All posts tagged: Littérature étrangère

Le meilleur reste à venir; l’éveil d’une militante

Enitan et Sheri sont deux jeunes filles en rupture contre l’ordre et le désordre d’un Nigeria à peine sorti de la guerre du Biafra, un pays où se succèdent coups d’Etat militaires et régimes dictatoriaux. Deux jeunes filles puis deux femmes qui, du début des années 1970 au milieu des années 1990, veulent échapper à l’enfermement d’une société oppressive et machiste. Sheri, belle et effrontée mais blessée à jamais, choisira l’exubérance et la provocation. Enitan tentera de trouver son chemin entre la dérive mystique de sa mère, l’emprisonnement de son père, sa carrière de juriste et le mariage lui imposant, en tant que femme, contraintes et contradictions. J’ai entamé Le meilleur reste à venir de Sefi Atta parce que j’avais envie de découvrir de nouveaux auteurs et que la littérature de l’Afrique de l’Ouest me semblait riche et vaste. Je n’avais jamais vraiment lu de littérature nigériane, si ce n’est de Nous sommes tous des féministes de Chimamanda Ngozi Adichie. Martine a lu Autour de ton cou, alors que Marion a lu Americanah et toutes deux ont …

Trainspotting : Invitation au fond du gouffre

Londres. Les années 80. L’émergence de la musique new wave, l’ampleur que prend le mouvement anarchiste et la chute du mur de Berlin apportent un vent de changement dans la société de cette décennie. Par conséquent, la jeune génération vivant cette époque est modelée par la mouvance de son temps et s’inscrit dans le registre de la révolte. Mark « Rent-boy » Renton, David « Spud » Murphy, Simon « Sick Boy » Williamson, Francis  « Franco » Begbie et Thomas « Tommy » MacKenzie sont des enfants fictionnels issus de ce soulèvement. Peut-être reconnaissez-vous ces noms? Il s’agit des personnages principaux du roman Trainspotting d’Irvine Welsh, aussi adapté au cinéma par David Boyle. Le mois dernier, j’ai eu la chance d’assister à l’adaptation théâtrale de l’oeuvre présentée au Théâtre Prospero et j’en suis sortie renversée. Synopsis Trainspotting c’est le récit tragique d’un groupe d’amis qui cherchent un sens à leur existence. Entre la drogue et le sevrage. Entre l’amour et la guerre. Entre l’amitié et la haine. Entre l’Écosse et Londres. Entre le chaos et le nirvana. C’est l’histoire d’une vie. De plusieurs qui s’entrechoquent entre le sans …

La vie et son lot de awkwardness : la thérapie de Sarah Andersen

J’ai ri, beaucoup, à chaudes larmes. Devant chaque trait naïf, spontané, presque maladroit, mais tellement expressif. Devant chaque épisode d’images porteur d’une lucidité franche. Devant un quotidien, des pensées, des gestes qui semblaient être les miens; j’étais là, d’une case à l’autre, comme si l’illustratrice et cartooniste de 23 ans, Sarah Andersen, avait épié ma vie pour élaborer Adulthood is a myth, bande dessinée exquise. Cette drôle d’impression, je ne suis sûrement pas la seule à l’avoir ressentie. Et c’est là toute la beauté du travail d’Andersen. Ce tout premier livre de cette artiste établie à Brooklyn est un véritable diachylon pour les esprits anxieux qui tentent de se tracer un chemin dans les méandres de la vie adulte. Une thérapie en soi. Parce qu’on s’y voit, on s’y reconnait. On s’identifie à cette jeune étudiante échevelée aux yeux exorbitants, une introvertie féministe à la maladresse facile, au awkward fréquent, qui s’adonne à la procrastination et à la panique, quotidiennement. Son meilleur ami est un lapin. Son chat est une plaie qui s’amuse à la réveiller …

