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Le charme de la relecture

« Cherche-t-on dans la relecture la personne qu’on était ou celle qu’on est devenue? »

C’est en lisant cette question que j’ai pris conscience de la motivation de Laure Murat dans son essai Relire, Enquête sur une passion littéraire. Dans cet essai, elle s’entretient avec différents auteurs contemporains français et gens du milieu du livre, tels que Christine Angot, Annie Ernaux, Éric Chevillard et plusieurs autres. Elle leur a envoyé un questionnaire (disponible à la fin de cet article) pour connaître de quelle façon ceux-ci voyaient la relecture. Elle tenait à donner la parole à ceux qui relisent pour mieux comprendre le charme de se replonger dans un livre qu’on a déjà connu.

Le premier chapitre de l’essai est consacré à analyser la relecture et les raisons pour lesquelles les gens aiment relire ou au contraire n’aiment pas. Quoique cela reste profondément intime, comme le démontreront les réponses des participant-es, il est intéressant d’analyser ce phénomène auquel s’adonnent les amoureux des livres.

N’avons-nous tous pas un livre marquant voire fétiche qu’on aime relire, pour s’y réfugier, s’y blottir? Il y a quelque chose d’assez réconfortant dans le fait d’avoir des œuvres phares qui nous incitent pour de nombreuses raisons à vouloir y replonger.

De mon côté, j’avoue que je ne suis pas une grande reliseuse, si je me compare à certains auteur-es qui ont répondu au questionnaire et qui disent consacrer plus de 10 % de leurs temps de lecture à des relectures. Toutefois, c’est un plaisir que j’ai de retrouver une œuvre que je pense connaître, car chaque fois, j’y décèle de nouvelles choses : une émotion qui vient m’envahir, une compréhension plus profonde de l’écriture voire une étincelle qui m’atteint encore en relisant.

L’actualisation de la lecture 

Il y a dans la relecture une constante actualisation de la lecture, chaque seconde où l’on pose nos yeux sur les mots, le sens et la beauté des mots sont actualisés. On ne relit jamais un livre deux fois de la même manière, et ce, malgré que le texte, lui, ne change pas. Ce qui confirme toute l’importance d’une « conversation » qui se produit avec la lectrice ou le lecteur et l’auteur-e. Une œuvre est toujours interprétée ou réinterprétée en fonction de nos yeux du présent. Un livre qui peut nous avoir véritablement touchés dans le passé peut nous laisser de glace en le relisant, il restera toujours marquant néanmoins. Plusieurs auteur-es ont nommé dans cet essai L’attrape-cœurs qui est aussi un livre que j’adore relire. Il était mentionné qu’il s’agit d’un livre souvent plus marquant pour les adolescents que les adultes. Or, je ne peux être que d’accord avec cette affirmation, il reste que c’est agréable parfois d’aller se ressourcer dans des œuvres qui ont forgé nos vies.

Éloge de la lenteur

Prendre du temps pour relire une œuvre déjà connue, c’est aller à contre-courant d’une société de performance et de rapidité. Relire, c’est prendre du temps pour replonger dans une œuvre qu’on a aimé ou qu’on souhaite redécouvrir avec des yeux nouveaux. Il y a une forme de lenteur à vouloir retourner dans des mots d’autrefois. La littérature jeunesse y joue un rôle important, car on a souvent envie de retourner se nicher dans des livres qui nous rappellent des souvenirs d’enfance. Il y a quelque chose du rituel, de réconfortant de relire les mêmes œuvres, sinon pourquoi les enfants voudraient-ils toujours relire le même conte, la même histoire, retrouver les mêmes personnages?

Bref, cette lecture m’a été réconfortante, m’a donné envie d’encore et toujours plus lire et m’a aussi fait du bien. Il s’agit d’un hommage aux lectrices, aux lecteurs et au charme de la littérature. La relecture, comme la lecture, devient des piliers qui nous accompagnent dans la construction singulière de notre soi. Il n’y a rien de plus intime que de lire et de relire des œuvres qui au fond d’elles nous aident à mieux nous comprendre, nous soulagent ou même nous rassurent.

Elle m’a fait du bien parce que, pour moi, c’est toujours un grand bonheur de lire sur les expériences de lectures des autres et d’ainsi me sentir plus près d’une communauté de lecteurs et de lectrices passionnée. Je prends plaisir à découvrir les raisons pour lesquelles une œuvre a touché ou au contraire a laissé la lectrice ou le lecteur de glace. Ce n’est sûrement pas pour rien que j’ai cofondé un blogue littéraire ;)! Il y a dans l’écoute (la lecture) des récits des autres concernant les livres un propre survol de son rapport aux mots, à l’imaginaire et à l’importance de la littérature dans nos vies.

Seul petit bémol, qui n’est pas la faute de l’auteure, elle n’est pas responsable des réponses des participant-es, j’étais parfois déçue de voir la prédominance d’écrits d’hommes dans les incontournables. Flaubert comme Proust étaient cités à répétition et malgré le fait que je ne remets pas en doute l’importance de leurs œuvres, j’aurais aimé y lire plus de noms d’écrivaines. Laure Murat le mentionne d’ailleurs en début d’essai. Il y a heureusement des bijoux de réponses qui nous font oublier ce manque, je pense aux réponses d’Annie Ernaux et de Christiane Angot.

Et vous, aimez-vous relire certaines de vos œuvres préférées et pourquoi? Si vous avez envie de vous prêter au jeu, voici les questions posées par l’auteure aux auteurs invités.

Voici le questionnaire de Laure Murat :

1. La première expérience de la relecture vient de l’enfance. Soit que l’enfant réclame qu’on lui lise chaque soir la même histoire, soit qu’il lise lui-même à répétition le même livre. Quelle a été votre expérience d’enfant de la relecture? Quelle était, selon vous, la nature de la jouissance procurée par cette habitude?

