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31 jours de bibliothérapie, jour 1 : Pour se plonger dans l’esprit des fêtes

31 jours de bibliothérapie c’est notre  calendrier de l’avent, c’est 31 thématiques et bien plus que 31 suggestions de livres qui font du bien.

Pour se plonger dans l’esprit des fêtes

L’arbre de joie d’Alain M. Bergeron, suggestion de Karina.

Pas de Noël cette année de John Grisham (étonnamment même avec un titre comme ça!) Suggestion de Caroline.

Le conte Le Nöel d’Auggie Wren de Paul Auster. Suggestion de Gabrielle.

A Darcy christmas de Sharon Lathan. suggestion de Anne-Marie. 

Le Noël de Marguerite d’India Desjardins et Pascal Blanchet. Suggestion de Andréanne.

 

Ce que je lis entre Noël et le Jour de l’An depuis près d’une décennie

Il y a des livres qui, pour une raison ou une autre, vous marquent particulièrement, vous suivent tout au long de votre vie. Des livres que vous avez lus plus de deux fois, par lesquels vous êtes irrésistiblement attirés, auxquels vous revenez périodiquement. Des livres qui font du bien parce qu’ils résonnent profondément en vous, parce que les personnages prennent une place importante dans votre vie. Pour moi, il y a les Harry Potter, Orgueil et préjugés et Jeanne, fille du roy.

À la fin de mon secondaire 2, le thème de l’examen de français était la Nouvelle-France. Et parmi les lectures supplémentaires suggérées il y avait Jeanne, fille du roy par Suzanne Martel. Ce fut pour moi le début d’une grande fascination pour les filles du roi, qui sont venues peupler la Nouvelle-France. Je me suis mise à lire tout ce que je trouvais à leur sujet, remplie d’admiration pour ces filles et ces femmes. C’est aussi à cette époque que j’ai développé une peur irrationnelle de mourir du scorbut, quelle fin indigne pour mes héroïnes et pathétique pour moi! Mais l’histoire de Jeanne, fille du roy est restée ma préférée parmi toutes.

J’ai aimé le personnage de Jeanne Chatel dès les premières pages. Une fille joviale et énergique qui possède une imagination débordante. Dans toutes ses aventures, de la traversée de l’Atlantique à la rencontre de son mari, en passant par ses rencontres avec les Amérindiens, Jeanne ne se laisse jamais décourager, elle est toujours en mode solution. Surtout, elle est drôle. Peu importe que j’aie lu ce roman une dizaine de fois, je ris encore aux mêmes places. Jeanne me touche profondément. À sa façon, dans son propre combat avec la vie, elle change le monde pour les gens qui l’entourent.

Alors, quand le congé des fêtes arrive, Jeanne est mon plaisir coupable. Je m’installe le matin avec le livre et je vais me coucher seulement lorsque je l’ai terminé. Je l’engloutis en une journée, pressée de suivre Jeanne dans ses aventures, incapable de prendre une pause. Jeanne, fille du roy est un remède éclair contre la morosité.

Un voyage littéraire: Islande

Depuis quelque temps, l’Islande est une destination populaire (merci aux nombreux vols directs Montréal-Keflavik maintenant disponibles)! Ce n’est pas une coïncidence si je m’y suis rendue pour la deuxième fois en un an. Ce pays a tout pour plaire; ses contrastes, son climat, sa culture, tout est à couper le souffle! Coup de cœur total, je souhaite y retourner aussi souvent que possible.

Pour cette deuxième visite, j’ai choisi de parcourir les différentes librairies et destinations littéraires. J’ai été gâtée. Petit bilan de mon voyage littéraire:

Bókin

Véritable trésor, cette librairie offre une variété impressionnante de livres provenant de partout et de toutes les époques. C’est un fouillis total dans lequel il fait bon se perdre!

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Photo: Marjorie Belisle

Eymundsson

Probablement la librairie la plus ancienne et la plus connue d’Islande  (je pourrais facilement la comparer aux chaînes Renaud-Bray et Indigo, puisqu’on y retrouve aussi souvenirs, films et musique). Il y a un Eymundsson dans chaque quartier (ou presque) et certaines succursales proposent un café à l’étage (Te & Kaffi) où l’on peut s’installer pour feuilleter bouquins, magazines et journaux.

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Photo: Eymundsson Facebook

Marché aux puces Kolaportið

Les fans de vintage et de livres s’y trouvent comblés! J’y ai vu des tables et des tables couvertes de bouquins. Une marchande propose même un étalage impressionnant de livres rétro pour enfants. Cet endroit est l’occasion rêvée de se procurer des bouquins rares et un chandail de laine typique (lopapeysa) en grignotant des pâtisseries islandaises.

