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Les 24 heures du roman, ou quand l’écriture se transforme en aventure

Du 20 au 25 octobre, j’ai eu la chance inouïe (rien de moins) de participer aux 24 heures du roman, une aventure littéraire et ferroviaire rassemblant vingt-quatre écrivain.es de la francophonie, tou.tes différent.es les un.es des autres. Franco-ontarien.es, Acadien.nes, Québécois.es, Amérindien.nes, Français.es, leurs points communs étant la langue française, un immense talent littéraire et un goût certain pour les défis de taille. Aujourd’hui, 10 novembre, j’ai la nostalgie d’un voyage presque initiatique à travers lequel l’expression « quand la fiction dépasse la réalité » a pris tout son sens. Car si l’objectif ambitieux du projet des 24 heures était justement d’écrire un roman en 24 heures (et, on l’aura compris, par vingt-quatre écrivain.es), l’aventure en elle-même mérite son propre récit.

De Moncton à Toronto, en passant par Halifax et Montréal, c’est par ici pour les coulisses des 24 heures du roman…

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Les 24 heures du roman, projet de l’organisme à but non lucratif L’écriture en mouvement

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Qu’est-ce que c’est les 24 heures du roman, au fait? En gros, une course d’écriture collective contre la montre et en mouvements – ça brasse, un train! Le projet, pensé et organisé par Anne Forrest-Wilson, Torontoise d’origine française, a été mis sur pied pour souligner le 400e anniversaire de l’arrivée de l’explorateur Samuel de Champlain en Huronnie, l’actuelle Ontario. Le projet s’inspire des démarches d’écriture de l’Oulipo, groupe d’auteur.es français.es (dont certain.es des membres actuel.les participaient au projet des 24h) qui se donne des contraintes d’écritures; par exemple, le fameux roman sans la lettre « E » écrit par Georges Perec. Pour les 24 heures du roman, les contraintes d’écritures n’étaient pas très complexes mais bien loin d’être simples à réaliser: dans un voyage en train de 24h par 24 écrivain.es, il s’agissait d’écrire un roman collectif ayant pour thématique Samuel de Champlain. Chaque auteur.e était chargé.e d’écrire un chapitre. Le train a d’ailleurs suivi le parcours de Champlain en Amérique du Nord, de Halifax à Toronto, ce qui trouve écho dans le titre même du roman, « Sur les traces de Champlain ».

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Mais où est Champlain?

Comment est-ce que je me suis retrouvée impliquée dans ce projet complètement fou? À l’hiver dernier, des concours de nouvelles à contraintes avaient été organisés dans différentes universités franco-canadiennes. J’ai donc, comme quatre autres étudiantes dans leurs universités respectives, gagné le concours à l’UQAM. Disons que j’ai un peu capoté quand j’ai su que mon texte avait été choisi… et que j’ai attendu impatiemment l’arrivée du mois d’octobre!

20 octobre – Jour 1

Je prends l’avion à midi en direction des maritimes, en n’ayant en tête absolument aucune idée de ce qui m’attendra à l’arrivée. Le premier point de ralliement des troupes est à l’hôtel de ville de Moncton, au Nouveau-Brunswick. Je rencontre les quatre autres étudiantes participant au projet, team de filles adorables auprès desquelles il fut bon de lâcher son fou, échanger sur la vie, l’écriture et les bouquins, et manger beaucoup de sushis(!). Après les présentations des auteur.es et autres collaboratrices et collaborateurs (dont nous, étudiantes), et le dévoilement/distribution des charges d’écriture des chapitres aux auteurs, une bière inaugurale est prise au restaurant. Sois-dit en passant, si vous venez dans le coin, la bière de la microbrasserie The Pump House est particulièrement savoureuse.

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La grande équipe réunie à la Bibliothèque Centrale d’Halifax

21 octobre – Jour 2

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Les auteur.es au Consulat de France à Moncton

Le mot d’ordre : ateliers. Les auteur.es se rencontrent tout le long de la journée en sous-groupes afin de cogiter sur les thématiques de leurs chapitres, de faire émerger des idées, des fils conducteurs, d’ordonner le tout. Le travail collaboratif est intense. Les filles et moi voltigeons çà et là, armées de nos iPads (le deuxième prix offert suite au concours de nouvelles), afin de répondre aux diverses questions des auteur.es. Nous sommes des genres de recherchistes. Quelles étaient les conditions de vie à bord de la première traversée de Champlain? Que faisait-on pousser comme légumes dans les jardins en Nouvelle-France à l’époque de Champlain? Pas de problème, on te trouve ça!

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The girls au Consulat de France à Moncton, de gauche à droite: Printsessa Moussounda, Brigitte Murray, Camille Contré, moi et Rachel Fiozandji

En soirée, lecture d’extraits personnels par quelques-un.es des auteur.es, discours inauguraux et vin d’honneur au Consulat de France de Moncton. Cheers!

22 octobre – Jour 3

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Séance prometteuse de « filage » du roman à la Bibliothèque d’Halifax

Le jour J approche dangereusement! Les troupes embarquent dans le bus qui les conduira à Halifax, Nouvelle-Écosse, dernière escale avant le grand départ en train. Une fois à Halifax, réunion générale de la compagnie à la Grande Bibliothèque pour le premier « filage » du roman : en ordre chronologique, chaque auteur.e donne son plan de match pour son chapitre, ce qu’il compte mettre en scène, ses personnages, quel ton sera emprunté, etc. Tranquillement, la créature se profile, prend forme et prend vie…

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Lectures de textes à la Bibliothèque d’Halifax, ici les auteurs ontariens Denis Sauvé et Jean-Claude Larocque

Toujours à la Grande Bibliothèque, dans un 5 à 7 convivial, la soirée s’enchaîne sur de généreuses, émouvantes et parfois désopilantes lectures d’extraits de la part de chacun.e des auteur.es, nous ouvrant mine de rien les portes de leur univers. Un chœur aux multiples voix littéraires s’élève de l’auditorium.

Pour les filles et moi, la soirée se termine au restaurant devant des montagnes de sushis. La soirée se transforme trop vite en nuit, et la nuit avance. Une interrogation nous hante toutes : que se passera-t-il demain?

23 octobre – Jour 4

Au départ de Halifax, Nouvelle-Écosse, le 23 octobre 2015, 24 écrivain.es fébriles sont monté.es à bord du train l’Océan. Vers le milieu du jour, le train a quitté la gare, tandis que les auteur.es gagnaient leurs cabines pour s’y enfermer pour les prochaines heures. L’attention et la tension sont palpables. Les recherchistes poursuivent et complètent vaillamment les multiples requêtes soumises dans un travail d’équipe incessant. Quelquefois, la silhouette d’un.e auteur.e apparaît, traverse furtivement le wagon, en quête de caféine. Vers la fin de l’après-midi, certain.es auront considérablement avancés leur chapitre, d’autres non. On soupe dans le wagon restaurant, dans lequel on goûte la nervosité. Puis, les heures avancent, et les auteurs commencent à rendre leur texte.

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Camille réunissant et imprimant les premières versions des textes

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Minuit sonne bientôt!

L’équipe de nuit, mieux connue sous le nom de réviseur.es, arrive dans le ring, Dès la réception des premiers textes, le processus de correction s’enclenche. Minuit et quart, tous les chapitres sont finalement déposés. Dans leur cabine, les correcteurs et correctrices passent au travers tous les chapitres les uns après les autres. Je me lance et corrige quelques textes. Le soleil se lève déjà. Courte nuit dans le lit pliant de ma cabine.

