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Le maître des illusions : Découvrez l’univers inquiétant (mais étrangement fascinant) de Donna Tartt

Quels auteurs contemporains préférez-vous? Pour les mordus de classiques, vous arrive-t-il de délaisser un instant les œuvres de Dumas ou de Flaubert pour vous plonger l’espace d’un instant dans l’univers de Pennac, Roth, Atwood et compagnie? Pour ma part, lorsque mes proches et moi conversons de nos nouvelles découvertes en la matière, le nom de Donna Tartt revient indéniablement! Par ailleurs, bien que n’ayant jamais rédigé de billets sur l’univers littéraire de cette écrivaine (ce qui relève d’ailleurs presque du sacrilège!), Tartt est assurément l’une de mes auteures contemporaines préférée. C’est quelque peu « groupie », je l’admets, mais elle fut la cause de bien des nuits blanches (j’ai lu les premiers chapitres de The Goldfinch en dessous de la couette jusqu’aux petites heures du matin, tout juste avant un examen de mi-trimestre prévu en matinée…) ,et de moments où, incapable de m’arrêter de lire, je lisais absolument partout (et pas aux moments les plus opportuns!).

Ainsi, après avoir lu une seconde fois son tout premier tome (The Secret History ou Le maître des illusions, en français), quoi de mieux que de partager avec vous mon appréciation sur celui-ci!

Le maître des illusions : la petite histoire 

Richard Papen (qui sera le narrateur du récit) quitte sa Californie natale pour faire son entrée dans un petit collège élitiste, le fictif Hampden College, situé dans l’état du Vermont (à la suite de l’obtention d’une bourse). Ce départ, motivé principalement par un quotidien morose et monotone, est l’occasion parfaite pour Richard d’établir un nouveau départ, et de vivre ainsi la vie qu’il a toujours souhaitée. Quelque temps après son arrivée, il fait la rencontre d’un enseignant en langue classique, Julian Morrow, personnage atypique et haut en couleur, qui offre des cours de grec ancien à un minuscule groupe de cinq étudiants. Attiré par ce groupe hyper sélectif (qui fait l’objet à la fois d’envie, de fascination, de curiosité, de jalousie et même de mépris de la part des autres étudiants d’Hampden), Richard désire plus que tout intégrer le programme offert par Morrow, non seulement pour suivre des cours dans un domaine qu’il apprécie particulièrement, mais également pour connaître davantage ces étudiants marginaux. Après avoir réussi (suite à un échange survenu entre lui et ces derniers, survenu à la bibliothèque), Richard dresse un portrait de son quotidien; il décrit les personnalités, les attitudes et les interactions qu’il entretient avec ses pairs (Camilla, Charles, Bunny, Francis et Henry). Toutefois, un événement tragique (l’un des leurs, Bunny, sera assassiné), provoqué par ses nouveaux amis, viendra chambouler la vie des protagonistes…. (Aucun spoiler ici! L’événement en question est tout de suite décrit dans l’épilogue : le lecteur sait donc immédiatement à quoi s’en tenir.)

Appréciation générale 

Le maître des illusions est à coup sûr un récit qui dérange : nous n’avons qu’à penser à l’épilogue, qui, frappant le lecteur de plein fouet, décrit le meurtre sordide de l’un des étudiants. Ainsi, contrairement à bon nombre de romans policiers ou de suspense, la trame narrative ne se concentrera aucunement sur le qui (qui a tué Bunny?) mais bien le pourquoi. On peut donc qualifier Le maître des illusions de thriller psychologique… mais unique en son genre. Si plusieurs thématiques présentes dans le roman sont similaires à celles retrouvées dans les livres à suspense (la culpabilité, par exemple), elles sont pourtant traitées différemment : la deuxième partie du roman en est un parfait exemple. J’étais certaine que celle-ci tournerait autour des remords de conscience et des sentiments de culpabilité insoutenables de certains des protagonistes; il en est toutefois tout autre…

Certes, si le roman traite principalement de la mort de Bunny et de ce qui s’ensuit, le cœur du récit repose plutôt sur le désenchantement et la désillusion qui frapperont, et ce, de manière différente, les membres de ce groupe d’amis. Ces derniers, se croyant invincibles (élément bien visible par leur attitude hautaine et au-dessus des autres) chuteront un à un de leur piédestal. Le lecteur assiste donc au récit de cette jeunesse désabusée, avec ce curieux sentiment de malaise qui, bien perceptible, s’incruste à mesure que le récit évolue. Bien que dégoûté et exaspéré par les actions de ces curieux (mais fascinants) protagonistes, on s’accroche tout de même, on désire savoir la suite à tout prix. On a l’étrange impression d’observer de loin une scène qui ne nous regarde absolument pas (sentiment provoqué notamment par la narration de Richard Papen) : on continue de lire l’interdit, happés, malgré le sentiment d’étouffement qui nous prend aux tripes. Et c’est là où repose le génie de Donna Tartt.

C’est un roman à lire : pour la description psychologique des personnages, pour l’ambiance qui s’en dégage (qui n’aime pas ces histoires dramatiques mettant en scène des collégiens snobs dans une vieille université du Vermont? Moi j’en redemande encore et encore!), pour la bizarrerie de certaines situations (mais qui, sous la plume de Tartt, font parfaitement du sens), pour la présence de certains sujets, comme les mythes grecs, le rapport à la beauté et à l’art (soulevés principalement dans les cours de Julian Mellow) et bien plus encore.

Un point négatif? Le roman contient certaines longueurs… mais c’est un point que je pardonne sans problème (haha!).

Et vous, avez-vous déjà lu Donna Tartt? Que pensez-vous de son univers littéraire?

