Derniers Articles

Autour des livres : Rencontre avec Caroline Scott, libraire et poète

Connaissez-vous le questionnaire de Proust ? Il s’agit de questions posées par l’auteur Marcel Proust, principalement connu pour sa majestueuse oeuvre À la recherche du temps perdu. Celles-ci permettent de mieux comprendre ou connaitre quelqu’un. Dans ce questionnaire, on y trouve des questions telles que La fleur que j’aime ou Mes héroïnes préférées dans la fiction. L’animateur littéraire Bernard Pivot s’est inspiré de ce questionnaire pour créer le sien, qu’il faisait passer à ses invités à son émission Bouillons de culture. C’est ainsi que m’est venue l’idée de créer un questionnaire Le fil rouge où on pourrait en apprendre davantage sur une personne, et ce, au sujet de ses habitudes de lecture, de création, d’organisation et au niveau de ses préférences littéraires.

Pour cette édition d’Autour des livres, on vous présente Caroline Scott, libraire qui boit beaucoup et café et qui adore la poésie. Elle vient de publier son premier recueil de poésie en mai dernier, Sang d’encre – le cabaret des ombres et elle n’en revient toujours pas encore. Rencontre avec une femme de lettre passionnée et passionnante.

unnamed-11. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?
Mon premier souvenir de la lecture est étroitement lié à ma mère. La bibliothèque Ahuntsic était tout près de notre appartement et nous y allions une fois par semaine. Tous les bibliothécaires nous connaissaient : nous remplissions nos sacs à dos du plus grand nombre de livres que l’on pouvait et on retournait à la maison pour lire des après-midis durant. Les seuls sons qui habitaient la maison étaient le bruissement des pages que l’on tourne, le ronronnement de notre chat qui alternait les genoux pour dormir et un bruit d’emballage de biscuits ou de croustilles. C’était merveilleux. Je ne me rappelle pas d’une vie sans livres.

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?
Je n’ai jamais eu de rituel de lecture particulier : les livres se consomment partout et en tout temps. Je traîne toujours au minimum un recueil de poésie dans mon sac et bien souvent, il y a un roman qui l’accompagne. Dans l’idéal, un livre se lit avec un café et dans l’idéal absolu, il y a quelqu’un qui lit avec moi en buvant aussi un café (ou un thé, pas de discrimination) : j’aime les séances de lecture avec mes jambes emmêlées à d’autres.

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?
Il n’y a pas de plus grande torture pour moi que de penser à un rituel d’écriture. J’adorerais en avoir un, j’essaie violemment d’en avoir un, mais je n’y arrive pas. J’écris parce que le besoin se fait impérieusement sentir, c’est un acte rarement prémédité. Quand je me force à écrire, je trouve mes propos insignifiants mais c’est peut-être simplement de la peur. L’écriture force à l’introspection et parce que c’est quelque fois douloureux, je rechigne à sortir mon crayon. L’écriture est le plus magnifique et pénible des exutoires pour moi et j’en suis encore à essayer de dompter la bête féroce qu’est l’inspiration. J’y arriverai un jour et alors, j’écrirai probablement davantage.

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?
J’ai toujours aimé écrire, mais c’est la poésie de Gaston Miron qui m’a vraiment fait l’effet d’une épiphanie. Quand on m’a fait découvrir l’homme rapaillé, je me suis mise à lire de la poésie, beaucoup, à en écrire, à en rêver. La poésie est mon refuge, ma torture et l’une de mes plus grandes joies.

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ?
Un miracle en équilibre de Lucia Etxebarria. J’avais 18 ans lors de la naissance de ma fille et son roman m’a réconciliée avec l’image d’une mère imparfaite, qui est une femme avec ses démons et son passé bien avant d’être une mère. C’est un roman écrit comme une lettre, j’ai eu l’impression d’écrire chaque phrase de cette histoire. Il m’a grandement aidé à déculpabiliser pour mon début de maternité extrêmement difficile, en commençant par accepter le fait que je ne serais jamais une mère ni une femme parfaite.

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel ?
Pour la magie, Harry Potter. Mais j’aurais adoré vivre au pays des merveilles, avec Alice. Un monde de chaos et sans logique, un monde qui s’assume dans le non-sens, ça me parle bien plus que notre société qui se ment à elle-même en prétendant parler de vérité.

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner ?
L’homme rapaillé, et Alice au pays des merveilles : ce sont mes bibles. Gaston m’aide lors des moments creux, dans mes élans de romantisme, dans mes quêtes, quelles qu’elles soient. Lorsque les mots manquent à ma gorge, il porte mon cœur bien haut dans ses vers. J’ai beaucoup lu la poésie de Fernand Durepos, Hélène Monette et Martine Audet : ce sont trois poètes que j’admire énormément et dont les mots font résonner tout ce que mon inconscient cache. Quand le quotidien me lasse et que j’ai besoin de perdre pied, je prends Alice dans mes bras et je me laisse tomber tête première dans le terrier du lapin blanc. J’ai aussi lu un nombre incommensurable de fois la série de Harry Potter et celle d’Anne, la petite héroïne de la maison aux pignons verts.

8. Quel est ton mot de la langue française préféré ?
Encore. Je suis une gourmande, une dépendante, une assoiffée. Encore peut incarner une faute répétée ou une envie inassouvie, peut promettre une joie de nouveau et aussi la répétition d’un cauchemar. Dans tous les cas, il est une promesse d’apprentissage.