24 octobre – Jour 5

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Prestation musicale de Jeanne Beziers (chant) et Anne-Sophie Roy (piano) au Salon VIA Rail de la Gare Centrale de Montréal

L’atmosphère matinale est joviale, l’adrénaline est retombée. Tout le monde se lève tôt car l’escale à Montréal à la Gare Centrale est prévue à 9h30, au salon VIA Rail. Au programme, discours et remerciements, chanson thématique (que la compositrice Anne-Sophie Roy et la chanteuse Jeanne Beziers ont composé dans le train), puis transfert pour le train qui nous conduira jusqu’à l’arrêt final, à Toronto. Rapidement et efficacement, les corrections par les auteur.es, derniers ajustements, sont faites en route, et la première épreuve (!) du roman est prête à être imprimée. Les troupes se réjouissent et trinquent dans le wagon-restaurant, où la fête commence. Le train entre en gare, Union Station, Toronto. Les derniers discours prennent place sous la voûte immense de la gare, qui résonne des applaudissements et des cris. C’est aussi l’heure, tristement, des premières séparations.

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À l’arrivée, gare Union Station (Toronto), la parole est à l’auteur français Olivier Salon

Dans le salon Affaires de la gare Union, le party se poursuit dans le vin, les macarons, la musique et l’allégresse. C’est une Anne Forrest-Wilson comblée qui nous sourit de sa tribune, avec en main, de chair et de papier, un exemplaire de « Sur les traces de Champlain » fraîchement imprimé.

25 octobre – Jour 6

C’est pour moi le retour au bercail, toujours en train. J’ai peine à croire tout ce qui vient de se passer dans les cinq derniers jours, tout en n’espérant qu’une seule chose : que l’aventure m’appelle, nous appelle à nouveau. Tout semble si tranquille à la maison, alors que je sens encore sous mes pieds les mouvements continuels du train.

Épilogue

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La couverture du roman « Sur les traces de Champlain », un tableau intitulé « Première rencontre » réalisé par l’artiste canadien Charles Pachter

« Sur les traces de Champlain » sera publié par la maison d’édition franco-ontarienne Prise de parole et disponible en librairie à compter du 16 novembre 2015. J’ai pu lire en primeur le résultat final et je peux vous certifier que le résultat est enlevant, sorte de (beau) Frankenstein littéraire aux multiples couleurs jointes par un même fil, celui de Champlain, à la fois évanescent et plus réel que jamais. Venez donc piquer une jasette avec certains des co-auteur.es et l’organisatrice du projet au stand des Éditions Prise de parole les 20, 21 et 22 novembre!

Je profite d’ailleurs de l’occasion pour saluer chaleureusement les auteur.es de « Sur les traces de Champlain »:

Daniel Soha
Vittorio Frigerio
Gracia Couturier
Mireille Messier
Danièle Vallée
Hélène Koscielniak
Denis Sauvé et Jean-Claude Larocque
Jean Fahmy
Frédéric Forte
Paul Fournel
Michèle Audin
Olivier Salon
Daniel Marchildon
Ian Monk
Hervé Le Tellier
Herménégilde Chiasson
Jean Sioui
Virginia Pésémapéo Bordeleau
Bertrand Laverdure
Daniel Grenier
Marie-Josée Martin
Rodney Saint-Éloi
Yara El-Ghadban

L’éditrice et l’éditeur :

Denise Truax
Stéphane Cormier

Les artistes musicales :

Anne-Sophie Roy
Jeanne Beziers

Mes comparses étudiantes :

Printsessa Alexia Moussounda
Rachel Fiozandji
Camille Contré
Brigitte Murray

Les correctrices, correcteurs, et nombreux membres de l’équipage,

Et bien sûr, l’incroyable Anne Forrest-Wilson!

…À quand le prochain train, déjà?

Par ici pour suivre Les 24h du roman.

Par ici pour suivre les éditions Prise de parole.

Deux pour un dans la littérature «trash»

Je n’ai peut-être pas l’air de ça comme ça, mais j’aime bien les trucs dits «trashs» que l’on retrouve parfois en littérature, en arts visuels, en musique, au cinéma et au théâtre (dans tous les domaines artistiques en fait!). Un an déjà s’est écoulé depuis que je suis tombée un peu par hasard sur le premier roman de Martin Clavet à la Librairie Pantoute sur Saint-Joseph à Québec. Le titre Ma belle blessure et l’illustration de l’artiste Pony alias Gabrielle Laïla Tittley m’ont inspirés «confiance» et on surtout attisé ma curiosité du côté plus sombre. Je repense souvent à ce roman et aux marques qu’il a laissées en moi. En traversant Rose Envy, un court roman de Dominique de Rivaz, dont le sujet est aussi très écorchant, j’ai repensé à ma précédente lecture et j’ai décidé de faire un petit spécial deux pour un en lectures «trashs».
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Ma belle blessure paru chez vlb éditeur en 2014, 123 pages (Prix Robert-Cliche 2014).
Rastaban, dix ans, vient d’emménager dans une nouvelle ville avec son père et sa mère. À la veille de son entrée dans sa nouvelle école (académie), il entame l’écriture d’un journal intime, qui restera jusqu’à la fin son seul véritable confident. Dès les premières lignes, on comprend que le narrateur vit dans un monde légèrement décalé du nôtre (un futur possible). Un monde où la violence et la superficialité règnent en maîtres. L’écriture du journal, une pratique ancienne, contraste avec le reste. Dès le premier jour dans sa nouvelle école, s’installe un climat de terreur. Le jeune Rastaban sera, bien malgré lui, victime d’intimidation et de cruauté de la part d’un autre garçon. Son rapport à la violence, déjà enjolivé par la télévision (holovision) prendra une «drôle» de direction lorsqu’il sera lui-même blessé. Outre son journal, une blessure à la main prendra toute son importance dans la vie du narrateur.

Rose Envy paru chez Hamac en 2015, 60 pages.
Smoothie (une jeune femme – pensionnaire au début du récit) découvre un plaisir intime et presque malsain, celui de grignoter l’intérieur de sa bouche, pour ensuite pouvoir recommencer tous les autres jours de sa vie, puisque la peau se régénère sans cesse à cet endroit. Son genre de «toc». Lorsque Pierrot entre dans sa vie, avec ses propres rituels, il l’accepte comme elle est. Smoothie, c’est le surnom que lui donne son amoureux. Il connaît son plaisir de boire ces boissons fruitées et colorées. Lorsqu’elle devient mère, puis beaucoup trop rapidement, lorsqu’elle devient orpheline d’enfant, Smoothie pense à devenir le tombeau de son fils Crotchon. Mais les cendres de l’enfant restent introuvable, elle n’a pas le temps d’y goûter. Lorsqu’à son tour Pierrot disparaît dans un accident, Smoothie se tourne vers Arthémisia, reine grecque du IVe siècle avant J.C. « […] le deuil démonstratif d’Artémisia qui but les cendres de son époux mêlées à du vin […]».

Pour moi, naît naturellement un dialogue entre les deux romans et entre leurs narrateurs Rastaban et Smoothie. Et ce dialogue se divise en trois thèmes récurant d’un roman à l’autre, d’abord le type de personnage, puis le rapport à la société et au monde qui les entoure et finalement le corps, ce corps magnifié.

Dans Ma belle blessure, comme dans Rose Envy, les deux personnages principaux vivent une grande solitude. Le premier, en nouvel arrivant, n’a même pas la chance de se faire de nouveaux amis, qu’il est déjà désigné comme un exclu, lorsqu’il revient à la maison, il ne trouve pas le réconfort nécessaire auprès de ses parents. Il n’a que son journal pour se confier. Le deuxième (ou la deuxième) préfère, dès le départ, garder pour elle son délicieux secret. Et même si son amoureux Pierrot sait ce qu’elle fait, il ne dit rien. De plus, son amoureux et son fils ne sont que de passage dans sa vie et de nouvelles «tentations» se font sentir, pour combler son désir grandissant de se consommer et de consommer l’autre. Pour elle, il n’y a que la reine Arthémisia qui pourrait la comprendre. Rastaban, comme Smoothie, sent le besoin de s’attacher à quelque chose pour combler des manques émotifs et affectifs. Rastaban aime sa blessure et il devient résistant à la douleur. En même temps que sa cicatrice, l’enfant se transforme. Elle se referme, il se renforce. «Et on dirait bien, Journal, que même ma coupure à l’air de vouloir prendre du mieux à présent. […] Et je peux plus voir à l’intérieur de ma plaie chérie comme avant, à cause de l’espèce de croûte qu’il y a maintenant par-dessus, […].» Pour Smoothie, il reste la possibilité de boire, un verre à la fois, son amour et sa peine. Elle prépare son geste en choisissant le bon verre, le bon vin et le bon gloss pour ses lèvres qu’elle gardera désormais intactes. «Envers et contre tous, ces dernières semaines, tu t’es mise à comparer les vins. Ton choix ultime s’est arrêté sur le Tropâ, un assemblage blanc sec, mariage parfait entre le Savagnin blanc et la Marsanne est-il écrit, au nez d’agrumes, amandes grillées et vanille, et le Cornalin dont les notes, parfois épicées, rappellent le griotte.»

