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50 ans d’amitié pour Les Suprêmes

En bouquinant au dernier Salon du livre de Montréal, je suis tombée sur ce roman, Les Suprêmes d’Edward Kelsey Moore, et sans n’en avoir jamais entendu parler, j’ai eu envie de le lire. La couverture comme la description m’ont plu, mais je ne l’ai pas acheté. Je l’ai donc reçu lors d’un échange de cadeaux de Noël et vraiment, j’étais contente d’avoir noté le titre parce que j’ai passé un agréable moment de lecture avec ces trois Suprêmes.

Les Suprêmes, c’est le surnom qu’on a donné à trois grandes amies : Odette, Clarice et Barbara-Jean et c’est inspiré d’un célèbre groupe de musique du même nom. Amies depuis 50 ans, on suit ces trois femmes divertissantes, pour le moins qu’on puisse dire, dans les épreuves de leur vie et dans le quotidien de chacune. Je m’attendais à un roman plus sérieux. J’avais en tête l’idée d’être plongée dans un roman engagé qui me ferait réfléchir, voire apprendre. Tout cela est arrivé, mais ce qui m’a surprise fut l’absurdité et l’humour qui transcendent les événements souvent tragiques du roman. Je n’avais pas pensé autant sourire et rire en commençant ma lecture. Or, la narration comme les dialogues sont incroyablement drôles et nous font découvrir des personnages qui n’ont pas toujours la langue dans leur poche!

« Je tentai d’expliquer à Clarice que je me sentais toujours plus mal en sortant de son église que lorsque j’y étais entrée… Profondément exaspérée Clarice me regarda comme si j’avais perdu la raison et rétorqua : « mais enfin Odette, se sentir mal par rapport à soi-même, c’est pour ça qu’on va à l’église ». »

Comme quoi peu importe ce que la vie vous réserve, avoir de bonnes amies à ses côtés change tout. Dans ce roman, il y a du vrai drame, de la vraie douleur : perte d’un enfant, cancer, alcoolisme, racisme et infidélité. On finit toutefois notre lecture avec le sourire et en soi, c’est un excellent signe!

Ces trois amies ont un lieu de rencontre depuis tout ce temps, le restaurant de leur cher ami Earl dans une petite ville de l’Indiana, où elles se confient, s’épaulent et s’aiment. Malgré les différences et les épreuves, j’ai trouvé belle l’image de leur inégalable amitié, plus forte que tout.

Parmi ces trois quinquagénaires afro-américaines, il y a Odette, une des narratrices, qui est atteinte d’un cancer et qui discute tout bonnement avec les morts. Il y a aussi la magnifique et alcoolique Barbara-Jean qui a perdu son petit garçon et qui porte en elle un terrible secret. Et finalement, il y a Clarice, la musicienne qui ose enfin sortir son infidèle de mari de la maison et ainsi, se retrouve peu à peu. Elles sont imparfaites, mais s’aiment par-dessus tout. Elles sont parfois un peu clichées, mais sont habitées d’un lien plus fort que tout et c’est ce qui m’a le plus plu de ce roman traduit de l’anglais.

J’ai trouvé admirable leur lien, et ce dans les plus grands drames, parce que malgré le côté humoristique, il reste que Les Suprêmes vivent aux États-Unis dans les années ’60 jusqu’aux années 2000 et qu’ainsi, elles sont clairement victimes de discrimination raciale sous toutes formes. Cet élément a pourtant été moins exploité que je le croyais, mais il reste qu’on ressent et côtoie cette inégalité dans une petite ville où l’amitié tout comme l’amour entre un noir et blanc n’étaient malheureusement pas possibles, notre chère Barbara-Jean l’apprendra à la dure.

Bref, Les Suprêmes est un bon roman divertissant qui fait tout de même réfléchir et qui nous fait rire par ses répliques sanglantes et bien senties. Le personnage qu’on suit de plus près est Odette, qui va mourir d’un cancer et est sans doute celui auquel on s’attache le plus (et à sa mère morte qui vient lui rendre visite et qui a des répliques en or qui font sourire!). Pour ce qui est des autres femmes, on les suit un peu plus à distance, ce qui ne m’a pas permis de m’attacher autant à elle. J’ai aussi appris qu’il y aura une suite et je pense bien m’y plonger lors de sa sortie, parce que malgré toutes les petites faiblesses parfois trop loufoques, on a un peu l’impression, nous aussi, de faire partie des secrets des Suprêmes.

Avez-vous déjà lu ce roman? Et sinon, quels sont vos romans préférés qui traitent d’amitié qui dure pendant des décennies? 

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Prix littéraire des collégiens 2017 : Ce que des étudiants ont pensé du Poids de la neige de Christian Guay-Poliquin

Enseignante de littérature dans un cégep, j’ai motivé un groupe de douze étudiants à participer au Prix littéraire des collégiens 2017 au cours de la session d’hiver. Toutes les deux semaines, nous nous rencontrons pour discuter des œuvres sélectionnées, pour les décortiquer et les critiquer et ainsi en déclarer une gagnante du Prix littéraire des collégiens 2017.

Le poids de la neige de Christian Guay-Poliquin était la lecture brise-glace (sans mauvais jeu de mots) pour la première rencontre du Prix.

C’est indéniable, le roman a fait l’unanimité.