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ?
J’aurais voulu écrire les deux romans de Sophie Bienvenu, Et au pire, on se mariera et Chercher Sam. J’aurais aussi voulu écrire L’homme rapaillé (mais je pense qu’on a compris le fait que j’idolâtre Miron). J’aurais aussi voulu écrire le recueil Il y a quelqu’un?, d’Hélène Monette. Bref, y en a trop.

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre ? J’ai publié un recueil qui s’appelle Sang d’encre – le cabaret des ombres. Je pense que c’est exactement ce qui me convient. Je me fais un sang d’encre pour les gens que j’aime (et j’aime beaucoup les humains), je suis protectrice et maternelle, mais j’aime aussi croire que j’ai le sang noir comme de l’encre, puisque l’écriture est vitale pour moi. Le cabaret des ombres parle de mon théâtre intérieur, très sombre et lumineux à la fois, où dansent mes ombres et mes éclats de lumière, dans cette valse incessante qui caractérise la vie.

Le Christ obèse de Larry Tremblay

lechristobese2

Afin de souligner leurs 10 ans d’existence, les Éditions Alto ont eu la généreuse idée d’offrir aux lecteurs une invitante sélection de 10 livres à 10$ chacun; Le Christ obèse, du célèbre dramaturge et écrivain québécois Larry Tremblay, en fait partie. La première couverture – représentant nul autre que le Christ crucifié sur des tranches de bacon – avait su attirer mon attention. Additionné à la réputation de l’auteur, il ne m’en fallait pas plus pour avoir envie de me plonger dans les pages de ce court roman.

Le Christ obèse nous absorbe au coeur du monologue intérieur d’Edgar, un être solitaire, asocial et perturbé. Un soir, dans un cimetière, alors qu’il rend visite à sa défunte mère, Edgar est témoin d’une violente agression envers une femme par des hommes qu’il associe aux 4 chevaliers de l’Apocalypse. Il décide d’enfermer la victime inconsciente dans le coffre de sa voiture, de la ramener à la maison et de devenir son sauveur.

La lecture de ce livre fait immanquablement penser à l’univers sombre d’Edgar – Ô coincidence ?- Allan Poe, ainsi qu’à la relation malsaine des populaires personnages de fiction Norma et Norman Bates. Malgré la mention des années 2000, l’histoire semble se dérouler en dehors du temps. On y retrouve des personnages laids, cruels. Edgar est un homme tourmenté, traumatisé par son enfance. Il a un rapport nocif avec sa mère, une infirmière qui fut bonne avec ses patients mais dure avec son fils, qu’elle voyait comme la cause de la perte tragique de son mari.

«Je grandissais, marchais, parlais, devenais tout pour elle mais, surtout, j’étais son châtiment permanent. Elle avait mis au monde un fils qu’elle avait désiré tuer, elle devait expier.»

Il décide alors de prendre soin de la victime -qui s’avère être un homme travesti en femme, qu’il nomme Jean en l’honneur de l’admiration de sa mère pour le pape- comme le ferait une bonne infirmière, comme une mère aimante.

«Les mois qui suivirent furent les plus heureux de ma vie. J’étais libéré de moi, me consacrant entièrement au bien-être de Jean. Il était mon enfant et, pendant de brefs instants, blotti dans ses bras, je devenais le sien

Une étrange relation fusionnelle se crée entre Edgar et Jean, les rendant prisonniers l’un de l’autre, créant une ligne floue entre les rôles de bourreau et de victime. Le récit explore les concepts du rapport des humains au bien et au mal, de la religion chrétienne –«Pourquoi la souffrance du Christ est-elle plus importante que la nôtre?»– et de la culpabilité. Le lecteur se retrouve dans un huis clos troublant, ambigu et violent.

Ce roman noir est court, mais dense. Les phrases sont très imagées et nous transposent en des lieux glauques et des situation intrigantes.

«J’habitais un quartier somnifère et suicidaire, et chaque dimanche ne faisait qu’amplifier la désolation de ce coin qui surplombait la ville avec mépris.»

La montée dramatique est efficace; les pages se tournent rapidement. On veut savoir jusqu’où Edgar ira dans son délire. De plus, le rythme des mots et leur musicalité m’ont littéralement transportée !

Ayant un penchant pour les histoires qui dépeingnent la laideur de l’âme humaine, j’ai aussitôt été charmée par Le Christ obèse. L’auteur a réussi a créer chez moi le désir immodéré de savoir comment allaient évoluer les personnages et à quel point culmineraient les événements tragiques. C’était mon premier roman de Larry Tremblay et voilà mon coeur de lectrice conquis.

Corps conducteurs, le nouveau roman de Sean Michaels

Sean Michaels a décidé, à sa manière, de nous raconter l’histoire du Docteur Lev Sergueïevitch Termen. Je dis à sa manière, car même si le roman a une grande part de vérité, l’auteur s’est amusé à rendre la vie de son personnage encore plus rocambolesque avec du kung-fu et un meurtre (ces deux situations ne sembleraient pas être véridiques). Mais ce qui semble être la raison première de l’écriture de ce roman est l’histoire d’amour entre Léon (Lev) et sa belle Clara.

