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Êtes-vous un potentiel giflé? ou L’art de la gifle en 7 leçons par Roxanne Bouchard

La gifle de Roxanne Bouchard est un petit bijou. Je vous le dis tout de suite. Méconnu de l’auteure dont les autres titres ont fait plus de bruit – Whisky et paraboles, Nous étions le sel de mer, le monologue amoureux J’t’aime encore – c’est un « mini » roman qui a l’aplomb d’une brique de 500 pages, mais la légèreté de la courte nouvelle, la puissance d’un raz-de-marée et le goût décadent, mais fin d’un dessert de chez Juliette et Chocolat. En bref, c’est du béton, mais aussi du bonbon pour l’esprit, attachez votre tuque, vous risquez d’être échevelé!

Le roman met d’abord en scène l’histoire rocambolesque de François « Francesco » Levasseur, peintre médiocre et coureur de jupons. Les péripéties autour de sa vie d’artiste, sa famille italienne et ses aventures amoureuses lui réservent un lot de surprises et de désagréments. On peut le dire, François Levasseur a un don inné pour se mettre les pieds dans les plats, mais surtout une croyance aveugle en la vie et en sa « luck ».

François Levasseur n’est pas vraiment un raté – on ne peut pas dire ça. Mais on ne peut pas dire non plus qu’il a de l’allant. Célibataire à trente-sept ans, il est ce qu’on appelle communément un « fils à maman » qui joue depuis plusieurs années les peintres du dimanche en s’imaginant qu’un jour l’auréole de la gloire va lui tomber sur la tête. 

Puis, dispersées entre les chapitres de l’histoire de Francesco, on retrouve les parties d’un manuel cocasse portant sur l’histoire de la gifle, qui donne le mode d’emploi de base pour ceux ou celles qui aimeraient s’y mettre (ou quelques informations utiles pour ceux qui s’y connaissent déjà).

Un peu d’histoire? Consultez la section I « Apparition de la gifle » :

Au Québec, on ne giflait pas. On fessait, on donnait des volées, des raclées, des coups de poing. Des fois, on se faisait swigner une claque en arrière de la tête, on recevait une tape ou une taloche. […] Ce n’est qu’en 1972, dans un petit village du Bas-du-Fleuve, que la première gifle a brutalement retenti sur une joue québécoise, importée par une main italienne. 

Vous souhaitez perfectionner votre technique giflatoire? Consultez la section III « Le mouvement giflatoire » :

D’abord, la position de la main imite celle de la bénédiction papale, mais le geste doit être beaucoup plus vif, hardi et résolu. Le bras de la giflante s’élance vers sa cible avec la grâce des ballerines et la force du lanceur de baseball. 

Vous êtes victime d’une situation d’humiliation insupportable et souhaitez obtenir une vengeance satisfaisante? Vous trouverez ce qu’il vous faut dans la section VII « L’importance de réussir la gifle ».

Sinon, êtes-vous un potentiel giflé? Une giflante naturelle?

L’histoire de François Levasseur se moule aux contours de ce guide amusant. De chapitre en chapitre, si c’est de pire en pire pour lui, la scène finale présente un cocktail enflammé de vérités houleuses dévoilées qui finira assurément par une… je ne vous le dirai pas, mais vous vous en doutez sûrement!

Bref, ce petit roman est d’une fraîcheur sublime et l’écriture est un délice sans fin. On se fait entraîner dans les phrases allantes et humoristiques de l’auteure, dans ses dialogues punchés époustouflants (à se rouler par terre, devrais-je dire!), par ses réparties et ses descriptions exquises qui ont du panache et du chien.

Bref, lancez-vous sans attendre, vous ne serez pas déçu! Et bonne nouvelle, ce petit livre vient tout juste d’être réédité chez Typo.

Et qui sait, peut-être êtes-vous un giflant-né?

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Nos suggestions de roman écrit par une femme pour le mois de mars du défi #jelisunlivrequébécoisparmois

Pourquoi mettre encore comme contrainte un «roman écrit par une femme» pour le mois de mars ? Je ne vous le cacherai pas, je suis féministe et c’est l’une des valeurs du Fil rouge. Vous pourriez constater que lorsque nous nommons des classiques, ce sont souvent des livres écrits par des hommes qui nous viennent en tête. Faites le test vous-même.

Je juge important de souligner le travail de toutes ces femmes québécoises et c’est pourquoi je vous invite à lire un livre écrit par une femme.

Je vous invite également à partager vos lectures sur notre groupe «Un livre québécois par mois», ainsi que sur instagram avec le #lefilrougelit !

