Derniers Articles

le fil rouge, le fil rouge lit, bibliothérapie, essai, littérature, lecture, livres, livres qui font du bien, Hubert Reeves, J'ai vu un fleur sauvage, L'herbier de Malicorne, fleurs sauvages, nature, écologie, Seuil

Un baume léger pour adoucir l’hiver et attendre le printemps

Il neigeait à plein ciel lorsque j’ai ouvert, pour m’y plonger, le dernier livre d’Hubert Reeves : J’ai vu une fleur sauvage, l’herbier de Malicorne, un véritable herbier tout en photos, en délicatesse et en simplicité. Véritable ode à la beauté de la nature sauvage qui ne demande qu’à être reconnue et appréciée, ce livre nous présente une quarantaine de fleurs qui embellissent les campagnes de France et parfois d’ici. C’est accompagnée d’une neige duveteuse et collante, doux rappel que l’hiver allait s’accrocher encore un peu malgré l’approche éminente du printemps, que je me suis laissée raconter la beauté de ces fleurs sauvages.

L’homme qui aimait les fleurs sauvages

Astrophysicien, vulgarisateur scientifique, environnementaliste, militant : Hubert Reeves est un homme d’envergure. Il m’impressionne par l’étendue de son savoir, de son implication, mais aussi par sa capacité de s’émerveiller. S’émerveiller pour les grandes choses et les petites, pour notre planète avec laquelle il souhaite nous faire reconnecter. C’est justement ce qu’il souhaite faire avec cet herbier composé des fleurs poussant à Malicorne, le village français où il est établi depuis plusieurs années. Il y a d’ailleurs planté une forêt d’arbres géants qui, il l’espère, lui survivront plusieurs décennies. À travers les pages du livre, il nous livre ses appréciations, ses observations, ses anecdotes et quelques-unes de ses réflexions accompagnées des nombreuses photographies de Patricia Aubertin.

Un plaisir inattendu

Lecture assez légère et très accessible, elle m’a surprise et touchée d’une façon que je ne m’y attendais pas. J’étais attirée par ce livre en raison de sa deuxième partie appelée « propos botaniques » où je croyais avoir accès à des réflexions de nature plus écologiques, des constats sur les changements de la biodiversité, des idées plus pratiques aussi à propos de la façon d’aider les fleurs sauvages à fleurir nos milieux de vie. Tout cela est abordé, mais avec une certaine légèreté. On allume les consciences et on donne envie de faire une différence, doucement.

Quant à la première partie du livre, la présentation concrète des fleurs avec leurs caractéristiques, elle me semblait être un préambule sympathique aux réflexions, mais sans plus. C’est pourtant cette partie qui m’a le plus touchée. Certaines de ces fleurs ont habité les printemps et les étés de mon enfance, et j’ai été agréablement étonnée de les retrouver là, chacune d’elles étant comme une découverte et un souvenir à la fois. J’ai eu le privilège de grandir à la campagne et cet herbier m’a fait réaliser la chance d’avoir eu ces fleurs comme paysage. Je me suis vue, petite, cueillir des bouquets de pissenlits, de marguerites, de boutons d’or et autres pour ma mère. Je me suis vue sentir, toucher, décortiquer pétale par pétale, feuille par feuille, certaines de ces fleurs pour les découvrir. En fait, je me suis vue, enfant, m’arrêter pour contempler et toucher la beauté de la nature. Et c’est là l’objectif d’Hubert Reeves : retrouver le plaisir de prendre le temps, de contempler et de s’émerveiller.

« Notre planète possède tant de merveilles qu’une seule vie et même plusieurs ne suffiraient pas à les connaître toutes. Certaines sont trop loin, trop difficiles d’accès. Mais il en est d’autres qui sont à notre portée et que, pourtant, souvent nous ignorons, simplement parce qu’elles ne nous ont pas été présentées. C’est dans cet esprit que j’écris ce livre. »

Je me doute que le plaisir que j’ai éprouvé à parcourir cet herbier ne sera  pas le même pour tous, mais je crois qu’il est un bon point de départ pour découvrir l’œuvre littéraire foisonnante d’Hubert Reeves. C’est aussi un bon compagnon pour la langueur des derniers mois d’hiver qui nous fera patienter avant l’arrivée du printemps. Et je sais bien que je devrais attendre encore quelques semaines, mais j’ai déjà hâte de m’aventurer dans les sentiers près de chez moi et de me laisser charmer par la nature qui s’éveille.

Et vous, quel genre de lecture vous aide à attendre le printemps?

Club de lecture: Petite Madeleine

Café Sfouf, 27 janvier 2018

Petite Madeleine de Philipe Lavalette fut la première lecture choisie dans notre nouveau groupe du samedi, presque entièrement constitué de nouveaux visages. Nous nous retrouvons, comme souvent lors de nos premières séances, au café Sfouf.  Nous faisons un tour de table pour connaître toutes ces nouvelles femmes avant d’entrer dans le vif du sujet… et de passer une commande de breuvages chauds, bien entendu.

Alors, qu’en avez-vous pensé ? 

Regard documentaire 

Personne n’a pu s’empêcher de faire un lien avec La femme qui fuit de Anaïs Barbeau-Lavalette, fille de l’auteur. On retrouve, dans les deux oeuvres, un récit de filiation, une lignée de femmes, un fort désir de comprendre d’où on vient et un tout aussi grand désir de quête, de mise en mots de ce retour aux souches.

Nous avons tout de même essayé de ne pas trop comparer les deux oeuvres. Il y a, bien entendu, des liens, mais Petite Madeleine reste très différent de La femme qui fuit. D’une part, l’histoire se déroule en  France à l’époque d’Henri Matis, donc bien avant Borduas et Barbeau. De plus, Philipe Lavalette propose une approche beaucoup plus documentaire à sa propre histoire, il cherche à reconstruire la vie de sa grand-mère de façon très réaliste, sans chercher l’émotion, il reste dans le factuel. En un sens, cette approche concorde bien avec le personnage de Madeleine qui ne nous donne pas non plus accès à ses émotions, mentionne l’une des participantes.

