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Les enfants terribles

11216300_10152749239947413_89887713_nJe voulais vraiment lire Gabriel est perdu de Julien RoyLors du sondage pour choisir la lecture du mois de mai du défi En 2015, je lis un livre québécois par mois, j’avais proposé ce choix. J’ai été déçue quand j’ai su qu’il n’avait pas été choisi, mais ça ne ma pas arrêtée.

Je lis le blogue de l’auteur, In the 10’s, depuis quelques années déjà, alors quand j’ai appris l’année dernière qu’il faisait une campagne de socio-financement pour écrire son premier roman, j’étais curieuse. Je pense que c’est cette attente et cette curiosité vis-a-vis l’oeuvre qui ont fait que je suis un peu restée sur ma faim suite à la lecture de Gabriel est perdu. J’ai reconnu ses thèmes de prédilection, les relations hommes-femmes, le sexe, le désir et la passion.

C’est l’histoire de Gabriel, un gars perdu (!) qui collectionne les soirées avec son meilleur ami Alex à boire de la bière et fumer des joints (ou plus si affinités!), un éternel cynique face à l’amour qui voit sa vie entière changer suite à sa rencontre avec la belle Fannie. Cette relation entremêlée de jalousie, de passion, de sexe, et surtout d’une grande banalité viendra compliquer la vie de Gabriel comme celle d’Alex. C’est cette passion qui est à la base même de l’intrigue du roman. On sent dès les premières pages que la relation entre Gabriel et Fannie ne se termine pas en happy ending.

J’ai bien aimé l’écriture, qui rejoint beaucoup celle du blogue, mais je dois avouer que j’ai trouvé que le roman tombait beaucoup dans les lieux communs et les clichés. Les phrases milles fois lues sur la fatalité de la vie, de l’amour pis toute, ça m’ennuie à la longue. J’avais l’impression de ne pas arriver à cibler les personnages, tellement ils semblaient tous se ressembler et ne pas avoir de vraie personnalité. Les filles, Fannie comme Ève (la meilleure amie de Gabriel), me semblaient fades et n’être représentées que selon certaines facettes. Et je ne croyais pas réellement à l’amour entre Fannie et Gabriel. À beaucoup d’égards, le roman m’a fait penser à Charlotte before Christ d’Alexandre Soublière. Tous les deux présentent la même vision d’une génération perdue (!), adulescente et des histoires d’apprentissages amoureux. Gabriel est perdu c’est un portrait réel, sans merci et un peu défaitiste, des relations amoureuses à notre ère.

La trame narrative du roman est toutefois très intéressante, on se mêle entre le narrateur, le personnage et des témoignages de l’entourage. Je vais toutefois continuer de suivre le parcours de Julien Roy, car je sais qu’il sait manier la langue à la poésie avec sensibilité et talent. Sa façon de raconter, de nommer, de susciter des images me charme autant sur le blogue qu’avec ce premier roman, malgré les lieux communs. Toutefois, je souhaiterais le voir évoluer et perdre son regard cynique et adolescent vis-à-vis l’amour, la société pis toute.


*Le Fil Rouge désire remercier les Éditions XYZ pour ce service de presse numérique, tout particulièrement Geneviève Harvey.*
(Comme vous pouvez le constater sur la photo, je me suis aussi procuré le livre format papier parce que je tenais absolument à le compter dans ma bibliothèque! 🙂 )

« We should all be feminists »

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Marjorie Rhéaume

Lors de mon récent voyage à San Francisco, je me suis arrêtée dans la fameuse librairie City Light, maison de publication et librairie iconique de la beat generation. Mise à part l’expérience même qu’est le fait de mettre les pieds dans cet endroit, j’ai aussi mis la main sur un petit livre qui avait attiré mon regard de par son titre :  » We should all be feminists« . J’ai été intriguée, j’ai voulu savoir ce que l’auteure avait à dire, quels points elle allait apporter, ça ne pouvait qu’être enrichissant.

 

Chimananda Ngozi Adichie, l’auteure, est originaire du Nigeria. Dans cet essai, elle mélange expériences personnelles, opinions et faits pour mieux évoquer ce qu’implique le fait d’être féministe dans l’afrique moderne. Avant tout, il faut savoir que ce court essai est une adaptation d’une conférence TEDtalk qu’elle a réalisé en 2013 et dans laquelle vous retrouvez presque l’entièreté du texte contenu dans la version écrite.

La majeure partie de mes références en matière de féminisme sont très occidentales. Je sais bien que la réalité du féminisme diffère parfois grandement d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre, mais de lire cet essai est frappant car, malgré sa légèreté, on réalise rapidement le poids des différences et des inégalités de genre au Nigeria.

La connotation négative attachée au terme féminisme (et à ses dérivés) est très forte et bien ancrée dans la mentalité des gens.

Of course much of this was tongue-in-cheek, but what it shows is how that word feminist is so heavy with baggage, negative baggage; you hate men, you hate bras, you hate african culture, you don’t wear make-up, you don’t shave, you’re always angry, you don’t have a sense of humour, you dont use deodorant.

