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Autour des livres : rencontre avec Ariane Gagnon, collaboratrice chez Le Fil rouge

1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?
Je crois que c’est celui, à 7 ans, de lire Anne, la maison aux pignons verts lors de mon premier voyage à l’Île-du-Prince-Édouard.

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?
Enfant, j’ai eu la chance immense d’avoir une maman qui me lisait des livres à l’heure du coucher et qui en faisait un art! Elle avait des voix pour chaque personnage et elle faisait même des bruitages! Avec elle, j’ai appris beaucoup de livres pour enfants par coeur. Maintenant, pour être honnête, je n’ai aucun rituel. Je peux lire n’importe où, n’importe quand, et peu importe le bruit ambiant.

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?
J’écris beaucoup mieux et de manière plus prolifique le matin, au réveil, quand tout est tranquille… et avec une (ou trois) bonne(s) tasse(s) de café noir dans le corps!

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire?
Honnêtement, je crois que ce sont les poètes Émile Nelligan et Arthur Rimbaud. À l’adolescence, j’avais une passion presque morbide pour eux et j’écrivais en alexandrins juste pour le défi.

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi?
Je crois que c’est La cloche de verre de Sylvia Plath. Ce livre était pour moi la preuve que l’on pouvait être femme, que l’on pouvait être talentueuse, géniale, même si l’on a des moments de faiblesse ou que l’on souffre d’une maladie mentale.

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel?
Je vivrais dans les romans d’Haruki Murakami, là où la réalité et la magie se croisent, se repoussent et se rejoignent avec naturel.

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner?
Depuis le printemps dernier, c’est Milk and Honey, un recueil de poésie de Rupi Kaur. Chaque fois que je le relis, ce sont différents poèmes qui m’interpellent, et toujours d’une nouvelle façon.

8. Quel est ton mot de la langue française préféré?
« Inconditionnel ».

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit?
Les Frères Karamazov, de Dostoïevski… rien de moins!

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre?
Probablement « J’ai renversé du café sur toute ma vie ».

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Prix littéraire des collégiens 2017 : Ce que des étudiants ont pensé du Continent de plastique de David Turgeon

Enseignante de littérature dans un cégep, j’ai motivé un groupe de douze étudiants à participer au Prix littéraire des collégiens 2017 au cours de la session d’hiver. Toutes les deux semaines, nous nous rencontrons pour discuter des œuvres sélectionnées, pour les décortiquer et les critiquer et ainsi en déclarer une gagnante du Prix littéraire des collégiens 2017.

Le continent de plastique de David Turgeon était la lecture de la seconde rencontre du Prix.

Les étudiants ont remarqué le style d’écriture recherché, le vocabulaire soutenu et la finesse de la langue. Un très grand travail sur la forme a été effectué par David Turgeon.

La quatrième de couverture vendait une oeuvre très alléchante (vocabulaire employé par les étudiants) et intrigante : un homme de lettres qui aspire à une carrière d’auteur et qui se retrouve l’assistant d’un écrivain.

Les personnages

Le personnage du maître, grand écrivain de son époque, prolifique et intéressant, et celui de Denise Bruck ont trouvé grâce aux yeux des lecteurs.

Le maître puise l’étincelle de départ pour ses romans dans la vie quotidienne, dans les petits faits ordinaires et anodins. Il nous donne le goût d’écrire puisque cela semble si facile. Chaque chapitre est le titre du roman qui se construit en parallèle à la vie de notre narrateur.

Denise est la lumière du narrateur : elle est inspirée et inspirante, son grand amour. Elle aussi finira par écrire des romans. Les étudiants ont même dit :

On aurait voulu un livre sur Denise Bruck.

Pourquoi?

Parce que le personnage de l’assistant du maître, notre narrateur, est un homme perdu. Il n’a pas de passion, pas d’intérêt. Il veut être écrivain, mais n’est pas capable d’écrire de roman (il publie seulement sous le couvert d’un pseudonyme des critiques d’art, qu’il finira par laisser Denise écrire). Il chante à tout vent que c’est facile d’écrire, que tout le monde peut le faire, mais il n’y parvient pas… ironique, n’est-ce pas? Il n’est pas capable d’entretenir une relation avec ses amis. Le personnage n’évolue pas. Il reste dans l’ombre du maître et de Denise.

