Derniers Articles

Le fil rouge; Le fil rouge lit; L'homme qui aimait les chien; Léonardo Padura; Cuba; URSS; guerre civile espagnole; Points; grands romans; bibliothérapie

L’homme qui aimait les chiens : un roman historique haletant

Saviez-vous que Trotsky était ami avec Frida Kahlo et Diego Riviera lorsqu’il habitait à Mexico à la fin de ses jours? Ou encore, saviez-vous que George Orwell a été au front aux côtés de républicains lors de la guerre civile espagnole? Voici des faits que j’ai appris en lisant le roman de l’auteur cubain Leonardo Padura, L’homme qui aimait les chiens, paru en 2011. Définitivement, il s’agit de l’un des meilleurs romans basé sur des faits historiques que j’ai eu la chance de lire.

Dans ce roman, Padura démontre à merveille comment les destins d’individus éloignés peuvent se croiser et changer le cours de l’histoire. Le livre aborde tour à tour, dans des chapitres séparés et superposés, la vie de trois hommes, soit celle de Léon Trotsky, celle de l’assassin de ce dernier, Ramon Mercader et celle du narrateur, Ivan Cardenas Maturell, un écrivain cubain. Au fur et à mesure de ma lecture, je comprenais comment le parcours de ces hommes ont convergé et je ne pouvais plus mettre mon livre de côté, si ce n’est que pour aller lire sur les faits historiques rapportées dans le livre.

Voici, plus en détails, les trois hommes dont il est question dans ce roman.

Les années d’exil de Léon Trotsky

Léon Trotsky fut l’un des principaux acteurs de la révolution russe de 1917 aux côtés de Lénine. En 1929, il fut expulsé de l’URSS par Staline. Les chapitres qui concernent Trotsky reviennent sur sa vie d’exilé qui a duré jusqu’à sa mort en 1940. De la Turquie au Mexique en passant par la France et la Norvège, Trotsky essaie tant bien que mal de rester un joueur sur l’échiquier politique alors que, en URSS, Staline mène des purges sans précédents et que le « Trotskysme » est considéré comme un crime. Ces chapitres sont ceux qui s’approchent le plus de la réalité, car la documentation historique sur Trotsky est assez foisonnante.

La transformation de Ramon Mercader

Dans les chapitres qui portent sur Ramon Mercader, le lecteur assiste à la transformation de ce dernier, de son enfance dans une famille bourgeoise de la Catalogne à la fin de ses jours. Celui-ci fut recruté par les soviétiques alors qu’il combattait au côté des républicains dans la guerre civile espagnole en tant que militant communiste. Enrôlé, entraîné et endoctriné, il devint agent secret au sein du NKVD. Sa mission était de mettre fin au jours de Trotsky. Après avoir commis le crime qu’il avait longuement préparé, Mercader fut emprisonné pendant 20 années à Mexico. À sa sortie de prison, il est allé vivre dans l’ombre à Moscou, mais les dernières années de sa vie, il les a vécues à Cuba. Dans ces chapitres, l’auteur a laissé plus de place à la fiction, car nous en connaissons peu au sujet de Mercader.

L’écrivain cubain brimé par le régime cubain

Ivan, le troisième personnage dont il est question, est, contrairement aux deux autres, un personnage fictif. À la fin des années 70, cet écrivain censuré par le régime cubain fait la rencontre d’un hommes accompagné de deux lévriers sur une plage de La Havane. Cet homme lui fait des confidences sur l’histoire de Ramon Mercader et Leon Trotsky. Nous devinons plus tard qu’il s’agit de Ramon Mercader entrain de vivre ses vieux jours en sol cubain. Ivan restera longtemps imprégné par cette histoire qui lui fut relatée.