C’est peut-être un constat tout à fait subjectif, mais je remarque que dans plusieurs de mes lectures de romans dits actuels ou contemporains, les personnages principaux ont un regard ou une explication naïve du monde qui les entoure. Une naïveté voulue et assumée. Un besoin vital de conserver près de soi l’enfant qui les a jadis animés. Une manière de se garder en vie dans un monde qui nous échappe, qui tourne trop vite et qui ne cesse de nous montrer sa banalité ou ses difficultés. C’est pour moi une fausse naïveté, un besoin de porter un tel masque pour dire et montrer la laideur du monde et de la société, sans que ce ne soit apparent au premier regard. Une manière d’amener les choses avec un peu plus de douceur peut-être, pour ne pas faire peur. Rastaban est un enfant, presque comme les autres, un enfant en est un peu importe l’époque ou le contexte. Même s’il préfère croire très fort à certaines choses pour déformer son monde, vient tout de même à lui la vérité, celle qui fait mal, celle du rejet et de la douleur psychologique et physique. Un autre enfant projeté dans le monde adulte trop tôt, mais qui veut rester encore un temps cet enfant qui essaie simplement d’avoir des amis pour jouer avec lui. Smoothie, jeune fille devenant adulte, garde elle aussi une approche enfantine et légèrement déconnectée de la réalité. Sinon, comment pourrait-elle survivre à tous ces drames qui la taraudent ?

Le corps est, selon moi, le thème central à la fois dans Ma belle blessure et dans Rose Envy et c’est ce qui écorche le plus. Le corps comme élément de beauté. Le corps comme objet magnifié. Le corps comme échappatoire aux plus grands maux, dont la solitude. Mais le corps surtout pour se sentir vivant et exister d’une nouvelle façon, après la perte ou dans la douleur psychologique intense. Alors le corps souffrance devient le corps jouissance. Rastaban est blessé à la main, une profonde coupure. La douleur est rapidement remplacée par une fascination dérangée pour cette plaie qui existe presque en dehors de lui. Toute sa douleur émotionnelle s’entasse à l’intérieur de ce vaste trou. Smoothie cesse de manger l’intérieur de ses joues quand elle devient une mère sans enfant et une femme sans mari. Sa peine est si grande qu’aucune Terre ne saurait la contenir ou contenir les cendres de ses amours. Elle choisit de s’offrir complètement à eux. Le corps blessé pour exister un peu.

J’aurais pu choisir grand nombre d’autres ouvrages parus ces dernières années qu’ils auraient aussi résonnés avec les deux choisis. Les thèmes abordés tentent d’exprimer, au mieux d’imager, la difficulté de vivre, souvent, pas tout le temps, dans un monde qui nous dépasse, souvent, pas tout le temps.

Voici donc quelques suggestions lectures, que je considère «trashs», marquantes, parfois dérangeantes, écœurantes ou viscérales.
Oss : Audrée Wilhelmy
Les sangs : Audrée Wilhlemy
Javotte : Simon Boulerice
La bête à sa mère : David Goudreault
Et on pire on se mariera : Sophie Bienvenu
Les laboureurs du ciel : Isabelle Forest

Pour ce qui est de Ma belle blessure de Martin Clavet et Rose Envy de Domnique de Rivaz, cœurs sensibles s’abstenir 😉

Bonne lecture !

Autour des livres : Rencontre avec Florence, collaboratrice chez Le fil rouge

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1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?

Les virées à la bibliothèque municipale avec mes parents lorsque j’avais 6-7 ans. Je feuilletais les livres en m’accrochant au pantalon de mon père pour ne pas me perdre. Je me souviens de la frousse que j’ai eue en m’apercevant que je tenais la poche arrière du jean de quelqu’un d’autre !

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?

Quand j’avais onze ans, mon frère a mis le premier tome du Seigneur des anneaux entre mes mains. Et j’en ai redemandé. Je lisais chaque soir avant de me coucher et souvent en cachette lorsqu’il était rendu tard. Je m’endormais parfois aux petites heures de la nuit, trop absorbée. Maintenant, je lis constamment. J’ai parfois l’impression de ne faire que ça ou presque. Il y a des périodes où je peux être en train de lire cinq livres à la fois : un pour le métro, deux qui sont des lectures universitaires, un pour me détendre avant de me coucher et un autre pour me faire rêver à mes futurs voyages.

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

J’aime bien marcher avec de la musique pour m’inspirer. Les idées me picotent les jambes et je peux passer plusieurs minutes à formuler et reformuler des phrases dans ma tête en ratissant les mêmes coins de rue. Lorsque j’ai enfin trouvé, je me pose pour le noter ou je me dirige carrément à la maison pour ne pas en perdre une miette!

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?

L’oeuvre complète de Dany Laferrière. Il m’a notamment insufflé un goût pour la diversité des points de vue et l’envie de reproduire une riche intertextualité semblable à celle qu’on retrouve dans tous ses romans.

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ?

Le livre Kuessipan de Naomi Fontaine a été très marquant pour moi. Mon père a longtemps travaillé dans une réserve autochtone et la lecture de ce roman a été pour moi une façon de faire un pont entre nos deux univers de sens.

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel ?

Quelque part entre le Macondo de García Márquez et l’univers de Novecento: Pianiste de Baricco.

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner ?

L’homme rapaillé. Merveilleux Miron, je retourne le visiter régulièrement.

8. Quel est ton mot de la langue française préféré ?

Il y en a tellement dont j’aime la sonorité! Mention spéciale au mot « ribambelle ».

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ?

L’usage du monde de Nicolas Bouvier pour la justesse des ambiances et la description de l’expérience du voyage. Il y aurait aussi Maryse de Francine Noël pour la finesse de l’humour, la représentation du milieu littéraire ainsi que le féminisme qui s’y trouvent.

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre ?

Je ne sais pas… probablement quelque chose de pas très sérieux du genre Une gourmande au pays des livres.

Paul dans le Nord : moto, hormones et jeux olympiques

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Il y a déjà quelques semaines, je vous parlais de mon amour pour la série Paul. Je ne vous explique pas le bonheur quand j’ai tenu le colis contenant la nouvelle BD Paul dans le nord et ce, avant sa sortie en librairie, j’étais folle de joie!

Paul dans le Nord nous amène dans l’adolescence de ce dernier, à l’aube des jeux olympiques de Montréal. Pour les habitués de Paul, vous serez surpris! Mais agréablement, bien entendu. Le personnage de Paul est tellement aimé, considéré comme le bon gars, que c’est étonnant et rassurant de reconnaître que Paul, il n’est pas parfait. Le récit est basé sur les premières expériences de Paul : le première fois qu’il fera du stop, qu’il fumera, qu’il tombera amoureux, qu’il vivra une peine d’amour et j’en passe. Les hormones de Paul sont dans le tapis, il parle des filles constamment avec ses amis et ça nous laisse percevoir que Paul était comme tous les adolescents au fond, plein de maladresses. Il change d’école secondaire et est complexé par ses boutons, ses cheveux, son linge, il est le petit nouveau et déteste ça. Heureusement, il se liera d’amitié avec d’autres garçons, ensemble ils parleront des filles (bien sûr!), de moto et de combien leurs parents les énervent. Par la suite, il tombera FOU amoureux de Linda. On y verra un Paul romantique, dépendant, et Rabagliati nous offre une planche délicieuse en montrant les amoureux sur la mobylettes de Paul. On ne peut faire autrement que de trouver ça mignon et cliché de voir que Paul est nouvellement de bonne humeur avec ses parents depuis qu’il est en couple avec la belle Linda! Ce sera aussi la première rupture amoureuse de Paul et il sera dévasté. On le retrouvera couché dans son lit à déprimer et à maudire l’Univers pour cette détresse.

