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Mangamania

Depuis quelques semaines j’ai l’impression de retomber en enfance. Je me suis remise aux mangas. Lorsque j’avais neuf ou dix ans, mon frère et mon cousin m’ont introduite à l’univers de la bande dessinée japonaise avec les tomes de Dragon Ball. Certains pourraient dire qu’il ne s’agit pas d’une lecture pour enfant, mais bon. Je ne comprenais pas tout et je passais outre sur plusieurs aspects qui apparaissaient comme banaux pour une jeune fille d’à peine quatrième année du primaire. J’aimais l’humour des personnages. J’adorais Sangoku, être naïf et ô combien attachant. J’ai donc farfouillé à travers les quarante-deux tomes de Akira Toriyama. Ayant apprécié mon expérience, j’ai vagabondé de Yu Gi Oh à Naruto, sans jamais vraiment accrocher.

Il aura fallu que j’aie vingt-quatre ans et toutes mes dents pour replonger dans le monde des mangas. C’est sous la forme de Death Note qu’est apparu mon nouvel amour de la bande dessinée japonaise. Netflix avait été un préambule à ma découverte puisque j’y avais écouté quelques émissions de la série adaptée. Il aura suffi d’un clic pour retrouver les livres à la bibliothèque de l’université. Vous auriez dû voir la tête de la bibliothécaire lorsqu’elle s’est rendue compte qu’elle devait poinçonner le livre à l’envers. Moi, je jubilais, j’avais dix ans à nouveau.

12271580_10153299967343391_1374669503_oÀ la base c’est le concept global de Death Note qui m’avait attirée. Le «Death Note» est un livre dans lequel le détenteur peut écrire le nom des personnes qu’il désire voir mourir. La mort et moi, cela ne fait qu’un. En tant que sujet de littérature bien entendu (ce qui peut vous passer par la tête, parfois, les lecteurs!). Bref, j’étais prenante pour ce genre d’aventure. Mais alors là, mon amour pour l’humour japonais n’avait plus aucune raison d’être. Je vous le confirme, Death Notes n’a rien de rigolo.

En somme, c’est l’histoire de Light Yagami, un lycéen de dix-sept ans détenant une intelligence hors de l’ordinaire (c’est important de le spécifier vu la suite des événements). Ce jeune homme a une conception pessimiste de la société dans laquelle il vit qu’il qualifie de corrompue et d’injuste. Il aspire à devenir un policier afin de faire rayonner des valeurs de justice et d’équité. Son père est d’ailleurs un chef réputé de la police de sa ville.

Un jour, alors que Light s’ennuie en classe, son regard tombe sur un cahier se trouvant par terre dans la cour de son lycée. Le lycéen, intrigué, ramasse le cahier et lit le mode d’emploi qui se présente comme suit : « la personne dont le nom est écrit dans ce cahier meurt ». Au départ, Light est plutôt sceptique et décide de mettre le cahier à l’épreuve. Il s’avère que le mode d’emploi ne ment pas. Dès lors, Light décide d’utiliser le «Death Note» pour punir les criminels et promouvoir la justice dans la société. Il cherche donc à mettre en place un monde parfait duquel il sera Dieu et où le mal sera complètement éradiqué.

Or, Light ne connaît absolument rien aux Dieux jusqu’à ce qu’il rencontre Ryûk. Ryûk est un Shinigami (Dieu de la12268722_10153299968593391_817167196_o mort) et l’ancien propriétaire du «Death Note». C’est lui qui a volontairement échappé son cahier sur la planète terre afin de tuer l’ennui. Une relation de réciprocité se développe entre Light et Ryûk alors qu’en parallèle une véritable chasse aux criminels est lancée.

Le détenteur du «Death Note», qui se verra bien vite baptiser Kira par ses fans, peut tuer n’importe qui à condition qu’il connaisse le nom et le visage de la personne en question. Il peut également choisir la façon dont celui-ci meurt et à quel moment. Il s’agit d’un pouvoir énorme, mais qui, malheureusement, ne passe pas inaperçu. Bien vite, les nombreuses morts inexpliqués sèment le doute chez Interpol et plus particulièrement, chez le mystérieux détective L. Entre L et Light s’amorce alors un combat sans fin truffé d’échanges endiablés et de confrontations psychologiques de haut niveau.

Vous comprenez donc que ce n’est pas l’humour qui m’a charmée dans ce manga. En fait, il s’agit plutôt de l’intelligence des propos qui y sont avancés. Death Note aborde plusieurs thèmes fort intéressants tels que la justice, la peine de mort, le bien et le mal, et le sens de la vie. De fait, il traite de ces thématiques de façon pertinente et intelligente. Ces tomes ne s’adressent clairement pas aux enfants. Les personnages sont crus et surdoués, mais également méfiants, pessimistes et solitaires. Les images sont admirablement bien exécutées et orchestrées de façon justifiée avec le scénario du texte. En fait, c’est bien l’aspect visuel qui différencie Death Note des mangas lus précédemment puisqu’il ne met pas en lumière des scènes de combat, mais bien une quête humaine à travers plusieurs règles (celles régies par le «Death Note») et la moralité d’un garçon de dix-sept ans. Cela n’a rien à voir avec les kamehameha de Goku et les combat de carte Yu Gi Oh. Bref, c’est dans sa maturité et son intelligence que Death Note a su me faire succomber.

Je n’ai toujours pas terminé. J’en suis au sixième tome. Je ne décroche pas, malgré la fin de session qui approche. J’ai même acheté les cinq premiers tomes de la série Bleach. Il paraît qu’un amour de jeunesse ne meure jamais vraiment. Apparemment, les Japonais l’ont compris.

Crédit photos: Michaël Corbeil

Table rase, une pièce de théâtre féministe, crue et drôlement émouvante

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Crédit : Eva-Maude TC

Mercredi dernier, j’ai eu la chance d’assister à la première de Table rase, une création de Transthéâtre en co production avec Collectif Chiennes à l’Espace libre. Cette pièce de théâtre est féministe, drôle et profondément ancrée dans ma génération. On rit, on pleure, on réfléchit surtout, et on a envie d’être amie avec les filles de la pièce.

Table rase, c’est une histoire d’amitié tumultueuse, franche, belle, et ô combien éternelle.

Écrit par Catherine Chabot avec la collaboration de Brigitte Poupart et du collectif Chienne, le texte est cru, beau, poétique et va droit au coeur.

Les six actrices, toutes meilleures les unes que les autres, Vicky Bertrand, Marie-Anick Blais, Catherine Chabot, Rose-Anne Déry, Sarah Laurendeau et Marie-Noëlle Voisin, livrent des performances plus vraies que vraies. C’est à se demander parfois, improvisent-elles? Le naturel leur colle à la peau. J’étais subjuguée par l’authenticité qui sortait de leur bouche, elles déclaraient des mots qui résonnent en nous, en toutes ces filles d’aujourd’hui.