Le milieu littéraire

Le roman dépeint la réalité du milieu littéraire, d’une façon très cinglante et à la fois métaphorique grâce au Continent de plastique. L’édition, les prix littéraires, les pseudonymes, les homonymes, le plagiat, la réputation, la popularité, tout est passé au peigne fin.

Aucun des amis du narrateur, des quatre cavaliers de l’apocalypse (nom de leur groupe), ne sera capable de créer quelque chose de nouveau et n’obtiendra de succès.

Quelle est la place du roman dans la société actuelle?

Vous vous dites : « Mais Vanessa, tu ne parles pas de l’intrigue! » Non, les étudiants n’en ont pas vu, tout simplement.

Un verdict oscillant entre 5/10 et 6/10, les étudiants étant passablement déçus, n’appréciant dans cette oeuvre que sa forme, sa qualité d’écriture.

(Je lui donne quant à moi un 7/10, car la question du milieu littéraire et de ses multiples facettes cachées m’a semblé tout à fait pertinente aujourd’hui avec le foisonnement d’œuvres québécoises.)

La prochaine lecture de mes étudiants pour Le prix littéraire des collégiens sera Mektoub de Serge Lamothe.

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Relire la série « Le Roman de Sara » d’Anique Poitras à 28 ans #jelisunlivrequébécoisparmois

Je ne sais pas pour vous, mais lorsqu’un auteur me marque particulièrement, c’est comme s’il faisait partie intégrante de ma famille. Le tout est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit d’un auteur qui m’a marquée pendant ma jeunesse, car on dirait que les récits que nous lisons lors de notre âge formateur nous marquent au fer rouge. C’était le cas d’Anique Poitras et de sa sublime série « Le Roman de Sara ». C’est probablement pourquoi j’étais si troublée d’apprendre sa mort en décembre dernier. J’étais secouée, et, pour faire mon deuil, j’ai décidé de relire sa trilogie qui avait marqué ma préadolescence : La Lumière blanche, La Deuxième Vie et La Chambre D’éden. 

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Sacrifices, tensions raciales et le vrai du faux

J’ai pris beaucoup de temps avant de me mettre à écrire ces lignes. Pour tout vous dire, depuis près d’un mois que Rédaction de mon article sur Sacrifices est dans mon agenda et chaque semaine, je le recopie en me disant, cette fois c’est la bonne.

Écrire des critiques littéraires depuis 2 ans et demi m’a appris à rédiger rapidement, parfois pour couvrir des sorties littéraires, d’autres fois tout simplement pour ne pas — justement — surcharger son agenda. Bref, avec Sacrifices, j’ai pris bien mon temps. Pourquoi? J’avais besoin de laisser mon esprit analyser et aérer après la lecture de ce récit qui m’a bien sincèrement fascinée et que je n’oublierai pas de sitôt.

Joyce Carol Oates m’avait profondément déçue avec Confession d’un gang de filles, un roman dans lequel je n’ai pas du tout embarqué et que j’ai eu de la misère à terminer. J’ai toutefois voulu lui donner une deuxième chance lorsque j’ai appris la sortie de Sacrifices et je suis très contente de l’avoir fait parce que j’ai découvert tout un univers… J’ai bien l’intention de me plonger dans d’autres de ses oeuvres, donc si vous avez des suggestions, je suis preneuse.

Racisme, violence et viol

Dès les premières pages : l’horreur. Une mère est à la recherche de sa fille qui a disparu depuis deux jours, dans le New Jersey, en 1987. Cette dernière est retrouvée attachée dans une usine défraîchie, elle a des propos racistes écrits sur le ventre et dit avoir été violée, kidnappée et violentée par des hommes blancs. C’est ainsi que débute ce roman qui nous plongera dans un côté des plus laid, horrible, affreux des États-Unis : son racisme. Ce drame fera ressurgir toute la tension raciale de la ville et ainsi choquera la communauté entière.

