Derniers Articles

Lecture pour l’éternelle romantique en vous

Depuis mon adolescence, je lis des romans d’amour de façon régulière. En fait, j’en ai tellement lu que ça m’a très probablement tourné la tête, me donnant une vision de l’amour littéralement romancée. Mais c’est plus fort que moi, je suis incapable d’y résister. J’adore le sentiment presque euphorique que me procure la lecture d’une bonne histoire d’amour.

Une inconditionnelle des romans d’amour comme moi connaissait l’oeuvre de Jane Austen depuis longtemps (Pride and Prejudice love!), mais ce n’est que récemment que j’ai découvert l’auteure Elizabeth Gaskell et son magnifique roman d’amour Nord et Sud. Alors que les romans de Jane Austen se déroulent dans la gentry campagnarde du sud de l’Angleterre, Nord et Sud présente l’autre côté de la réalité anglaise du début du XIXe siècle, celle du nord industriel.

Nord et Sud met en scène le personnage de Margaret Hale qui, après avoir connu une existence paisible dans le sud de l’Angleterre, se voit obligée de déménager dans le Nord, qui est en pleine industrialisation. Là-bas, elle est confrontée au monde ouvrier, à la misère et à la maladie. Elle y fait aussi la rencontre de Mr. Thornton, un important industriel et l’archétype du grand brun ténébreux. L’adaptation de Margaret à cette nouvelle vie est difficile, puisque ses référents socioculturels sont différents de ceux qui ont cours dans le Nord.

L’histoire d’amour est, ici, intimement liée au contexte social dans lequel elle se pose. La grève déclenchée par les ouvriers des usines de coton de la ville viendra bouleverser le monde de Thornton et remettre en question les valeurs de Margaret. Ces chamboulements rendent nos deux personnages vulnérables, les obligent à se remettre en question et à défendre leurs idéaux. Cette situation force le respect de l’autre, plus encore, il y a une reconnaissance des difficultés rencontrées et surmontées par l’autre, une véritable rencontre entre le Nord et le Sud.

À la fin de ce roman d’amour, vous devriez retrouver ce sentiment d’euphorie que procure la certitude de savoir que les personnages connaîtront une fin heureuse. C’est un roman qui fait du bien parce qu’il nous permet de croire, croire que malgré tout l’amour est possible.

P.-S. La BBC a fait une magnifique adaptation de ce roman en quatre épisodes d’une heure, qui porte le même nom.
cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne2822

La dictature du bonheur : après le livre, le documentaire

L’an dernier, Martine et moi avions décidé d’écrire un article commun, sous forme de conversation, sur l’essai de Marie-Claude Élie-Morin, La dictature du bonheur. Cette année, avec la sortie du documentaire du même nom, il me semble intéressant de revenir sur cette question du bonheur, sur cette constante quête qu’il engendre et, surtout, sur les faux espoirs qu’on s’en fait parfois.

Je me rappelle que, à la lecture du livre, j’avais un penchant plus grand pour les livres de psycho-pop, j’étais dans un moment de ma vie où je croyais vraiment qu’ils étaient ma solution. Je croyais que, en trouvant la clé, en changeant des éléments de ma personne à travers des formules préfabriquées, j’allais être plus heureuse. Il faut dire que ce n’était pas une période très rose de ma vie et que ce n’est qu’après en être sortie que j’ai réalisé, et accepté, qu’il y avait, dans cette façon de voir les choses, une certaine absurdité. Une absurdité à chercher sans arrêt une cause à mes maux là-dedans, à croire que je devais changer du tout au tout pour plaire, à chercher une validation à mes troubles dans des livres qui ne disaient jamais la même chose.

Constant besoin d’approbation et médias 

Dans le documentaire La dictature du bonheur, on y parle justement du besoin constant qui existe chez les gens de se faire rassurer. Que ce soit à travers les réseaux sociaux, les livres de recettes miracles ou bien l’approbation constante de nos pairs, nous vivons dans une société où nous voulons constamment nous faire rassurer, sur l’image plus que sur le fond, nous faire dire que l’image qu’on projette est bien celle d’une personne heureuse, même si ce n’est que de la poudre aux yeux.

Cette image-là est au coeur même de la carrière de plusieurs conférenciers, un aspect bien intéressant et souvent mitigé qui est abordé dans La dictature du bonheur. Cette « image d’une vie réussie » est aussi très attrayante pour les marques qui cherchent à s’associer aux influenceurs qui projettent ce bonheur simple, qui semblent authentiques et surtout, qui vendent.

Ces aspects, qui n’étaient pas vraiment abordés dans le livre, m’ont plu et démontrent tout le côté mercantile et marketing du bonheur, parce qu’on ne peut pas le nier, le bonheur vend.

Culpabilité et responsabilité

Outre cette facette plus marketing et business, Marie-Claude Élie-Morin aborde, comme dans son essai, les aspects dangereux que peut avoir l’excès de pensée positive sur la vie des gens et, surtout, sur les malades. J’ai trouvé très intéressant de voir comment certaines personnes s’accrochent à l’idée de la pensée positive, au point de se sentir mal de ne pas être bien, au point de se mettre sur le dos le blâme d’une maladie, qu’elle soit mentale ou physique. Cette croyance populaire est souvent ancrée bien loin, au point où certaines personnes s’attellent justement à déconstruire cette idée chez les gens atteints de cancer : « Je suis responsable de mon bonheur, je suis donc responsable de mon malheur. »

Je me suis retrouvée dans cette idée fortement propagée qu’on fait notre propre bonheur, qu’il n’est qu’une question de choix. C’est beaucoup de pression à se mettre sur le dos, surtout lorsqu’on ne va pas bien. C’est aussi un beau manque d’empathie pour soi-même de ne pas s’autoriser à se sentir mal, de devoir toujours être positif et croire qu’on a tant de contrôle sur chacune des parcelles de notre corps, futur, esprit.