Cependant, avant de commencer à raconter son histoire, il faut savoir qui est le Docteur Termen. Cet homme est un scientifique, originaire de la Russie. Il est né le 27 août 1896 et est décédé le 3 novembre 1993. Il est surtout reconnu pour être l’homme qui a inventé le premier instrument de musique électronique, le thérémine.

Si vous ne savez pas ce qu’est le thérémine, voici un extrait où nous découvrons le grand amour de Léon jouer une chanson qu’il semblait particulièrement apprécier (l’auteur nomme souvent ce titre dans le roman) :

Swan joué par Clara Rockmore

Lorsque j’ai commencé ma lecture, je ne savais pas à quoi m’attendre, mais personnellement je n’étais pas trop inquiète, je fais assez confiance à la maison d’Éditions Altò pour leur choix de romans qui fut pour moi toujours de belles découvertes. Suite à quelques recherches, j’ai pu découvrir que l’auteur a remporté pour ce livre le prix Scotiabank Giller. Les critiques sont donc excellentes ! Et je comprends le pourquoi. L’auteur a une écriture très imagée et nous transporte dans l’univers de Lev. Il nous emmène dans l’univers de ce scientifique fou d’amour pour sa (très) jeune Clara (ils ont 15 ans de différence). Leur histoire semble être une histoire impossible, à cause de la jeunesse de Clara.

DSCN1351Outre l’amour que Lev porte pour Clara, nous retrouvons son amour pour la musique. Mais il reste tout d’abord un scientifique. C’est alors qu’il crée le thérémine, cet instrument qui l’emmènera dans d’autres pays que la Russie. Il ira dans plusieurs pays d’Europe, mais passera 10 ans aux États-Unis et plus précisément dans la grande ville qu’est New York. Lors de ces 10 ans, il tentera de gagner le coeur de Clara. Mais, alors qu’on pourrait croire que ce n’est que l’histoire d’un jeune scientifique amoureux, on découvre qu’il est aussi espion pour son pays. Sauf que son amour pour ce nouveau pays d’accueil l’emmènera à sa perte. Il devra malheureusement retourner dans son pays et cela se fera en bateau. C’est comme cela que commencera le roman, nous retrouvons Lev, une machine à écrire au bout des doigts, écrivant son histoire à la seule femme qu’il ait vraiment aimée, Clara.

Lev nous apparaît comme un être égocentrique, amoureux, passionné. En fait, il est autant adorable que détestable. Il reste cependant le petit génie. Son intelligence réussira à le sortir de plusieurs situations, car même en prison on lui demandera de servir son pays et de créer des micros et autres objets servant à l’espionnage.

Pourquoi devons-nous lire ce livre ? Parce que c’est une belle histoire d’amour, parce que nous retrouvons aussi de l’action et un certain suspens. Parce que l’écriture de l’auteur vaut le détour pour ses images. Parce que l’histoire du scientifique Lev Sergueïevitch Termen est tout simplement intéressante !

Je tiens à remercier les Éditions Altò de m’avoir permis de lire ce magnifique livre.

La nuit de feu d’Eric-Emmanuel Schmitt – Un nouveau classique –

Il y a des livres qui changent notre vision de la vie. Il y a des livres qu’on ne peut juste pas oublier. Il y a des livres qui sont tout simplement magiques et le petit dernier d’Eric-Emmanuel Schmitt fait partie de cette liste pour moi. Ce livre à contenu religieux, philosophique et scientifique (oui, je sais ce n’est pas toujours les 3 catégories qui nous intéressent le plus) est si surprenant que même plusieurs heures, voire plusieurs jours après votre lecture, vous vous surprendrez à toujours y penser.

Pour ma part, je suis une grande fan de Schmitt depuis qu’un ami me l’a fait découvrir lors d’un voyage à Paris (merci Manu!) et depuis mon amour pour lui n’a fait qu’accroître au fil du temps, alors il va sans dire que j’étais un peu (beaucoup!) conquise d’avance. Vous aurez compris également que, malgré le fait que cette lecture me soit restée bien marquée dans l’esprit, c’est en moins d’une semaine que je l’ai dévorée; l’idée aussi de n’avoir que 183 pages! Un livre si court pour nous décrire un moment si exceptionnel dans une vie… Eric expliquera la signification de ce roman dans l’épilogue (beaucoup trop court aussi, selon moi), pourquoi il a pris tellement de temps avant de nous raconter cette fabuleuse nuit de feu et son voyage réalisé il y a près de 30 ans.

La nuit de feu ne ressemble à rien de ce que l’auteur nous a proposé à ce jour. Il s’agit d’un roman plus personnel, car il relate une expérience extrasensorielle et spirituelle vécue par l’auteur lui-même lors d’un voyage fait en 1989 à l’âge de 28 ans dans le désert du Hoggar, dans le sud de l’Algérie. La délicatesse et la justesse de l’auteur nous invitent tellement à voyager avec lui et à s’imaginer le lieu du récit qu’il m’a donné envie d’y séjourner avec un Touareg (peuple nomade du désert) tout comme lui, moi qui suit de nature plutôt douillette en voyage.