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Photo: Kolaportið

La maison d’Halldór Laxness

Auteur islandais reconnu, il a remporté le prix Nobel de la littérature en 1955 grâce, entre autres, à son fameux roman Independent People. Sa maison, maintenant musée, se trouve à quelques minutes de Reykjavik. C’est avec plaisir (et curiosité) que je m’y suis rendue.

Après avoir regardé une courte vidéo relatant les événements marquants de la vie de Laxness, on nous invite à l’intérieur de la demeure, pantoufles aux pieds. La prise de photos y est interdite, je ne peux donc m’en tenir qu’à vous décrire un peu l’intérieur. De multiples bibliothèques, un bureau de travail impressionnant, des souvenirs provenant de nombreux pays, un look mid-century, des tableaux, une cuisine et une chambre sobre, voilà ce qui me vient en tête. Outre l’aspect esthétique de la visite, j’ai particulièrement apprécié en savoir davantage sur cet auteur et ses inspirations, en plus d’avoir eu accès à son lieu de création absolument fascinant. À voir!

Halldor Laxness

Photo: Marjorie Belisle

En attendant votre prochain séjour en Islande, voici quelques suggestions littéraires:

Independent People, Halldór Kiljan Laxness

L’embellie, Auður Ava Olafsdottir

J’ai toujours ton coeur avec moi, Soffia Bjarnadottir

L’amour en sourdine dans la toundra

Le roman La nuit sur les ondes (titre original : Late Nights on Air) d’Elizabeth Hay aura toujours une place privilégiée dans mon cœur. Je l’ai lu en anglais quelques années après sa parution en 2007 et je l’ai relu récemment pour retrouver les personnages qui ont tellement envahi mon imaginaire au Cégep. Traduit par Hélène Rioux aux éditions XYZ, il est maintenant offert en français.

Aux Territoires du Nord-Ouest, dans les années 1970, une communauté de personnages se lie d’amitié, d’amour ou d’animosité. Ils se connaissent et font partie de la même communauté parce qu’ils travaillent tous à la station de Radio-Canada de Yellowknife. Dido Paris, mystérieuse femme fatale, annonce les nouvelles de sa voix sexy et accentuée par sa langue maternelle, le néerlandais; Harry Boyd, DJ qui a déjà été célèbre, anime maintenant les ondes la nuit au bout du monde; et Gwen Symon a conduit d’Ottawa à Yellowknife juste pour réclamer un poste à la station. Ces trois personnages (et les autres que je n’ai pas pris le temps de décrire) forment la communauté dépeinte dans le roman.

Personnellement, c’est Gwen qui a le plus retenu mon attention à ma première lecture. C’est à Gwen que je me suis identifiée. Tellement que j’ai toujours pensé qu’il s’agissait du personnage principal du roman! Mais, à ma récente relecture, je me suis bien rendue à l’évidence qu’il n’y a pas vraiment de personnage principal à proprement parler dans le roman de Hay. En tout cas, Harry l’est tout autant que Gwen. Sauf que cette chère Gwen émeut par sa gêne tellement incapacitante et le refoulement de ses émotions, traits de caractères, disons-le, dans lesquels je me suis sans doute retrouvée lorsque j’étais au Cégep, pour penser qu’elle était la vedette du roman. Mais Gwen n’est pas juste gênée, elle est aussi déterminée, comme le démontre sa longue route d’Ottawa à Yellowknife à faire de la radio!

Lauréat du prestigieux Giller Prize, le roman n’est pas pour autant pour tout le monde. Je trouve que l’écriture de Hay est un baume sur le cœur : poignante, douce et tellement tendre. Mais en même temps, je dois concevoir que, malgré la troisième partie du roman qui suit les personnages alors qu’ils s’adonnent à un périple de six semaines de canot-camping sur les traces de John Hornby, ce n’est pas un roman rempli d’action. Plutôt un roman psychologique, voire atmosphérique. En effet, une atmosphère un peu craintive, assurément solitaire, est rapidement créée par l’insistance éloquente de Hay sur les désirs inavoués et sur les chances manquées de ses personnages.

La radio étant au cœur du texte, il n’est pas surprenant que Hay fasse autant de descriptions des voix de ses personnages. J’ai l’impression que je reconnaîtrais les personnages tant à leurs voix qu’à leurs visages si je les croisais dans la rue!