D’abord, les cégépiens ont été séduits par l’écriture de l’auteur, à la fois si masculine, si familière, mais aussi extrêmement balancée avec une stylistique bien maniée. Que ce soit la métaphore de la neige, qui représente cette douleur humaine, cette recherche personnelle d’absolution, l’atmosphère lourde qui habite le village ou encore la pression qui pèse sur les deux personnages. Les titres de chapitre renvoient à la hauteur de cette neige et établissent un parallèle entre l’augmentation de la neige accumulée et la montée de la tension à l’intérieur de cette cabane isolée.

C’est surtout sur la relation entre Matthias et le personnage principal que se sont attardés les étudiants; par le contraste entre l’attitude des deux hommes. La mauvaise foi de Matthias versus la grandeur d’âme du personnage principal. Cette dualité rend la relation très froide, difficile, forcée, mais cette relation est le centre de l’histoire. Ils sont obligés de vivre ensemble, de s’endurer, de se soutenir. Tandis que l’un accomplit des actions à contrecœur (il doit pouvoir en tirer des avantages), l’autre est magnanime et ne désire rien de plus.

Seul bémol, les étudiants ont eu peur que le personnage principal ne dise pas un mot de tout le roman (ce qui n’est pas le cas, je vous rassure). Ils ont par la suite apprécié que sa langue se délie, car c’est surtout la relation entre celui-ci et Matthias qui les intéressait.

La présence de livres en a fait sourciller certains. Matthias comble les silences, assez fréquents, par la lecture de passages qui, chaque fois, sont représentatifs de la situation dans laquelle ils se trouvent. Une espèce de libération, libération symbolique qui sera brûlée par le narrateur lorsqu’ils vont manquer de quoi se réchauffer. Le seul fil qui retenait cette relation complexe.

Certains passages de pure bonté ont marqué les étudiants : lorsque le personnage principal abandonne des provisions qu’il a récoltées au profit d’une famille qui en a besoin (mais certainement pas autant que lui) et lorsqu’il découvre le cadavre d’une vieille femme et prend soin de l’enterrer. Ainsi que d’autres de pure innocence : Jonas, un personnage un peu « fou », qui tente de conserver intact ce village polaire qui part à la dérive.

Un verdict oscillant entre 7/10 et 8/10, les étudiants voulant se laisser une marge de manœuvre pour les prochaines lectures. Certains l’ont même recommandé à leur famille.

Si Le poids de la neige vous a particulièrement interpellé, allez lire l’article de Karine sur son coup de coeur, Christian Guay-Poliquin, vous y découvrirez également Le fil des kilomètres, excellent roman du même auteur. 

La prochaine lecture du Prix littéraire des collégiens sera Le continent de plastique de David Turgeon.

« Toute femme est une épopée. »

Le premier recueil de la poète Pascale Cormier, écrit en lettres de feu, nous brûle encore entre les doigts, même deux ans après sa sortie. La fille prodigue est une genèse, le début d’une route qui se poursuit dans ses trois autres livres publiés aux éditions de l’Étoile de mer. Il était une fois le présage d’une résurrection violente :

Le printemps va pleuvoir en gouttes de feu.

Ce qui m’a avant tout attirée vers ce recueil, c’est l’auteure, une femme transsexuelle, plus âgée que moi, que j’ai rencontrée dans des séances de micro ouvert. L’exposition à des modèles positifs est un facteur de protection pour les groupes minoritaires. C’est ce qu’a été Pascale Cormier pour moi : une femme qui écrivait, comme je souhaite le faire; qui a relevé l’épreuve de la transition, et qui se présentait fièrement devant un public. Me pencher aujourd’hui sur son premier recueil m’est nécessaire : je crois que la voix des femmes trans qui ne sont pas dans la vingtaine est souvent ignorée, alors un témoignage d’une telle artiste sur ses premiers pas dans sa féminité serait sûrement empreint de sagesse.

Une mère en devenir et sa fille

Le texte se divise en trois parties. La première présente une prophétie inquiétante et sa réalisation : « tant de vie jaillira d’un seul coup / tant de vie, trésor, qu’elle nous tuera peut-être ». Ainsi se confie la voix du texte à sa fille. La vie a la force d’un désastre naturel dont on écope. L’image de ce qui approche est floue comme dans un rêve : « ma peau se perd dans mes draps de douleur/ dans le faisceau de mes identités ». Tout est à perdre, mais la mère promet que

nous franchirons des ponts sans balustrades
au-dessus de nos propres abîmes
agrippées l’une à l’autre
pour qu’y tombe nos chaînes

Un sentiment d’urgence nourrit les métaphores. Elles expriment un paradoxe : tout sacrifier pour peut-être rester debout.

à présent j’ai des griffes
ma bouche est un trou noir
j’avale à pleins poumons
il me pousse des hanches
je prépare mon cri

Un bond dans la fantaisie

La deuxième partie nous remet vite les pieds sur terre. La section « Le chant des sirènes », moins lyrique, témoigne des démêlés d’une femme avec les sites de rencontres « Now… / Fail / je renverse mon verre de bière sur mon clavier / j’ai mis mon rouge à lèvres dans ma trousse sans son/ capuchon / il a tout barbouillé ». Le côté exubérant de Cormier ressort. Autre imprimé du quotidien, le combat avec des vêtements et tant de robes qui « fuient ». Persistent tout de même de brèves épiphanies:

il y a des jours où on se demande
si c’est bien la peine d’être au monde
au moment où des loups s’étreignent
et nous couvrent de honte

La mort hante en filigranes le texte. C’est une cave inaccessible, mais l’auteure sait trop bien ce qui l’y attend : « on me dit qu’elle est vide mais je n’en crois rien / j’y ai fait tomber trop de morts ». Une prise de conscience fait son chemin : même après la transition, la mort viendra.