Les six amies depuis toujours se retrouvent dans un chalet pour vivre un souper de filles. La mise en scène de Brigitte Poupart est extrêmement bien pensée : les spectateurs entourent la table où les filles discutent. Ainsi, on se sent complices, un peu voyeurs aussi, mais entièrement dans leur monde. Si vous êtes déjà allés à un vrai souper de filles où cacophonie rencontre alcool, vous vous sentirez pareil.
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Alcool, pizza et gâteau, les filles parlent de ce qu’elles vivent, de leurs drames, de leurs amours, de leur sexualité et de leur corps. Effectivement, dès les premières minutes, elles se livrent, à leurs fantasmes, leurs désirs, leurs propres façons de vivre leur sexualité, leur sensualité. Elles sont crues, honnêtes et impudiques. J’ai ri fort à plusieurs reprises, comme ça fait du bien d’entendre des femmes parler de sexe, de cul, de baise, de leurs désirs et de cette évidence qu’est de simplement vouloir se faire du bien.

Elles se retrouvent dans un chalet pour souligner un changement (je vais tout de même garder mystérieux le punch!), elles font table rase de leur vie. Chacune à leur tour, elles racontent ce qu’elles décident de changer dès le lendemain. Comment elles envisagent l’avenir et ce même si celui-ci fait peur et terrifie. Les filles se préparent à dire adieu à une période de leur vie, elles oseront partir à neuf, se donner la chance d’être bien, d’être heureuses.

À force de parler, elles se déshabillent (littéralement!) et nous offrent des parcelles intimes, touchantes et fracassantes de leur existence ; anorexie, viol, avortement. Elles sont elles, tout simplement dans leur grande vérité qui apaise. Elles se cherchent, veulent aimer, être heureuse, juste être bien, elles se questionnent, encore, parfois trop, elles s’aiment mal, mais toujours elles s’appuient. Malgré tout, elles s’insultent, se crient dessus, se disent les vraies affaires sans gant blanc, mais elles sont surtout ensemble. Cet ensemble qui sauve tout, qui remonte tout, qui guérit presque tout.

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Table rase est présenté du 18 novembre au 5 décembre à l’Espace libre. 

Des papillons pis de la gravité, tout en humour et en légèreté

Sans titreJe vais commencer par une confession; je n’ai jamais lu la série Au-delà de l’univers de Alexandra Larochelle. En fait, la confession est plus que je n’ai jamais voulu la lire parce que j’étais une enfant jalouse. Jalouse de quelqu’un que je ne connais ni d’Adam, ni d’Ève, simplement parce que tout le monde parlait de sa série de livres qu’elle avait écrite à un si jeune âge et que j’aurais dont voulu être à sa place. Une fois la crise de jalousie juvénile terminé, j’ai sporadiquement continué à me  demander si elle avait écrit autre chose et c’est comme ça que je suis tombée sur son blogue, par presque hasard, il y a un an ou deux. J’y ai découvert une jeune femme avec une plume humoristique, accrocheuse et de son temps.

C’est donc un peu pour toutes ces raisons que j’avais plutôt hâte d’avoir Des papillons pis de la gravité  entre les mains.

Premièrement, il faut savoir que c’est un roman clairement axé vers un public adolescent, ce que j’essaie de plus en plus d’éviter, faute d’en avoir trop lu durant des années. Le problème que j’ai avec les romans d’ados, ce n’est pas tant qu’ils tournent souvent autour des mêmes sujets, mais plutôt que ces mêmes sujets sont abordés de la même façon, un peu clichée, pas trop recherchée. J’ai donc été agréablement surprise de ne pas me retrouver dans ce même engrenage en lisant Des papillons pis de la gravité.

J’ai vraiment apprécié l’écriture de Larochelle, du début à la fin. Son style est actuel mais n’embarque jamais trop dans le  » yolo-joual-message texte« . Tout est équilibré par  beaucoup de vrai, de vulnérabilité et d’humour.

Y en aura pas de facile. J’ai appris ça en même temps que le fait que je m’appelle Frédégonde Hautcœur, pis je t’avertis, ma vie amoureuse est autant de la marde que mon nom. T’as peut-être envie de te faire raconter une histoire pleine de ralentis cinématographiques et de frenchs sous les feux d’artifice, mais c’est pas du tout ce que j’ai à offrir. N’empêche, si t’es game de déboucher une bouteille de vino ou trois et de m’écouter chialer pour les prochaines heures, ça se peut qu’on s’entende ben. Fait que amène-toi, ma chum, parce que, à défaut de savoir c’est quoi de l’eau de rose, j’ai un roman à l’eau de cactus pour toi.

Justement, l’humour dans la plume de Larochelle est ce qui, pour moi, fait toute la différence. Je me suis surprise moi-même à y retrouver un humour aussi drôle, aussi vrai et aussi bien construit. Tout se joue dans les métaphores, dans les jeux de mots, dans les dialogues tout en restant simples, accessibles et d’actualité.

On se retrouve face à une protagoniste aux ressentis et aux émotions très vrais, à fleur de peau, et dans lesquels on se reconnaît, plongés dans des histoires presque rocambolesques de par la façon dont elles sont racontées. C’est une formule qui fonctionne très bien.

Bref, Des papillons pis de la gravité a le potentiel de plaire à un plus grand public que je ne l’aurais imaginé. J’ai été charmée par la plume d’Alexandra Larochelle, j’ai passé un bon moment à suivre les aventures de Frédégonde et j’ai bien l’impression que ce n’est pas la dernière fois qu’on entend parler de ce personnage et de Larochelle, compte tenu de la fin assez ouverte du roman qui, j’ose espérer, laisse place à une future suite.

Pourquoi Rogue est devenu mon personnage favori

J’ai toujours aimé les méchants. Du plus loin que je me souvienne, Barbe Bleue a été mon premier amour du côté obscur. C’est probablement troublant qu’une jeune fille de six ans soit intriguée à ce point par un protagoniste tueur de femmes, mais je ne pouvais m’empêcher de vouloir le comprendre. Je relisais donc sans cesse cette histoire, qui pourtant, me troublait au plus haut point. C’est que l’inquiétant pique la curiosité et que le manteau de mystère qu’il revête fièrement me charmait tout en animant violemment mon imagination.

En vieillissant, je n’ai pas trop changé. Aujourd’hui, j’apprécie toujours les méchants, peut-être même davantage puisque je suis en mesure de mieux les saisir.

J’ai eu pitié de Darth Vader et de Drago Malefoy qui se sont avérés des victimes. J’ai adoré détester Dolores Ombrage, Bellatrix Lestrange et le comte Olaf. Parce qu’ils sont pleins de vie, mais pleins de mort à la fois. Fragmentés par milliers, bouillonnant de rage et de haine, ce sont des êtres divisés qui représentent bien la rupture qui subsiste en chacun de nous. La limite entre le bien et le mal est très mince et il nous arrive de ne pas être en mesure de ne pas la dépasser. J’aime que les méchants soient humains.