Le vrai du faux

Sybilla et sa mère, qui se méfient du système judiciaire et médical blanc, se tourneront vers un pasteur noir et le frère jumeau, un avocat. Ces deux hommes, mais surtout le pasteur, convaincront la jeune fille et sa mère de leur faire confiance, d’oser prendre la parole, pour révéler au grand monde à quel point les policiers sont racistes et ainsi dénoncer le terrible viol dont Sybilla a été victime. Plus que les liens se resserrent, on commence à douter de ces deux hommes qui ne semblaient avoir que de bonnes intentions vis-à-vis de Sybilla et sa mère… Est-ce que le viol d’une jeune fille est devenu une façon d’acheter de la pitié, de faire du fric sur le dos d’une agressée?


« Nous allons secouer la conscience de l’Amérique blanche en révélant ce qui a été fait à Sybilla Frye : votre fille est une martyre, mais elle sera bientôt une sainte. »


Ce récit tombera au fil des pages dans un récit de suspicion et de qui dit vrai? Ainsi, on chavire en quelques pages d’un roman à un autre, en ne voyant pas venir (du moins, dans mon cas) la profondeur de la détresse d’une Amérique qui se dit trop souvent progressiste. On navigue entre des perspectives, des points de vue, des façons de comprendre et de vivre ce drame plus grand que nature et c’est ce qui rend complètement accro à cette lecture. Il y a plusieurs couches de douleurs, de détresse, de violence et de noirceur à ce drame et on est loin de tout saisir aux premiers abords.

Comme le témoigne cette critique, Sacrifice est difficile à expliquer, à nuancer, à critiquer. Tout simplement parce que je trouve qu’il faut connaître l’histoire sous tous ses angles pour réellement en discuter et loin de moi l’envie de dévoiler des éléments qui pourraient nuire à votre lecture. Alors, je terminerai en vous disant d’aller lire ce roman. Vous serez fâchées, je dirai même enragées par moment. Les larmes couleront assurément sur les pages (si vous êtes émotives comme moi!), mais vous terminerez ce roman en ayant l’impression d’avoir un tout petit mieux compris toute la noirceur du racisme des États-Unis. Inspiré d’un fait réel (l’affaire Tawana Brawley), ce roman de Joyce Carol Oates met clairement le doigt sur ce qui est le plus horrible de notre société : cette peur de l’autre, de la différence…

Avez-vous déjà lu des romans qui vous ont mis dans le même état d’esprit que Sacrifice a fait avec moi?

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Patrick Sénécal en trois actes

Récemment, je me suis plongée dans l’univers tordu, étrange et intense de Patrick Sénécal. Je n’ai jamais été attirée par l’horreur, que ce soit dans les films ou dans les séries télévisées, mais pourquoi ne pas laisser la chance aux livres? Patrick Sénécal est reconnu pour ses œuvres tordues, dont quelques-unes ont eu la chance d’être adaptées au grand écran. Je me suis donc tournée vers cet auteur de Drummondville, surnommé le Stephan King québécois, pour ma première incursion dans le monde des romans d’horreur.

J’aimerais vous présenter non pas un, mais plutôt trois romans qui représentent selon moi trois niveaux différents d’intensité pour mieux entreprendre cet univers.

Premier acte : Malphas 

J’ai commencé par Malphas 1. Le cas des casiers carnassiers, premier roman d’une série de quatre. Publié en 2011, ce bouquin de 311 pages nous présente Julien Sakozy, nouvel enseignant de littérature au Cégep Malphas, un établissement perdu et oublié au fond du Québec. Plusieurs rencontres et événements particuliers feront de sa première session quelque chose d’inoubliable. J’ai principalement aimé les personnages de cette intrigue, car ils auront tous un rôle à jouer dans l’histoire et parfois d’une manière totalement inattendue. Oui, ils sont parfois tirés par les cheveux ou remplis de clichés, mais ils sont à mon avis forts bien travaillés. L’histoire, selon moi, ne représente pas toute la richesse que peut nous offrir Patrick Sénécal. Ce n’est pas assez captivant pour m’empêcher de dormir, mais suffisant pour produire quatre tomes, que je n’ai pas lus pour l’instant.

C’est un bon premier contact avec l’univers parfois déjanté de l’auteur, m’ayant même encouragée à en lire d’avantage!

Deuxième acte : Faims

J’ai ensuite trouvé Faims, une brique de 700 pages publiée en 2015 aux éditions Alire. Ce roman m’a complètement fascinée et émerveillée. J’ai d’abord été attirée par la couverture, puis j’ai découvert un vrai coup de cœur!