J’ai beaucoup apprécié la fin de la deuxième partie, où on rejoint l’imaginaire du conte. C’est d’ailleurs un mouvement qui a pris son ampleur dans la publication suivante, Cendrier, conte satyrique. Dans La fille prodigue, le poème « le chant des sirènes » honore la figure de la princesse et de la sirène qui sont mises en opposition. La féminité souhaitée s’accompagne d’un fantasme de royauté avec « une robe d’azur et de lumière ». La destination est bien ambitieuse pour le jeune garçon qui habitait une théière. C’est plutôt sirène qu’il devient, lesquelles sont dites cruelles « parce qu’elles n’ont pas de sexes ». La micro histoire se conclut quelques poèmes plus loin, par un abandon à l’amitié et à l’entraide entre sirènes. Un éloge à l’amitié entre femmes trans.

Écouter celles qui ont mené le combat

La fille prodigue raconte l’histoire d’une transition de genre, dans ses éclats comme dans ses chimères. On nous offre une histoire intemporelle, géographiquement nébuleuse, dans un dialogue intime et grandiose, bref, on est ailleurs que dans la prise de position sur des enjeux sociaux d’actualité. Je salue le courage d’une écrivaine qui a fait le point sur sa vie, dans un mouvement littéraire caractéristique des premiers recueils. Pour les femmes qui caressent le rêve de transitionner, où qui en sont aux débuts dans leur parcours de combattant, le recueil constitue un témoignage vital. Pour les autres, le texte est une invitation à se plonger dans les publications subséquentes issues de la même plume, Cendrier, 27 variations sur le thème du désir et Une cathédrale de chair, qui plongent dans certaines articulations les plus singulières du premier recueil.

Bibliographie

La fille prodigue
Pascale Cormier
77 pages
Les Éditions de l’étoile de mer

http://etoiledemer.ca/livre/la-fille-prodigue/
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Dée de Michael Delisle : l’envers du décor de la banlieue américaine

Ai-je manqué le mémo? Est-ce que tous mes professeurs de littérature québécoise ont comploté contre moi pour omettre volontairement de leur corpus l’auteur Michael Delisle? On dirait bien! Je viens de découvrir cet auteur (dont Laurence L. vous a parlé ici), poète lauréat du prix Émile-Nelligan en 1987, romancier émérite depuis le début des années 2000, et je suis subjuguée. Je vous parle aujourd’hui du court roman Dée, publié en 2002, roman magistral grâce, entre autres, à son laconisme particulièrement efficace.

Longueuil dans les années 1950. Entre la campagne et la grande ville, on commence à goudronner les rues, à installer l’eau courante dans les maisons. C’était il n’y a pas si longtemps, pourtant l’histoire d’Andrée Provost prend place dans une maison digne des Filles de Caleb, une maison bancale, affligée par des armées de mouches et par des odeurs de porcherie. Dée a treize ans, mais elle a déjà les dents complètement cariées, connaît une sexualité précoce troublante, est destinée à travailler à l’usine dès l’âge de 15 ans. Avant même de réellement commencer, la vie de Dée est déjà ratée. Elle tombe enceinte et se marie au père de son enfant à venir. On la dépose dans un bungalow de banlieue cossue comme on aurait pu la déposer sur une tablette. Malheureuse, esseulée, Dée se distrait comme elle peut entre le petit chien offert par son mari, son fils qu’elle n’aime pas et le jeune homme qui livre le journal. Elle espionne les voisins derrière ses rideaux, flambe l’argent de son mari auprès des vendeurs à domicile. On lui règle ses problèmes à coup de médicaments qui l’assomment et on la laisse finalement dans un état d’asthénie complet. Voilà la vie de Dée Provost, pas encore vingt ans.

On connaît plusieurs œuvres qui mettent très sûrement en place un imaginaire particulier de la banlieue américaine durant le baby-boom : la série Mad Men et Betty la femme à la maison exemplaire, le livre The Bell Jar et la jeune Esther qui croule sous la pression du American Dream ou encore le film Deux femmes en or et ses deux protagonistes qui s’ennuient très certainement. Dans plusieurs de ces œuvres, comme le roman de Sylvia Plath et Dée de Michael Delisle, on traite de la thématique de la maladie mentale, de la « folie » de la ménagère, et des remèdes de cheval employés à l’époque. Les femmes sont le plus souvent les « victimes » des banlieues, oubliées à elles-mêmes dans des bungalows préfabriqués alors que les hommes travaillent, voyagent, consomment.

La grande force du roman Dée de Delisle est de mettre en scène un personnage de jeune fille dont la tragédie intime vient toucher le lecteur, vient le prendre à la gorge sans jamais néanmoins que la narration s’apitoie sur son sort dans le pathos. On en vient à prendre la protagoniste par pitié, une pitié qui s’étend à toutes ces femmes qui, il n’y a pas si longtemps encore, étaient réduites aux quatre murs d’une maison sans autres possibilités. Michael Delisle est un narrateur hors pair, concis et efficace. Il nous fait traverser la vie de Dée avec des mots du quotidien où surgissent des images fortes, dérangeantes souvent par leur justesse terrible, comme un pissenlit vient parfois éclore sur la pelouse verte des banlieues américaines.

