Derniers Articles

Christophe Bernard Éditions Le Quartanier illustration illustratrice La bête creuse Le fil rouge le fil rouge lit bibliothérapie littérature lecture livres les livres qui font du bien Le titre du livre Le plongeur Le quartanier littérature littérature québécoise rachel monnier taqawan

Rencontre avec Rachel Monnier, illustratrice

Curieuse d’en connaître un peu plus sur l’univers créatif de Rachel Monnier, je lui ai posé une série de questions, à laquelle elle a répondu. Découvrez la richesse du monde qui habite l’artiste qui nous a offert les illustrations des romans Le plongeur de Stéphane Larue, Taqawan d’Éric Plamondon et, plus récemment, La bête creuse de Christophe Bernard, tous parus chez Le Quartanier.

Quels sont les sujets ou les thèmes qui vous interpellent le plus?

Les thèmes qui font réfléchir, ou rire. Ceux qui touchent l’inconscient, que ce soit de l’enfant ou de l’adulte. J’aime beaucoup donner un caractère plurivoque à mes illustrations. Jouer avec des symboliques sous-jacentes et des détails qui ne sont pas perceptibles par tous, dans l’immédiat.

Comment le paysage influence-t-il votre travail?

Le paysage que je perçois de mes yeux influence beaucoup mon travail. Mais c’est l’âme du paysage qui l’influence davantage. Que ce soit dans une pièce sombre dans un environnement urbain, au cœur d’une forêt, ou encore dans le métro, entourée de gens qui s’affairent à s’affairer… Chaque situation, ambiance ou moment me transmet une énergie qui modèlera à sa façon la manière dont j’exécuterai mon travail.

Vous travaillez sur quoi présentement?

En ce moment, je travaille sur l’élaboration d’un projet à Percé que j’ai intitulé Raoul & Simone. Un atelier de sérigraphie auquel sera annexée une boutique où j’offrirai mes œuvres ainsi que les produits dérivés de celles-ci. Cette boutique offrira aussi les objets d’artisans et d’artistes canadiens pour qui l’éthique est une priorité. J’espère ainsi créer, tout en stimulant l’économie de manière responsable.

Comment s’est déroulé le travail autour de l’illustration de La bête creuse de Christophe Bernard?

Illustration créée sous la direction artistique d’Éric de Larochellière, un éditeur hors pair au souci du détail infaillible et au sens esthétique exceptionnel, La bête creuse fut un laborieux travail étendu sur plusieurs mois, consistant à réaliser la couverture d’un roman dont le récit se déroulait sur plusieurs décennies. Une rigoureuse recherche de références visuelles s’est donc imposée afin d’arriver, le plus fidèlement possible, à l’interprétation des caractères et des éléments qui composent l’environnement gaspésien dans lequel évolue l’histoire. Ayant la chance d’habiter à Percé, certaines recherches se sont déroulées en forêt, à observer le mouvement des arbres au vent… Ces moments sont des raisons pour lesquelles je m’attache à mon travail.

Avez-vous lu le roman en entier avant de vous mettre au travail de l’illustration?

Non! Fort heureusement. La bête creuse est un roman de 700 pages fabuleusement écrites par un auteur qui déplace les lettres au bistouri. Je n’aurais jamais voulu lire celui-ci avant qu’il ne soit achevé complètement! J’ai par contre eu la chance de lire certaines parties avant son édition puisqu’il était nécessaire de comprendre le fond de l’histoire et de saisir plusieurs détails essentiels à l’illustration.

Nouvellement installée à Percé, en Gaspésie, est-ce que vous percevez un changement dans votre travail, par rapport aux autres lieux où vous avez habité?

Oui. J’ai beaucoup voyagé avant d’aboutir à Percé. C’est ici, pour la première fois, que je me sens si près de moi-même. Et je crois que mon travail évoluera grandement dans ce sens.

Avez-vous un rituel de création?

Je suis une grande anxieuse de nature. Ce qui me conduit, à chaque fois que je crée, dans des périodes de profondes incertitudes et d’angoisse qui, d’un moment à l’autre, disparaissent pour laisser place à une confiance et une motivation inébranlable. Il m’arrive donc de me blottir dans mon lit pendant des heures sans trouver le courage de réaliser quoi que ce soit. Je me relève ensuite d’inspiration – oui parce que je me suis d’abord gavée d’images intimidantes qui me rappellent que, tiens donc, c’est pas si facile que ça faire des dessins… – et c’est reparti. Souvent, l’inspiration qui m’est le plus bénéfique est celle qui apparaît au moment où je réussis à me détacher des autres et à entrer en connexion avec ce qui m’entoure et ce que je ressens au fond de moi. C’est de là, je crois, qu’émanent la force et le plaisir que j’ai à illustrer. Il ne s’agit donc pas d’un rituel à proprement dit, mais je pourrais quand même affirmer, que peu importe le style d’illustration que je fais, une constante demeure. Celle d’une instabilité créatrice que je réussis à dompter à chaque fois, malgré tout.

Quels sont vos illustrateurs fétiches?

-Edward Gorey pour l’immensité de son œuvre, son intelligence et son sens de l’humour irrévérencieux… particulièrement dans le livre Les enfants fichus, que j’adore.

-Anselm Kiefer, un artiste plasticien contemporain allemand, maître de la matière, collectionneur de nature pour l’immensité des ses œuvres, littéralement cette fois.

9- Êtes-vous une grande lectrice? Si vous aviez trois titres à nous partager qui vous ont particulièrement marqué dans votre vie, lesquels serait-ce?

Je ne suis pas une grande lectrice, mais certains livres ont laissé des empreintes dans ma vie, oui.

-Das Kapital de Karl Marx

-Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés

-Faits divers de la Terre et du Ciel de Silvina Ocampo

 

 

Quelle est l’illustration d’un livre, tous genres confondus, qui vous a le plus marqué dans votre vie jusqu’ici?

 

-Pour en connaître davantage sur le travail de Rachel Monnier, rendez-vous sur : http://www.rachelmonnier.com/

-Article de Marie-Laurence Boulet sur le roman Le plongeur : https://chezlefilrouge.co/2017/02/02/la-singularite-de-loppression/

 

 *Photo de couverture fournie par l’artiste.

EnregistrerEnregistrer

Le fil rouge; Le fil rouge lit; Bibliothérapie; Littérature; Lecture; Livres; Les livres qui font du bien; L'espionne de Tanger; Maria Duenas; Deuxième Guerre mondiale; Espagne; Marac; Espionnage; Atelier de couture

A-t-on jamais fini de découvrir les histoires de la Deuxième Guerre mondiale? L’espionne de Tanger

Je ne me souviens plus quand exactement, mais il y a eu un moment, quelque part pendant mon Cégep, où je suis venue à la conclusion que j’avais fait le tour de ce qui pouvait être raconté sur la Deuxième Guerre mondiale. J’avais acquis le sentiment que, bien qu’étant loin d’avoir tout lu sur le sujet, j’avais fait le tour des thèmes possibles et que je ne trouverais rien de vraiment nouveau après ça.