L’histoire se déroule dans une ville fictive de la Montérégie, Kadpidi, située près de Sorel-Tracy. Un cirque nomade, le Humanus Circus, s’installe et présente un spectacle pour adulte seulement qui se veut percutant, troublant et dérangeant. Quelques jours plus tard, un meurtre sordide ébranle la communauté. Le personnage principal s’appelle Joël et incarne le policier chargé d’enquêter sur le crime. L’enquête l’amènera beaucoup plus loin que prévu… L’écriture est directe, crue et terriblement captivante. La fin m’a tellement surprise que j’ai dû relire certains passages pour être certaine d’avoir bien lu! L’intrigue est bien balancée entre l’enquête policière, l’érotisme et l’horreur pour lesquels Patrick Sénécal est reconnu.

Troisième acte : Hell.com

Pour finir, je me suis laissée tenter par Hell.com, publié en 2010. 559 pages d’horreur pure. Pour ceux qui cherchent du sang, des tripes, de la violence (parfois gratuite) et du sexe, vous serez comblés. Les autres, comme moi, termineront de peine et de misère ce roman.

Chaque page était comme un accident de voiture : le genre de choses que l’on ne veut pas voir, mais que l’on regarde quand même par curiosité. Daniel Saul, homme riche agent immobilier de Montréal, est en quête de pouvoir. Il se fait approcher par un ancien ami du primaire pour s’inscrire au site Web Hell.com, un site illégal qui offre un éventail inimaginable de services (à condition de payer bien sûr!). Tout ce que vous pouvez imaginer s’y retrouve : échangisme, BDSM, mais aussi achat d’esclaves, vidéos de torture en direct, viol, tabassage d’itinérants et même meurtre sur commande. J’en ai eu des haut-le-cœur, je lisais plusieurs passages en diagonale et j’ai finalement décidé de ne pas achever ma lecture. La descente aux enfers de Daniel représente bien les sentiments que j’ai ressentis en lisant : au début c’est intrigant, c’est un univers qui repousse assurément les limites, et plus je continue, moins je me suis sentie à l’aise. Daniel, lui, a continué alors que j’ai préféré refermer ce livre et me changer les idées autour d’une bonne tasse de thé! Je dirais que ce roman est plutôt réservé aux lecteurs avertis, qui cherchent des sensations fortes et qui n’ont certainement pas peur du sang.

Il paraît que Patrick Sénécal écoute du heavy metal en écrivant. Maintenant que j’ai lu quelques-unes de ses œuvres, je ne saurais douter de cette affirmation! J’ai trouvé que de lire ce genre d’histoire est tout à fait différent des films ou des séries télé du même genre. Le lecteur peut avoir un aperçu plus intime de la pensée des personnages, tout en se laissant immerger dans un univers alternatif. Patrick Sénécal écrit sur le Québec, mais avec beaucoup de libertés, ce qui nous permet d’avoir des références concrètes tout en nous transportant ailleurs. Parfois, je crois que les scènes sont plus intenses que ce qui peut être fait à l’écran. Les mots laissent place à une certaine imagination et liberté, alors que les images sont sans équivoque. Ça a du bon, car les limites de l’imagination peuvent être repoussées, mais il faut avoir les reins solides!

 

Et vous? Que pensez-vous de ce genre de roman? Êtes-vous sensibles ou dérangés par la violence, ou croyez-vous qu’il s’agisse d’un divertissement comme un autre?

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Autour des livres : rencontre avec Evelyne de Biz et Thot

1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?
Il faut savoir que ma mémoire fait défaut le plus souvent. C’est pour cela que je ne me souviens aucunement des soirées où ma mère me lisait des contes au lit. Je l’ai su d’elle. Cela dit, je me souviens avoir dévoré les magazines J’aime lire, ces petits livres rouges dans lesquels j’étais ravie de rencontrer, aux dernières pages, les méfaits de Tom-Tom et Nana. C’est ce magazine qui m’a appris à aimer la lecture. Les romans plus volumineux me semblaient ennuyants.

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?
Je suis devenue accro à la fiction à la fin du primaire. Les séries Amos Daragon et Harry Potter furent, comme pour d’autres enfants des années 1990, plus que des coups de cœur. Je lisais partout, tout le temps, à en manquer un spa party familial. Quand on me l’avait fait remarquer, ça m’avait bouleversée. Maintenant, j’essaie de lire partout, le plus souvent possible. C’est un peu plus difficile.