2. Parmi les mots suivants, quel serait celui qui vous semble le mieux définir votre expérience de la relecture?

  • —  Répétition
  • —  Reprise
  • —  Réinterprétation
  • —  Redécouverte
  • —  Refuge
  • —  Autre (préciser) :

3. Pourriez-vous décrire votre pratique actuelle de la relecture, si possible en partant d’exemples précis?

  • —  pourquoi relisez-vous?
  • —  relisez-vous parce que vous avez oublié un livre, ou parce que vous vous en souvenez?
  • —  quel est le livre que vous avez le plus relu?
  • —  avez-vous des titres de prédilection que vous relisez par exemple chaque année ou auxquels vous revenez régulièrement?
  • —  avez-vous aimé un livre à la première lecture pour ne plus l’aimer à la seconde (ou l’inverse) et pourquoi?
  • —  à partir d’un exemple précis, pourriez-vous décrire ce que vous avez trouvé ou compris à la deuxième (ou énième) lecture d’un livre, qui vous avait échappé à la première?
  • —  généralement perçue comme un moyeu d’approfondir le sens d’un texte, la relecture, induisant une répétition parfois aveuglante, peut-elle aussi se confondre selon vous avec une perte de sens?

4. Relire de la poésie, un roman dont on a oublié l’intrigue, un essai où l’on veut vérifier un point théorique, un texte sacré relève de processus très différents. Pourriez-vous rapporter les différences que vous avez notées entre ces diverses expériences et spécifier le type de relecture que vous affectionnez en particulier en précisant pourquoi?

5. La pratique de la relecture chez un professeur de littérature, un comédien, un écrivain ou un éditeur relève de motivations très différentes. Pourriez-vous décrire votre expérience de la relecture dans le cadre spécifique de votre ou vos activités professionnelles?

6. Pourriez-vous comparer l’expérience de « relire un livre » à « revoir un tableau », « réécouter un disque » ou « revoir un film »?

7. Certains livres se prêteraient davantage à la relecture que d’autres. Avez-vous par exemple une pratique spécifique de relecture liée à la Recherche du temps perdu et, si oui, laquelle?

8. Relire est une pratique qui est souvent invoquée par rapport aux « classiques ». Si bien que relire empêcherait souvent de découvrir des nouveautés. En ce sens, diriez-vous que la relecture est un acte conservateur qui s’oppose à la lecture?

9. Le plaisir de relire se compose (au moins) de deux données qui se croisent : retrouver (ce qu’on connaît déjà) et découvrir (ce qui nous avait échappé). C’est aussi une double mise à l’épreuve du temps, du texte et de soi. Cherchez-vous, dans la relecture, le lecteur/la lectrice que vous étiez?

10. Peut-on « se » relire?

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Ville-Marie en deux temps

Montréal est une ruche, constamment bourdonnante et frénétique. Même si New York porte le titre de la ville qui ne dort jamais, Montréal ne ferme pas les deux yeux en même temps. J’ai aménagé dans le quartier Ville-Marie durant l’année de mes 21 ans et j’ai rapidement trouvé un emploi en plein cœur du centre-ville, au centre Eaton. Sans hésiter, j’ai quitté le nid familial, confortablement installé en banlieue, pour plonger tête première dans la vie citadine!

L’énergie de Ville-Marie ressemble, selon moi, à ce qui se vit dans les grandes villes comme New York ou Paris. Ce n’est pas un secret pour personne : il y a du trafic en tout temps et la foule est dense. Une symphonie de bruits en tout genre résonne dans les rues : klaxons, rires, bruits de pas, pleurs de bambins, sonneries quelconque… Les gens y sont pressés, entassés comme des sardines sur les trottoirs sales, leurs yeux et leurs oreilles rivés sur l’écran de leur cellulaire. La plus grande particularité, selon moi, c’est qu’on y entend un mélange étrange et presque poétique d’anglais et de français. Les deux langues semblent se livrer un combat permanent qui ressemble maintenant à une danse lascive. J’ai adoré travailler presque chaque jour dans cette fourmilière, reconnaître des visages et réaliser, au fil des mois, qu’une certaine routine a réussi à se tailler un chemin dans toute cette frénésie. Comme ailleurs, les gens se sont forgés des habitudes qu’ils répètent jour après jour.

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crédit photo: @little.becca

Avec le temps, j’ai fini par avoir une vision plus réaliste de ce qu’est la vie au centre-ville. J’ai réalisé que Ville-Marie s’étend au-delà de la rue St-Catherine et les environs de l’UQAM et j’ai pu découvrir une seconde fois ce quartier. Lorsque j’étais adolescente, j’allais traîner dans les rues du centre-ville pour faire du lèche-vitrine et imaginer la vie mondaine et chic que les habitants des environs devaient y vivre. Je les imaginais dans leur immense penthouse, avec une voiture conduite par un chauffeur privé et un garde-robe aussi grand que ma propre chambre. J’aimais cette vision, car pour moi, c’était comme être plongée dans un film ou une série télévisée en permanence. Montréal n’a rien à envier aux autres villes, je suis certaine qu’il y a (plus d’) une Carrie Bradshaw montréalaise quelque part! Une partie de moi continue d’être impressionnée par les gratte-ciels, les gens de tous les horizons, le tourbillon d’énergie qui déferle dans les rues, les odeurs de nourriture et de gaz d’échappement. J’ai eu la chance de vivre Montréal deux fois : avec mes rêves et mes lunettes roses d’adolescente, puis comme jeune adulte.

Montréal est une ville qui se réinvente avec les années et qui se vit autrement selon son âge, et c’est pour ça que même après 375 ans, c’est encore une ville à découvrir!

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Et si on avait un autre chien? Quand douceur et réflexion s’entremêlent…

Dans le coffret d’avril du Fil rouge, nous avons reçu le petit mot habituel de Marjorie et Martine: S’offrir un moment de tranquillité. Elles nous suggéraient de prendre le temps de contempler la beauté d’une oeuvre et de se laisser bercer par des phrases qui nous touchent. Je pense que le recueil entier de Jean-Paul Beaumier est construit de ces petits moments de tranquillité, de réflexion et de douceur.

Et si on avait un autre chien? est un recueil comprenant dix-neuf nouvelles, parcourant l’éventail des relations et émotions humaines. Jean-Paul Beaumier maîtrise l’art de la nouvelle efficace, l’art de la nouvelle douce; il l’a perfectionné par ses cinq recueils précédents. 