La dictature du bonheur est vaste, omniprésente et souvent invisible, elle se perçoit dans nos idées préconçues, dans nos insécurités, dans tout ce qu’on consomme, c’est pourquoi des documentaires tels que celui-ci sont si importants et nécessaires. Que ce soit à travers le livre ou le documentaire, Marie-Claude Élie-Morin propose une autre possibilité aux croyances populaires, ouvre une porte et offre des pistes de réflexion qui valent la peine d’être entendues.

Pour ceux et celles qui n’auraient pas visionné le documentaire, il est disponible sur le site de Télé-Québec ou en cliquant ici.


cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

Écrire l’indicible : « Déterrer les os », anorexie de l’intime

Je dois vous dire, pour débuter, que je connais Fanie personnellement, et qu’elle est en plus collaboratrice pour Le Fil rouge (!). Pourtant, cela ne m’a pas empêchée de lire son livre avec les yeux d’une lectrice anonyme, et de découvrir un livre extraordinaire, à la différence près que je sais qu’il a été écrit par une femme extraordinaire.

***

Je lis le livre de Fanie et j’ai faim. Mon ventre se creuse à mesure que je tourne les pages. Mes deux toasts me semblent bien loin, alors que je pose mes yeux sur ces lignes qui décrivent le défi de ne manger qu’une clémentine par jour. Je lis le livre de Fanie un dimanche matin, en engloutissant mon café, qui me réchauffe le corps alors que cette fille, dans le livre, n’a que de la peau sur les os. J’ai froid. J’ai froid et j’ai faim.

J’ai envie de la serrer très fort, cette chère auteure. La réchauffer et l’entourer de mes bras bien dodus, qui pourraient peut-être la réconforter un peu. Car je sais bien que cette histoire est la sienne. Enfin, je n’ai pu détacher les mots de l’auteure. Le langage familier se mélange à une plume littéraire, à l’image de ma belle Fanie.

« Les désirs meurent en même temps que la faim. »

14225444_1736560389940214_1154540237799577342_n

Fanie qui tient fièrement son roman! 🙂

Elle écrit : « Les désirs meurent en même temps que la faim. » (p. 37) Comme si en se vidant l’estomac, elle se vide aussi de tous les tourments, de tout ce qui pourrait interférer entre elle et son corps. En creusant le trou dans son ventre, elle creuse au fond d’elle-même, et nous avec elle. Son « corps qui déborde » – avant l’anorexie, chronologiquement – ne la rendait pas nécessairement plus heureuse. Comme si jamais on ne s’en sortait, comme si ce corps nous était à jamais étranger, notre chair ne servant que de support à tout ce qui se passe à l’intérieur.

Puis, les pages défilent, et la narratrice se défile. Elle s’éloigne de plus en plus de son corps. Devient une morte-vivante. Son corps est vide, une coquille, écrit-elle. Et moi, je veux la remplir de mon amitié. Je dévore les pages comme si je voulais remplir ce corps « débarrassé », comme elle l’écrit elle-même, d’amour. Il y a tant de passages que j’aurais pu choisir. C’est que le roman est construit autour de fragments, des morceaux d’elle qui lui permettent de retrouver son corps, justement, de le reconstruire. Déterrer les os pour comprendre. Là est le cœur de la démarche de Fanie, du moins, selon la lecture que j’en fais.

Sur la quatrième de couverture, on trouve une interrogation : « Quand est-ce qu’on sait que c’est fini? » J’ai envie, en tant que lectrice, de renvoyer la question. Quand est-ce qu’on sait qu’elle en a fini de faire violence à ce corps qui nous est dévoilé? Quand est-ce qu’elle aura fini de détruire ce corps fragile qui lui est si difficile à saisir? Parce que j’ai voulu moi aussi en saisir les contours au fil des lignes. Non pas par pitié, mais par profonde empathie et amitié sincère. Je lisais les mots de Fanie comme une confession, comme un appel à toutes les femmes de cesser de voir leur corps comme un reflet de leur essence. J’ai voulu la saisir dans mes bras pour lui dire qu’elle est belle comme elle est, qu’elle est tellement de choses. Remplie de tellement de belles choses.

« Le seul langage qui tienne la route émane de mes os. »

De l’intime, on dit souvent que les femmes devraient moins en parler. Cesser d’étendre leurs états d’âme sur papier. Mais ce livre donne à penser à la nécessité de donner une voix aux troubles qui habitent le corps des femmes. Si je n’avais jamais lu de récit sur l’anorexie auparavant, celui de Fanie Demeule m’apparaît pourtant comme un modèle littéraire accompli. Permettez-moi ici de mauvais jeux de mots en lien avec l’alimentation : c’est qu’à l’inverse de la narratrice du récit, je me suis sentie remplie de tendresse, malgré la dureté des lignes sous mes yeux. L’écriture de Fanie est, ironiquement, injectée d’une grande force, forte du poids des mots qu’elle portait en elle avant l’avènement de ce récit. On sent, dans chaque phrase, l’urgent besoin d’en finir, de déposer sur les pages ce langage « des os » qui l’habitait : « Le seul langage qui tienne la route émane de mes os. Ce sont eux qui prennent le relais. Ils disent tout, affichent ce que je veux que les gens lisent en moi. Sur moi. » (p. 73) Mais je sais que Fanie n’a plus besoin de ce langage. Elle a désormais un langage qui est sien, d’une beauté qui ne relève plus seulement de ses os, mais de son être entier.


cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

L’Inde littéraire (3e partie) : La Cité de la joie

J’ai lu La Cité de la joie au creux de l’automne montréalais. J’avais les blues et c’était profond. S’ennuyer d’un lieu, c’est sournois. Il suffit d’entendre une bribe de conversation ou de sentir un arôme, et c’est tout de suite la boule dans la gorge. Mais avec le récit de Dominique Lapierre, j’étais en Inde au mois 15 minutes par jour.