C’est pourquoi Rogue est devenu mon personnage favori.

Je n’ai jamais trouvé le professeur de potions banal. Dès sa première apparition (souvenez-vous, il était assis à la table des professeurs de la Grande Salle et il discutait avec professeur Quirrel), sa description m’a immédiatement charmée:

[…] «un homme aux cheveux noirs et gras, le nez crochu, le teint cireux.» (Harry Potter à l’école des sorciers, p.100)

«Ses yeux étaient aussi noirs que ceux de Hagrid mais ils n’avaient pas la même chaleur. Ils étaient vides et froids comme l’entrée d’un tunnel.» (Harry Potter à l’école des sorciers, p.108)

Cette idée de noirceur me fascinait. Sous mon oeil, il  apparaissait comme l’être énigmatique qui me plaît tant. En plus, c’était le maître des potions doublé du directeur de la maison Serpentard (tsé!). En même temps, il n’aimait pas Harry Potter. Puis bon, j’avais onze ans, le héros, c’était Potter. Je ne voulais pas non plus me faire lancer des roches dans la cour d’école en avouant mon amour pour Rogue. Donc, j’ai fait comme toutes les petites filles puis j’ai aimé Harry Potter. Or, au plus profond de moi, je n’oubliais pas l’entrée en scène plus que fulgurante du maître des potions:

«Ici, on ne s’amuse pas à agiter des baguettes magiques, je m’attends donc à ce que vous ne compreniez pas grand-chose à la beauté d’un chaudron qui bouillonne doucement en laissant échapper des volutes scintillantes, ni à la délicatesse d’un liquide qui s’insinue dans les veines d’un homme pour ensorceler peu à peu son esprit et lui emprisonner les sens… Je pourrais vous apprendre à mettre la gloire en bouteille, à distiller la grandeur, et même à enfermer la mort dans un flacon si vous étiez autre chose qu’une de ces bandes de cornichons à qui je dispense habituellement mes cours.» (Harry Potter à l’école des sorciers, p.108)

Plus belle entrée en matière, vous ne pouvez pas. J’ai donc attendu. Par moments, je ne pouvais pas croire qu’il était simplement exécrable. Après tout, Dumbledore avait mon entière confiance et il croyait en Severus Rogue. Or, il se voulait à la fois détestable. Cette instabilité qui l’habitait nourrissait l’ambivalence de mon sentiment pour lui, et ce, jusqu’au tome trois. C’est dans la cabane hurlante accompagnée de Black, Lupin, Pettigrow, Harry, Hermione et Ron que j’ai enfin compris que Rogue était une victime:

«Le professeur Rogue était un de nos condisciples de Poudlard, reprit-il [Lupin]. Il s’est battu avec acharnement pour que le poste de professeur de Défense contre les forces du Mal ne me soit pas confié. Tout au long de l’année, il a répété à Dumbledore qu’on ne pouvait pas me faire confiance. Il a ses raisons… Un jour, Sirius lui a fait une farce qui a failli le tuer, et à laquelle j’ai participé malgré moi…» (Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, p.380)

Rogue avait donc été une victime. Derrière son excès de confiance et ses traits imperturbables se cachait un être humilié. Je ne pouvais pas en vouloir à Sirius. C’était le parrain cool duquel j’avais toujours rêvé. Cependant, dans mon for intérieur, je prenais Rogue en pitié. J’ai toujours détesté l’intimidation. J’ai tourné mon déplaisir vers James Potter. Je n’aimais pas sa popularité. Au fond, je pensais comme Rogue.

Ma sympathie pour lui a pris encore plus d’ampleur alors que nous accédions à ses souvenirs grâce à la Pensine:

«Un deuxième éclair de lumière plus tard, Rogue se retrouva suspendu dans le vide, les pieds en l’air. Le bas de sa robe était tombé sur sa tête, révélant deux jambes maigres et un caleçon grisâtre.

Des acclamation s’élevèrent de la petite foule des élèves. Sirius, James et Queudver rugissaient de rire.» (Harry Potter et l’ordre du phénix, p.726)

La haine, elle se développe. Elle est souvent nourrie par tout le mal qui nous est fait et nous cumulons celui-ci jusqu’à l’éclatement. J’ai appris sur le tard, grâce à WikiHarry, que Rogue avait eu une enfance malheureuse. Du moins, jusqu’à ce qu’il rencontre Lily Evans, mais nous y reviendrons plus tard. Le père de Severus était un homme violent et le jeune garçon a été victime de négligence parentale, ce qui pourrait expliquer son tempérament froid et solitaire. À la lumière de cette information, mon amour pour lui se justifiait d’autant plus.

Or, Rogue avait été Mangemort dans le passé. Tout méchant a ses faiblesses. Vader avait été la victime de Lord Sidious. Rogue était celle de Lord Voldemort. Je continue de compatir, mais mon amour a des limites.

Rogue s’est mis à fraterniser dangereusement avec l’ennemi au tout début du sixième tome, Harry Potter et le prince de sang-mêlé. Comment se faisait-il qu’il entretenait une relation avec Bellatrix Lestrange et Narcissa Malefoy? Sous mes yeux, Rogue devenait celui que j’avais toujours craint qu’il soit véritablement, un traître:

[Bellatrix Lestranges] «Où étais-tu lors de la chute du Seigneur des Ténèbres? Pourquoi n’as-tu jamais tenté de le retrouver quand il a disparu? Qu’as-tu fait pendant toutes ces années où tu as vécu dans le giron de Dumbledore? Pourquoi as-tu empêché le Seigneur des Ténèbres de se procurer la pierre philosophale? Pourquoi n’es-tu pas aussitôt retourné auprès de lui lorsqu’il est revenu à la vie? Où étais-tu, il y a quelques semaines, quand nous nous sommes battus pour essayer de récupérer la prophétie que voulait le Seigneur des Ténèbres? Et pourquoi, Rogue, Harry Potter est-il toujours vivant, alors que tu l’as eu à ta merci pendant cinq ans?»