Missives et émotions

L’émotion, on la retrouve dans ces missives insérées ici et là à travers deux chapitres. Ces lettres, en italique, détonnent pour certaines alors qu’elles ajoutent un je ne sais quoi pour d’autres. Les avis sont partagés sur la question. En fait, certaines trouvent que ces lettres non datées coupent le rythme du récit, alors que d’autres trouvent qu’elles apportent des réponses à des questions. Par contre, nous avons dû nous questionner à savoir si ce choix des lettres avait été fait consciemment ou si elles avaient été ajoutées plus tard dans le processus d’écriture. Nous ne le sauront peut-être jamais, mais la question, légitime, fut intéressante à débattre.

Briser la lignée

La lignée de femmes qu’écrit Lavalette est celles de mères monoparentales, de femmes fortes mais froides, passives mais non-soumises. Le récit, peut-être trop court pour y faire vivre pleinement toutes ces femmes, raconte trop rapidement la filiation et la transmission. Il y a, à la fin, dans cette cassure de la lignée, dans le choix de rester, une certaine libération, un bris de statu quo qui se perpétuait parmi les femmes de cette famille. Les participantes ont aussi ressenti, à travers cette lignée de femmes, un certain besoin de l’auteur de justifier le  « pattern » perpétué comme un acte de loyauté. Ou peut-être était-ce seulement  un besoin de comprendre ce qui a poussé ces femmes à choisir, l’une après l’autre, la monoparentalité, jusqu’à cette petite Madeleine, ni la première, ni la seconde mais bien la troisième, celle avec qui se termine le récit.

En somme, ce livre à la fois personnel et documentaire n’a pas peut-être pas su toucher toutes les participantes, mais il a  néanmoins apporté  une multitude de discussions sur l’approche et la construction du récit, l’histoire et l’idée de filiation ainsi que la place des femmes dans l’oeuvre.

anne shirley, Autour des livres, Bibliothérapie, Bridget Jones, Cheryl strayed, Dodie Smith, Fifi Brindacier, Geneviève Drolet, Harper Lee, Harry Potter, Jane Austen, Katherine Pancol, La dame du Nil, Le fil rouge, le fil rouge lit, livres, littérature, lecture, les livres qui font du bien, caractères, Martine, Muriel Barbery, personnages de roman, réflexion, Siri Hustvedt, Stieg Larsson

Quel personnage de roman êtes-vous? Les fileuses témoignent

Il y a des livres dont les personnages nous touchent plus particulièrement. Que ce soit par leur attitude, leur situation, leurs traits de caractère, leur histoire… Et si ce personnage, c’était nous?

Selon notre état d’esprit du moment, notre propre histoire ou notre vécu, nous allons nous attacher à un personnage en particulier. N’avez-vous pas remarqué? De même que certains nous énervent, nous titillent, nous font sortir de nos gonds, je remarque  pour ma part que je suis souvent attirée par un trait de personnage, parce qu’il renvoie une certaine image de moi, quelqu’un qui me ressemble (ou à qui j’aimerais ressembler!). Cette façon de s’identifier me rassure, me conforte ou a contrario me confronte…

Des rôles différents

Quand je choisis un ouvrage, je me rends compte que j’ai, bien sûr, tendance à me tourner vers une histoire qui me ressemble, me touche ou me pousse à la réflexion. Il en va de même pour les personnages. Durant toutes mes années de lecture, je me suis vue sous les traits de toutes sortes de personnages, selon ma situation.

Ils ont été comme des miroirs, des amis, des âmes-sœurs. J’ai ri avec eux, pleuré avec eux, partagé leurs peines, leurs émotions, leurs victoires personnelles, leurs aventures…

Enfant, j’aimais me représenter sous les traits de Martine, indépendante, sage, forte, à qui il arrive toutes sortes d’aventures. Puis je me suis liée d’amitié avec Bridget Jones pour son côté déluré, spontané et espiègle. J’ai été tour à tour la Lisbeth de Stieg Larsson, la Joséphine de Katherine Pancol, la Elizabeth de Elizabeth Gilbert, la Mia de Siri Hustvedt, la Mme Michel de Muriel Barbery, la Dorothée de Geneviève Drolet…. Mais à date, le personnage qui m’accompagne serait Cheryl Strayed dans Wild. Je me sens particulièrement proche de cette femme qui ose partir seule sur les sentiers du Pacific Crest Trail, affrontant ses peurs, ses propres démons et son chemin de vie, sans vraiment savoir dans quoi elle s’embarque. Malgré les doutes et les angoisses, elle continue de marcher, d’avancer… un pas après l’autre. Je l’admire beaucoup pour sa persévérance, sa force intérieure, son propre cheminement.

J’ai posé la question aux fileuses, et je vous laisse découvrir à quel personnage de roman elles s’identifient le plus en ce moment.

Ce qu’en disent les fileuses

Marika De mon côté, il s’agit du personnage de Severus Rogue dans la série Harry Potter. Rogue est un personnage extrêmement nuancé, ce qui le rend humain et crédible aux yeux des lecteurs et lectrices. Le sacrifice qu’il fait au nom de l’amour est l’une des plus belles preuves d’humanité qu’il m’ait été donné de voir dans toute ma vie de grande lectrice.

AnaïsPour ma part, je dirais que c’est Hatchepsout, dans La dame du Nil. Cette Égyptienne a été la seule femme à devenir pharaon, quand j’ai lu ce livre (inspiré de la vie de la vraie Hatchepsout) je la trouvais forte, avec du caractère, elle m’inspirait beaucoup. C’est un vieux livre mais qui fait encore écho en moi.

Marie Anne : Pour moi, ça serait Cassandra dans Le château de Cassandra, de Dodie Smith. Je l’ai lu à 16 ans, et je me souviens très exactement de mon état d’esprit après avoir terminé ma lecture. Cassandra et moi avions le même tempérament et les mêmes ambitions. Nous affrontions les mêmes problèmes et je pense que j’ai jamais été aussi profondément bouleversée par un personnage de fiction.