Ainsi, comme vous l’avez peut-être remarqué et même si le roman se déroule sur plusieurs années, je ne saurais exactement vous dire ce qu’est son « histoire ». Sans doute s’agit-il simplement de la vie quotidienne de Gwen, Harry et Dido, avec les hauts et les bas de leur travail sur les ondes. L’amour est également présent partout, mais on n’a pas le droit à une histoire d’amour à proprement parler non plus. Il y a des personnages qui meurent, d’autres qui disparaissent à mi-chemin, des relations qui se forment et se déforment, mais surtout, il y a de la vraie tendresse humaine exposée.

Bref, je vous recommande ce livre si vous êtes amoureux de la toundra, des introvertis, de la radio ou d’une certaine tendresse dans l’écriture. Pour moi, ce sera toujours un incontournable pour bercer mon penchant pour une douce solitude réparatrice et pour continuer de rêver aux grands espaces de la toundra.

Voir aussi : Alone in the Classroom (2011), Garbo Laughs (2003), A Student of Weather (2000).
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Tout ce qui se cache derrière… Nos regards traîtres

Il faut le reconnaître, Jason Roy a le vent dans les voiles. L’an dernier, l’auteur sherbrookois lançait un premier recueil de nouvelles et un premier roman (dont j’ai d’ailleurs fait la critique ici), et force est de constater qu’il n’a pas chômé depuis! En plus de compléter son mémoire de maîtrise en création littéraire, il a pondu le recueil de nouvelles Nos regards traîtres, dont le lancement a eu lieu à la mi-octobre.

Nos regards traîtres, ce sont vingt-cinq nouvelles, tantôt longues, tantôt très courtes, qui entraînent le lecteur dans l’univers du point de vue et de la perception (du regard, quoi.) En effet, chaque récit met de l’avant une forme de regard, que ce soit celui du personnage lui-même, celui des autres qui l’épient, un regard inventé, qui n’existe que dans l’imagination, ou, encore, notre propre regard de lecteur. Ces nouvelles aux accents souvent fantastiques sont divisées en cinq sections, qui permettent ainsi au lecteur de se faire une petite idée des thématiques qui y seront abordées, ou du ton emprunté.

Avec Nos regards traîtres, Jason Roy a créé un recueil qui intrigue, fait frémir : l’un de mes aspects favoris était sans contredit la présence d’un fantastique parfois subtil, parfois bien assumé, disséminé par touches à travers les histoires. Les nouvelles « La fille du passage », « Ce qui reste à l’aube » et « La rue Bordas » m’ont beaucoup plu pour cette raison, et ont même réussi à m’arracher quelques frissons. Aussi, à la lecture de certaines nouvelles, le lecteur ne peut que se prendre à voyager. En effet, la section « Regardez, là-bas… » présente des nouvelles qui se déroulent toutes, au moins partiellement, hors du Canada. Les descriptions sont précises, on ressent bien cette sensation de dépaysement à la lecture; c’est là une grande force de l’auteur. Deux de mes nouvelles favorites du recueil, « Blanche la ville » et « Une ville au centre », m’ont charmée par le petit côté exotique de leur univers. Des contrées lointaines en passant par un campus universitaire, un quartier résidentiel en apparence banal ou des lieux non définis, Jason Roy nous fait découvrir ici tout un éventail de regards.

Ceci étant dit, il me faut souligner que, malgré le fait que la grande diversité des lieux, sujets et époques dépeints pouvait m’apparaître au départ comme une bonne idée, dans ce cas-ci, j’ai eu l’impression que cela a parfois nui à la cohésion de l’ensemble. J’ai donc eu le sentiment d’avoir en main, un recueil inégal, autant sur le plan du fond que sur celui de la forme. Certaines nouvelles étaient exquises, avec une écriture fort juste et un suspense bien mené; malheureusement, plusieurs autres m’ont semblé moins maîtrisées, avec des dialogues un peu faibles et des conclusions que j’ai trop souvent trouvées prévisibles.

Malgré ces quelques petits défauts, je dois reconnaître que l’auteur est resté fidèle à sa ligne directrice et a su exploiter avec brio le thème du regard, sans jamais le négliger. De plus, j’ai éprouvé un plaisir certain à faire la lecture de chacun des vingt-cinq récits, et c’est, pour ma part, un point essentiel! En somme, Nos regards traîtres est un recueil étonnant, qui renferme de petits bijoux narratifs. Il suffit pour cela de savoir bien regarder…

Pour découvrir et vous procurer les livres de Jason : http://meslivres.wixsite.com/jasonroy


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La liste des petites choses qui font du bien

L’illustratrice et conceptrice graphique Ana Roy, que vous avez sans doute connue grâce à son énigmatique illustration Namaste Caliss, a lancé il y a quelques temps son premier livre, Les petites choses; un livre qui fait sourire et qui fait du bien.