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?
Je n’ai pas de rituel. Ma routine est plus cérébrale que matérielle. Je ne respecte pas une heure, un lieu, sauf peut-être une ambiance : le silence. La surabondance du bruit compte aussi, car le tout s’annule. Sinon, ma routine peut sembler trop romantique : je dois me sentir inspirée. Et ça, ça peut arriver n’importe quand. Si je ne suis pas dans cet état d’esprit, pour m’y rendre, je vais marcher, j’écoute des vidéos livresques ou je me relis.

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire?
Je me souviens qu’un de mes professeurs du cégep nous disait : ne commencez jamais une introduction avec la formule : « de tout temps ». De tout temps, j’ai aimé écrire, sans catalyseur particulier. Ce n’est que depuis deux ans que je peux mettre le doigt sur quelque chose : YouTube. Une plateforme que j’adore (on s’en doute). Nommons la booktubeuse canadienne Ariel Bissett, qui m’a donné l’envie puissante de me mettre à la poésie. Si certaines œuvres m’inspirent aujourd’hui, ce sont certainement mes discussions et mes rencontres avec d’autres passionnés qui m’excitent le plus.

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi?
C’est drôle, parce qu’en lisant les réponses des autres au questionnaire, je suis tombée sur celle d’Alexandra Girard, qui écrit exactement ce que je pense. L’Espèce fabulatrice de Nancy Huston, que j’ai découverte au cégep et rencontrée l’été dernier, a changé ma vision du monde et peut effectivement se positionner «comme ma Bible». Sinon, La chambre des dames de Jeanne Bourin m’a ouvert à l’univers médiéval, ce qui a guidé la majeure partie de mon parcours universitaire. Et je n’ai jamais possédé le roman. Ironique.

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel?
Un mélange entre Poudlard et le monde de Narnia me semblerait idyllique. J’aime les valeurs et la matérialité du premier, ainsi que la notion de temporalité et les paysages du deuxième.

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner?
Je ne relis pas mes livres. Par manque de temps (lectures obligatoires obligent), certes, mais aussi par peur de m’ennuyer ou, à tord ou à raison, de perdre la magie de la première lecture. Toutefois, il y en a un que j’ai relu 2 fois, enfant. Il s’agit du premier tome des Chroniques des Temps Obscurs de Michèle Paver, Mon frère loup. On parle de tribus indiennes, de généalogie, de magie, de survie en forêt, de communion avec la nature… C’est enivrant.

8. Quel est ton mot de la langue française préféré?
Tabarnak. Le juron est un mot Histoire, un mot de toutes émotions, si riche, qui pourtant est tabou dans chaque peuple. Alors pourquoi existe-t-il?! Celui que j’ai choisi, quand on l’entend, se rattache indéniablement à cette province que j’aime. Il me garde saine d’esprit, m’énergise, me dégoûte, il me fait sourire. Nancy Huston a fait son mémoire de maîtrise sur les sacres. Si j’ai l’air horripilante en ce moment, ça mérite d’aller jeter un coup d’œil au mémoire.

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit?
Portrait de l’artiste en jeune homme (A Portrait of the Artist as a Young Man) de James Joyce, en partie à défaut d’avoir lu Ulysse. Ça viendra. Portrait ne raconte pas l’objet, il l’est. En cela, le style d’écriture s’écarte complètement de la tradition précédente tout en restant si beau et fluide… En plus de partager ses réflexions sur la vie et l’art, Dedalus (alias Joyce) critique son pays et sa culture avec lucidité à travers la vie religieuse. J’en suis presque à la fin de ma lecture. Je m’y sens si calme, bercée, amusée, et plus critique que jamais. Portrait est mon chef d’œuvre philosophique et artistique. (Et le recueil The Lady in the Looking-Glass de Virginia Woolf n’est pas loin).

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre?
Pleine d’eau! J’ai dû y réfléchir un moment… Le titre se réfère au symbole de la vague, qui représente plusieurs de mes facettes.

Cliquez ici pour découvrir sa chaîne YouTube.