À votre connaissance, quelle autre œuvre (littéraire, télévisuelle, cinématographique, musicale) met en scène l’imaginaire de la banlieue? Pour vous donner l’eau à la bouche, voici quelques suggestions des fileuses à ce propos : ici, ici et ici.

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Lettre à Rose Patrie

Ma chère amie,

Toi qui m’as accueillie alors que j’étais en terrain inconnu, toi qui m’as accompagnée dans mes longues marches vers une destination mystérieuse, dans cette nouvelle ville que j’essayais d’apprivoiser, sache que je ne t’oublierai jamais.

Je me souviendrai de nos déjeuners à L’Entre-Pots, suivis d’une longue marche sur la Promenade Masson, afin de brûler les calories et de terminer les discussions sans fin. Même l’Afternoon tea de La Brume dans mes lunettes ne vient jamais à bout de nous faire taire.

Je t’écoute me raconter ton histoire, nostalgique et envoûtante, et tu m’accompagnes dans mes moments d’incertitude et de doute. Il paraît que c’est ça, l’amitié.

Je n’oublierai jamais nos après-midi ensemble, au Marché Jean-Talon l’été et au Cinéma Beaubien l’hiver. Incapables de nous quitter, on finit souvent la soirée à l’Isle de Garde, là où la bière est bonne et le rire est de mise. Quand on se sent un peu plus funnées, on se rend au Nacho Libre, obnubilées par les vidéos loufoques qui y jouent en boucle.

J’avais toujours hâte au printemps pour qu’on déguste notre première crème glacée aux Givrés, mais maintenant j’ai encore plus hâte à l’automne pour partager un chaï latté au Café Pista.

On se rencontre souvent le mardi après-midi à la bibliothèque Marc-Favreau. L’ambiance me calme et les grandes fenêtres me renvoient ton image, paisible et fière. Par contre, tu me connais assez pour savoir que j’aime encore mieux la Librairie Raffin, parce que les livres deviennent les nôtres et leurs pages encore neuves dégagent presque le même parfum que toi.

De tous les moments que nous avons partagés, celui qui m’a le plus marquée s’est produit un jour de février, pas assez chaud pour que la neige fonde, mais trop froid pour que les gens sortent de chez eux. On a marché jusqu’au Parc Molson, où je me suis couchée dans la neige.

Tu m’as regardée pleurer, tu n’as rien dit, mais tu as compris. Le vent soufflait la neige dans mon visage, mais ma douleur intérieure était plus douloureuse que l’hypothermie. En proie à une énième crise de panique, je voulais tout abandonner. Mais tu m’as apaisée. Ton regard m’a redonné confiance un petit peu et je me suis agrippée à ton bras pour me relever. Tu m’as raccompagnée chez moi, dans mon tout petit appartement de la rue Louis-Hébert, et tu m’as bordée.

Si ce n’avait été de toi, de ta joie de vivre inépuisable, de ta lumière intérieure enivrante et de ton charisme sans limites, qui sait où j’en serais aujourd’hui?

Ma tendre amie, si parfois tu m’entends dire à demi-mot que j’aimerais te quitter, sache que ce n’est pas parce que ta présence me déplaît. Tu m’as sortie de l’isolement de la ville et m’as transmis une envie de propager l’amour. J’ai seulement besoin d’espaces plus vastes et de nouvelles découvertes qui n’ont rien à voir avec Montréal.

Mais surtout, je ne t’oublierai jamais.

Tu resteras, à jamais, ma belle Rosemont, ma Petite-Patrie.

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Expérimenter le «blind date» littéraire!

Avez-vous déjà tenté l’expérience d’acheter un livre, mais sans savoir duquel il s’agit?

C’est ce que nous proposent, à l’occasion de la Saint-Valentin, deux librairies indépendantes de quartier: La librairie de Verdun et La librairie La Flèche rouge. À la manière d’un « blind date » ou d’une rencontre à l’aveugle, ces deux librairies vous offrent d’aller à la découverte d’un livre de papier comme s’il s’agissait d’un rendez-vous amoureux.

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Le but? Vous faire découvrir quelque chose de nouveau, que vous n’auriez peut-être pas été porté à acheter autrement. Et, qui sait, peut-être provoquer un coup de foudre et un match parfait entre vous et un bouquin?

Le concept de la vente ou du prêt de livres à l’aveugle n’est pas nouveau: les bibliothèques de la ville de Laval, ainsi que la Librairie Carcajou, entre autres, en ont déjà, dans le passé, proposé l’expérience. Mais jusqu’à maintenant, je n’avais jamais essayé.

Curieuse, j’ai décidé de me prêter au jeu, et c’est ainsi que je me suis présentée à la Librairie de Verdun pour faire la rencontre non pas d’un, mais de deux romans mystérieux (je n’ai pas pu résister!). Sur la table de présentation, les livres-mystères sont soigneusement emballés. Sur la couverture, on peut lire une brève description de ce qui se trouve sous le papier ou dans le sac, dans le but de nous attirer vers un livre que nous aimerons. Voici les deux qui ont retenu mon attention et que j’ai décidé de ramener à la maison.