Ces petites choses…

Dans ce livre fluo, Ana Roy nous fait la compilation de ces petites choses qui lui font du bien et la font sourire. On s’y reconnait très souvent et on sourit en tournant les pages de voir des situations qu’on a tous vécues et qui sont vraiment « les petites choses » qui constituent l’essence même d’une vie.

Des phrases qu’on lit partout (mais qui ne sont pas moins vraies) telles que la célèbre “Enjoy the little things in life because one day you’ll look back and realize they were the big things” le proclament. La beauté des petits bonheurs et des petits instants résulte dans cette capacité à admirer le beau et le tout simple.

Le genre de livre qui rassure, qui console, qui fait sourire surtout. Un baume de couleur, de simplicité et de réconfortant à consulter lors des jours plus gris.

Je me suis aussi amusée à demander à mes collègues fileuses c’était quoi #lespetiteschoses pour elles (je vous avertie, c’est long!) Amusez-vous à nous faire votre propre liste dans les commentaires.

La liste des petites choses selon les fileuses :

Marjorie R
Un café, lire, des films quétaines sur Netflix, travailler de la maison, les feuilles l’automne.

Martine
Se coucher sans mettre de cadran, un matin collé et lent, bruncher entre amies, porter des gilets de laine, une promenade avec mon chien, pouvoir rester à la maison un jour de pluie, prendre un bain en plein jour, me coucher tôt avec un livre, sentir le café le matin, recevoir une lettre manuscrite, ouvrir un avocat mûr.

Raphaëlle B
Avoir un peu de temps pour écrire quand ce n’était pas prévu, une soirée en amoureux à prendre un verre, écouter de la musique et/ou des vidéos sur le web avant de se commander à manger, lire enveloppée dans une couverture, prendre une marche avec une amie, passer un après-midi entre filles avec ma mère, l’odeur de l’automne, manger un morceau de sucre à la crème, jaser de tout et de rien avec mon père (qui placote autant que moi!)… et plus encore!

Marjorie B
Lire(!), écrire, être inspirée, mon chien saucisse Postigo, une bonne bouffe, un lit bien fait (haha!), les soupers entre amis, passer une soirée à  »binge watch » une série, du temps avec l’amoureux, cuisiner (surtout les pâtisseries), travailler avec les enfants (leur spontanéité, t’sais), les petits gestes qui font du bien, etc.!

Gabrielle
Dormir tard et collée à mon amoureux, cuisiner (trop) de nourriture fancy pour deux personnes, une soirée impromptue avec des ami.e.s, aller seule au cinéma, le regard d’un.e étudiant.e qui a compris quelque chose 🙂 Etc etc etc!

Marika
Entendre une chanson que j’affectionne en entrant quelque part (bus, radio de voiture, restaurant, etc), voir quelqu’un s’entretenir avec un itinérant, lire une phrase qui vient particulièrement me chercher, faire l’amour.

Alexandra G
Regarder la première neige tomber au sol, marcher sous la pluie, lire jusqu’aux petites heures du matin, écouter sur repeat une chanson qui me fait chavirer, se sentir libre sur le top d’une montagne, manger des Skittles, dormir en cuillère, des becs dans le cou.

Roxanne
Marcher dans les tas de feuilles l’automne, le thé, mettre des bas quand j’ai froid, le ronronnement d’un chat, fermer les yeux et sentir le soleil chaud sur mon visage, entendre une voiture qui écoute de la musique classique (c’tu bizarre ça?).

Anne-Marie
Me réveiller sans cadran! Toujours avoir une tasse de thé chaud à portée de main, regarder la neige tomber en gros flocons, entendre la pluie frapper sur les vitres alors que je suis au chaud dans mon lit, le premier jour de l’été où tu sors les jambes nues!

Geneviève
Avoir une soirée de cuisine en amoureux (tradition hebdomadaire de conjoints aux horaires contraires), prendre une tasse de café/thé et sentir la chaleur dans mes mains, des soupers improvisés entre amis, les gros lainages, marcher, flâner dans les boutiques vintages, mes animaux, passer du temps avec ma soeur, avoir des fous rires incontrôlables…. la liste est siiiiii longue hahaha!

