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À la recherche de la mer et du temps perdu

On rêve tous de tomber sur la parfaite lecture de vacances. Celle qui nous permettra vraiment de décompresser, de nous perdre dans un monde qui n’est pas le nôtre, mais surtout d’avoir le sentiment de s’arrêter et de prendre le temps pour s’émerveiller. On a beau arpenter les librairies, les sites Internet et les suggestions de nos amis, rien n’y fait; on ne trouve jamais la perle rare. Car rien n’est moins sûr qu’un excellent livre. C’est notre propre perception qui influence nos choix, nos intérêts. Et ce qui fait un bon livre à bien des égards n’en déçoit pas d’autres pour autant. C’est une entreprise difficile certes, jusqu’au moment où vous le trouvez. Caché dans le fond d’une bibliothèque, ce livre dont vous ignorez tout est sur le point de vous hypnotiser pendant des semaines, et vous ne savez même pas encore dans quoi vous vous engagez vraiment.

C’est cette histoire d’amour que j’ai vécue le mois dernier alors que je suis partie découvrir l’Amérique centrale durant quelques semaines. Ayant angoissé pendant plusieurs semaines à savoir quels livres emporter avec moi, je me suis limitée à trois ouvrages différents pour ne jamais être rassasiée. Armée d’un essai biographique, d’un livre de science-fiction et d’un roman (a.k.a. la brique de mon sac à dos), je suis partie à l’aventure. 
Cinq semaines plus tard, je peux encore affirmer qu’un des plus beaux souvenirs de mon voyage est la découverte du roman qui m’a accompagnée tout au long de mon périple : Toute la lumière que nous ne pouvons voir, d’Anthony Doerr. Récit de guerre unique qui redonne une certaine humanité à une page de notre histoire qui en semblait dénudée.

Sur fond de Seconde Guerre mondiale, il s’agit du récit de deux enfants, Marie-Laure et Werner. Lui est un orphelin allemand surdoué pour les sciences et les mathématiques. Recruté par les jeunesses hitlériennes, il devra s’engager dans une guerre qui n’est pas la sienne avant même d’avoir l’âge légal pour y être. Passionné par les radios, il devra se promener de village en village pour briser les communications secrètes utilisées par les alliés. Elle, Marie-Laure, est une jeune Française aveugle. Accompagnée par son père, serrurier en chef du Musée national d’Histoire naturelle de Paris, elle apprend à vivre avec cette nouvelle réalité par le biais de maquettes construites par celui-ci. Passionnée par les sciences, mais surtout par Jules Verne et Darwin, elle repousse les limites du possible par son imagination fertile et sa soif de connaissance. Lorsque Paris est saisi par les Allemands en 1940, tous les deux fuient la Ville lumière pour se rendre chez un vieil oncle à Saint-Malo pour y trouver calme et paix. Mais l’orage grondant au loin, ils comprendront vite que seule une façon existe de vaincre la peur : la résistance.

Toute la lumière que ne nous pouvons voir est le récit croisé de ses deux enfants et de leur jeunesse volée. C’est une réflexion sur la condition humaine, le partage, mais surtout sur l’héritage. Lauréat du prix Pulitzer en 2015, ce deuxième roman d’Anthony Doerr est sans aucun doute un chef-d’œuvre de la littérature américaine. C’est une œuvre qui s’impose par l’authenticité de son récit, sa poésie et sa lumière constante qui se faufile entre les bribes d’histoires brisées.

Ouvrez les yeux et voyez ce que vous pouvez avant qu’ils ne se ferment à jamais.

D’emblée, il faut l’avouer, la force du récit est sans contredit les personnages. À commencer par la relation de la jeune Marie-Laure et de son père. On est touché par ses ingénieuses façons d’essayer de rendre sa fille le plus autonome possible. Puisqu’il sait que la guerre approche, il lui crée des maquettes de Paris et de Saint-Malo, les deux villes mères du récit de Marie-Laure. Ainsi, la jeune aveugle peut s’orienter, et continuer à nourrir son imaginaire. Certaines scènes ne sont pas sans rappeler le film de Roberto Benigni, La vita e bella. Ce père qui protège son enfant à tout prix, lui cachant la vérité ou encourageant plutôt son imagination pour embellir la réalité, est un vibrant hommage à la paternité. C’est un portrait juste et nuancé. Même chose quant à l’oncle fou. Cet homme, habité par une phobie sociale et une anxiété dues à la Première Guerre mondiale, s’ouvre tout au long du récit. On y découvre une figure paternelle forte, où l’imagination et l’espoir sont au milieu de ses croyances. Tout aussi passionné par les radios et Jules Verne que sa nièce, un monde nouveau les unira et leur permettra de trouver l’espoir d’un avenir différent. 

Les deux personnages principaux sont des portraits justes de l’enfance. Tous deux curieux bien que très différents, ils évoluent tout au long du roman dans cette guerre qui finira par leur voler leurs jeunes années. Marie-Laure est un petit feu follet qui représente l’espoir et la patience. Werner, lui, est plus froid et distant, mais très attaché aux gens qu’il aime. Il est brillant, vif d’esprit et surtout conscient qu’il n’appartient pas à la guerre. Si elle vit dans un monde plus riche, lui est orphelin et n’a pas de maison. Adopté par les jeunesses hitlériennes, il comprendra vite l’étendue de la violence du camp allemand.

Bien que l’œuvre de 600 pages tourne autour de cette rencontre entre les deux jeunes gens, le chapitre dédié à cet évènement n’est que de quelques pages. C’est une rencontre spontanée et marquante qui donnera à chacun l’espoir que la guerre arrive à sa fin. Si ces personnages sont allumés par ce désir commun et cette soif de connaissance dès les premières lignes du livre, il faut s’attendre à être bouleversé par leur rencontre. Car si on cherche trop longtemps le lien entre ces deux personnages, il est pourtant sous nos yeux tout au long des 600 pages. Et c’est ce qui en fait la beauté.


