Month: novembre 2016

La dictature du bonheur : après le livre, le documentaire

L’an dernier, Martine et moi avions décidé d’écrire un article commun, sous forme de conversation, sur l’essai de Marie-Claude Élie-Morin, La dictature du bonheur. Cette année, avec la sortie du documentaire du même nom, il me semble intéressant de revenir sur cette question du bonheur, sur cette constante quête qu’il engendre et, surtout, sur les faux espoirs qu’on s’en fait parfois. Je me rappelle que, à la lecture du livre, j’avais un penchant plus grand pour les livres de psycho-pop, j’étais dans un moment de ma vie où je croyais vraiment qu’ils étaient ma solution. Je croyais que, en trouvant la clé, en changeant des éléments de ma personne à travers des formules préfabriquées, j’allais être plus heureuse. Il faut dire que ce n’était pas une période très rose de ma vie et que ce n’est qu’après en être sortie que j’ai réalisé, et accepté, qu’il y avait, dans cette façon de voir les choses, une certaine absurdité. Une absurdité à chercher sans arrêt une cause à mes maux là-dedans, à croire que je devais changer du tout …

Écrire l’indicible : « Déterrer les os », anorexie de l’intime

Je dois vous dire, pour débuter, que je connais Fanie personnellement, et qu’elle est en plus collaboratrice pour Le Fil rouge (!). Pourtant, cela ne m’a pas empêchée de lire son livre avec les yeux d’une lectrice anonyme, et de découvrir un livre extraordinaire, à la différence près que je sais qu’il a été écrit par une femme extraordinaire. *** Je lis le livre de Fanie et j’ai faim. Mon ventre se creuse à mesure que je tourne les pages. Mes deux toasts me semblent bien loin, alors que je pose mes yeux sur ces lignes qui décrivent le défi de ne manger qu’une clémentine par jour. Je lis le livre de Fanie un dimanche matin, en engloutissant mon café, qui me réchauffe le corps alors que cette fille, dans le livre, n’a que de la peau sur les os. J’ai froid. J’ai froid et j’ai faim. J’ai envie de la serrer très fort, cette chère auteure. La réchauffer et l’entourer de mes bras bien dodus, qui pourraient peut-être la réconforter un peu. Car je …

L’Inde littéraire (3e partie) : La Cité de la joie

J’ai lu La Cité de la joie au creux de l’automne montréalais. J’avais les blues et c’était profond. S’ennuyer d’un lieu, c’est sournois. Il suffit d’entendre une bribe de conversation ou de sentir un arôme, et c’est tout de suite la boule dans la gorge. Mais avec le récit de Dominique Lapierre, j’étais en Inde au mois 15 minutes par jour. En lisant les premières pages du roman, je pensais d’emblée avoir tout compris : l’histoire se déploierait sous la forme d’une saga familiale, le paysan Hasari Pal au centre de cette épopée. J’ai vite changé d’avis en constatant que j’avais affaire à une forme romanesque de Humans of New York, version Calcutta. Tout comme ce projet, les photos en moins, il était ici question d’humaniser la ville, un récit de vie à la fois. D’un chapitre à l’autre, le kaléidoscope que représente Calcutta prend forme. Ce sont d’abord les déboires, les luttes, les échecs et les tentatives désespérées qui prédominent : la ville est sans pitié. Mais lorsqu’on finit par apercevoir la joie, celle qui donne son nom au lieu, c’est …

Lire Lolita à Téhéran : ode à la littérature sur fond de guerre

En traduisant la liste de Rory, ce titre m’a interpellée. J’ai tout de suite eu envie de le lire. Aimant les livres qui parlent de littérature et d’histoire — sans pour autant être un roman historique — j’ai rapidement su que ce livre allait me plaire. En plus, on y raconte l’histoire d’une femme forte, un récit autobiographique; manifestement, ça augurait bien pour moi. Je l’ai lu, par bribes, en y revenant toujours. C’est le type de roman qu’on peut déposer sur sa table de chevet, le temps d’en lire un autre, et y revenir sans y avoir perdu ni le fil, ni le goût. Après avoir dû démissionner de l’Université de Téhéran sous la pression des autorités iraniennes, Azar Nafisi a réuni chez elle clandestinement pendant près de deux ans, sept de ses étudiantes pour découvrir de grandes œuvres de la littérature occidentale. Certaines de ces jeunes filles étaient issues de familles conservatrices et religieuses, d’autres venaient de milieux progressistes et laïcs; plusieurs avaient même fait de la prison. Cette expérience unique leur a permis …

Une ode rosée à ses racines

Dans ce petit livre d’un vieux rose réconfortant, on plonge avec douceur et avidité. Marianne Ferrer, l’illustratrice du livre, y raconte comment son enfance, sa famille, a forgé son identité et ses racines. C’est une petite ode à ce qu’on est, d’où on vient, ce qui nous influence et ce qui nous permet d’être tout simplement soi. Ce livre accordéon s’ouvre et prend toute la place, le temps qu’on s’y immerge complètement. La tête entièrement dans l’histoire de Racines, dans ses magnifiques illustrations et la douceur de ses mots, j’admirais le travail et la motivation derrière chaque page. J’ai beaucoup aimé cette lecture, courte, certes, mais pas moins marquante. Il faut des ouvrages minimalistes comme celui-là, qui par l’intimité et la délicatesse de l’objet comme des mots, nous ébranlent et nous font du bien, vraiment. Une histoire d’amour qui traverse les montagnes, un grand-père passionné et l’héritage d’une mère… Marianne Ferrer tisse une fresque tendre et intimiste dans un superbe livre-objet qui retrace les moments marquants de son histoire familiale. Elle transcende le temps et …

Le temps des fleurs et des femmes


La curiosité est un vilain défaut à bien des égards. 
Qui n’a pas déjà mis sa main sur le four alors que tout le monde vous l’avait strictement défendu ? Bien qu’on nous enseigne rapidement ce qu’il faut ou ne faut pas faire, l’interdit reste la plus terrible sensation. 