Joëlle : Le premier personnage qui me vient en tête c’est Anne Shirley de Anne…la maison aux pignons verts. J’adore son enthousiasme et le fait qu’elle pose un regard différent sur ce qui l’entoure. Son imagination débordante me fascine. C’est toujours un plaisir de voyager dans son univers.

KarinaPour ma part c’est Elizabeth Bennet dans Orgueil et préjugés, de Jane Austen. Je me rappelle l’avoir lu au secondaire et je me suis reconnue dans l’humour du personnage. Ce roman à révélé mes premières fibres féministes.

Martine : Je pense qu’un de mes personnages préférés (et marquant) est Fifi Brindacier. J’aime sa détermination, son courage et son indépendance. C’est un beau modèle pour les jeunes et les moins jeunes! Elle est elle-même et ce, peu importe ce que la société lui dit d’être … et elle m’a donné envie d’être rousse!

JulieUn des personnages qui m’a le plus marqué dans mes lectures récentes, c’est Scout, dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, de Harper Lee. Une petite fille pleine d’intelligence, d’humour, d’innocence (dans le bon sens du terme) et d’empathie, qui découvre plutôt violemment que le monde des adultes est plein d’incohérences, d’intolérance et d’injustice… et qui découvre en même temps qu’il est possible de combattre tout ça avec les mots et l’écriture.

CamAlors moi depuis l’enfance c’est Anne Shirley, de Anne de la maison aux pignons verts. J’adore son imagination, son amour des livres et …le fait qu’elle soit enseignante, comme moi !

CarolineHum, je vais aller pour la célèbre Bridget Jones dans mon cas. Candide, romantique, spontanée, gaffeuse à souhait, un peu naïve et folle mais surtout terriblement attachante. J’ai tenu un journal pendant de nombreuses années et je suis certaine que ce livre y est pour quelque chose. C’est aussi sûrement un des premiers livres qui m’a donné envie d’écrire.

Alors selon vous, quel personnage de roman vous touche le plus? Lequel d’entre eux êtes-vous en ce moment et pourquoi? Dites-nous tout !

deuil amour relationamoureuse relationd'amitié éloged'unefemme gallimard l'unetl'autre laplusquevive christianbobin leslivresquifontdubien livres littérature lefilrouge lefilrougelit bibliothérapie lecture

Le goût d’aimer

Dans ce roman, au détour de chaque page on s’enfarge, on relit, on ferme les yeux pour méditer sur une phrase, l’usage d’un mot, sa signification. Christian Bobin a réussi à faire de La plus que vive un recueil de citations sur la vie, la mort, l’amour. Et pourtant, ce n’est pas du tout, avouons-le, une mince affaire.

Même aujourd’hui je ne peux t’imaginer autrement que réfractaire, échappée, ton cœur fuyant dans la lumière. Je t’ai toujours sue inaccessible même dans la plus claire proximité. Je t’ai aimée dans ce savoir.

L’éloge de l’authenticité

Genre de biographie non linéaire sur une femme connue de l’auteur, on n’entre finalement jamais dans le détail. En fait, il s’agit de l’étalement de ce que cette Ghislaine signifiait pour l’auteur. Signifi-ait parce qu’en fait, Ghislaine décède à quarante-quatre ans. Et ce drame, élément déclencheur de l’écriture du roman, devient dans La plus que vive une raison d’évoquer les plus belles choses de la vie.

Avec ce livre, on prend conscience de l’importance des moments ordinaires, anodins, puisque ce sont eux qui révèlent nos personnalités et les liens sincères de nos amours et de nos amitiés. En même temps, il ne faut pas leur accorder concrètement cette importance, car ils perdraient automatiquement de leur légèreté. Y penser, mais sans y penser…?

Même s’il s’agit de l’éloge d’une inconnue, c’est vraiment beau à lire! Deuxième lecture en ce mois de février, je suis convaincue qu’elle sera suivie de bien d’autres encore, à un des moments de ma vie où j’aurai besoin d’inspiration. Car oui, ce livre est inspirant : en accordant tant de place à une femme qui a pour plus grand mérite celui d’avoir été elle-même tout au long de ses quarante-quatre ans, on se rend compte de notre propre valeur en tant qu’êtres uniques, de ce qu’on peut apporter aux autres dans nos particularités.

Ce petit bijou d’une centaine de pages (dépendant des éditions) se lit en un clin d’œil. Les livres courts sont parfois inversement proportionnels à la durée de leur écho en nous : c’est le cas ici.

Le goût d’aimer

Christian Bobin donne tout simplement le goût d’aimer, à travers ses façons magnifiques d’évoquer ce sentiment fort et phare dans le parcours de Ghislaine.

[aimante] C’est un mot que tu portes à merveille, comme ces foulards de soie bleue autour de ton cou, ou ce rire dans tes yeux lorsqu’on venait de te blesser.

Êtes-vous déjà tombé(e) sur le livre qui vous accompagnera toute votre vie, ou pendant un bon moment?

Si non, La plus que vive vous attend…

La quête de soi

De synthèse de Karoline Georges, c’est le type de roman qui prend du temps à s’installer. Une fois bien en place, il est cependant presque impossible pour son lecteur de ne pas vouloir en connaître la fin.

Mes attentes et ma barre étaient très hautes, je dois l’admettre: j’avais vu qu’il avait été nommé par de nombreux médias comme étant l’un des meilleurs romans de 2017. Je n’ai pas été déçue. J’ai pourtant eu pas mal de difficulté à vous écrire ce que j’ai réellement pensé de ce roman bien particulier.

Karoline Georges signe ici son quatrième roman et, pour être bien honnête, je ne connaissais pas du tout cette auteure avant de me plonger dans ce livre. À la suite de la lecture de celui-ci, je peux cependant dire que Karoline fait désormais partie de ma liste d’auteurs « à surveiller / à découvrir davantage ».