Portrait d’un être fictif : Le cas d’Oscar

Vous en avez sans doute entendu parler. Peut-être l’avez-vous même croisé. Je vous le décris. Il est tout petit et il porte une tuque rose pour cacher l’absence de poils sur son crâne. Lui, il dirait qu’il ressemble à un martien. Moi, je dirais qu’il ressemble à l’un des garçons les plus mignons que vous ayez rencontrés dans votre existence. Vous l’avez reconnu? C’est pourtant simple, c’est le petit Oscar d’Oscar et la dame rose d’Éric-Emmanuel Schmitt. Il y a déjà plusieurs fois que je relis cette petite plaquette. C’est qu’à chaque lecture, elle me met un baume sur le cœur. Je classerais ce livre dans les romans qui nous font du bien, et ce, malgré son propos tristounet, c’est-à-dire la maladie du jeune Oscar, la leucémie. Récemment, j’ai vu renaître ce petit personnage dans ma classe de deuxième secondaire. Nous avons donné à lire ce joli roman à nos élèves. Chaque lettre d’Oscar lu en leur présence faisait apparaître de grands sourires sur leur visage ou faisait naître des éclats de rire francs. C’est là …

L’adoration des beaux habits (et d’Instagram)

Dans son dernier roman, Sophie Fontanel nous entraîne dans un monde des plus facilement jugé ; celui de la mode. La vocation joint deux histoires, soient celle de Sophie, rédactrice au magazine Elle, et celle de son arrière-grand-mère Méliné, Arménienne arrivée à Paris avec sa mère Knar. Cette jonction entre le présent et le passé s’incline aussi entre la fiction et le réel. Sophie Fontanel ayant réellement été à la tête du Elle magazine, s’est inspirée de son expérience pour écrire l’histoire au présent. Pour la partie au passé où elle traite du parcours de son arrière-grand-mère, elle a puisé dans la fiction, malgré la réelle existence de cette femme amoureuse des beaux vêtements. Allez fouiller le mot-clé #LavocationSophieFontanel  sur Instagram, l’auteure a eu la généreuse idée de partager des archives familiales qui viennent sceller l’entreprise littéraire de cet ouvrage. Sous un fond de crise migratoire, la famille de Sophie est fascinante par son rapport à la vocation, à ces passions qui rendent la vie plus belle, plus endurable. Méliné est fascinée par les magazines de mode, par …

Littérature & bouffe : accords parfaits #2

Après une première sélection, voici une deuxième partie de suggestions pour accorder vos deux activités favorites : lire et manger! N’hésitez pas à partager en commentaires vos bouquins favoris associés aux différentes régions du monde proposées ici! Bon appétit… et bonne lecture! Littérature russe : Soupe bortsch (potage de betterave) et kvas (boisson pétillante légèrement alcoolisée) Lors d’un séjour en Europe, mon ami Philippe a fait la connaissance d’une fille ukrainienne, qui est venue lui rendre visite il y a quelques mois. J’ai eu la chance de goûter à une soupe bortsch traditionnelle, qu’elle avait elle-même concoctée, et croyez-moi, c’était succulent! Elle nous a d’ailleurs mentionné que c’est un plat très courant dans ce coin de pays. La soupe bortsch est aussi très facile à préparer : vous vous sentirez en Russie en moins de deux! Sinon, pour accompagner votre bonne soupe, plusieurs livres peuvent satisfaire votre panse intellectuelle. J’avoue ne pas trop m’y connaître en littérature russe, mais j’ai épluché LES INTERNETS et ouvert grand mes oreilles pour recueillir des suggestions pour vous! Un classique : Anna Karénine de …