En effet, on refera face à un Paul bête, froid, impatient et entièrement adolescent vis-à-vis ses parents suite à sa rupture. Je ne pouvais pas faire autrement que de trouver ça drôle de voir la rudesse et l’intolérance de Paul avec son père, tout en trouvant cela rassurant et profondément réaliste de constater que Paul est imparfait. Le langage est parfois cru, mais cela est totalement justifié. En ce qui concerne les dessins, ils sont toujours aussi bien et travaillés. Il ne suffit que d’admirer les détails dans la chambre de Paul pour constater que Rabagliati porte encore une réelle attention à représenter le vrai et à recréer des décors réalistes. De plus, on sent une belle folie dans les dessins, par exemple, lorsque Paul est perdu en forêt et qu’il est pris dans une grosse tempête de neige.

Bref, Paul dans le Nord sera peut-être le dernier Paul et pour cela, ça m’attriste beaucoup. Toutefois, avec ce tome, j’ai l’impression que Rabagliati a permis de montrer une facette manquante de l’histoire de Paul. De cette manière, j’ai encore plus l’impression de saisir Paul, sa vie, son histoire, et de comprendre en entier le personnage. En ayant lu plusieurs des autres tomes de Paul, je suis encore plus convaincue et sous le charme de cette série québécoise si réaliste.


Le fil rouge tient à remercier les Éditions La pastèque pour la copie de presse et plus précisément Fabien Longval.

 

Peut-être jamais

Lorsque j’ai appris que grâce au Fil rouge j’aurais la chance de lire le roman Peut-être jamais de Maxime Collins, je n’ai pas hésité une seconde ! J’aime découvrir de nouveaux auteur-e-s. De plus, j’avais déjà vu quelques publicités du roman qui m’avaient intriguée. Avant de commencer ma lecture, j’ai fait quelques recherches sur l’auteur. Maxime Collins a fait des études littéraires, a publié quelques nouvelles et romans (dont Peut-être jamais est son sixième). Il est surtout le blogueur du «Pile ou Face».

Peut-être jamais se trouve à être un roman moderne. Nous faisons la rencontre de Gab, un bisexuel qui se découvre homosexuel. Il aime se retrouver dans les bras de Sarah, avec qui il sera en couple pendant quelques années. Ainsi qu’être dans les bras du beau Sébastien. Ce qui m’a un peu dérangée dans ce début de roman, c’est que l’auteur semble minimiser la bisexualité. C’est comme s’il ne croit pas en cette identité sexuelle. Je dois vous avouer qu’au départ j’étais peut-être emballée par l’idée de trouver enfin une histoire concernant la bisexualité. Ce ne fut malheureusement pas le cas. Je comprends que ce processus faisait partie du cheminement du personnage principal, Gab. C’est suite à sa relation avec Sarah qu’il se retrouve dans une relation passionnée avec le beau Luc.

Photo : Renaud Bray

Gab tombe en amour avec Luc. Ensemble, ils vivent un amour passionnel. La dynamique du couple étant assez particulière. Vous savez, ce genre de relation où l’on retrouve un dominant et un dominé ? Et bien voici ce qu’est la relation de Gab et de Luc. Gab aime être soumis, se faire traiter de pute, devoir toujours faire des concessions, se détruire. Et c’est ce qui se passe quand son grand amour le quitte. Malgré la séparation, Luc reste toujours très présent dans la vie de Gab, ce qui fait en sorte qu’il a toujours un pouvoir sur celui-ci. Gab est incapable de faire le deuil de sa relation. Ce que j’ai beaucoup apprécié,  même si l’histoire n’est pas réellement abordée dans ce sens, c’est que l’auteur démontre qu’il peut exister, même dans les couples homosexuel-le-s, de la violence conjugale. C’est souvent un fait qui est méconnu ou ignoré.  

Ce que nous pouvons constater dans la lecture de ce roman est l’importance et la présence du jour de l’an. Tous les chapitres finissent et commencent par une nouvelle année. Ce qui nous permet de voir l’évolution – ou dégradation – du personnage. Dans le fond, tout au long du roman, nous suivons les hauts et les bas de Gab. Nous vivons avec lui ses peines, ses déceptions, sa destruction, ses excès et son bonheur.

Je n’avais pas vraiment d’attentes pour ce roman, mais ce ne fut malheureusement pas un coup de cœur. La présence et l’utilisation du sexe est faite correctement, il n’y a rien de vulgaire. Et surtout le roman se lit tout seul. Si vous êtes curieux, je vous laisse être tentés par cette folle aventure de sex, drug and rock n’ roll !

Bouquins et caféine au Café Parvis

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Voici la deuxième édition de notre série Bouquin et caféïne où on a joint deux de nos grandes passions : les livres et le café. Lors de la première édition, nous sommes allées visiter le Café Sfouf sur la rue Ontario; pour lire notre article, cliquez ici.

Cette fois-ci, nous nous sommes rendues au Café Parvis situé sur la rue Mayor. Ce n’était pas la première fois qu’on se rendait à cet endroit, nous avons déjà eu la chance d’y souper un dimanche soir avec certaines collaboratrices : Caroline, Louba, Alexandra, Karina, Fanie, Valérie Valois et Roxanne! Marjorie et moi avions beaucoup aimé l’endroit et l’ambiance, donc nous avons eu envie d’y retourner en duo pour y parler de tout et de rien. On voulait aussi réfléchir à quel bouquin il pourrait être intéressant de lire à cet endroit.

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Un peu comme au Café Sfouf, le café Parvis a un beau mur turquoise qui nous plait beaucoup! Celui-ci est un peu plus délavé et vintage que celui du Sfouf, qui est plutôt ombré! Dans les deux cas, on trouve que ça crée un petit sentiment de détente. Que voulez-vous, on aime la couleur turquoise, le logo du fil rouge en témoigne! Autre point très positif, la hauteur des plafonds!

En ce qui concerne le menu et les cafés, nous sommes restées sur nos classiques ; le latté pour moi et l’americano pour Marjorie. Mon latté était juste assez fort et chaud pour me réchauffer et me tenir réveillée avant notre premier cours en démarrage d’entreprise!  J’ai opté pour une pizza aux poires, roquette et fromage bleu et honnêtement, c’était délicieux. Les poires étaient caramélisées et j’ai été agréablement surprise! Marjorie a mangé la classique margherita blanche, simple et délicieuse. Un classique qui ne se démode pas. La prochaine fois, j’essaierai d’être plus innovatrice dans mes choix et, surtout, d’essayer un de leurs cocktails, qui me semblaient tous délicieux.

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Le bouquin conseillé par Martine
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Je vous conseille de lire Éloge de la lenteur de Carl Honoré. Ce bouquin, je l’ai lu en plusieurs mois et pour être tout à fait honnête avec vous, il me reste encore quelques chapitres, 2 ou 3 je pense. C’est le genre de livre où on ouvre quelques pages le temps de se ressourcer et qu’on ferme ensuite le temps de méditer, assimiler et découvrir toute la portée des mots. Il s’agit en fait d’un ouvrage qui valorise la lenteur dans toute sa complexité. Que ce soit au niveau de l’alimentation, de l’amour, de l’urbanisme ou même du travail, Carl Honoré nous explique en quoi prendre son temps est bénéfique et nous plonge dans le #slowlife.