[…]

[Severus Rogue] «-Avant de te répondre – car je vais te répondre, Bellatrix! Tu pourras répéter mes paroles aux autres, à tous ceux qui chuchotent derrière mon dos et colportent des histoires fausses sur ma trahison du Seigneur des Ténèbres! Avant de te répondre, dis-je, permets-moi à mon tour de te demander quelque chose. Crois-tu donc vraiment que le Seigneur des Ténèbres ne m’a pas déjà posé chacune de ces questions? Et crois-tu vraiment que si je n’avais pas été capable de lui donner des réponses satisfaisantes, je serais assis là à parler avec toi?» (Harry Potter et le prince de sang-mêlé, p.35)

Tous les soupçons du trio (Harry, Ron et Hermione) se révélaient véridiques: Rogue était un méchant. Mais qu’est-ce qu’il avait fier allure! Je le répète, sa complexité nourrissait la confusion de mes sentiments à son égard. Le chapitre L’impasse du Tisseur est des plus importants pour comprendre en profondeur le personnage de Severus Rogue. De surcroît, nous apprenions également dans ce tome (l’un de mes préférés, vous comprendrez pourquoi) que Rogue était le prince de sang-mêlé, soit un élève ultra intelligent. Il n’y a pas mieux pour séduire une fière Serpentard. Or, la fin de ce tome m’a tout à fait foudroyée, un peu comme sous l’effet d’un Avada Kedavra:

«Rogue observa Dumbledore un moment, et l’on voyait la répugnance, la haine creuser les traits rudes de son visage.

-Severus… S’il vous plaît…

Rogue leva sa baguette et la pointa droit sur Dumbledore.

Avada Kedavra!

Un jet de lumière verte jaillit de la baguette de Rogue et frappa Dumbledore en pleine poitrine.» (Harry Potter et le prince de sang-mêlé, p.654)

Je détestais Rogue. Dumbledore, c’est plus qu’un personnage. Dumbledore, c’est une entité en soi. Même Rogue ne pouvait pas se permettre de lui toucher. Dès lors, j’ai détesté Rogue. Par après, j’ai détesté Ron, mais ça, c’est une autre histoire.

Dans les premiers chapitre de Harry Potter et les reliques de la mort, Rogue était plutôt absent. Oui, il était devenu directeur de Poudlard, mais après… le néant.

Puis, le tout.

Vous savez, j’ai lu des milliers de livres dans ma vie. Je suis tombée follement amoureuse de plusieurs personnages fictifs. J’ai rêvé de casser la gueule à de nombreux enfants d’écrivains. Par contre, jamais un passage de récit n’aura autant heurté mon âme que la mort du prince Severus Rogue:

[Severus Rogue] «-Prenez-… les… Prenez-… les…

Quelque chose d’autre que du sang ruisselait du visage de Rogue. D’un bleu argenté, ni gaz, ni liquide, la substance jaillissait de sa bouche, de ses oreilles, de ses yeux. Harry savait ce que c’était, mais ne savait que faire…

Hermione glissa alors dans ses mains tremblantes une flasque, surgie de nulle part. À l’aide de sa baguette, Harry y versa la substance argentée. Lorsque la flasque fut pleine et que Rogue sembla ne plus avoir en lui une goutte de sang, l’étreinte de sa main sur la robe de Harry se desserra.

-Regardez-… moi, murmura-t-il.

Les yeux verts de Harry croisèrent les yeux noirs de Rogue mais un instant plus tard, quelque chose sembla s’éteindre au fond du regard sombre qui devint fixe, terne, vide. La main qui tenait encore Harry retomba avec un bruit sourd et Rogue ne bougea plus.» (Harry Potter et les reliques de la mort, p.702-703)

Je le relis à l’instant et j’ai à nouveau mal. Les larmes, les souvenirs. Je suis le prolongement de Severus Rogue.

Le chapitre 33 du dernier tome, Le récit du prince, est le plus formidable que J.K Rowling ait imaginé dans toute sa sainte vie (sainte parce qu’elle est divine cette femme). Rogue a aimé. Éperdument. Rogue a aimé la mère de Harry Potter, Lily Evans. Rogue n’a jamais été un traître. Rogue a tout simplement aimé. Mais pas tout simplement comme tout simplement. Rogue a aimé naturellement et le plus profondément qu’il est concevable de le faire. Et sous la mort, cet amour est devenu une protection. Le plus bel hommage qu’il pouvait lui faire à elle:

[Severus Rogue] «-Vous l’avez maintenu en vie pour qu’il puisse mourir au bon moment?

[Albus Dumbledore] -Ne soyez pas choqué, Severus. Combien d’hommes et de femmes avez-vous vu mourir?

[S.R] -Récemment, seuls ceux que je n’ai pas pu sauver, dit Rogue.

Il se leva.

[S.R] -Vous vous êtes servi de moi.

[A.D] -Que voulez-vous dire?

[S.R] -Que j’ai espionné pour vous, menti pour vous, que j’ai couru des dangers mortels pour vous. Tout cela devait assurer la sécurité du fils de Lily Potter. Et maintenant, vous m’annoncez que vous l’avez élevé comme un porc destiné à l’abattoir…

[A.D] -Voilà qui est très émouvant, Severus, remarqua Dumbledore d’un ton sérieux. En êtes-vous venu à éprouver de l’affection pour ce garçon?

[S.R] -Pour lui? s’écria Rogue. Spero Patronum!

De l’extrémité de sa baguette jaillit alors la biche argentée. Elle atterrit sur le sol, traversa la pièce d’un bond, et s’envola par la fenêtre. Dumbledore la regarda s’éloigner et lorsque sa lueur d’argent se fut évanouie, il se tourna à nouveau vers Rogue, les yeux pleins de larmes.

[A.D] -Après tout ce temps?

[S.R] -Toujours, dit Rogue.» (Harry Potter et les reliques de la mort, p.734)

Rogue était plus qu’un personnage. Il est une entité en soi, et ce, à jamais.

Severus Rogue est probablement le plus beau personnage jamais créé au sein de toute la littérature.

 

Harry Potter à l’école des sorciers, J.K Rowling. Gallimard, Novembre 1998. 306 pages.

Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, J.K Rowling. Gallimard, Octobre 1999. 360 pages.

Harry Potter et l’ordre du phénix, J.K Rowling. Gallimard, Juin 2003. 975 pages.

Harry Potter et le prince de sang-mêlé, J.K Rowling. Gallimard, Juillet 2005. 720 pages.

Harry Potter et les reliques de la mort, J.K Rowling. Gallimard, Juillet 2007. 809 pages.

Autour des livres : Rencontre avec Raphaëlle, collaboratrice chez Le fil rouge

Connaissez-vous le questionnaire de Proust ? Il s’agit de questions posées par l’auteur Marcel Proust, principalement connu pour sa majestueuse oeuvre À la recherche du temps perdu. Celles-ci permettent de mieux comprendre ou connaitre quelqu’un. Dans ce questionnaire, on y trouve des questions telles que La fleur que j’aime ou Mes héroïnes préférées dans la fiction. L’animateur littéraire Bernard Pivot s’est inspiré de ce questionnaire pour créer le sien, qu’il faisait passer à ses invités à son émission Bouillons de culture. C’est ainsi que m’est venue l’idée de créer un questionnaire Le fil rouge où on pourrait en apprendre davantage sur une personne, et ce, au sujet de ses habitudes de lecture, de création, d’organisations et au niveau de ses préférences littéraires.
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1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?