14924074_10154455477665659_1518289195_o

Le parc du Victoria Memorial, au coeur de Calcutta

En lisant les premières pages du roman, je pensais d’emblée avoir tout compris : l’histoire se déploierait sous la forme d’une saga familiale, le paysan Hasari Pal au centre de cette épopée. J’ai vite changé d’avis en constatant que j’avais affaire à une forme romanesque de Humans of New York, version Calcutta. Tout comme ce projet, les photos en moins, il était ici question d’humaniser la ville, un récit de vie à la fois.

D’un chapitre à l’autre, le kaléidoscope que représente Calcutta prend forme. Ce sont d’abord les déboires, les luttes, les échecs et les tentatives désespérées qui prédominent : la ville est sans pitié. Mais lorsqu’on finit par apercevoir la joie, celle qui donne son nom au lieu, c’est toute la métropole qui tremble au rythme de la danse des lépreux et des processions religieuses.

Pour le dernier article de la série, l’Inde littéraireLa Cité de la joie s’avère un trait d’union entre les œuvres précédentes. D’un côté, on suit la trace d’Occidentaux qui décident de leur plein gré d’aller vivre dans un slum, tout comme dans Shantaram. À travers les yeux du missionnaire Paul Lambert et du médecin américain Max Loeb, c’est l’expérience de l’étranger en sol indien. Tous les éléments marquants y sont, notamment le premier contact avec les crémations lors des cérémonies funéraires. Je me rappelle la fascination morbide éprouvée à la vue de ces corps qui brûlaient tout près du Gange pour ensuite y être déversés. Mais encore plus marquant, c’était de regarder les gens autour et de réaliser qu’assister à ce rituel était ce qu’il y avait de plus normal pour eux. Pas question ici de cacher la mort, et encore moins de la pleurer, les âmes qui tentent d’atteindre la moksha en seraient troublés.

En parallèle des tentatives de Lambert et Loeb pour se tailler une place dans La Cité de la joie, c’est la réalité des travailleurs indiens qui se briseront le corps et l’esprit pour réussir à nourrir leurs familles que l’on retrouve. Ces récits rappellent L’Équilibre du monde, ils sont ceux des déshérités. Venus des quatre coins du pays dans l’espoir d’améliorer leur sort, plusieurs d’entre eux en viendront à donner leur sang, goutte par goutte, pour ne pas se laisser avaler par la ville inhumaine. Et que dire des porteurs de rickshaws qui soulèvent chaque jour ces immenses tricycles pour transporter les plus riches d’un bout à l’autre de la ville. Certains tomberont d’épuisement, le corps essoufflé et les os meurtris. Ce moyen de transport existe toujours en Inde, et chaque fois, en le voyant, j’éprouvais un mélange d’admiration et de répulsion. Admiration devant chaque pas et chaque effort que ces hommes faisaient, répulsion devant le constat qu’ils devaient porter ce poids sur leurs épaules, en plus de tout le reste.

14954332_10154455477395659_1237087729_o

Sur les rives de Calcutta, un temple dédié à la déesse Kali.

Avant d’y mettre les pieds, Calcutta était pour moi la ville de Mère Teresa, avec des rues infestées de rats, des égouts à ciel ouvert et des cadavres qu’on ne prend pas le temps de retirer de la chaussée.

Rendue là-bas, c’était plutôt une ville en déclin que j’apercevais, le sentiment qu’autrefois il y avait eu autre chose et que ça avait été grand. Mais qu’il n’en restait désormais plus aucune trace. Les parcs trop verts et les noms des rues à l’anglaise rappelaient le passé colonial des lieux, mais ils rappelaient également que Calcutta, contrairement à New Delhi ou Mumbai, n’avait pas su se réactualiser.

Une fois le livre de Lapierre refermé, j’avais réussi à mettre le doigt sur le sentiment fuyant que je ressentais: Calcutta me rebute autant qu’elle m’attire. Avec sa chaleur démesurée, sa désuétude, ses palais trop majestueux et sa misère accablante, elle produit l’effet d’un véritable tourbillon. Au fil des années, elle a attiré des millions d’étrangers et d’Indiens ; les uns propulsés par le désir d’aider, les autres en quête de prospérité. Avec son magnétisme, elle s’est taillée une place dans les imaginaires. Et aux détours de ses rues, on recherche toujours les traces de la ville fantasmée.


Pour ceux qui voudraient aller plus loin dans l’Inde littéraire:

Salman Rushdie, Midnight’s Children

Arundhati Roy, The God of Small Things

Lire Lolita à Téhéran : ode à la littérature sur fond de guerre

En traduisant la liste de Rory, ce titre m’a interpellée. J’ai tout de suite eu envie de le lire. Aimant les livres qui parlent de littérature et d’histoire — sans pour autant être un roman historique — j’ai rapidement su que ce livre allait me plaire. En plus, on y raconte l’histoire d’une femme forte, un récit autobiographique; manifestement, ça augurait bien pour moi. Je l’ai lu, par bribes, en y revenant toujours. C’est le type de roman qu’on peut déposer sur sa table de chevet, le temps d’en lire un autre, et y revenir sans y avoir perdu ni le fil, ni le goût.