Louba
L’amour & l’art

Raphaëlle M
Les bas en laine de mérinos, pas porter de soutien-gorge, faire du chaï/London Fog les matins, faire du hot yoga, acheter des cahiers Clairefontaine, se promener dans le quartier chinois et s’imaginer être ailleurs, aller au cinéma et café/dessert en amoureux un mardi!

Victoria
Quand mon chat vient me voir sans que j’aie rien fait pour, lire bien confortablement dans mon lit, me réveiller le matin sans réveil, les saisons froides… voilà quelques petites choses.

Émilie
Jouer du ukulélé, aller à la grande bibliothèque et acheter un nouveau livre.

Marion
Prendre une douche le soir (ce que je fais très rarement par économie d’eau, puisque je le fais aussi le matin), me rhabiller chaudement après avoir nagé 50 longueurs de piscine, manger des figues fraîches, un long calin le nez dans le cou, lire une bonne bd sans m’arrêter, les gros bas chauds, me promener en vélo sans aller quelque part en particulier, rabattre ma grosse couverture sur ma tête en allant me coucher, partager un dessert, …

Stéphanie
Mettre mon pyjama chaud qui sort de la sécheuse, sentir un dessert qui cuit au four, écouter de la musique en roulant sur un nowhere hors de la ville, écrire dans un nouveau cahier avec un stylo neuf, déjeuner au resto en bonne compagnie.

Marie-Hélène
Cuisiner en buvant du vin, me faire un masque, prendre une grande respiration dehors pour se vider la tête, regarder ma bibliothèque (haha), pas mettre de cadran, boire mon premier café…

Alexandra T
Faire une sieste impromptue en après-midi, prendre le temps de boire une grande tasse de thé le matin, les aperos sur le balcon l’été, prendre trop de soleil, cuisiner à deux en buvant un verre de vin, avoir un fou rire sans fin, marcher dans les feuilles mortes, manger épicé, courir après une journée désagréable.

Laurence L
Sentir les joues qui dégèlent après avoir marché au froid, le goût du café, les feux d’artifices, les couleurs du ciel, la neige.

Vanessa 
Recevoir un colis dans sa boîte aux lettres, peu importe sa provenance

Camille
Mon petit chien qui saute partout quand je rentre à la maison, une bonne tasse de thé chaud le soir en pyjama, avoir un moment d’inspiration et donc pouvoir avancer mon projet d’écriture, marcher dans les feuilles qui craquent quand il fait soleil, aller souper chez ma mère (c’est tellement réconfortant la bouffe de maman), m’acheter un énième carnet pour écrire…


Le fil rouge tient à remercier les Éditions Mécanique générale pour le service de presse.

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Des bonbons et des livres pour l’Halloween, ou comment faire circuler la lecture en libre-service

J’ai toujours aimé l’Halloween. Plus jeune, j’adorais plus que tout me déguiser, arriver à l’école et avoir la surprise de découvrir mes ami.e.s sous leur costume toujours original. J’aimais plus encore, le soir venu, faire la tournée des maisons de mon quartier pour récolter des bonbons, puis revenir chez moi et tout classer, puis déguster. Cependant, depuis quelques années, à cause de contraintes comme mon travail ou l’université, ou juste par paresse, je ne célèbre presque pas l’Halloween. Je trouvais ça dommage, et c’est pour cette raison que j’ai décidé, cette année, de m’y remettre et de distribuer des bonbons pour les enfants.

Puisque j’habite le 3e étage d’un appartement, j’avais décidé que je m’installerais sur le trottoir devant mon entrée toute la soirée, afin de pouvoir accueillir les nombreux « petits halloweens » qui allaient passer. J’avais invité des amis, et l’on allait tous se déguiser.

Puis, j’ai eu une idée. Moi, grande folle de lecture, militant pour le plaisir de lire et agissant bénévolement en alphabétisation durant mes temps libres, j’allais distribuer des livres. Je suis allée dans une librairie usagée à bas prix près de chez moi, et j’ai acheté des tas de livres, ceux qui étaient mes préférés lors de mon enfance ou de mon adolescence. Les fausses notes de Tania Boulet, quelques exemplaires de Ta voix dans la nuit, des premières lectures de la collection des Grands Rats, des livres de la courte-échelle comme Clémentine n’aime pas sa voisine de Chrystine Brouillet ou des mini-romans comme La fiancée de Barbe-Bleue de Alain M. Bergeron. Ah, sans oublier quelques premiers tomes de Harry Potter, des albums avec de grandes images, et des livres cartonnés. En tout, une quarantaine de livres dont l’âge variait entre 1 et 15 ans se tenaient dans mon panier le 31 octobre.