TamanrassetTassili1

Ce livre m’a rappelé un livre culte que j’avais adoré, l’Alchimiste de Paulo Coelho, un livre profondément marquant si vous l’avez déjà lu, sinon qui devrait déjà se retrouver sur votre liste de lecture. La nuit de feu possède selon moi la même aura magique que l’Alchimiste, en d’autres mots il nous amène à croire en quelque de chose de plus grand et plus fort que soi.

faee669c084d0d38c94cca73c55b56a7Rapidement, l’histoire du récit va comme suit; Eric-Emmanuel Schmitt, alors professeur de philosophie, part pour Tamanrasset avec un ami pour découvrir les lieux de tournage d’un film pour lequel il travaille comme scénariste sur Charles De Foucault (ex-militaire français qui a vécu avec les Touaregs), devenu croyant suite à son voyage. Il y fera la connaissance de différents personnages fascinants dont un plus marquant, son guide de « randonnée » et touareg Abayghur avec lequel il ne partage pas la langue, mais qui m’a particulièrement touchée par la beauté de leur relation. Alors qu’il monte au sommet du Mont Tahat avec une partie du groupe, il décide de redescendre par lui-même, croyant se souvenir du chemin et se retrouve ainsi complètement perdu dans le désert, sans eau, sans nourriture et surtout complètement seul avec lui-même et ses pensées. C’est lors de cette nuit, seul dans le désert et dans le froid glacial, qu’il vivra un voyage astral qui le fera complètement sortir de son corps et qui l’amènera à découvrir l’éternité et sa foi en Dieu et qui, selon lui, l’amènera à écrire aussi merveilleusement bien par la suite. Le passage de cette nuit de feu, comme il la nommera lui-même, est particulièrement troublant et touchant, et pour l’athée que je suis ça m’a définitivement fait réfléchir sur mes croyances.

Un très bon et magnifique roman qui vient bousculer juste assez nos idées sur la religion, notre rapport face à celle-ci, qui teste notre ouverture d’esprit et qui en même temps est une histoire incroyablement magique qui nous transporte complètement, qu’on y croit ou non. On se demande d’ailleurs pourquoi Schmitt a attendu aussi longtemps avant de nous la partager.

Voici quelques citations du livre qui m’ont particulièrement plu;

« Le véritable voyage consiste toujours en la confrontation d’un imaginaire à une réalité; il se situe entre ces deux mondes. Si le voyageur n’espère rien, il ne verra que ce que voient les yeux; en revanche, s’il a déjà modelé les lieux en songe, il verra davantage que ce qui se présente, il percevra même le passé et le futur au-delà de l’instant(…). »

« Fier, ivre de joie, ému, je venais de naître. Non pas naître au monde, mais naître à moi-même. »

« Abayghur s’applatit au point de disparaître. En abaissant son corps au sol, son âme toucherait-elle plus vite le ciel ? »

« Si dieu intervient, comment se fait-il qu’il ne nous sauve pas à chaque fois ? Pourquoi laisse-t-il certains mourir et d’autres vivre ?  » 

« Partir, ce n’est pas chercher, c’est tout quitter, proches, voisins, habitudes, désirs, opinions, soi-même. Partir n’a d’autre but que de se livrer à l’inconnu, à l’imprévu, à l’infinité des possibles, voire même à l’impossible.(…) Le véritable voyageur reste sans bagage et sans but. » 

Bonne lecture de ce nouveau classique, selon moi, et bon voyage dans le désert avec Schmitt ! 😉

Nirliit : Grand Nord, humanité et résilience

Capture d’écran 2016-01-01 à 13.37.24

Ce premier roman de Juliana Léveillé-Trudel, Nirliit, qui signifie oies, en inuktitut, se passe dans le Grand Nord,  à Salluit, un village du Nunavik. C’est par un drôle de hasard que je viens tout juste de lire Soeurs volées d’Emmanuelle Walter dont Gabrielle a parlé dernièrement lorsque je me suis décidé à lire Nirliit. Je dois dire qu’on ne peut simplement pas terminer cet essai en l’oubliant sur sa table de chevet, ça nous hante. Et nous hantera probablement toujours. En me plongeant dans Nirliit, j’avais la version fictive de l’enquête menée dans Soeurs volées, mais voilà que je savais très bien qu’il n’y avait rien de fictif dans les mots de Juliana Léveillé-Trudel. La narratrice, une blanche, vient passer ses étés à Salluit, non dans le but du travail ou de l’argent comme le font tant de blancs, mais parce qu’elle s’y sent bien et qu’elle aime la langue. Ainsi, elle y rencontre des êtres merveilleux, résilients et brisés.

Le récit tourne surtout autour de la mort d’Eva. La narratrice tente de s’adresser à cette femme qui a été balancée dans la rivière et qui a laissé derrière elle un vide immense. Dans la deuxième partie, on suit le fils d’Eva, Elijah. Chacune des pages écrites par Léveillé-Trudel tente de démystifier et de détruire les clichés et les préjugés dont les autochtones sont victimes. Elle fait preuve d’une extrême douceur et sensibilité en s’intéressant aux émotions, à la personne, tout simplement derrière la couleur de la peau. Cette façon de mettre de l’avant les tourments, oui, mais aussi les beautés qui régissent dans les personnages tels qu’Eva et Elijah m’a profondément touchée.