Un roman qui fera appel à votre curiosité 

Que vous soyez un mordu d’histoire déjà bien au courant des faits ou bien un néophyte, ce livre saura, à mon avis, vous captiver. Les fins connaisseurs essaieront de départager ce qui est vrai et ce qui constitue de la fiction et seront avides de savoir quelles ont été les spéculations de l’auteur. Les moins connaisseurs voudront assurément en savoir davantage sur les événements historiques relatés et soigneusement fouillés par l’auteur. Pour ma part, ce fut cette lecture qui m’a donné envie de lire le livre de George Orwell, Hommage à la Catalogne, dans lequel ce dernier relate comment il a vécu son implication dans la guerre civile espagnole. Padura fait un clin d’œil à Orwell en mettant en scène une rencontre fortuite entre l’écrivain anglais et Mercader à Barcelone.

À mon avis, Padura a su maintenir un juste équilibre entre la réalité et la fiction et c’est ce qui rend cet ouvrage si impressionnant. C’est pour cette raison qu’il ne faut pas passer à côté de cette lecture.

Et vous, y a-t-il des romans historiques qui vous ont profondément captivé et donné envie d’en apprendre plus?

Il n’y a point de génie sans grain de folie !

Je crois que je suis dans une phase de personnages littéraires un peu étranges sur les bords… Après le livre de Marie-Renée Lavoie, où le personnage principal perdait la tête dans ses nuits d’insomnie, voilà que je choisis un livre qui parle de personnages internés dans un hôpital psychiatrique : Pivot, de Marie-Eve Cotton.

Marie-Eve Cotton signe ici son premier roman. Comme elle est psychiatre de profession, on se demande souvent ce qui est vrai, ce qui est faux et si les personnages en question ont réellement existé.

Petit résumé :

Hadrien Jalbert, surnommé Pivot (grâce au célèbre Bernard), est un littéraire de 44 ans qui en est à son douzième séjour en psychiatrie. Il est persuadé d’être poursuivi par « le système » : il hallucine dans les journaux et dans les conversations avec les gens qui l’entourent qu’il est espionné en permanence. Ce n’est pas tout : autour de Pivot, il y a une bande de joyeux personnages intéressants, dont le Chat de ruelle, ce sans-abri qui n’en est pas à sa première visite et voit des lilliputiens invisibles… Ce drôle de Jésus Noir qui se prend réellement pour le Chris et l’affirme à tous ceux qui veulent l’entendre, surtout à la belle Mary, l’Inuit aux magnifiques cheveux noirs fraîchement débarqué de la baie d’Ungava, qui entend des voix mais dont il est « follement » amoureux au premier regard. Cette Mary qui lui fera tellement perdre la tête qu’il ira jusqu’à prétendre être son fiancé et même le père de son enfant…

Pivot est un livre fort intéressant qui nous permet une belle petite introduction dans le monde encore bien méconnu des hôpitaux psychiatriques. Je dois avouer que j’ai trouvé le roman un peu long par moments, mais rempli d’humour et fort bien écrit. Donnez-lui quelques chapitres et, promis, vous serez conquis vous aussi par cette bande de personnages.

On dit que le génie n’est pas loin de la folie… Y a-t-il des personnages dans ce style qui vous ont plu? Vous en avez d’autres à me suggérer ?

*Le fil rouge remercie VLB éditeur pour le service de presse.

Nos suggestions de lectures « premier roman » pour le mois d’octobre du défi #jelisunlivrequébécoisparmois

Je me fais toujours un plaisir de découvrir de nouvelles et nouveaux auteurs. C’est justement le thème pour le mois d’octobre. La première parution d’un roman; un premier roman d’un-e auteur-e. Le livre que vous allez choisir doit donc être le premier roman qu’il/elle a écrit.

De mon côté, je vais y aller avec mon achat du #12août. C’est le premier roman d’Élie Maure (qui serait en fait un pseudonyme) : Le cœur de Berlin.

Le choix des fileuses :

Marjorie : Puisque j’en entends parler de manière très TRÈS positive depuis sa sortie, je crois bien me plonger dans De bois debout de Jean-François Caron. Il y a eu un gros buzz autour de ce premier roman de l’auteur (il a déjà écrit de la poésie et autre) et tout le monde semble s’accorder sur la beauté du roman, c’est donc dur d’y résister. Surtout après avoir lu cet article d’Andréanne.