Les lectures ou suggestions des fileuses :

  • Ma lecture sera Partir de rien de Maude Nepveu-Villeneuve. Tout simplement parce que c’est un roman que j’ai reçu dans l’un des coffrets littéraires du Fil rouge. Je me dis que ça doit être un bon choix !
  • La lecture de Martine« Ce mois-ci est définitivement le plus facile! Il suffit simplement que ma vie continue exactement comme elle est depuis quelques années pour réussir ce bébé-fafa défi. C’est important pour moi et dans ma vision éditoriale du Fil Rouge, de mettre de l’avant des œuvres écrites par des femmes, tout simplement parce qu’en littérature aussi, nous sommes mal représentées dans les médias, les institutions, etc. Bref, ce mois-ci, je pense lire le tout dernier roman d’India Desjardins, La mort d’une princesse. Ce livre semble correspondre à ce que j’ai besoin en ce moment : du divertissement léger qui fait du bien. On s’en reparle a la fin du mois 😉 »
  • Émilie Ratté lira L’imparfaite amitié de Mylène Bouchard.
  • Caroline Matte lira  La mort d’une princesse d’India Desjardins.
  • Marjorie Belisle lira Les murailles d’Érika Soucy : «fait trop longtemps qu’il me zieute dans la bibliothèque».
  • Anne-Mary Shink lira Les tranchées de Fanny Britt.
  • Amélie Panneton lira Au péril de la mer de Dominique Fortier.
  • Laurence Lacroix lira Et au pire on se mariera de Sophie Bienvenu.
  • Karine Ruest lira Hiroshimoi de Véronique Grenier.
  • Clara Lagacé lira Oscar de Profundis de Catherine Mavrikakis.
  • Marjorie Réhaume lira Prague de Maude Veilleux.
  • Andréanne Lauzon lira La corde à danser de Nathalie Loignon.
  • Alexandra Girard lira Manuel de résistance féministe de Marie-Ève Surprenant.
  • Vanessa Coutu : «Je vais m’initier à l’univers d’Annie-Claude Thériault par Les filles de l’allemand, l’histoire de sœurs jumelles séparées durant leur enfance, une histoire générationnelle tragique. Je suggère aux lecteurs/lectrices du blogue de découvrir Les maisons de Fanny Britt, Hiroshimoi de Véronique Grenier & Déterrer les os de Fanie Demeule.

D’autres suggestions de lectures :

Autour des livres : rencontre avec Mireille Bertrand, attachée de presse

Mireille Bertrand oeuvre comme attachée de presse dans le domaine du livre depuis près de 30 ans. Débutant sa carrière aux éditions françaises, c’est auprès des plus grands éditeurs qu’elle apprend le métier ;  Larousse, PUF, Actes Sud, L’École des loisirs, Armand Colin, Québec Amérique, etc. Grande passionnée, elle décide ensuite de voler de ses propres ailes en fondant sa propre entreprise dans le milieu du livre. Nous lui avons donc soumis notre fameux questionnaire Le Fil Rouge, afin de mieux connaître ses goûts et ses habitudes en ce qui concerne la lecture et l’écriture.

1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?

En 4e année du primaire, j’avais gagné un prix et mon professeur avait ouvert sa belle grande armoire en bois gardée sous clé dans laquelle se trouvaient plusieurs items tous intéressants pour des jeunes de mon âge. Je me souviens avoir choisi un très bel album (il était très grand), et il s’intitulait: Une poule, un oeuf et un bâton. Je me rappelle de l’avoir lu des dizaines et des dizaines de fois. 

 2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?

J’ai institué un rituel de lecture avec mes enfants lorsqu’ils étaient jeunes, une lecture chaque soir avant le dodo. Mais dans mon temps, ça existait peu. Tout ce que je me souviens, c’est que mon père avait acheté, autour de mes 12-13 ans, une encyclopédie illustrée en plusieurs volumes et  j’ai dévoré ces livres qui traitaient de tous les sujets (géographie, histoire, santé, sciences, géologie, mathématiques, etc.).

Oui, maintenant, j’ai un rituel de lecture. Je lis tous les soirs avant de me coucher, et une heure ou deux durant le week-end. En plus de lire tous les livres dont je m’occupe en tant qu’attachée de presse.  Et lorsque je suis en vacances, je me perds dans les livres durant des jours ….

 3. As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

J’ai déjà écrit un livre,  en 2006.  À ce moment-là, je me suis donnée une discipline d’écriture avec beaucoup de rigueur. J’écrivais le matin, tôt. Sinon, j’écris pour moi, dans un carnet où prennent forme certains poèmes, ou simplement des petites pensées. Également, je garde en note des citations d’écrivains que je trouve jolies.

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?

Le titre Paroles d’hommes, de Mathias Rioux chez Québec Amérique m’a donné le goût d’écrire par la suite L’obstacle d’une différence, chez Québec Amérique également (même collection). Les livres de bons écrivains m’inspirent beaucoup, m’émeuvent… mais pas nécessairement pour écrire. Certains livres m’amènent souvent à la réflexion.

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ? 

Plus jeune, Le petit prince, de Saint-Exupéry. Ensuite, Le matin des magiciens, de Pauwel et Bergier. Principalement « L’admirable texte de Gustav Meyrink ». Ces deux livres parce qu’ils m’ont aidé à cheminer, à comprendre qui je suis et pourquoi j’existe, afin de poursuivre une belle évolution. Le livre Le matin des magiciens fut mon livre de chevet durant près de dix ans.

 6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel ?

Je peux dire que j’ai la chance de pouvoir le vivre à chaque jour. Mon amoureux est poète et directeur littéraire d’une maison d’édition, et je suis attachée de presse dans le milieu du livre. Notre environnement est baigné d’amis écrivains, où les discussions autour de la littérature nous nourrissent et nous emplie de bonheur.  