Tout n’est pas blanc ni noir et il fallait l’écrire, même si cela semble d’une évidence criante pour certains, il faut malheureusement encore le dire, encore nommer le fait que les autochtones ne sont pas une figure figée et immuable, ce sont chacun par leur singularité, des individus, voilà tout. Le tableau est loin d’être parfait : alcool, violence conjugale, viol, maltraitance, ils y sont tous. C’est toutefois un véritable hymne au Grand Nord qu’écrit Juliana Léveillé-Trudel avec Nirliit. Elle ouvre des fenêtres fermées depuis si longtemps dans nos mémoires collectives et fait réaliser tant de choses.

Avec Elijah, elle traite de l’arrivée des autochtones dans les grandes villes telles que Montréal et Vancouver et on réalise que cela n’est pas si simple, de quitter son territoire, son chez-soi et ce, malgré toutes les difficultés qui y règnent. Les traumatismes autochtones se transmettent telle une filiation de famille en famille, dans ce cas-ci de mère en fils, et c’est pas un changement de décor qui change la donne. C’est bien humblement que je pense que ce sont des livres comme ceux-là, Nirliit et Soeurs volées, qui vont changer l’image encore si négative qu’ont les blancs des autochtones. De mon côté, ça m’a ouvert les yeux. Ça ma fait prendre conscience de mon ignorance, m’a sensibilisée aux préjugés encore vivants et m’a donné envie, surtout, d’avoir un regard franc et pur vis-à-vis ce peuple qui m’est si près tout en étant si loin.

Dans le même genre, je vous conseille de lire Nord Alice de Marc Séguin.  Avez-vous des suggestions de bouquin qui se passe dans le Nord pour moi?

Emma Watson, le féminisme et la lecture

07-08-unwomen-emma-thompson

Photo: ONU Femmes

Our Shared Shelf, c’est le nom qu’a finalement choisi Emma Watson en créant son club de lecture féministe en ce début janvier. Âgée de 25 ans, l’ambassadrice de bonne volonté d’ONU Femmes souhaite interpeller activement une plus jeune génération en instaurant diverses initiatives du genre.

C’est sur la Twittosphère que l’ancienne interprète d’Hermione Granger a lancé l’idée et invité ses abonné-e-s à trouver le nom de son club de lecture. Après de multiples tweets, elle a arrêté son choix sur la proposition d’une admiratrice : Our Shared Shelf.

Pour premier titre, Emma Watson a opté pour le mémoire récemment paru de Gloria Steinem, leader du féminisme des années 60 et 70 aux États-Unis.

9780679456209

Photo: Penguin Random House

À la suite de chaque lecture, une discussion sur le bouquin sera lancée et on invitera les auteur-e-s ou des intervenant-e-s pertinent-e-s à échanger avec les lecteurs et lectrices. L’engouement est tel, que la page dédiée au club sur Goodreads comptait déjà plus de 30 000 abonné-e-s après seulement quelques heures !

Cette initiative risque fort bien de prendre de l’ampleur et permettra des discussions et des interactions axées à la fois sur la lecture et sur des pans importants de l’histoire du féminisme à travers le monde. Parions aussi que ce projet donnera le goût à d’autres de fonder leur propre club de lecture féministe !

Critique commune de « Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo » de Dany Laferrière

Capture d’écran 2016-01-01 à 13.39.19Cette dernière lecture du défi littéraire de 2015 m’enchantait beaucoup. J’adore Dany Laferrière. J’aime le lire et j’aime l’écouter, il est, pour moi, un de mes auteurs préférés québécois. Quoi que je n’ai pas tout lu (même si j’y compte bien) ses oeuvres, je savais qu’avec son nouveau bouquin Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo, je n’allais pas être déçue. Pour moi, Dany Laferrière, c’est une valeur sure. Il y a probablement des gens qui ne l’aiment pas, mais où sont-ils? J’en connais aucun.

Bref, Tout ce qu’on ne dira pas, Mongo, c’est un peu une lettre d’amour à Montréal, au Québec qu’offre Laferrière a un jeune africain qui vient de débarquer. Sur une multitude de sujets, Laferrière raconte comment il a véçu les différences culturelles, les manies québécoises et tous ces genres de petits détails qu’on ne remarque pas avant des mois au Québec. Alternant entre l’essai, le roman et même les notes personnelles, le jeune Mongo a littéralement droit a un cours en accéléré.

Ce livre m’a beaucoup plu, l’intelligence émotive et culturelle de Laferrière y est pour beaucoup. J’ai souri a plusieurs reprises en voyant la société québécoise d’autres façons et j’ai été touchée par cette vision de Montréal qu’offre Laferrière. Montréal, ma ville de toujours, j’aime la voir scintiller pour ce qu’est elle vraiment : ouverte, riche et accueillante.

La critique de Karina

Je n’avais jamais pris le temps de lire un Laferrière. Voilà que le défi me permettait d’enfin le découvrir. Alors que je m’attendais à lire un roman, «Tout ce qu’on ne te dira pas Mongo» ressemblait plus à un petit guide pour des nouveaux arrivants au Québec. Ce qui n’empêche tout de même pas aux québécois-e-s comme moi d’apprécier sa lecture. Je l’ai aimé parce que nous retrouvons un beau témoignage de la part de Laferrière. Nous voyons l’amour qu’il porte pour son pays d’accueil. Et puis, pour certains de ses paragraphes nous avons la chance de faire de l’autodérision (par exemple lorsqu’il parle de notre français, ou encore du fait que nous faisons la file d’attente pour monter dans l’autobus). J’ai aimé suivre son parcours migratoire.