Photo : Andréanne Lauzon

La suggestion de Martine

Ce mois-ci, j’ai envie de lire Les murs d’Olivia Tapiero. Ce premier de l’auteure m’a été recommandé à maintes reprises et même si j’ai été déçue de son dernier, Phototaxie, je suis curieuse de découvrir ce qu’elle fait d’autre. Les murs semble être un roman-choc et très touchant. À suivre!

D’autres suggestions :

Et vous, que pensez-vous lire ce mois-ci?

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

Retirer un terme : album albumRetirer un terme : album jeunesse album jeunesseRetirer un terme : Ariane ArianeRetirer un terme : Bibliothérapie BibliothérapieRetirer un terme : jeunesse québécoise jeunesse québécoiseRetirer un terme : le fil rouge lit le fil rouge litRetirer un terme : Le jardin invisible Le jardin invisibleRetirer un terme : les livres qui font du bien les livres qui font du bienRetirer un terme : Littérature jeunesse Littérature jeunesseRetirer un terme : littérature québécoise littérature québécoiseRetirer un terme : livre pour endormir les enfants livre pour endormir les enfantsRetirer un terme : livre pour enfant livre pour enfantRetirer un terme : Marianne Ferrer Marianne FerrerRetirer un terme : Monsieur Ed Monsieur EdRetirer un terme : ode à la rêverie ode à la rêverieRetirer un terme : plaisir de lire plaisir de lireRetirer un terme : Racines RacinesRetirer un terme : Valérie Picard Valérie Picard

Ce qu’on a lu comme livres de la rentrée littéraire pendant le mois de septembre #Jelisunlivrequébécoisparmois

Je ne sais pas si vous avez été comme moi, mais je n’ai pas pu résister à l’achat de nouveaux livres de la rentrée littéraire. Il faut dire qu’il y a une très belle sélection! C’est pourquoi je me suis laissée tenter par :

  • Marivière de Catherine Lepage : un petit livre jeunesse d’une pure beauté comme Catherine sait si bien le faire. Cette fois elle ne nous parle pas d’angoisse, mais nous sensibilise sur l’environnement.
  • Phototaxie d’Olivia Tapiero : j’étais impatiente de lire le nouveau roman de Tapiero, dont j’étais tombée amoureuse de la plume au Cégep. Je vous avoue que j’ai apprécié le thème « révolutionnaire » de son dernier roman, mais je crois qu’il mérite une deuxième lecture pour être certain de l’avoir bien compris.
  • Je suis un raton laveur de Julie Delporte : c’est en me promenant dans la librairie L’Euguélionne que je suis tombée sur le petit dernier de Julie Delporte. Tout comme Catherine Lepage, l’auteure nous offre un livre jeunesse. Restant dans le thème qui la connaît : la tristesse. Cette petite fille pleure tout le temps, mais sa rencontre avec un raton laveur changera ses perceptions.

Voici d’autres achats de la rentrée que je n’ai pas encore eu le temps de lire :

  • Mammouth rock de Guillaume Perreault et Eveline Payette
  • Juicy de Mélodie Nelson
  • La vie rêvée des grille-pain de Heather O’Neill
  • Gourganes d’Alexandra Gilbert
  • Aphélie de Mikella Nicol

Voici ce que les fileuses ont lu ou acheté pour cette rentrée littéraire :

  • Karine Ruest-P.
  • Marjorie : J’ai lu Phototaxie d’Olivia Tapiero ainsi que Sainte-Famille de Mathieu Blais, dans le cadre de deux des clubs de lecture. Ce sont deux romans complètement différents que j’ai eu le plaisir de découvrir. Sinon, j’ai bien hâte de me plonger dans Manikanetish et Les faux mouvements — également pour les prochaines séances des clubs de lecture. À travers tout ça, il y a aussi Une vie neuve d’Alexandre Mc Cabe et Palawan de Caroline Vu dans lesquels j’ai bien hâte de me plonger.
  • Martine : Pour cette rentrée littéraire, j’ai découvert le dernier Matthieu Simard, Ici, ailleurs, que j’ai bien aimé et dont je vous reparlerai plus en profondeur dans un autre article. Sinon, c’est surtout en littérature jeunesse que je me suis gâtée. J’ai aussi craqué pour le nouvel album jeunesse des Éditions Monsieur Ed, Le jardin invisible. Il y a aussi la toute nouvelle collection Griff des Éditions de l’Isatis qui m’a beaucoup plu avec leurs deux premiers titres : Pourquoi les filles ont mal au ventre et Les quatre saisons d’Elfina. Finalement, mon gros coup de cœur est le premier roman jeunesse de Sophie Bienvenu, La princesse qui voulait devenir générale.

