All posts tagged: féminisme

Jane Eyre, Les Hauts du Hurlevent et La Recluse de Wildfell Hall : les bris de conventions des soeurs Brontë

On m’a souvent demandé de dresser de petites listes exhaustives de mes œuvres littéraires préférées (n’est-ce pas la pire tâche à accomplir pour tout bibliophile de ce monde?). Si la réalisation de ces petits « tops 5 » ou « tops 10 » s’avère complexe devant l’immensité des romans lus et aimés, les œuvres des sœurs Brontë (Charlotte, Emily et Anne) arrivent, en revanche, toujours en tête de liste. Bercée depuis fort longtemps par leurs univers, j’avais hâte de vous partager les multiples raisons (qui pourraient s’allonger bien au-delà d’une page en entier, il va sans dire!) rendant compte de mon admiration à leurs égards. Laissant derrière elles un héritage littéraire hors du commun, les sœurs Brontë fascinent et marquent l’imaginaire, que ce soit pour l’originalité, l’avant-gardisme (les aventures et la personnalité de leurs protagonistes viendront chambouler les mœurs de l’époque victorienne), la richesse et la complexité de leurs œuvres respectives. Voici donc un résumé de mon appréciation générale sur leurs trois ouvrages principaux! Les Hauts du Hurlevent (Emily Brontë)  Tragédie et amour impossible sont au rendez-vous au sein …

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Men explain things to me : au-delà du mansplaining

Ce recueil d’essais de Rebecca Solnit était dans ma liste de livres à lire depuis bien longtemps. C’est en découvrant l’auteure et ses autres œuvres, à travers le compte instagram Her pickings, que je me le suis finalement procuré. Il faut dire que toute l’actualité autour du terme mansplaining (1) , popularisé par l’essai de Solnit, a aussi pesé dans la balance. Alors que je croyais me retrouver devant une série de textes personnels racontant des anecdotes mettant en scène des hommes qui remettaient en question les compétences de Solnit parce qu’elle est une femme, c’est devant un tout autre type de texte que je me suis retrouvée et, à tout dire, c’est bien mieux ainsi. Un titre « click bait »  Men explain things to me, un titre qui fait jaser, qui fait vendre, mais qui, à mon avis, reflète peu le contenu du livre, passé le premier texte. En fait, il aurait aussi bien pu s’appeler Rebecca explains feminism to you . Dans  chaque essai, l’auteure aborde de manière très politique et publique des thèmes tels que la violence faite …

L’Art de la joie : Quand l’art emprunte son thème à la littérature

Du 17 février au 14 mai se déroule à Québec Manif d’art 8 — La biennale de Québec. Le thème de l’événement, L’Art de la joie, est emprunté au roman de l’auteure italienne Goliarda Sapienza qui porte ce titre. Amatrice d’art à mes heures, j’ai décidé de profiter de l’occasion pour lire ce roman que je m’étais procuré à vil prix dans une librairie usagée, mais que je n’avais pas encore lu, manquant de courage pour attaquer les 800 pages. L’idée de combiner art et littérature m’a donné la motivation nécessaire pour entamer la lecture de ce roman majeur de la littérature italienne publié en 1998 pour la toute première fois. L’Art de la joie, c’est l’histoire de Modesta née en 1900 dans un petit village de la Sicile en Italie. Au début du roman, elle est une jeune fille et elle vit dans la pauvreté avec sa mère et sa sœur trisomique. Son père est inconnu. Puis, une tragédie survient et elle devient orpheline. Elle est recueillie dans un couvent par des religieuses. Alors destinée à …

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Le second magazine papier des Filles Missiles : #pouvoirmagique.

10 février 2017. Lancement du deuxième magazine papier des Filles Missiles au Quai des brumes. Il est possible de voir certaines auteures au bar, devant le stand de vente, éparpillées un peu partout… Les femmes ne sont pas discrètes, elles prennent toute la place. Puis des sifflements, des cris, des gorges qui se déploient : une performance. Le thème de ce second magazine est MAGIE. Après les lectures, la soirée s’étire encore un peu, les gens se donnent des câlins, les esprits un peu plus embrumés que tantôt s’entremêlent et c’est dans le métro, direction Honoré-Beaugrand, que je commence ma lecture. (En pensant encore au one-piece rose vraiment #goal de Marie Darsigny) Malgré sa sombre couverture, l’intérieur du magazine déborde de couleurs. On dirait presque que des paillettes se déposent sur nos doigts en tournant les pages. Les illustrations sont signées par Véronique Lévesque-Pelletier, Camille Monette-Dubeau, Sophie Latouche (qui a aussi fait la couverture), Charline Bataille et Geneviève Lovestruck. Dans ces images, il est question du quotidien, de douceur, d’enjeux féministes (obviously), de rage et de …

Littéraires, Les Simone ?

C’est avec impatience que j’ai attendu l’arrivée sur les ondes de la série Les Simone. J’ai toujours aimé les univers féminins pluriels. Voir les différents personnages de femmes emmêler leurs vies : je ne m’en lasse pas. En plus, une série avec un titre qui évoque Simone de Beauvoir : j’avais des attentes. Et puisque je cherche la littérature un peu partout, je l’ai cherchée dans la série. Bien que je n’aie pas l’impression que l’aspect littéraire structure l’émission, il alimente certainement ces quatre Simone qui se remettent en question et se réinventent constamment. Maxim En lisant le livre autobiographique Mémoire d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir et en regardant Les Simone, une réflexion commune s’impose: quels choix s’offrent à une femme qui désire faire autrement ?  La jeune Simone, tout comme Maxim, aspire à autre chose qu’une vie rangée avec un mari et une maison. Pour de Beauvoir, c’est une vie riche du point de vue intellectuel qui prime, elle veut se dédier entièrement à écrire. Du côté de Maxim, c’est la curiosité qui la pousse …