Résumé

Dans De synthèse, on suit une femme née dans les années 70, fascinée par sa propre image. Alors qu’à l’adolescence elle se voit offrir l’opportunité d’être mannequin – ce qu’elle acceptera et fera pendant de nombreuses années -, c’est après cette carrière qu’elle arrive dans un monde plus futuriste et plongé dans la réalité virtuelle et qu’on comprend davantage sa presque obsession de l’image parfaite. C’est dans son monde virtuel où se mêlent culte de l’image, recherche de soi et souvenirs qu’on retrouve Anouk, son avatar, sur le célèbre site Secondlife et c’est à travers cet avatar qu’elle décide de se reconstruire, limite de se réincarner.  Avec ce monde virtuel qui la fascine tant, elle deviendra une genre d’ermite au point de ne pas sortir de chez elle pendant des mois. C’est son père qui, avec un simple coup de fil, viendra bouleverser sa vie, en lui annonçant que sa mère est mourante, ce qui aura pour effet de la faire quitter son autre monde l’espace de moment.

Avec ce roman, nous sommes loin du culte de l’image dans le désir de plaire, dans la sexualité ou la sensualité – c’est limite plastique. D’ailleurs, on y parle à peine de relations hommes-femmes, voire de relation avec les autres. Il s’agit plus d’un genre d’hymne à l’amour à cette première image de femme parfaite que nous avons tous en voyant notre mère et à cette douleur qu’on doit également ressentir à l’idée de perdre celle-ci, d’oublier les traits de son visage qu’on aimerait tant conserver au-delà de la mort.

L’auteure dédie d’ailleurs ce roman de fiction, mais que j’imagine très personnel, à sa mère décédée. Il ne s’agit peut-être pas de mon coup de cœur de 2017 comme beaucoup l’ont souligné, mais clairement ce roman demeure un excellent choix qui débute magnifiquement mon année 2018.

Connaissez-vous Karoline Georges et avez-vous aimé ce quatrième roman de l’auteure ?


*Le fil rouge tient à remercier les Éditions Alto pour le service de presse.

Quand lire nous échappe

Quand lire nous échappe : billet d’humeur

S’il y a une chose dont je suis certaine dans la vie (à part de la mort et des impôts), c’est que je suis une lectrice. Je cherche le sens et les motifs. Je plisse les yeux pour découvrir les fils entre les histoires, les vécus et les savoirs. Dans les livres, je me promène le cœur à l’air, et je suis prête à tout. Dans les livres, je suis toute-puissante, toute-vivante.

Je suis une lectrice. Cette prise de conscience, je l’ai eue à l’âge de treize ans. Dans le sous-sol de la maison familiale, j’ai serré contre mon cœur la version abrégée du Roman de Sophie Trébuchet de Geneviève Dormann – la version du Reader’s Digest, avec sa reliure en cuirette et son écriture dorée – avec une ferveur quasiment religieuse.

« Moi, dans la vie, je vais lire. » Treize ans, c’est l’âge des absolus et des espoirs de vocation. Du désir plus ou moins secret d’être choisie, d’avoir une mission dans la vie. L’acte de lire, je l’ai reconnu comme mien. Les livres m’appellent, tassez-vous.

Trente ans plus tard, je suis une lectrice, encore et toujours. J’ai fait de la lecture le cœur de ma vie professionnelle puisqu’à titre de bibliothécaire je lis maintenant pour les autres. Je lis pour apprendre, pour comprendre. Je lis pour vivre, pour me transformer. Je lis parce que je suis. Je lis parce que je ne peux pas faire autrement. Je lis de tout, même des genres que je n’aime pas. Lire est mon super-pouvoir.

Quand la tête ne suit pas

Aux moments où j’écris ces mots, la maladie s’incruste. Aux prises avec un problème de santé qui fragmente mon attention, qui fragilise mes humeurs et qui transforme ma mémoire en passoire, lire n’est plus une ouverture sur le monde, mais une porte qui se referme en grinçant. Lire est devenu un acte soumis à des limites intérieures, inflexibles et imprévisibles.

Chez moi, on n’entend plus le silence de celle qui lit, des pages qui tournent. On n’entend que le parquet craquer, car la lectrice marche sans pouvoir se poser.

Je cherche la panacée à mon angoisse de ne pas lire. Je tâtonne dans ma liste de lecture en rageant contre mon incapacité à trouver ce qu’il me faut vraiment. Parce que ce livre dont j’ai souligné trois fois le titre dans mon cahier me tombe des mains dès les premières pages. Parce que mon infinie patience pour les romans aux débuts paresseux est devenue inexistante. Parce que les phrases joliment tournées m’étourdissent comme la pratique approximative de la flûte à bec de la petite voisine d’en arrière.

Une lectrice interrompue

J’ai déjà utilisé la lecture comme catalyseur de guérison. Le livre offre un endroit où se poser. Son contenu nous permet de se projeter, de s’imaginer, de se fantasmer. Cette émotion, qui fait peur dans la vie de tous les jours, devient tolérable dans un roman. Cette décision à prendre qui paralyse peut se vivre par procuration et s’apprivoiser. Et bien sûr, la lecture permet l’évasion, la délivrance, la liberté.

Mais cette fois, les livres sont en pile, dans le coin, en punition, puisque je suis une lectrice interrompue. Je découvre un pan de mon identité de lectrice dont je n’avais jamais soupçonné l’existence. Je peux être une lectrice infidèle, colérique, impatiente, obtuse même. Je suis une lectrice que je ne reconnais pas.

Je crois profondément à l’acte transformateur de la lecture, même si je n’y ai pas accès librement pour le moment. En conséquence, je me dois de me démontrer que ces trente dernières années de lecture m’ont appris à ne pas avoir treize ans. Je vais remiser les absolus. Je vais garder cette partie fondamentale de mon identité bien au chaud, en attendant. Je vais essayer quelque chose de nouveau, tiens. Je vais célébrer mes lectures, au lieu de les prendre pour acquises. Quand j’arrive à suivre, à m’accrocher, quand ma tête coopère, je vais m’en réjouir.

Si lire transforme, lire autrement ne pourra que me transformer aussi.

Avez-vous déjà fait face à une réduction de vos capacités à lire? Comment votre perception de l’acte de lecture s’en est-elle trouvée affectée?