Et vous, quelles ont été vos nouvelles découvertes?

EnregistrerEnregistrer

royaume scotch tape, livre du constant désir, la sueur des airs climatisés, leonard cohen, simon boulerice, poésie, poésie québécoise, poésie contemporaine, chloé-savoie bernard, livre, littérature, lecture, les livres qui font du bien, le fil rouge lit, bibliothérapie, #lefilrougelit

3 livres pour s’initier à la poésie… différemment!

Ces derniers temps, plusieurs de mes ami.e.s m’ont demandé conseil pour commencer à approfondir leurs connaissances en matière de poésie. Souvent, mes proches n’avaient que tâtonné ce style de littérature bien particulier lors de lectures imposées au secondaire ou au cégep, et trouvaient que ce qu’ils avaient déjà lu était… comment dire? Poussiéreux?

Lire la Suite

Ces liens qui nous séparent, Ann Brashares, auteure de quatre filles et un jean, littérature jeunesse, famille, famille recomposée, secrets de famille, drame, amour, blog, blogue, blogue littéraire, coffrets littéraires, les livres qui font du bien, le fil rouge, chez le fil rouge, le fil rouge lit

Ces liens qui nous séparent: le dernier roman jeunesse de l’auteure de la série à succès Quatre filles et un jean

Il y a déjà plusieurs années, j’ai passionnément lu la série Quatre filles et un jean (incluant l’émouvant Quatre filles et un jean pour toujours), mais je n’ai pas suivi la carrière d’Ann Brashares par la suite. En voyant une annonce de la parution de Ces liens qui nous séparent, j’ai eu envie de retrouver l’univers de cette auteure qui m’avait autrefois captivée par le biais des attachantes Lena, Carmen, Bridget et Tibby.

Mise en contexte

Ray et Sasha ont 17 ans, ils ont trois sœurs et partagent la même chambre; pourtant, ils ne se connaissent pas. Autrefois, Robert et Lila furent mariés, donnant naissance à Emma, Quinn et Mattie. Après leur divorce Robert a eu une fille avec Evie (Sasha) et Lila a eu un garçon avec Adam (Ray). Les deux familles se partagent la vieille maison familiale de Long Island, à tour de rôle, faisant bien attention de ne jamais se croiser. (Ne vous inquiétez pas si vous ne savez déjà plus qui est le père ou la mère de qui, il y a un aide-mémoire au début du roman.)

«Pour lui, l’odeur de la maison, plus que tout autre, était l’odeur d’une fille qu’il ne connaissait pas.»

Secrets de famille

En lisant la quatrième de couverture, on peut croire que nous avons à faire à un roman qui laisse toute la place à une histoire d’amour un peu interdite entre deux adolescents; mais non. L’auteure nous offre une analyse plutôt approfondie de ces deux familles reconstituées. La romance qui se crée entre les deux adolescents n’est que la trame de fond d’une histoire de famille déchirée, de secrets et de drames à venir. L’idée de base, bien qu’un peu tirée par les cheveux, est originale et transporte facilement le lecteur. Le récit est accrocheur et, une fois de plus, Brashares a su créer toute une palette de personnages complexes et intéressants qui méritent chacun leur place dans l’histoire; un page turner.

Une suite, s’il-vous-plaît

Ce que j’ai particulièrement apprécié de ce roman, c’est sans aucun doute la pluralité des points de vue. Écrit à la troisième personne, plusieurs personnages prennent la parole pour nous raconter comment est la vie au sein de cette famille en guerre. De plus, il y a quelque chose de très émouvant à voir comment Ray et Sasha se sentent aussi près l’un de l’autre, malgré la famille dysfonctionnelle qui les sépare.