Laferrière a une écriture intelligente. Ce n’est pas pour rien qu’il a gagné des prix à l’académie française ! Il semble être un homme attentionné et ouvert. Toujours prêt à aider son prochain. Malgré que «Tout ce qu’on ne te dira pas Mongo» semble plus être adressé aux immigrants, j’ai aussi appris des choses. Laferrière m’a rappelé l’histoire de notre pays le Québec; m’a fait comprendre que ce n’est pas toujours un choix de quitter son pays. Il nous apprend à être conciliant chacun de notre côté (autant nous qui accueillons le nouveau arrivant que celui-ci).

Ce petit livre est le cadeau idéal pour toute personne qui veut en apprendre plus sur une autre culture et sur la sienne. Parce que pour bien accueillir ce nouvel arrivant il faut bien connaître sa propre culture !

En 2016, je lis un livre québécois par mois : Nos propositions de lecture pour janvier

Pour ce premier mois de l’année, on vous propose de lire un roman Jeune adulte! Si vous êtes comme moi, vous ne vous aventurez probablement pas dans ces romans qui visent un public plus jeune. Toutefois, tout l’art du défi est là, découvrir de nouveaux genres de bouquins. Pour ceux qui ne connaissent pas vraiment la définition de Jeune adulte ou Young Adult en anglais, voici un petit texte publié sur le blogue des Éditions Nathan très intéressant.  Il y a évidemment une portée marketing à ce terme, mais il reste qu’il englobe tous les romans qui s’adressent a des jeunes adultes (mais ne me demandez pas quand on devient un adulte!)

Alors voici donc nos propositions de lecture Jeune Adulte en ce mois de janvier. À la fin du mois, un article contenant nos critiques sera publié.

Personnellement, je vous conseille Jeanne Moreau a le sourire a l’envers de Simon Boulerice.  Or, ce mois-ci, je vais lire Camille de Patrick Isabelle qui traite de disparition et de violence conjugale. J’ai déja hâte de vous en parler ! Pour ceux qui ont déjà lu Jeanne Moreau a le sourire à l’envers, Simon Boulerice a écrit Paysages aux néons où on retrouve le personnage de Léon.
1781903-gf1407143-gf

Et si vous avez plus envie d’un essai/petit guide féministe, les jumelles Stratis et leurs collaboratrices ont écrit un livre Guide pour une vie adulte (genre) épanouie, un incontournable à mettre dans les mains des jeunes filles!

cover-tpl

Alexandra et Kim liront quant à elle Coeur de Slush de Sarah-Maude Beauchesne.

r_2290

Quant à Karina et Marjorie, elles ont eu la même idée, relire Marie tempête de Dominique Demers. « Tout simplement parce que c’est une histoire d’un premier amour, parce qu’on revit les sentiments de l’adolescence. Dominique Demers est une très bonne référence dans les romans du genre «jeune adulte». Nous pouvons également retrouver «Maina» l’histoire d’une amérindienne qui m’avait beaucoup passionnée lorsque j’étais une adolescente (et même encore aujourd’hui j’adore cette histoire). »

Unknown

Karina propose aussi La série «La lumière blanche» d’Anne Poitras «  Parce que tout comme avec Dominique Demers nous retrouvons les sentiments passionnels d’un premier amour lorsque nos hormones sont dans le tapis. »

13040-gf
Et elle conseille aussi La chute de Sparte de Biz , « Je n’ai pas encore eu la chance de lire ce roman, mais je sais que le sujet principal de ce roman concerne l’intimidation. Biz a su charmé son public et plusieurs jeunes adultes avec ce roman. À ne pas oublier que Biz est l’un des membres du groupe québécois Loco Locas ! »
Unknown-1

Mais au final, Karina lira Paysage aux néons de Simon Boulerice, qu’on a adoré avec Javotte.

1748376-gf

Caroline lira Le supplice du cornichon d’Annie Dubreuil.

Unknown

Fanie lira Tommy l’enfant loup de Samuel Archibald et Julie Rocheleau.

Unknown-1

Marion lira Charlotte before Christ d‘Alexandre Soublière.
Unknown-3

Et finalement, Alexandra T. propose Le saint-patron des backpackers, un récit initiatique qui suit un jeune voyageur de 19 ans!
Unknown-2

Et vous, que lirez-vous? Avez-vous des suggestions pour nous ?

Sur les traces d’Agatha Christie, l’expo

Je me suis récemment replongée dans un roman d’Agatha Christie, non sans préjugés. L’image que j’avais de l’auteure et de ses écrits me plaisait plus ou moins ; Hercule Poirot, Miss Marple. J’avoue n’avoir eu en tête que les feuilletons télévisés des après-midi passés à la maison parce que malade ou en congé lorsque j’étais (plus) jeune. Ça, c’est jusqu’à ce que je visite l’exposition Sur les traces d’Agatha Christie du Musée Pointe-à-Callière il y a quelques semaines. J’ai finalement compris l’engouement pour cette auteure étonnante, avant-gardiste.

Cette femme, qui aurait célébré ses 125 ans cette année, surprend encore dans cette exposition dévoilant son tour du monde et ses multiples rencontres qui ont inspiré ses romans.