Après avoir dû démissionner de l’Université de Téhéran sous la pression des autorités iraniennes, Azar Nafisi a réuni chez elle clandestinement pendant près de deux ans, sept de ses étudiantes pour découvrir de grandes œuvres de la littérature occidentale. Certaines de ces jeunes filles étaient issues de familles conservatrices et religieuses, d’autres venaient de milieux progressistes et laïcs; plusieurs avaient même fait de la prison. Cette expérience unique leur a permis à toutes, grâce à la lecture de Lolita de Nabokov ou de Gatsby le Magnifique de Scott Fitzgerald, de remettre en question la situation « révolutionnaire » de leur pays et de mesurer la primauté de l’imagination sur la privation de liberté.

Lire Lolita à Téhéran raconte donc la vie de l’auteure, Azar Nafisi, alors qu’elle était enseignante de littérature, durant la révolution iranienne. Cette passionnée se voit contrainte à quitter son poste dans une université de Téhéran, refusant d’y porter le voile pour enseigner, refusant de revoir son curriculum jugé antirévolutionnaire par les autorités, encourageant, à sa façon, l’insubordination des jeunes femmes face au régime autoritaire dans lequel elles sont contraintes de vivre, soit la République islamique d’Iran.

Entourée de jeunes étudiantes, elle forme chez elle un « club de lecture » où elles parlent de Nabokov, Fitzgerald, Austen, James, sans retenues. À travers ces séances, Nafisi dévoile une réalité toute autre, loin des fictions desquelles elles discutent.

En reconstruisant son parcours en tant que femme, professeure, mère et épouse, durant une époque changeante — qui restreint  la femme et apporte avec elle des violences d’une ampleur qui devient banale de par son caractère routinier et commun — l’auteure étale et met de l’avant les impacts et conséquences de la révolution iranienne sur plus d’une génération d’hommes et, principalement, de femmes.

Il y a tellement de moments marquants, de perles et de réflexions dans ce roman, je ne peux faire autrement que d’admirer le travail de l’auteure, son courage, sa force et sa vulnérabilité, tout à la fois.

Non seulement les questionnements des personnages sont bouleversants, ces femmes sont emprisonnées, au sens figuré — et parfois littéral — par une majorité politique qui leur interdit presque d’exister, contraintes et confinées à n’être que des ombres d’elles-mêmes, tout en essayant, comme nous toutes, de se découvrir et de comprendre qui elles sont.

Mais la force de chacune, l’espoir d’avoir mieux, le havre que leur offrent ces séances du jeudi chez Nafisi, le pouvoir salvateur de l’imaginaire et des mots, tout ça est d’une puissance qui n’a su faire autrement que me toucher, me marquer et m’instruire. C’est un fin roman qui dépeint avec ferveur et réalisme une réalité qui fait mal, qui enrage et qui, malheureusement, est toujours d’actualité.

Finalement, il y a, dans Lire Lolita à Téhéran, une force et une passion qui émane de tout. L’hommage que l’auteure rend à la littérature, à l’imaginaire, en plus de lui accorder le premier rôle dans ce roman, dénote une force qui n’est réellement donnée qu’à ceux qui n’ont d’autres choix que de faire face à une réalité qui les contraint au plus profond d’eux.

Le contraste entre l’importance de la littérature dans sa vie et le contexte sociopolitique dans lequel elle évolue est marquant, c’est avec des récits comme celui-ci qu’on ne peut nier le pouvoir des mots, envers et contre tous.

 

Une ode rosée à ses racines

Dans ce petit livre d’un vieux rose réconfortant, on plonge avec douceur et avidité. Marianne Ferrer, l’illustratrice du livre, y raconte comment son enfance, sa famille, a forgé son identité et ses racines. C’est une petite ode à ce qu’on est, d’où on vient, ce qui nous influence et ce qui nous permet d’être tout simplement soi.

Ce livre accordéon s’ouvre et prend toute la place, le temps qu’on s’y immerge complètement. La tête entièrement dans l’histoire de Racines, dans ses magnifiques illustrations et la douceur de ses mots, j’admirais le travail et la motivation derrière chaque page. J’ai beaucoup aimé cette lecture, courte, certes, mais pas moins marquante. Il faut des ouvrages minimalistes comme celui-là, qui par l’intimité et la délicatesse de l’objet comme des mots, nous ébranlent et nous font du bien, vraiment.

Une histoire d’amour qui traverse les montagnes, un grand-père passionné et l’héritage d’une mère… Marianne Ferrer tisse une fresque tendre et intimiste dans un superbe livre-objet qui retrace les moments marquants de son histoire familiale. Elle transcende le temps et plonge à la source de son identité, là où sont ancrées ses racines.

Je me suis amusée à replier les pages, une sur l’autre, à admirer la longueur de l’objet, à contempler ce choix d’offrir un livre accordéon et ce lien avec nos racines, notre identité.

M. Ed, cette nouvelle maison d’édition qu’on a rencontrée dans le cadre d’un concours en entrepreneuriat et avec qui l’on est allées prendre un café, a réellement réussi avec cette deuxième publication à démontrer toute la multiplicité de son talent et de sa ligne éditoriale. Son premier ouvrage, Le méchant qui voulait être pire. Méchant Far West, tome I de Marthe Pelletier et Richard Écrapout étant plus destiné à la jeunesse, je suis agréablement surprise de voir quel genre de publications elle se prépare à nous dévoiler. Diversité dans sa ligne éditoriale, oui. Mais une certitude : offrir des livres magnifiquement bien écrits et toujours très beaux.

Bref, le genre de livre parfait à offrir à un proche pour lui faire vivre des instants de volupté et de suavité. À mettre sur votre liste de Noël, sans faute!
cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

Le temps des fleurs et des femmes


La curiosité est un vilain défaut à bien des égards. 
Qui n’a pas déjà mis sa main sur le four alors que tout le monde vous l’avait strictement défendu ?

Bien qu’on nous enseigne rapidement ce qu’il faut ou ne faut pas faire, l’interdit reste la plus terrible sensation. 