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Gagner le gros lot ne change pas le monde…

Louis vit dans une maison beige meublée de divans beiges; il n’a personne, sa mère est morte et sa femme partie, il vit une vie bien beige et n’a aucun ami. Sauf Michel, le vendeur de voiture, et son garagiste Jack, qu’il ne connait pas personnellement, mais à qui il a inventé une vie palpitante avec sa femme fictive et leurs passe-temps imaginaires. Il y a aussi Josiane, une jeune entrepreneure qu’il a observée sur la couverture d’un magazine une fois et de qui il est tombé amoureux.

Puis un jour, Louis gagne le gros lot à la loto. Cinquante-quatre millions de dollars. Louis n’est même pas certain de pouvoir compter jusque-là, il mourrait probablement d’ennui bien avant.

Je m’entendis crier en direction du répondeur avant de remonter en courant pour m’asseoir, à bout de souffle, dans mon fauteuil inclinable et m’obstiner à attendre un appel d’outre-tombe, déchiré entre les restes de mon discernement et la perte de mes derniers repères. Je n’avais jamais rien su, sinon que ma mère serait toujours là et combien j’avais dans mon compte de banque. Ces deux seules certitudes envolées, je ne tenais plus rien pour acquis.

Un homme beige

Dans Le monde des autres publié chez Québec Amérique, l’auteure Line Deslandes nous rend sympathique ce personnage vide et sans émotions.  Lorsqu’il gagne cet énorme montant, il n’a aucune idée de quoi en faire. Il se lie d’amitié avec Michel, mais les deux hommes ne parlent pas beaucoup. Pourtant, ils se comprennent.

Ils prennent régulièrement la route ensemble, sans poser de questions, juste en acquiesçant. Ils feraient tout pour l’autre, même si c’est potentiellement illégal. Ils se complètent sans se questionner sur leur relation.

Une histoire en lenteur

Certes, il n’y a pas beaucoup d’actions rocambolesques dans Le monde des autres. Mais la lenteur de la narration est apaisante. On ne comprend pas toujours les motifs derrière les actions du personnage principal – qui est également narrateur – mais on ne cherche pas à pousser plus loin. Il agit de la sorte pour se sortir de l’ennui, pour se donner un but. À la limite de l’absurde, ses actions injustifiées nous le rendent attachant, même s’il se trouve lui-même ennuyant.

Une petite histoire apaisante qui permet de ralentir un peu, le temps de lire ses 158 pages.

Avez-vous déjà lu un livre qui ne comportait pas beaucoup d’actions, mais qui vous a tout de même charmé par sa lenteur?


Le Fil rouge tient à remercier Québec Amérique pour le service de presse, éditions Latitudes.

Come Closer Sara Gran

Come Closer : Un récit de possession pour dormir la lumière allumée jusqu’à l’Halloween

Les feuilles frissonnent, le soleil vire au cuivre et décline. Mine de rien, Samhain et ses spectres se rapprochent. Vous l’avez deviné, l’automne est ma saison préférée. Et je suis d’autant plus excitée cette année, du fait que je travaille sur un projet littéraire très halloweenesque (!). Pour me faire une tête et m’inspirer, je me gave de textes et de films d’horreur. Vos suggestions à ce chapitre seraient d’ailleurs très appréciées! C’est suivant la recommandation d’un ami que j’ai découvert Come Closer, mon premier Sara Gran, une auteure américaine résidant à New Orleans. Comme je ne lis que des ouvrages en version originale, je me suis procuré le roman en anglais, mais sachez que sa traduction française est aussi disponible (Viens plus près, Points, 2011). Depuis sa parution en 2003, Come Closer a connu un succès important, selon moi tout à fait mérité. Normalement, j’ai difficilement peur en lisant. Pas cette fois.

La romancière Sara Gran

Dans une petite ville américaine, Amanda mène une vie ordinaire avec son mari Ed. Ils sont les heureux propriétaires d’une vieille maison fraîchement rénovée, et sont amoureux, complices même. Elle a un excellent emploi, lui aussi; ils sortent, rient, planifient des vacances. Mais un cognement d’origine inconnue commence à se faire entendre à la maison, le soir, lorsqu’ils sont seuls. Rien qui ne mérite vraiment d’attention. Amanda devient plus irritée. Ça arrive, rien d’inquiétant. Ensuite, elle commet un vol à l’étalage, et trouve son geste étrange parce qu’elle ne se souvient pas l’avoir posé.

Are YOU Possessed by a Demon?

  1. I hear strange noises in my home, especially at night, which my family members tell me only occur when I am present.

  2. I have new activities and pastimes that seem « out of character », and I do things that I did not intend and do not understand.

  3. I’m short and ill-tempered with my friends and loved ones.

  4. I can understand languages I’ve never studied, and have the ability to know things I couldn’t know through ordinary means. (p.53)

Les courts chapitres se succèdent sans trêve, tandis que la liste de symptômes s’allonge. Ceux-ci sont d’abord pratiquement insignifiants, puis irrévérencieux, et finalement ouvertement gore. La subtilité descriptive des événements étranges nous entraîne dans une gradation agile qui s’installe un peu à notre insu, le nôtre et celui de la narratrice, même si au fond on sait très bien qu’une menace prend fermement racine.

What we think is impossible happens all the time. […] We could devote our lives to making sense of the off, the inexplicable, the coincidental, but most of us don’t. And neither did I. (14-15)

Au fil du roman, narré à la première personne, Sara Gran distille un état d’ambiguïté insoutenable et particulièrement fascinant. Les choix de la focalisation interne et du présent pour rapporter ce récit de possession font en sorte qu’à la lecture, il est pratiquement impossible de discerner le discours de l’héroïne de celui du démon ayant pris possession de son corps, et éventuellement de son esprit. Relire pour tenter de départager les identités, mais aussi parce qu’on trouve un certain plaisir dans cette souffrance. En fait, on se retrouve souvent à relire certains passages tellement leur violence est surprenante et fait mal par en dedans tout en nous ravissant. Et c’est là, à mes yeux, la grande force de Gran : contaminer les lectrices.teurs en leur donnant l’impression d’être eux-mêmes maléfiques, véritablement possédé.e.s. Elle parvient à solliciter un sentiment d’empathie envers la narratrice et son entité démoniaque, de telle sorte qu’en refermant le livre, on sent qu’un monstre s’est installé en nous. Gran nous séduit ouvertement, fait appel à nos pulsions les plus refoulées, les plus sombres, et nous les passe sous le nez dans un parfum étrangement attirant. Le cœur nous lève, mais on ne peut s’empêcher d’apprécier les qualités de sa prose. L’auteure n’a absolument pas peur de transgresser de nombreux tabous, d’entrer dans des zones d’inconfort peu explorées, même dans le genre de l’horreur, ainsi qu’en témoigne cet extrait mettant en scène la noyade d’une enfant :

I’ll help you, » I said. I swam towards her. While I was on my way another little wave came along, knocking her down again. I dove towards her and then reached out and grabbed her hair, as if to pull her head above water.