Bien sûr, ça m’a coûté quand même un peu d’argent. J’ai décidé de débourser de ma poche un montant pour pouvoir ensuite distribuer des livres. Mais quand on y pense, acheter des bonbons coûte aussi très cher. Moindrement qu’on achète une petite variété en quantité suffisante, et pas juste des « rockets », les bonbons me seraient revenus à une quarantaine de dollars. C’est à peine un peu plus que ça que j’ai décidé de mettre dans ma distribution livresque improvisée. Et franchement, je trouve que l’investissement ne se compare pas (mais j’ai quand même acheté un petit sac de bonbons pour accompagner mes livres! C’est l’Halloween, quand même!).

Le soir même, revêtue de ma robe rayée, de mes bas dépareillés et de mes tresses volantes, j’ai distribué avec grand bonheur mes livres aux jeunes et moins jeunes de mon quartier. La plupart d’entre eux étaient super excités face à mes livres, très enthousiastes, ouverts à mes suggestions et curieux. Et une fois que leur choix était fait, ou que je leur avais glissé un de mes livres préférés en leur assurant une belle découverte, mon livre en cadeau allait rejoindre les bonbons au milieu des citrouilles en plastiques, des sacs aux motifs de fantômes ou des taies d’oreillers bien remplies de victuailles sucrées.

J’ai parlé de mon initiative autour de moi. Jusqu’à maintenant, je n’ai que des commentaires positifs, et l’idée fait tranquillement son chemin chez mes ami.e.s amoureux de livres qui me disent déjà qu’ils feront de mon idée la leur dès l’année prochaine. Ma mère, qui ne donne plus de bonbons depuis quelques années, m’a même dit qu’elle me commanditerait, c’est-à-dire qu’elle me donnerait un petit montant pour que j’achète et distribue une plus grande quantité de livres. L’année prochaine donc, si mon idée était déjà de refaire une distribution, celle-ci sera plus importante et me permettra de rejoindre une plus grande quantité d’enfants déguisés.

Mon initiative n’a pas de valeur pédagogique. Elle se veut plutôt dans le partage (voire la propagation massive) de livres coups de cœur, dans la valorisation de la lecture et dans le « semage » de petites graines qui, je l’espère, grandiront et feront naître un désir plus grand de lire. On ne sait jamais ce qu’un livre coup de cœur peut faire. Pour plusieurs personnes que je connais, c’est par la découverte d’un livre en particulier, ou d’un auteur, que s’est fait le premier pas vers un amour de la lecture, le tournant majeur de leur vie entre l’indifférence pour la lecture et une grande avidité qui ne les quitte désormais plus. Et en prenant des livres usagés, j’assure une circulation des bouquins déjà disponibles et déjà lus. Sans nier le besoin d’acheter des livres neufs afin de faire vivre la culture, mon initiative s’inscrit dans une volonté de non-consommation et de valorisation de ce qui nous entoure déjà, comme pour prouver qu’on peut très bien se cultiver à très bas prix et que cette culture est disponible à tous.

N’y a-t-il pas de meilleure façon de partager le goût de la lecture qu’en offrant à de jeunes lecteurs des livres qui nous ont fait triper? Que de faire circuler des « bonbons littéraires » au cœur de notre quartier? Qui sait, peut-être que la distribution de livres à l’Halloween deviendra une tradition annuelle à Montréal? Dans tous les cas, pour ma part ça le deviendra assurément, puisque je compte bien renouveler l’initiative pendant de nombreuses années.

Et vous? Quelle est votre idée pour faire circuler votre amour pour la lecture?

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L’hôtel de la conscience effrénée

Villégiature : Séjour à la campagne, à la mer, etc., pendant la belle saison, pour se reposer, prendre des vacances.

C’est aussi le titre du deuxième roman d’Alice Michaud-Lapointe, auteure que j’apprécie énormément et dont j’avais fait la critique de son premier roman, Titres de transport. Villégiature reste semblable à la source, dans ce roman, soit le nom. Mais il perd tout son sens quand les personnages se retrouvent dans un hôtel où leur conscience et leur psyché sont mises à l’épreuve.

« Nous savons pourquoi vous êtes ici. À vrai dire, nous savons déjà tout de vous. Nous savons ce que vous avez fait. Les gestes que vous n’avez pas encore posés. Ceux qui vous ont échappé. »

Ce livre rappelle le premier travail de l’auteure où elle crée de nouveau une mosaïque de personnages, chaque chapitre évolue autour d’un personnage et met en oeuvre sa propre histoire. Une seule histoire revient plusieurs fois, permettant de la faire évoluer en crescendo dans un pur mystère envoûtant. C’est un excellent contraste qui est créé entre les chapitres : pour la majorité, l’histoire commence et finit en lui, et une autre histoire, d’ailleurs la seule, s’étale habilement sur quelques chapitres, retenant ainsi notre curiosité. C’est donc l’histoire de plusieurs personnages, chacun ayant un secret au plus profond d’eux-mêmes.

Il y a l’adolescente rebelle sur le bord du renvoi, que les parents tentent d’aider en lui offrant une fin de semaine de gros luxe à l’hôtel. Il y a la fille qui regrette d’avoir agi ou de ne pas avoir agi d’une telle façon, accident qui la hantera. Il y a le gars qui est prêt à tout pour aider son meilleur ami, même le pire pour le mieux. Il y a le couple, dont la femme est enceinte, qui mérite une bonne fin de semaine romantique au repos. Il y a la fille qui a toujours été sage, qui décide d’y remédier avec ses nouvelles connaissances, et quelques autres histoires encore. Toutes ces histoires ont quelque chose en commun, elles prennent toutes une tournure surprenante et loin du but recherché. Ce sont plusieurs monologues plaintifs, qui rappellent un peu ce qu’est la vie; ses regrets, ses questions, ses envies, etc.

Le livre offre une myriade de référence au populaire livre et film The Shining par un hôtel un peu étrange, mais ô combien attrayant, une chambre 237 perturbante où le mystère règne, ainsi qu’un chapitre rappelant le manuscrit de Jack Torrance.

« Qu’est-ce qu’on fait quand on se rend compte qu’on a mis tellement de paires de gants les unes par-dessus les autres, des gants en laine pour rester au chaud, des gants à vaisselle pour rester au propre, des gants de travail pour rester en sécurité, des gants chirurgicaux pour rester en santé, des gants de boxe pour rester préparée aux coups, qu’au fil du temps on n’est même plus capable de palper la vie, sentir ses soubresauts et ses brusqueries… »

C’est un roman que j’ai bien apprécié et j’ai bien hâte au prochain travail de l’auteure qui sera sans aucun doute aussi bon.

Le protocole compassionnel et le vieillard de 35 ans

Hervé Guibert est né en 1955 et est mort du sida en 1991. Auteur français, il a pratiqué l’autofiction, entre autres dans son récit Le protocole compassionnel publié en 1991 chez Gallimard (NRF). Ce n’est pourtant pas un roman posthume, il a été publié quelque temps avant sa mort.

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Hervé Guibert

Le protocole compassionnel est le journal intime d’Hervé Guibert, auteur à succès français atteint du VIH. Les lieux, les médecins, les amis sont évoqués par leur nom sans plus de cérémonie, comme si le texte n’était pas réellement dédié à des lecteurs inconnus : les Jules, Berthe, Gustave, Lionel, les docteurs Domer, Dumouchel, Nacier, Chandi vont et viennent dans les entrées du journal sans qu’on puisse vraiment déterminer qui est qui dans la vie du personnage Hervé. Si ça a un peu gêné ma lecture, j’ai rapidement compris que le personnage principal du récit de Guibert n’était pas Guibert lui-même.

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Édition Folio

C’est le journal intime du corps, d’un corps malade. Le journal intime d’un corps qui s’autodétruit, d’un corps rongé, amaigri à l’extrême, hideux, magnifique. Si certaines descriptions font froid dans le dos avec leur précision et dans leur horreur cadavérique, certaines épiphanies physiques animent les pages du récit :

« Je continue mes mouvements, je me retourne sur le ventre, replie mes jambes sur mes reins, ça tiraille, je force un peu, je vais devenir un homme caoutchouc en accordéon dans une boîte, le cercueil, qu’un ressort fait jaillir et ricaner, j’écarte mes cuisses et mes bras le plus possible, je m’ouvre, je me casse, mes muscles me chauffent doucement, ils fourmillent de vie, ils me donnent dorénavant plus de plaisir que l’éjaculation routinière sans imaginations neuves, j’invente des tractions incroyables. » (Guibert : 154)

Le livre de Guibert est ainsi : de longues coulées épurées, des images qui joignent en un seul élan la vie et la mort, et le corps, ses mouvements, son aspect, son souffle, est au centre de tout. C’est un corps de vieillard dans lequel vit un homme de 35 ans.