J’avais tort.

J’avais tort et il semble que depuis ce jour, le dieu des livres prend un malin plaisir à me le rappeler en mettant chaque année, parfois plusieurs fois dans l’année, sur mon chemin un livre qui présente un aspect de la Deuxième Guerre mondiale que je n’avais jamais soupçonné. Et chaque fois, je suis bien obligée d’admettre que je n’ai certainement pas fait le tour du sujet.

Me voilà donc à vous parler de ma dernière découverte en liste abordant le thème de la Deuxième Guerre mondiale : L’espionne de Tanger, par Maria Dueñas. Ce roman prend un détour inhabituel, commençant à Madrid en Espagne, pour ensuite se déplacer à Tétouan au Maroc, permettant à l’autrice de faire un portrait de la DGM vu par la fenêtre du côté. De plus, cette histoire met aussi en scène un personnage principal, Sira, qui n’aurait jamais dû être mêlée à tout ça, mais lorsque la vie nous emporte il est difficile d’y résister.

Sira vivait donc à Madrid une existence calme et sans histoire. Elle apprenait le métier de couturière auprès d’une des figures les plus respectées de la mode madrilène et s’était fiancée à un jeune homme qu’elle aimait sans plus. Mais la grande dépression arrive et le travail commence à manquer. Sira perd son poste de couturière et sur un coup de tête rompt ses fiançailles. Après cela, elle doit rapidement quitter l’Espagne. Elle se retrouvera, d’abord à Tanger, puis complètement seule et sans un sou à Tétouan. C’est là qu’elle développera une amitié improbable avec une contrebandière, qui découvre son talent à l’aiguille et y verra une possibilité de faire fortune pour toutes les deux. Ensemble, elles ouvrent un atelier de haute couture très chic. Rapidement, tout le gratin de Tétouan, puis de l’ensemble du protectorat espagnol, se retrouve dans l’atelier de Sira pour se faire confectionner des tailleurs d’une élégance rare et des robes de soirée somptueuses. Sira devient alors le témoin privilégié de la haute société espagnole, mais aussi allemande, une position idéale pour une espionne…

Bien que le rythme du livre soit un peu lent et que j’aie trouvé que l’autrice mettait du temps avant d’entrer dans le feu de l’action, cela valait le détour. Maria Dueñas prend le temps de mettre en place tous les éléments pour permettre le développement d’une intrigue riche aux rebondissements multiples. Elle met aussi en lumière les relations germano-espagnoles pendant la Deuxième Guerre mondiale et les efforts de la Grande-Bretagne pour affaiblir l’influence de l’Allemagne.

Une fois de plus, on m’a prouvé que je n’avais pas encore fait le tour des histoires entourant la Deuxième Guerre mondiale. Maintenant, je suis impatiente de savoir quel livre sera mis sur mon chemin pour me faire découvrir une autre facette de l’histoire!

Avez-vous des suggestions?

Le fil rouge, Le fil rouge lit, bibliothérapie, littérature, lecture, livres, les livres qui font du bien, La fois où... j'ai suivi les flèches jaunes, Amélie Dubois, Les éditeurs Réunis, Chemin de Compostelle, Voyage, Camino, Camino Francès, littérature québécoise, Marcher, partir, Why are you walking? Expérience,

Fictions et récits de Compostelle (partie 1) : La fois où… j’ai suivi les flèches jaunes d’Amélie Dubois

Marcher le chemin de Compostelle a été pour moi une expérience marquante. Revenue dans la vie quotidienne, j’ai eu de la difficulté à retrouver dans ce qui m’entourait la sensation qui m’a habitée tout au long de mon pèlerinage. Le fait d’aller à la rencontre d’œuvres littéraires dans lesquelles des auteur.e.s racontent leur expérience du chemin a été un moyen de ressentir à nouveau le bonheur de marcher, dans ma tête, la littérature me permettant de combler le vide laissé par mon retour et de revivre l’expérience à travers elle. Dans cette série d’articles, je présenterai quelques-unes des œuvres qui se passent sur le Chemin de Compostelle. Peut-être vous donneront-elles envie de partir, vous aussi, au sens propre comme au niveau littéraire?

 

Amélie Dubois. La fois où… j’ai suivi les flèches jaunes

Pendant l’été 2017, je marche le « Camino del Norte », un des nombreux chemins de Compostelle situés en Espagne. En 2015, Amélie Dubois publie La fois où… j’ai suivi les flèches jaunes, un roman dans lequel elle raconte l’histoire d’une protagoniste marchant le « Camino francés » en Espagne, qui est l’une des routes les plus célèbres. En décembre 2017, je tombe par hasard sur son livre et décide de m’accorder un petit moment de lecture au cœur des tumultes de la fin de ma rédaction de mémoire.

Pendant l’été 2017, je traîne dans mon pack-sack un petit cahier Moleskine beige, qui accueille mes réflexions à la manière d’un journal mais aussi d’un cahier de notes. J’y entasse des listes, des anecdotes, des descriptions de mes rencontres… J’y commence d’ailleurs une section intitulée « Anecdotes d’albergues » dans laquelle je décris chacune de mes auberges de jeunesse à l’aide un mini paragraphe commençant par « La fois où ». C’est peu dire, j’ai eu mon lot d’expériences anecdotiques au fil du chemin et c’était une locution tout à fait pertinente pour les décrire.

La fois où, après 37 km, je suis arrivée juste à temps pour prendre une des dernières places d’une albergue située à deux pas d’une cathédrale qui a sonné à toutes les heures de la nuit.

La fois où il y avait un party devant notre fenêtre, un oiseau siffleur incessant et qu’on devait faire des acrobaties de cirque pour monter dans nos lits à deux étages trop haut et surtout, sans échelles.

La fois où l’albergue n’avait pas d’eau et où aucun pèlerin n’a pu prendre sa douche après avoir marché 27 km.

Ce bref échantillon ne fait qu’effleurer les péripéties que m’ont donné à vivre les 44 auberges de jeunesse qui m’ont accueillie au fil des jours. C’est quand même drôle qu’Amélie Dubois utilise justement cette formule pour parler du Chemin. « La fois où… », comme si on ne pouvait marcher le Chemin sans vivre des situations inusitées. Mais ces « fois où » ne sont qu’une partie des choses que La fois où… j’ai suivi les flèches jaunes et mon aventure du Camino ont en commun.

Le fil rouge, Le fil rouge lit, bibliothérapie, littérature, lecture, livres, les livres qui font du bien, La fois où... j'ai suivi les flèches jaunes, Amélie Dubois, Les éditeurs Réunis, Chemin de Compostelle, Voyage, Camino, Camino Francès, littérature québécoise, Marcher, partir, Why are you walking? Expérience,

La fois où… il fallait aller à droite. Quelque part en Galice, Espagne.