J’ai débuté ce roman assise dans un café en Grèce, le coeur entièrement léger et l’envie de reconstruire mon quotidien à Montréal empreint de cette #slowlife. J’ai accepté au fil du temps à accepter ma lenteur (à ne pas lire ma paresse!) et surtout mon besoin de slow.

Le café Parvis permet un petit -arrêt- à cette vie effrénée. Plongez-vous dans Éloge de la lenteur et ce, doucement, ne vous pressez pas. Vous finirez le livre dans 6 mois, il n’y a pas de problème. Ainsi, vous découvrirez avec plus d’intensité l’appel de la lenteur.

Le bouquin conseillé par Marjorie

10329041_10204406476575970_7910556620179583733_n 2Pour ma part, j’ai choisi La vie habitable de Véronique côté. J’en avait parlé il y a déjà quelques temps, tout comme Louba qui a aussi abordé l’oeuvre plus récemment.

Ce court ouvrage est vraiment magnifique et inspirant. On y parle de la poésie sous toutes ses formes, de la beauté du quotidien et de la force des moments simples, entre autres. Ce fût vraiment une belle découverte que je conseille à tous. À mon avis, cette lecture s’accorde bien à l’ambiance du Parvis, un après-midi, sur une des tables qui longent la grande fenêtre, avec un petit cahier de notes ou un marqueur, parce que oui, c’est le genre de livre dans lequel vous aurez le goût de souligner pour vous rappeler tout le beau qu’y s’y trouve.

 J’écris pour dire que nous aurons tout à inventer pour que la vie reste vivable ici, pour que nos existences demeurent habitables, et pour dire aussi qu’heureusement, inventer est l’une des activités humaines les plus joyeuses qui soient.

Le secret le mieux gardé d’Asie du Sud-Est

Il existe des passions que l’on peut s’expliquer et d’autres que non. Dans mon cas, le Myanmar fait partie de la deuxième catégorie, il a toujours exercé une étrange fascination sur moi. Pays situé entre l’Inde et la Thaïlande, j’en avais entendu parlé la première fois à cause des violentes répressions politiques qui y avaient lieu. Mais au fil de mes curiosités, il était devenu nécessaire que j’y aille. Derrière tout ce qu’on disait, je soupçonnais quelque chose de beau.

Et je ne m’étais pas trompée.

La magie de la pagode Shwedagon

La magie de la pagode Shwedagon à Yangon

Avant d’y mettre les pieds, le Myanmar (ancienne Birmanie) était pour moi l’altérité absolue, l’Orient fantasmé avec tout son lot de clichés. Mais ce serait vous mentir que de dire que j’y ai été dépaysée. La propension des gens à vouloir établir un lien avec moi a fini par constituer un point d’ancrage bien plus que solide.

Partir n’a pourtant pas été un coup de tête, j’ai longtemps jonglé avec la question. Était-ce éthique d’aller faire du tourisme dans un pays où le régime en place était tristement connu pour ses nombreuses violations des droits humains? Je respecte ceux qui choisissent le boycott, mais mon expérience là-bas n’a fait que me convaincre que j’avais pris la bonne décision. Je ne prétends pas ici que le tourisme consiste en la solution miracle qui enrayera la pauvreté et établira la démocratie, mais je crois que ce sont surtout les habitants qui ont souffert et souffrent encore de l’isolement dans lequel le pays fut plongé. Sans compter qu’il est possible de voyager là-bas tout en respectant ses principes, acheter aux artisans locaux que vous croiserez et loger dans les auberges familiales plutôt que dans les gros hôtels liés au parti en sont des exemples. Il existe même des circuits proposés par certains guides de voyage qui visent à mettre le moins d’argent possible dans les poches du gouvernement.

Aung San Suu Kyi, récipiendaire du prix Nobel de la paix et politicienne se battant pour la démocratie, est d’ailleurs revenue sur ses propos qui appelaient les étrangers à boycotter le Myanmar. Elle a récemment affirmé que le tourisme pouvait être une façon de faire évoluer les mentalités. Des élections sont prévues cette année et elle se présente à nouveau. Tous les espoirs sont permis.

Bagan, des centaines et des centaines de temples

Bagan, des centaines et des centaines de temples

Orwell au pays des millions de pagodes

On connaît certainement le George Orwell de 1984 ou d’Animal farm, mais qu’en est-il de celui de Burmese days ? Avant de devenir le célèbre auteur qui a marqué le XXe siècle, il fut policier colonial dans le nord du Myanmar. Son expérience là-bas aurait inspiré sa plume contestataire. Dans ce premier livre d’Orwell, on y reconnaît déjà aisément son style. Et on grince des dents (plusieurs fois) devant cette description d’un empire colonial britannique aussi odieux que raciste.

Le personnage central du roman, Flory, est un marchand britannique qui vit au Myanmar depuis plusieurs années. Il pourrait facilement être qualifié d’anti-héros, son alcoolisme et son ennui mortel le gangrenant au plus haut point. Pourtant, j’ai ressenti un vif attachement envers lui durant ma lecture. C’est qu’au milieu de ses compatriotes anglais avec qui il se réunit au club, il est bien le seul chez qui on dénote un amour de la culture birmane. Il n’y a d’ailleurs que lui qui entretienne de véritables liens avec les habitants, les autres membres du club tenant fermement à ce qu’aucun natif de l’Asie ne soit admis dans leur cercle. Vous devinerez qu’être épris du Myanmar causera beaucoup de torts à cet homme seul au milieu des défenseurs de l’idéologie coloniale. La solitude n’est d’ailleurs pas une mince affaire chez cet homme, on l’accompagne dans sa débâcle continuelle. Roman de l’échec, il est toutefois parsemé d’une ironie qui permet d’équilibrer la lecture et de ne pas tomber dans un pessimisme total.

Il n’y a aucun doute que Burmese days a su bonifier mon expérience de voyage. En lisant ces lignes, je me sentais un peu plus près de l’histoire de ce pays si méconnu. À travers la vision d’Orwell, je me suis indignée à mon tour et j’ai compris à quel point j’aimais le Myanmar. Plusieurs des habitants lui semblent d’ailleurs reconnaissants d’avoir raconté à sa façon leur histoire. Il y a d’ailleurs une blague qui circule là-bas ; on dit que le célèbre auteur n’aurait pas écrit un roman sur le pays, mais bien trois: Burmese daysAnimal farm et 1984. Les deux autres livres pouvant tout aussi bien s’appliquer au passé et au présent du pays. On ne sait pas trop si l’on doit rire ou pleurer.

Mon histoire birmane

Il n’est pas tâche facile de rendre compte de la mosaïque que représente ce pays. Il faut aussi dire que je n’ai pas tout saisi. Sans parler des régions fermées aux touristes et des nombreuses cultures avec lesquelles je n’ai pas été en contact. Le pays semble dans une constante évolution, j’y retournerai probablement dans dix ans pour y découvrir tout autre chose.

Mais quand j’y repense et que j’essaie de recoller les morceaux, je me rappelle les jeunes filles moines arpentant les rues chaque matin en demandant l’aumône. Crânes rasés, habits roses et oranges, regards curieux en notre direction. Je me rappelle l’énorme serpent adopté par les habitants d’un monastère, il était devenu leur mascotte. Je me rappelle l’employé de l’aéroport si attentionné qu’il a tenu à laver le couvercle du bol de toilette avant que mon copain puisse entrer dans le cabinet. Je me rappelle les furieuses inondations qui ont pris d’assaut le pays et les gens qui se construisaient des radeaux avec des canettes de plastique. Je me rappelle les currys à 1$ et les milles tasses de thé vert. Je me rappelle le vélo dépourvu de freins à Bagan, le plus beau lieu que j’aie jamais vu. Je me rappelle le plus long Bouddha couché au monde, encore en construction. Juste en face, les travaux d’un Bouddha destiné à être encore plus long. Je me rappelle les toilettes « squats » qui semblent te chuchoter gentiment que non, tu n’es pas à la maison. Je me rappelle l’histoire de M. Anthony à propos des moines qui volent dans la capitale. Je me rappelle les gens qui se bousculaient pour nous saluer et qui s’empressaient d’engager la conversation. Je me rappelle les enfants qui pleuraient en nous apercevant. Je me rappelle les enfants qui riaient en nous apercevant. Je me rappelle les pagodes qui brillaient et les bouddhistes prosternés. Je me rappelle les villes où l’on ne croisait que deux ou trois touristes.