À la rencontre de l’inattendu 


Magnifiquement bien écrit, le livre offre une certaine candeur qui jamais ne nous a semblé aussi sincère. La poésie d’Anthony Doerr n’a pas d’égale. Les actions, les sentiments et les lieux sont si bien décrits qu’on arrive presque à sentir l’odeur de la baie de Saint-Malo.

La mer n’est que le véhicule d’une surnaturelle et prodigieuse existence; elle n’est que mouvement et amour, c’est l’infini vivant.

Bien que roman historique, l’auteur décide d’ajouter de la matière à l’œuvre en offrant une intrigue inattendue. Car il ne s’agit pas seulement de se mettre à l’abri, il s’agit aussi de préserver les plus grands trésors du monde avant qu’ils ne tombent dans les mains des Allemands. Ainsi, on assiste à une chasse tout au long de l’œuvre pour retrouver ce bien précieux, qui évidemment, réunira nos deux personnages principaux.

Malgré le fait que l’œuvre se concentre sur les années 1940 à 1945, une petite partie est tout de même préservée à la fin du livre pour suivre l’évolution des personnages qui ont marqué le roman. Même chose quant aux lieux. Bien que 80 % de la ville de Saint-Malo ait été détruite, l’auteur prend le temps de recoller les morceaux et de situer chaque petit détail. Le rapport à la mer est d’ailleurs au cœur de ses écrits. C’est souvent grâce à elle que l’auteur nous oriente.

Ce dont je désire te parler aujourd’hui, c’est la mer.
 Elle a tant de couleurs.
 Argent à l’aube, verte à midi, bleu foncé le soir. 
Parfois, elle est presque rouge, ou bien elle prend la nuance de vieilles pièces de monnaie.
 En ce moment, les nuages passent au-dessus d’elle, et des carrés de lumière se posent un peu partout. Des ribambelles de mouettes y font comme des colliers de perles.
 Elle semble assez vaste pour contenir tout ce que l’être humain ne pourra jamais ressentir.



Toute la lumière que nous ne pouvons voir est une œuvre marquante des dernières années qui nous permet de regarder dans notre passé et d’y voir certaines choses qui nous ont échappé. C’est un roman lumineux, qui porte l’espoir et qui rend hommage à tous ces gens qui se sont battus pour leur liberté. C’est une ode à la résistance et à l’imagination. Comme quoi une partie de notre enfance doit toujours sommeiller en nous, car elle est bien souvent la voix de la raison.

J’ai beaucoup pleuré à la fin de cette lecture. Pas de tristesse, mais par les mots employés par l’auteur pour décrire une période si sombre avec autant d’espoir et de luminosité. Bien que cette guerre ne soit pas mienne, ni vôtre, elle nous unit et nous interpelle encore 70 ans plus tard. Jamais je n’ai eu autant l’impression de porter les yeux de quelqu’un d’autre, et pourtant les écrits de Doerr ne sont pour la plupart que le fruit de l’imagination. Ce genre de lecture vous repositionne en tant que lecteur, mais aussi en tant qu’humain. Comment ne pas replonger dans les erreurs du passé? Comment devenir et rester bon? Je n’ai toujours pas les réponses à ces questions, mais une chose est sûre, cette lecture a fait son devoir : elle m’a chamboulée. J’aurais pu lire de la chick lit, un roman policier ou un autre John Green pour avoir une valeur sûre. Mais j’ai plutôt choisi ce roman, et j’ai la certitude d’avoir trouvé ma lecture de vacances parfaite.

Et vous? Quels livres vous ont chamboulés?

Autour des livres: rencontre avec Noémie Pomerleau-Cloutier, poète

Noémie Pomerleau-Cloutier, enseignante de yoga et formatrice en alphabétisation populaire, publiera son tout premier recueil de poésie Brasser le varech, le 11 octobre 2017, aux éditions La Peuplade. La poète a généreusement accepté de répondre à notre questionnaire.

brasser le varech

1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?

D’avoir vraiment eu hâte de savoir lire! Depuis toute petite, j’adore les livres. J’ai appris à lire très rapidement, plus tôt que d’autres enfants, car j’ai eu la chance de commencer ma scolarité plus jeune, dans une école belge alors que mes parents travaillaient au Zaïre (la République démocratique du Congo actuelle), avant de revenir au Québec. Je me rappelle vraiment ce désir que j’avais de savoir lire moi-même les histoires qu’on me lisait.

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?

J’ai de nombreux souvenirs de moments de lecture, cachée sous mes couvertures, pendant la sieste de l’après-midi, quand j’étais petite. C’était bien plus intéressant que de dormir! La lecture a toujours été associée pour moi à un moment de plaisir, un moment de détente, même quand le livre ou son sujet sont plus difficiles. Mes livres fétiches quand j’étais enfant et adolescente: Le Petit Prince, les bandes dessinées d’Astérix, la série Anne of Green Gables de Lucy Maud Montgomery et Zurry d’Elizabeth Fillion. J’ai dû relire ces livres des douzaines de fois au moins… J’étais aussi fascinée par les livres sur les plantes.

Maintenant, je lis toujours trois à cinq livres en même temps, la plupart du temps, au moins un recueil de poésie, un roman et un essai. En ce moment, c’est Nous rêvions de robots d’Isabelle Gaudet-Labine (poésie), The Ministry of Utmost Happiness d’Arundhati Roy (roman) et L’inéducation de Joëlle Tremblay (essai). Je lis en français et en anglais, parfois en espagnol, si je suis en forme! Hahahaha! Je lis souvent avant de dormir, dans le métro, en attendant un-e ami-e dans un café. Je lis pas mal partout, sauf en voiture ou en autobus.

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

C’est souvent une image qui m’inspire un poème. J’ai beaucoup fait de poésie photographique dans les cinq dernières années. Je vois ou je vis quelque chose en lien avec une image et je l’écris. Les rencontres m’inspirent aussi beaucoup. Rencontrer quelqu’un-e qui te raconte son histoire et écrire un court poème à propos de ce que vous vous êtes dit, c’est très stimulant. J’ai fait l’effort, durant un récent séjour en Inde, d’écrire un poème par jour, au coucher ou au lever du lendemain, pour résumer ce que j’avais vécu dans la journée. Ça m’a ramenée à ces récits de voyage / séjour à l’étranger que j’écrivais lorsque j’étais coopérante volontaire en Afrique de l’Ouest.