Partir pour sortir des tracas de la vie 

La fois où… j’ai suivi les flèches jaunes nous présente Mali Allison, jeune femme dans la trentaine, ancienne psychologue qui a tout quitté pour écrire à temps plein, ce qu’elle fait d’ailleurs, au moment où on entre dans le roman, depuis plusieurs années. En couple depuis sept ans, sa relation ne lui convient plus, mais elle s’y accroche désespérément. Alors qu’un amalgame d’évènements bouleversants arrivent en même temps, elle décide que le moment est venu de concrétiser un des souhaits inscrit sur sa bucket list, c’est-à-dire aller marcher une partie du Camino francés, en Espagne. Elle fait donc son sac et part pour une escapade de trois semaines… qui finira par s’allonger de trois semaines supplémentaires afin d’atteindre Santiago, qui est la destination finale de la plupart des pèlerins. Six semaines à suivre les fameuses flèches jaunes. Son but? Trouver des réponses, travailler sur elle-même… et revenir avec une idée pour un prochain roman.

J’ai adoré la façon dont Amélie Dubois raconte son périple. Manifestement, il est très autobiographique, et on le sait non seulement par la photographie prise d’elle-même sur le Chemin qu’on retrouve à la dernière page du roman, mais aussi par les innombrables détails que seul.e un.e pèlerin.e peut savoir ou avoir vécu. J’y ai d’ailleurs retrouvé plusieurs échos avec ma propre expérience. Par exemple, l’acquisition de notre credencial (le petit livret dans lequel chaque auberge qui nous accueille appose une étampe, ce qui marque notre progression); les joies des dortoirs de groupe (avec notamment les ronfleurs, qui sont peut-être la pire chose-qu’on-ne-vous-dit-pas-avant-de-partir et qui apparaissent une fois la lumière éteinte: comme quoi même les plus sympathiques voisins de lits peuvent se révéler être des monstres du ronflement!); la lessive faite à la main, tous les jours (et qui ne sèche pas toujours bien si on n’a pas de tordeur à disposition); le fameux « Buen camino! » lancé à chaque personne croisée sur la route; les couvre-feux à 22h; les questions d’usage que tout le monde pose à tout le monde (sur le Chemin, on demande rarement où on va, mais surtout d’où on vient. « Et toi, d’où es-tu parti.e?! » Et au fur et à mesure que le voyage avance, il se crée une sorte de respect pour les marcheurs qui proviennent du plus loin); les douleurs physiques des premiers jours; les derniers kilomètres de la journée qui sont les plus difficiles; les amours de Camino, communément appelés les « Camino Crush »; les rencontres spontanées de gens qu’on ne revoit plus jamais parce qu’ils ont ou parce qu’on a soi-même pris de l’avance; les gens que tu ne pensais jamais revoir, mais que tu revois finalement à la toute fin; la satisfaction innommable que tu vis chaque soir, une fois les souliers retirés et la douche prise, pour la distance que tu viens de parcourir; les rires partagés en fin de soirée; les journées vraiment trop chaudes; ou juste le fait de marcher, qui devient alors la chose la plus importante de toutes. Mali vit la route du Chemin un peu à la manière dont je l’ai vécu, et les émotions qui sont décrites sont profondes et sincères. J’ai aimé marcher avec elle à travers le roman et parcourir tant les étapes interminables, sous l’indescriptible chaleur, que les jours plus monocordes, pluvieux; tant les étapes chaleureuses, plus calmes, que les mouvementées.

Les personnages d’Amélie Dubois sont définitivement hauts en couleur, et les dialogues maîtrisés, punchés. Le roman est, cependant, un peu long à décoller. Amélie Dubois nous offre une longue mise en bouche d’une centaine de pages dans lesquelles elle fait advenir visites chez le coiffeur, amies et congrès de filles (pour ceux ou celles qui ont lu ses autres romans, vous comprendrez). Un peu caricaturés et plutôt extravagants, ces passages m’ont laissée indifférente. Lorsqu’ils revenaient périodiquement, au fil des chapitres, j’avoue que je les sautais, sans les lire. Son style est d’ailleurs un peu intense par moments, même s’il a beaucoup de saveur. Personnellement, je pense que je préférais de loin les moments un peu plus sérieux, émotifs, que ceux où l’humour frôlait parfois le ridicule.

Le fil rouge, Le fil rouge lit, bibliothérapie, littérature, lecture, livres, les livres qui font du bien, La fois où... j'ai suivi les flèches jaunes, Amélie Dubois, Les éditeurs Réunis, Chemin de Compostelle, Voyage, Camino, Camino Francès, littérature québécoise, Marcher, partir, Why are you walking? Expérience,

La fois où… on avait bien marché. Deba, Espagne.

Spiritualité et réflexions sur la vie

Ce qui est intéressant avec le Chemin de Compostelle, c’est qu’on y retrouve la spiritualité à différents degrés. Libre à tous d’y prendre ce qui les rejoignent. Cet aspect est bien présent dans le roman d’Amélie Dubois, dans lequel la protagoniste est souvent confrontée à des questionnements s’accordant à cette dimension. Par exemple, il arrive un moment où Mali croise cette immense inscription: « WHY ARE YOU WALKING? », qui vient la faire se questionner sur ses raisons de faire le chemin. Ces interrogations reviennent nécessairement à celui ou celle qui se lance volontairement dans une aventure, surtout lorsqu’elle implique de marcher un mois et demi sur des chemins pas toujours plats. Pourquoi tu marches, toi? Cette question, d’ailleurs, on se la pose tous, souvent. Libre à nous d’y répondre.

Ou encore, il y a les fameuses roches qu’il est coutume de porter dans son sac comme représentation d’un problème ou d’une situation que l’on prévoit ensuite laisser derrière soi, métaphoriquement :

Trimballe une pierre qui incarne ce que tu veux laisser derrière toi à la fin de ton pèlerinage. Tu la portes avec toi dans ton sac et, à Santiago ou avant, tu la laisses quelque part. Tu t’en débarrasses pour toujours.

Vers la fin du chemin, quelques étapes avant Santiago, on voit beaucoup de ces roches sur les bornes indiquant les kilomètres restants. Les gens se délaissent de ce qu’ils ont réussi à « régler » sur leur route. Le sac du marcheur, qui ne fait qu’un avec lui, est d’ailleurs souvent une image forte qui est utilisée pour illustrer la charge que chacun porte mentalement pendant la marche. Amélie Dubois le convoque aussi, surtout que, pour Mali, le voyage est sous-tendu d’un poids provenant des raisons de son départ :

Le poids du sac du marcheur équivaut à la somme des peurs de celui qui le porte. Je dois donc trouver le comptoir d’enregistrement de ma compagnie aérienne afin d’y déposer douze livres et demie de peur à destination de l’inconnu.

Mais surtout, la spiritualité est amenée tout au long du roman par l’intermédiaire d’un roman que Mali apporte avec elle, un petit livre qui va accompagner sa route physique et spirituelle : Changez vos pensées, changez votre vie, de Wayne W. Dyer. Mais si elle y fait souvent référence, il ne pèsera jamais négativement sur le récit. Le roman en lui-même est d’ailleurs rempli de ces phrases qui viennent nous faire réfléchir, ce que j’ai trouvé tout à fait chouette, puisqu’elles s’insèrent dans un récit qui a de la place pour elles.

La vie, c’est ça […]. Des rencontres et des personnes sur la route, avec qui l’on chemine.

 

Le fil rouge, Le fil rouge lit, bibliothérapie, littérature, lecture, livres, les livres qui font du bien, La fois où... j'ai suivi les flèches jaunes, Amélie Dubois, Les éditeurs Réunis, Chemin de Compostelle, Voyage, Camino, Camino Francès, littérature québécoise, Marcher, partir, Why are you walking? Expérience,

La fois où… c’était quand même bien (trop) indiqué. Güemes, Espagne.

Amours et rencontres du chemin

Et bien sûr, le chemin est un endroit où les rencontres sont les plus importantes, les plus intéressantes, les plus fortes. Amélie Dubois réussit bien à exprimer ce qui se passe entre les marcheurs, de tous âges et de toutes nationalités, lorsqu’ils se croisent au fil de la route ou dans les auberges de jeunesse. Il se crée, entre tous, des amitiés significatives, évoluant beaucoup plus rapidement que dans la vie quotidienne, notamment parce que le contexte est propice aux rapprochements et qu’il permet des rencontres des plus authentiques. Amélie Dubois le décrit bien :

[…J]e ne me soucie même pas de quoi j’ai l’air. Jamais maquillée, toujours les mêmes vêtements. […] En chemin, on ne peut pas jouer ni prétendre être quelqu’un d’autre. Le chemin fait ressortir, qu’on le veuille ou non, autant les bons que les mauvais aspects de notre personnalité.

Au fil de son périple, Mali rencontre quelqu’un qui va bouleverser son voyage. Et pour cela, le roman La fois où… j’ai suivi les flèches jaunes prend tout son écho avec ma propre expérience, dans laquelle un pèlerin étranger rencontré par hasard devient un ami, puis un compagnon de marche, puis un amoureux. « L’aventure se passe avec [lui], dorénavant ». Et Mali vit de la même façon cet étrange allongement du temps qui caractérise ces rencontres, quelques semaines ensemble signifiant alors des mois et des mois de fréquentation à vitesse « normale ». On s’accroche à ces histoires parce qu’elles sont – ou nous apparaissent alors – comme des plus vraies.

Le roman d’Amélie Dubois est rafraîchissant, touchant et nous donne irrésistiblement envie de partir, ou bien, dans mon cas, de repartir… Qu’attendez-vous pour chausser vos bottes de marche et vous lancer à l’aventure? Mais pour cela, pas besoin de traverser l’océan! Comme le rappelle un marcheur à Mali, « le véritable chemin ne commence qu’une fois qu’on a arrêté de marcher », c’est-à-dire partout, tous les jours, il ne suffit que de le décider.

Et vous? Pourquoi marchez-vous?

Le chemin de la montagne : des thèmes simples mais profonds à méditer

Dès le premier coup d’œil, je suis tombée sous le charme de l’album jeunesse Le chemin de la montagne, écrit et illustré par Marianne Dubuc et publié aux éditions Comme des géants. En le feuilletant, je me revoyais sur le sentier montagneux où nous allions marcher en famille durant la saison des couleurs, lorsque j’étais petite. Un pur bonheur de replonger dans ce souvenir d’enfance.

Un livre à savourer d’abord avec les yeux

Ce livre m’a d’abord frappée par la qualité des illustrations, mais aussi par son esprit contemplatif. L’image de la couverture est apaisante, son petit format me plaît beaucoup et sa reliure m’a tout de suite donné envie de m’en emparer. Il s’agit d’un très bel objet qui mérite selon moi d’être mis à la vue en tout temps (je l’ai d’ailleurs mis en facing dans ma bibliothèque personnelle). Mais ce dernier opus de Marianne Dubuc est beaucoup plus qu’un beau livre pour enfant.

Des thèmes simples qui invitent à la réflexion

L’histoire est touchante et j’ai tout de suite eu envie de plonger dans cet univers, ce qui est toujours bon signe. Madame Blaireau, qui a un certain âge, grimpe tous les dimanches la montagne se trouvant tout près de sa maison. Un jour, sur le sentier, elle rencontre un petit ami félin, Lulu, qui se croit incapable d’atteindre le sommet de cette montagne. Madame Blaireau, par sa ruse et en l’encourageant, lui permettra d’y arriver. Il l’accompagnera ensuite lors de ses randonnées, mais viendra un temps où elle n’y arrivera plus elle-même. Lulu ira donc chez Madame Blaireau à la fin de chacune de ses randonnées pour lui raconter ce qu’il a vu. Et la boucle se refermera au moment où Lulu rencontrera à son tour un petit curieux à guider pour atteindre le sommet de la montagne. Une belle manière d’aborder les sujets de la transmission des traditions à la relève, de l’entraide, mais aussi de nos capacités, qui sont parfois enfouies en nous et qu’on ne voit pas. J’ai été moi-même surprise de constater que l’histoire avait déclenché chez moi une réflexion sur ces thèmes.

Observer de plus près

J’adore le souci des détails dans les illustrations de l’auteure : la petite coccinelle sur une branche, les fleurs de pommiers qu’on peut presque sentir ou encore la petite feuille qui virevolte au vent. La nature est d’ailleurs mise de l’avant dans ce magnifique album, comme la plupart des œuvres de Marianne Dubuc. Je ne le cacherai pas, je suis mordue de ce genre d’ouvrages et je les achète pour moi, même si je ne fais pas partie de la tranche d’âge visée. De toute façon, j’ai dans l’idée qu’un livre peut plaire à n’importe qui; il n’en tient qu’à nous de savoir en tirer profit.

Et vous, quels sont les ouvrages qui font ressurgir des souvenirs d’enfance?

le fil rouge, le fil rouge lit, bibliothérapie, littérature, lecture, livres, les livres qui font du bien, Aria de laine, Meb, Moult Éditions, littérature québécoise, black-out poetry, Maria Chapdelaine

Aria de laine – À la recherche de mots aux grandes images

Aria. Ce mot sonne bien aux oreilles. En musique, un aria est un air exprimant l’émotion d’un personnage et démontrant la virtuosité d’un chanteur dans un opéra. C’est l’autrice et professeure Meb qui me l’a appris dans mon deuxième cours de littérature musicale au cégep. L’ayant eu comme professeure pendant un an, quand j’ai su qu’elle sortait son premier livre, j’ai voulu tout de suite en savoir plus.

Début décembre 2017, elle nous a annoncé en classe qu’elle lançait un livre de black-out poetry, dont le principe est de raturer des textes — dans son cas  Maria Chapdelaine de Louis Hémon — pour en ressortir des mots qui forment un tout autre sens. Le format me plaisait, j’avais déjà lu du black-out poetry mais jamais un livre complet. Et puis le titre, Aria de laine, m’a aussitôt interpellée. J’ai voulu me procurer ce livre le plus vite possible. J’étais plus que curieuse de savoir à quoi ressemblait l’univers de ma prof, dont j’avais vu des parcelles sur sa page Facebook.