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner ? 

Poésie complète d’Arthur Rimbaud mais aussi, pour une toute autre raison, Dialogues avec l’ange – édition intégrale (Aubier).

8. Quel est ton mot de la langue française préféré ?

Il y en a plusieurs. Voici l’un d’eux: splendeur.

 9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ?

Les misérables, de Victor Hugo.  

 10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre ?

«Ma vie, sans artifice» 

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Ce qu’on a lu comme album ou roman jeunesse en février #Jelisunlivrequébécoisparmois

La lecture de roman ou d’album jeunesse est toujours un plaisir. Souvent, ça me permet de retourner en enfance et j’adore vivre ce sentiment de nostalgie. J’aime aussi retrouver ces auteur-e-s ou personnages qui ont été mes premiers amours. Cela me permet de prendre des petites pauses de mes lectures un peu plus sérieuses, quoique certains sujets abordés dans ces romans peuvent parfois créer plus d’émotions, que ce soit par nostalgie ou par l’ouverture d’anciennes blessures.

Ma lecture du mois de février n’était pas très légère. Effectivement, j’ai enfin pris le temps de lire «L’enfant mascara» du talentueux Simon Boulerice (j’ai pu remarquer sur le groupe Facebook «Un livre québécois par mois» que ce roman semblait très populaire).

Je ne vous cacherai pas que j’adore le travail de cet auteur. Je suis tombée sous le charme de tous ses romans ou albums jeunesse. Boulerice a une plume franche, qui par ses propos, nous fait réfléchir. Les sujets qu’il aborde dans ses histoires nous remettent souvent en question.

Dans «L’enfant mascara», Boulerice nous raconte l’histoire de Larry Leaticia, un-e jeune transexuel-le. Dans ce roman, il est question de quête d’identité, d’intimidation et d’affirmation. Malgré tous les malheurs vécus, Larry Leaticita s’affirme et n’a aucune honte à montrer son vrai visage et à démontrer ses sentiments. Malheureusement, c’est cette audace qui le/la mènera à sa perte. Ce que j’ai adoré dans cette lecture, c’est l’écriture très colorée et les propos provocants qu’utilise l’auteur. Je trouvais cependant que les sentiments du personnage étaient exagérés, même absurdes. Tel le syndrome de Stockolm, Larry Leaticia aime de plus en plus sont agresseur, surtout lorsque celui-ci lui démontre son dégoût. Je crois que c’est ce qu’il y a de plus fascinant chez ce personnage.

Et vous qui l’avez lu, qu’en avez-vous pensé ?

La lecture de Martine

Ce mois-ci, je me suis plongée l’instant de quelques minutes seulement dans le tout premier roman par poèmes de Jonathan Bécotte, Souffler dans la cassette. Dès que j’ai reçu le communiqué de presse concernant ce roman, j’ai eu envie de le découvrir parce que le titre inspirait un sentiment de nostalgie directement lié à mon enfance. Enfants des années ’90, souffler dans la cassette, c’est un geste commun des plus futiles qu’on faisait quand le Super Nintendo ne fonctionnait plus et qu’on désirait bien fort jouer à Mario. Et bien, cette lecture c’est tout cela ; de la douceur, de la nostalgie et surtout de la belle tendresse.

On y découvre deux petits garçons, des meilleurs amis. Ce sentiment enfantin si près du sentiment amoureux est pur, sain et tellement fort. J’ai été émue par l’écriture toute en émotions de Jonathan Bécotte et je me suis laissée emporter par cette histoire d’ami-amour. Il n’y a rien de plus pur et fort qu’une amitié d’enfant, de celles qu’on veut qu’elles durent toute la vie. Vraiment un très beau premier roman que je conseillerais surtout aux adultes pour revivre toute la beauté de l’enfance et de ses sentiments si honnêtes et puissants.

La lecture de Marjorie R.

« Pour février, j’ai décidé de relire Marie-Tempête de Dominique Demers. Je l’avais lu au secondaire et je ne me rappelais que de quelques bribes de l’histoire, dont la fin que j’avais trouvé si étrange. En relisant l’histoire avec un oeil d’adulte, c’est certain que c’est différent. J’ai eu de la misère à comprendre comment Marie-Lune ne s’est pas rendu compte de la maladie de sa mère, mais en même temps c’est aussi très facile de retomber dans toute cette tempête d’émotions qui nous assaille à l’adolescence. J’ai été très touchée par les lettres de la mère de Marie-Lune, à en pleurer à chaudes larmes. L’histoire est tellement vraie et dure à la fois,  je me suis même dit que ça doit être un peu lourd à lire en tant qu’ado. J’étais contente de me replonger dans cette étrange fin avec le couvant et les soeurs silencieuses, bien que j’aie toujours un peu de misère avec l’aspect religieux, j’ai apprécié l’importance de ce passage dans l’histoire. C’est vraiment une lecture que je conseille de relire – ou lire- même à l’âge adulte. »

Les lectures d’Amélie Panneton

« Louis parmi les spectres, Fanny Britt & Isabelle Arsenault : On ne se tanne pas des douceurs de ce livre. Parfait pour les tempêtes de neige & les thés très forts, quand l’en-dedans cherche une façon de parler aux colères du dehors.