Les récits de correspondances : entre indiscrétion et fascination

Quand j’étais adolescente, ma meilleure amie avait un chalet à la campagne, où nous passions nos étés. La maison avait appartenu à son arrière-grand-père. Je me souviens clairement d’une photo de son aïeul, accrochée au mur du salon : il posait devant le chalet, assis sur sa vieille chaise berçante, avec sa moustache et son chapeau, le regard au loin. Son regard était énigmatique : on n’aurait su dire s’il était triste, confiant ou serein, mais sa photo avait toujours fait partie du décor alors on ne se posait pas trop de questions… Jusqu’au jour où, par une journée pluvieuse, la mère de mon amie sortit une vieille valise du grenier. En l’ouvrant, nous découvrîmes un trésor : de vieilles lettres, des journaux intimes, des morceaux de correspondance… Le tout soigneusement conservé, nous révéla-t-on, par la deuxième femme de son grand-père. Nous venions de percer une partie du mystère qui se cachait derrière le regard de l’homme sur la photo. Une phrase parmi toutes celles que nous avons lues ce jour-là me revient en mémoire  :

Je suis lié par le secret de mon cœur…

Jardin secret

Lire la correspondance de quelqu’un, surtout après sa mort, peut créer un léger sentiment de culpabilité chez le lecteur : on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour l’auteur en se demandant s’il aurait été gêné de notre indiscrétion. En même temps, il s’agit d’une forme tellement personnelle d’écriture, qu’elle a également le pouvoir de nous toucher d’une façon particulière. Les mots ne cherchent pas à impressionner, mais à rejoindre la personne à laquelle ils étaient destinés. Ils portent une authenticité que l’on ne retrouve pas dans d’autres formes d’écriture. Ils sont aussi profondément teintés de l’époque dans laquelle ils s’inscrivent. Il va sans dire qu’en tant que lectrice, je dépasse donc souvent cette « culpabilité » pour me plonger dans des récits de correspondance. C’est ce que j’ai fait pour Aller jusqu’au bout des mots, de Paul-Émile Borduas et Rachel Laforest.

« Derrière chaque grand homme, il y a une femme »

Ce vieil adage sonne faux, voire provocant de nos jours. N’empêche qu’historiquement, il s’est souvent révélé vrai. En tombant sur ce livre, à la librairie Pantoute à Québec, j’ai tout de suite reconnu Paul-Émile Borduas, artiste que j’affectionne et auteur du fameux Refus global. Je ne connaissais pas, par contre, la femme qui semblait le regarder sur la page couverture. Ma curiosité était piquée! J’ai découvert rapidement que c’était même elle, Rachel Laforest, qui avait secrètement conservé, pendant des dizaines d’années, leur correspondance et qui était en quelque sorte à l’origine du livre.

Rachel Laforest à Paris, en 1948, avant son divorce.

Qui était Rachel Laforest?

Issue d’une famille bourgeoise (son père est juge à la Cour supérieure du Québec), Rachel Lazure épouse en 1948 un peintre français du nom de Frantz Laforest. C’est par son entremise qu’elle fait la connaissance de Borduas, la même année. Le couple ne signe pas le Refus global, mais gravite tout de même dans le tourbillon causé par sa publication, allant même jusqu’à participer à certaines manifestations. Ensemble, ils ont un fils, Pascal, mais divorcent − chose rare à l’époque − peu de temps après sa naissance. Elle retourne alors vivre chez ses parents avec son enfant. Ce n’est qu’en 1954, lors d’une exposition dans un restaurant de Montréal, qu’elle reprend contact avec Borduas. Leur idylle − et leur correspondance − commencent cette même année, alors que Borduas déménage en France, et dure jusqu’à la mort prématurée du peintre, en 1960. Rachel Laforest ne révélera l’existence des lettres qu’après son propre décès, en 2011. Elle laissera une note à son fils en lui laissant le soin de publier la correspondance au moment opportun.

Être une femme, dans les années 50, au Québec…   

La relation entre Borduas et Laforest est déchirante parce que les amoureux ne seront jamais réunis. Même si je sais que le féminisme est relativement récent au Québec, je n’ai pu m’empêcher de me sentir révoltée contre les pressions sociales qui pesaient contre Rachel Laforest et qui, selon mon interprétation, l’ont poussée à vivre de douloureux sacrifices au plan personnel :

[…] Que croyez-vous donc? Qu’il me suffit d’être à l’abri de soucis matériels pour être heureuse? Je sais, vous m’avez toujours − vous et le groupe − classée parmi les bourgeois avec un mépris que j’ai peine à vous pardonner. Si vous croyez que j’ai accepté cette vie de gaité de cœur, eh bien, non! C’est que j’y étais obligée, et sans [mon fils] il y aurait longtemps que je serais loin d’ici. Je supporte mal l’exigeante sollicitude de ma famille qui me laisse bien peu de liberté.

On sent un décalage avec les propos de Borduas, qui, probablement par sa position d’homme, semble plus enclin à faire fi de ces mêmes pressions sociales :

Écoutez-moi. Oublions tout le monde : les parents, les amis et tant pis pour les candeurs, pour les pudeurs; soyons seul à seul tous les deux dans la plus complète simplicité. Ce ne peut être tout le temps ni toute la vie : je n’y crois plus! Mais, pour les fois que cela nous est donné par les généreux hasards, pourquoi s’y refuser? Pourquoi des restrictions en dehors des, déjà si difficiles, nécessités courantes? Dites!… Amie.