Je confirme: un aria tout en finesse se cachait derrière Maria Chapdelaine, et Meb a su l’exploiter pour en faire de jolis poèmes.

22550213_10155871538738628_4998793659076607385_o

La forme 

Pendant six mois, l’autrice a découpé deux carrés parmi les pages du roman et a trouvé des bouts de phrases qui allaient de pair avec d’autres. Il va sans dire que ça nécessite beaucoup de discipline et de travail, mais l’autrice a relevé le défi avec brio. La forme non traditionnelle déstabilise un peu pendant les premières pages; cependant, on y prend goût et on entre avec curiosité entre les lignes, dans les belles images que créent les ratures.

Les mots

Si vous êtes sensibles aux métaphores et allégories bien colorées, vivantes, ce livre vous enchantera. Personnellement, c’est l’approche surréaliste et dadaïste en poésie qui m’attire et interpelle le plus. Aria de laine, c’est exactement ça. Juste le concept de mots cachés dans l’histoire d’un autre auteur est génial. C’est partir à la chasse aux trésors, le temps d’une lecture. Et puis c’est le genre de livre qui se lit plus d’une fois; chaque lecture apporte une image et une approche différente. C’est ce qui fait la beauté du black-out poetry.

0011725036_10

En dehors du black-out poetry

En plus d’être autrice et professeure au cégep, Meb exploite plusieurs sortes d’art. Elle est une grande adepte des zines et des petites choses; elle publie son zine Milieu à tous les mois et vend sur Bandcamp des cartes, des poèmes, des calendriers, tous fait à la main. Sa poésie se poursuit en chansons, composées de façon strictement minimaliste; il y seulement la voix enveloppante de Meb avec une ou deux couches d’instrumentations, c’est tout. Les textes ont une grande portée poétique et la touche bien reconnaissable de Meb, qui vous plaîra si vous aimez l’approche surréaliste en général!

    * * *

Vous pouvez suivre les aventures de cette artiste multidisciplinaire sur sa page Facebook et son site internet. Je l’ai récemment interviewée pour Inside & Somewhere Else sur l’ensemble de son parcours d’artiste que vous pouvez lire ici.  Aria de laine est en vente chez Le pressier.

Et vous, avez-vous déjà lu du black-out poetry?

EnregistrerEnregistrer

prenez le champ, julie aubé, les éditions de l'homme, le carnet rouge, Josée Di Stasio, Flammarion, Le livre des pique-niques, Marie-Joanne Boucher, Parfum d'encre, Saisons, la table végane, Meadow & Land, Les Éditions La Presse, Livres de cuisine, les plus beaux livres de cuisine, littérature gourmande, le fil rouge, le fil rouge lit, littérature, lecture, livres, bibliothérapie, les livres qui font du bien

Gourmandise et autres plaisirs de la table : les plus beaux livres de cuisine

J’adore autant la cuisine que j’adore la littérature, alors je suis aux anges quand je mets la main sur de beaux livres de cuisine. Je suis une grande gourmande et une curieuse insatiable, c’est pourquoi j’ai toujours le nez dans ce genre de livres. Tout ce qui a trait à l’art de vivre me fait vibrer. Je voulais vous inspirer à mon tour en vous proposant mes coups de cœur, ces livres qui m’apportent beaucoup de bonheur.

***

Autour de moi, je constate que mes ami.e.s ne possèdent plus de livres de cuisine. Sur Internet, en un clic, on trouve des milliers de recettes pour tous les goûts, et ce, gratuitement. Tant mieux, mais je trouve cela dommage…

Je trouve beaucoup de plaisir à feuilleter des livres de cuisine. Le simple fait de laisser un commentaire manuscrit à côté d’une recette en guise d’appréciation ou d’accumuler les post-it aux pages de plats à essayer font de ces livres des objets qui prennent de la valeur, parce qu’ils sont remplis de souvenirs de ces moments éphémères partagés en bonne compagnie autour d’un repas concocté minutieusement. Et puis, je les aime pour encore plein de raisons, car il y en a pour tous les goûts, tous les événements et tous les types de régimes et de cuisines, parce qu’ils nous font voyager à travers notre assiette, mais surtout parce que je fais toujours des découvertes surprenantes qui m’amènent à sortir de ma zone de confort en essayant des recettes que je n’aurais jamais pensé cuisiner.

Et ce n’est pas que de simples recettes, on y trouve plus que des idées de plats, mais aussi des inspirations, des photographies qui font rêver, des variations sur certains aliments et, ce que j’aime le plus, des idées pour créer une ambiance autour du repas, des réflexions sur l’alimentation et les récits personnels des auteurs. Et c’est ce genre de livre qui me plait. Alors voici mes préférés…

Saisons : La table végane, de Trudy Crane, Julie Zyromski et Chloé Crane-Leroux, Les Éditions La Presse

Saisons, La table végane, beaux livres de cuisine, Éditions La Presse, livre vegan

Crédit photo : Catherine Drapeau

Pour ceux qui souhaitent s’initier à la cuisine végane, ce livre est un petit trésor. D’abord, pas obligé d’être une experte en nutrition pour apprécier ce livre ou de changer ses habitudes alimentaires du tout au tout; le but est plutôt d’intégrer plus de repas sans ingrédients de nature animale dans son quotidien. Dès les premières pages du livre, il y a une introduction aux ingrédients essentiels à la cuisine végane en guise de lexique, pour découvrir quelques variations aux ingrédients de la cuisine « traditionnelle ».

Les auteures, un magnifique trio composé d’une photographe, d’une artiste céramique et d’une chef, proposent 101 recettes simples et faciles à réaliser pour valoriser les aliments locaux et de saison (le livre est divisé selon les saisons, d’où le titre). J’aime surtout leur souci du détail qui pour moi est un gros plus à ce livre. Je m’émerveille à chacune des pages, car les photographies sont époustouflantes! Ces artistes ont parsemé le livre de petits textes dans lesquels on retrouve beaucoup d’inspiration pour recréer des décors accueillants et chaleureux en vue d’accueillir les convives autour de la table et de recréer de véritables moments de féerie. Chandelles, linge de table, vaisselle artisanale et fleurs apportent une petite touche de raffinement sans qu’on soit nécessairement obligé d’en faire trop.

Célébrer l’art de vivre avec simplicité et authenticité sont les mots d’ordre de ce magnifique ouvrage festif et réconfortant, qui fait réfléchir sur l’alimentation végane et sur l’impact qu’elle a sur notre santé, mais aussi sur celle de notre planète.

Le livre des pique-niques, de Marie-Joanne Boucher, Parfum d’encre

Le livre des pique-niques, beaux livres de cuisine, Marie-Joanne Boucher, Parfum d'encre, pique-nique, livre de cuisine

Crédit photo : Catherine Drapeau

Les pique-niques, c’est tout un art! Je n’ai jamais vraiment eu de véritable passion pour ces repas en plein air… mais ça, c’était avant de découvrir ce livre.

Selon Émile Littré, grand philosophe et lexicographe français, le terme pique-nique venait de pick, pour saisir et de nick, pour instant. Saisir l’instant!