Pour mon recueil à paraître à La Peuplade le 10 octobre, le processus a été différent. Oui, c’est venu de ce que j’ai vécu, mais j’ai beaucoup travaillé avec des ouvrages de botanique. J’ai utilisé les descriptions de plantes de la Côte-Nord pour illustrer des émotions.

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?

Je ne sais pas trop si j’écris parce que je lis. Il est certain que les lectures que je fais nourrissent mon écriture, mais je ne sais pas si un livre en particulier m’a donné envie d’écrire. J’ai peut-être été influencée par mes nombreuses lectures d’Anne of Green Gables! 😉

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ?

Recommencements d’Hélène Dorion, que j’ai lu en 2014, à un moment où je n’allais vraiment pas bien. Ce livre parle merveilleusement de deuil et de «fuite nécessaire» et ça m’a beaucoup aidée à ce moment de ma vie. Également, The Wisdom of Yoga de Stephen Cope, qui était ma lecture obligatoire pour mon cours de prof de yoga. Ce livre explique, à l’aide d’exemples concrets, les fondements du yoga et aide à voir nos comportements sous un nouveau jour. Je l’ai lu plus d’une fois…

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel ?

Dans toute fiction scandinave ou islandaise. J’adore la littérature scandinave et islandaise, dont les polars (oui, je l’avoue). Un jour, j’irai en Suède, en Norvège, en Finlande, au Danemark, en Islande…

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner ?

Océan mer d’Alessandro Barrico. Ce livre m’a été conseillé par mon amie Caroline Scott en 2014. Il m’a été salutaire à ce moment. Je le relis chaque année. C’est d’une beauté sans nom.

Poésie complète de Marie Uguay. Je ne l’ai découverte qu’à l’été 2016. Mais, j’y reviens souvent depuis.

Frida Kahlo par Frida Kahlo: lettres 1922- 1954. J’admire énormément cette femme. Son écriture est aussi intense, juste et poignante que ses peintures.

8. Quel est ton mot de la langue française préféré ?

Épilobe

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ?

A Death in the Family de Karl Ove Knausgård, La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette, Bec-de-lièvre d’Annie Lafleur, Nirliit de Juliana Léveillé-Trudel, Milk and Honey de Rupi Kaur, Priscilla en hologramme d’Erika Soucy, Chez les ours de Jean Désy, Une tonne d’air de Maude Smith Gagnon, tous les livres de Mahigan Lepage. Et il y en a tant d’autres…

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre ?

Eh boy! J’hésite entre Omniprésence du doute et Namasté câlisse! Hahahaha!

*crédit photo: Sage Rebelle Photo

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Un peu de brut et de frais : Autobiography of Red

J’avais deux petites semaines de vacances en juillet et une cabane pas d’Internet qui m’attendait sur le bord du fleuve. Deux pièces, la cabane : une cuisine et une chambre. Une grande cour ensoleillée, un recoin d’ombre sur la galerie, quatre poules rousses comme voisines immédiates. J’y suis arrivée un mardi après-midi, toute seule avec mon sac à dos et mes provisions. Je traînais huit livres dans mes bagages. J’avais mis beaucoup de temps à les choisir, avant de partir : je cherchais des histoires particulières, de celles qui donnent envie de raconter les nôtres. Parce que c’était pour écrire, la cabane. La cabane, le fleuve, les poules : un moment soigneusement découpé dans l’été. Je voulais avoir les bons livres. Je voulais lire pour pouvoir mieux écrire.

Quelque part dans le lot, il y avait Autobiography of Red.

Anne Carson y met en scène, de façon merveilleusement troublante, le personnage de Geryon, jeune garçon puis jeune homme, qui cache une grande paire d’ailes rouges sous ses vêtements. Élevé par une mère qu’il adore, très tôt victime des abus de son frère, Geryon grandit sans toujours comprendre ce qu’il est. Il devient photographe et tombe amoureux d’Herakles, un homme d’une cruauté insouciante; il le perd, puis le retrouve par hasard en Amérique du Sud. Il survole des volcans et écoute attentivement leurs grondements; il cherche à entendre le rouge qu’il a en dedans. Roman en vers, Autobiography of Red suit Geryon alors qu’il avance à petits pas brûlants, un parcours d’artiste qui se construit dans le désir, la découverte de soi et les plus grandes failles géologiques.

It was taking him a very long while

to set up the camera. Enormous pools of a moment kept opening around his hands

each time he tried to move them.

Dans la mythologie grecque, Geryon est une des créatures qu’Herakles doit vaincre, l’un de ses douze travaux; chez Carson, l’histoire se retourne sur elle-même et montre son ventre pâle. Le monstre, devenu garçon, est plus vulnérable aux assauts des autres que véritablement dangereux. Geryon négocie à tâtons son passage dans le monde, dans une langue plus téméraire que lui. L’élégance espiègle de la plume de Carson le porte sans effort : on accepte rapidement le côté saugrenu du récit parce qu’elle nous donne envie de laisser l’ordinaire du monde derrière. Accessibles, faciles à lire, les vers ne sont pourtant jamais simples. Ils construisent, ligne par ligne, une histoire délicate, épineuse, immédiate dans les grands sentiments qu’elle évoque et complexe dans la façon dont elle les emmêle.

Il y a des livres qui offrent des conseils, de petites bouchées de phrases qui indiquent par où prendre l’écriture; il y en a d’autres qui rappellent plutôt, par leur cœur brûlant et courageux, tous les possibles de la littérature. Autobiography of Red est de ceux-là. Dans ma cabane de bord de fleuve, j’ai lu et relu ce roman; j’y ai déposé mes cahiers chaque soir, comme si j’espérais que la grâce légère de ses mots déteigne sur les miens. J’y ai trouvé, comme les crépuscules d’hiver dont parle Carson, a bluntness at the edge of the light, Quelque chose d’émoussé qui point sous la chaleur lisse des vers. Un peu de brut et de frais qui appellent les plus grands élans, et l’audace, et l’envie d’écrire tout ce qui grouille entre la pointe des doigts et celle du crayon.