But I didn’t. I grabbed her hair in my right hand and pulled down. Sickeningly I could feel the life drain from her as I held her under the water, feel the heat from her body trickle away. (108)

Malgré mon appréciation positive du style et de la structure du récit de Gran, j’ai cependant eu beaucoup de difficulté avec le fait que l’empowerment de la protagoniste, qui devient de plus en plus irrévérencieuse et sexuellement ouverte, corresponde à la montée en puissance de l’esprit démoniaque. Amanda adopte de plus en plus de comportements liés à une stéréotypie du « féminin » (p. ex. achats impulsifs de souliers en croco et de tapis exotiques, maquillage ostentatoire), se remet à fumer et à boire régulièrement, à coucher avec des inconnus, à faire valoir ses intérêts avant ceux des autres, et l’auteure associe ces changements à une présence diabolique de plus en plus prégnante. Je suis d’accord avec l’illustration du mal à travers l’expression de la violence (mutilations, meurtres, etc.), mais était-ce nécessaire de mentionner que la protagoniste commence à porter du rouge à lèvre écarlate et à s’habiller de manière plus révélatrice? Disons simplement que j’ai grincé des dents, parce que les (trop courantes) associations féminin-vanité-diable me déplaisent à coup sûr.

Chose certaine, malgré ce traitement de personnage discutable, Gran possède un talent de conteuse indéniable, littéralement effrayant, qui nous fait sombrer avec délectation dans son univers. Ainsi, le titre Come Closer ne parle pas seulement de la relation qui s’installe entre Amanda et son démon, mais aussi entre le livre et la personne qui le lit… et s’y perd. Impossible de fermer ce roman avant la toute dernière page. Tenez, je vous mets au défi…

Faites de beaux rêves…

Et surtout, n’oubliez pas de me laisser vos recommandations de vos lectures les plus épeurantes avant d’éteindre la lumière!

Référence : Gran, Sara. Come Closer. New York, Penguin Books, 2007, 214 p.

Les luttes fécondes : pistes de réflexion pour la déconstruction des institutions

Je n’avais pas vraiment prévu lire cet essai. Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être parce que ma PAL déborde déjà de livres qui n’attendent que d’être ouverts. Le 12 août, à la librairie de Verdun, il m’est pourtant tombé dans l’œil et, tout à coup, je ne pouvais plus faire autrement que de l’acheter et de le lire. L’idée de « [l]ibérer le désir en amour et en politique » me semblait bien intéressante. C’est donc avec curiosité que je me suis lancée dans Les luttes fécondes de Catherine Dorion.

En politique comme en amour, nos énergies sont, la plupart du temps, soigneusement contenues à l’intérieur de cadres qui « organisent » les liens qui nous unissent, et qui empêchent les révolutions de prendre pied. Le couple. Nos institutions politiques. Les élections. Ce livre parle du désir qui cherche à s’exprimer entre deux (ou cent-mille) personnes, et de ce qui a été mis en place pour le garder emprisonné. Ce livre est un plan d’évasion.

À la fois sur le plan personnel et politique, Catherine Dorion s’interroge sur Le Désir, que ce soit pour l’institution politique ou pour celle du couple, l’auteure propose un « plan d’évasion » pour les déconstruire à grands coups de désir, d’intuition et d’écoute de soi.

Bien que je ne sois pas 100 % en accord avec tous les propos de Catherine Dorion, je respecte le courage qu’elle a de vivre selon ses propres règles et convictions.  C’est surtout ça qui m’a inspirée au cours de ma lecture. C’est son besoin de liberté sans compromis ainsi que l’accent qu’elle met sur l’importance de s’écouter qui m’ont autant fait de bien.

Et la politique là-dedans? Elle est partout. Catherine Dorion réussit parfaitement à faire voir comment les deux sont comparables, à diverses échelles et comment il est important de s’insurger de tout son être, de vivre de ses convictions, d’écouter ses désirs, que ce soit pour la construction d’une meilleure société ou d’un couple – peu importe la forme qu’il prend.  Son amour de l’autre, de la découverte des gens et du partage  est aussi omniprésent dans chacun de ses textes. C’est à la fois doux, si vrai et même un peu confrontant. N’est-ce pas toujours le cas quand quelqu’un réussit si bien à transmettre ses propres convictions et à les vivre de manière aussi authentique?

Cette envie des autres au sens large, des autres sous toutes leurs formes et non seulement nus et bandés, cette envie de relations qui ne soient pas marquées par le connu, par l’asphalté, peu importe si elles finissent dans un lit ou non, cette exploration des autres sans prescription de ce qu’il faudrait trouver, c’est ça que j’appelle l’énergie du sexe. Nous vivons dans un monde de solitudes, mais il y a dans nos veines cette énergie qui cherche à nous redonner les uns aux autres. Qui cherche à transformer la discontinuité en continuité, les petits points isolés en étendue.

Bref, ce petit essai à eu sur moi l’effet d’une bombe, comme bien d’autre essais chez Atelier 10. Il m’a fait voir la vie et les institutions et mes propres pensées d’une autre manière: plus avec le cœur qu’avec la tête. C’est justement une réflexion qui me trottait dans la tête depuis un petit moment déjà. C’est fou comment certains livres peuvent nous tomber dans les mains au moment opportun.