«Il n’avait connu Sasha par aucune des voies ordinaires. Il lui semblait pourtant la connaître d’une façon plus classique et profonde. Il avait joué avec ses jouets, il avait lu ses livres, dormi dans ses draps, il s’était amusé et disputé avec ses sœurs. Il avait presque l’impression qu’elle faisait partie de lui. C’était l’amie idéale; toujours à ses côtés, jamais décevante.»

Il y a encore beaucoup à développer à propos des personnages de ce nouveau roman. Faites le message à Ann, une suite serait appréciée!

Étiez-vous fan de Quatre filles et un jean? Avez-vous suivi la carrière de l’auteure par la suite?

Le reflet de la glace, Geneviève Drolet, Numéro de série, Coups de tête, littérature, littérature québécoise, roman, livres, lecture, les livres qui font du bien, Le fil rouge, le fil rouge lit, bibliothérapie, déchéance, blessure, suicide, glace,

Jouer avec le feu pour ne pas mourir de froid

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en commençant la lecture de Le reflet de la glace de Geneviève Drolet un soir de semaine. Je pouvais anticiper la qualité de l’écriture, parce que j’ai lu Attaches : une histoire grise, parce que le Guide des saunas nordiques était offert dans l’un des coffrets du Fil rouge l’an dernier et qu’il s’agit d’une auteure de grand talent à la plume aiguisée. Mais je ne pensais pas être incapable de refermer le livre avant d’avoir lu la toute dernière page et ainsi m’endormir bien plus tard que prévu.

Marcher sur un lac gelé

On pourrait croire que les très courts paragraphes — trois, quatre pages chacun — nous permettent une pause, un souffle avant de reprendre notre lecture. Mais c’était plus fort que moi : je devais en découvrir plus. Je ne pouvais m’arrêter, et l’auteure m’en donnait plus que je n’en demandais.

Je vous le dis tout de suite, il ne s’agit pas d’une histoire rose bonbon. On entre dans la tête d’un personnage troublé, une jeune femme qui perd tous les gens qu’elle a aimés, aussi peu nombreux soient-ils. La narratrice tente d’analyser sa vie, ses envies, mais elle se sent prise au piège; elle l’a toujours été au fond. De la mort de ses parents, qu’elle s’imagine être un suicide, jusqu’à la redécouverte des plaisirs charnels avec son voisin, en cachette de son amoureux — ou peut-être pas —, ce personnage écorché de la vie refuse d’être comme tout le monde, mais tente tout de même de ne pas faire de vagues. Sa vie et sa perception des rapports humains sont en équilibre précaire, à un doigt de chavirer du côté du bonheur ou de la déchéance. Et je crois qu’elle se plaît à ne pas se conformer à l’un ou l’autre.

On dit que tout finit par se savoir.

Je suis la preuve vivante qu’il y a des exceptions.

Tout comme une longue marche sur un lac calme en hiver, la peur de tomber, que la glace se défonce sous nos pieds, reste toujours présente. La narratrice vit une vie calme que certains qualifieraient de parfaite, mais la terreur reste toujours dans son ventre, dans ses tripes. Beaucoup de questions sans réponses, beaucoup d’émotions refoulées sous sa grande beauté physique, qu’elle considère surtout comme un fardeau.

Des mots glacés, du verglas isolé

L’écriture de Geneviève Drolet ne peut laisser personne indifférent. Elle comprend l’être humain et la complexité de l’esprit. Ses mots sont bien choisis, placés au bon endroit, chaque phrase atteint le cœur en laissant dans la gorge un goût doux-amer. Ce roman n’y fait pas exception. Très peu de personnages sont mis en jeu, pourtant on observe des relations complexes, une évolution touchante des rapports humains.

