs, le plancher, les meubles savaient que le retour de Soulayed était pour demain. » (Page 95)

Bien que L’orangeraie traite d’un sujet lourd, l’écriture simple et recherché de Tremblay amène l’histoire avec légèreté. Les métaphores créées par l’auteur produisent une poésie subtile à l’intégralité du roman et celui-ci est sectionné ingénieusement en trois parties distinctes; AZIZ, AMED et SONY. De plus, il est écrit de façon à partager le point de vue des différents personnages du récit, cet effet produit une dynamique intéressante lors de la lecture.

Lorsque la dernière page du roman s’est tournée, un souffle s’est échappé de ma bouche. Je venais de terminer un livre qui m’avait complétement chamboulée sans même le vouloir, cette histoire m’a fait ouvrir les yeux sur une réalité du monde bien actuelle; les péripéties des personnages ne sont pas uniquement fictionnelles, ces malheurs, plusieurs humains en sont victimes chaque jour et demeurent encore malheureusement dans l’ignorance d’une majorité.

        « Elle se laissait bercer par la musique des insectes, levait la tête en cherchant la lune des yeux. Elle la regardait comme si c’était une vieille amie qu’elle venait rencontrer. Certaines nuits,  la lune lui faisait penser à une empreinte d’ongle dans la chair du ciel. Elle aimait ce moment où elle se tenait seule devant l’infini. » (Page 25)

Ce livre est l’un de mes coups de cœur littéraire de l’année 2015 sans aucun doute, pour la vérité derrière chaque ligne imprimée, pour une histoire merveilleuse malgré sa lourdeur et pour une écriture soignée de l’auteur. C’est un livre que je recommanderais à tous, comme on me l’a recommandé.

Pour finir, cet ouvrage littéraire se transporte jusqu’au théâtre, où Larry Tremblay adapte son roman à la scène théâtrale. En effet, du 23 Mars au 16 Avril 2016, L’orangeraie sera présentée au théâtre Denise-Pelletier en coproduction avec le théâtre Le Trident où cette même pièce sera présentée du 26 Avril au 21 Mai 2016.

http://www.denise-pelletier.qc.ca/spectacles/40/

http://www.letrident.com/index.php/alaffiche/lorangeraie