Dée de Michael Delisle : l’envers du décor de la banlieue américaine

Ai-je manqué le mémo? Est-ce que tous mes professeurs de littérature québécoise ont comploté contre moi pour omettre volontairement de leur corpus l’auteur Michael Delisle? On dirait bien! Je viens de découvrir cet auteur (dont Laurence L. vous a parlé ici), poète lauréat du prix Émile-Nelligan en 1987, romancier émérite depuis le début des années 2000, et je suis subjuguée. Je vous parle aujourd’hui du court roman Dée, publié en 2002, roman magistral grâce, entre autres, à son laconisme particulièrement efficace. Longueuil dans les années 1950. Entre la campagne et la grande ville, on commence à goudronner les rues, à installer l’eau courante dans les maisons. C’était il n’y a pas si longtemps, pourtant l’histoire d’Andrée Provost prend place dans une maison digne des Filles de Caleb, une maison bancale, affligée par des armées de mouches et par des odeurs de porcherie. Dée a treize ans, mais elle a déjà les dents complètement cariées, connaît une sexualité précoce troublante, est destinée à travailler à l’usine dès l’âge de 15 ans. Avant même de réellement commencer, la vie …

Autour des livres : rencontre avec Le bal des absentes

Julie Boulanger et Amélie Paquet, deux professeures de Cégep, veulent mettre en avant, par le biais de leur blogue, Le bal des absentes, le travail d’écrivaines trop souvent oubliées et délaissées par les plans de cours. Elles proposent « de découvrir et de commenter différents titres d’auteures d’ici et d’ailleurs » (La Mèche). Elles tentent de démontrer comment elles s’y prennent en classe pour étudier ces œuvres, et ainsi inspirer leurs collègues à oser enseigner ces textes. Elles viennent d’écrire un essai, qui regroupe plusieurs textes du blogue, sur ces questions. Il paraîtra en mars chez La Mèche. Elles ont gentiment accepté de répondre à notre questionnaire « Autour des livres ». Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture? Julie : La première image qui me vient en tête est un peu floue, mais son impression est vive. Je suis toute petite, dans notre appartement à Laval, sur les genoux de ma mère qui me lit un livre. Je ne me rappelle pas ce qu’elle me lisait, mais c’est pour moi un des plus grands …

Poèmes, illustrations et sensibilités féminines

ÉES, c’est une auteure et douze illustratrices, qui ont mis en commun leur travail.  Les créatrices ont été invitées à illustrer de courts textes poétiques rédigés par une auteure, Garance Philippe, afin de produire un écho de mots en images. Je suis tombée sur ces quelques lignes sur Facebook, à la mi-janvier. Il ne m’en fallait pas plus pour me convaincre d’aller faire un tour au vernissage de l’exposition mettant en avant le projet, en ce premier jeudi du mois de février. Une soirée un peu frisquette mais rien pour décourager d’aller s’imprégner de poésie et belles illustrations. J’adore quand on mélange les arts. J’ai du mal à concevoir la création comme un silo fermé. Je me rappelle qu’à l’université j’adorais les cours de littérature comparée. Je trouvais que cela était plus complet. Par exemple, on pouvait y étudier comment la littérature et le cinéma avaient une influence l’un sur l’autre. On sortait du livre en lui-même. Je vois l’art comme un tout. J’adore lire et je serai toujours sensible à de beaux mots, mais …

Le prix de la chose ou comment les femmes ont repris le contrôle sur leur corps

Le prix de la chose, le premier roman de Joseph Elfassi, nous propose une fable féministe qui aborde entre autres les thèmes du sexe et de l’argent, de l’iniquité homme-femme, de la culture du viol et de la notion de consentement sexuel. Louis, obsédé par le sexe, se retrouve frustré et désemparé face aux actions d’un nouveau mouvement révolutionnaire nommé F. qui engage les femmes – copines, maîtresses, épouses ou amantes d’un soir – à demander une rémunération pour chaque relation sexuelle avec un homme afin de reprendre le contrôle sur leur vie et sur leur corps. Nous ne baisons pas pour de l’argent. Nous éliminons la prostitution en rendant le principe universel. C’est dans un contexte de science-fiction que l’auteur dresse le portrait d’une société où les femmes font massivement preuve de solidarité entre elles. Elles se fâchent enfin. Plusieurs femmes se rassemblent pour une cause noble : la leur. Les chercheuses se concentrent maintenant sur les femmes qui étaient jusqu’à ce moment moins prises en considération que les hommes. Le viol est contré par des avancées scientifiques …

Féminisme et végétarisme

J’ai d’abord été drôlement interpellée par la couverture un peu rétro de La politique sexuelle de la viande. C’est ensuite son sous-titre qui m’a convaincue de le prendre sur la tablette de la bibliothèque : Une théorie critique féministe végétarienne. Je trouvais cela à la fois tiré par les cheveux et un peu prétentieux, bien que je me considère comme féministe et que le végétarisme occupe une grande place dans ma vie. J’étais très curieuse de savoir comment les deux pensées pouvaient se retrouver dans un ouvrage (très épais d’ailleurs)… Présentation L’essai The Sexual Politics of Meat : A Feminist-Vegetarian Critical Theory a été publié pour la première fois en 1990, aux États-Unis. Ce fut un grand succès immédiatement. Il a été réédité dix ans plus tard, puis un autre dix ans après. Déjà traduit en allemand, en portugais et en coréen, ce n’est que cette année (2016) qu’une version française a vu le jour. L’auteure Carol J. Adams fait le rapprochement entre les revendications des mouvements féministes et des regroupements végétariens. Mais plus encore, …