Quels livres vous donnent envie d’écrire? Lesquels vous accompagnent le mieux?

Anne Carson. Autobiography of Red. McLelland & Steward, 2016 (1999), 149 pages.

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Bad Girls Throughout History, parce que les femmes font définitivement l’Histoire

Mon premier vrai cours d’Histoire au secondaire fut une véritable révélation pour moi, j’étais avide de savoir et de comprendre comment le monde s’était bâti et qui étaient ceux et celles qui en avait été les maîtres d’oeuvre. Il était facile de connaître les grands hommes de l’Histoire, mais la tâche était plus complexe pour ce qui est des grandes femmes. Si mes intérêts personnels m’ont poussée à aller chercher plus d’informations sur les pionnières de différents domaines, les résultats restaient quand même limités. Comment chercher de l’information sur quelqu’un dont le nom n’est jamais nommé?

Parfois, j’avais l’impression que les femmes avaient été entièrement restreintes à la procréation et aux tâches domestiques jusqu’au XIXe siècle. Elles ne faisaient pas l’Histoire. Avec le recul et les connaissances que j’ai acquises depuis, je sais que c’était absurde! Les femmes ont toujours fait l’Histoire, elles sont seulement très peu présentes dans nos manuels scolaires.

C’est pour cette raison que j’étais si intéressée par le livre d’Ann Shen et je n’ai pas été déçue. Shen présente évidemment des femmes fortes et intrépides, qui ont accompli des choses extraordinaires, mais surtout, elle présente des femmes de toutes les époques et de tous les continents. Le mythe de la princesse guerrière devient une réalité historique avec Tomyris et Boudica. Les femmes peuvent être des pirates redoutables comme Jeanne de Belleville, Grace O’Malley et Ching Shih. De grandes avancées dans le monde de la science sont possibles grâce à Anna Atkins et à Maria Mitchell. Et bien plus encore! Il est bon de lire que des gens qui nous ressemblent ont réussi à accomplir de grandes choses. Ça ouvre le monde des possibles, c’est motivant. J’ai adoré découvrir toutes ces femmes, apprendre comment elles avaient changé l’histoire, traversé les frontières et brisé les tabous.

Il faut aussi souligner le format utilisé par Ann Shen. La biographie de chaque personnage tient en une page, ce qui permet d’avoir assez d’informations sur les accomplissements de cette héroïne tout en laissant la place pour plus de recherches à ceux et celles qui sont intéressés. Un format capsule, donc, qui s’adapte parfaitement à un cours d’Histoire. Je termine en soulignant les magnifiques illustrations, qui ajoutent définitivement au plaisir de la lecture.

Et vous, qui est votre personnage historique préféré?

 

 


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Grand fauchage intérieur ; une technique de judo pour réapprendre à vivre

Tout juste arrivé en librairie – le 22 août- Grand fauchage intérieur est le premier roman – après deux recueils de poésie – de l’auteure Stéphanie Filion.

Jeanne est photographe. Elle fait un bref séjour au Liban, une semaine seulement, pour terminer un travail sur les cimetières qu’elle mène depuis plusieurs années. À sa descente d’avion, il y a bien sûr l’éblouissement du soleil, la chaleur étouffante, les cicatrices de la guerre, en plus de ce drame qu’elle cache bien profondément à l’intérieur d’elle-même. Mais il y a aussi l’accueil enveloppant, insistant, des Levantins, leur goût pour les parfums et les mets raffinés, entêtants, et il y a Julien.

Le grand fauchage intérieur c’est, d’abord et avant tout, une technique de  judo, aussi appelée O-Uchi-Gari qui elle consiste en un  » fauchage de la jambe du partenaire sur un déplacement arrière en passant par l’intérieur. » – Selon wikipedia.

D’à peine 200 pages, ce roman porte pourtant tellement de grandes choses en ses mots.

Jeanne traine sur son dos le drame d’une perte et essaie de continuer à être en vie et à vivre, du mieux qu’elle le peut. Lors d’un voyage de photo au Liban, elle fait la connaissance de Julien : jeune judoka de 24 ans qui vit pleinement malgré des blessures qu’il cache aussi. C’est à travers son désir pour ce dernier, ainsi qu’à travers l’insistance et le laisser-aller que lui insuffle la présence de Julien, qu’elle réapprend une nouvelle manière de vivre, guidée par ses envies, l’espace d’une  courte semaine.

Et à travers tout ça, quelque part au milieu du roman, quelque chose arrive et on se fait aussi un peu faucher par cet aspect du roman. J’ai eu besoin de quelques pages d’adaptation pour comprendre ce qui se déroulait devant mes yeux, pour comprendre ce qui se passait avec le corps de Jeanne, pour réaliser que l’auteure jouait sur un nouveau territoire. Son corps change, se libère, au rythme de ses découvertes, de ses échanges et de ses questionnements et nous en sommes de privilégiés témoins. Je vous laisse découvrir le roman pour mieux comprendre.

À travers le regard de Jeanne, on découvre aussi la convivialité des libanais, la beauté des femmes, les rencontres qui la forgent, les conversations qui semblent anodines mais qui ne le sont pas. C’est une collection de moments choisis qui forment une fresque qui captive et touche le coeur.

Et le grand fauchage lui? Il est partout. Parfois doux et subtil, parfois il fauche tout sur son passage. Il est désir et passion et, comme la technique de judo, il fait perdre pied… Peut-être pour mieux se relever?

Le fil rouge tient à remercier les éditions Boréal pour ce service de presse.

 

Organiser ses lectures grâce au Bullet Journal

Si vous êtes comme moi et que l’écriture est une manière d’organiser vos pensées, peut-être serait-ce intéressant de penser au Bullet Journal.