Drolet enrobe chacun de ses personnages d’une couche de sucre, puis d’une couche de goudron, en constante alternance, jusqu’à ce que les couches se fondent les unes dans les autres. Et quand la structure de goudron sucré se durcit, tout juste comme on allait s’attacher au personnage, elle fait craquer la surface et les fissures se propagent, défont notre compassion et brisent nos perceptions en mille petits morceaux de personnage indéchiffrables. Et, je dois l’avouer, j’adore cela. On ne ressort pas entier d’une lecture comme celle-ci.

J’allais me saccager, me saboter. Avoir le plaisir de me regarder pourrir un peu, par ma faute. Comme ça, je n’aurais pas à me suicider à force d’avoir peur que la perfection s’estompe […].

Avez-vous d’autres suggestions de livres (québécois ou non) où les personnages sont si troublés qu’ils commettent des actions qu’on ne comprend pas, du point de vue extérieur?


Le fil rouge remercie les éditions Numéro de série pour le service de presse.

Note : La première édition de Le reflet de la glace a été publiée en 2012 aux éditions Coups de tête. Nous avons eu droit à la réédition, publiée en 2017.

EnregistrerEnregistrer

lire, lecture, le fil rouge lit, plaisirs coupable, bibliothérapie, les livres qui dont du bien, prendre le temps de lire,

Quelques suggestions pour retrouver le plaisir de lire, petit à petit

Alors que Marika nous a dernièrement parlé des « rush » de lecture, ces moments où nous avons tellement le goût de lire tout ce qui nous tombe sous la main, j’ai envie de parler de ces moments contraires où nous aimerions bien lire, mais que rien ne nous fait envie.

Que ce soit parce que vous n’êtes pas tombé sur un bon roman depuis un moment (il faut s’abonner aux coffrets pour ça, ah!), parce que vous avez quelques difficultés à vous concentrer ou parce que le moral n’est pas de la partie, voici quelques solutions qui pourraient bien vous redonner envie de vous plonger dans un bon roman.

Lire des albums jeunesse

Qui a dit que les albums jeunesse n’étaient que pour les enfants? Personne ici, en tout cas. L’amour que tout le monde du Fil rouge porte aux albums jeunesse n’est plus à prouver.

Les albums jeunesse permettent de lire un peu, sans trop se casser la tête, tout en appréciant un récit souvent drôle et touchant, qui fait du bien. En plus, les magnifiques illustrations qu’ils contiennent toujours sont comme un petit baume sur le cœur et un délice pour les yeux. C’est une façon de réintroduire la lecture à petite dose puisqu’il est assez facile de lire un album jeunesse, d’une couverture à l’autre, en moins d’une heure. Ce n’est pas trop contraignant, c’est divertissant et ça vous donnera certainement le goût de découvrir le genre.

Voici quelques suggestions :

 

Lire un petit plaisir coupable

Je ne sais pas jusqu’à quel point je suis en accord avec le terme « plaisir coupable », mais je l’utilise plus pour la forme. J’aurais tout aussi bien pu dire : « lire un livre qui vous fait du bien, sans jugements ». Vous savez, la chick litt, la littérature jeune adulte, la littérature de gare. Ces pages turners dont on n’ose pas trop parler à voix haute — malheureusement. Les goûts sont tellement personnels, on peut bien en critiquer la forme, mais on ne peut pas juger ce qui nous fait du bien. Alors si vous avez envie de lire le dernier Valérie Chevalier ou bien son premier — de vous plonger dans Cœur de Slush — le troisième tome vient juste de sortir — ou bien même de vous procurez un Harlequin alors allez-y. L’envie et le plaisir de lire n’ont pas de genre.

Voici les confessions littéraires de plusieurs fileuses parce que, sur Le Fil rouge, on lit sans jugements.

Le plus important, c’est de ne pas se sentir mal de ne pas avoir le goût de lire, c’est de s’amuser avec la littérature, de ne pas se mettre de pression et d’explorer les genres. Peut-être tomberez-vous alors sur LE livre qui vous gardera éveillé une nuit entière et vous réconciliera avec les mots.

Et vous, quels sont vos trucs et conseils pour ces moments où aucun livre ne semble vous faire envie? 