Au début de ma lecture, j’en voulais à Rachel Laforest de ne pas oser être plus courageuse et tout abandonner pour aller retrouver Borduas à Paris. Mais le fait est que ce récit n’est pas une fiction, où une telle décision finit bien selon les volontés d’un auteur extérieur. C’était de sa vie qu’il était question! Et de celle de son enfant! Je ne sais pas si j’aurais été prête, à sa place, à tout abandonner par amour…

Une vie à soi

J’ai achevé ma lecture avec un sentiment d’admiration pour cette femme, Rachel Laforest, dont j’ignorais tout. Son histoire d’amour avec Borduas fut tristement romantique, surtout à la fin lorsqu’elle apprend sa mort : « […] je crois que c’est mon père qui me l’apprend, avec désinvolture, sans se douter de rien », mais le reste de sa longue vie (elle décède en 2011!) semble s’être déroulé dans la résilience et l’espoir. Dans la petite autobiographie que l’on retrouve à la fin du livre, elle dit ceci :

Puis, le temps fait son œuvre. Je n’oublie pas mais la douleur s’apaise. Je reviens tranquillement à moi à la fin de 1961 […] Ce qui m’a sauvée, je crois, c’est de travailler au Musée [des beaux-arts de Montréal] comme guide […] Je rencontre des gens intéressants et m’inscris aux cours d’histoire de l’art. Je visite des galeries, je suis dans mon élément.

Cette idée que ce soit l’art qui l’ait sauvée me touche profondément.

Et vous, prenez-vous encore le temps, à notre époque, d’entretenir des correspondances, autres que numériques?

image1

EnregistrerEnregistrer

Nancy Huston, l’état du monde et la littérature

C’est par un doux matin de janvier que je me suis plongée dans cette petite palette d’à peine 60 pages qu’est Naissance d’une jungle. Recueil de chroniques écrites par Nancy Huston dans le quotidien indépendant français Le 1, il ne m’a pas fallu plus d’une heure pour passer au travers des cinq textes choisis et réédités dans ce livre.

Les opinions tranchantes de Huston

Dans chacun des cours textes, Huston donne son opinion sur divers sujets d’actualité, et ce, de manière assez tranchante, appuyée et convaincue. Les textes d’opinion de Huston sont à la fois un cri du cœur pour une société plus humaniste, une prise de parole pour l’engagement et l’activisme ainsi qu’un certain désenchantement face à l’état du monde et de nous tous qui y vivons. Suivant la ligne éditoriale du journal Le 1, l’auteure s’intéresse, entre autres, à l’utilisation de la langue française écrite, en France, qu’elle trouve un peu ankylosée, à la quête d’identité et l’identification à une, ou aucune, nation, à l’élection de Trump et, bien entendu, à la littérature.

Toujours un peu dans la littérature

Nancy Huston est, à mon avis, une merveilleuse essayiste. Bien que le cœur de ses écrits soit de la fiction, L’espèce fabulatrice est un essai qui m’avait profondément touchée et qui m’avait d’ailleurs fait découvrir Huston. J’ai donc été à la fois heureuse de retrouver sa plume et son ton, tout autant que ses opinions et son rapport à la littérature qui teinte tous ces textes. Lorsqu’elle parle d’identité, elle mentionne Romain Gary qui, comme elle, « a connu un nombre inhabituel d’identités nationales ». Bien que ces textes soient axés sur l’état du monde, sur la société dans laquelle on vit, la littérature n’est jamais bien loin. Ce que j’ai trouvé on ne peut plus intéressant, c’est la place qu’elle y accorde.

Sortir de la littérature

Cette place qu’elle donne à la littérature, dans ses textes tout comme dans la vie, est celle d’un vecteur d’empathie, certes, mais son cri du cœur porte à sortir l’empathie des livres. J’ai eu l’impression de me retrouver à lire des textes vrais, ni tout noirs, certainement pas tout blancs, sur l’état de notre société et cette idée que d’éprouver de l’empathie à l’intérieur des pages d’un bon roman est obsolète si nous ne sommes pas capables d’en faire autant au quotidien.

C’est une réflexion qui, bien qu’elle semble évidente, m’a fait réfléchir à la place que j’accorde véritablement aux enjeux et aux causes qui me tiennent à cœur. Est-il assez de lire sur le féminisme, l’écologie, l’alimentation? De s’informer pour devenir une meilleure citoyenne si je ne dépasse pas le stade de l’information? J’ai l’impression que, à travers ses divers textes, Huston s’est rendu compte que, pour faire notre part, pour essayer de faire mieux, il ne suffit plus de faire ce qui a déjà été fait, il faut agir autrement.

La civilisation occidentale engendre le roman, assurément un des plus beaux emblèmes de l’empathie humaine, dans le même temps qu’elle envahit et soumet le reste de la terre. Aujourd’hui, nous dominons cette planète et la pompons, l’épuisons et la polluons, la laissons exsangue. Par notre mode de vie qui dépend de la consommation massive de pétrole, de viande et de gadgets électroniques, nous faisons souffrir au loin et à chaque instant des êtres humains et animaux, invisibles mais nombreux. Notre dissociation s’opère dans l’inconscience et surtout dans la bonne conscience. Certes, la littérature est vectrice de beauté et de sens — c’est essentiel! Mais notre empathie doit parfois basculer en dehors des livres pour se traduire en actes politiques… sans quoi nos débats, tables rondes et festivals littéraires se mettront à ressembler douloureusement aux messes et fêtes religieuses d’antan : occasions de se faire plaisir avec le sentiment de notre vertu, tout en se pavanant avec ses nouveaux habits et amis.

Et vous? Quel essayiste aimez-vous lire?

Véganisme, six suggestions de lecture pour s'intéresser au véganisme, La cuisine de Jean-Philippe, Voir son steak comme un animal mort, Planète végane, Ophélie Véron, Le véganisme, Antispécisme, Aymeric Caron, le fil rouge, lefilrougelit, essais, découvertes, végane, végétarienne, défi 21 jours, Élise Delsauniers,

8 suggestions de lecture sur le véganisme

Les livres font du bien, certes, c’est le slogan du Fil rouge et je suis totalement en accord avec celui-ci. Ils font du bien parce qu’ils nous permettent d’apprendre, de nous renseigner, de découvrir, de nous enrichir et nous heurtent. C’est exactement ce qui m’est arrivé avec les huit livres que j’ai envie de vous présenter aujourd’hui.