Le Créateur

Beaumier nous livre une parcelle de son quotidien créatif, par l’entremise d’un narrateur également écrivain. Tout est matière à création dans cet univers, et surtout, les relations interpersonnelles. On surprend le narrateur durant l’acte d’écrire, on découvre qu’il ne faut pas « craindre de retrancher tout ce qui est superflu, d’écrire au plus près de l’os ». Il explique ce qui fait une bonne nouvelle et effleure son processus créatif dans chacune d’entre elles. 

Chaque nouvelle apporte sa sensibilité, sa sincérité et sa justesse. Dès les deux premières nouvelles, j’étais conquise par sa plume. C’est pas juste donne le ton avec brio, tout comme Retourne jouer. La famille, les enfants, les animaux, la mort, les souvenirs: toutes ces thématiques s’entremêlent dans le recueil. Elles se succèdent, se complètent, s’alternent et se balancent: Beaumier a su livrer l’équilibre idéal.

Les mots se répètent en boucle dans la tête de Thomas. À chaque coup de pelle qu’il donne dans le sol durci, il se retient pour ne pas la frapper, lui crier que ce n’est pas vrai, pas vrai, sa mère ne va jamais mourir, personne ne va la mettre dans une boîte et l’enterrer dans une allée de garage. Retourne jouer, p.19

La langue est forte et permet de saisir chacun des personnages de l’auteur, tous finement représentatifs du rôle qui leur a été attribué.

Des scènes de la vie ordinaire, une incursion dans le quotidien où on assiste à l’existence humaine dans toute son honnêteté, sa justesse, avec ses travers, mais dans toute son humanité.

N’étant pas friande de nouvelles, celles-ci ont toutefois su me charmer avec les nombreux clins-d’œil entre elles et la présence apaisante et incontournable de l’animal de compagnie, ici nommé Utopie, qui ponctue le récit, se retrouvant subtilement dans chacune des nouvelles.

Y a-t-il des recueils de nouvelles qui ont su vous plaire de cette façon?

 


Merci aux Éditions Druide pour le service de presse.

Rien n’est trop beau pour les gens ordinaires; au coeur d’une guerre de HLM

Berthold vit chez sa mère. Pourtant, il approche la cinquantaine. Ensemble, ils vivent dans un HLM que le gouvernement tente de reprendre à ceux qui ont une chambre inoccupée. Situation dans laquelle notre protagoniste se retrouve lorsque sa mère, un peu sénile, meurt. Que faire s’il ne veut pas perdre son loyer- seul endroit ou il se sent chez lui après un divorce, la mort de sa fille et une lourde dépression- ? Trouver quelqu’un pour jouer le rôle de sa mère, bien sûr!

C’est  ainsi que débute le tout dernier roman de Marina Lewycka. Après Traders, Hippies  et Hamsters, que j’avais bien apprécié, j’étais bien curieuse de retrouver la plume de cette auteure et de voir dans quelle histoire rocambolesque elle allait m’emporter cette fois.

On se retrouve donc à suivre Berthold, fils à maman, comédien déchu, se remettant tant bien que mal d’une dépression, alors qu’il recrute la colocataire de chambre d’hôpital de sa mère, une vieille ukrainienne au tempérament bien trempé, pour jouer le rôle de sa mère, tentant de flouer les services sociaux. En parallèle, on suit aussi l’histoire de Violet, jeune femme d’origine Kénianne qui cherche à faire sa place dans une société financière où les valeurs d’entreprise semblent bien peu éthiques. Voisins, Berthol et Violet se croisent peu, juste assez pour que l’un développe un amour un peu pathétique pour l’autre, essayant tant bien que mal -et échouant- de  la charmer.

Tragi-comédie sociale 

Marina Lewycka a certainement un talent particulier et bien travaillé pour jouer ainsi entre absurdité,  comédie et critique sociale. Autant on trouve absurde la tentative de Berthold, autant on comprend pourquoi il agit de la sorte. On se retrouve face à un roman qui, sous ses allures de comédie, met en premier plan la misère de la classe ouvrière, de ceux qui n’ont d’autre choix que de se jouer du système pour survivre. Par l’entremise de Violet, Lewycka ne ménage pas non plus les grandes compagnies, prêtes à tout pour faire de l’argent facilement, sans se soucier des autres, des conséquences ou d’une quelconque éthique.

Que ce soit à travers les autres habitants des HLM avoisinants, ceux  qui semblent tous vouloir mettre la main sur le loyer en question, ou bien même cette vielle Inna qui semble cacher quelque chose derrière les motivations qui la pousse à embarquer dans ce plan rocambolesque, tout le monde essaie simplement de s’en sortir, de survivre. Parmi les moments drôles, les personnages hauts en couleurs et les évènements tout aussi colorés, on se trouve face à des moments plus difficiles, des moments qui nous ramènent bien vite sur terre et nous rappellent la réalité dans laquelle les personnages sont campés.

Deux parcours en opposition

D’un côté, nous avons Berthold qui passe par-dessus ses propres principes, enfreint les lois et ne voit d’autres options que celle-ci pour garder son loyer alors que, de l’autre, nous avons Violet qui fait tout en son pouvoir pour agir selon ses valeurs, qui quitte un emploi haut placé en finances car leurs actions – création de comptes dans des paradis fiscaux – vont à l’encontre de ses principes. En ce sens, on se trouve à découvrir, chapitre après chapitre, deux parcours en oppositions qui n’en finissent plus de s’éloigner. Alors que Berthold ne pense qu’à lui, qu’à son loyer et à sa carrière d’acteur qui ne fonctionne pas vraiment, Violet essaie d’empêcher la construction d’un complexe immobilier dans la cours du HLM, postule un emploi pour travailler dans un ONG venant en aide aux femmes du Kénya. Bref, ils ne pourraient pas être plus différents l’un de l’autre.

C’est ce qui rend encore plus intéressant la lecture de Rien n’est trop beau pour les gens ordinaires. Le fait de voir évoluer, dans des voies différentes, de manière simultanée, les deux protagonistes, offre un roman à la fois plus complet, plus humain et plus divertissant que s’il nous avait été donné de suivre seulement l’un ou l’autre des personnages. Tout comme dans Traders, Hippies et Hamsters, l’auteure capte mieux l’attention avec une ribambelle de personnages et une alternance entre les voix.