L’appel du mal nous fascine, parce qu’il est l’acte d’un être humain, notre égal.

C’est un miroir qu’on ne veut pas observer, de peur de s’y attarder trop longtemps et de s’y perdre. L’horreur, c’est la théorie du 50/50. Car en chaque être humain, il y a une moitié de bon, et une moitié de mal. Si nous tendons généralement vers la lumière, certains n’y retrouvent aucun confort. 
Qu’est-ce qui déclenche cette animosité ? Cet appel du chaos ? Qui peut commettre de tels actes ?

Quand le fissure apparaît, quelle marque peut-elle laisser sur nos proches et sur les générations à venir ?

C’est ce qui fait du roman The Girls un récit aussi fascinant. 
Pourquoi sommes-nous appelés par le mal ? Quel est son pouvoir de persuasion sur nous ? Mais avant tout, qu’est-ce qui fait que nous avons la capacité de flancher, ou de nous tenir droites devant l’inconnu et de décider de briser la ligne entre collectivité et individualisme ? (Beaucoup de questions, si peu de réponses, hélas…)


Peut-être que vous aussi avez entendu parlé de cette nouvelle bombe dans la littérature américaine. Un récit ravageur sur le féminisme et ses sombres années. 
Chez nos amis américains, The Girls est le nouveau roman chouchou de la presse. On vante le talent de la jeune Emma Cline, à peine âgée de 27 ans. Encensé par le Washington Post et le New York Times, ce premier roman vient tout juste d’être publié en français, et en 33 autres langues.

Un livre franc et dur qui s’intéresse au désir d’appartenance, à la dépendance, la persuasion, la soumission, ainsi qu’à la violence physique et mentale orchestrées par le sexe opposé.

/

Californie. L’été. Début des années 1970. Eevie Boyd, jeune fille rêveuse âgée de 14 ans vit seule avec sa mère. Sur le point de partir pour un pensionnat, elle commence à prendre conscience des changements qui s’opèrent en elle, tant physiques que mentaux. Délaissée par sa seule amie, Connie, elle rencontrera sur son chemin un groupe de filles lumineuses à la beauté troublante. Appelée par leur liberté, elle se laisse embarquer dans leur mouvement, qui la conduira directement au centre d’une secte. Eevie réalisera bien vite que les apparences sont parfois trompeuses et qu’elles peuvent être empreintes d’une violence inimaginable.

S’inspirant librement de l’affaire Charles Manson et de la secte qu’il a opérée dans les années 70, Emma Cline nous offre un premier roman troublant et hypnotisant.

/

Le premier mot venant à l’esprit lorsqu’on parle d’une secte, c’est généralement la frustration. Celle de se laisser aussi facilement persuader, de ne pas trouver le courage de partir…
Mais avec The Girls, Emma Cline s’incruste parfaitement dans le mouvement pour que cette lente descente aux enfers ne provoque aucune colère en vous. Au contraire, elle vous inspire de la peur, de la tristesse, mais surtout de la curiosité.

Beaucoup de curiosité.

 Dès les premières lignes, on nous promet un événement sanglant et tragique qui, encore à l’heure actuelle, vit dans la pensée collective de la société américaine. 
Le ton est donné. Et les 300 pages qui suivront seront d’une violente intensité. C’est un roman extrêmement bien construit. À la fois poétique, rythmé et raffiné.

On ne verse pas dans le mélodramatique. On priorise une ambiance froide et fataliste. Et c’est ce qui nous tient en haleine tout au long de notre lecture.

Devenir et définir la femme 

Le personnage d’Eevie, jeune adolescente désenchantée en recherche d’amour et d’approbation, est un magnifique portrait du deuil de l’enfance.

Et malgré tout ces changements et ces enjeux périlleux, le personnage demeure un témoin lucide.

Car les besoins d’Eevie diffèrent des autres femmes de la secte. Guidée par son éveil sexuel, elle est poussée par ce désir de liberté, de sexualité. On ressent tout le poids du premier amour et de sa gravité. Celui qui nous rend aveugle, qui nous détruit…

Ce n’est qu’en présence des filles qu’on sent l’engouement de la secte, et non en présence des hommes ou du chef gourou, ici nommé Russell.

Ce chef de meute, bien que monstrueux, nous est décrit comme un être lumineux, patient et aimant. En sachant très bien qu’il est le maître du jeu, on ne peut qu’être fasciné à chacun de ses passages. L’engouement qu’il engendre, la confiance que ses femmes lui offrent, nous rendent cet être d’un réalisme fou. Bien ancré dans le début des années 70, on sent les années dites ‘’hippies’’, la volonté de liberté et d’amour collectif. Si bien que l’idée de secte au début nous paraît poussée, on ne s’y perd pas instantanément.

On nous décrit un lieu paisible, où chacun est libre de ses actes, où femmes et enfants évoluent dans une maison délabrée de campagne, ne mangeant que des aliments périmés qu’ils ont trouvés dans les déchets et s’habillent de longues robes crasseuses.. On est d’abord charmés par cette idée, un peu happé par le vent de Woodstock.

Et c’est d’ailleurs ce qui fait la force du roman. On nous dépeint une époque encensée dans la pensée collective, mais bien différente à certains égards. Emma Cline dépeint la voracité, le badtrip des années peace and love.

<< Cela faisait si longtemps qu’aucune d’elles n’avait habité un monde où le bien et le mal existaient de manière concrète, les instincts qu’elles avaient pu posséder autrefois- le léger tiraillement dans le ventre, l’inquiétude qui vous rongeait- étaient désormais inaudibles. >>

Quand l’horreur s’immisce dans la réalité

Ce n’est que par le biais d’Eevie qu’on réalise l’ampleur des actes commis. Elle qui, secrètement amoureuse de Suzanne (nommée ainsi selon Susan Atkins, favorite de Charles Manson), commence à se sentir obligée de voler, de commettre des gestes sexuels, de devenir une femme. On la sent si fragile, mais complètement consciente que tout ce qui se produit n’est pas fait pour elle, qu’elle n’appartient pas dans ce monde.