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un Bullet journal? C’est un cahier, habituellement aux pages pointillées, dans lequel on fait principalement des listes! Ce peut être des listes des choses à emmener en camping, mais aussi de sujets visant plutôt le long terme, tels qu’un objectif de perte de poids, des films vus, des petits bonheurs quotidiens, des recettes à essayer… Il n’y a aucune limite!

Souvent, les listes sont agrémentées de petits dessins très simples faits à main levée (doodles en anglais) et parfois d’autres articles de papeterie comme des autocollants, des rubans adhésifs colorés (washi tape) ou encore de traits de surligneurs aux couleurs pastel. Encore une fois, la seule limite est celle de l’imagination! Il peut être très organisé et symétrique, ou encore pêle-mêle. La beauté de tout ça, c’est que chacun peut l’adapter à sa personnalité.

 

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Source: @bullet_journal_2go

J’ai commencé mon Bullet journal en juin et je suis tout de suite tombée en amour avec cette méthode! En fait, j’ai même deux cahiers. L’un me sert d’agenda que je traîne partout avec moi, alors que l’autre reste sagement à la maison, car il contient des sujets plus personnels. Parmi les thèmes abordés, je ne pouvais évidement pas passer à côté de tout ce qui touche les livres! J’ai donc fait une page destinée aux romans que j’ai lus depuis juin et j’y ai même laissé un espace pour noter mes lectures sur cinq étoiles, comme je l’ai fait avec les films. C’est la manière qui me convenait personnellement, mais il existe plusieurs autres façons de faire. Voici quelques idées :

 

  • Une page dédiée aux citations qui nous ont personnellement interpellées
  • Les romans que l’on souhaite lire
  • Les auteurs que l’on préfère et les œuvres lues
  • Les romans lus, sans notation
  • Les chapitres d’un roman pour suivre sa progression de lecture

 

La forme peut également varier, il peut s’agir d’une liste point par point, d’un tourbillon de mots et de phrases différentiables par la calligraphie ou la couleur, de sujets divisés dans divers cadres dessinés manuellement, etc.

 

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source: @vertolivia

 

Je crois que le plus important lorsqu’on commence un Bullet Journal, c’est de suivre son intuition et de ne pas trop se mettre de pression. Ça ne sert à rien de se comparer et de commencer déjà démoralisé. Mes pages ne ressemblent pas aux exemples pris sur Pinterest, mais ça ne m’empêche pas de continuer à m’en inspirer. C’est important de se rappeler que l’on fait ça d’abord pour soi et qu’il est tout à fait possible de se tromper, de devoir recommencer et de ne pas être satisfait du premier coup du résultat! Chaque journal est unique, comme son auteur!

Et vous, est-ce une méthode d’organisation qui vous intéresse? Si oui, partagez-nous vos pages!


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théâtre, j'suis jamais malade en été, sclérose en plaques, maladie, douleur, le fil rouge lit, texte, écriture, dramatique, humour, entrevue, Patricia, Patricia Rivas, Les livres qui font du bien, dramaturgie, création, inspiration

« J’suis jamais malade en été d’habitude » : Rencontre avec l’auteure et comédienne Patricia Rivas

Il y a déjà quelques semaines, j’ai assisté avec Marjorie à la représentation de la pièce de théâtre J’suis jamais malade en été d’habitude. Nous avons été incroyablement et positivement surprises de cette pièce racontant l’histoire d’une jeune femme qui apprend qu’elle est atteinte de la sclérose en plaques.

Avec beaucoup de sensibilité et d’humour, on suit cette jeune fille dans ses questionnements personnels lors de l’annonce de sa maladie à ses proches, puis dans son acceptation de cette maladie. La comédienne principale, Patricia Rivas, est tout à fait remarquable; elle a un regard très communicateur qui nous entraîne rapidement dans le récit. Elle est aussi l’auteure de cette pièce et est elle-même atteinte de la sclérose en plaques. J’ai été vraiment touchée et inspirée par son courage et son talent et j’ai donc eu envie de m’entretenir avec elle pour en savoir plus sur son processus créatif.

Je vous invite fortement à suivre la page Facebook de la pièce pour être informé des prochaines représentations; ça vaut vraiment la peine de se déplacer!

 

Comment s’est déroulée la période d’écriture? Est-ce que vous avez écrit en plusieurs mois ou, au contraire, l’écriture s’est faite d’un coup? Est-ce un récit autobiographique?

Il y a eu trois étapes d’écriture. Au départ, je souhaitais réaliser un projet qui porterait sur la sclérose en plaques chez les jeunes adultes. Plus particulièrement, je m’intéressais à l’impact de ce diagnostic sur leur identité, à un âge où on choisit des projets à forte charge identitaire, tels que fonder une famille ou s’investir dans une carrière. Comme je vis moi aussi avec ce diagnostic depuis les six dernières années, je me suis d’abord prêtée à l’exercice d’écrire quelques pages sur mon expérience personnelle, en vue de ce projet. J’essayais de centrer mon texte autour de descriptions d’états physiques nouveaux et des réflexions que ces états entraînaient ainsi qu’à mes rapports avec les autres.

Puis, quelques mois plus tard, j’ai présenté ce texte à mes collègues du collectif Les Intimistes. Nous l’avons retenu pour en faire le fil conducteur de notre première lecture publique (février 2017), et j’ai donc développé davantage mon texte pour cet objectif.

Enfin, la troisième étape d’écriture s’est déroulée en vue du Festival Fringe de Montréal (juin 2017). J’ai réécrit le texte pour l’adapter à un contexte solo et à la scène du Théâtre La Chapelle. Il y avait six représentations prévues pour mon spectacle pendant le festival et je voyais ça comme l’occasion de travailler sur le texte en continu. Avant de commencer les représentations, j’ai retravaillé mon texte en vue de le présenter au Fringe. Ensuite, entre chaque représentation au Fringe (jusqu’à l’avant-dernière), je l’ai modifié à partir des réactions de la salle et des feedbacks que je recevais.