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Le cœur gros

J’ai rencontré Mélodie Vachon Boucher au Salon du livre de Montréal en novembre dernier après que mon cœur ait été complètement chaviré par Les trois carrés de chocolat1. Son livre m’avait énormément touchée, et je souhaitais lui dire qu’elle avait toute mon admiration pour avoir partagé son histoire. J’étais quelque peu nerveuse à l’idée de rencontrer une auteure que j’appréciais, et je redoutais de ne pas savoir quoi dire une fois devant elle. Je n’ai heureusement pas créé de malaise — mes mots ont tendance à sortir tout croche quand je suis anxieuse — et je suis finalement repartie avec mon exemplaire dédicacé d’un mot rempli de douceur.

J’étais très heureuse à l’annonce de La chamade, le plus récent livre de l’auteure. C’est un petit recueil autoédité en vente depuis janvier dans sa boutique Etsy et dans quelques librairies à Montréal et à Québec2. Il réunit cinq bandes dessinées de quelques pages déjà publiées en tant que fanzines et dans divers projets auxquels l’auteure a participé en 2016.

Ceux qui ont aimé Les trois carrés de chocolat vont adorer La chamade. L’auteure y raconte cinq courtes histoires inspirées de ses expériences passées. C’est un livre chargé en émotions, qui m’a fait verser quelques larmes, mais que j’ai beaucoup aimé pour sa simplicité et sa sincérité. Il n’est pas très long, une trentaine de minutes m’ont été suffisantes pour le lire, mais j’y ai beaucoup repensé au cours des jours suivants. Certaines phrases ont une tournure poétique qui m’a aussi beaucoup plu.

Dans les semaines qui ont suivi, on a éparpillé des morceaux de nous partout dans la ville.

Et celle-ci,

Tu as tracé des milliers de chemins flous qui mènent exactement jusqu’à qui je suis. Jusqu’à je suis où.

Le texte « Ma fille ne m’aime pas » a particulièrement retenu mon attention en décrivant, comme le titre l’indique, la relation compliquée de l’auteure avec sa fille. J’ai trouvé intéressant le parallèle qu’elle établit entre leur relation et le fait d’être celle qui a coupé le cordon ombilical à la naissance. Inutile de dire que ce court texte m’a complètement chamboulée, comme frappée par un camion.

En terminant, ce livre m’a apporté une certaine douceur. Malgré les sujets délicats et personnels abordés par Mélodie Vachon Boucher, elle se confie au lecteur avec la même authenticité qu’elle dégage en personne. J’ai beaucoup aimé ma lecture, et je l’ai terminée avec encore plus de respect et d’amour pour son auteure.


Finaliste pour le prix Réal-Fillion dans le cadre des 30e prix Bédéis Causa

En vente aux librairies Le port de tête et L’Euguélionne à Montréal, et à la librairie Pantoute à Québec.

Vous pouvez encourager l’auteure dans son prochain projet Livre de peine en participant à sa campagne d’autofinancement.

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Petit pays : l’histoire tragique du Burundi vu à hauteur d’enfant

J’ai toujours privilégié les romans qui s’éloignent de ma réalité et qui me permettent d’apprendre tout en demeurant captivants et touchants. Petit pays, le premier roman du rappeur franco-rwandais Gaël Faye, y est arrivé haut la main. Je comprends pourquoi le Goncourt des lycéens a été attribué à Gaël Faye et pourquoi ce roman a reçu un accueil critique enthousiaste. Il s’agit d’un grand coup cœur.

Gabriel, le narrateur du roman, se remémore son enfance à Bujumbura, capitale du Burundi, au début des années 90. Ce fils d’un Français et d’une réfugiée rwandaise est désormais en exil en France et rendu à l’âge adulte. Il revient sur les jours heureux qu’il a vécu dans ce Burundi qu’il croyait « disparu ».

Pendant les premières pages, Gabriel a dix ans et il est peu à l’affût de la situation politique qui prévaut autour de lui ainsi que des tensions existantes entre les Hutus et les Tutsis. Le lecteur découvre alors « les saveurs, les couleurs et la musique » du Burundi de ces années-là à travers les yeux de cet enfant, comme l’a indiqué l’auteur en entrevue à RFI. Gabriel raconte son train de vie et les jeux de gamin qu’il a faits avec ses copains, encore insouciant des problèmes politiques qui se profilaient.