Zazie, tome 1: Ça va être correct, Marie-Renée Lavoie : Charmant comme c’est pas possible. Il y a un bel équilibre entre les moments franchement drôles et ceux, bien dosés, qui viennent chatouiller nos petites tristesses de fond de gorge. »

La lecture de Vanessa Coutu

«Ce mois-ci, j’ai dévoré Souffler dans la cassette de Jonathan Bécotte, le parfait ode à la jeunesse et à l’amitié. Ma critique plus approfondie se trouvera sur le blogue prochainement.»

 

Pourquoi l’amour fait mal?

Il n’est pas toujours facile de justifier mon choix d’aller faire un doctorat en sociologie. Certains pensent que ce n’est pas une «vraie science», d’autres ajoutent que les sociologues sont juste des «pelleteux de nuage», plusieurs croient que je n’arriverai pas à trouver un bon emploi stable dans mon domaine. Bref, toutes les raisons sont bonnes pour me décourager, pourtant quand je lis un livre comme celui d’Eva Illouz, je sais que j’ai pris la bonne décision en choisissant la sociologie. Avoir un regard sociologique, c’est se montrer curieux face à une situation, c’est une volonté de mieux comprendre les mécanismes et les constructions sociales, une meilleure compréhension de la société dans laquelle on évolue permet d’agir sur celle-ci.

Une meilleure compréhension de l’amour à l’époque contemporaine dans le monde occidental, voilà donc l’ambition de l’autrice. Si vous pensiez avoir affaire à un livre de «psycho-pop» pour vous aidez à gérer votre vie amoureuse, vous serez déçu. Par contre, si vous souhaitez mieux comprendre comment l’amour est socialement codifié aujourd’hui, vous serez renversé!

«L’ambition de ce livre a ainsi été de traiter les émotions -ou du moins l’amour romantique- comme Marx les marchandises, et de montrer qu’elles sont façonnées par les rapports sociaux, qu’elles ne circulent pas librement et sans contraintes, que leur magie est une magie sociale, et qu’elles contiennent et condensent les institutions de la modernité.» p. 439

Dans son livre, la sociologue remet en question nombre de nos perceptions sur l’amour, parmi lesquelles elle met en doute la peur de l’engagement des hommes, avançant plutôt que le besoin d’engagement n’arrive pas au même moment pour les hommes que pour les femmes. En effet, le fait que l’on construise le corps de la femme comme une unité définie par la chronologie, la fameuse horloge biologique, pousse les femmes à vouloir s’engager plus tôt, de peur de «passer date».

Eva Illouz est rapidement devenue ma référence pour analyser, comprendre et expliquer mes relations amoureuses comme celles des autres. Il est alors devenu évident que nous ne sommes pas entièrement responsables de nos déceptions amoureuses. La structure sociale dans laquelle nous évoluons, les codes culturels que nous suivons, déterminent en partie la façon dont se déroulent nos péripéties amoureuses.

C’est pour cette raison que l’ouvrage d’Illouz est sans aucun doute un livre qui fait du bien. Au lieu de nous dire comment flirter, comment agir, quoi faire et ne pas faire pour que notre couple fonctionne, elle nous explique simplement comment il y a parfois un décalage entre nos attentes et la réalité. C’est cette connaissance qui fait du bien, qui nous donne le pouvoir d’agir sur notre vie. Votre vision de l’amour ne sera plus jamais la même!

Et vous, avez-vous parfois l’impression qu’il y a quelque chose hors de votre contrôle qui influence irrémédiablement votre vie?

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Quand les hivers deviennent éternels

Je vous présente une lecture parfaite pour les amoureux-ses de l’hiver, ainsi que ceux-celles qui aiment un univers fantastique.

C’est grâce à la bédéiste D. Mathieu Cassendo (La petite suceuse) que j’ai découvert CAB. C’est l’année dernière, lors du Festival Montréal en BD qu’elle m’a présenté l’artiste et sa BD. Je trouvais déjà le titre attirant. J’étais prête à découvrir l’univers de cette nouvelle bédéiste.

On se retrouve dans un Montréal futuriste, mais tout de même pas si lointain. Dès le début de notre lecture, j’apprends qu’une usine nucléaire a explosé à Montréal, ce qui crée un hiver éternel. Les radiations n’ont pas seulement plongé Montréal dans un hiver constant, elles ont également transformé quelques-uns de ses habitant-e-s en « mutants ». On retrouve alors des personnages à la peau verte, d’autres avec seulement un œil ou encore une force incroyable, ce qui fait en sorte de mettre encore plus d’intrigues à l’histoire. Et c’est ce qui est intéressant avec cette BD, Montréal prend beaucoup de place. CAB fait en sorte de mettre quelques petits clins d’œil forts sympathiques, rendant la lecture encore plus personnelle.