Catherine Dorion écrit la liberté, la sienne. Elle ne s’appliquera peut-être pas à tous, mais elle porte à réflexion, à l’action et à la déconstruction.

Et vous, quel livre est arrivé au bon moment dans votre vie? 

La passion n’est pas un cheval fou. C’est un oiseau migrateur, avec sa boussole inscrite au fond de lui, qui lui vient du fond des âges. […] La passion, cet intense soulagement qui nous prend lorsque tombent les digues de ce qu’il faudrait et que se découvre l’horizon de ce qui est. Et là-dessus des révolutions peuvent prendre pied.

Club de lecture Le Fil rouge : Sainte-Famille

Samedi matin 23 septembre 2017

Pour notre première séance du club de samedi, on se retrouve au café Sfouf, sur la rue Ontario. C’est assurément l’un de nos endroits favoris où faire les clubs de lecture. Non seulement le café est bon, mais la magnifique lumière et les grandes portes/fenêtres apportent certainement un petit plus aux séances qui s’y déroulent.

C’est notre groupe le plus diversifié à date et nous sommes bien contentes d’y accueillir notre premier participant masculin. Les âges varient et on y retrouve un bel équilibre entre nouvelles et anciennes participantes. C’est toujours un plaisir de voir que les gens ont aimé l’expérience au point de se réinscrire, tout comme c’est rassurant de voir que de nouveaux visages s’ajoutent aux groupes.

On commence les 4 lectures de la session de manière plutôt difficile avec la lecture de Sainte-Famille, un roman sur la violence conjugale, le viol et les difficultés — voir l’incapacité — à se sortir de ce cercle vicieux.

Dire que l’ambiance lumineuse et joyeuse du café contrastait avec la noirceur et le manque d’espoir du roman de Mathieu Blais serait peu dire. Après notre tour de table habituel, on s’est tout de suite lancé dans le cœur du roman.

Et puis, qu’en avez-vous pensé? demande Martine.

La première chose qui ressort de notre conversation sur le livre, outre l’escalade de la violence et la dureté des propos, est le détachement de certaines participantes face à la lecture versus l’implication des autres. En effet, alors que certaines se sont senties prises à la gorge par l’histoire, d’autres s’en sont détachées par mesure de prévention, « parce que c’était trop dur sinon » dit l’une des participantes.

Ça nous ouvre les yeux sur différentes formes de violence et on ne peut pas vraiment rester de glace devant tout ça. Non seulement devant Thomas, bourreau qui se sent victime, mais aussi devant toute la violence de la non-dénonciation du village en entier qui agit presque en tant que complices. Mathieu Blais porte aux extrêmes divers thèmes et crée un roman dépourvu de cette fameuse faille nécessaire pour laisser entrer la lumière. En ce sens, Saint-Famille est hermétique et ne laisse place qu’à l’ascension de la violence.

Le style 

Sans vraiment nous y attendre, nous avons passé une bonne partie de la rencontre à parler du style de l’auteur, il y avait beaucoup à dire. Le rythme, les différentes voix pour chacun des personnages, les choix étaient tous conscients et ça n’est pas passé inaperçu. Il y a, dans l’écriture de Mathieu Blais, une forte poésie. Une « poésie rageuse » pour reprendre les mots d’une participante.

Le style a une forte influence sur les propos et c’est à travers celui-ci que passe beaucoup de l’émotion. On s’est tous rappelé une scène particulièrement difficile, accentuée par la ponctuation et le rythme saccadé.

Tout le monde s’accorde pour dire que, niveau exercice de style, l’auteur a fait un magnifique travail. C’est dans la beauté de cette poésie qu’on se sent protégé par la laideur des gestes posés. L’écriture sert donc à la fois de vecteur à l’intériorité des personnages tout en créant une barrière protectrice qui nous permet d’avancer dans notre lecture. Ça semble contradictoire et, pourtant, c’est exactement ce qui est ressorti de notre rencontre.

À travers tout cela, nous avons aussi beaucoup ri, échangé de belles lectures, partagé de chaleureux moments. Les visions et perceptions des uns venaient compléter celles des autres, ce fut tout simplement un bel échange, non seulement sur un livre dur et sans espoir — mais véritablement bien écrit —, mais aussi sur la vie, la littérature et l’importance de lire des œuvres qui nous heurtent.

Tout ça autour de plusieurs lattes, americanos, matchas et thés-surprises.

Notre prochaine lecture : Manikanetish de Naomi Fontaine.

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Les Furies de Lauren Groff : la tragédie du mariage

Dans la mythologie romaine, les Furies sont celles chargées d’exécuter les sentences des coupables. Leur nom s’inspire de la fureur qu’elles projettent. Les Furies sont celles qui font respecter l’ordre dans la société, en tourmentant et en persécutant les criminels, les méchants. Lauren Groff a donné ce titre à son roman en écho à la deuxième partie du roman, celle consacrée au personnage de Mathilde, la première étant la partie « Fortune », celle du personnage de Lancelot, dit Lotto. Car, c’est ce que l’on apprendra dans la seconde partie du livre, Mathilde est remplie de colère, et cherchera à venger tout ce qu’elle a vécu dans son enfance.

Mais je m’arrête ici : je ne voudrais pas dévoiler trop de détails de ce roman dans lequel se révèlent de lourds secrets, au fil des pages… Partons du début : Lotto a une enfance en or, est dorloté par son père et choyé par l’intelligence et la beauté. Puis, les années passent, son père décède et sa mère va se dévoiler comme une mère castratrice, très peu conciliante, alors que Lotto découvre les joies de l’adolescence. C’est lors d’une fête de fin d’année à l’université Vassar, en 1990, qu’il rencontre Mathilde, la mystérieuse et flamboyante. Ils se marieront deux semaines plus tard.