Au fur à mesure que l’histoire avance, cette enfance heureuse est graduellement dérobée à Gabriel qui voit son quotidien chamboulé et qui prend lentement conscience du monde qui l’entoure. Le ton du récit devient de plus en plus grave alors que la violence est plus présente. Un coup d’État mené par l’armée survient et la guerre civile burundaise voit le jour, ravivant les conflits entre les Hutus et les Tutsis, les deux ethnies majoritaires du pays. Puis, au Rwanda, pays voisin du Burundi et terre natale de la mère de Gabriel, le génocide éclate. L’incompréhension de Gabriel face à la guerre et les violences et les tentatives de celui-ci pour rester dans l’enfance sont déchirantes.

Avant d’entamer ma lecture, je connaissais peu de choses sur le Burundi et son histoire. Sans contredit, ce roman m’a amenée à m’intéresser au sort de ce petit pays d’Afrique de l’Est souvent oublié. Mais il y a plus, ce roman est aussi particulièrement poignant. Le contraste entre les joies d’enfance de Gabriel au début du livre et les moments d’effroi qui surgissent par la suite est saisissant. Il ne faut pas passer à côté de ce roman bouleversant et marquant qui démontre que l’histoire d’un pays confronté à l’horreur est aussi souvent celle d’une enfance volée et de douleurs qui nous accompagnent pour toujours.

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Voir le monde à travers « les yeux tristes de mon camion »

Si je résumais cet ouvrage en un mot, je choisirais « ouverture ».

Ouverture dans le sens « d’espace » :

L’anthropologue Serge Bouchard raconte les cours d’eau, les climats et les paysages du Québec, qu’il a parcourus avec sa vieille Honda. Il me rappelle que la province s’étend au-delà de sa vieille capitale et de sa métropole, ce qu’il est facile d’oublier, entre deux tours de bureaux. Il a aussi traversé l’Amérique, au volant d’une Coccinelle fatiguée. Racontant un de ses périples, entre le Québec et la Californie, dans les années 1960, il retrace par le fait même l’histoire de quelques-uns des Canadiens français qui ont façonné l’histoire des États-Unis.

« Si je roule sur l’Interstate 41 au nord de Milwaukee, en direction de Fond du Lac et de la Butte des Morts, je sursaute et m’interroge. Comment ces noms français ont-ils abouti au Wisconsin? »

Serge Bouchard efface les frontières.

Ouverture dans le sens de « diversité » :

À l’école, on apprend une histoire canadienne blanche, unique et linéaire. Pourtant, elle est multiple et croisée, notre histoire : elle est innue, elle est malécite, elle est française, elle est américaine… L’auteur rappelle le métissage et l’importance des peuples sur qui on a longtemps fermé les yeux. C’est primordial pour M. Bouchard de raconter le périple de gens oubliés par l’histoire :

« Ma folie à moi, c’est la recherche du temps perdu. L’effort tendu pour rattraper des bouts d’existences éparpillées dans l’infini de l’oubli me prend toute mon énergie ».

Dans cette idée d’ouverture et de diversité canadienne, il écorche au passage John A. Macdonald, le père fondateur du Canada, qui semblait se tenir bien loin de ces valeurs. M. Bouchard le décrit comme étant raciste et dénonce « l’étroitesse, la petitesse, et la mesquinerie d’un homme de fort mauvais esprit ». L’Histoire n’est peut-être donc pas celle racontée dans les écoles. Je veux connaître LES Histoires.

Ouverture aussi dans le sens de « réceptivité », de « sensibilité » et « d’humanité » :

Bouchard parle des petites choses simples qui génèrent du bonheur : la beauté d’une voix à la radio, le visionnement d’un match de football ou le plaisir de se retrouver derrière le volant de sa voiture pour un long périple. Il partage aussi sa fascination pour les conducteurs de camions lourds, ces solitaires qui parcourent nos routes pour s’assurer (entre autres) que l’on ne manque de rien. Encore de « remarquables oubliés », pour reprendre le titre d’un des ouvrages de l’auteur.