Ma quête bien personnelle avec le véganisme remonte à plusieurs mois, voire à des années, et j’ai trouvé beaucoup de réponses à mes questions dans les livres. J’ai choisi huit livres qui, je crois, font une bonne introduction à quiconque souhaite s’y initier et mieux comprendre le véganisme. Ma pile à lire est encore beaucoup plus grande et je me ferai un plaisir de vous partager mes avis sur mes prochaines lectures sur le blogue, car je sais que lorsque je me questionnais dans ma transition, je cherchais des repères et les livres peuvent sincèrement être des phares dans ces moments-là.

Pour comprendre ce qu’est le véganisme

1. Pour une lecture complète et pédagogique sur le véganisme, je conseille Le Véganisme de Valérie Giroux et Renan Larue dans la collection Que sais-je? Ce petit livre vert fluo explique de façon concise qu’il s’agit en fait d’un mouvement social et politique, trop souvent vu comme simplement une façon de s’alimenter. J’ai trouvé ce livre utile, car il faisait le tour de grandes questions qui touchent le véganisme, et ce, de façon concise, précise et informative. Une bonne introduction!

Pour s’introduire à l’éthique animale

2. Voir son steak comme un animal mort de Martin Gilbert est un livre ultra intéressant qui aborde le paradoxe de la viande. C’est une lecture que j’avais faite avant même de devenir végétarienne et il m’a fait prendre conscience du concept de dissonance cognitive, et ce, autant au plan environnemental, éthique que du point de vue de la santé. C’est un essai vraiment fascinant qui, une fois terminé, a changé ma perception morale de beaucoup de sujet. Cette lecture m’a permis d’enlever mes lunettes roses à une époque où je disais depuis déjà plusieurs années vouloir arrêter de manger de la viande. C’est en quelque sorte la lecture qui m’a poussée à m’investir dans ce projet de devenir végane.

3. La deuxième lecture qui aborde le concept d’éthique animale est Antispécisme de Aymeric Caron. Dans cet essai, l’auteur décrit ce qu’est l’antispécisme (un mouvement qui refuse de discriminer en fonction de l’espèce). C’est un essai que j’ai lu avec fascination, curieuse d’en savoir plus sur ce terme. C’est assurément un sujet à analyser et à découvrir quand on décide de vivre sans cruauté.

Pour réaliser les effets sur l’environnement et sur les animaux 

4. Le premier livre que j’ai lu concernant la façon dont les animaux sont traités est Faut-il manger les animaux de l’auteur américain Jonathan Safran Foer. Ce livre m’a semblé plus difficile à lire et heurtant, car il allait véritablement au centre de la cruauté animale, dans les usines. Ce fut néanmoins une lecture que je considère comme nécessaire, et ce, pour prendre conscience de la dureté des conditions des animaux et des effets de l’alimentation carnivore sur l’environnement.

Pour vivre dans un monde bienveillant 

5. Mention aussi à Plaidoyer pour les animaux de Matthieu Ricard qui a été une lecture remplie de compassion et de douceur. L’auteur explique de quelle façon la bienveillance et l’empathie doivent aussi se trouver dans nos rapports avec les animaux. Texte plus personnel et lumineux que les autres, j’ai néanmoins aimé la recherche ainsi que la bienveillance qui ressort des propos de Matthieu Ricard.

Pour devenir végane et manger avec plaisir

6. J’ai un parti pris pour un des huit livres présentés ici : Planète végane est mon coup de cœur. Comme expliqué dans cet article, ce livre est arrivé à un bon moment dans ma vie. J’ai eu réponse à mes questions et j’ai senti la grande compassion et l’ouverture d’Ophélie Véron, auteure de cette vraie bible. Dans ce livre, elle répond à toutes les questions qui concernent le mouvement, et ce, de façon douce et jamais culpabilisante. En terminant ma lecture, je me sentais plus prête à faire ce choix et à vivre en harmonie avec la planète.

 

7. Au moment où j’écris ces lignes, je termine Le défi végane 21 jours. C’est ce défi qui a mené à la création du livre du même nom par Élise Desaulniers, une femme incroyable et très impliquée dans le mouvement végane (d’ailleurs, ses autres livres comme Je mange avec ma tête et Vache à lait sont sur ma pile à lire!). Je conseille fortement ce livre à tous ceux et celles qui ont envie de se lancer le défi, non seulement vous trouverez toutes les réponses à vos questions dans ce livre (qui propose aussi des menus), mais aussi des pistes d’accompagnement pour la durée du défi. Ce livre est vraiment un guide amical et positif qui donne envie d’opter pour une alimentation végétale et pour le véganisme. Fanie en avait d’ailleurs parlé plus longuement ici.

8. Et de façon plus concrète, si vous désirez devenir végane, je vous propose de découvrir les recettes de La cuisine de Jean-Philippe, un chef cuisinier uniquement végane. Non seulement ses recettes sont excessivement bonnes, mais tellement faciles. Vous aurez très probablement les ingrédients déjà à la maison. J’aime l’humour de Jean-Phillippe et j’ai été plus que surprise de voir à quel point il est une vraie « rock star » dans les groupes Facebook véganes!


Bref, en terminant, je suis reconnaissante d’avoir pu faire ses lectures, car elles m’ont guidée vers un mode de vie plus en harmonie avec mes valeurs profondes et vers une vie sans cruauté. Je continuerai à m’informer et à lire sur le véganisme et plus précisément sur l’éthique animale.

Avez-vous des lectures à me conseiller?


Le fil rouge tient à remercier, pour les services de presse, Dimédia pour Antispéciste de Aymeric Caron et Le véganisme de Valérie Giroux et Renan Larue; ainsi que Hachette pour Planète végane d’Ophélie Véron.