La formule Lewycka 

Marina Lewycka a certainement trouvé son créneau avec la tragi-comédie sociale, la multiplicité des voix et une touche d’Europe de l’est. Bien que je n’aie lu que deux de ses cinq romans, j’ai bien l’impression qu’elle applique cette formule à chacune de ses histoires. Elle-même d’origine Ukrénienne, on y retrouve toujours quelques clins d’oeil à son pays d’origine. Est-ce une mauvaise chose? Je ne crois pas, lorsqu’on aime, bien entendu.

Et justement, la formule Lewycka marche pour moi. Rien n’est trop beau pour les gens ordinaires est un roman simple et léger, sans pour autant être sans substance. Un divertissement intelligent qui fait rire et réfléchir à la fois. On s’attache aux personnages et à l’univers proposé par l’auteure. C’est comme écouter une bonne série, sans les 7 saisons qui permettent trop souvent à la série de se dégrader.

Quel est le dernier roman qui vous a donné cette impression ? 

 

L’épopée de la nostalgie

Être amoureuse des livres, c’est aussi voir s’accumuler les œuvres de tous genres dans sa bibliothèque. Si bien que lorsqu’on prend le temps de s’arrêter, nous réalisons que sur les dizaines, centaines de livres présents, le trois quart est relié à un souvenir quelconque, à une découverte, un travail d’école, ou même, à un cadeau.

Ce qui nous amène au quart… Ces livres cachés parmi tant d’autres, reçus en cadeau ou achetés sans le désir ardent d’une lecture immédiate, qui sont synonymes du fameux : << je le lirai plus tard >>. Mais prenons-nous vraiment le temps ? Si bien qu’un deux ans plus tard, on éprouve un certain malaise à l’idée d’être un traître, de l’exhiber ainsi sous nos yeux sans avoir réellement porté notre regard sur lui. 

Ainsi, je me suis donné le défi de lire ces livres. Peut être simpliste pour certains, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un grand défi pour moi, puisqu’entre les services de presse, les cadeaux de Noël et de fête, cette minorité se transforme tranquillement en majorité et me peine beaucoup. Car la littérature ne cesse de s’inventer, de nous épater avec des nouveautés intrigantes et pertinentes, mais il n’en demeure pas moins que derrière ces œuvres, il y en a des milliards qui n’attendent que d’être connus. 
Pour avoir l’esprit tranquille, pour faire de nouvelles découvertes, ou pour simplement faire de la place dans ma bibliothèque et être en paix avec chacun des livres, je me suis lancé le défi de m’attarder aux livres qui hantent ma bibliothèque.

Premier pas, l’œuvre De si jolies ruines, dernier roman du prolifique journaliste et auteur Jess Walter.

Valsant entre réalité et fiction, Jess Walter nous offre un roman chorale, où l’amour, peu importe l’âge ou la distance, n’a aucune limite et aucun continent infranchissable.

L’action prend principalement place en 1962, à Porto Vergogna en Italie. Pasquale, patron de l’unique hôtel du village, fait la rencontre d’une Américaine venue séjourner à l’hôtel pour se reposer, mais plus particulièrement pour traiter ses problèmes de santé. Cette actrice, dite << Dee Moray >>, aurait été mise à l’écart du tournage du très médiatisé film Cléopâtre. Rapidement pistée par son producteur et Richard Burton, l’actrice viendra marquer à tout jamais la vie du petit village, mais principalement celle de Pasquale.

Se divisant sur plus d’un demi-siècle, le récit trace cette histoire de liberté et d’attachement au fil des générations. Ainsi, le récit se transporte dans les années 70 et 80 pour finalement se terminer au moment présent, à Hollywood. Fresque du cinéma et de l’âge de la gloire d’Hollywood, De si jolies ruines est un roman charmant et intrigant.

S’évader pour se perdre

D’emblée, il faut l’admettre, il s’agit d’un roman léger. Dès les premières lignes, le ton est donné ; la nostalgie occupera la majeure partie du récit. Et malgré ses paysages à faire rêver et ses personnages attachants, le roman est parsemé de quelques embûches majeures qui alourdissent le récit.

À commencer par le choix d’inclure cinq histoires différentes, mais toutes reliées aux évènements de l’été 1962. Accordant beaucoup d’importance à certains détails qui ne sont pas récurrents, l’auteur alourdi le récit avec certains personnages et enlève ainsi l’accent sur l’histoire primordiale du récit, soit celle de Dee et Pasquale. Que ce soit l’histoire de l’assistante d’un producteur sur la dérive, ou le récit interminable de la conquête de l’Amérique, on a parfois l’impression que le tout rend le récit moins crédible et surtout, moins intéressant. En essayant d’élever le récit et d’amplifier les évènements, l’auteur s’est plutôt envenimé dans un certain style banal, à mi-chemin entre un feuilleton et une émission de retrouvailles. Il faut aussi avouer que la recherche de l’actrice dans les rues de Porto Vergogna nous laisse perplexe. On ressent une urgence, un désir agressif de retrouver cette étrangère. Le tout sur un ton très mélodramatique. Ainsi, on ne sait plus trop où donner de la tête. Ce qui est extrêmement dommage, car le canevas même de l’oeuvre est d’une grande beauté.

La nostalgie du décalage horaire

La rencontre entre Pasquale et Dee Moray est d’une pureté et d’une douceur. Et c’est d’ailleurs l’élément clé du roman. Ces deux personnages totalement à l’opposé et pourtant si curieux de l’un et de l’autre sont à la fois touchants et inspirants. Pasquale rêve de s’évader, de découvrir et de partager alors que Dee amène un côté plus rigide, une touche américaine avec un désir de réussite, de célébrité et d’amour. Ce sont deux personnages très différents qui ne portent aucun jugement sur l’autre et qui sont fascinés par les différentes manières de mener une vie. 
Bien que séparés trop tôt, on est heureux de retrouver ces deux personnages dans le présent, de voir leur évolution et de sentir la nostalgie émaner de leur personne.