Pique-niquer, c’est l’art de partager un bon repas en bonne compagnie tout en sortant de chez-soi. Combien de repas prenez-vous ailleurs que dans votre salle à manger?

J’en conviens, il faut beaucoup plus d’organisation pour s’adonner à cette activité. Quoi mettre dans son panier, comment faire en sorte que la nourriture se conservera bien et surtout comment ne rien oublier sont des soucis de plus. Pas de panique, car l’auteure est une pro des pique-niques et nous présente les essentiels à mettre dans son panier. De plus, pour chaque recette, elle nous rappelle quoi emporter pour ne jamais être pris au dépourvu.

Les pique-niques c’est aussi savoir profiter de l’air frais 365 jours par année. Oui oui! Le livre propose différentes recettes selon les saisons et nous incite à prendre nos repas à l’extérieur même en hiver. Toutes les occasions sont bonnes pour sortir dehors : garden-party/barbecue, party de tacos, apéro au parc, petit déjeuner sur la terrasse, chocolat chaud autour du feu, ou même simplement l’heure du thé au salon. Au parc national, au chalet près du lac, c’est aussi une belle excuse pour découvrir de nouveaux endroits au Québec.

Les recettes sont simples, colorées et plaisent à tous les goûts, et les images qui les accompagnent sont vraiment jolies. Un livre qui m’a convaincu!

Prenez le champ! 21 escapades gourmandes sur les routes du Québec, Julie Aubé, Les Éditions de l’Homme

Prenez le champ, Julie Aubé, Les éditions de l'homme, escapades gourmandes, plus beaux livres de cuisine, nutrition

Crédit photo : Catherine Drapeau

Écrit par une nutritionniste passionnée d’agrotourisme, ce livre propose de faire le tour du Québec dans son assiette. À la fois recueil présentant plusieurs artisans et agriculteurs québécois et guide proposant différents circuits touristiques à travers la province, il vise surtout à nous faire prendre conscience de la qualité et de la provenance des aliments que l’on consomme.

Manger c’est pour moi beaucoup de plaisir, et ce livre présente des produits dont j’ai très envie de me régaler. Mais d’un autre côté, il me fait aussi beaucoup réfléchir sur ce que j’ai envie de retrouver dans mon assiette.

Bien manger veut aussi dire se responsabiliser quant aux impacts de nos choix alimentaires, privilégier le plus souvent possible des aliments locaux, saisonniers, peu emballés, achetés en circuits courts et préparés artisanalement (plutôt qu’industriellement).

À travers les pages, j’ai découvert des histoires inspirantes d’agriculteurs passionnés. On y retrouve des récits personnels qui racontent les raisons pour lesquelles on devient agriculteur : désir d’être autosuffisant, envie d’ouvrir ses champs à l’autocueillette, besoin de recommencer sa vie en campagne ou simplement dans le but de reprendre les rênes de l’entreprise familiale qui se passe de génération en génération.

Vignoble, microbrasserie, champ de lavande, verger confiturerie, fromagerie, ferme, jardin, marché public : ce n’est pas le choix ou la diversité qui manque! Je suis impressionnée de constater qu’il y a autant de producteurs qui ont à cœur l’importance de bien manger et je suis fière de constater qu’au Québec nous avons de très beaux produits gastronomiques.

Si vous vous intéressez aux produits saisonniers, locaux, artisanaux ou encore à l’alimentation biologique, ce livre est pour vous. Et si en plus vous êtes un touriste gourmand et vous adorez les escapades à travers les différentes régions du Québec, alors c’est un match parfait!

Le carnet rouge, de Josée di Stasio, Flammarion

Le carnet rouge, Josée Di Stasio, Flammarion, beaux livres de cuisine

Crédit photo : Catherine Drapeau

Un joli carnet de notes pour les temps de fêtes : comment ne pas tomber sous le charme de ce bouquin de l’adorable et talentueuse Josée di Stasio? Un livre-cocooning, qui réchauffe le cœur. Fait pour se gâter et pour gâter les autres autour de soi, il regorge de recettes festives pour les matins de brunch, les après-midi de cocooning, les collations d’après-ski ou les fins de semaine où l’on prend le temps de se concocter de bons petits plats mijotés.

Personnellement, je m’y réfère tout le temps pendant l’hiver, la période des Fêtes ou quand j’ai besoin d’un peu de réconfort. Ce sont des recettes classiques, toujours pratiques à avoir à portée de main. Elles sont si simples et à peu près impossibles à rater. Non seulement les recettes sont parfaites pour recevoir, mais le livre est rempli d’idées de cadeaux gourmands pour se faire plaisir et qu’on trouve plaisir à offrir, tels des granolas, des biscottis ou du caramel maison. C’est tellement meilleur quand on les fait soi-même.

Pour ceux qui sont un peu plus créatifs, qui aiment créer avec leurs mains, les idées cadeaux DIY sont super chouettes : une guirlande pour nourrir les oiseaux en hiver, une liste pour réussir de parfaits emballages de cadeaux dignes de Pinterest et même des biscuits pour pitou.

Le carnet rouge est parfait pour se créer de nouvelles traditions et c’est pour ça que je l’aime tant.

Et vous, quels sont vos livres de cuisine préférés?

EnregistrerEnregistrer

Amour Bibliothéraphie Deuil Famille Folio Joie L’histoire de l’amour Le fil rouge Le fil rouge lit Lecture Les livres qui font du bien Littérature Littérature étrangère Livres Nicole Krauss Tristesse

L’amour selon Nicole Krauss

L’histoire de l’amour est un de ces livres qui ne sort pas du lot au premier regard. Une couverture simple, un titre qui semble cliché, rien ne donne envie de le choisir plus qu’un autre. Je ne me rappelle même pas l’avoir acheté, et pourtant, il y a quelques semaines de cela, à la recherche de ma prochaine lecture, je suis tombée sur lui. Ce livre que j’allais refermer quelques jours plus tard, la larme à l’œil et un sentiment de vide m’envahissant. Un vide non seulement parce que jamais plus je ne pourrai le redécouvrir pour la première fois, mais aussi parce que c’est une histoire infiniment triste, mais remplie d’optimisme et d’espoir.

C’est un livre coup-de-poing, mais qui le fait tout en douceur. J’ai été chamboulée par la facilité avec laquelle Nicole Krauss nous rend ces deux histoires, celle de ses personnages, mais aussi celle que ses personnages ont créée. Une deuxième histoire qui, elle aussi, est remplie de douceur et qui, grâce à des extraits insérés ici et là, a su apaiser mon âme.

Plus tard, bien plus tard, il s’aperçut qu’il était incapable de se débarrasser de deux regrets : un, qu’au moment où elle s’était reculée il ait vu à la lumière d’un réverbère que le collier qu’il avait fabriqué lui avait irrité la peau et, deux, qu’au moment le plus important de sa vie il ait choisi la mauvaise phrase.