Le Myanmar serait donc le secret le mieux gardé d’Asie du Sud-Est.

Mais pas pour longtemps.

Allez-y.

Et qui sait, vous y trouverez peut-être George Orwell vous aussi.

Sagaing, pas très loin de Mandalay

Le temple de Sagaing, pas très loin de Mandalay

Histoire de cultiver l’intérêt :

  • Le film The lady de Luc Besson, qui raconte la vie d’Aung San Suu Kyi et qui nous plonge au coeur de l’histoire politique du pays par le fait même.
  • Le documentaire They call it Myanmar, qui constitue un portrait exhaustif du pays.
  • La bande dessinée Chroniques birmanes de Guy Delisle. Amusante, complète, tout simplement réussie. Une parfaite entrée en matière.

George Orwell, Burmese days, Londres, Penguin books, «Modern classics», 2001[1934], 320 p.

Je ne tiens qu’à un fil mais c’est un très bon fil : Critique commune de la lecture d’octobre

Ce que j’en ai pensé :

Ce livre, à mi-chemin entre le récit autobiographique et l’oeuvre d’art, nous livre le fil de la vie de Sylvie Laliberté, de l’enfance à l’age adulte où elle doit prendre soin de son père vieillissant pris dans le mouroir. Elle est une enfant solitaire, marginale qui grandit dans une famille des plus classiques. Elle se réfugie dans les livres, dans les personnages et tente d’oublier la réalité de sa vie. Elle prend l’autobus très jeune pour se rendre à la bibliothèque et je ne peux faire autrement que d’y voir Matilda de Roald Hahl. En devenant une adulte, elle s’est créée une vie bien à elle, avec son amoureux, ses lectures, sa maison et toutes ces petites choses qui la rendent heureuse.

Je n’avais pas prévu d’être heureuse. Alors si ça arrive des fois, c’est déjà beaucoup

J »ai trouvé ma lecture savoureuse à plusieurs moments, spécialement à la page 132

À chaque jour suffit sa peine. Mais il arrive qu’un jour ne suffise pas à ma peine. Alors je ne me gêne pas, je prends deux ou trois jours de plus.

Je suis contente que dans le cadre du défi En 2015, je lis un livre québécois par mois, nous avons eu la chance de découvrir une oeuvre qui sort des sentiers battus au niveau de la forme. Le bouquin turquoise est présenté sous forme d’album jeunesse. On joue avec la typographique, avec la photographie beaucoup et aussi, avec les mots. Publié chez les Éditions Somme toute, Je ne tiens qu’à un fil mais c’est un très bon fil flirte avec l’autobiographie de manière originale et extrêmement intéressante. Les photographies appuient le propos et le rendent plus vivants, spécialement les passages sur l’enfance.
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Personnellement, c’est la première fois que j’entendais parler de Sylvie Laliberté, cette artiste montréalaise qui ne fait pas qu’écrire des livres, elle écrit aussi des chansons et j’en ressors satisfaite. Je suis contente de cette découverte littéraire, même si j’ai refermé le bouquin trop rapidement à mon goût! Petit bémol, il se lit siiiii rapidement !

Ce que Karina en a pensé :
Vous voulez vivre 30 minutes de pur bonheur ? Alors lisez le roman de sylvielaliberté et vous en sortirez heureux-se. Plus je tournais les pages, et plus j’avais le sentiment de me reconnaître dans l’histoire de sylvielaliberté.

Il est facile de s’attacher à ce petit livre, à sylvielaliberté, cette femme qui se livre à nous comme un livre ouvert. Elle s’amuse à jouer avec les mots et à créer de magnifiques phrases que tu as envie d’afficher partout. Elle joue aussi avec ses livres, qu’elle empile l’un par-dessus l’autre pour en faire aussi un jeu de mot.

Le livre que sylvielaliberté nous offre est très dynamique, que ce soit par les photos, les caractères différents ou les mots utilisés. sylvielaliberté a fait en sorte que j’aime encore plus les mots, leur signification et leur pouvoir réconfortant.12178035_641890785953893_2123059183_n

sylvielaliberté ne nous parle pas seulement de son amour pour les mots et de leur pouvoir. Elle nous parle beaucoup d’elle et ce qui fait en sorte qu’elle est comme elle est. Elle nous parle de son amour et des attentions particulières qui se portent l’une à l’autre (de quoi rendre jaloux-se les gens au cœur – un peu – quétaine. Elle nous parle également de sa relation avec son père. Cette partie du livre est particulièrement touchante, puisqu’on voit comment elle est significative pour elle.

En fait, le roman de sylvielaliberté porte sur l’identité. Elle nous explique ce qu’est une sylvielaliberté, comme si elle était une bête à part. Parce que pour elle, le mot liberté a une signification particulière qu’elle ne croit pas toujours accomplir.

Lire son livre nous aide à nous connaître également, à faire une introspection de tous ces mots qui nous entourent et qu’ils ont une importance pour nous. Pour terminer, je ne peux que vous conseiller ce petit bijou. Merci sylvielaliberté.

Ce que Marjorie en a pensé :

Comment ne pas aimer une oeuvre aussi belle et atypique que celle de Sylvie Laliberté. Comment ne pas apprécier une lecture qui joue aussi bien avec les mots, tant sur les pages que dans les phrases.

C’est court, peut-être trop, mais en même temps une partie du charme de ce roman se trouve dans sa brièveté, dans l’appréciation du moment pris pour lire chacune des pages, pour observer les détails dans les photos, pour relire certaines phrases, pour savourer les mots choisis pas l’auteure.
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Pour reprendre les mots de Karina « Elle joue aussi avec ses livres, qu’elle empile l’un par-dessus l’autre pour en faire aussi un jeu de mot. » Cette idée de jeu, de jeu de mots, d’images, est omniprésente dans l’oeuvre, je dirais que c’est ce qui la rend si unique et agréable. Considérant les maintes autres cordes à l’arc de Sylvie Laliberté – artiste visuelle, auteure-compositeure-interprète-vidéaste  (j’ai fait mes petites recherches), il n’est pas étonnant de se retrouver face à un roman qu’on pourrait facilement qualifier de multidisciplinaire.

Ce fut donc une belle découverte qui piqua ma curiosité. Je compte bien me procurer ma propre copie car c’est le type d’oeuvre à laquelle tu reviens, de temps à autre, par simple plaisir.

 Ce que Louba Christina en a pensé

Je ne tiens qu’à un fil, mais c’est un très bon fil est la dernière réalisation littéraire de l’écrivaine et artiste visuelle (plutôt multidisciplinaire) Sylvie Laliberté. Ce magnifique ouvrage m’a accompagnée durant mes quelques jours de saucette culturelle à Montréal au début de l’automne. De la Gaspésie, Montréal n’est pas la porte voisine, mais j’aime bien m’y retrouver quelques fois pour sortir de ma bulle et m’en créer une toute nouvelle. Me retrouver. Sorte de petit voyage identitaire.

Je ne tiens qu’à un fil, mais c’est un très bon fil, c’est comme qui dirait une quête ou un besoin de rassembler tous les morceaux pour se reconstituer dans le présent à partir de fragments. Revenir sur le passé pour se frayer un chemin dans le présent jusque dans l’avenir. C’est ce qu’a fait Sylvie Laliberté avec ce récit morcelé, qu’elle a brillamment illustré de photographies prises par elle.12179598_641890789287226_1448176896_n

Ça parle de la petite enfance, de la famille, d’être différent quand on est hypersensible ou artiste, ça parle aussi des autres, de l’amour, des choix de vie, de l’endroit d’où l’on vient et de l’endroit où l’on choisit d’habiter. C’est le parcours en vol plané de son histoire personnelle et de la nôtre aussi, habitants du monde.