S’évadant entre ranch délabré et la maison douillette de sa riche maman, on assiste à un changement de classe drastique. Une vie rangée de banlieue où l’argent coule à flot, face à une maison en ruine où l’unique souci est de combler les désirs d’un seul homme.

Alternant entre présent et passé, on constate les traumatismes encore présents d’une Eevie plus âgée. On la sait femme, mais on la sent encore si fragile, comme si cette période si importante au développement d’une femme lui avait été volée, et que cette vie ne lui appartenait plus.

Cette différence de temps nous permet aussi d’observer que le combat des femmes n’est pas encore gagné et que la violence, même si elle n’est pas toujours de nature physique, a une portée inimaginable sur le développement des femmes et sur la confiance qu’elles accordent au monde qui les entoure.

<< Pauvres filles. Le monde les engraisse avec des promesses d’amour. Elles en ont terriblement besoin et la plupart d’entre elles en auront si peu. Les chansons pop à l’eau de rose, les robes décrites dans les catalogues avec des mots comme <<coucher de soleil>> et <<Paris>>. Puis on leur arrache leurs rêves de manière si violente : la main qui tire sur les boutons du jean, personne ne regarde l’homme qui crie après sa petite amie dans le bus. >>

Préférant mettre de l’ampleur sur le mouvement que sur l’acte, l’auteur nous dépeint les horreurs commises à la toute fin du roman, et ce, assez rapidement, toujours en gardant un ton froid et distant. 
Comme si cet acte violent et sanglant n’était que la réponse finale, mais pas le build up. Le dernier chapitre nous transperce profondément, happé par ce sentiment d’alerte, cet appel d’air.

The Girls nous permet d’avoir un regard différent sur le féminisme et sur le désir d’appartenance.

C’est la peur aux os, celle qui habite encore aujourd’hui les femmes. C’est l’idée de regroupement, de collectivité et d’unique façon de raisonner.

C’est un livre brillant qui dépeint une époque trouble ainsi que l’émancipation des femmes et de ceux qui en ont profité à leurs dépends. Un des romans les plus frappants que j’ai eu le chance de lire dans les dernières années. Livré avec justesse et poésie, on est happé par le talent indéniable d’Emma Cline. 

Jamais l’horreur n’aura été aussi haletante, glauque et florale.

Un livre pour ces femmes qui ont eu peur, et qui vivent encore aujourd’hui dans l’angoisse.

Car même dans les périodes les plus sombres, il ne faut parfois se fier qu’à soi-même pour raviver la lumière.

Si le mal est présent en chacun de nous, et bien la force reste encore aujourd’hui notre plus grand acquis.


cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

Carnet de l’apprenti écrivain ou comment apprendre à se connaître par des exercices d’écriture

Cette fois-ci c’est mon petit côté adolescente qui s’est extasié devant ce Carnet de l’apprenti écrivain, rempli d’une foule d’activités liées à l’écriture. Ce que j’aime de ce type d’ouvrage c’est la possibilité d’ouvrir quelques pistes d’écriture en ne sachant pas du tout où elles peuvent me mener, ainsi que le plaisir de partager ces activités avec d’autres quand le moment est propice à ce genre de partage.

J’aimerais partager ma passion avec vous et vous dire que, pour être écrivain, il n’y a pas de secret : il faut écrire. Et pour cela, bien sûr, il faut le vouloir! Susie Morgenstern

img_4001Carnet de l’apprenti écrivain, publié aux éditions De la Martinière jeunesse, écrit par Susie Morgenstern et illustré par Theresa Bronn.

img_3945Pour vous, je vais me prêter au jeu d’écrire spontanément à partir de trois activités pointées au hasard.

Gertrude Stein : Écrire et lire sont, pour moi, synonyme d’exister.

1- Exercice (ou invitation) : Pendant toute une journée, notez tout ce qui vous semble indispensable pour vivre : amis, lieux, objets, courrier…

Réalisée le 27 octobre alors que je faisais le trajet d’autobus entre Pabos Mills et Carleton-sur-Mer.

La présence de mes parents : peu importe où je me trouve et dans quelque situation que ce soit, ça me sécurise de savoir que je peux toujours compter sur mes parents. Qu’ils soient présents par téléphone ou en vrai, je suis choyée qu’ils soient là pour moi, même si très souvent nos valeurs et nos expériences de vie prennent des chemins opposés. Ils semblent avoir développé un sixième sens avec moi.

Le sommeil et les rêves : le monde des rêves et la capacité de rêver sont absolument nécessaires pour moi, ils me permettent de me réparer la pensée, de prendre des décisions, de dénouer des nœuds parfois conscients, parfois inconscients, de découvrir des pistes de création et surtout d’apprendre à me connaître. À l’intérieur du monde inconscient, tout un univers continue de se construire et je suis avide de le découvrir.

Un carnet et un crayon : aussi nécessaire que boire de l’eau et respirer. D’ailleurs aujourd’hui je me suis offert de nouveaux carnets. Sur une île déserte, laissez-moi là, si vous le souhaitez, mais n’oubliez pas de m’y jeter avec un carnet et un crayon, merci. 😉

Une tuque : je suis une version réelle de la princesse aux petits pois, tout ce qui frôle ma tête, mon corps doit être d’une grande douceur. La tuque aussi pour me garder les idées au chaud avec le début précoce de la saison hivernale.