Une histoire qui en cache d’autres

Alma, une jeune fille complexe et pourtant si simple, nous amène dans sa quête identitaire, dans laquelle elle essaiera par tous les moyens possibles de découvrir l’origine de son nom. Un nom qui la ramène à une histoire bien particulière : l’histoire de l’amour.

Parce que c’est ça, l’histoire de l’amour. L’amour sous toutes ses coutures, en passant par le beau, mais aussi le laid. C’est l’amour qui se transforme en rancœur. L’amour qui, au fil du temps, se transforme en une histoire que l’on peut conter à ses enfants, qui eux n’ont aucune idée du monde qui les attend. Une histoire dont on change la fin, parce qu’elle est bien trop terrible pour être ailleurs que dans nos souvenirs.

L’histoire de l’amour, c’est tout ça, mélangé avec des personnages attachants et pittoresques. Ils ont tous, sans exception, une quête bien différente, vitale, qui les relie les uns aux autres. Il y a Alma, mais aussi un vieillard attachant qui ne fait que penser à sa mort – qui ne peut être qu’imminente –, un fils perdu devenu prodigue, un imposteur et une femme vers qui tout semble être lié. Un livre qui vous donnera une envie de reviens-y dès que vous le déposerez, qui touchera chez vous ce petit (ou gros) côté sensible, comme il l’a fait avec le mien.

J’aimerais tant vous en dire plus, pouvoir vous expliquer à quel point ce livre est hors du commun, mais en faisant cela, je vous priverais du plaisir d’en découvrir chaque petite partie, chaque surprise qui s’y cache, parce que ce livre, c’est comme une mine aux trésors. Une mine d’émotions à l’état pur, de personnages à qui l’on peut s’identifier si facilement et de détails qui pour certains pourraient sembler inutiles, mais qui rendent l’histoire tellement humaine. Un livre que je ferais lire autant à ma mère, qui en a vu d’autres, qu’à ma coloc, qui oublie de prendre le temps de lire.

Et vous, y a-t-il un livre qui vous a agréablement surpris? Si oui, lequel?

lecture, bibliothérapie, le fil rouge, le fil rouge lit, littérature, les livres qui font du bien, livres, mémoire, the glass castle, du livre au film, jeanette walls, film,

Du livre au film : The Glass Castle

À Noël dernier, une pluie de livres s’est abattue sur moi à mon plus grand plaisir, et à celui de mon portefeuille. J’avais demandé les mémoires de Jeannette Walls, The Glass Castle (Le château de verre), car j’avais vu le film sorti en 2017 quelques mois auparavant, et je l’avais bien aimé. J’aime toujours comparer une œuvre d’un médium à l’autre me permettant ainsi d’unir une œuvre à travers deux de mes passions. Normalement, je lis le livre en premier et ensuite j’écoute le film, mais cette fois-ci, j’ai su qu’un livre existait après le visionnement de l’œuvre cinématographique seulement. Laissez-moi donc vous présenter ce livre que j’ai adoré et ce film qui ne m’a pas déçue.

Le livre où Jeannette se dévoile

Le livre dépeint la vie de Jeannette Walls, une vie de nomade favorisée par ses parents marginaux : sa mère, artiste en tout genre (peinture, écriture de théâtre, de romans, de nouvelles) et son père, inventeur alcoolique ayant pour but de construire un château de verre qui révolutionnera leurs vies et leurs problèmes d’argent. Jeannette est entourée de ses trois frères et sœurs qui subissent la même vie-pas-facile. Les mémoires de l’auteure nous présentent une jeune fillette traversée par le temps qui évolue dans son autonomie et les difficultés à la maison. La vie chez les Walls, c’est des manteaux pas de boutons l’hiver, et un bain par semaine l’été. C’est une vie de misère que vivent les personnages, qui sont souvent confrontés au manque de nourriture ou au regard des autres. Chez les Walls, les « maisons » ne durent jamais bien longtemps, lorsque le travail manque, ou l’ennui s’établit, la famille déménage, voyage des jours non-stop afin de trouver une maison quasi-abandonnée à faible loyer pour les prochains mois.

Malgré toute la misère du livre, il y a toujours une lueur d’espoir présente qui rayonne à travers le personnage de Jeannette, cette petite fille qui doit préparer elle-même ses hot-dogs à trois ans et s’occuper de son père ivre à huit ans, nous démontrant ainsi que le découragement n’existe pas. C’est une grande fille qui s’établit vite dans le corps d’une enfant; c’est d’ailleurs le cas pour tous les enfants de la famille.

Pourtant, les parents, malgré leurs quelques négligences, adorent leurs enfants. L’esprit de famille est très important, mais pas toujours présent. À maintes reprises, j’ai dû m’arrêter lors de ma lecture pour me rappeler que ce que je lisais était une histoire vraie, et que tout ce qui est écrit entre ces pages est arrivé. Cela me semblait invraisemblable par moments, puisque c’est une vie constamment bouleversée dont j’étais témoin lors de ma lecture. Ce sont des choses atroces qui sont arrivées à ces enfants, comme manger de la nourriture à chats parce qu’il n’y a pas autre chose dans la maison, souffrir d’intimidation à l’école ou dormir sur le balcon de la maison lorsqu’il fait trop chaud à l’intérieur. Mais, il y a aussi de belles choses qui arrivent, comme le projet de Jeannette de repeindre la maison en jaune ou la maison en Californie et les nouveaux vélos.

Du roman à l’écran

Le film réalisé par Destin Daniel Cretton en 2017 reflète à merveille l’univers du livre. Certaines scènes plus importantes que d’autres, comme la blessure de Jeannette à trois ans, le déménagement de Lori (la grande sœur) à New York, les chicanes entre les parents, l’abstinence du père face à l’alcool sont bien représentées à l’écran et reflètent exactement ce qui est écrit dans le livre. D’autres scènes ont été enjolivées pour l’écran et le public, mais gardent tout de même la même essence que dans le livre, puis comme dans toute adaptation, il y a des scènes oubliées et des scènes inventées. En soi, le film est très convaincant et fait un portrait juste du roman. Par contre, le livre est plus intense dans certains sujets, comme la famine de la famille et les inconduites sexuelles présentes plusieurs fois dans le roman et produites par des inconnus sur Jeannette, qui se défend toujours.

Je suis difficilement impressionnable sur les adaptations cinématographiques de roman; j’aime toujours déceler les points où la réalisatrice ou le réalisateur est passé à côté avant de voir le bon travail. Par contre, pour ce film, j’ai bien aimé dès le départ (n’étant pas influencée par une première lecture) et avec du recul face à cette lecture, je suis encore impressionnée.

Je vous recommande absolument de lire ces mémoires si justes et si authentiques. Suivre le personnage de Jeannette est un pur plaisir pendant 300 pages. Puis, regarder le film afin d’être à nouveau charmé par ces personnages.

Quelles sont vos meilleures adaptations cinématographiques tirées de romans ou de mémoires?