Il y a un bel équilibre entre humour et drame dans la pièce de théâtre. Comment avez-vous travaillé le texte et votre jeu pour y parvenir?
Après avoir écrit une scène plus dramatique, j’avais moi-même envie de faire ou d’entendre des blagues, et j’ai essayé d’écouter ce besoin d’aller-retour.

Le thème central de la pièce est la sclérose en plaques. Comment ce sujet vous a-t-il inspiré à en faire une pièce? Et pour quelle raison avez-vous ressenti le besoin et le désir de le faire?

Il m’est venu l’idée de parler de l’identité chez les jeunes adultes à la suite d’un diagnostic de sclérose en plaques parce que je l’avais moi-même vécu. J’avais l’impression que c’était une bonne approche que de puiser le matériel d’écriture dans des souvenirs d’expériences réelles. Ce n’était pas mon objectif de départ de centrer ma pièce sur mon propre récit, mais ça l’est devenu ensuite. J’avais envie de partager ce que j’avais trouvé dans mon matériel. Les entrevues avec d’autres personnes atteintes sont devenues un matériel d’appui, qui ouvre mon histoire à celle d’autres personnes atteintes.

Aussi, depuis plusieurs années, je m’intéresse à la singularité et à la marginalité dans ma pratique artistique. Mon mémoire de maîtrise étudiait la feinte de l’idiotie en art comme mode rhétorique. Après mon diagnostic, il m’a semblé qu’il y avait peut-être certains rapprochements à faire entre la singularité que j’étudiais chez des artistes pour mon mémoire et la marginalité que peuvent ressentir plusieurs en découvrant ce nouveau diagnostic. Le déroulement imprévisible de cette maladie me rappelle également la préférence pour le hasard et l’improvisation chez les artistes que j’étudiais.

Est-ce qu’il sera possible de revoir J’suis jamais malade en été d’habitude bientôt? Comment être tenu informé des nouvelles dates de représentations?
Il n’y a pas de dates prévues pour l’instant. Voici les pages pour être au courant des prochains développements du projet :
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Dans la pièce, on voit bien toute la solitude qui vient avec le fait d’être malade. Est-ce par choix que vous êtes complètement seule sur scène? En même temps, il y a une belle luminosité et beaucoup d’espoir dans cette pièce qui donne envie de suivre ses rêves et d’oser vivre sa vie comme on le souhaite. De quelle façon avez-vous conjugué solitude et espoir?
Oui, comme c’est un texte introspectif, qui prend la forme d’un journal intime, il m’a semblé que ce serait à propos d’être seule sur scène pour le livrer. Selon mon expérience, la solitude et l’espoir sont des sentiments qui s’alternent en boucle durant un deuil; c’est sans doute pourquoi ce sont des sentiments qui reviennent dans cette pièce.

La lecture du journal intime est une partie importante du spectacle. Quel est votre rapport avec l’écriture et l’introspection?
J’utilise des expériences que j’ai vécues pour raconter une histoire et partager cette expérience aux autres. Pour J’suis jamais malade en été d’habitude, j’ai puisé dans mes souvenirs d’avant et d’après la découverte du diagnostic, en essayant de traduire le plus fidèlement ce que j’ai vécu à chaque étape. Il ne s’agit pas d’un journal intime que j’ai réellement écrit durant cet épisode de ma vie, mais il m’a semblé que cette forme s’adaptait bien à ce que je souhaitais communiquer.

Vous faites aussi partie du collectif Les Intimistes. Qu’est-ce que vous apporte artistiquement ce collectif?
Faire partie de ce collectif me permet d’avoir une pratique régulière d’écriture au sein d’un groupe, avec des dates limites mensuelles. Chaque mois, nous avons un nouveau thème autour duquel chacune doit écrire un texte d’une dizaine de minutes. Pendant le mois, nous avons des rencontres, durant lesquelles nous lisons nos textes et nous recevons des autres membres du collectif des commentaires constructifs. Entendre les textes des autres est aussi très inspirant. Tout ça m’aide énormément, et je sais que je n’écrirais pas autant si je n’étais pas dans ce collectif. Aussi, le fait de lire nos textes devant public à chaque fin de mois est très utile pour entendre concrètement les réactions des autres.


Je tiens à remercier Patricia pour l’invitation à cette pièce.

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Quand la fiction modifie nos perceptions

Ce n’est probablement pas la première fois que nous mentionnons cela ici et ce n’est définitivement pas la dernière, mais les livres ont ce pouvoir, cette capacité de modifier notre vision du monde. Je ne peux plus compter le nombre de fois que cette transformation a opéré pour moi. Évidemment, nous sommes des humains facilement influençables, qu’il est possible de modeler. Des idées de partout viennent nous inspirer et l’univers littéraire regorge de petits trésors. Bien que cette expérience me soit arrivée à de nombreuses reprises, l’une de celles-ci est immanquablement la rencontre qui m’a le plus changée. Le monde de Bernard Werber a chamboulé ma conception de nos existences.

J’ai découvert l’auteur français à travers Les Thanatonautes, possiblement son roman qui a eu le plus grand impact sur moiEn fait, ce qui m’a particulièrement attirée dans son univers, c’est que les deux protagonistes principaux, Michael Pinson et Raoul Razorbak, deux jeunes chercheurs, se fixent comme mission d’explorer le continent des morts. Cette aventure les mène à cartographier ce qu’il appelle la « terra incognita » qui devient, au fil du temps, de moins en moins inconnue.

L’exploration de l’au-delà que font les deux voyageurs, aussi accompagnés de plusieurs acolytes plus les pages se tournent, se poursuivra sur cinq livres auquel Werber a donné le nom de Cycle des anges. Et laissez-moi vous dire qu’il faut se rendre jusqu’à la toute fin. Cette lecture est une vraie expérience, tant psychologique que physique. Vous ne la vivrez qu’une fois dans votre vie. C’est que l’écriture de Bernard Werber mélange mythologie, science, imagination, théologie et philosophie. Il nous pousse à réfléchir et nous mène dans des avenues inespérées. C’est un véritable voyage initiatique lorsque vous vous embarquez avec Werber. D’ailleurs, il en était de même avec sa première trilogie des fourmis.