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Sans tuer la surprise, j’ai trouvé que les phrases descriptives nous permettaient d’aller vers une lecture qui, de prime abord, nous intéressait. J’ai noté que chez la Librairie La Flèche rouge, cependant, les livres-cadeaux n’offrent aucun indice sur ce qu’ils contiennent: l’expérience en est alors d’autant plus excitante et nous permet des rencontres totalement hors de nos lectures habituelles. Ce détail peut aussi être un inconvénient, par contre, puisque nous avons aussi plus de chances de tomber sur quelque chose qui ne nous allume aucunement. Mais je ne saurais que dire: osez!

Pour ma part, j’ai adoré avoir quelques mots pour décrire la lecture cachée. Car sinon, comment choisir parmi tant de livres emballés? Comment décider de repartir avec un livre plutôt qu’un autre? Aurions-nous du prendre plutôt celui juste à côté?

Quelle excitation d’acheter sans savoir! C’est comme si on faisait un pari. Est-ce que ça fonctionnera entre nous?

Cette expérience est pour vous si: vous aimez vous faire recommander des livres, si vous acceptez de faire confiance au choix des libraires, si vous aimez l’aventure livresque, si vous acceptez l’incertitude et si vous êtes prêt à foncer vers l’inconnu.

Pour ma part, j’ai adoré tenter l’expérience, et suis vraiment contente des livres sur lesquels je suis tombée. Pour ne pas gâcher la surprise des autres, je ne dévoilerai pas tout de suite de quels livres il s’agissait, mais le ferai aussitôt que la journée de la Saint-Valentin sera passée. D’ici là,  suspense….. mais cependant, sachez que c’est un match réussi! Petit indice: il s’agit d’un livre québécois récent, et d’un classique de la littérature italienne. Saurez-vous deviner? Mais… chuuut!

Pour ceux qui adorent cette façon originale de se voir proposer des lectures, sachez qu’il est possible, avec Le fil rouge, de recevoir des coffrets littéraires contenant un livre-mystère chaque mois! Ça vous intéresse? Cliquez ici!

En attendant… bonne Saint-Valentin et dans l’espoir que vous passiez une excellente soirée en excellente compagnie… livresque!

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Dans la vie d’un bibliothérapeute : Aux petits mots les grand remèdes

Aux petits mots les grands remèdes, de Michaël Uras, raconte le quotidien d’Alex, bibliothérapeute de profession. Après une formation au Canada et un diplôme peu reconnu en France, Alex ouvre son propre bureau dans lequel il conseille des lectures, dont beaucoup de classiques, aux hommes – parce qu’il n’a apparemment pas de clientes féminines – pour essayer de les aider à aller mieux, à penser différemment, à sortir des sentiers battus.

J’avais bien hâte de me plonger dans un roman qui parle de bibliothérapie. C’est une discipline qui fait de plus en plus sa place et qu’ici, sur Le fil rouge, on se plait à adapter librement à nos écrits et à notre philosophie.

Par contre, ce roman n’a pas su rejoindre mes attentes.

L’idée est bonne, la structure du roman l’est aussi, mais l’histoire n’est pas venue me toucher comme je l’espérais. C’est un roman simple, qui divertit, mais qui n’a pas réussi à me convaincre de la passion pour les mots du protagoniste, ni à son travail en tant que bibliothérapeute.

On se rend vite compte que, mis à part les problèmes de chacun de ses clients – un joueur de foot qui lira Ulysse, un jeune adolescent ayant subi un accident de voiture qui lira L’attrape-coeurs, un homme qui travaille trop qui lira Oblomov – Alex a lui aussi quelques problèmes qui sont causés, entre autre, par les livres et son obsession envers ces derniers. Bien qu’il en ait fait son métier, les livres prennent une place plus qu’encombrante dans son quotidien, minant sa relation avec sa femme. On se retrouve donc devant quelques problèmes conjugaux, un ado en crise qui ne peut pas s’exprimer, un joueur de foot en remise en question existentielle, devant les yeux du public, un homophobe bourru qui travaille trop… tous des gens un peu stéréotypés, tout comme les livres choisis pour les aider. On reste dans les classiques, de Balzac à Zola.

J’ai trouvé que c’était un roman facile, truffé de raccourcis. L’histoire n’est pas mauvaise en soi, c’est simplement que les liens semblent forcés, on y retrouve pas cette fluidité qui permet de suivre une histoire et de s’enticher des personnages, même lorsqu’un récit n’est pas particulièrement marquant.

Malgré tout, je l’ai lu jusqu’à la fin, question de savoir quelle était la finale, en espérant que le livre y trouve peut-être un dernier souffle, en vain. Je le conseille tout de même à ceux et celles qui cherchent une histoire légère, qui ne veulent pas se casser la tête et peut-être y découvrir deux ou trois classiques par le fait même. Tout est une question de goût, peut-être y trouverez vous votre compte. En plus, ce qui est bien, c’est que tous les livres mentionnés durant le roman sont indiqués, à la fin, dans un index.

Quel est le dernier livre qui n’a su rejoindre vos attentes ?

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Autour des livres : rencontre avec Le bal des absentes

Julie Boulanger et Amélie Paquet, deux professeures de Cégep, veulent mettre en avant, par le biais de leur blogue, Le bal des absentes, le travail d’écrivaines trop souvent oubliées et délaissées par les plans de cours. Elles proposent « de découvrir et de commenter différents titres d’auteures d’ici et d’ailleurs » (La Mèche). Elles tentent de démontrer comment elles s’y prennent en classe pour étudier ces œuvres, et ainsi inspirer leurs collègues à oser enseigner ces textes. Elles viennent d’écrire un essai, qui regroupe plusieurs textes du blogue, sur ces questions. Il paraîtra en mars chez La Mèche. Elles ont gentiment accepté de répondre à notre questionnaire « Autour des livres ».