L’appel du mal nous fascine, parce qu’il est l’acte d’un être humain, notre égal. C’est un miroir qu’on ne veut pas observer, de peur de s’y attarder trop longtemps et de s’y perdre. L’horreur, c’est la théorie du 50/50. Car en chaque être humain, il y a une moitié de bon, et une moitié de mal. Si nous tendons généralement vers la lumière, certains n’y retrouvent aucun confort. 
Qu’est-ce qui déclenche cette animosité ? Cet appel du chaos ? Qui peut commettre de tels actes ? Quand le fissure apparaît, quelle marque peut-elle laisser sur nos proches et sur les générations à venir ? C’est ce qui fait du roman The Girls un récit aussi fascinant. 
Pourquoi sommes-nous appelés par le mal ? Quel est son pouvoir de persuasion sur nous ? Mais …

Carnet de l’apprenti écrivain ou comment apprendre à se connaître par des exercices d’écriture

Cette fois-ci c’est mon petit côté adolescente qui s’est extasié devant ce Carnet de l’apprenti écrivain, rempli d’une foule d’activités liées à l’écriture. Ce que j’aime de ce type d’ouvrage c’est la possibilité d’ouvrir quelques pistes d’écriture en ne sachant pas du tout où elles peuvent me mener, ainsi que le plaisir de partager ces activités avec d’autres quand le moment est propice à ce genre de partage. J’aimerais partager ma passion avec vous et vous dire que, pour être écrivain, il n’y a pas de secret : il faut écrire. Et pour cela, bien sûr, il faut le vouloir! Susie Morgenstern Carnet de l’apprenti écrivain, publié aux éditions De la Martinière jeunesse, écrit par Susie Morgenstern et illustré par Theresa Bronn. Pour vous, je vais me prêter au jeu d’écrire spontanément à partir de trois activités pointées au hasard. Gertrude Stein : Écrire et lire sont, pour moi, synonyme d’exister. 1- Exercice (ou invitation) : Pendant toute une journée, notez tout ce qui vous semble indispensable pour vivre : amis, lieux, objets, courrier… Réalisée le 27 octobre alors que …

Prix littéraire des collégiens 2017 : titres en lice

Le 11 novembre avait lieu le dévoilement des finalistes du Prix littéraire des collégiens 2017. Le Prix littéraire des collégiens permet à plus de 700 jeunes lecteurs et lectrices d’une cinquantaine de cégeps et de collèges de partout au Québec de lire des ouvrages québécois et de leur décerner le Prix. Il cherche à : Promouvoir la littérature québécoise actuelle auprès des étudiants des collèges et des cégeps en encourageant l’exercice du jugement critique à travers la lecture. Récompenser une œuvre originale écrite en français par un auteur ayant la citoyenneté. Reconnaître la qualité et la pertinence d’une œuvre dont l’autonomie narrative est claire; à cet égard, les titres d’une suite ou d’une série sont exclus. Cette année, les cinq titres en lice sont les suivants : Les maisons de Fanny Britt (Le cheval d’août), paru le 26 octobre 2015 Tessa, chanteuse classique convertie en courtière immobilière, vend des maisons et ne va pas bien. Elle élève trois fils qu’elle adore avec un homme qui la chérit. Dans trois jours, elle a rendez-vous avec Francis, un ancien amour …

Christian Guay-Poliquin : Mon nouveau coup de cœur des Éditions La Peuplade

Les Éditions La Peuplade sont pour moi une réelle révélation. Ukraine à Fragmentation, Nirliit et Niko ont fait partie des mes coups de cœur de la dernière année. Encore une fois, j’ai été emballée par des titres publiés par cette maison d’édition en lisant les deux romans de Christian Guay-Poliquin, Le fil des kilomètres (réédité par BQ) et Le poids de la neige. J’ai commencé par la lecture de ce dernier qui a fait son entrée en librairie cet automne. Avant même de l’avoir terminé, je savais qu’il fallait me procurer son premier roman pour poursuivre mon plaisir. Le fil des kilomètres Dans Le fil des kilomètres, nous suivons le périple d’un homme qui retourne dans son village natal, un ancien village minier où il n’a pas mis les pieds depuis 10 ans. Alors que ce dernier cherche à revoir son père malade, le lecteur l’accompagne sur la route du kilomètre 0 au kilomètre 4736. L’atmosphère est lourde et angoissante. La chaleur accablante étouffe et une panne d’électricité dure depuis plusieurs jours. Le chaos commence à régner. Des magasins sont dévalisés, des …