Aux premières lueurs de ma lecture de ce récit, je ne savais pas quoi penser d’un livre où il n’y avait que des phrases courtes et larges écrites comme des slogans publicitaires ou comme des titres de livres accrocheurs, entrecoupés de photos d’où les thèmes semblaient se reproduire d’une page à l’autre.

Dans le passé, j’ai parcouru déjà Je suis formidable mais cela ne dure jamais très longtemps, paru en 2007. Je savais pourtant à quoi m’attendre. C’est peut-être mon habitude des romans plus classiques (sans image, avec du texte quasi sans espace pour respirer, pour réfléchir, pour m’évader…). Mais je suis ainsi, si souvent en confrontation avec ce qui me rentrera le plus dedans. Une forme de protection.12179370_641890815953890_912610_n

Les propos de l’artiste (écrivaine, artiste, auteure, femme) sont immensément loin d’être anodins. Ce n’est pas parce que ça semble simple aux premiers abords et que c’est écrit dans un vocable familier que c’est vide et sans intérêt. Loin de là !

Chaque passage de ce récit pèse une tonne dans mon esprit et dans mon cœur. Les propos sont vastes, si vastes que je n’ai aucun mal à entrer dedans, à faire mon nid et à observer et penser le monde, celui qui m’habite et celui que j’habite. Une brèche s’ouvre en chaque phrase pour nous donner tout l’espace nécessaire à la contemplation. Ils contiennent toutes les images, les émotions, les histoires et tous les mots, les époques, les rêves et les souvenirs, comme un trésor sans fin dans une petite boîte sans mur de carton brun.

Assise sur un banc, les doigts gelés par le vent, j’ouvrais le livre pour lire une phrase. Une page à la fois, une phrase ou une image. Et puis je refermais le livre pour voir le monde grouiller autour de moi et dans mes pensées. Je méditais longuement, avant de me replonger, emportée par la curiosité de poursuivre ma lecture.

J’ai l’envie folle de tapisser ma vie de phrases comme : «C’est là, dans les livres, que j’ai appris que je n’étais pas seule : j’étais avec moi.» «La nuit, j’écoute le silence. Celui situé en dessous du bruit des roues des camions. Il y a du silence partout mais souvent, il est en dessous.» «Ce matin, il n’y avait pas de papier d’amour. Il me téléphone pour me prévenir. Je lui réponds que j’ai bien lu sur la table déserte, qu’il m’aime mais qu’il était pressé. À la fin de notre conversation, je dépose le combiné très très doucement, comme s’il était dedans. Il est ma preuve de la vie sur terre.» «Des fois, je m’enflamme. Je prends en feu. Après, je dois renaître de mes cendres.»

La métaphore de la guerre menée aux livres est absolument parfaite. Les images parlent tellement fort qu’on a presque pas besoin de mots.

Sylvie, c’est la femme qui s’accroche à la fillette en elle pour garder toujours et à jamais, intacte un regard vrai et sien sur le monde qui l’entoure. Pur même, c’est rose et noir aussi. C’est le mélange du beau et du laid, avec bien de l’espoir (vert ou turquoise) et du temps. Un beau mélange à gâteau, oui !

Je retournerais avec plaisir entre les pages de cet objet aux couleurs éclatées quand j’ai le goût de pleurer ou de sourire aussi des fois. Et je les partagerais aussi, avec les gens que j’aime pour faire éclater des ballons aux fils longs comme des vies dans leur cœur d’enfant.


Merci à Louba pour les photos ! 

Autour des livres : Rencontre avec Catherine Rochefort, étudiante en littérature, #CathLit

Connaissez-vous le questionnaire de Proust ? Il s’agit de questions posé par l’auteur Marcel Proust, principalement connu pour sa majestueuse oeuvre À la recherche du temps perdu. Celles-ci permettent de mieux comprendre ou connaitre quelqu’un. Dans ce questionnaire, on y trouve des questions telles que La fleur que j’aime ou Mes héroïnes préférées dans la fiction. L’animateur littéraire Bernard Pivot s’est inspiré de ce questionnaire pour créer le sien, qu’il faisait passer à ses invités à son émission Bouillons de culture. C’est ainsi que m’est venue l’idée de créer un questionnaire Le fil rouge où on pourrait en apprendre davantage sur une personne et ce, au sujet de ses habitudes de lecture, de création, d’organisation et au niveau de ses préférences littéraires.
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Pour cette édition, nous vous présentons Catherine Rochefort, une passionnée de littérature qu’on a découverte sur Instagram avec le mot-clé #CathLit où elle rassemble toutes ses lectures. Nous avons remarqué beaucoup de similitudes avec nos propres lectures et c’est ainsi qu’on s’est mutuellement mises à se « suivre ». Catherine effectue un retour aux études en littérature tout en travaillant en communications dans le milieu de l’édition. Voici donc une intrusion dans sa bibliothèque et dans ses habitudes d’écriture et de lecture!

Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?
Le livre illustré Le pique-nique de Babar par Jean de Brunhoff. C’est le premier livre que j’ai lu seule sans l’aide de mes parents. J’étais fière de moi ! Je savais probablement plus l’histoire par cœur que je ne savais reconnaître les mots, mais pour une petite fille de 5 ans c’était tout un accomplissement !

Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?
Je ne me souviens plus de mes lectures d’enfant mis à part Babar. Par contre, à l’adolescence j’ai lu les magnifiques romans d’Anique Poitras : La lumière blanche, La Deuxième Vie et La Chambre d’Éden, tome I et II. Ces livres ont vraiment marqué mes années au secondaire. Comme plusieurs adolescentes de mon âge, je me reconnaissais beaucoup à travers les personnages.

Aujourd’hui, j’aime beaucoup lire lorsque je suis en déplacement ; dans le métro, dans le train, dans l’avion, dans la voiture. Ce sont les périodes de lecture que j’affectionne le plus. Il y a quelque chose de particulier dans le fait de passer d’un point A au point B au fil des pages.

Je n’ai pas d’heure ou d’endroit de prédilection. J’aime lire partout, tout le temps. Je suis, par contre, incapable de lire plus d’un livre à la fois, que ce soit un roman, un essai ou même une revue. Je dois en finir un avant d’en commencer un autre. J’aime être entièrement absorbée dans ma lecture. Et j’ai une mémoire absolument nulle. Des plans pour que je mélange les histoires et les personnages !

As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

L’écriture est toute récente pour moi. Je n’ai pas encore développé un rituel particulier. J’écris mes idées et les phrases qui me viennent au fur et à mesure dans mon carnet ou dans mon téléphone. Souvent, l’inspiration me vient lorsque j’éteins la lumière pour dormir ou au retour d’une grande marche.

Je pense intégrer une période d’écriture d’une heure à ma routine quotidienne à travers le yoga, le travail, l’école et la lecture. J’y travaille !
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Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?
Les textes de Sabrina Dumais sur son blogue jelefaispourmoi.com sont une grande source d’inspiration. La lecture de ces billets a tranquillement fait grandir en moi l’envie d’écrire. Mais ce n’est qu’après avoir dévoré Les fantômes fument en cachette de Miléna Babin que je me suis vraiment donné la permission d’écrire. J’ai sorti un carnet et j’ai noirci cinq pages d’un trait. L’envie d’écrire s’est intensifiée à la deuxième lecture de Patchouli de Sara Lazzaroni. Ces deux jeunes auteures m’ont vraiment poussée à développer mon côté créatif que je n’exploitais pas vraiment. J’avais finalement besoin d’écrire.
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Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ? Patchouli de Sara Lazzaroni. Une première lecture au printemps 2014 que j’ai aimée, mais sans plus. Je l’ai relu à l’automne de la même année, dans une période où je me posais beaucoup de questions existentielles et c’est maintenant un des livres qui a marqué la suite des choses. J’avais de la difficulté à cerner ce que je voulais de la vie (je n’ai pas encore tout à fait mis le doigt sur le X, mais cela se définit de plus en plus !). Ce court roman m’a fait un bien fou au bon moment. J’ai de la difficulté à l’expliquer, à mettre des mots sur ces émotions, mais il s’est définitivement passé quelque chose !

Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait ?
Le monde de Boris Vian dans L’écume des jours m’a totalement fascinée ! J’ai lu ce livre alors que j’étais au Cégep, mais ce n’était pas une lecture obligatoire pour un cours. Vous dire comment j’ai trippé ! Je suis très ancrée dans la réalité et le quotidien dans mes choix de lecture. La science-fiction et le fantastique ne m’attirent pas du tout. L’histoire de Vian m’a déstabilisée et m’a fait vivre des émotions que je n’avais jamais ressenties à la lecture d’un roman. J’aimerais beaucoup vivre dans ce monde et déguster un cocktail de ce Pianocktail !

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner ? Je ne suis pas forte sur la relecture. Je n’ai relu que trois livres à date. Je revois davantage de films que je relis de livres. J’ai relu Pays sans chapeau de Dany Laferrière, qui était au programme dans deux de mes cours de français au Cégep, De l’utilité de voyager léger de Catherine Lefebvre dont l’envie de le relire me prend depuis 3 trois ans à chaque mois de juin. J’aime particulièrement la personnalité attachante et indépendante d’Elsie, le personnage principal. J’aimerais parcourir le monde avec autant de liberté et de vivacité qu’elle. Et bien sûr Patchouli de Sara Lazzaroni.

8. Quel est ton mot préféré de la langue française ? La question m’a justement été posée dans un de mes cours cette semaine. Je n’ai pas su quel mot répondre ! En choisir qu’un c’est immensément difficile. Je considère que je n’en connais pas encore assez pour arrêter mon choix sur un seul. J’aime particulièrement : ailleurs, véhémence, pluie, maintenant…

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ? Veiller la braise de Sara Lazzaroni, mon coup de cœur de la rentrée. Une plume douce, authentique et imagée. Je rêve de pouvoir raconter ainsi. Les mots coulent et l’amour prend forme. C’est magnifique ! Il faut lire Sara Lazzaroni.

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre ?
Que dire de ces vingt-cinq dernières années ? Je n’en sais trop rien ! Beaucoup et peu à la fois. Entre impulsivité et contradictions peut-être ? Je vais prendre de l’âge et vous revenir sur cette question !


Les photos proviennent du Instagram de Catherine : @cathrochefort 

Le fil rouge tient à remercier Catherine pour sa participation à la série Autour d’un livre!

La trahison des corps de Stéphanie Deslauriers, une ode à la vie

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La trahison des corps, c’est le récit écrit au JE de Camille, qui prend la décision, suite à des virulents traitements de chimiothérapie, de se laisser mourir, de ne pas se battre contre sa maladie, ou du moins de ne pas se battre pour si peu de promesses, soit quelques mois de plus. Son destin est scellé, son corps l’a trahie, le verdict est fatal, il ne lui reste que quelques mois à vivre. Camille reprendra le contrôle sur son existence et par le biais de l’écriture, nous racontera les grandes lignes de sa vie qui l’ont menée à dire adieu à la vie de manière si calme, si déterminée et surtout si sereine. Paradoxalement, c’est aussi le récit d’une femme dans la quarantaine qui s’émancipe enfin et qui meurt en entière connivence avec elle-même.

Le roman débute lorsque Camille explique sa vie quotidienne, son travail comme enseignante en art plastique, sa vie monotone avec sa fille adorée et son chum un peu plate. D’emblée, elle semble bien, en apparence surtout, mais plus l’histoire avance, plus on découvre l’inconfort constant dans lequel est plongée Camille. Sa relation conjugale avec Mathias, un avocat jamais présent ne lui offrant aucun réel plaisir, irait-elle jusqu’à avouer ne jamais l’avoir réellement aimé, sera un élément fondateur de son mutisme émotionnel. Le frère de Camille est décédé lorsqu’elle était encore très jeune et toute sa vie elle a dû porter la douleur de sa mère. Elle croit fermement que cette dernière aurait aimé mieux la voir mourir à la place de son frère. La douleur d’être vivante, de ne pas pouvoir remplacer l’autre, a mener l’entièreté de sa vie. Et la relation avec sa mère a toujours été très conflictuelle, dû à ces raisons, mais aussi dû à l’intolérance de la mère pour les différences et la marginalité de Camille. On sent chez cette femme une grande froideur et une énorme plaie jamais pansée.

C’est ainsi que Camille raconte les moments charniers de sa vie, où elle s’est enfin trouvée et respectée. Il y a la peinture. Cette passion qui a fait d’elle une enseignante en arts a longtemps été aux oubliettes durant sa relation avec Mathias.  Pourtant, le moment où elle s’est décidée à racheter du matériel et à se remettre à peindre est charnier dans son existence, elle se retrouve petit à petit.

Toutefois, on sent que la vraie source d’émancipation de Camille, c’est la rencontre de Jacinthe. Le récit nous laisse réellement penser à un coup de foudre entre ces deux femmes. Camille nous raconte les premiers instants où elles se sont croisées, leurs attirances mutuelles, leur complicité sexuelle et intime, elle raconte comment avec Jacinthe, elle a découvert c’était quoi d’aimer et surtout, combien sa relation était sans valeur et sans sens. Elle quittera donc le père de Jade-Anaïs et vivra une histoire d’amour des plus sincères et émancipatrices avec Jacinthe. L’histoire nous amène dans les premiers moments en famille où Jade rencontre Jacinthe pour la première fois et dans les difficultés familiales de Camille avec sa mère qui ne comprend pas les sentiments de sa fille.

Au final, Camille revient sur les moments phares de sa vie, ceux qui l’ont menée, un soir, à s’enlever la vie. Elle savait avec détermination l’issue de son sort, elle allait mourir de son cancer qui la ravageait. Toutefois, elle décida de ne pas se laisser mourir à petit feu et pris le contrôle entier de son existence, elle allait choisir comment mourir et elle était consciente d’avoir là une chance de bien faire les choses. C’est ainsi qu’elle choisira les photographiques présentes dans le montage lors de ses funérailles, de son urne, etc.

Stéphanie Deslauriers a écrit un très touchant roman où plus les pages tournent, plus on sent que Camille évolue et devient réellement la vraie version d’elle-même. Je trouvais beau de lire le récit d’une femme bien dans sa peau, fière et épanouie. L’amour que portait Camille pour sa fille m’a émue à plusieurs reprises, j’ai ressenti la douleur de la jeune adulte face à l’annonce du cancer de sa mère et ça m’a ramenée à de vieux sentiments enfouis. L’écriture coule du début jusqu’à la fin, assez pour lire le bouquin d’un coup.

Le coup de maitre de Stéphanie Deslauriers est de ne pas nous faire verser des larmes à la fin, mais tout au long du récit. Quand Camille décide de partir, le lecteur comprend et est prêt. On sait à quel point la vie de Camille a été pour elle fabuleuse, remplie d’amour et de tendresse et on sent tout à fait que ses grandes histoires d’amour – avec elle-même, avec l’art, avec sa fille et avec sa Jacinthe- l’ont rendue si heureuse et comblée qu’elle accepte avec apaisement que sa vie se termine.

Je n’ai eu qu’à penser une nanoseconde à ce que je voulais laisser en héritage à ma fille pour me ressaisir : hors de question que les images qui resteront de moi soient celles d’une femme rongée par la peur, le désespoir et la mort. La plus belle chose que je pouvais lui laisser c’était une mère heureuse. Une femme heureuse. Ce que j’étais, ce que je suis toujours.


Le fil rouge tient à remercier les Éditions Stanké et plus précisément Patricia Lamy pour le service de presse.