Il faut aussi saluer la référence à l’Italie qui, à son tour, est merveilleuse. Occupant la majorité du roman, on nous trace un portrait franc du pays dans les années 60. Il ne faut pas le nier, le parallèle entre l’Amérique et les États-Unis de l’après-guerre est saisissant. Que ce soit la relation tumultueuse entre les deux pays, les paysages déracinés, les gens brisés par ce qu’ils ont vécu ou la montée du glamour, on nous offre un voyage complet et authentique. Le premier regard sur le Hollywood mythique qui persiste encore aujourd’hui est aussi intrigant. On est amusés et fascinés par cette ascension vers la beauté et la richesse. Les personnages, bien que trop nombreux, sont aussi saisissants. Oui Pasquale, Oui Dee, mais il ne faut pas oublier le portrait troublant de Richard Burton, mettant l’emphase sur sa consommation d’alcool. Un moment touchant, frappant et extrêmement sincère.

Bien qu’il repose principalement sur la nostalgie, De si jolies ruines reste un roman et best-seller simpliste et frais. C’est une belle lecture d’été qui nous donne l’envie imminente de partir pour l’Italie. Car on en ressort charmé par ce petit village qui tente si bien que mal de faire concurrence au Cinque Terre. On est aussi conquis par la légende de la ‘’mama’’ italienne, par cet amour d’été, mais principalement par la richesse du personnage principal, celui de Pasquale. 
Il s’agit d’un roman avec certaines faiblesses, certes, mais d’un charme irréfutable.

Au terme de ses 500 pages, j’ai eu le sentiment du devoir accompli. Car le temps de quelques jours, j’ai donné un second souffle à un livre qui n’avait même pas eu la chance de faire ses preuves. Peut-être que ce n’est pas une lecture qui changera une vie, mais je pourrai enfin porter mon regard sur lui avec la satisfaction de connaître ses secrets. Ce n’est certes pas le plus grand des défis, mais il me donne le sentiment d’être en paix avec ma bibliothèque.

Et vous ? Accumulez-vous aussi les lectures tardives?

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Entre confidence et humour: Les Intimistes

Les Intimistes

Les Intimistes est un collectif interculturel de comédiennes, de femmes talentueuses qui écrivent et jouent leurs propres textes (et parfois ceux des autres). Chaque mois, elles présentent un nouveau chapitre, nous offrant des bribes de leur intimité.

J’ai eu le plaisir d’assister aux troisième et quatrième chapitres.

Chapitre 3: Des femmes savantes

Je me suis rendue au studio de l’Inis avec Martine. En entrant, on nous a demandé d’écrire le pire emploi que nous avions occupé sur un bout de papier et de le mettre dans un chapeau, sans plus explications. Dans le corridor menant à la salle de spectacle, les actrices dégageaient une fébrilité festive.

Ce troisième chapitre avait une formule un peu différente des deux premiers, qui mettaient davantage de l’avant les textes intimes des comédiennes. Cette fois-ci, les femmes du collectif ont interprété un collage de textes de nouvelles tirées du recueil Des femmes savantes de Chloé Savoie-Bernard. Leur interprétation des textes était touchante. Elles incarnaient magnifiquement les mots crus et honnêtes de l’œuvre de Savoie-Bernard. Pas de décor, que de la sobriété mettant en valeur la singularité de chacune de ces femmes brillantes à leurs micros. J’ai été émue par cette prestation, ne voyant pas le temps passer, j’ai eu envie de les revoir, de les laisser m’émouvoir encore. Sous forme de liste, elles ont aussi mis une touche très personnelle, empreinte d’humour. Une des comédiennes, qui avait avoué avoir un selfie stick l’avait en sa possession et a su créer un moment cocasse en faisant une photo de groupe avec les spectateurs et spectatrices. À la fin du spectacle, elles ont fait la lecture de quelques uns des pires emplois des spectateurs et spectatrices; beaucoup de rires dans la salle, une belle façon de connecter avec le public.

Chapitre 4: Portrait de famille

Portrait de famille était présenté au Sporting Club. Cette fois-ci, les femmes ont livré des textes très personnels par rapport à leur vie familiale; les non-dits, les secrets, les absences, les rivalités et les souffrances. Deux exceptions: un extrait de Je ne tiens qu’à un fil mais c’est un très bon fil de Sylvie Laliberté et une adaptation de Miette –tirée de Cassures- de Karine Legeron.

Dès le début, l’émotion était palpable. Laurence A. Perrault nous a offert un premier texte douloureux et une performance poignante. Si l’émotion m’est restée coincée quelque part dans la gorge dans les premières minutes de la représentation, l’humour et l’autodérision des comédiennes ont rapidement créé un équilibre entre les yeux humides et les éclats de rires.

Exceptés une poupée en guise de nouveau-né et des vêtement de circonstances, les textes ont été présentés sans artifices. Les mots furent une fois de plus soufflés dans un décor (absence de) tout en sobriété, laissant toute la lumière sur leur force et leur résonance. L’ambiance très intime de l’étroit Sporting Club était tout à fait appropriée à la réception des confidences.

Prochain rendez-vous

Sous les thèmes de l’embarras et du malaise, le prochain spectacle, Chapitre 5 : Toutes ces choses que j’aimerais oublier, aura lieu au Sporting Club, le 30 juin à 19h.

Les onze cofondatrices du collectif :

Laurence A. Perrault, Tania Arana, Marjorie Armstrong, Sandrine Brodeur-Desrosiers, Jennifer Di Pietro, Audrey Lavigne, Sarah Kéita, Sandrine Quynh, Patricia Rivas, Vanessa Seiler, Sara Sue Vallée

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Photos: http://lesintimistes.weebly.com/eacutequipe.htm

 

Le fil rouge remercie Les Intimistes pour les invitations.

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La poésie de Kate Tempest: recevoir le chaos en plein cœur

Entre slam et poésie, politique et poétique, Kate Tempest nous ébranle, nous émeut, nous secoue, nous bouleverse. Elle crée une tempête d’émotions, en bref (pardonnez-moi le mauvais jeu de mots). C’est ce que j’ai découvert lorsque j’ai assisté à son spectacle en avril dernier. Un moment grandiose, alors que la foule se délectait de ses paroles, en symbiose avec elle. Pourtant, je ne savais alors rien de cette artiste, une amie m’ayant simplement fortement recommandé d’assister au concert. Pourtant, alors que je n’avais aucune attente, j’ai été hautement stupéfaite de l’expérience musicale et poétique que j’ai vécue: la sincérité et l’intensité du spectacle Let Them Eat Chaos m’est parvenue directement dans les tripes; un coup de foudre, un vrai!