Agatha-Christie

photo: Pointe-à-Callière

L’œuvre d’Agatha Christie comprend plus d’une soixantaine de romans, 150 nouvelles et de nombreuses pièces de théâtre. Auteure prolifique, elle demeure la plus traduite à ce jour. La visite de cette rétrospective nous permet de connaître plus intimement les nombreux personnages construits par Christie parallèlement au vécu de l’auteure au moment de l’écriture de ses romans.

Pointe-à-Callière nous mène de la naissance d’Agatha Mary Clarissa Miller, petite dernière née d’une famille aisée de Torquay, en Angleterre à l’émergence de la grande Agatha Christie telle qu’on la connaît aujourd’hui. Tout au long de notre parcours, on comprend très vite que celle qui fut perçue par sa famille comme la plus lente du lot et la moins susceptible de réussir avait des intérêts autres que ceux de se complaire dans un rôle de mère et d’épouse et désirait repousser ses limites et parcourir le monde.

Elle voyagera à bord du célèbre train qu’elle aura su populariser, L’Orient-Express. Elle visitera la Syrie, l’Égypte, L’Irak et sera témoin de découvertes archéologiques importantes en plus de participer activement au financement, au classement et à la documentation de celles-ci. Elle s’inspirera de ses multiples périples pour écrire plusieurs de ses romans : Rendez-vous avec la mort, Rendez-vous à Bagdad, Meurtre en Mésopotamie et plus encore.

Le Musée Pointe-à-Callière, réussit à nous faire découvrir et apprécier Agatha Christie en plus de nous instruire et de nous faire voyager à travers les artéfacts découverts lors des voyages de l’écrivaine.

Pour une jeune Agatha dont le parcours semblait fixé d’avance, on admire la voie que cette femme et romancière fascinante a su tracer tout au long de sa vie.

Sur les traces d’Agatha Christie au Musée Pointe-à-Callière, jusqu’au 17 avril 2016.

Pour en apprendre davantage sur Agatha Christie.

IMG_1419 (1)

Suggestions de lectures pour renouer avec Madame Christie :

  • Cinq heures vingt-cinq
  • Le crime de l’Orient-Express
  • La romancière et l’archéologue

 

Ma vie par Isadora Duncan

«Le caractère d’un enfant est tracé dès le début, dès le sein de sa mère. Avant ma naissance, ma mère était dans une grande détresse morale, et dans une situation matérielle tragique. Elle ne pouvait prendre pour toute nourriture que des huîtres glacées et du champagne. Quand on me demande quand j’ai commencé à danser, je réponds : «Dans le sein de ma mère, sans doute par suite des huîtres et du champagne, la nourriture d’Aphrodite.»»

Ludwig van Beethoven entame pour moi sa Sonata Op. 31 No 2 : III Allegretto, sous les doigts du pianiste Javier Perianes. En fixant la mer étendue devant mes yeux, je sens la musique entrer chez moi et me transpercer en des mouvements purs et nouveaux. Je parviens presque à imaginer Isadora Duncan incarner cette musique avec ses gestes inspirés, entre autres, du mouvement des vagues.

«Je suis née au bord de la mer, et j’ai remarqué que tous les grands événements de ma vie se sont produits au bord de la mer. Ma première idée du mouvement de la danse m’est certainement venue du rythme des vagues. Je suis née sous le signe de Vénus – Vénus qui naquit aussi de la mer, et, quand son étoile monte dans le ciel, les événements me sont toujours propices.»

Tsé, la vie !

Qu’il y ait un destin tracé d’avance ou pas du tout, on suit tous un chemin. Il n’y a pratiquement rien de ma vie présente que j’avais prévu à l’avance. Une seule chose en fait, je sais à peu près ce que je veux être et ce que j’aimerais réaliser, alors je suis cette route-là, en fixant mon regard vers les éléments qui m’aideront à atteindre mes buts, certes flous, mais réellement présents et ancrés jusqu’à la moelle. Nécessairement, l’écriture de mon roman suit le même mouvement que moi, ce projet que j’affectionne, chaque jour un peu plus, depuis son début il y a bientôt un an et demi. Étant, en partie, un reflet de qui je suis, cet être en perpétuel changement, certains temps de manière plus marquée et d’autres fois plus subtilement, et regroupant les morceaux du puzzle de ce que je suis, en me laissant souvent guider par l’intuition et en faisant des liens consciemment ou inconsciemment, mon roman se resserre, il devient plus sensé, il absorbe les marques et mes cicatrices, mes idées et des rencontres, mes grandes et petites aspirations et ce souffle, un mélange de celui de la mer et du mien.

En m’ouvrant grand son âme, Percé m’a aussi ouvert ses nombreux bras. J’ai rencontré et je continue de faire la connaissance des gens merveilleux et tellement riches de leur singularité, qui deviennent les membres d’une grande famille, au sein de laquelle je me tisse une petite place. Chaque dimanche soir, je suis conviée à un souper chez ma voisine (la même que ma coloc de l’été passé) avec quelques membres de sa famille. Et j’aime ces soupers, pour plusieurs raisons et pour une en particulier, écouter les gens parler. J’aime me pendre aux lèvres de ces autres que je connais encore trop peu, pour les entendre se raconter : rêves, aspirations et histoires situées à des lieux de celles que j’ai l’habitude d’entendre dans ma famille immédiate. J’ai toujours eu cette fascination, cette belle curiosité d’écouter les gens me raconter leur vie. Je me passionne alors d’eux et deviens spectatrice, en imaginant du mieux que je peux les évènements dans mon esprit. Parmi ces gens que je côtoie, il y a cet homme qui vient de très loin, de loin dans le temps, dans l’histoire et d’un autre continent. Lorsqu’il me raconte des bribes de son enfance parisienne, puis par la suite en Hongrie, je me projette dans ses mots. Tout ça reste si loin de ma propre histoire. N’empêche que je suis toute ouïe et intéressée.