LA MUSIQUE : je tente de vivre dans quelques espaces-temps silencieux, mais je me rends souvent compte que monte en moi, finalement, la musique et je me retrouve à chantonner, à murmurer des mots et des mélodies. La musique me permet d’atteindre des émotions vives plus facilement. J’ai aussi un immense plaisir à me laisser raconter la poésie d’artistes qui m’inspirent. Ce matin, dans l’autobus voyageur, j’écoutais à répétition Bien de Catherine Major, quelle chanson merveilleuse! Merci!

La mer : aujourd’hui la mer est argentée. Le soleil transformé en ampoule blanche par les nuages éclaire des cercles sur l’eau calme et haute. La perte de vue ne finira jamais de m’éblouir.

L’art : la création, celle que je développe par les arts visuels et l’écriture. La création, celle que je partage avec d’autres artistes sensibles. Les arts visuels, la littérature, les arts de la scène, tout, tout, tout, en consommer, en produire, en partager, de l’art partout, tout le temps. Tout à l’heure, je suis entrée au Centre d’artistes Vaste et Vague pour découvrir l’univers des îles de Jean-Yves Vigneau. Vous savez, moi et les îles!

LE CAFÉ : tout tout tout ce qui se rapporte à la caféine est synonyme de bonheur (sauf peut-être les nuits blanches pour en avoir trop consommé, mais encore là)!

Les bouquins : bien évidemment. Dans mon sac à main, le Journal de Marie Uguay m’attend patiemment. Plus tard mon cher, plus tard, mais bientôt.

L’écriture : parce que c’est plus facile de m’exprimer dans ces symboles que sont les lettres et les mots (les pages du matin, le journal intime, la réflexion artistique, la correspondance, la poésie, la nouvelle, le roman…)

La liberté : du corps et de l’esprit, parce que voilà!

Les larmes : parce qu’elles me rendent plus humaine.

La mobilité : pour découvrir le monde et ainsi continuer d’être joyeusement curieuse et émerveillée.

La solitude : elle me permet de faire le point avec moi-même avant de retourner vers les autres.

Les autres : pour leurs yeux et leur sourire.

Nikki Giovanni : Il ne faut pas être intimidé par ses propres pensées.

2- Quel est le sujet qui vous gêne le plus? Le sujet dont vous n’aimeriez surtout pas parler? Justement, parlez-en!

Je vais me compromettre, promis. Mais je vais le garder pour moi. Déjà faire le geste d’écrire pour soi est un petit bout de chemin parcouru vers une plus belle liberté créatrice. Et puisque je cherche à être le plus authentique possible et en harmonie avec moi, ce thème en est un qui vient me chercher. Mais ça montre ici, que oui, l’on peut écrire pour partager avec les autres, mais l’on écrit avant tout pour soi, et même écrire pour soi-même n’est pas toujours si facile, simple peut-être bien, mais pas facile pour autant.

Emily Dickinson : La colère, aussitôt nourrie, meurt. C’est de crever de faim qui la fait grossir.

3- Qu’est-ce qui vous met en colère?

Ce qui me met franchement dans une colère, de celle qui m’enlève tous les moyens, c’est lorsque j’entends un homme me rabaisser ou rabaisser les autres femmes. Lorsque l’on me regarde comme une conne, une faible, une bonne à rien, je le vois, je le sens, je le ressens, je l’entends, même si ça reste à mot couvert et alors tout mon être se met à trembler et j’ai de la difficulté à articuler ma défense et je me sens tout à coup violente, alors que c’est loin d’être dans ma nature. Je me transforme en une louve féroce qui doit protéger son territoire intime. Ce que j’apprends au fil des ans c’est à trouver les bons mots pour m’exprimer et pour me défendre, je tiens à laisser entendre mon mécontentement et mon point de vue. Je ne tiens pas à blesser avec mes mots ou avec mes poings, je veux être entendue et comprise. Respectez-moi et je vous respecterai en retour! Merci!

Sinon plusieurs autres sujets m’irritent, la minimisation de l’art dans la société, la maltraitance faite aux humains, aux animaux, à la planète, etc.

Et toi, qu’est-ce qui suscite chez toi la colère?

*

Bien qu’il soit simple à utiliser, le contenu de ce carnet n’en est pas moins enrichissant. D’abord les activités et exercices proposés nous guident parfois, même souvent, vers des réflexions plus au second degré et personnelles, et chacune des pages est agrémentée de citations inspirantes.

Les invitations à écrire peuvent nous mener dans des zones très inconfortables où nous sommes confrontés à nous-mêmes, à nos peurs, à nos hontes, à nos peines, mais je reste convaincue que pour être un artiste, un écrivain entier et authentique, il faut apprendre tous les jours à se connaître et ces exercices sont une bonne piste vers la découverte de notre vaste monde intérieur. Laissez-vous aller et prenez-le comme un jeu, vous pourriez être surpris de ce que vous apprendrez de vous.

Quelques invitations et autres pistes de réflexion prises au hasard :

fullsizerender-Videz votre sac à dos et décrivez les objets qui s’y trouvent, sans jamais les nommer.

-Faites raconter à un objet qui vous a suivi depuis votre enfance l’un de vos plus beaux souvenirs.

-Notez rapidement quatre mots sans réfléchir et mettez-les en scène dans un texte.

-Vous êtes écrivain et vous dédicacez votre dernier ouvrage à un lecteur.

-Aujourd’hui… Que vous évoque ce mot?

-Pouvez-vous répondre à cette question : c’est quoi la vie?

-Où préférez-vous écrire?

-Votre histoire commence par la découverte d’un cadavre!

-Imaginez-vous dans la peau d’un personnage célèbre et racontez une journée de votre vie.