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

littérature étrangère, littérature de femmes, littérature contemporaine, Moyen-âge, Espagne, personnages féminins, Carole Martinez, Du domaine des Murmures, Le Coeur cousu, Gallimard, Le fil rouge, le fil rouge lit, bibliothérapie, littérature, lecture, livres, les livres qui font du bien

Merveilleux et mysticisme : la plume onirique de Carole Martinez

C’est par hasard que j’ai lu Du domaine des Murmures et que j’ai découvert l’écrivaine Carole Martinez. Je choisis normalement scrupuleusement mes lectures en fonction de suggestions trouvées sur des blogues, à la radio, dans le journal, etc. J’ai emprunté Du domaine des Murmures parce que le Moyen-Âge me fascine. Je ne connaissais rien du récit et j’ai été soufflé par ce roman qui se réapproprie le merveilleux pour créer un conte poétique singulier. Par la suite, j’ai lu le Cœur cousu, premier roman de l’auteure, dans lequel j’ai retrouvé ce style, ce rythme, ce souffle et des thématiques semblables malgré deux univers bien distincts.

Des personnages féminins marginalisés

Du domaine des Murmures raconte l’histoire d’Esclarmonde qui, pour échapper à un mariage imposé, décide de se faire emmurer. Si le geste d’Esclarmonde nous semble tout à fait inusité, ce phénomène existait bel et bien au Moyen-Âge. Certaines femmes décidaient de se reclure pour toujours dans une cellule de quelques mètres contiguë à une église où seule une petite ouverture leur permettait d’avoir un contact avec le monde extérieur. Je me suis demandé comment un roman dans lequel le personnage principal reste prisonnier de quatre murs pourrait être intéressant. Et pourtant, c’est en partie ce qui fait l’originalité du livre et rend le récit si fascinant. Ainsi, captive volontairement de sa cellule, Esclarmonde regarde le monde qui l’entoure de sa fenestrelle. Elle devient celle qui accueille les confessions.

Dans Le Cœur cousu, Soledad la solitaire raconte l’histoire de sa mère Frasquita, qui a un don pour la couture et la broderie, grâce à une boîte magique transmise de mère en fille depuis plusieurs générations, ce qui la distingue et l’éloigne des gens de sa communauté. Le récit, qui se déroule dans un village replié sur lui-même, aborde la question de ces femmes stigmatisées socialement et craintes parce qu’elles sont différentes.

Entre religion et superstition

Les deux romans de Carole Martinez se situent dans des époques et des lieux imprégnés de ferveur religieuse. Mais les gens pieux sont aussi les plus superstitieux. Dans le village espagnol de Frasquita, les croyances se transforment en superstition, la messe du dimanche devient l’occasion de se juger les uns les autres et les rites chrétiens de la semaine sainte se transforment en guerre entre les porteurs du Christ et ceux de la Vierge. Même le padre, prêtre bienveillant et lucide, doit calmer les ardeurs et les accès de folie de ses fidèles. Dans Du domaine des Murmures, Esclarmonde, la recluse considérée comme une sainte, devient un symbole intouchable aux yeux des paysans, et ces derniers entretiennent toutes sortes de croyances qui leur font craindre la nuit.

La nuit venue, la terre n’appartenait plus ni à Dieu ni aux hommes. À la nuit, les cauchemars s’incarnaient et rôdaient autour des endormis. Des amulettes, des prières, de vieux rituels protégeaient les maisons d’une foule de créatures terribles qui s’emparaient alors des bois. On priait pour ne pas être dévoré par les loups-garous, attrapé par des mains invisibles et traîné en des grottes souterraines, pour que les monstres, les lutins, les démons n’emportassent pas les nourrissons, pour que la mort ne vînt pas hurler sur notre toit. (Du domaine des Murmures)

Et le texte lui-même prend parti de tout ce mélange puisqu’il plonge le lecteur dans un univers qui oscille entre le merveilleux et le réalisme.

La folie humaine et la violence

Et cette peur ancrée chez le peuple le mène inévitablement à la violence. Les deux romans mettent en scène la folie humaine derrière les conflits et les guerres. Le peuple est un personnage imprévisible et irrationnel qui se laisse mener par ses craintes ou par ses désirs sauvages. Des petites violences populaires du quotidien contre la différence aux Croisades ou aux révoltes politiques en Andalousie, en passant par les violences sexuelles et les violences faites aux femmes, l’écriture de Carole Martinez explore sous plusieurs aspects la brutalité et parfois l’horreur qui font partie des sociétés humaines. La scène du mariage de Frasquita dans Le Cœur cousu en est un des plus beaux exemples, tandis que la jeune fille se fait détester parce qu’elle porte une robe trop belle.

Coupée en deux, l’énorme masse se rétractait en silence de part et d’autre de sa trajectoire, puis se reconstituait derrière elle dans une affreuse rumeur. Son sillage était plein de remous, de désordre, de violence. […] On cherchait une issue, une façon de faire cesser ce scandale, on se torturait en supposition, on grimaçait de colère. Les visages furent plus laids, plus crispés que jamais. Les bras, les jambes en tremblaient. […] Ça jasait, ça critiquait le manque d’humilité de la famille. Et puis soudain, ça sortit de sous les porches et ça cracha en plein soleil, à la face de la mariée. Personne ne voulait croire que cette merveille avait été gagnée à coups d’aiguille par la mariée elle-même et les noces faillirent être gâchées. (Le Cœur cousu)

Si j’ai trouvé certains passages empreints de cruauté, de perversité et parfois même difficiles à lire, l’écriture de Carole Martinez réussit à adoucir le dégoût tout en préservant le sentiment de révolte.

Un style envoûtant

Tout m’a plu dans l’œuvre de Martinez : les thématiques, les personnages et surtout le style. Les thèmes, comme l’aliénation des femmes, la folie religieuse, la maladie et la mort, toutes ces réalités brutales associées à d’autres époques, sont sublimés par une prose poétique pleine de mystère et de merveilleux.

Le monde en mon temps était poreux, pénétrable au merveilleux. Vous avez coupé les voies, réduit les fables à rien, niant ce qui vous échappait, oubliant la force des vieux récits. Vous avez étouffé la magie, le spirituel et la contemplation dans le vacarme de vos villes, et rares sont ceux qui, prenant le temps de tendre l’oreille, peuvent encore entendre le murmure des temps anciens ou le bruit du vent dans les branches. (Du domaine des Murmures)

Et vous, avez-vous déjà découvert un livre un peu par hasard qui fait maintenant partie de vos lectures préférées?