Club de lecture : Homo sapienne

Mardi soir, 23 janvier, café La graine Brulée 

À l’hiver, notre groupe du mardi est petit, nous sommes cinq. Nous savions que ça allait créer une dynamique bien différente de nos autres groupes dans lesquels nous sommes parfois jusqu’à 12 participantes. Nous ne savions pas exactement quelle ambiance un aussi petit groupe allait créer, nous espérions avoir plus de temps pour élaborer, élaguer, partager et c’est exactement ce qui est arrivé. Il faut dire que la session a commencé en force avec Homo sapienne de Niviaq Korneliussen.

Alors, qu’en avez-vous pensé ? 

C’est d’une voix presque à l’unisson qu’on s’entend dire que nous avons toutes aimé. Du récit au style en passant par l’indéniable talent de l’auteure, ce fut une magnifique lecture pour toutes.

On ne pouvait commencer autrement qu’en abordant la préface. C’est plutôt rare qu’un roman ait une si pertinente préface qui est parfaitement adapté et d’actualité. Elle a piqué la curiosité des participantes, « ça mets bien la table » dit l’une d’entre elles.

Dans le cœur du sujet 

On plonge vite dans le cœur du sujet: l’identité. Chacun des cinq personnages vit, à sa manière, une crise identitaire bien personnelle. On s’entend pour dire qu’on entre vite dans la réalité de chacun d’eux, on accède aux images, au rythme. C’est certainement là l’une des grandes forces de l’auteure, nous faire entrer aussi vite dans le quotidien de différents personnages.

Nous arrivions toutes à comprendre chacun des personnages rapidement, on s’entend même pour dire que c’est définitivement un tour de force de construire un roman de la sorte, en faisant tout passer à travers ces différents personnages. Niviaq Korneliussen est certainement une excellente pédagogue, tout ce qu’il y a a savoir est bien intégré dans le récit.

Multiples formes, multiples récits

Mélangeant français, anglais, danois, échanges courriels, dialogues et flux de pensées, Niviaq Korneliussen réussit très bien à amalgamer les genres tout en restant cohérente. Il y a du mouvement, de l’intensité et un rythme hors du commun. Toutes semblent avoir trouvé que l’utilisation des SMS et des mots-clics étaient fait avec parcimonie et ajoutait quelque chose au texte. Rien n’était fait sans intentions.

Nous n’avons aussi pas pu passer à coté de l’incroyable traduction, du rapport à la musique qui ajoutait vraiment un petit «je ne sais quoi» au récit et à la vision positive des diverses identités sexuelles mises en mots dans Homo sapienne.

Ce fut véritablement une belle découverte pour toutes, sans points négatifs, sans déceptions, tout en gardant affuté notre esprit critique et en trouvant beaucoup à dire sur la beauté de ce premier roman.

 

 

Club de lecture : Les noyades secondaires

Samedi, 20 janvier, Café Sfouf

Première séance de 2018, nous arrivons au Café Sfouf, toutes deux un peu fébriles, tout en sachant un peu plus à quoi s’attendre qu’à nos débuts. Il faut dire que ça fait maintenant plus d’un an que nous offrons les clubs de lecture. En plus, cette session, ce groupe du samedi est majoritairement constitué d’anciennes participantes que nous accueillons à bras ouverts! Nous sommes bien entendu tout aussi heureuses de faire connaissance avec les nouvelles participantes qui, nous le sentons, se grefferont bien au groupe.

Pour notre première rencontre, nous avons donc lu Les noyades secondaires de Maxime Raymond Bock, un recueil de récits qui cartographie Montréal, à travers les époques et les gens qui y vivent.

Alors, qu’en avez-vous pensé?

La première conclusion qu’on en tire, c’est l’impression d’avoir lu sept romans en un. Bien qu’il y ait de subtils liens entre chacun des récits, ils se tiennent tous seuls et sont  bien différents les uns des autres. Il est évident que les fouilles pour découvrir tous les liens entre chacun des récits ont occupé une petite partie de notre temps. Il me semble que, dans les nouvelles, il y a souvent ce désir – ou du moins ce clin d’œil – de l’auteur.e de faire des liens entre elles et, en tant que lecteur.trice, de les découvrir.

Nous pouvons aussi toutes nous accorder sur le talent et la qualité de la plume de Maxime Raymond Bock. Il en faut beaucoup pour réussir à raconter des choses aussi banales, de long en large, sans perdre l’attention du lecteur. Parce que s’il y a quelque chose à savoir sur Les noyades secondaires, c’est qu’il y a beaucoup de digressions, de « train of thoughts » et de descriptions. Il n’y a pas toujours beaucoup d’action, mais énormément de pensées, de petits riens et de banalités. Alors que certaines ont trouvé quelques passages plus longs, d’autres ont apprécié l’attention portée au quotidien. Qu’on apprécie ou non, on ne peut nier que, question forme, c’est très réussi.

Cartographier Montréal

Le vrai personnage principal  dans chacun des textes, c’est Montréal. De l’Oratoire Saint-Joseph à l’échangeur Turcot en passant par les ruelles de Rosemont, Les noyades secondaires offre une configuration précise et détaillée de la ville. C’est d’autant plus impressionnant lorsqu’on s’arrête pour réfléchir à toutes les recherches et à tout le travail qui se trouve derrière la mise en scène de notre métropole.

Il y a aussi quelque chose de plaisant à retrouver, dans un livre, les lieux de notre quotidien. Les endroits qu’on ne remarque parfois pas, mais qui, une fois le livre refermé, nous sautent aux yeux.

Mystère et humour

On retrouve, dans les textes, une touche d’humour, souvent noire, ainsi qu’une critique de la société, autant du milieu littéraire que du milieu hospitalier. Certaines nouvelles nous ont définitivement décroché un sourire ou deux, et même parfois plus.

L’un des textes met en scène une auteure ayant écrit un livre qui fait exploser la tête des gens. Il faut dire que nous avons discuté longuement de cette nouvelle qui écorche un peu le milieu littéraire et qui nous a bien fait rire.

Est-ce qu’on l’aurait lu, nous, le livre qui fait exploser le cerveau? Les avis sont partagés.

Le côté un peu mystérieux, qu’on ne comprend pas trop par moment, est aussi présent dans presque chacune des nouvelles. Parfois on se demande si on a bien lu et parfois, comme dans le cas du livre qui tue, l’aspect fantastique est beaucoup plus clair. C’est une technique qui semble bien s’adapter aux nouvelles.

En conclusion

On peut dire que ce fut une lecture qui nous a plu, sans que ce soit un livre sur lequel nous nous serions attardées s’il n’avait pas été choisi pour le club. Les participantes ont aimé la plume de l’auteur, la visite guidée de Montréal ainsi que l’humour, tout en se questionnant sur certaines longueurs ainsi que sur l’aspect plus surnaturel, un peu mystique, parfois anxiogène, de certains  textes.

Ce fut, somme toute, une belle rencontre et une découverte littéraire vers laquelle nous n’aurions peut-être pas été portées autrement, une façon bien littéraire de découvrir Montréal sous un autre angle.

Le mois prochain, nous nous retrouverons  pour discuter du roman Le corps des bêtes d’Audrée Wilhelmy.