  1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?

Julie : La première image qui me vient en tête est un peu floue, mais son impression est vive. Je suis toute petite, dans notre appartement à Laval, sur les genoux de ma mère qui me lit un livre. Je ne me rappelle pas ce qu’elle me lisait, mais c’est pour moi un des plus grands moments de joie. J’ai aussi une multitude de souvenirs beaucoup plus clairs de visites avec mes parents dans différentes bibliothèques à différents âges. Ce sont des moments précieux.

Amélie : Je me rappelle qu’avant de savoir lire, je me promenais partout avec mes livres d’enfants et je faisais des piles à côté de moi que j’appelais des « gâteaux ». Ce n’est pas tout à fait un souvenir de lecture, mais de mon œil d’adulte, j’aime y penser. Je me demande ce que les livres représentaient pour la petite fille que j’étais. Et puis, ça m’amuse parce que, encore aujourd’hui, j’aime que mon espace de travail soit rempli de piles désordonnées de livres.

  1. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?

Julie : Un de mes grands drames de lectrice est que j’ai beaucoup de difficulté à me concentrer, alors j’essaie de m’isoler dans le silence ou avec une musique qui m’est très familière quand c’est bruyant autour. J’ai absolument besoin d’un crayon afin d’annoter mes livres ou, quand je me résous à emprunter un bouquin, d’un cahier pour prendre des notes. Je panique si je n’ai pas de crayon avec moi : l’idée de perdre mes traces de lecture m’angoisse.

Amélie : Pour la lecture, j’ai plutôt un « anti-rituel » qui consiste à lire dans n’importe quelle condition et à n’importe quel moment.

  1. As-tu une routine d’écriture, des rituels? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

Julie : Pour écrire, j’ai surtout besoin d’énergie. Il me faut du café ou du thé (beaucoup!) et une musique très entraînante. (J’écoute souvent les mêmes pièces pour écrire que pour courir. Ça donne une idée…) Sinon, j’aime alterner entre la solitude et la foule, passer des heures à écrire dans mon salon avec les chats, puis aller faire un tour dans un café pour capter l’énergie ambiante. Il faut aussi que je passe par-dessus la première phase d’angoisse (« Oh mon Dieu, je n’y arriverai jamais! »), pendant laquelle je reste figée pendant une période plus ou moins longue. Cette phase se conclut le plus souvent de la même façon : Amélie me dit « Bien oui, franchement, tu vas y arriver! », je proteste, puis, quelques instants plus tard, je suis lancée.

Amélie : Je n’ai pas de rituels, mais j’aime le bruit. J’adore écrire toute seule dans un café très bruyant entourée d’inconnus qui ne m’adresseront jamais la parole. Comme Julie, pour moi, le mot d’ordre dans l’écriture, c’est l’énergie.

  1. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire?

Julie : Le journal d’Anaïs Nin. Pour la toute jeune femme que j’étais, il était très inspirant de découvrir les écrits d’une femme en quête de liberté qui réfléchit au monde et partage son expérience de celui-ci. La Cloche de détresse de Sylvia Plath, qui m’a donné l’élan nécessaire pour saisir quelques-uns des fruits du figuier avant de mourir de faim. Les livres de Virginie Despentes aussi. L’énergie de Despentes m’inspire.

Amélie : Depuis toujours, ce sont les livres écrits par des femmes qui me donnent envie d’écrire. Comme si par leur existence, ils me donnaient le droit de le faire à mon tour. À l’adolescence, les œuvres de Lucy Maud Montgomery, de Gabrielle Roy et de Simone de Beauvoir m’ont insufflé cette impulsion.

  1. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi?

Julie : Je pourrais reprendre les mêmes titres qu’à la question précédente puisque cheminer signifie pour moi donner envie d’écrire. J’ajouterais Le parfum de la tubéreuse d’Élise Turcotte parce qu’il incarne une fusion parfaite de la pratique de l’enseignement et de l’écriture. Je rêve d’arriver à créer en classe un espace similaire à celui, très poétique, qui est évoqué dans le roman. Pour sa part, Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie a beaucoup aiguisé mon regard sur le monde. J’adore l’esprit brillant d’Adichie et son humour. Elle me donne aussi beaucoup envie d’écrire.

Amélie : J’ai été bouleversée par La maison aux esprits d’Isabel Allende à 19 ans. La découverte du réalisme magique sud-américain a été un grand choc esthétique. À la lecture de ce roman, j’ai réalisé aussi que le viol était d’abord et avant tout un abus de pouvoir qui n’avait à peu près plus rien à voir avec la sexualité. La peur, la colère et le désespoir des femmes de ce livre m’habitent encore aujourd’hui.

  1. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel?

Julie : Je ne voudrais assurément pas y vivre, mais je dois avouer que j’aimerais bien séjourner dans l’univers splendide et cruel de La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette pour le plaisir des yeux et de l’esprit. J’en profiterais pour essayer de corrompre mademoiselle de Clèves et la sauver ainsi de son destin tragique! J’aurais très envie aussi de plonger quelque temps dans l’univers de La Femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette pour faire connaissance avec tous ces esprits extraordinaires qui essayaient de s’épanouir malgré cette époque terrible : Suzanne Meloche, bien sûr, si elle se laissait approcher, Marcelle Ferron, Muriel Guilbault, Claude Gauvreau…

Amélie : Je voudrais être avec les personnages de n’importe quel roman de Virginie Despentes, de Baise-moi à Vernon Subutex. Je suis bien avec les marginaux, les laissés-pour-compte et les maladroits qui sont si nombreux dans son œuvre. J’aimerais me plonger dans ce monde pour discuter, pleurer, hurler et rire avec eux.