D’une part, l’auteur a la capacité de nous convaincre de ses folies. Nous embarquons à fond dans ses théories sur la vie après la mort. D’autre part, il s’appuie sur des sources tellement diverses que nous pouvons adhérer de mille façons à ses idées. Voici donc ce qui en est.

Les sept murs

Dans le roman, lorsque nous trépassons nous faisons face à sept murs avant d’atteindre ce que l’on peut considérer comme le paradis. Ces derniers sont tous différents les uns des autres et se façonnent individuellement pour chaque ectoplasme.

Le premier mur : Il s’agit du territoire bleu. Il prend plutôt la forme d’un tube ou d’un entonnoir qui vous fait traverser l’univers jusqu’à un trou noir. Vous y rencontrez tous les autres individus qui sont passés de l’autre côté tout comme vous.

Le deuxième mur : Ce dernier se nomme le territoire noir, celui s’apparentant aux ténèbres. Les âmes sont alors confrontées à leurs plus grandes peurs et ils doivent y faire face pour parvenir au troisième mur comatique.

Le troisième mur : Il s’agit du territoire rouge. Complètement à l’inverse du dernier mur, celui-ci offre à l’âme ses plaisirs charnels les plus secrets et enfouis. Une fois de plus, il ne faut pas que l’individu se laisse engloutir par ses désirs afin de passer à l’étape suivante.

Le quatrième mur : Ce mur est comme une immense salle d’attente où les ectoplasmes patientent. En fait, il prend la forme d’une étendue infinie. Nous pouvons y placoter avec Elvis Presley ou faire un débat avec Karl Marx avant de passer à la phase qui suit.

Le cinquième mur : Il s’agit du territoire jaune, celui où réside la connaissance absolue. Tout le savoir de l’univers y est conservé. Imaginez à quel point il serait fou d’avoir accès à cela!

Le sixième mur : Le territoire vert est le monde de la beauté à son apogée. Tout ce que vous considérez comme l’idéal esthétique s’y trouve.

Le septième mur : Vous êtes enfin arrivés au paradis. Là, les anges vont effectuer la pesée de votre âme.

La pesée de l’âme

Lorsque vous êtes rendus à ce stade, les anges effectuent le jugement de l’âme à travers lequel chaque être, autant les minéraux, les végétaux, les animaux que les humains, se voit attribuer des points en fonction de leurs actions durant leur vie terrestre. Le but ultime étant d’atteindre 600 points afin de devenir un ange et de guider les nouveaux arrivants dans le paradis. Bien souvent, afin d’accéder à cette forme de vie, les ectoplasmes doivent passer par plusieurs réincarnations. Certains individus spirituellement supérieurs décident tout de même de retourner sur terre afin d’apporter une part angélique à la vie humaine.


Après ma lecture, j’ai complètement adhéré à cette vision. Je crois foncièrement au karma et quoi de mieux pour le représenter que la pesée des âmes. La réincarnation est aussi un élément qui m’apparaît très intéressant. Elle offre la possibilité de se tromper, de faire des erreurs et de pouvoir les corriger. Après tout, nous sommes humains. D’ailleurs, petit divulgacheur en vue, Hitler, après sa pesée de l’âme, est revenu à l’étape végétale. Cela arrive très rarement, mais parfois des individus sont rétrogradés à des phases antérieures vu leur comportement extrêmement reprochable. Dans le livre, Hitler est maintenant un bonzaï et nous savons à quel point leur vie est pénible.

Qui plus est, j’ai particulièrement apprécié que les âmes, qu’elles soient minérales, végétales, animales ou humaines soient considérées également. Tout le monde passe par le même processus. Tous les ectoplasmes doivent traverser les murs comatiques qui me paraissent d’ailleurs si crédibles. Quoi de plus véritable que de devoir affronter ses peurs et affirmer ses désirs charnels pour devenir un ange?

Ce voyage époustouflant aura donc fait en sorte que je reconsidère complètement ma vision de l’au-delà. Je sais que ce n’est que de la fiction, mais elle me permet d’espérer et de croire. C’est déjà beaucoup, n’est-ce pas?

Votre perception a-t-elle déjà été fondamentalement modifiée par un univers littéraire? Si oui, lequel?

Crédit photo: Michaël Corbeil

 

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Dès le 8 octobre, célébrez avec nous l’automne et les livres en participant à notre défi photographique sur Instagram!

Si vous ne nous suivez pas sur Instagram (@chezlefilrouge), on vous invite à le faire pour ce défi photographique qui se déroule du 8 octobre au 14 octobre.

Le but est simple : partager notre amour des livres et nos coups de coeur littéraires sur ce réseau social parfait pour s’inspirer. Alors nous avons créé des thématiques pour chaque jour et on vous invite à être créatifs et créatives en publiant une photo chaque jour en lien avec nos propositions.

En plus, nous allons faire tirer un coffret personnalisé parmi les participant.e.s qui utiliseront le #lefilrougeaimelautomne et n’oubliez pas d’identifier vos photos avec notre précieux #lefilrougelit aussi!

Voici donc les thématiques pour vous inspirer :

8 octobre : Présente-nous ta boisson préférée automnale + ta lecture du moment

9 octobre : Fais-nous découvrir le livre que tu préfères lire en automne

10 octobre : Montre-nous ta PAL (pile-à-lire) pour la période froide qui arrive

11 octobre : Installe-toi confortablement et offre-toi un moment juste à toi de lecture!

12 octobre : Présente-nous un livre qui t’a fait du bien

13 octobre : Prends en photo le dernier livre que tu as acheté

14 octobre : Montre-nous le livre que tu ne peux t’empêcher de conseiller à tes ami.e.s

 

La tendreté de l’enfance, du livre à l’écran

Les adaptations cinématographiques d’œuvres littéraires nous rendent tous sceptiques. Le pari est souvent élevé, et si le film ne devient pas rapidement numéro un, on le classe dans la catégorie indéfiniment longue des mauvaises adaptations, car ce qui fait un bon livre ne signifie pas toujours un bon résultat sur nos écrans. Il suffit de penser à The Girl on the Train ou à la populaire série Divergent. Mais parfois, notre scepticisme étant si élevé, les surprises jaillissent de certaines œuvres qu’on croirait impossible d’adapter; que ce soit The Lord of the Rings ou plus récemment le magnifique IT.