Le roman est provocateur. Rien n’est passé sous silence dans la souffrance du personnage d’Hervé; c’est une description terrible des maux du sida, mais une description lucide et passionnée. Dans le roman, Guibert considère le projet d’effectuer un documentaire cinématographique à propos de sa maladie, mais le roman parvient parfaitement à faire vivre la réalité d’Hervé sans même utiliser une seule image. On fait voir sans pudeur avec des descriptions décapantes, des comparaisons éloquentes, un contenu historique, « comment vivaient les hommes français atteints du sida dans les années 1980-1990 », à l’instar d’un film documentaire. C’est un récit nécessaire et troublant.
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Le territoire qui se déplie sous le ciel : relire Kuessipan

À Uashat, devant la baie des Sept Îles, les maisons sont posées sur le sable. Naomi Fontaine raconte ce sable qui colle aux semelles et s’infiltre partout : derrière les portes jamais verrouillées ; dans les nuits longues, rendues bruyantes par les jeunes qui boivent en gang ; sous les petits ongles des bébés emmaillotés ; dans l’atelier du grand-père artisan qui a perdu toutes ses dents ; dans les cheveux des petites filles qui s’abreuvent aux rivières froides et nourrissent les écureuils.

Bien sûr que j’ai menti, que j’ai mis un voile blanc sur ce qui est sale (p. 11), nous dit très tôt la narratrice. Pour elle, la mise en récit de sa communauté n’est pas simple : comment réconcilier l’indicible fierté d’être [soi] (p. 90), d’être Innue, avec les conséquences profondes et crève-cœur de la colonisation? Comment parler de son peuple en respectant ses nuances, sans effacer ses noirceurs mais sans non plus le réduire à ses difficultés?

Pour tricoter cet équilibre délicat, le livre se décline en tableaux qui racontent des images et des vies. Fontaine glisse son récit dans les espaces de la communauté et elle les laisse parler : Uashat et ses quelques rues, bien sûr, mais aussi nutshimit, l’intérieur des terres. Le train qui quitte la gare, chargé de gens qui vont rejoindre la cabine dans le bois. Les feux de camp sur la plage. Les petites maisons qui débordent. Le territoire qui se déplie sous le ciel. Et la langue, comme la ponctuation secrète du livre :

La langue innue presque chantée, aux intonations lentes, celles qu’on fait durer par des respires. Le manque de voyelles rend la langue impénétrable, comme un rappel à la nature, la dureté, l’écorce et les panaches. (p. 25)

Quand j’ai lu Kuessipan pour la première fois, je n’arrivais pas à reconnaître le roman dans le livre. Même si c’était écrit en tout petit sur la couverture, en haut à gauche : roman. J’y voyais des fragments impressionnistes ; pas tant un fil conducteur qu’une ambiance diffuse, une bonne odeur saline teintée de vieille épinette.

Mais à la relecture, je l’ai vu partout : les bouts d’histoires qui coulent les uns dans les autres comme les rigoles d’un cours d’eau souterrain, d’une nappe phréatique terreuse. Le roman s’affirme dans les recoupements qu’on fait soi-même, au fil des tableaux. Parce que c’est une intrigue fine qui se tisse : la narratrice qui parle d’elle-même de façon oblique, en expliquant l’autour avant de nous laisser approcher l’en-dedans. La dernière section du livre s’intitule nikuss, « mon fils », et on la termine avec l’impression d’avoir fini très près du cœur.

Je suis peut-être une meilleure lectrice qu’il y a cinq ans, quand j’ai terminé Kuessipan pour la première fois. Mais je crois surtout que la relecture vient un peu à bout de nos défenses. Quand on rencontre un livre pour la deuxième fois, on le fait en connaissance de cause. Parce qu’on sait mieux ce qui nous attend, on s’accroche moins à nos œillères et à nos craintes. Notre poitrine s’ouvre plus grand, plus vite, pour y laisser entrer les mots.

Et ceux de Fontaine, dans Kuessipan, sont d’une beauté féconde et souple. Un mélange de lourd, de lumineux et de juste, comme ça :

Le tambour qui traîne dans l’armoire, c’est toi qui l’as fabriqué. Tu as tanné la peau de caribou, tu as choisi l’arbre à abattre pour qu’il devienne un cercle de bois ferme, de la profondeur d’une grosse main d’homme. Une fois les petits os qui mesurent l’écho installés, une fois la peinture sèche et le cercle parfait, du bout des doigts, tu as donné trois coups sur le travail de tes mains. C’était un cœur. Le son d’un cœur triste et lent qui a résonné sur la peau presque blanche, aussi douce que le ventre d’une perdrix. (p. 79)

Naomi Fontaine. Kuessipan. Mémoire d’encrier, 2011, 113 pages.


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