Un soir, je répète pour la énième fois que je ne laisse pas suffisamment de place à la danse dans ma vie et que la danse, c’est l’art qui me touche d’une façon la plus pure possible. Alors nous parlons danse, les valses hongroises, l’ère du disco, puis il me dit qu’enfant, sa mère a été l’une des élèves d’Isadora Duncan. Isadora Duncan ? Je n’avais jamais entendu ce nom avant ce soir-là. Je me précipite sur Wikipédia pour découvrir une description, bien que très brève, de cette grande femme, ça a tout de même suffit à susciter mon attention. Isadora Duncan, une féministe, d’une grande liberté d’esprit, s’inspirait du mouvement des vagues pour composer ses chorégraphies. Il m’est immédiatement apparu évident qu’elle allait alimenter, de quelque manière que ce soit, mon roman. Peu de temps après, j’ai fait venir par la poste un exemplaire de Ma vie, son autobiographie. Ouvrage d’une importante authenticité, qui raconte encore trop brièvement, cette richesse sans cadre de la vie amoureuse, maternelle, artistique, intellectuelle, spirituelle et philosophique de cette nomade. Isadora Duncan, c’est la création d’un personnage mythique d’une grande tragédie grecque.

220px-Isadora_Duncan_portrait
«Née à San Francisco en 1877, Isadora Duncan est une petite fille étonnamment douée pour le mouvement et le rythme. Elle s’oppose très vite à l’esthétique classique : chaussons, tutus, pointes et positions lui paraissent antinaturels. « Cette gymnastique raide et vulgaire […] n’avait fait que déranger mon rêve. » Pieds nus et drapée d’une tunique légère, elle remporte un immense succès à Paris, Budapest, Vienne, Munich et Berlin où elle ouvre en 1904 sa première école. Très inspirée par l’Antiquité, elle réalise en 1905 l’un de ses rêves les plus chers en dansant nue au clair de lune sur l’Acropole. La vie d’Isadora Duncan s’achève tragiquement : après avoir perdu ses deux enfants dans un accident de voiture, elle-même meurt à Nice au volant de sa Bugatti. Son écharpe, qui flottait derrière elle, se prit dans la roue arrière de son véhicule et l’étrangla. Isadora Duncan qui, de son propre aveu, ne cherchait rien d’autre que «danser sa vie», fut la première qui dansa uniquement sur des musiques non conçues pour le ballet, sans aucun support dramatique. Isadora Duncan devint ainsi l’une des plus grandes initiatrices de la danse moderne.»

Isadora Duncan était une femme immensément brillante, curieuse et sensible. Cette artiste complète était dotée d’une telle présence et d’une grande force intuitive qu’elle marqua le monde de l’art. Par elle, tout se magnifiait, l’amour, la beauté, l’art bien-sûr, mais aussi la mort et la tristesse et je ne dirais pas qu’il y avait exagération. Simplement qu’elle vivait pleinement, sans préambule et sans aucun compromis. Elle était Isadora Duncan et elle posait son regard sur le monde. Sa philosophie de l’art et de la vie était visionnaire et moderne et même si aux yeux de plusieurs, elle semblait puiser son inspiration chez les anciens, c’était pour en faire jaillir l’essence pour éviter de se perdre en matériel et en superficialité.

702831_660113984131573_1298577406_n

«Je compris que les richesses et le luxe ne font pas le bonheur. Il est certainement plus difficile aux gens riches d’accomplir quoi que ce soit de sérieux dans l’existence.»

« […] je restais debout pendant des heures, seule dans notre atelier glacé, attendant l’inspiration pour m’exprimer en mouvements. À la fin, je sentais un souffle s’élever en moi, et je suivais l’expression de mon âme.»

1931960_660113880798250_1827845361_n

En me plongeant dans les pensée d’Isadora Duncan, j’ai cette envie grandissante de lire nos grands philosophes pour découvrir des réponses sur ma vie qui s’ouvriront sur de nouvelles questions et ainsi de suite. J’ai aussi besoin de laisser entrer la musique classique dans tout mon être et de laisser danser mon corps dans l’espace, pour me détacher de tout ce qui est extérieur et aller au plus près de ce que je suis.

« […] une fois en Europe, j’eus trois grands maîtres, les trois grands précurseurs de la danse dans notre siècle : Beethoven, Nietzsche et Wagner. Beethoven créa la danse en rythmes puissants, Wagner en formes sculpturales, Nietzsche la créa en esprit. Nietzsche fut le premier philosophe de la danse.»

D’ailleurs, il me prend comme une envie folle d’aller écouter Beethoven en frôlant les vagues de mes bottines lacées.

« […] quel est l’homme vraiment sympathique qui n’a pas un grain de folie?»

Ma vie, Isadora Duncan publié chez FOLIO. – Je vous recommande chaudement 😉

Biographie d’Isadora Duncan puisée ici :www.faisceau.com
Photo d’Isadora Duncan puisée ici: wikipédia