Je sais que mes parents avaient l’habitude de me lire des histoires à chaque soir avant d’aller dormir, mais j’en ai la connaissance (vidéos et photos à l’appui) plutôt que le souvenir authentique ; le premier « vrai » souvenir tangible qui me vient en tête, autrement, date de ma première année. Lorsque tous les autres enfants de la classe allaient s’asseoir à l’avant pour apprendre à lire, je restais à mon bureau, à dévorer de petits romans. J’avais appris à lire avant d’entrer à l’école et j’adorais ça ; ma professeure avait même dû, dans un de mes bulletins, écrire à mes parents que dans mes temps libres, je refusais de m’exercer dans mon petit cahier de mathématiques parce que je préférais lire des histoires!

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?

Il y avait, bien sûr, l’incontournable histoire du soir, à tous les soirs. J’affectionnais tout particulièrement le (très) gros livre Les contes du joli bois, de Tony Wolf, avec de superbes images et mettant en scène des gnomes, fées, géants et une multitude d’animaux parlant. Sinon, tout au long de mon primaire, les romans et récits de La courte échelle ont fait partie intégrante de mon imaginaire. Aujourd’hui, je n’ai pas vraiment de rituel de lecture: je lis de tout, à n’importe quel moment, n’importe où. Tant que j’ai un livre dans lequel plonger, le contexte et ce qui m’entoure m’importe peu.

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

Depuis quelques années, j’essaie d’écrire (de la fiction) à tous les jours, au moins quelques lignes. J’ai surtout pris l’habitude d’écrire le matin, avant d’aller au travail! Autrement, je peux écrire un peu n’importe quand, au gré de mes inspirations et de mes envies. En réalité, pour écrire de façon efficace et satisfaisante, je dois simplement être dans l’état d’esprit correspondant au type de texte que je m’apprête à écrire (c’est-à-dire être de bonne humeur pour écrire quelque chose de léger ou d’humoristique, me plonger dans une ambiance sinistre pour écrire du drame ou de l’épouvante, cultiver ma mélancolie pour produire un texte aux accents de tristesse, etc.) Je vis une grande symbiose psychologique avec mon écriture.

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?

Honnêtement, je ne sais pas! J’ai toujours aimé raconter des histoires ; avant même de savoir écrire, je dictais des récits à ma mère, je narrais des histoires à voix haute pendant des heures en tournoyant dans la maison et je noircissais des dizaines de petits calepins avec des dessins, créant ainsi de petites bandes dessinées sans mots. Je crois que le goût d’écrire m’est venu avec les histoires que l’on me racontait, autrement, j’ai l’impression que cette envie a toujours été nichée au fond de moi.

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ?

Je vais être un peu « plate », mais je dois avouer que je ne saurais pas lequel choisir. C’est bête, n’est-ce pas? Chaque livre que je lis et que j’aime me fais cheminer d’une façon ou d’une autre, je pense… même si je ne saurais expliquer pourquoi.

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel ?

Je ne serai pas très originale là-dessus, mais ce serait l’univers imaginé par J.K Rowling pour la série Harry Potter (la partie incluant Poudlard et les sorciers, évidemment, parce qu’autrement, être moldue, je le suis déjà à temps plein, merci!) Je suis de ceux qui ont grandi avec Harry, Ron et Hermione ; à chaque nouvelle sortie de livre, je venais d’avoir le même âge qu’eux. Forcément, cette série a eu un impact fou sur mon imaginaire et mon adolescence… Ah! J’oubliais ; j’aurais bien aimé aussi évoluer dans l’univers de la trilogie À la croisée des mondes, de Philip Pullman. J’ai rêvé des années durant que j’avais mon propre daemon (je lui avais même donné un nom!) et je me questionnais sans cesse à savoir quelle forme définitive il prendrait… En fait, en y pensant bien, chaque fois que je termine une série ou un livre qui m’a beaucoup plu, je passe quelques jours dans une sorte d’état étrange, à ressentir un fort désir d’habiter l’univers que je viens de laisser derrière moi… c’était le cas dans mon enfance, et c’est encore le cas aujourd’hui. Et des univers, il y en a tellement! Je ne saurais en choisir un seul.

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner ?

Aliss, de Patrick Senécal. J’ai découvert ce livre-là autour de mes seize ans. Il a été pour moi comme une révélation, sa lecture s’est avérée un véritable jeu : à mon goût, il contenait juste assez de violence, d’agressivité, d’humour noir, de sexe, d’ironie, d’intertextualité, d’originalité, de matière brute, de fragments crus… et, en plus, il est le fruit d’une imagination toute québécoise! Ça m’a fait tripper de découvrir que je pouvais tripper sur de la littérature québécoise à ce point-là, je pense.

8. Quel est ton mot de la langue française préféré ?

Quelle question terrible! Les mots, ils sont tous nécessaires pour écrire, parler, s’exprimer avec justesse…(D’accord, c’est bon, vous m’avez démasquée. Au-delà de cette réponse un peu vague se cache la vérité : une fois de plus, devant une telle abondance de possibilités, je ne parviens pas à faire un choix!)

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ?

Honnêtement? Je n’en ai aucune idée. De façon générale, je vais admirer certains auteurs (Victor Hugo, Haruki Murakami, Guy Gavriel Kay, Patrick Senécal, George R. R. Martin, Marie-Claire Blais, Ariane Gélinas, Dominique Scali, Audrée Wilhelmy, Guy de Maupassant, etc.) pour les particularités que renferme leur écriture ; je vais préférer certains récits (Basara, Soie, 1984, Anima, Les liaisons dangereuses, Fullmetal Alchemist, La religion, Les piliers de la terre, Le petit Nicolas, et des centaines d’autres…) en raison de leur histoire singulière, de passages particuliers ou de personnages percutants. Mais de là à dire lequel j’aurais aimé avoir écrit… Ouf! C’est angoissant, ce questionnaire, vous ne trouvez pas?

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre ?

Je ne crois pas que j’éprouverais le désir d’écrire ma propre biographie; je préfère de beaucoup raconter les histoires d’autres gens, surtout lorsqu’ils sont imaginaires (même s’il est vrai que je mets un peu de moi dans tout ce que j’écris…)! Cependant, si je devais le faire, elle aurait un titre du genre Et j’ai laissé ma plume au vent…

Femmes au temps des carnassiers

11774684_10153079140342413_1580356055_nFemmes au temps des carnassiers raconte l’histoire de plusieurs femmes qui, toutes à leur manière, vivent avec les conséquences quotidiennes du règne de François Duvalier à Haïti des années 1957 à 1971. 

Le roman débute dans la cuisine de Mika, une grande journaliste qui est affaiblie d’une peur incontrôlable et sauvage de ce qui se passe dans son pays. Toutefois, elle n’arrête pas d’écrire des articles dénonciateurs. Cette première voix du récit nous entrainera dans les déboires d’une société habitée par la peur. Au fil des pages, on y découvrira des femmes résistantes, fortes et incommensurablement inspirantes. 