Il aspirait à quelque chose de puissant, dépourvu de mot : quoi? Se revêtir d’elle, comme d’un vêtement. Il imaginait vivre dans sa chaleur pour l’éternité.

Extrait, Les Furies

L’amour… des secrets

Le roman est l’histoire de leur mariage, de cette vie à deux qui nous est transmise par les deux protagonistes, chacun à leur tour. On y découvre donc aussi toute leur personnalité, faites de contradictions et de secrets trop longtemps enfouis. Lotto devient dramaturge, Mathilde sera épouse, celle qui lui permet d’écrire alors qu’elle se charge de tout le reste. Aux yeux de leurs ami.e.s, et surtout aux yeux de Chollie, meilleur ami d’enfance de Lotto, ils incarnent le couple parfait, la fidélité sans limites, l’amour qui ne s’éteint jamais. C’est d’ailleurs Chollie qui trahira le grand secret de Mathilde et viendra briser cette image du couple idéal… Sans pour autant les entraîner dans un divorce. Ce sera la mort, oui, car l’amour est toujours vainqueur dans le livre de Groff. Envers et contre tout… et tous.

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J’ai lu ce roman lors d’un voyage familial en Gaspésie! 🙂

Je ne peux vous en dire plus. Il faut s’y plonger et tenter de nager à travers les pages du roman de Groff. Car malgré la prose haletante, teintée d’humour, le style est parfois trop éclaté, et dérange notre lecture, qui se voudrait fluide. J’aurais aimé tourner les pages de cette tragédie sans être interrompue par des extraits des pièces de théâtre de Lotto, ou des références à Shakespeare (bien que l’hommage soit évident : le roman est construit comme une véritable tragédie shakespearienne!). On s’y perd parfois, mais ce n’est que pour mieux retrouver notre couple favori, et apprendre avec une joie perverse que tout n’est pas rose chez nos deux tourtereaux… Peut-être est-ce parce que nous sommes satisfaits et soulagés d’apprendre que le mariage, mais aussi la réussite sociale, la carrière prodigieuse ne sont bien souvent que de beaux morceaux mis ensemble pour les apparences…

Un roman qui m’a étonnée, dérangée et à la fois captivée et habitée.

Que pensez-vous des romans qui parlent du mariage? Avez-vous des suggestions de romans qui proposent une vision un peu décalée de la vie d’un couple?

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5 adresses littéraires à découvrir à New-York

Tout juste avant la rentrée scolaire, j’ai eu la chance de visiter pendant quelques jours la très jolie ville de New-York! Si ma liste de musées, spectacles, et adresses shopping fut bien remplie, j’ai tout de même eu le temps de découvrir de merveilleux endroits, axés sur la littérature! Ainsi, quoi de mieux que de partager avec vous mes plus récentes découvertes (et qui sait, peut-être les visiterez-vous aussi lors de votre prochain séjour dans la grosse pomme?).

Voici donc mes suggestions :

  1. The Morgan Library and Museum 

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(un extrait de l’un des journaux d’Henry David Thoreau. Source: Laurence Barrette)

De tous les musées que j’ai eu la chance de visiter durant mon séjour dans la grosse pomme, The Morgan Library and Museum est de loin mon préféré! Généralement méconnu des new-yorkais et des touristes (ce qui est bien dommage!), ce musée contient pourtant de multiples atouts, à commencer par son emplacement lui-même! Situé dans l’ancienne demeure du financier et mécène Pierpont Morgan (1837-1913), les visiteurs ont ainsi accès à sa bibliothèque privée, considérée comme un chef d’oeuvre architectural et culturel. Véritable bijou pour les yeux, on peut ainsi admirer certains ouvrages, correspondances et partitions de musique (Strauss, par exemple) acquis autrefois par Morgan lui-même. Quant aux expositions présentées dans l’annexe du musée, celles-ci présentent principalement tout ce qui a trait à la littérature, aux correspondances, à l’édition de livres anciens et au dessin. Le coup de cœur de cette visite fut sans hésiter l’exposition dédiée à l’auteur américain Henry David Thoreau (1817-1862): les visiteurs, tout en apprenant sur sa vie, peuvent observer plusieurs de ses journaux intimes, correspondances et quelques objets lui ayant appartenu, tels que son bureau, ses lunettes, son herbier, etc. (malheureusement, l’exposition se terminait  au début du mois de septembre, mais d’autres tout aussi fascinantes sont à venir!)

Adresse: 225 Madison Avenue, au coin de la 36e rue.

Pour en savoir plus: visitez le site officiel du musée: http://www.themorgan.org/

 

2.  New-York Public Library 

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(source: Laurence Barrette)

Si j’avais été New-Yorkaise, la New-York Public Library serait définitivement l’un de mes endroits préférés pour étudier! Mais pourquoi visiter cette bibliothèque publique en particulier? Pour, entre autres, visiter ses salles de lecture, ses couloirs et son hall d’entrée majestueux: il suffit de jeter un œil aux photos ci-dessus pour comprendre pourquoi! Celle-ci présente également de petites expositions temporaires et possède une jolie boutique souvenir. Envie d’en savoir d’avantage sur l’histoire de la bibliothèque et des nombreux trésors qu’elle contient? À cet effet, l’administration de la bibliothèque propose des visites guidées.

Adresse: 476, sur la 5e avenue

 

3. Three Lives & Company 

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(Source: Laurence Barrette)

Vous flânez dans Chelsea? Si vous cherchez une librairie où bouquiner tranquillement entre deux séances shopping, Three Lives and Co est l’endroit parfait! Bien connue des new-yorkais, cette petite librairie indépendante propose un vaste choix d’ouvrages en tout genre et un personnel accueillant (l’endroit est justement reconnu pour ses employés serviables et passionnés). D’un point de vue plus personnel, ma partenaire de voyage et moi-même avons bien aimé l’ambiance feutrée et la tranquillité de l’endroit, nous offrant ainsi une petite pause de l’animation et de l’effervescence new-yorkaise. Par ailleurs, sur certains points, elle me faisait beaucoup penser à la librairie montréalaise Drawn and Quaterly! Tout comme elle, Three lives and Co organise des événements spéciaux, tels que des host readings, rencontre avec des auteurs, petites fêtes, etc. (au cas ou vous passeriez lors de ces occasions spéciales).