Ma passion murakamienne

J’écris aujourd’hui non pas pour vous faire une grande analyse de l’œuvre complète de l’écrivain le plus populaire du Japon, mais pour vous partager ma passion murakamienne et j’espère vous donner envie de le découvrir si ce n’est pas déjà fait. Jamais je n’ai fait de recherches afin de trouver un auteur qui correspond aux qualités littéraires de l’auteur que je vous présente. Jamais je n’ai demandé à un libraire : je veux de la littérature japonaise comme ci comme ça, s’il vous plaît. Jamais on ne m’a présenté son œuvre. Jamais on ne m’a convaincue d’en faire la lecture. Murakami est entré dans ma vie par un heureux hasard. J’ai jeté mon regard vers la couverture d’un livre, La ballade de l’impossible, j’ai lu la quatrième de couverture et j’ai feuilleté les pages sans même les regarder. Je tenais le livre dans ma main comme un trésor. Je l’ai senti (folie à la librairie); c’était de lui que j’avais besoin, pour calmer l’orage à l’intérieur de moi, pour m’évader dans un autre monde sans grands risques, …

Une ville en feu

« Dans une maison aux vitres condamnées, dépouillée de tout espèce de confort, il est facile de retourner sa colère contre l’extérieur, d’attaquer cette ville au cœur de laquelle il se trouve, avec sa saleté, sa pollution, son oppression, seulement New York est bien la seule chose qui ne l’a jamais laissé tomber. » New York. La métropole qui fait rêver le monde entier. Le multiculturalisme. La créativité. L’effervescence. L’urbanité à son excellence. J’ai une fascination pour la vie urbaine et l’histoire des grandes villes. Pour moi, une métropole reste un être en soi et un personnage clef des romans. Alors, quand j’ai vu dans la librairie un tout nouveau livre appelé City on Fire, New York 1977 : le roman d’une ville en feu, je n’ai pas hésité à l’acheter, malgré le prix, malgré la taille du roman qui rendrait complexe les déplacements en métro (965 pages!) et malgré le peu que je connaissais de l’histoire. Un livre mettant ma thématique chérie en avant devait forcément être bon. Et puis, lire un bouquin aussi gros m’enthousiasmait …

Orgueil et préjugés et zombies

Ceux et celles qui me connaissent savent très bien que je suis une très grande fan de l’écrivaine anglaise Jane Austen. Vous pouvez le constater dans cet article : Austenienne. J’ai dans ma bibliothèque tous ses romans et je les ai également tous lus. Et ça, c’est sans compter quelques adaptations de ses romans ou encore des livres (biographies) qui la concernent. Jane Austen a une grande importance dans ma vie et cela depuis la fin de mon secondaire. Il y a de cela plusieurs années, l’adaptation d’un des célèbres romans de Jane Austen fit son apparition : Pride and Prejudice and zombies. J’adore le monde fantastique de l’horreur, mais je n’ai jamais été une adepte des zombies, ils sont les seuls monstres que je n’apprécie pas. Cependant, je me devais de lire l’adaptation, parce que si je voulais parler en mal de celle-ci, il fallait l’avoir lue. Je l’ai lue. Et, j’ai quand même apprécié. Je veux dire par là qu’il est clair que ma pauvre Jane Austen s’est retournée dans sa tombe lorsque l’adaptation de …

Portrait d’un être fictif: Le cas de Prétextat Tach

Il m’est arrivé de tomber amoureuse de pervers fictifs. Bien entendu, il s’agissait d’amour né dans la haine. Or, l’amour et, surtout, la fascination étaient au rendez-vous. D’ailleurs, je vous ai déjà avoué mon penchant pour les méchants (juste ici), mais avec Prétextat Tach, c’est une autre paire de manches. Il n’y a pas de pitié, de victimisation ou de remord. Il n’y a que perversité, vulgarité, et ce, parmi une intelligence inouïe, une répartie grandiose et une désinvolture admirable. Apparemment, j’aime aussi la complexité et la dualité qui habitent certains des êtres que nous sommes. Pour ceux qui n’auraient jamais eu la chance de faire la connaissance de Prétextat Tach (honte à vous!), il s’agit de l’un des deux protagonistes principaux du tout premier roman d’Amélie Nothomb, Hygiène de l’assassin. Dès mon premier regard sur la chose, celle-ci m’a complètement séduite: «Quatre mentons, des yeux de cochon, un nez comme une patate, pas plus de poil sur le crâne que sur les joues, la nuque plissée de bourrelets, les joues qui pendent – et, par égard …