Le fil rouge; Le fil rouge lit; Bibliothérapie; Littérature; Lecture; Livres; Les livres qui font du bien; Une année de lecture; Livres écrits par des femmes

Lire des romans écrits par des femmes: constats

À la fin de ma maîtrise, je me suis dit que j’allais prendre un an pour lire tous les romans que je voulais sans jamais me sentir coupable. Je voulais m’éloigner un peu du monde académique, ouvrir mes horizons et rattraper le retard que j’avais pris sur ma liste de «livres à lire». Évidemment, cela semble être une loi de l’univers, cette fameuse liste s’allonge toujours plus vite que notre rythme de lecture, c’est un combat perdu d’avance! Alors, pour m’aider dans ma sélection (parce que j’aurais voulu tout lire en même temps!), je me suis donné comme objectif de lire plus de romans écrits par des femmes.

On peut sortir la fille du monde académique, mais pas le monde académique de la fille! Au cours de cette dernière année, je n’ai pas uniquement lu des romans et je n’ai pas entièrement éliminé la culpabilité de ne pas être capable de tout lire. Et bien sûr, ma liste de «livres à lire» a continué de s’allonger. Cependant, j’ai réellement fait l’effort de lire plus de livres (romans et autres) écrits par des femmes. Mon objectif principal en faisant cette sélection d’autrices en était un de visibilité. Je voulais être capable de parler moi-même de ces autrices, je voulais élargir mon bassin de chefs-d’oeuvre pour y inclure des femmes. Si je voulais qu’on me propose de lire plus d’ouvrages écrits par des femmes, je devais aussi être capable d’en proposer. C’était un objectif simple, voire utilitaire, mais qui a eu un effet inattendu. Je me suis sentie interpellée et investie plus que jamais par les thèmes et les personnages présentés et développés par ces autrices.

Je n’avais jamais pleinement réalisé la différence que cela pouvait avoir. J’avais toujours pensé qu’un bon roman allait être capable de toucher son lecteur, peu importe le genre. Je crois encore que c’est vrai, mais je vois maintenant la limite de cette réflexion. En lisant des romans écrits par des femmes je me suis sentie beaucoup plus directement impliquée, j’étais un élément actif, pas seulement une lectrice passive avec plus ou moins d’empathie. Peut-être (très probablement) parce que notre éducation est genrée, parce que notre identité se construit énormément autour de notre genre, je me suis davantage reconnue à travers les thèmes, les enjeux, les réactions et même les relations sociales. Je pouvais sentir où l’héroïne avait mal, quelles étaient ses attentes, ses espoirs et ses peurs.

De cette expérience je tire deux constats. D’abord, il est important d’avoir accès à une littérature écrite par des auteurs qui nous ressemblent, afin d’apprendre à mieux se connaître et de se sentir moins seul. Ensuite, il est primordial de lire des livres écrits pas des auteurs qui ne nous ressemblent pas, afin d’avoir accès à d’autres réalités et d’ainsi mieux comprendre l’autre.

En bonus, voici mes coups de coeur de mon année de lecture presque sans culpabilité!

  1. L’espione de Tanger, par Maria DueÑas
  2. La dernière fugitive, par Tracy Chevalier
  3. La petite communiste qui ne souriait jamais, par Lola Lafon (ICI)
  4. Lady B, par Maya Angelou (ICI)
  5. Un goût de cannelle et d’espoir, par Sarah Mccox
  6. Pourquoi l’amour fait mal, par Eva Illouz (ICI)
  7. Amie de ma jeunesse, par Alice Munro (ICI)
  8. Chère Ijeawele ou un manifeste pour une éducation féministe, par Chimamanda Ngozi Achidie (ICI)
  9. Moi, Guiseppina Verdi, par Karine Micard

Quel roman écrit par une femme me conseillez-vous?