« Cet ouvrage, simplement pour dire qu’une histoire tue est une histoire tuée »

L’écriture de Marie-Celie Agnant est extrêmement noble : elle nomme et raconte les plus terribles émotions et le chaos, toujours de façon sensible et poétique. Le destin des femmes qu’elle présente ne reste scellé dans les tourments de leur quotidien, mais bien dans l’humanité de chacune d’elle. Agnant nous montre par ces portraits de femmes, des courageuses, des femmes remplies d’espoir, et ce, en ne sous-estimant jamais la lourdeur sur leurs épaules : la douleur qu’elles trainent de génération en génération.

Je suis extrêmement contente d’avoir eu la chance de découvrir une part féminine de la situation Haïtienne au temps Duvalier. Cette écriture féminine et féministe m’offre un regard nouveau sur les drames et la douleur de ce peuple. Ce roman inspiré de la vie de la journaliste Yvonne Hakim Rimpel rend surtout hommage à cette force inépuisable de cette femme de tête, une des premières victimes du dictateur François Duvalier ou communément appelé Papa Doc.

Alternant entre le récit de Mika et celui de l’étudiante qui désire comprendre l’ampleur du drame, le roman se lit difficilement, non pas à cause de la langue, mais par les propos. La dureté et le tragique du drame m’ont fait refermer le bouquin souvent. Je devais le lire que par petits chapitres et petits moments, sinon c’était trop intense. La peur côtoie la violence qui rappelle des viols et des gestes qui, de génération en génération, se transmettent par filiation.

Toutefois, cette écriture nécessaire de Marie-Célie Agnant m’a conscientisée vis-à-vis les événements dont j’étais honteusement mal informée et m’a fait prendre conscience des calamités endurées par les femmes et surtout, SURTOUT, leur incroyable force, courage et résistance.


Le fil rouge tient à remercier les Éditions du Remue-Ménage et plus précisément Anne Migner-Laurin pour ce service de presse.

Nord Alice, un troisième roman signé Marc Séguin

C’est avec un immense plaisir que je vous parle aujourd’hui d’un homme que j’admire profondément, et j’ai nommé Marc Séguin. La sortie, en octobre dernier, de son troisième roman, Nord Alice, publié chez Léméac, m’est apparue comme l’excuse idéale de vous le présenter et comme la porte d’entrée vers l’univers de cet artiste aux multiples talents. Mais avant toute chose, ce que j’admire particulièrement chez lui, c’est son honnêteté et sa sincérité, mais aussi son esprit vif, sa sensibilité et ce côté homme de la terre, mâle, qu’il partage autant par son regard sur notre monde que sa manière de créer à partir de ce monde. Après cela, j’envie un peu sa carrière vaste et florissante (j’aimerais en avoir une semblable), ses tableaux me choquent autant qu’ils me troublent, tout comme ses trois romans La foi du braconnier paru en 2009, Hollywood paru en 2012 et finalement, le petit nouveau Nord Alice.

« [Marc Séguin est] né à Ottawa, Canada. Ses œuvres sont vues et collectionnées dans plusieurs pays par les musées, galeries, et par des collections publiques, muséales et privées. Il vit et travaille entre Montréal et Brooklyn (New York).»

Nous entendons plus souvent parler de Marc Séguin, l’artiste visuel, engagé et provoquant. Vous avez peut-être d’ailleurs déjà eu vent de ces œuvres de grands formats réalisées avec de la cendre humaine ! « […] il a poussé la démarche jusqu’à l’extrême en peignant avec des cendres humaines remises par un ami. «Il savait que je peignais déjà avec des os carbonisés d’animaux. Il m’a donné les cendres de sa mère en disant qu’au contact de la toile, elles me donneraient une teinte parfaite de gris. Il avait raison. J’ai réfléchi à ce que je pouvais peindre avec ce matériau et pour en préserver le caractère sacré, j’ai opté pour des ruines d’églises. Quand je peins avec des cendres humaines, je le fais avec respect et révérence. C’est chargé de sens. C’est la vie et la mort. On ne joue pas avec ça.» Rien ne l’arrête quand il est question de création, de partager une idée ou de critique un pan de notre société à la fois si belle et si mal en point.

12188303_642175465925425_1612779318_nAvant Nord Alice, il a donc eu La foi du braconnier et Hollywood. Bien que la lecture de ces deux romans remontent à un certain temps, reste un feeling, une voix, cette même voix que je retrouve avec émoi et émotion à travers les 250 pages de Nord Alice, celle amoureuse, démunie, mais forte et crue du narrateur. Il n’y a rien de plus beau qu’un homme qui parvient à exprimer ses sentiments les plus profonds avec tout son corps et ses mots à lui, ses mots pas toujours justes, mais des mots uniques.

La foi du braconnier (Prix littéraire des collégiens du Québec, 2010)
«Marc S. Morris est un chasseur. A demi Mohawk, dans son sang coule une amertume brûlante nourrie de désillusion et, s’il tue les bêtes, c’est pour éviter de tuer les hommes. Pourtant, Marc S. Morris a la Foi, aimerait avoir la Foi. Devenir pape, par exemple. Ou aimer une femme. Dédier sa vie.»

Hollywood
«Une héroïne athée cherche à prouver que Dieu n’existe pas, après avoir été atteinte par une balle perdue dans les rues du New Jersey

Nord Alice
«Il est quand même troublant, ce besoin de toujours se dire qu’on existe.»

Le narrateur, «je», est médecin à New York, tout comme Alice, son amoureuse. Ils se sont rencontrés, quelques années plus tôt, durant les études. «Je» part et s’exile à Kuujjuaq, dans le nord du Canada, ce même nord d’où est native Alice « […] la première Inuit médecin spécialiste.» Pendant plusieurs mois, il cherche à voir plus clair à travers le brouillard, à travers trois lignes temporel, toutes liées à «je», il trouvera certaines réponses. Il y a d’abord celle qui parle des hommes de sa famille, ceux qui sont venus avant lui, ceux-là aussi qui ont fui avant lui. Roméo, son arrière-grand-père le chercheur d’or et le bâtisseur de grange, Ovide, son grand-père, enrôlé par choix en espérant se préparer une vie meilleure et son père Louis-Joseph, qui a quitté la campagne et les champs pour découvrir tous les possibles de la ville et devenir médecin. Et il y a «je».

Alice. Leurs années ensemble. Cette « [f]emme de coutumes et de présent.», sa «belle inquiétude». «Je» ne sais comment aimer Alice «T’aimer n’est pas difficile, c’est le quotidien avec toi qui est impossible.», alors il l’a fuie, pour peut-être mieux la comprendre, entouré de tous ces gens qui lui ressemblent.

«Paraît que le Nord magnétique diffère du Nord géographique. Sur lequel s’aligner?»

Le quotidien, marqué par l’absence d’Alice, par les patients à l’urgence et tous les silences et les non-dits. «Je» ne pose pas de question, il soigne les corps comme il peut. «Le Nord n’est pas romantique. […] C’est raté. J’y soigne des corps, y répare mon amour, mais l’écart entre le paysage et les hommes qui l’habitent est spectaculaire.»

«Ça fait presque sept mois qu’on se construit des mondes parallèles. Elle dans un décor qui ressemble plus au mien et moi, ici, dans le sien. J’ai fui en toute conscience. En empruntant sa terre. Pour essayer de la comprendre et de la sentir. »

Marc Séguin nous offre une fois de plus, avec Nord Alice, une écriture simple, certes, mais gorgée de trésors. Il nous parle d’amour, de famille, de l’importance de suivre son instinct et son cœur. D’apprendre à vivre dans le présent. Mais il n’oublie pas de nous faire réfléchir sur les conditions des gens du Nord, sur les conséquences du réchauffement climatique et sur l’écart parfois très juste entre le bien et le mal.

«Au-delà du soutien quotidien qu’ils s’accordaient l’un à l’autre, il avait réalisé que l’absolu de l’existence se traversait mieux à deux.»

Retrouvez trois courtes rencontres avec Marc Séguin ici :
http://formulediaz.telequebec.tv/Emissions/32
http://formulediaz.telequebec.tv/Emissions/9
http://zonevideo.telequebec.tv/media/18929/marc-seguin/deux-hommes-en-or

Il est d’ailleurs le sujet du documentaire Bull’s eye, un peintre à l’affût, de Bruno Boulianne. (J’aimerais beaucoup le visionner d’ailleurs !)

Marc Séguin ne s’arrête pas aux arts visuels et à la littérature, car vous pourrez voir bientôt sur grand écran, son film Stealing Alice, mettant en vedette Fanny Mallette et Denys Arcand.
https://www.youtube.com/watch?v=c2tpIdGkqlw

Liens utilisés pour écrire cet article :
http://www.marcseguin.com
http://www.renaudbray.com
http://www.lapresse.ca

Le livre Damask & dentelle, une bible parfaitement imparfaite de la déco

Dans l’introduction de son livre 300 trucs pour une déco parfaitement imparfaite, Vanessa Sicotte dit que, en commençant son blogue, elle avait naïvement l’intention de démocratiser la décoration. Pourtant, près de 7 ans plus tard, c’est exactement ce qu’elle et son équipe parviennent à faire dans ce livre. Comment ne pas être charmé par la promesse d’un décor parfaitement imparfait ?

Avouant toutes deux l’importance qu’on accorde au fait de bien se sentir chez soi et comment ce sentiment passe souvent par la décoration, par  les petites choses, par le fait d’être cozy, loin du look froid des chambres d’hôtels et look ultra-moderne, on avait vraiment hâte de voir ce qu’allait contenir ce livre et surtout comment on pourrait appliquer les trucs à nos propres décors.

Photo : Marjorie

Ce que Martine en a pensé:

Personnellement, je suis une fan de Vanessa Sicotte, pour vrai là. Je la voudrais comme amie. Je ne rate jamais une émission de Sauvez les meubles et j’ai souvent été très inspirée par les décors qu’elle réussissait à créer aux participants de l’émission et très impressionnée par son talent à habiller et amalgamer le vintage au moderne. J’ai aussi le rêve secret d’y participer, hélas je n’ai aucun meuble antique à transformer. C’était donc incontestable quand j’ai appris la publication d’un bouquin de Damask & Dentelle que je le voulais sur ma table à café.

Lorsque j’ai reçu le livre à la maison, j’étais folle de joie. Je me suis installée bien confortablement et je l’ai feuilleté et lu presque entièrement. J’ai été surprise aussi de la quantité d’informations et combien j’étais mal informée concernant le langage à proprement dit design. J’ai apprécié les pages où on y apprend les vrais noms des canapés et des sofas et même chose pour les fleurs. Plein de nouvelles connaissances pour moi.

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Photo : Marjorie

Les photos sont magnifiques et témoignent bien du côté imparfaitement parfait de Vanessa Sicotte et cela y ajoute une grande authenticité, ce qui m’attire le plus chez les gens. La décoration, le design et tout cela, ça peut sembler futile ou de l’extra pour beaucoup, mais à mon sens, comme Marjorie le disait plus haut, c’est une extension de notre personnalité, comme la mode. J’aime les émissions de décoration, passer des heures sur Pinterest à rêvasser sur les changements que je pourrais apporter à mon appartement et pour moi, il n’y a pas d’endroit plus important que mon chez moi. Donc, ce bouquin est non seulement une bible d’informations et d’inspirations pour mon appartement, mais aussi un livre qui me rejoint dans ce besoin et ce plaisir de me loger dans un environnement inspirant où je me sens tout simplement bien.

Ce que j’en ai pensé :

Un des trucs qui m’a surprise, c’est à la fois la quantité et la qualité de textes qui s’y trouvent. On est loin du simple livre rempli d’images inspirantes, quoi qu’elles le sont toutes autant. C’est une petite bible avec une panoplie d’information pour non seulement avoir de bonnes idées pour décorer son chez soi, mais aussi pour comprendre et pousser un peu plus loin ses connaissances en design. Tout ça sur un ton super personnel mélangeant conseils, suggestions et expériences personnelles.

En plus, les photos viennent toutes de maisons bien de chez nous. Je ne sais pas si c’est un effet d’impression de proximité, mais c’est encore plus beau et plus motivant de savoir que ce sont des gens d’ici, comme si ça rendait les décors plus accessibles. Toutes les maisons qui y sont présentées sont décorées par les résidents, on s’incruste donc dans des déco personnalisées et pleines de vie.

En fait, je trouve que le livre au complet est très accessible, peut-être est-ce l’effet du parfaitement imparfait mais une chose est sûre, ça marche.  C’est vraiment une petite bible déco à avoir chez soi.

Parce que j’étais bien inspirée, j’ai décidé de me pencher un peu sur cette philosophie qui traverse le livre et de prendre quelques photos qui m’ont plu, dans mon propre décor.

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Photo : Marjorie

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Photo : Marjorie


Le fil rouge tient à remercier les Éditions Cardinal et plus précisément Frédérique Gagnier pour ce service de presse.

 

La guerre de Malala

Je ne vous le cacherai pas, je suis jalouse et fascinée par la vie de cette jeune femme qui semble avoir tellement plus accompli que moi. C’est lors de ces lectures qu’on peut réaliser que nous vivons dans le gros luxe. Il est certain que la situation au Québec et ses commissions scolaires n’est pas très jolie jolie avec l’austérité et ses coupures. Nous avons cependant la chance de pouvoir envoyer tous et toutes les enfants à l’école (mais avec quel service ! Bon! Je ne me lancerai pas dans ce débat!). Et puis, ce qui est plutôt triste, c’est qu’alors qu’au Québec on se bat pour de meilleurs services pour nos enfants et futures générations, le père de Malala, propriétaire d’une école, envoyait gratuitement des enfants à son école. Parce que l’éducation est ce qui est le plus important !