Je n’aurais jamais cru être séduite par un recueil de textes traitant de baseball, de camions et d’une vieille Honda Civic. Je ne connais pas grand-chose aux sports, et encore moins à la mécanique. J’en suis moi-même surprise, mais la lecture des Yeux tristes de mon camion a ouvert mon regard sur le monde : je porte une attention plus particulière à des événements du quotidien qui me semblaient auparavant banals. Cet assemblage d’une trentaine de textes suscite en effet la réflexion sur la vie et la mort, ainsi que sur notre rapport à l’histoire, aux objets et à la nature. Et tout ça à partir de thèmes simples et concrets. La philosophie comme je l’aime.

Je termine avec un extrait de mon « coup de cœur », le texte Voyage au bout de l’espérance, abordant la vie, la mort, la souffrance et l’amour :

« Nous sommes embarqués sur une nef livrée aux vents, aux creux et aux tourbillons, nous sommes emprisonnés dans la navette, captifs, poussés par l’élan de vie, sans autre choix que de filer vers l’avant sur cette route incertaine nommée existence. C’est parfois tranquille, parfois tempétueux, quelquefois dramatique. La durée du voyage ne se négocie pas. Sa direction non plus. Notre avenir est un grand vide indéterminé que nous comblons en étant. Seulement cela, être. »

Je reconnais que ça peut être une déconcertante conception de la vie. Moi, ça me réconforte.

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Flow, un magazine qui prend son temps

Les magazines sont un phénomène tellement plus éphémère que les livres. Du contenu au contenant, ils ont longtemps été conçus pour ne durer qu’un mois — si ce n’est pas qu’une semaine dans le cas des magazines à potins — et finir tout fripés dans un bac de recyclage (au moins). Par contre, on peut observer depuis quelques années l’apparition de magazines qui, sans se prendre pour des livres, proposent du contenu et des formes de plus en plus innovatrices et adaptées au passage du temps.

Il y a, chez nous, un nouvel essor pour ce type de magazine. Que ce soit Dinette, Trois fois par jour ou Nouveau Projet, mais aujourd’hui c’est plutôt en Europe que se publie le magazine dont je veux vous parler : Flow. Offert en anglais, en français et en allemand, avec du contenu différent dans chacune des éditions, on peut dire que Flow est une marque bien établie.

En français, le slogan du magazine est : Un magazine qui fait du bien, alors qu’en anglais, on a le droit à Celebrating creativity, imperfections and life’s little pleasures. Les deux slogans sont simplement parfaits pour décrire ce qui se trouve à l’intérieur de ce magazine.

Flow met de l’avant des artisans et artistes, l’art du papier, la littérature, les petites choses, l’art de prendre son temps et la contemplation du beau. Le simple fait de feuilleter le magazine est un moment de détente. Non seulement le design est magnifique et original, mais même la texture des pages est différente, selon les sections. C’est, en ce sens, une expérience à la fois visuelle et sensorielle.

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Côté articles, on y retrouve un savant mélange entre des incursions dans la vie d’artistes, des articles sur les liens humains, des textes sur l’art, la pluie, la nature, toutes ces petites et grandes choses qui rendent la vie belle et intéressante. On y parle aussi d’auteurs-es, d’écriture, d’artisanat et de papeterie. Chaque édition vient avec son propre petit extra de papeterie, tel que des illustrations détachables, un petit guide de sérigraphie, une banderole en triangles ou un mini cahier de notes. À chaque fois c’est une surprise et un plaisir de découvrir ce qui se cache entre les pages de Flow.

Plus jeune, j’étais une grande consommatrice de magazines de mode. Pourtant, à bien y repenser, je ne m’y retrouvais pas vraiment et c’est  justement ce qui m’a le plus frappée en lisant Flow, l’impression de s’y retrouver, page après page. Le sentiment d’avoir trouvé quelque chose qui me ressemble, qui me convient, de A à Z. C’est peut-être un peu tiré par les cheveux de parler ainsi d’un magazine, mais c’est surtout que je le vois comme la transposition papier de mes inspirations et aspirations, ni plus ni moins.

Je ne sais pas, de la version anglaise ou de la française, laquelle est ma favorite. Les deux semblent avoir leur personnalité, tout en restant bien fidèles à la marque Flow. Il faudra bien que je me procure le prochain exemplaire — en anglais — d’ici le 10 février, pour m’en faire une idée.

D’ici là, je retourne à Flow, que je prends le temps de savourer comme il se doit.

Photos : Martine Latendresse Charron/ @chezlefilrouge