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Kate Tempest lors du concert donné le 6 avril 2017, à La Sala Rossa. Crédit: montrealrocks.ca

Le spectacle, d’une très grande qualité, soit dit en passant, s’inscrivait dans la tournée de Tempest pour son dernier album Let Them Eat Chaos, qu’elle interprète d’un bout à l’autre, en reprenant à peine son souffle. Pas de rappel, pas de diversions : l’album complet, du début à la fin, comme une seule et même chanson. C’est que, comme je l’ai découvert après coup, il s’agit, en fait, d’un long poème mis en musique. C’est ainsi qu’en naviguant sur le web, curieuse d’en savoir plus sur cette artiste de laquelle j’étais tombée amoureuse, j’ai appris que Kate Tempest est une londonienne d’abord connue comme nouvelliste et dramaturge, et lauréate de nombreux prix pour ses œuvres (dont le prestigieux prix Ted Hughes pour Brand New Ancients). Les Inrocks la qualifie de la plus grande poétesse du XXIe siècle, alors que Libération la désigne comme une enfant prodige, sans oublier The Guardian, qui annonce que Tempest brise les frontières de ce qui compose la poésie aujourd’hui. Rien de moins.

Let Them Eat Chaos: puissante poésie politique

Atomised, thinking we’re engaged when we’re pacified/ Staring at the screen so we don’t have to see the planet die.

« Tunnel vision »

Avec Let Them Eat Chaos, elle signe un manifeste puissant sur la société d’aujourd’hui, où elle aborde la lutte des classes, les changements climatiques, la société de consommation, les fusillades… En bref, la politique: avec Europe is lost, qui lui a valu une grande attention médiatique et une bonne visibilité sur les médias sociaux après son passage à The Tonight Show with Jimmy Fallon, elle s’exprime ouvertement sur les attentats terroristes qui ponctuent le quotidien des européens. Impossible, dès lors, de demeurer indifférents à des paroles aussi engagées.

Massacres massacres massacres/new shoes
Ghettoised children murdered in broad daylight by those employed to protect them.
Live porn streamed to your pre-teens bedrooms.
Glass ceiling, no headroom. Half a generation live beneath the breadline.

« Europe is Lost »

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Un autre de ses recueils de poésie, Hold Your Own

Ce qui permet également de nous captiver, c’est la manière dont elle aborde ces divers sujets : tout au long de Let Them Eat Chaos, nous suivons l’histoire de sept personnages, qui permettent d’inscrire dans le quotidien des thèmes parfois lourds à traiter. Ces sept habitants du même quartier de Londres créent cette fiction qui donne l’occasion à Kate Tempest d’aborder ces sujets d’une grande importance. Sa plume, à coups de punch lines, révèle les grands maux de notre société à travers l’histoire de ces sept voisins. La fiction permet dès lors à Kate Tempest de dévoiler toute la force de sa poésie.

Life is much broader than borders
But who can afford to think over the walls of this fortress?
Of course, it’s important to provide roof and floorboards
For you and yours and be secure in your fortunes
But you’re more than the three or four you go to war for
You’re part of a people that need your support
And, who’s world is it if it belongs to these corporates?

« Don’t fall in »

Une performeuse de qui tomber amoureuse

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Son roman The Bricks That Built The Houses, tout aussi excellent


Évidemment, je n’aurais sans doute pas perçu ce poème de la même façon si je n’avais pas assisté à la performance de Tempest. Ce premier contact était unique, spécial et j’ai littéralement été bouleversée après cette soirée. J’ai eu l’impression qu’elle a tout donné au public devant elle, comme si elle essayait de changer le monde un concert à la fois. Elle affirme d’ailleurs, dans plusieurs entrevues, la nécessité pour elle de rejoindre, avec sa poésie, le plus grand nombre de gens possible. L’alliance de l’intime et du collectif est selon moi, la recette du succès de l’album, et de ses concerts, elle qui confie d’ailleurs aux Inrocks: « On n’a plus en commun que de choses qui nous séparent. Je veux que les gens se rappellent que chaque personne est digne d’intérêt et mérite notre attention. Et si tu crois le contraire, et bien regarde d’un peu plus près, tout le monde partage la même planète. Et c’est de ça dont parle l’album ». Si son intention est de nous conscientiser, elle réussit avec brio, en y mêlant le privé et le politique.

À la fois œuvre poétique et musicale, je perçois Let Them Eat Chaos, mais aussi toute la création de Kate Tempest comme quelque chose de viscéral, autant pour elle que pour nous. Ainsi, je vous encourage fortement non seulement à lire son travail d’écrivaine, de poétesse, de dramaturge et de nouvelliste (!), mais de vous imprégner de l’ambiance vibrante qui règne lors de ses performances en visionnant le spectacle pour Let Them Eat Chaos.

Et vous, à quand remonte votre dernier coup de cœur en poésie?

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Quand lire n’a pas d’âge

La littérature pour adolescents (Young adult litterature) a le vent dans les voiles. Avec plusieurs ouvrages du genre adaptés au grand écran, tel que Hunger Games, Divergence, le Labyrinthe, la Cinquième Vague, et Les 100, il n’y a pas que les adolescents qui s’intéressent à ces histoires. Voici trois auteurs destinés aux adolescents que j’ai lus récemment et qui, peu importe notre âge, méritent d’être découverts.

Promise, Conquise et Insoumise d’Ally Condie

Tout d’abord, j’ai lu la trilogie d’Ally Condie : Promise, Conquise et Insoumise. Dans un monde post-apocalyptique, les plus grands éléments de la vie sont contrôlés par l’État : avec qui chacun se mariera, quel métier ils pratiqueront et quand ils mourront. Une révolution fait rage dans les provinces lointaines, Cassia, Ky, Xander et leurs amis verront leur monde s’effondrer et devront bâtir leur nouvelle réalité. Le premier volume (Promise) est plutôt prometteur et amène de nouveaux concepts encore peu explorés pour le genre. Toutefois, le deuxième et troisième tome deviennent de plus en plus confus et j’ai fini par perdre intérêt. Le dénouement est prévisible et les personnages manquent, selon moi, de profondeur. Ce qui m’a particulièrement agacée, c’est la place beaucoup trop importante de la romance. Je sais que les adolescents sont souvent bouleversés par leur premier amour, mais de-là à en faire une révolution entraînant la chute du régime politique et causant des milliers de morts? Et une fois au cœur de la bataille, la survie même semble passer en second plan, on ne pense qu’à retrouver celui ou celle que l’on aime… bref, un point de moins pour le manque de réalisme, selon moi. Comme tous les goûts sont dans la nature, je vous recommande tout de même de laisser la chance au coureur! Pour le moment, aucun projet d’adaptation n’est prévu, c’est pour cela qu’on le connait peut-être moins…

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Uglies, Pretties, etc. de Scott Westerfeld

Ensuite, j’ai lu les ouvrages de Scott Westerfeld: Uglies, Pretties, Specials, Extras et Secrets. Je les avais déjà lus, plus jeune. En fait, il s’agit de la première suite de romans que j’ai lue! Et oui, même avant Harry Potter! J’ai été fascinée par cet univers gorgé de secrets et d’intrigue. Les personnages sont attachants et réalistes et j’ai particulièrement aimé l’histoire. Toujours dans un monde futuriste, chaque jeune âgé de 16 ans subit une opération le rendant physiquement parfait. Ainsi, la jalousie, la rivalité et les problèmes d’estime disparaissent. Tout le monde est en quelque sorte égal. Certains refusent et l’équilibre du monde est menacé. J’avais entendu des rumeurs d’adaptation au grand écran, mais elles semblent s’être avérées fausses avec le temps. Dommage, car même après toutes ces années, ça reste l’une de mes séries préférées!

La Cinquième Vague, de Rick Yancey

Pour terminer, j’ai plongé dans la série de Rick Yancey : la Cinquième Vague. Après que la Terre ait subi quatre vagues de catastrophes mondiales, passant par les tsunamis, les tremblements de terre, les coupures de courant et une pandémie mortelle, que reste-t-il? Pas grand-chose, à part la peur. Cassie, 16 ans, doit se battre contre monts et marrées pour retrouver Sammy, son frère cadet. Sa quête lui fera rencontrer toute sorte de gens et changera sa vision du monde. Le narrateur change selon les chapitres et c’est parfois mal indiqué, il m’arrivait de me perdre dans les personnages et lire en ayant le mauvais personnage en tête! Toutefois, l’histoire est originale et bien rythmée. On est loin d’une utopie cachant une réalité moins jolie. Au contraire, le monde est sale, dur, sauvage et cruel et c’est ce qui m’a plu, ça fait changement des autres romans du même genre. Encore une fois, il y a de la romance parfois tirée par les cheveux et incroyablement rose bonbon, mais ça va. Adapté au cinéma en 2016, je vous recommande de lire les romans avant pour mieux comprendre les personnages et connaître plus rapidement la fin de l’histoire, puisque la suite au film n’a pas encore été tournée.

Et vous, quelles sont vos séries de romans pour ados préférées?

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La première femme nue, ou la floraison de la beauté

Avec sa délicate illustration de couverture, son titre énigmatique et ses 1187 pages, La première femme nue de Christophe Bouquerel a de quoi fasciner. Au premier coup d’œil, on ne sait pas forcément à quoi s’attendre, mais l’ensemble paraît exhaler un parfum d’exotisme, d’érotisme et de mystère… trois qualificatifs qui, je crois, résument bien le récit colossal qui attend le lecteur.

L’histoire nous transporte en Grèce antique (IVe siècle av. J.-C.), où nous suivons les traces de Phrynê, une adolescente née à Thespies. Suite à l’invasion de sa cité, elle est réduite en esclavage dans un sordide bordel d’Athènes. C’est là, à tout juste seize ans, qu’elle fait la connaissance de Praxitélês, un jeune sculpteur ambitieux qui voit en elle quelque chose qui l’intrigue. Effrontée et audacieuse, Phrynê deviendra l’hétaïre – la courtisane – la plus scandaleuse d’Athènes, tandis que Praxitélês, lui, évoluera jusqu’à devenir le plus grand artiste de son époque.

Inspirée de la légende de ces deux personnages historiques ayant marqué leur univers, cette fresque romanesque et grandiose nous entraîne dans les banquets les plus excessifs jusqu’aux champs de bataille les plus sanglants, dans des cérémonies religieuses empreintes de mystère jusqu’aux tréfonds même de l’Orient. Impossible de ne pas se laisser transporter par l’écriture de Bouquerel; malgré quelques longueurs (quasi inévitables, vu la taille de la bête), le récit sait nous captiver et nous faire voyager. Dépaysement assuré!

Au fil des pages, nous apprenons à découvrir qui est la véritable Phrynê comme elle se découvre elle-même, à travers ses épreuves, ses souvenirs refoulés et ses idéaux philosophiques sans cesse en évolution. Là réside, selon moi, l’un des points forts du roman : le personnage semble plus vrai que nature, car nous suivons son parcours de l’adolescence (et parfois même de l’enfance, dans les souvenirs évoqués) jusqu’à la mort. Nous sommes témoins de ses déconvenues et de sa détresse, puis nous voyons éclore sa détermination nouvelle, son désir d’aller toujours de l’avant et de faire changer les règles sociales établies. Nous la voyons se questionner sur la vie, la mort, la maternité, la foi, la philosophie et une multitude d’autres sujets existentiels qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’alourdissent pas trop le récit. Au contraire, ces réflexions viennent lui apporter une profondeur et une richesse qui, mêlés à l’histoire palpitante et aux péripéties de l’héroïne, font de ce roman une œuvre à découvrir.

Véritable portrait d’une femme de caractère, passionnée et désireuse de se forger une place de choix dans une société qui souhaiterait la réduire à néant, La première femme nue est un magnifique roman initiatique, dont la lecture constitue une expérience hors du commun. Et vous, les personnages forts et subversifs vous inspirent-ils, lors de vos lectures?

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La première femme nue, Christophe Bouquerel

Éditions Actes Sud

1187 pages

ISBN : 9782330050863

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Catel & Bocquet : redécouvrir Olympe de Gouges & Joséphine Baker en romans graphiques

En novembre dernier, j’ai découvert sur Instagram que le duo Catel & Bocquet, bédéistes, avait créé des briques de romans graphiques (!) au sujet de femmes ayant marqué l’histoire. Ma curiosité avait été piquée. Or, le prix de chacun des romans graphiques (50 $) m’avait un peu rebutée, je me suis donc mise sur une liste d’attente à la bibliothèque et ce n’est que ce printemps que j’ai eu la chance de me plonger dans deux des trois œuvres réalisées par le duo : Olympe de Gouges et Joséphine Baker.

Publiés chez Casterman, ces deux romans graphiques m’ont permis de connaître davantage deux femmes exceptionnelles de l’histoire. J’avais pris un peu plus connaissance du destin complètement inspirant de ces deux femmes dans Culottées 1 et 2 de Pénélope Bagieu, mais c’est vraiment en lisant ces deux romans graphiques que j’ai découvert leur vie et leurs histoires. Ce sont deux femmes libres, avant-gardistes et profondément habitées de convictions de justice qui m’ont vraiment impressionnée et je resterai longuement marquée par ces lectures. Ces deux femmes se rejoignent dans leurs forces d’agir hors norme. Elles croient plus qu’à tout en leurs idéaux et valeurs, elles ont aussi élevé leurs voix contre le racisme tout comme elles étaient féministes, et ce, malgré les nombreuses années qui les séparaient.

Ce sont deux femmes que je n’ai malheureusement pas croisées dans mes cours d’histoire, mais que j’aurais aimé découvrir à l’école. Je me propose donc pour vous les faire connaître un peu aujourd’hui, en espérant que cela vous donne envie d’en apprendre encore davantage sur ces destins et ces femmes pleines de détermination.

Olympe de Gouge, pionnière du féminisme français

Née en 1748, Marie Gouze, de son nom de naissance, est l’auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Je me souviens avoir lu ce texte lors de mon cours d’introduction à la pensée féministe et avoir été marquée par l’année de publication de ce texte, 1791. C’était il y a tellement longtemps et pourtant ça me semble si actuel, si intemporel que de signaler encore et toujours l’importance de l’égalité entre les femmes et les hommes. Ce plaidoyer démontre tout le courage et la détermination dont faisait preuve Olympe de Gouge. C’était une femme libre, fortement audacieuse et qui n’avait pas peur d’élever sa voix dans une société où les femmes gardaient le silence. Sa vie se termine de façon complètement tragique, car elle a été exécutée à l’âge de 45 ans. Cette pionnière du féminisme français est une femme à découvrir sans aucun doute. Quoiqu’au départ, j’ai trouvé le roman graphique un peu mélangeant temporellement, car on sautait rapidement d’année en année, j’ai beaucoup apprécié cette lecture qui m’a permis de mieux découvrir la vie privée de cet incontournable du féminisme.

Joséphine Baker

Du côté de Joséphine Baker (1906-1975), on y raconte comment elle est devenue la première femme noire au succès international. Effectivement, cette danseuse venant de Missouri sera sélectionnée pour aller en France, danser sur les planches. Elle deviendra rapidement une star et le coup de cœur des Parisiens. Picasso, Cocteau et Simenon seront d’ailleurs fascinés par elle. En découvrant ce roman graphique, on comprend toutefois, qu’elle était bien plus qu’une artiste et qu’une femme de grand talent.

Elle s’est d’ailleurs engagée pendant la résistance de la Deuxième Guerre pour lutter contre la ségrégation raciale aux États-Unis où elle était loin d’être aussi bien traitée qu’en Europe. Elle retourne par moment dans son pays et se voit restreindre à utiliser des portes cachées pour entrer dans les hôtels ou les théâtres dans lesquels elle joue. Son art comme son engagement ne sera pas reconnu à sa juste valeur en Amérique où elle restera seulement une danseuse ordinaire. En 1963, elle participera au discours marquant de Martin Luther King (I have a dream) et son discours ne sera pas reconnu, et ce, malgré tous ses efforts et son courage contre la ségrégation raciale autour du monde.

Vous savez, mes amis, que je ne mens pas quand je vous raconte que je suis entrée dans les palaces de rois et de reines, dans les maisons de présidents. Et bien plus encore. Mais je ne pouvais pas entrer dans un hôtel en Amérique et boire une tasse de café. Et cela m’a rendue furieuse.

La tribu arc-en-ciel

Il s’agissait d’une femme pour qui la diversité était une force, un atout. Voilà pourquoi elle a adopté 12 enfants de nationalités différentes qu’elle a surnommées la tribu arc-en-ciel. Elle aimait aussi être entourée d’animaux et a fait de sa maison un refuge pour ses enfants, ses animaux et elle-même.

Joséphine Baker, c’est un nom que j’ai souvent entendu sans réellement en savoir plus, autre qu’elle était une danseuse exceptionnelle. Or, il y a plus, c’était une femme incroyablement fonceuse qui s’est tenue debout toute sa vie pour se faire respecter en tant que femme noire dans une société qui était fondamentalement raciste.

Et les illustrations?

En ce qui concerne les illustrations des romans graphiques, elles sont toujours en noir et blanc. Les auteurs, Catel Muller et José-Louis Bocquet, ont mis plus de trois années à créer une œuvre et je n’ai aucun mal à le croire. Il y a non seulement beaucoup de travail dans ces ouvrages de plus de 500 pages, mais aussi de la recherche. Les vies des deux femmes sont étudiées attentivement de l’enfance à la mort. De plus, chaque roman graphique contient de nombreuses pages en fin de bandes dessinées expliquant chaque année la vie d’Olympe de Gouge comme de Joséphine Baker de façon plus précise. Il y a aussi de nombreuses pages concernant les gens les entourant qui parcourent les œuvres.

En terminant, il y a un troisième titre au duo, il s’agit de Kiki de Montparnasse. Je vais certainement m’y pencher, car j’ai aimé en apprendre plus sur ces noms de femmes que j’entends parfois, sans réellement les connaître.

Et vous, avez-vous déjà eu la chance de lire une œuvre du duo Cartel & Bocquet? Avez-vous une suggestion pour moi d’œuvres racontant la vie exceptionnelle d’une femme?