Dans cette lecture, j’ai fait la rencontre d’une jeune femme qui aime passionnément son père et son école (parce que l’un ne va pas sans l’autre). Malala nous apprend à les aimer autant qu’elle. À l’école, elle n’est pas la meilleure des élèves, mais c’est l’endroit où elle se sent le mieux et elle sait que c’est sa place. Avec ses copines de classe elle se chamaille, parle de leur amour pour Twilight, de la série Ugly Betty, etc. Elles ne sont que de jeunes adolescentes.

« Quand un garçon naît au Pakistan, c’est l’occasion de grandes réjouissances. On tire des coups de feu en l’air. On dépose des cadeaux dans le berceau du bébé. Et on inscrit le prénom du garçon dans l’arbre généalogique de la famille. Mais quand c’est une fille, personne ne vient rendre visite aux parents, et les femmes éprouvent simplement de la sympathie pour la mère.
Mon père n’accordait aucune attention à ces coutumes. J’ai vu mon prénom – écrit à l’encre bleue brillante – juste là, au milieu des prénoms masculins de notre arbre généalogique. Le premier prénom féminin en trois cents ans !
Toute mon enfance, il m’a chanté une chanson sur ma fameuse homonyme pachtoune :  » O Malalai de Mainwand fredonnait-il, lève toi encore pour faire comprendre le chant de l’honneur aux Pachtounes, Tes paroles poétiques font se retourner les mondes, Je t’en prie, lève-toi encore une fois. » »

La relation qu’elle a avec son père est magnifique. L’un et l’autre se complètent et s’unissent par leur combat : l’éducation des enfants (et particulièrement des filles). Leurs épreuves commencent par l’arrivée des talibans. Déjà qu’il y a la présence indésirée des terroristes. Il faut comprendre qu’au départ les talibans étaient vus comme de bons croyants de l’islam. Ils avaient une station de radio qui lisait des passages du Coran. Mais plus ils avaient de pouvoir et plus leur message prenait de pouvoir. Ils ont alors commencé à dire que les filles ne doivent pas aller à l’école, qu’on doit tout brûler ce qui a un lien avec l’occident. Finalement, on découvre que ce mouvement prend beaucoup de pouvoir sur le peuple, mais que le peuple n’est pas d’accord avec les décisions ou les propos. Cette lecture peut éclairer les gens sur le vrai message que porte l’islam et que les femmes étaient libres de choisir leur destin. L’islam est victime de plusieurs préjugés. C’est une religion qui est loin d’être aimée, c’est l’ennemi du peuple occidental. Du moins, c’est ce que nous tentons de nous faire croire, parce qu’il doit bien y avoir des gentils et des méchants. C’est pourquoi Malala nous parle des terroristes et nous parle de sa peur de ceux-ci, parce que même au Pakistan ils sont victimes de leur idéologie !

Ce que j’ai beaucoup aimé lors de ma lecture, c’est que ce n’est pas seulement l’histoire de Malala, mais également celle de son père, de plusieurs jeunes filles et de son pays. Son histoire est politique et fait réfléchir. Elle nous fait part de la fièvre de l’islam et des terreurs que tout son peuple et les pays voisins vivent. Son histoire commence et se termine avec son attentat. Malala nous raconte qu’est-ce qui s’est passé suite à son «accident» et comment elle fut accueillie par l’Occident.

Ma lecture de «Moi, Malala» m’a rappelé «Le journal d’Anne Frank».  Tout comme celui-ci, la lecture est simple et surtout personnelle. Malala nous fait aimer son pays et au cours de la lecture nous pouvons croire que nous sommes à ses côtés, en train de se battre avec elle. Et je resterai encore fascinée par son courage.

Aujourd’hui, lorsque je regarde Malala, je vois une jeune femme plus grande que nature. Je vois son visage déformée par l’attentat auquel elle a survécu, mais surtout une femme qui a des valeurs et des idées pour un meilleur monde. Je vois son sourire et je tente de garder espoir que tous et toutes les enfants auront la chance d’avoir une vraie éducation.

Tromper Martine et l’homme du 21ème siècle

Sans titreJ’attendais avec intérêt le petit dernier de Stéphane Dompierre. J’avais beaucoup apprécié ma lecture de Un petit pas pour l’homme, mais je n’ai pas encore lu Mal élevé. Bien que les personnages s’entremêlent un peu entre les trois histoires, nul besoin d’avoir lu l’un pour apprécier l’autre.

Par contre, ce qu’il faut savoir en lisant Tromper Martine, c’est qu’on s’embarque dans une histoire très masculine. En tant que femme, en tant que féministe, c’est parfois un peu plus difficile de décrocher pour apprécier l’aspect un peu masculinise du récit sans pour autant s’en insurger, parce qu’il n’y a clairement pas matière à s’insurger dans ce roman.

Sur les conseils de son médecin qui s’inquiète de ses dérapages récents, Nicolas part deux mois loin de son travail, de sa femme et de ses enfants. Un vent de liberté souffle dans ses cheveux et lui donne envie de mordre dans la vie comme si c’était un beau gros beigne débordant de crème. Il voyage, fait des rencontres, tente de réconforter de vieux amis aussi mal en point que lui; tout ça ne peut que mal finir.

Je vais vous avouer que j’ai trouvé un peu difficile le début de ma lecture. Il est un peu chambranlant, un peu rocambolesque, mais tout est pardonné dès que Nicolas décide d’aller à Londres. C’est, à mon avis, à cet instant que le roman commence à prendre sa forme, qu’on retrouve l’essence de Dompierre et qu’on ne peut faire autrement qu’apprécier l’histoire.

C’est toute une réflexion sur le couple, sur le désir, sur l’amour, sur le temps qui passe qui, une fois de plus, donne une profondeur au roman, sans pour autant le rendre lourd, bien au contraire.

Bien que j’ai trouvé quelques passages maladroits, ce qui m’a un peu étonnée considérant l’expérience de l’auteur, j’ai aussi trouvé que Tromper Martine réussit à surprendre, à être intelligent, émouvant et drôle à la fois, à la manière dont Dompierre sait bien le faire.

Tant qu’à faire, maintenant que le troisième opus de la « trilogie » est sorti, pourquoi ne pas se plonger dans les trois, un après l’autre. Entre les trois se dresse le portrait de trois hommes, trois amis, de la vingtaine à la quarantaine et je ne peux que penser que Stephane Dompierre a ainsi réussi à créer une belle et touchante fresque sur l’homme du 21ème siècle.


Le fil rouge tient à remercier les Éditions Québec Amérique pour le service de presse.