Éditions Rue du monde, jeunesse, monde, voyage, Bibliothérapie, Rue du monde, Cartes, Cartes : voyage parmi mille curiosités et merveilles du monde, Le fil rouge, le fil rouge lit, lecture, les livres qui font du bien, littérature, littérature jeunesse, atlas, atlas jeunesse, livres, Aleksandra Mizielinska, Daniel Mizielinski, pays, cartographie, cartographies

Cartes : un atlas jeunesse pour découvrir le monde

C’est en travaillant en librairie que j’ai pu me plonger dans l’univers des atlas jeunesse. Un monde infini que je ne connaissais que très peu venait de s’ouvrir à moi. C’est une de mes collègues qui m’a montré — sur un plateau d’argent, avec un jet de lumière éblouissant et un alléluia victorieux — le très magnifique atlas Cartes : voyage parmi mille curiosités et merveilles du monde de Aleksandra Mizielinska et Daniel Mizielinski, auteurs polonais. Mon cœur a bondi lorsque je l’ai aperçu. Ce grand livre était parfait en tout point. Je ne pouvais m’arrêter de l’usurper, en me faufilant dans la section jeunesse de la librairie quand un temps mort me le permettait, afin de le feuilleter avec ravissement. Ce livre bleu me fascinait.

DSCF3929

Destiné à un jeune public, Cartes présente plusieurs pays de tous les continents, cartographiés à l’ancienne, à la manière des cartes des grands explorateurs d’autrefois. Chaque page est ornée d’illustrations minutieuses, détaillées et naïves qui désignent à tout coup une particularité du pays présenté. On y découvre les attractions principales, les coutumes, les habits traditionnels, la faune, la flore, les activités qu’on peut y faire, la nourriture locale et les personnes célèbres qui en sont originaires. On est simplement envoûté par cette information concise et pertinente qui ne peut qu’enrichir nos connaissances en termes de géographie. J’étais captivée par ce que j’y trouvais. Une source incroyable de renseignements qui dépeignent comment les gens vivent aux quatre coins du monde : je ne pouvais demander mieux!

DSCF3931

Je vous le dis : tout le monde devrait avoir un atlas jeunesse dans sa bibliothèque. C’est un incontournable. L’information qui s’y trouve est pertinente, tout en étant présentée de manière artistique et plaisante pour nos p’tits quenœils. On y apprend comme jamais toutes sortes de choses intéressantes. C’est une véritable œuvre d’art qui mérite qu’on s’y attarde. Peut-être que je suis déjà vendue, mais un atlas jeunesse, je le crois sincèrement, peut combler (et instruire!) les petits comme les grands. Oui, oui!

Édité par Rue du monde, ce document jeunesse a vraiment tout pour plaire, il présente un portrait général de chaque pays où les auteurs ont déjà eux-mêmes mis les pieds (un souci de véracité qui me semble déjà être un élément très intéressant) et, pour chaque endroit visité, les auteurs indiquent la capitale, la ou les langues principales, le nombre d’habitants, la superficie, le drapeau et les noms typiques des personnes qui y vivent (ce que je trouve bien original et souvent cocasse!).

DSCF3930

DSCF3927

Et je ne vous cacherai pas que j’envisage sérieusement d’utiliser ce merveilleux atlas pour planifier mes prochains voyages. On découvre des endroits fabuleux qu’on souhaite à tout prix visiter! Et des idées qui ne veulent plus nous quitter. En tournant les premières pages de ce livre, je suis tombée sur l’Islande et ses merveilles à couper le souffle, dont le geyser Strokkur qui « projette l’eau à 30 mètres de hauteur » (selon les dires des auteurs) et les chutes de Dettifoss qui semblent nous laisser sans mot par leur beauté.

DSCF3926

En contemplant l’Islande sous les coups de crayon fins, délicats et sensibles des auteurs et illustrateurs, je ne pouvais m’empêcher de m’imaginer en train de frôler son sol qui regorge de mille curiosités et de mille merveilles, comme c’est le cas pour tous les pays présentés par Cartes : Allemagne, Namibie, Inde, Mexique, Pérou, Brésil, Japon, Nouvelle-Zélande, Suède, Canada, etc. Plus d’une quarantaine de pays sont cartographiés pour nous donner l’envie d’y mettre les pieds.

Les atlas jeunesse sont à coup sûr un monde à découvrir. Pour s’ouvrir à la richesse de la différence, des autres et des ailleurs.

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer