All posts tagged: féminisme

Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent : Un projet culotté

Durant les vacances de Noël, je m’étais réservé à lire Les culottées de Pénélope Bagieu. J’attendais ce livre depuis vraiment longtemps et je n’ai fort heureusement pas été déçue. Des portraits de femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, ça m’attire beaucoup. Pénélope Bagieu est une bédéiste française que j’adore. J’aime sa personnalité, sa façon de parler de littérature, et pour être tout à fait honnête, elle est une des figures qui m’a donné envie, à mon tour, de faire de la critique littéraire (et de créer Le Fil rouge) de façon accessible et légère. Vous pouvez l’entendre sur le site Madmoizelle où elle fait des chroniques BD. Quant à son art, il est aussi rafraichissant, drôle et engagé. Laurence avait d’ailleurs fait un article au sujet de son oeuvre, juste ici. Avec Les culottées, Bagieu se lance dans une de ses oeuvres les plus engagées et féministes. Elle se donne le défi de nous faire découvrir des femmes exceptionnelles, trop souvent absentes de nos cours d’histoire. Elle nous raconte la vie de 15 femmes qui n’ont …

Virginie Despentes et la catharsis littéraire

Récemment, j’ai lu presque d’un seul coup toute la bibliographie de Virginie Despentes, sans aucun doute mon écrivaine française préférée. En lisant Baise-Moi, Apocalypse bébé, les tomes de Vernon Subutex, Les Jolies Choses, King Kong Théorie, je me sentais littéralement exaltée, submergée par un sentiment puissant et libérateur. C’était un véritable sentiment cathartique. Cathar-quoi? La catharsis, selon le Petit Robert, est une « réaction de libération ou de liquidation d’affects longtemps refoulés dans le subconscient ». Chez les Grecs anciens, la catharsis était le plus souvent véhiculée par le théâtre : les spectateurs se purgeaient de leurs pulsions en voyant les héros tragiques, Œdipe, Antigone, Électre et compagnie, se perdre eux-mêmes dans la libération de leurs affects. À voir les héros tragiques suivre jusqu’au bout leurs passions les plus inavouables et, par le fait même, connaître une fin terrible, les spectateurs n’avaient plus besoin de vivre eux-mêmes ces ardeurs. Ils n’avaient pas besoin de défier l’autorité du roi, de sombrer dans la folie meurtrière — les personnages l’avaient fait à leur place et avaient payé le prix fort …

Construction de la féminité

Un des livres qui m’a le plus marquée au courant de l’année 2016 est sans aucun doute La femme gelée, par Annie Ernaux. Pour moi, l’autrice trouvait chaque fois les mots justes pour construire des phrases percutantes qui venaient ébranler mes certitudes et en même temps me donner l’impression d’être éminemment comprise. Ma relation avec Annie Ernaux n’a pas toujours été aussi simple. La première fois que j’ai lu un de ses livres, j’étais au cégep et je n’ai pas du tout aimé. L’écriture épurée de l’autrice, presque dénuée d’émotion, m’avais semblé froide, voire impénétrable. La jeune fille de 19 ans que j’étais à l’époque avait été incapable de se reconnaître à travers le récit ou même d’éprouver de l’empathie. Tout aurait pu finir là, une rencontre littéraire ratée, puis plus rien. Mais une de mes proches amies adore cette autrice et m’a encouragée (lire tordu un peu le bras) pour que je lise d’autres récits d’Ernaux. Elle m’a expliqué qu’Annie Ernaux faisait de l’auto-socio-biographie, d’où l’impression de distance, puisqu’elle se pose toujours comme témoin et …

De l’effet pénible de la répétition: « Une femme à Berlin » de Marta Hillers… et Brigitte Haentjens

C’est la fin de la Deuxième guerre mondiale, à Berlin, en 1945. La guerre est remportée par les Alliés. Les Soviétiques ont la tâche, alors, de libérer Berlin de la dictature nazie. La ville est envahie par les soldats de Staline et le corps féminin est lui aussi un territoire à occuper. Les femmes doivent dès lors inventer leur résistance, et pour éviter le pire, elles choisissent de « coucher pour manger ». C’est ce que raconte le texte de Marta Hillers, Une femme à Berlin. Ce qui se passe dans la cave où elles se réfugiaient. Dans leur monde, les viols sont répétés, routiniers, habituels. Lors de la publication du texte, l’auteure est anonyme. Il faut repenser à l’Allemagne post-nazie : le peuple traumatisé tait toute l’ampleur des crimes commis, se cache derrière la honte, refoule toute la douleur des conséquences de cette guerre. Ce n’est qu’à sa mort, en 2001, que l’identité de Marta Hillers est révélée, celle qui a écrit cette « autre » guerre, celle des femmes. Les femmes ayant vécu ces atrocités peuvent désormais cesser de …

GUÉDAILLES : ce zine féministe tellement nécessaire

Chaque mois, je salis tout ce qui touche à ma vulve. Mes bobettes blanches, vertes, roses sont tachées de rouge, comme si je les avais embrassées avec la plus grande passion. – Les Panthères rouges, GUÉDAILLES, p. 8. En célébrant le corps féminin et en détabouisant ses fluides, le premier fanzine du collectif subversif non mixte Les Panthères rouges, sauvagement intitulé GUÉDAILLES, nous offre une belle raison de faire gicler notre rage sur le patriarcat d’une voix forte et solidaire. D’une quarantaine de pages, ce zine réunit les voix et les images d’une quinzaine d’artistes désireuses d’essuyer du revers de leurs griffes les litres de male tears qui ne cessent de couler sur nous toutes. Dans le cadre d’une courte entrevue virtuelle, les Panthères – trio composé de Catherine Dupuis, Kim Venn et Stéphanie Roussel – expliquent que l’élément déclencheur derrière la création de leur collectif fut l’Ostie de grosse soirée de poésie subversive organisée par la revue littéraire Main Blanche dans le cadre de la grève de 2015. Mais depuis, pourquoi ce nom les Panthères rouges? S : …

Je suis féministe : un collectif nécessaire

Le blogue Je suis féministe fait partie de mes favoris depuis plusieurs années. C’est grâce à leurs articles que j’ai réfléchi à des tonnes de sujets, que j’ai remis en question mes croyances et que je suis fière de me dire féministe aujourd’hui. Mes cours de philosophie au cégep et de littérature m’ont aussi donné envie de lire davantage sur le sujet, mais c’est par le blogue Je suis féministe que j’ai trouvé ma place sur le web. Or, en 2008, lorsque le blogue a été créé, c’était ça leur désir, prendre la place qui leur revenait, aux jeunes féministes qui ne se sentaient pas impliquées dans les médias québécois : Nous sommes des jeunes féministes dans la vingtaine et la trentaine. Nous sommes absentes des médias. On ne parle du féminisme qu’en montrant des femmes de l’âge de nos mères qui ont accompli de grandes choses et livré de grands combats. Mais nos combats à nous, qui en parle? On y parle aussi en introduction de la grande noirceur du féminisme québécois, ces deux …

Lire Lolita à Téhéran : ode à la littérature sur fond de guerre

En traduisant la liste de Rory, ce titre m’a interpellée. J’ai tout de suite eu envie de le lire. Aimant les livres qui parlent de littérature et d’histoire — sans pour autant être un roman historique — j’ai rapidement su que ce livre allait me plaire. En plus, on y raconte l’histoire d’une femme forte, un récit autobiographique; manifestement, ça augurait bien pour moi. Je l’ai lu, par bribes, en y revenant toujours. C’est le type de roman qu’on peut déposer sur sa table de chevet, le temps d’en lire un autre, et y revenir sans y avoir perdu ni le fil, ni le goût. Après avoir dû démissionner de l’Université de Téhéran sous la pression des autorités iraniennes, Azar Nafisi a réuni chez elle clandestinement pendant près de deux ans, sept de ses étudiantes pour découvrir de grandes œuvres de la littérature occidentale. Certaines de ces jeunes filles étaient issues de familles conservatrices et religieuses, d’autres venaient de milieux progressistes et laïcs; plusieurs avaient même fait de la prison. Cette expérience unique leur a permis …

Le temps des fleurs et des femmes


La curiosité est un vilain défaut à bien des égards. 
Qui n’a pas déjà mis sa main sur le four alors que tout le monde vous l’avait strictement défendu ? Bien qu’on nous enseigne rapidement ce qu’il faut ou ne faut pas faire, l’interdit reste la plus terrible sensation. 

L’appel du mal nous fascine, parce qu’il est l’acte d’un être humain, notre égal. C’est un miroir qu’on ne veut pas observer, de peur de s’y attarder trop longtemps et de s’y perdre. L’horreur, c’est la théorie du 50/50. Car en chaque être humain, il y a une moitié de bon, et une moitié de mal. Si nous tendons généralement vers la lumière, certains n’y retrouvent aucun confort. 
Qu’est-ce qui déclenche cette animosité ? Cet appel du chaos ? Qui peut commettre de tels actes ? Quand le fissure apparaît, quelle marque peut-elle laisser sur nos proches et sur les générations à venir ? C’est ce qui fait du roman The Girls un récit aussi fascinant. 
Pourquoi sommes-nous appelés par le mal ? Quel est son pouvoir de persuasion sur nous ? Mais …

Le féminisme canadien, de A à Z

Abécédaire du féminisme était, à la base, une chronique radiophonique à Plus on est de fous, plus on lit! sur la première chaîne. Ce n’est que trois ans après le début des chroniques qu’a été mis sur pied ce livre, publié aux éditions Somme toute. Au tout début, j’ai trouvé curieux le choix de ne pas mettre de « L » apostrophe. Ça me semblait plus beau, ne serait-ce que pour une question de liaison. Par contre, j’ai vite compris pourquoi. Il n’y a clairement pas que 26 mots et noms qui s’attardent au féminisme, il n’y a pas que 26 choix. Cet abécédaire n’est donc pas L’abécédaire, seul de sa gang, mais bien un parmi d’autres, et c’est bien mieux ainsi. On y parcourt donc l’alphabet, à travers 221 pages. On y retrouve des textes écrits par la recherchiste de Plus on est de fous, plus on lit!, Noémie Désilets-Courteau, ainsi que l’intervention, sous forme de citations, de plusieurs figures publiques telles que Aurélie Lanctôt, Mélissa Verreault, Judith Lussier, Martine Delvaux, Louise Dupré et plusieurs autres. …

Voici le magazine de mode qu’il vous faut lire

En faisant les courses au supermarché à Paris, en passant devant l’étal à journaux bien garni, un magazine rose bonbon m’a tapée dans l’œil. Il annonçait fièrement : « Paulette, le féminin 100 % participatif ». Intriguée, j’en ai feuilleté les pages. Devinez quoi, je suis repartie avec la revue sous le bras. Paulette est un magazine féministe entièrement indépendant conçu par des Françaises et pour les Françaises (d’adoption dans mon cas). Paulette est un projet multi-plateforme : un magazine bimestriel, un site Internet communautaire, une agence de communication 2.0. Sur le site de Paulette, vous créez un compte personnel et vous pouvez relayer des articles, participer à des discussions, suggérer du contenu. C’est une grande communauté virtuelle de filles qui s’entraident, s’informent, se soutiennent. Le magazine est un peu le fruit matériel d’une série de réflexions virtuelles. Pourquoi parler d’un magazine de mode sur un blogue littéraire? Parce que lire Paulette m’a pris au moins 5 ou 6 trajets de métro à travers la Ville Lumière. Les articles sont riches, touffus, intéressants. Les auteures touchent à la mode, à la musique, …