  1. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner?

Julie : Je reviens toujours avec plaisir à la poésie d’Anne Hébert. Sinon, je dois dire que, même quand j’ai un coup de foudre pour un livre, il m’arrive souvent de devoir m’y prendre à plusieurs fois pour passer à travers celui-ci. Peut-être parce que l’idée de le terminer m’attriste ou parce que je ne supporte pas la force de ce que je lis. C’est ce qui m’arrive avec Ice d’Anna Kavan, un récit poétique situé dans un univers post-apocalyptique. L’atmosphère que crée Anna Kavan est mystérieuse et puissante, sa langue, magnifique.

Amélie : Ces temps-ci, c’est Vivre dans le feu de Marina Tsvétaïéva. J’ai sans arrêt envie de relire des passages. À chaque lecture, je découvre de nouvelles phrases qui me paraissent contenir un triste savoir sur le monde dont je n’avais pas encore appréhendé l’horreur.

  1. Quel est ton mot de la langue française préféré?

Julie : J’ai une affection particulière pour les mots simples. J’adore le mot « mélancolie », à la fois pour son sens et sa sonorité. Je me rappelle avoir été bouleversée par le vers de Nerval « Porte le Soleil noir de la Mélancolie »… et je le suis encore. Je suis fascinée aussi par le mot « silence ».

Amélie : Je suis plus fascinée par des expressions que par des mots en particulier. J’adore « avec force larmes » et « par la force des choses ». Ça fait peut-être de « force » mon mot préféré. J’ai toujours aimé les titres de Simone de Beauvoir : La Force de l’âge et La Force des choses.

  1. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit?

Julie : Souhaiter avoir écrit un livre revient, à mes yeux, à désirer être cette personne, avoir vécu les mêmes choses qu’elle. Je n’aimerais pas être dans les souliers des écrivain·e·s que j’admire. En revanche, je peux dire que j’aimerais beaucoup écrire un jour un livre comme We Have Always Lived in the Castle de Shirley Jackson, une écrivaine américaine, plutôt méconnue ici, qui a écrit des romans d’horreur comme nul autre.

Amélie : Je n’ai jamais envie d’avoir écrit ce que je lis. Ça serait comme être envieux du talent des écrivain·e·s que j’aime. Je ne suis pas du tout jalouse. Bien au contraire, leur talent me stimule. Je voudrais toutefois comprendre de l’intérieur comment Emily Dickinson travaillait ses poèmes.

  1. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre?

Julie : Peut-être quelque chose comme La plus optimiste des désespérées. J’ai une vision assez sombre du monde (comment faire autrement?), mais je suis toujours convaincue que, quoi qu’il arrive en ce moment, un jour tout ira mieux. Ça pourrait aussi être Sur un air de ukulélé! D’abord parce que j’ai une affection profonde pour cet instrument, mais surtout parce que le ukulélé rend tout à la fois plus mélancolique et plus joyeux.

Amélie : En sainte-matraque. C’est une expression fétiche de ma mère pour exprimer la colère, un peu comme « en beau fusil » qui est plus connu. La locution vient probablement de ma Gaspésie natale.

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Tout doit changer, et vite

Naomi Klein est une tête d’affiche du mouvement altermondialiste et anti-globalisation. Auteure, activiste et cinéaste, elle travaille sans relâche. Devenue célèbre avec son essai No Logo, paru en 1999, qui porte sur les fabriques de vêtements qui exploitent les travailleurs dans des conditions terribles (Nike reste l’exemple le plus célèbre), Klein a fait paraître un autre essai-choc en 2014 : Tout peut changer  (titre original : This Changes Everything: Capitalism vs. the Climate). Traduit chez Lux éditeur par Nicolas Calvé et Geneviève Bélanger, le livre pose l’hypothèse que le modèle économique néo-libéral actuel est irréconciliable avec les efforts nécessaires pour freiner les méfaits des changements climatiques puisque le néo-libéralisme promeut l’hyperconsommation, tant des ressources naturelles que des produits créés par l’humain. Bref, notre système est en « guerre contre la vie sur Terre » (4e de couverture).

Son argument est fort convaincant, ce qui le rend d’autant plus inquiétant. Journaliste de formation, Klein a travaillé pendant plusieurs années à la recherche pour cet essai. Le résultat est époustouflant. Avec des exemples provenant de tous les continents, Klein crée un portrait inquiétant, mais très bien recherché, de l’état de santé de notre planète.

La justice climatique

Tout peut changer traite de justice climatique. La justice climatique est un concept qui part du constat que les différents peuples de la Terre ne sont pas et ne seront pas affectés de la même manière par les changements climatiques. Grosso modo (vraiment très grosso modo, là!), les pays qui émettent le plus d’émissions de gaz à effet de serre ne seront pas nécessairement ceux qui seront les plus touchés par les méfaits causés par la fonte des glaciers, le smog dans les grandes villes, les El Niño de plus en plus violents, etc. Injustice donc. La justice climatique veut que les pays émetteurs reconnaissent ce constat et agissent en conséquence. Inutile de dire qu’on attend encore.