Adresse:  154 W, sur la 10e rue.

 

4. McNally Jackson 

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(Source: Laurence Barrette)

Si vous passez dans Soho, la visite de cette autre librairie indépendante en vaut certainement le détour! Sympathique et chaleureuse, la boutique propose une vaste sélection (et même un choix de livres en français!), déployée sur deux étages, et possède un rayon revues et papeterie. Si vous désirez vous attarder d’avantage et débuter la lecture de votre nouveau livre, la librairie à  également son propre (et très joli) café! Vous avez plus envie de vous procurer de jolis carnets de notes? McNally Jackson a une seconde boutique, située à quelques minutes de marche de la librairie: celle-ci ne propose que des articles relatifs à la papeterie (et ce fut très difficile de ne rien acheter!)

Adresse (librairie):  52 Prince St

Adresse ( papeterie) : 234 Mulberry St

5. Strand Bookstore 

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(source: Manhattan Sideways) 

Si vous ne trouvez pas ce que vous cherchez chez Strand Bookstore, vous aurez très peu de chances de le trouver! Cette IMMENSE librairie (5 étages de livres, imaginez-vous…), propose des livres neufs et usagés, en plus de posséder une sélection d’ouvrages plus rares. Si l’endroit est généralement bondé, l’organisation des rayons est toutefois très bien organisé. Un employé est toujours à votre disposition pour retrouver le titre que vous recherchez parmi cette gigantesque montagne de livres! En plus de cette monstrueuse sélection, la librairie propose de multiples objets dérivés de grands romans (broches, sacs en toile, chandails, etc.) ainsi qu’une section papeterie. Bref, il est tout à fait possible de flâner plusieurs heures au sein de cet endroit!

Adresse:  828 Broadway

Vous avez déjà visité New-York? Si c’est le cas, avez-vous également découvert des endroits semblables à ceux décrits ci-dessus? Aimez-vous découvrir de nouvelles librairies lorsque vous êtes en voyage?

*Petite note : l’illustration est une réalisation d’Élodie Trudel, étudiante en graphisme à Montréal. Pour jeter un œil à son univers, ses illustrations et ses photographies (charmantes et super jolies!), c’est par ici : instagram.com/oh.elo 

 

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Une année avec les abeilles : plaisirs simples, calme et contemplation

Ces temps-ci, j’ai besoin de calme. Ça ne fait pas vraiment changement au fond, mais c’est comme si je le ressentais encore plus fortement, ce besoin de nature, de silence et de contemplation.

Je ne me souviens plus de quelle manière, mais je suis tombée un beau jour sur une critique Goodreads de Une année à la campagne et la description du roman écrit par J. M. G. Le Clezio m’a tout de suite donné envie de le lire. Après maintes recherches dans diverses librairies, j’ai mis la main sur ce livre un soir d’été et il a immédiatement gagné la première place sur le trône de ma gigantesque pile à lire. Je ressentais que j’avais besoin de ce livre, c’était instinctif et comme toujours, j’ai bien fait de m’écouter, car cette lecture est arrivée tel un pansement sur une plaie.

Un jour, Sue Hubbell, biologiste de formation, ayant travaillé comme bibliothécaire, lasse de vivre en marge de la société de consommation de l’Est américain, décide de changer de vie. Avec son mari, elle part à la recherche d’un endroit où ils pourraient vivre loin des villes, suivant l’exemple du poète Thoreau. Après avoir cherché, ils trouvent cette ferme dans les monts Ozark, au sud-est du Missouri, et, ne connaissant rien à l’agriculture ni à l’élevage, ils décident de créer une « ferme d’abeilles ». Alors commence pour Sue Hubbell une aventure dont elle n’imagine pas les conséquences. Les saisons, les années passent, maintenant dans la solitude car son mari l’a quittée, et cette femme qui n’avait de la nature qu’une connaissance théorique découvre lentement l’immensité de l’univers qu’elle s’est choisi : sur ces quelques hectares de collines où, depuis la disparition des Indiens Osages, aucun être humain ne s’est vraiment arrêté, la vie a établi ses lois et ses règles, tissant un réseau de dépendances entre tous les habitants : les plantes, les insectes, les araignées, les serpents, les oiseaux, les mammifères, et même les parasites et les bactéries. L’entrée dans ce monde n’est pas simple. Pour Sue Hubbell, c’est un véritable bouleversement. Elle qui croyait — par son éducation, par ses études — tout savoir de la vie animale découvre sur ces arpents de terre que la vie naturelle est un bien meilleur professeur, parce qu’elle laisse le savoir germer et mûrir comme tout ce qui est vivant et vrai. – J. M. G. Le Clezio

Ce n’est pas que j’aime particulièrement les abeilles, quoique ce livre m’ait fait découvrir tout un autre aspect de leur intelligence et de leur mode de vie sociétaire. C’est plutôt dans le choix de Sue Hubbell de vivre éloignée, seule, mais totalement en harmonie avec ses valeurs et son environnement, que j’ai trouvé réconfort et j’ai été touchée. Cette femme qui était mariée au départ de son aventure et mère d’un garçon adulte a décidé de vivre seule dans une maison campagnarde et de créer une ferme d’abeilles. Après que son mari l’ait quittée, elle a redoublé d’ardeur face à cette nouvelle vie, à l’opposé de celle qu’elle avait avant : une vie bien conforme à ce que la société américaine attend d’une femme éduquée et mariée.