-Quelles sont les choses que vous remettez systématiquement à plus tard? Dressez-en la liste. Puis, faites-les toutes, l’une après l’autre!


cliquez-ici-pour-visiter-notre-boutique-en-ligne

Prix littéraire des collégiens 2017 : titres en lice

Le 11 novembre avait lieu le dévoilement des finalistes du Prix littéraire des collégiens 2017.

Le Prix littéraire des collégiens permet à plus de 700 jeunes lecteurs et lectrices d’une cinquantaine de cégeps et de collèges de partout au Québec de lire des ouvrages québécois et de leur décerner le Prix. Il cherche à :

  • Promouvoir la littérature québécoise actuelle auprès des étudiants des collèges et des cégeps en encourageant l’exercice du jugement critique à travers la lecture.
  • Récompenser une œuvre originale écrite en français par un auteur ayant la citoyenneté.
  • Reconnaître la qualité et la pertinence d’une œuvre dont l’autonomie narrative est claire; à cet égard, les titres d’une suite ou d’une série sont exclus.

Cette année, les cinq titres en lice sont les suivants :

Les img1c1000-9782924491119maisons de Fanny Britt (Le cheval d’août), paru le 26 octobre 2015

Tessa, chanteuse classique convertie en courtière immobilière, vend des maisons et ne va pas bien. Elle élève trois fils qu’elle adore avec un homme qui la chérit. Dans trois jours, elle a rendez-vous avec Francis, un ancien amour qui n’a jamais guéri. Entre-temps, il y aura des visites de propriétés, des cabines d’essayage, des cours de natation, des ponts en bâtons de popsicle à livrer à l’expo-sciences de l’école, des étreintes dans la nuit, des deuils, des rappels de l’enfance, des fantômes, et la peur de vieillir dans l’amertume. Cesse-t-on un jour de désirer ce qu’on a désiré à vingt ans?

Martine en a d’ailleurs fait une critique ici.

Le poids de la neige de Christian Guay-Poliquin (La Peuplade), paru le 13 septembre 20162078407-gf

Dans une véranda cousue de courants d’air, en retrait d’un village sans électricité, s’organise la vie de Matthias et d’un homme accidenté qui lui a été confié juste avant l’hiver. Telle a été l’entente : le vieil homme assurera la rémission du plus jeune en échange de bois de chauffage, de vivres et, surtout, d’une place dans le convoi qui partira pour la ville au printemps.

Les centimètres de neige s’accumulent et chaque journée apporte son lot de défis. Près du poêle à bois, les deux individus tissent laborieusement leur complicité au gré des conversations et des visites de Joseph, Jonas, Jean, Jude, José et de la belle Maria. Les rumeurs du village pénètrent dans les méandres du décor, l’hiver pèse, la tension est palpable. Tiendront-ils le coup?

Karine en a fait une critique juste ici.

Mektoub de Serge Lamothe (Alto), paru le 26 septembre 2016

2083947-gfMektoub! C’était écrit!

Cette expression, qui évoque la fatalité, résume à elle seule un éternel débat : notre destinée échappe-t-elle à notre volonté ou disposons-nous d’un libre arbitre qui nous permet de l’infléchir?

Le 31 juillet 1976, à Montréal, le dernier accident d’une série de sept va déterminer le destin d’un homme et d’une femme qui, toute leur vie durant, tenteront de donner un sens à cet événement.

Des femmes savantes de Chloé Savoie-Bernard (Triptyque), paru le 19 septembre 2016

Ces femmes ont bien appris la leçon. Les règles, elles les connaissent. Est-ce donc leur faute si, au dernier moment, ça coince? La ligne de khôl, les vœux du Nouvel An, un coiffeur qui vous 9782897410889_mediumprend pour Courtney Love, une fin de soirée sans condom, ce plan si simple pour faire renvoyer la vendeuse détestée de toutes…

Prises entre désir de plaire et souci d’authenticité, les femmes et les filles mises en scène par Chloé Savoie-Bernard se délectent de leur solitude jusqu’à l’écœurement. Quelles parts de soi faut-il enjamber pour atteindre l’autre? Certaines arriveront à faire le grand écart, d’autres non.

Habitées par les sons et les langues de Montréal, par la musique pop et la poésie, ces nouvelles sont portées par un souffle aussi lyrique qu’impur. La contamination est amorcée.

Le continent de plastique de David Turgeon (Le Quartanier), paru le 5 avril 2016

1886996-gfLes biographes ont établi que le prolifique auteur de L’ouvreuse de cinéma, de Rentrer de noirceur et de bien d’autres titres a eu recours, pendant pas moins de dix ans, à un assistant. Quel a été le rôle exact de cet assistant dans l’écriture des romans de cette période? À quelles autres plumes a-t-il secrètement prêté son concours? Dans quelles circonstances a-t-il rencontré l’épatante Denise Bruck, grand amour de sa vie? Quelle était la nature de leurs liens avec la mystérieuse Fondation Schasch? Et que venait faire le continent de plastique dans toute cette histoire? À ces multiples questions je crois pouvoir donner une réponse complète et satisfaisante. Cet assistant, c’était moi.

Mes étudiants et moi aurons l’honneur, au cours de la session d’hiver 2017, de discuter de ces œuvres, de les décortiquer et de les critiquer pour en déclarer une gagnante du Prix 2017.

Vous pourrez, vous aussi, lire et partager votre avis sur les cinq titres en lice en commentant les critiques et discussions que mes étudiants auront, présentées lors de prochains articles. 

Mention spéciale à Louis-José Houde qui s’implique toujours autant dans le milieu des livres au Québec : « Je suis heureux de pouvoir être à nouveau le porte-bonheur du Prix littéraire des collégiens. De savoir que la lecture peut autant toucher et stimuler de jeunes adultes me donne envie d’appuyer encore cette année ce prix que je trouve vital pour la scène littéraire québécoise. »