J’ai fait la rencontre de Flavie, une jeune femme peu sociable et qui est satisfaite de vivre dans cet hiver qui la protège justement du monde extérieur. Son travail est de faire des livraisons en motoneige, lui permettant de limiter les contacts avec les autres. Ce qui est plutôt surprenant avec Flavie, bien qu’elle semble aimer le fait d’être seule, elle est toujours au rendez-vous pour protéger ses ami-e-s, que ça soit les remplacer au travail ou lors d’une chicane. C’est justement lors d’un repas payé par sa meilleure amie qu’elle fait la rencontre de Marco. Comble du hasard, sa prochaine commande est justement pour la copine de celui-ci. Et comble du malheur, Madame n’est pas satisfaite du service, voilà que la « guéguerre » entre les deux filles commence.

Forcée de devoir aller chercher une nouvelle commande pour Marco, Flavie doit affronter la tempête en compagnie de celui-ci, car il a honte du comportement de sa blonde. Cette nouvelle balade nous permet de découvrir un Montréal enneigé et complètement changé. Certains quartiers sont maintenant inaccessibles, car il y a trop de neige. Les déneigeurs travaillent tous les jours et sont épuisés. Lors de cette nouvelle commande, Flavie et Marco font la rencontre de nouvelles créatures sauvages montréalaises, dont un bébé raton-polaire (autrement dit, un raton-laveur qui a subi des effets de la radiation) que Flavie sauvera. Mais, ils doivent surtout affronter les itinérants-mutants!

Dans le second opus (Hiver nucléaire 2), je fais la rencontre de nouveaux personnages, dont la sœur de Flavie! J’apprends que leurs parents ont déserté le Québec, comme beaucoup d’autres Québécois, pour la chaleur. Rapidement je constate que Flavie et sa sœur Elsie sont complètement différentes l’une de l’autre. Et c’est avec sa sœur que Flavie vivra de nouvelles aventures.

À la fin, j’ai fait la rencontre d’une Flavie sensible et qui finalement n’aime peut-être pas nécessairement sa solitude.

Que pensez-vous de ce genre de roman/roman graphique?

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Littéraires, Les Simone ?

C’est avec impatience que j’ai attendu l’arrivée sur les ondes de la série Les Simone. J’ai toujours aimé les univers féminins pluriels. Voir les différents personnages de femmes emmêler leurs vies : je ne m’en lasse pas. En plus, une série avec un titre qui évoque Simone de Beauvoir : j’avais des attentes. Et puisque je cherche la littérature un peu partout, je l’ai cherchée dans la série. Bien que je n’aie pas l’impression que l’aspect littéraire structure l’émission, il alimente certainement ces quatre Simone qui se remettent en question et se réinventent constamment.

Maxim

En lisant le livre autobiographique Mémoire d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir et en regardant Les Simone, une réflexion commune s’impose: quels choix s’offrent à une femme qui désire faire autrement ?  La jeune Simone, tout comme Maxim, aspire à autre chose qu’une vie rangée avec un mari et une maison. Pour de Beauvoir, c’est une vie riche du point de vue intellectuel qui prime, elle veut se dédier entièrement à écrire. Du côté de Maxim, c’est la curiosité qui la pousse à agir et à quitter le connu pour aller vers l’inconnu. À travers cette démarche, elle veut apprendre à se connaître ; chose que sa vie bien encadrée et déjà toute tracée ne lui avait jamais permise de faire auparavant. Ainsi, elle explore différentes voies afin de trouver ce qui lui donnera envie de se lever chaque matin. Bien qu’il soit question d’époques différentes, les deux œuvres racontent une histoire semblable: celle de la prise de conscience d’une femme qui n’a pas l’intention de se conformer à ce qu’on attend d’elle. Tout comme l’a fait Simone de Beauvoir à travers ses écrits, Maxim évoque entre autres le thème du désir entre femmes et comment celui-ci est perçu dans la société. Ce personnage questionne également le rôle qu’on attribue à une femme dans une relation et au sein d’une famille: elle ébranle les structures qui l’étouffent.

Laurence

Au cours de la série, la question amoureuse est un véritable leitmotiv. Le thème du couple – dans ses formes multiples – est grandement exploité. Comme l’a fait Roland Barthes dans son ouvrage Discours du fragment amoureux, les épisodes mettent en scène l’attente amoureuse, la déception, la passion, l’angoisse. C’est principalement à travers le regard de Laurence que ces sujets sont évoqués, on apprend à connaître celle-ci à travers sa relation de couple. Mais si la figure de l’amoureuse est ce qui la caractérise, elle démontre que lorsqu’une situation bafoue ses limites et son intégrité, elle peut reprendre le dessus. Si elle semblait jusque-là se donner corps et âme à son couple, elle met autant de vigueur à se déprendre de celui-ci et à retrouver sa puissance d’agir, temporairement endormie.

Élizabeth

Soeur de Maxim, Élizabeth bouleverse et émeut par son extrême lucidité face à sa situation. Avocate destinée à avoir une grande carrière, elle reste désormais à la maison pendant que son mari travaille. Cette situation n’est pas sans rappeler La femme gelée d’Annie Ernaux : il s’agit dans les deux cas d’une femme qui regarde sa vie passer avec apathie, étrangère à celle-ci et sans réel contrôle sur son déroulement. Prise dans des structures qui la paralysent. À sa façon, Élizabeth témoigne du fait que personne n’est à l’abri d’une perte de contact avec soi-même. Dans une ultime tentative, elle tente de bousculer ses habitudes et sa routine afin de sentir quelque chose. Les prises de conscience de Maxim l’amènent à vouloir elle aussi choisir sa vie, et non seulement la subir.

Nikki

Le personnage le plus littéraire, à mes yeux, est certainement Nikki. C’est principalement par son entremise que surgissent Barthes, de Beauvoir, ainsi que Laclos et Les liaisons dangereuses. À travers ses éclats, elle questionne les tabous sur la sexualité au féminin, mais aussi le regard des femmes entre elles. Ainsi, elle déplore le fait que les critiques les plus virulentes qu’une femme puisse subir viennent souvent de ses consœurs. Si la liberté sexuelle était une pierre angulaire de l’oeuvre de Beauvoir, le personnage de Nikki rappelle que cette question est toujours d’actualité. Ainsi, cette Simone confronte les trois autres par ses choix de vie, notamment à travers le travail du sexe et les relations extraconjugales. Mais si ce personnage est celui qui réclame le plus son droit de vivre une vie dédiée à l’art et à la jouissance, elle ne rejette toutefois pas l’amour. Cette citation de Barthes qu’elle écrit et affiche sur le mur de Maxim en témoigne :

« Suis-je amoureux? Oui, puisque j’attends. »

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Un dialogue féministe et littéraire

En complément à la série, ici.tou.tv offre de courts épisodes où l’on peut voir les comédiennes et l’auteure Kim Lévesque Lizotte discuter des enjeux soulevés par Les Simone. Le pont est ici effectué entre la fiction et la réalité, ces dernières commentent la série et s’expriment à propos de leur expérience personnelle. Car au fond, si les épisodes ne tournent pas strictement autour de Simone de Beauvoir et la littérature, ils permettent d’ouvrir un dialogue et de créer des réflexions du même ordre que ces œuvres littéraires. À travers cette série présentée en 2016, on constate que les rôles normatifs présents lors de la parution de Mémoire d’une jeune fille rangée en 1958 restent encore à défaire, ils sont toujours bien ancrés. Mais à chaque épisode des Simone, c’est un pas de plus vers la compréhension et l’acceptation de vies diversifiées de femmes. La série sort ainsi de son cadre contemporain pour s’inscrire dans une lignée de féminisme et de personnages au féminin de toutes les époques.  Elle sera – je l’espère – l’instigatrice de plusieurs œuvres à venir.

Illustration: Annick Gaudreault 

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Passer du livre à l’écran, une bonne idée ?

Avec la sortie du dernier livre de la saga Harry Potter, plusieurs fans se sont lancés dans un marathon télévisé de l’intégralité des films et d’autres se sont plutôt tournés vers une relecture de la version originale romancée. Cette fureur médiatique m’a permis de réfléchir sur les fameuses adaptations cinématographiques. Dans certains cas, elles sont plus que réussies et fidèles à la réalité et dans d’autres, elles sèment l’émoi et sortent les lecteurs de leurs gonds. Mais pourquoi exigeons-nous, en tant que lecteurs, une si grande précision de la part du réalisateur ?

Des interprétations divergentes 

Le livre est un objet complexe. L’action de lire nécessite une importante activité cérébrale. Des pages et des mots sont sous nos yeux, il en revient à nous seul d’en déchiffrer le sens. Les images, les sensations et les personnages, nous les créons, nous les imaginons. L’auteur nous offre une description, certes, mais le résultat final en revient toujours au lecteur et varie considérablement selon un amalgame de facteurs : la compréhension du lecteur, ses origines, ses croyances, son bagage intellectuel et bien sûr, ses goûts personnels. Si, par le biais du livre lui-même, les lecteurs ne s’accordent pas tous sur une version universelle de l’œuvre, comment un réalisateur peut-il parvenir à respecter les attentes de tous ses téléspectateurs ? Il faut se rappeler que le cinéaste est un artiste lui aussi. Il est donc normal que l’on retrouve son style et sa vision artistique dans l’œuvre adaptée.

Un imaginaire difficile à mettre sur pied

Au niveau pratique, vous me voyez venir, tout n’est pas non plus réalisable. Certains éléments qui se retrouvent dans la version écrite comme les pensées des personnages, les rêves et les relations sont parfois difficiles, voire impossibles, à intégrer dans une version visuelle du roman ou de la série. Certaines balises, notamment de temps, peuvent également freiner la précision de l’adaptation. Un roman de six-cent pages créerait un film trop long, mais il serait nécessaire d’ajouter du contenu pour en faire un second. Les lecteurs s’en voient alors affectés puisqu’ils ont l’impression de s’éloigner du livre qu’ils avaient tant aimés.

Or, toutes les adaptations cinématographiques ne sont pas mauvaises. Harry Potter, Orgueil et préjugés, Hunger Games ainsi qu’un de mes films/romans préférés Gatsby le magnifique sont, à mon avis, très fidèles et complémentaires à leur version littéraire. Encore là, il s’agit d’une question de perception.

Si vous en avez l’occasion, lisez le roman après avoir vu le film. Sans préjugé, vous pourrez donc l’apprécier et par la suite vous lancer dans son homonyme littéraire. La déception et l’appréhension seront ainsi moins grandes.

En tout et pour tout, rappelez-vous que même s’ils portent le même nom, il est possible qu’un film aborde un angle différent du livre que vous avez lu et apprécié. Restez ouverts à une vision artistique différente de celle de l’auteur. Qui sait, peut-être que certains passages vous surprendront! Et vous, quelle est la meilleure adaptation que vous ayez eu la chance de voir ?

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Les choses immuables : ces relations qui sont faites pour durer

J’ai commencé à lire Les choses immuables d’Éléonore Létourneau durant une période charnière de ma petite existence. Le genre de période où plus rien n’a vraiment de sens, où tout semble s’éclipser dans le néant des questionnements, dans le je-sais-pus-où-ma-vie-s’en-va. Le poids des choix que je devais prendre – que je m’efforçais de prendre – me semblait trop lourd à porter, pour l’instant.

Il fallait choisir, mais je trouvais difficile de laisser tomber des rêves pour d’autres, de favoriser une voie plus qu’une autre.

Trop difficile.

Je n’y arrivais pas. Je voulais tout. Et ne rien concéder.

C’est à ce moment que les mots d’Éléonore Létourneau sont arrivés dans ma vie. Juste à point. À cet instant précis où tout s’effondrait, où j’en avais le plus besoin. Je me suis retrouvée, avec justesse, à travers chacune des remises en question des personnages de Louis, Hélène, Virginie et Mathieu, qui à l’orée de la quarantaine ne savent plus s’ils ont bien fait de s’enfoncer dans la banalité de la routine. Les jours se ressemblent sans aucune surprise. Les années se sont succédées sans trop de questions. Les années ont passé dans l’oubli de l’essentiel, se perdant dans les obligations qui prennent toujours trop de place, s’effaçant dans le métro-boulot-dodo.

Les années ont passé et elles ne reviendront pas.

« Elle était morte comme l’ombre d’elle-même. Probablement plus vite parce qu’il ne lui restait plus rien à quoi s’accrocher. Il n’arrivait pas à chasser l’idée que c’était un peu sa faute, qu’il n’avait pas su être présent quand il le fallait, quand il avait encore la possibilité de changer le cours des choses. Il l’avait abandonnée. »

Certains passages sont parfois lourds, à la limite du pessimisme, parfois étincelants d’espoir, mais cette lecture est surtout empreinte de cette vérité qui frappe de plein fouet et qui remet les priorités aux bonnes places. Ces priorités qu’on néglige souvent, à la manière des personnages qui ont ce sentiment, regrettable, de s’être laissés guider par la vie, plus que de l’avoir guidée d’eux-mêmes.

Ce sera le décès de la mère de Louis, à la suite d’un deuxième AVC, qui chamboulera toutes les idées préconçues des personnages qui verront dans cette fin inévitable le reflet de tout ce qu’ils ont oublié, au fil des années. Durant une année complète, on suit donc le quatuor, formé de deux couples, qui se connaît depuis toujours et qui n’envisage pas la vie les uns sans les autres.

Ainsi, à travers la plume sensible et poétique de Létourneau, on suit les réflexions, les déboires, les erreurs, les écarts de Louis, Hélène, Mathieu et Virginie qui, sentant les années filer entre leurs doigts, se questionnent sur le sens de leurs choix. Et je dois dire que, malgré ma vingtaine, j’ai ressenti toute la détresse de ces quatre humains sur le bord de l’envie de tout lâcher, maintenant, tout de suite, pour tout recommencer pendant qu’il est encore temps.

« Elle avait le sentiment que cette vie l’avait choisie plutôt que l’inverse. Elle ne pouvait blâmer qu’elle-même, elle s’était laissée porter par le cours des événements, mais il était encore temps de bifurquer, disait-elle, précisant sans laisser place au contre-argument que ce serait mieux pour tout le monde. »

Ce roman – le deuxième de l’auteure qui a fait paraître en 2014 Notre duplex – est une ode à ce qui est voué à tenir le coup, malgré tout. À ce qui est immuable. On lit, dès les premières pages, « il fallait apprendre à durer ensemble ». Et c’est là toute la beauté de ce récit : les bifurcations maladroites, les tourments de la maternité, les crises existentielles, les projets qui ne voient jamais le jour, les carrières qui s’effritent, l’amour qui se perd pour mieux revenir, tout ça n’entache que partiellement, et temporairement, les relations qui sont faites pour durer.

Et c’est le cas, évidemment, de ce quatuor dont les amitiés et les amours traversent le temps, magnifiquement, mais avec difficultés et efforts pour préserver ces liens qui aident à franchir, avec un peu plus de légèreté, l’existence.

Malgré le cynisme qui pèse parfois les mots, on y retrouve beaucoup d’espoir tout au long de la lecture.

On y retrouve, surtout, la beauté de ces relations qui sont immuables.


Le fil rouge tient à remercier les éditions XYZ pour le service de presse.

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Les classiques? Oui, mais non

Depuis quelques semaines, je suis un cours sur l’enseignement de la littérature au collégial. Ce séminaire nous invite à réfléchir sur le choix des corpus et sur ce qu’est la littérature marquante pour nous, futurs et futures enseignants et enseignantes au cégep (du moins, on l’espère tous). Cette réflexion n’est pas banale et de multiples questions me trottent dans la tête depuis que je me suis penchée sur le sujet. Je tenais donc à vous faire part de mes impressions dans cet article.

Les devis du ministère

De prime abord, les devis du ministère demandent aux enseignants du collégial de faire lire des oeuvres qui « ont marqué l’histoire de la littérature d’expression française. » Ce genre d’affirmation suscite de nombreuses interrogations selon moi. D’emblée, marquantes selon qui? Au moment même où vous lisez ces lignes, chacun n’a pas en tête les mêmes titres. D’une part, parce que la lecture a quelque chose de très personnel. Nous ne sommes pas tous touchés par les mêmes auteurs, les mêmes livres, les mêmes courants et les mêmes lignes. D’autre part, parce que nous n’avons pas nécessairement des définitions identiques de ce que sont la littérature légitime et la paralittérature (je n’aime pas trop ce terme, mais c’est à des fins de compréhension). Ce qui nous amène au point deux : La littérature légitime et la paralittérature.

La littérature légitime et la paralittérature

Quelle question que de tenter de se positionner! La littérature légitime entre guillemets c’est celle qui fait partie du canon littéraire. Les Balzac, Baudelaire et Molière de ce monde. Il est aussi possible de la classer par genre. La poésie romantique, le théâtre de l’absurde et le roman de l’époque classique pourraient être de fiers représentants de la littérature légitime au sens où l’entend une grande majorité. En contrepartie, la paralittérature c’est Harry Potter, l’oeuvre d’Isaac Asimov et celle des poètes plus obscurs. La science-fiction est le typique mal-aimé de ceux qui se disent les grands littéraires. Et si pour moi, et je me considère comme une pas pire littéraire, l’oeuvre de J. K. Rowling pouvait être mise sur le même piédestal que celle de Proust? Et si je désirais comparer la poésie et l’écriture d’observation du poète Charles Baudelaire à celle du poète contemporain Marc-Antoine K. Phaneuf? Je suis persuadée que des savoirs et des savoir-faire pourraient être enseignés dans ces circonstances. Alors pourquoi autant d’enseignants du collégial s’évertuent encore à ne mettre que des classiques à leur corpus? Ce qui nous amène au point trois : Les classiques.

Les classiques

Évidemment, je ne suis pas contre la lecture et l’enseignement des classiques. Les auteurs étant considérés comme marquants sont les piliers de l’histoire littéraire et loin de moi l’idée de les ranger aux oubliettes. Ceci étant dit, ces derniers se placent dans une réalité qui n’est pas nécessairement celle des étudiants qui se trouvent devant nous. Bien entendu, il est de notre devoir de permettre à nos étudiants de comprendre que les thèmes qu’ils abordent et que les enjeux dont ils traitent peuvent s’ancrer dans notre quotidien. Or, je continue à penser aux intérêts de ces jeunes qui sont de plus en plus difficiles à captiver avec l’abondance de stimuli qu’ils ont avec les réseaux sociaux et autres technologies. Alors pourquoi pas un mélange des auteurs d’autrefois et de ceux d’aujourd’hui? Ce qui nous amène au quatrième et dernier point : Les époques.

Les époques

Bien des cégeps utilisent les mêmes balises en ce qui a trait à la structure des quatre cours obligatoires de français. 101= littérature d’expression française du Moyen Âge au XIXe. 102= littérature d’expression française du XIXe à 1960. 103= Littérature québécoise parfois de la colonisation à aujourd’hui, d’autres fois, de 1960 à aujourd’hui. 104= communication. Dans bien des cas, la littérature de nos auteurs contemporains est oubliée. Cela découle bien souvent du fait qu’il est encore trop tôt pour savoir si ces écrits resteront avec le temps. Mais pourquoi est-ce si important? Si je réussis à ouvrir l’esprit de quelques-uns de mes étudiants avec le travail de Sophie Bienvenu ou celui d’Anaïs Barbeau-Lavalette, je considère que j’aurai accompli un critère de ma mission, soit celui de donner le goût de la lecture. Il est plus que nécessaire de comprendre le passé pour réfléchir notre présent. Ceci étant dit, il ne faut tout de même pas bâcler la dernière étape de ce processus. Pour former des citoyens consciencieux qui portent un regard critique sur la société dans laquelle ils vivent, il me semble important de revenir à nous à travers les chemins sinueux des anciens.

Je suis donc en train de monter un plan de cours pour mon séminaire en ayant tout cela en tête. J’ai décidé de faire une salade de fruits littéraire. Un beau mélange de Zola, de Baudelaire, de Breton, de Duras, de Nothomb, de K. Phaneuf et de Maupassant. La littérature est tellement riche et florissante que ce sera toujours un beau problème pour moi que de choisir. Oui, parfois il fera mal d’en oublier certains, mais rien n’empêche de les citer. Ce qui me semble nécessaire également, c’est de ne pas oublier les femmes qui demeurent bien souvent inexistantes dans les plans de cours.

Et vous, si vous étiez enseignant ou enseignante de littérature au collégial, quels seraient vos choix?

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