Vers la contemplation ultime 

L’écriture de Hubbell est simple, sans fioriture, mais jamais froide. Elle réussit à nous faire entendre sa voix, ses questionnements et ses réflexions. Elle se place comme observatrice du monde qui l’entoure, de ses abeilles fascinantes et du passage des saisons qui, quoique cycliques, restent profondément impressionnantes. J’ai aimé la façon de l’auteure de contempler la vie; avec des yeux purs et une vision vive de ce qui l’entoure. La réalité de l’auteure est racontée un peu sous forme de journal intime. Elle confie, sans s’adresser à personne en particulier, sans chercher à charmer ou à plaire, ses tâches quotidiennes et ces petits événements anodins qui font de sa vie, la sienne.

Je peux l’affirmer : il ne se passe rien digne d’en faire un livre. Or, c’est toute là la beauté de ce livre, à mon sens; c’est l’anecdote, le petit, le singulier qui est important. Son travail, son acharnement, sans plainte, juste totalement en harmonie avec ce qu’elle désire à ce moment est inspirant.

Une vie à la campagne

Cette femme qui a tout quitté pour cette vie à la campagne nous raconte ses 12 dernières années et ses apprentissages dans ce nouveau monde qu’est celui d’être en communion avec ce qui l’entoure : la nature, les abeilles, les chiens, les coyotes et la température. Tel un animal, elle se laisse porter au gré des saisons en s’adaptant au climat, elle laisse la nature la guider et elle est au service de ses abeilles. Son travail est périodique et s’adapte au temps comme à ses précieuses abeilles.

Pendant ces douze années, j’ai appris qu’un arbre a besoin d’espace pour pousser, que les coyotes chantent près du ruisseau en janvier, que je peux enfoncer un clou dans du chêne seulement quand le bois est vert, que les abeilles en savent plus long que moi sur la fabrication du miel, que l’amour peut devenir souffrance, et qu’il y a davantage de questions que de réponses.

Il n’y a pas de réponses dans ce livre et elle ne sous-entend pas que son mode de vie est meilleur que celui des autres. Elle le vit tout simplement et c’est ce qui m’a tant chavirée. Vivre.

Et vous, avez-vous déjà lu un roman où il ne se passe presque rien, mais dans lequel vous avez l’impression de voyager?

Marie-Aude Murail École des loisirs Littérature jeunesse Oh, boy! Sauveurs & fils Miss Charity

Lire et aimer Marie-Aude Murail

Hochelaga, mon quartier. Une surprise qui pointe le nez alors que je ne l’avais jamais même espérée. Un matin, une librairie jeunesse voit le jour à quelques pas de chez moi.

Et moi, vous savez, la littérature jeunesse, j’en mange. Mais surtout, j’y crois. Parce qu’il faut leur proposer des ouvrages de qualité, aux jeunes, des livres qui les transporteront ailleurs, qui leur donneront envie de lire toujours plus, de découvrir le monde, les mots, le bonheur d’une phrase bien tournée, d’une histoire menée avec talent. Et il me semble que de s’y plonger, aussi, ne fait aucun tort. Pour voir ce qui peut animer et émouvoir les cœurs des petits. Ou nous toucher, nous aussi.

La librairie Bric à brac vit donc au coeur d’Hochelaga, avec ses portes grandes ouvertes, ses vitrines vives et attrayantes, ses livres qui débordent des étagères, mais surtout, avec ses amoureux des livres. Rarement on ne m’aura partagé des découvertes littéraires avec autant d’enthousiasme. La plus récente à ce jour: l’autrice Marie-Aude Murail.

C’est en me disant que tout ce qu’écrivait l’autrice était excellent que l’on me l’a présentée. Et je ne peux faire autrement que de le croire, maintenant que j’ai eu la chance de lire quelques-uns des ouvrages de Murail.

C’est par dessus tout la capacité de l’écrivaine à traiter de sujets complètement différents qui me fascine. À travers les livres, elle parcourt les années, proposant des histoires qui se passent sur tous les continents, à des époques les plus différentes les unes des autres. Et toujours, elle semble maitriser avec une facilité déconcertante les univers dans lesquels ses personnages évoluent. Elle ne craint d’ailleurs pas de toucher à de multiples sujets, même les plus sensibles, tantôt abordant la vie après la mort, la psychologie pour les jeunes, ou la maladie mentale, et ce, toujours avec une grande délicatesse.

Bien qu’associée au lectorat jeunesse, Marie-Aude Murail m’apparait comme une autrice de tous les âges. Les adolescents pourront assurément apprécier ses ouvrages, tout comme les adultes. Il ne faut pas craindre de se plonger dans ces ouvrages que l’on nomme jeunesse. On raterait alors la chance de découvrir des perles de livres.

Marie-Aude Murail m’a plu pour ses récits dont on ne se lasse pas, mais aussi pour la grande sensibilité qui transparait dans ses livres, elle crée des personnages à la fois forts et touchants qui se trompent, trébuchent et tentent à nouveau. Bref, elle décrit avec grand talent la vie humaine qui s’agite, dans la laideur comme dans la beauté.

Et le mieux dans tout ça, c’est qu’il me reste encore des dizaines de livres à découvrir de cette autrice.

 

Voici deux de ses romans qui m’ont particulièrement plu:

Miss Charity

Charity est une jeune fille de bonne famille. Accessoirement, elle est aussi une enfant curieuse, passionnée des animaux et à l’esprit débordant, mais ça, il ne faut pas trop en parler lorsque nous sommes en 1864 et qu’on évolue au cœur de la bonne société anglaise. Il faudra donc suivre son passage, de l’enfance à l’adolescence, puis au monde des adultes. À travers un journal intime, elle nous convie à son épanouissement, à assister aux changements qui s’opèrent en elle et à la place qu’elle choisit de prendre, malgré tous les avis contraires. Miss Charity est une oeuvre touchante qui nous fait voir la force d’une jeune fille du siècle dernier qui ne voulait pas se contenter de faire ce qu’on attendait d’elle.