Lutter et espérer, malgré tout

Portrait inquiétant, voire catastrophant. Mais Tout peut changer fait aussi l’état des luttes qui sont menées partout sur le globe contre les compagnies extractivistes, contre les pipelines, contre les compagnies minières, pour le revenu minimum garanti, contre les coupes à blanc, contre le régime d’austérité en Grèce, pour la réconciliation avec les Premières Nations et la liste continue. Ainsi, Klein, et c’est là que réside toute la force de son argument, affirme que toutes les luttes pour la justice sociale sont imbriquées dans la lutte pour la justice climatique. Il ne s’agit pas de hiérarchiser les luttes, mais bien de faire des choix judicieux qui permettront de bien s’attaquer au néo-libéralisme dans toutes ses ramifications. Comment changer une vision mondiale, une idéologie, qui n’est que rarement contestée? Klein répond : « Part of it involves choosing the right early policy battles – game-changing ones that don’t merely aim to change laws but change patterns of thought » (p. 461). Ainsi, l’auteure d’origine montréalaise tricote serré la science, l’économie, la géopolitique, les problèmes éthiques et le militantisme environnemental qui forment la grande écharpe des changements climatiques dans son ouvrage.

Une voix sincère

Enfin, Klein présente le tout avec une plume très élégante qui m’a arraché plusieurs larmes au cours de la lecture. Elle a le don d’humaniser toutes les luttes, et le passage au centre du livre sur le rôle primordial des femmes dans plusieurs luttes a eu raison de moi. Les images qu’elle convoque avec simplicité sont souvent désarmantes. Voici : « In New Brunswick, for instance, the image of a lone Mi’kmaq mother, kneeling in the middle of the highway before a line of riot police, holding up a single eagle feather went viral. In Greece, the gesture that captured hearts and minds was when a seventy-four-year-old woman confronted a line of riot police by belting out a revolutionary song that had been sung by the Greek resistance against German occupation » (p. 303).

Naomi Klein est une auteure courageuse qui présente ici un livre urgent. Il a été écrit en 2014. Nous venons d’entamer 2017 et il reste encore tout à faire. Le 7 janvier dernier, il y avait une alerte au smog émise pour la région de Montréal. Ce n’est pas la dernière fois qu’on verra ça, j’ai bien peur. Tout peut changer, bien sûr. Mais au point où nous en sommes, comme le fait voir Naomi Klein, tout doit changer, et vite.
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Poèmes, illustrations et sensibilités féminines

ÉES, c’est une auteure et douze illustratrices, qui ont mis en commun leur travail.  Les créatrices ont été invitées à illustrer de courts textes poétiques rédigés par une auteure, Garance Philippe, afin de produire un écho de mots en images.

Je suis tombée sur ces quelques lignes sur Facebook, à la mi-janvier. Il ne m’en fallait pas plus pour me convaincre d’aller faire un tour au vernissage de l’exposition mettant en avant le projet, en ce premier jeudi du mois de février. Une soirée un peu frisquette mais rien pour décourager d’aller s’imprégner de poésie et belles illustrations.

J’adore quand on mélange les arts. J’ai du mal à concevoir la création comme un silo fermé. Je me rappelle qu’à l’université j’adorais les cours de littérature comparée. Je trouvais que cela était plus complet. Par exemple, on pouvait y étudier comment la littérature et le cinéma avaient une influence l’un sur l’autre. On sortait du livre en lui-même. Je vois l’art comme un tout. J’adore lire et je serai toujours sensible à de beaux mots, mais certaines personnes sont plus réceptives au visuel. Elles ont besoin de voir pour être touchées. Alors c’est magique quand on arrive à faire une œuvre artistique qui regroupe les deux sensibilités.

L’exposition ÉES est donc le résultat de cette collaboration mettant de l’avant le métissage de deux expressions artistiques. De plus, l’ensemble des artistes sont des femmes.

Les poèmes de Garance Philippe sont magnifiques en soi. Ils sont modernes, touchants et vibrants d’émotions. Ils se suffiraient à eux-mêmes, mais ils sont encore plus forts avec les illustrations à leur côté. Il faut du cran pour afficher ses mots personnels ainsi, sur un mur d’exposition. C’est, pour moi, un niveau de plus que donner ses poèmes à lire à ses lecteurs, dans l’intimité de son salon. De plus, elle s’est donné un défi et une crainte de plus, en laissant la totale liberté aux illustratrices d’illustrer ses mots. Mais le résultat est réussi!

C’est une très belle initiative. Je vous recommande fortement d’y aller. L’exposition est gratuite et se tient jusqu’au 17 mars. Belle activité pour un petit soir hivernal. Elle se visite rapidement, mais après, vous pouvez toujours aller faire un tour au Marché Atwater ou boire un verre pour vous réchauffer dans un des nombreux bars sympathiques du quartier!

Jusqu’au 17 mars.

Centre culturel Georges-Vanier
2450 rue Workman
Montreal, Quebec

LES IMPLIQUÉES : Amanda Di Genova (NOVA/Elektrek Clothing) Amelie Dionoski Audrey Malo Céline Dastous (@pewpewkid) Laurence Eulalie Laurianne Poirier – illustration & sérigraphie Lydia Marier (LmarierArtiste) Marie-Laure Plano (Lili Graffiti) Maxilie Martel (@monosourcilone) Maylee Keo Illustration Mc Baldassari Artwork Sonia Roy (So Meow)

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