Pour ma part, je suis une très grande admiratrice de ce procédé. Il y a quelque chose de fascinant de permettre une seconde vie à ces personnages. Ce sont des œuvres qui prennent des risques extrêmes et qui sont dotées d’une telle qualité littéraire qu’on ne peut s’imaginer de les laisser dans notre bibliothèque. Et la plupart du temps, si le film est un échec, l’œuvre, elle, persiste. Et vice versa.
Dernièrement, j’ai eu la chance de me pencher sur une nouvelle adaptation québécoise du livre à succès de Nicole Bélanger, Les rois mongols (originellement nommé Salut mon roi mongol!). Œuvre portée à l’écran par Luc Picard, réalisateur et acteur du grandissime film L’audition, mes attentes étaient très élevées. Et je n’ai pas été déçue…

Le roman

Les rois mongols est le récit de Manon et de son petit frère Mimi. Se déroulant durant octobre 1970, ces deux jeunes enfants sont sur le point d’être séparés. Leur père mourant et leur mère souffrant d’une dépression majeure, la DPJ rôde autour de ces deux enfants inséparables. Mais puisque Manon a « juré craché » à Mimi que personne ne les séparerait, elle décide de se rebeller et de suivre le chemin emprunté par les felquistes, ceux qu’elle voit à la télévision. Avec l’aide de ses deux cousins, elle créera un mouvement aussi revendicateur que celui du Front de libération du Québec en kidnappant une vieille mamie et en l’amenant se cacher au fond des bois. Elle leur servira d’otage, puis de complice.

Les rois mongols est une œuvre magistrale où la naïveté n’est plus un moyen d’échappement, mais plutôt une manière d’élever l’esprit. 

Salut mon roi mongol! 

D’emblée il faut l’admettre, l’œuvre de Nicole Bélanger est empreinte d’une belle sensibilité. Valsant entre l’humour, le sarcasme et l’engagement, on nous offre un portrait touchant et violent de l’enfance des années 70. Bien que dépourvus d’argent, ces quatre héros sont imaginatifs et convaincus que leur vie leur appartient, et qu’ils ne doivent rendre de compte à personne. Empreint d’autodérision, c’est un portrait juste d’enfants qui se rebellent contre les conventions des adultes. C’est une évolution de mentalité, un clash de ce que leurs parents leur ont enseigné. Ils sont les voies de l’avenir, et savent que pour changer le monde, ils doivent entreprendre de bien grandes choses.

Narré par Manon, on a droit à un point de vue engagé et même parfois violent. Manon est une magnifique personne qui a le feu sacré. Petite fille à son père, elle tente de défendre ses idées comme il lui a appris. C’est une rebelle à l’âme pure, qui ne veut rien d’autre que le bonheur de son petit frère. Parsemée de plusieurs dialogues, l’œuvre se lit rapidement et le réalisme est si flagrant qu’on a l’impression d’être des leurs. Le roman se dévore si bien, qu’à la toute fin, on en voudrait plus. Nous laissant sur cette fin ouverte, on se questionne longuement sur le pourquoi et sur la suite de choses. C’est un roman qui nous colle à la peau et qui nous hante pendant plusieurs semaines.

Le film



Une des plus grandes qualités de cette adaptation est le portrait de ces quatre enfants. Chaque acteur s’est vu bien dirigé et a amené les couleurs et les nuances que nécessitait son personnage, à commencer par le jeune Mimi, interprété par Anthony Bouchard. Sa candeur, son énergie et son jeu instinctif nous bercent tout au long du visionnement. On est obnubilé par cette petite boule d’énergie, alerte à chaque changement de situation. Il en va de même pour le cousin Martin, interprété par le fils de Luc Picard, Henri Picard, un personnage à mi-chemin entre l’enfance et l’âge adulte, mais empreint d’une belle sensibilité. On adore voir évoluer ces quatre personnages, qui, convaincus de faire la bonne chose, finissent par trouver les réponses qu’ils cherchaient depuis longtemps. Les scènes qui se déroulent dans le bois sont empreintes d’une grande beauté. On nous permet un regard tendre sur l’enfance, où les personnages, pour la première fois du film, semblent sincèrement heureux.

Il faut aussi mentionner la grande qualité d’adaptation du scénario de Nicole Bélanger et de la réalisation de Luc Picard. On retrouve le même ton employé dans le livre tout au long du film. On rit, on pleure et on est ému par ce vent d’enfance qui nous rappelle à quel point c’est un moment crucial dans notre développement. C’est un film très nostalgique, certes, qui dénonce une société appauvrie et mal comprise. Mais c’est avant tout un hymne à notre Québec, à ses richesses et à son histoire qui a façonné nos vies. 


Il est difficile de dire qui en ressort le plus fort, car pour une des rares fois, j’ai vraiment l’impression que l’auteur et le réalisateur ont voulu la même chose. Tout est sincère, bien pesé, et chaque image est empreinte d’une grande beauté. C’est un film intelligent, divertissant et nécessaire.

À ma sortie de la salle, les yeux brumeux, j’ai eu ce sentiment de devoir accompli, ce sentiment de bien-être quand on a l’impression d’avoir assisté à quelque chose de grandiose. Car oui, Les rois mongols est un baume pour le cœur. Et si cette œuvre nous rappelle notre enfance, elle nous permet aussi de nous intéresser à celle de nos parents, et a éveillé notre curiosité. Comme quoi tout le monde a un cœur d’enfant à tout jamais…

Et vous, quelles adaptations vous ont marqués?

 

Le fil rouge remercie Québec Amérique pour le service de presse ainsi que Annexe communications pour le visionnement de presse.