Sauveurs & fils

Sauveur est psychologue. Dans son cabinet, installé dans un pièce de sa maison, il reçoit des gens qui partagent leurs peurs, leurs peines ou leurs colères. Mais surtout, Sauveur reçoit des enfants ou des adolescents qui souffrent. Des jeunes qui se font intimider, des jeunes qui vivent des relations toxiques avec leurs parents, des jeunes qui n’arrivent pas à exprimer qui ils sont vraiment au grand jour. Et Sauveur tentera de les aider, comme il le peut, en tentant par dessus tout de ne pas se laisser aspirer par les problèmes qui le touchent et le heurtent.

Club de lecture féministe : Lady B

Dimanche après midi, le 24 septembre.

Pour une deuxième fois, Martine et moi avons choisi d’offrir un club de lecture à thématique féministe. Tous les clubs sont une partie de plaisir – parfois on ne peut pas croire que ça fait véritablement partie de notre métier- mais on doit avouer que le club féministe, c’est un peu un cadeau qu’on se fait à nous-même.

Si vous nous suivez depuis un moment, vous savez certainement que nous sommes féministes et que nous essayons de mettre de l’avant les écrits de femmes sur le blogue. Nous ne parlons évidemment pas que d’auteures, mais nous faisons un effort conscient pour qu’elles aient une grande place sur le blogue, tout comme dans nos lectures. Ça allait donc un peu de soi de faire un club féministe. La première session c’était très bien passée et avait engendré de superbes discussions. Nous avons donc décidé de relancer le club pour l’automne.

On s’est donc rejoint, en pleine canicule de fin septembre, au café coop Rond-Point, dans Hochelaga-Maisonneuve, pour parler du premier livre choisi;  Lady B de Maya Angelou.

Nous avons fait un tour de table, commandé des boissons froides pour contrer la lourde chaleur et nous nous sommes rapidement lancées dans les discussions sur cette petite plaquette d’à peine 200 pages.

C’était, pour toutes, une première rencontre avec la grande Maya Angelou. Nous ne savions ni à quoi nous attendre, ni trop ce qui faisait d’elle une grande femme – outre le fait qu’elle ait beaucoup écrit.  Lady B est la dernière de 6 autobiographies racontant son parcours de vie et wow, quel parcours de vie elle a eu.

Pour faire une histoire courte, voici un minuscule résumé Wikipédia de la vie de l’auteure.

Maya Angelou, de son vrai nom Marguerite Johnson, née le  à Saint-Louis (Missouri) et décédée le  (à 86 ans) dans sa maison de Winston-Salem (Caroline du Nord), est une poétesse, écrivaine, actrice et militante américaine. Figure importante du mouvement américain pour les droits civiques, elle est devenue une figure emblématique de la vie artistique et politique aux États-Unis où ses livres sont au programme des écoles.

Lady B est principalement axé sur la relation entre Angelou et sa mère, Vivian Baxter. On y attrape, au vol, certaines parcelles de sa vie mais c’est vraiment cette relation de cœur à cœur qu’elle construit et entretient avec sa mère qui prend le rôle principal dans ce livre.

Toutes les participantes s’entendent pour dire qu’elles ont apprécié leur lecture.

Dans un premier temps, on s’est questionnées à savoir si Lady B retenait plus d’une tradition autobiographique ou de l’autofiction. Finalement, ce n’est pas vraiment important. C’est le consensus qui fut déterminé après quelques moments d’échanges sur le sujet. Il y a certainement un travail de réappropriation et de reconstruction des souvenirs derrière tout ça. « Il y a une certaine distance qui donne l’impression qu’elle parle d’elle comme d’un personnage », dit l’une des participantes. « C’est un texte très oral aussi, on a l’impression qu’elle raconte une histoire », renchérit une autre.

Malgré cet aspect bien intéressant du travail d’écriture de Maya Angelou, c’est  surtout sur la relation entre les deux femmes que l’on s’attarde.

« J’ai l’impression que ce fut écrit dans une perspective de pardon, avec un certain recul », s’accordent à dire quelques-unes des participantes. Ce qu’il faut savoir, c’est que la mère d’Angelou n’est véritablement entrée dans la vie de sa fille que lorsque cette dernière a eu 14 ans. La jeune Maya fut plutôt élevée par sa grand-mère paternelle. C’est donc le récit d’une relation qui débute sur des bases plutôt fragiles. Pourtant, on assiste plutôt à la construction d’un rapport d’égalité, d’humilité, de vulnérabilité et de soutien entre les deux femmes. C’est beau à voir.

Nous avions l’impression que, à travers l’écriture de Lady B, Maya Angelou essayait de comprendre sa mère, qu’elle cherchait à apposer sur elle de la bienveillance. Alors que l’une apprend à être la fille de quelqu’un, l’autre apprend aussi à être mère.

« Il y a beaucoup d’honnêteté et de vulnérabilité dans les écrits de Maya Angelou », dit Martine. « En même temps, on peut aussi y déceler plusieurs non-dits », rétorque une seconde participante.

C’est beaucoup dans ces jeux de perspectives que s’est déroulée notre rencontre. Dans ces rapports toujours ambivalents entre non-dits et honnêteté, entre une certaine maturité et immaturité, entre force et vulnérabilité, Maya Angelou rend l’humain complexe et vrai.

Une chose est sûre, nous nous attarderons certainement toutes aux autres livres de Maya Angelou. La plume de l’auteure et les récits qu’elle fait de sa fascinante vie nous ont captivées et nous ont aussi portées à nous questionner sur la place des femmes à l’époque, sur les femmes  noires, sur les femmes d’avant-garde et, bien entendu, sur toute la complexité des relations mères-filles.

Ce fut, pour toutes, une belle rencontre, une belle découverte et un beau moment, entre femmes, pour discuter et apprendre les unes des autres.

Notre prochaine lecture: L’autre moitié du soleil de Chimamanda Ngozi Adichie

 

 

 

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