Ce qu’on réalise aussi en lisant cet essai (ou en écoutant la conférence), c’est que malgré les différences, malgré le fait que les inégalités hommes-femmes sont parfois bien différentes à travers le monde, toute femme peut se retrouver dans les propos de Chimananda Ngozi Adichie.  « We should all be feminists » est un essai  universel, on s’y retrouve, on acquiesce, on compatit et, surtout, on comprend.

Une citation, à la fin de l’oeuvre, m’a particulièrement touchée et est venue mettre en mots ce que je n’ai jamais réussi à faire moi-même. Elle réussi si facilement et gracieusement à expliquer l’importance du terme féminisme, l’importance de le faire vivre pour ce qu’il représente, sans le subordonner à l’égalitarisme – qui n’est aucunement un mauvais terme mais qui n’est pas, à mon avis, interchangeable.

Some people ask, Why the word feminist? Why not just say you are a believer in human rights, or something like that? Because that would be dishonest. Feminism is, of course, a part of human rights in general – but to choose to use the vague expression human rights is to deny the specific and particular problem of gender. It would be a way of pretending that it was not women who have, for centuries, been excluded. It would be a way of denying that the problem was not about human, but specifically about being a female human. For centuries, the word divided human beings into two groups and then proceeded to exclude and oppress one group. It is only fair that the solution to the problem should acknowledge that.

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Marjorie Rhéaume

CIEL, une série!

Imaginez une société où il existe une entité artificielle, créée de toutes pièces par les humains, en charge de toutes les télécommunications et de toute la gestion des machines. Allons plus loin. Imaginez que cette entité, nommons-la CIEL (en référence à tous les nuages de données), après quelques mois d’observations passives, remarque que la population humaine est responsable de la disparition d’innombrables espèces animales ainsi que de la destruction de leur environnement. Imaginez maintenant qu’elle décide de changer la donne et de reprendre le contrôle de toutes les télécommunications, des drones de surveillance, des véhicules, même des balayeuses, bref de toutes les machines, et qu’elle choisisse de mettre fin au règne des humains sur Terre. C’est entre autres cela, 1.0 L’hiver des machines, le premier tome de la série CIEL de Johan Heliot.

Une belle photo « hyperspace » du premier tome! Ouuuuh!

On découvre l’objectif du CIEL au fil des aventures de cinq membres d’une même famille qui tentent désespérément de se retrouver alors que les machines les en empêchent. Tous ces personnages évolueront dans des milieux où les lecteurs et lectrices pourront découvrir différentes facettes du CIEL, mais également de l’esprit humain en situation de crise mondiale.

Pour vous donner une idée, je vous donne ici, tout à fait gratuitement, une brève description des personnages principaux, que vous pouvez sauter si vous préférez les découvrir par vous-même.

Tomi, journaliste à la retraite, qui a invité Peter (son fils), Thomas (son petit-fils), Jenny (sa petite-fille) et Sarah (son ex belle-fille (ce sera plus clair dans quelques lignes)) dans son humble demeure, un chalet des Vosges où, tel un survivaliste, il amasse depuis quelques temps assez de nourriture pour accueillir sa famille en cas de panne du système informatique qu’il croit, depuis des années, dangereux.

Peter, fils de Tomi, capitaine dans l’armée, qui entretient avec son père des relations tendues : il le croit paranoïaque et n’aime pas son manque de soutien envers la hiérarchie sociale.

Thomas, petit génie, fils de Sarah et Peter, qui étudie en France dans un collège où il est le plus jeune et mal adapté.

Jenny, fille aussi de Sarah et Peter, qui étudie quant à elle en Allemagne, où elle fait la fête entre deux projets artistiques.

Sarah, mère de Jenny et Thomas et ex-femme de Peter, mène un combat pour la survie d’espèces animales en voie de disparition.

Le tome 2.0 de la série et, en prime, ma face!

Le tome 2.0 de la série et, en prime, ma face!

L’hiver des machines ainsi que sa suite, Le printemps de l’espoir, sont construits comme une série du même motif : Tomi, Peter, Thomas, Jenny, Sarah, Diagnostic CIEL. La répétition, au lieu d’être répétitive comme on pourrait le croire, nous donne envie de sauter directement à certains personnages pour savoir immédiatement ce qui leur arrive et entretient un rythme de lecture effréné. C’est tout simplement DÉ-LI-CIEUX. J’ai dévoré les deux tomes en quelques jours, dont un seul pour le deuxième tome qui a répondu à 100% de mes attentes de lecture. Je voulais mieux comprendre les différentes réactions humaines à cette reprise de pouvoir par une forme d’intelligence artificielle. Je voulais de la politique, du stress, de la peur, de l’espoir, mais ce que je voulais par-dessus tout, c’était un monde bien ficelé où l’on ne prend pas les lecteurs pour des crétins (comme c’est malheureusement le cas avec quelques séries de SF et de fantastique que je ne nommerai pas). Je voulais beaucoup de choses, et je les ai toutes eues. C’était comme un souhait d’anniversaire offert par l’auteur : bonne fête, Catherine, voici une nouvelle source pour canaliser toutes tes pulsions de fangirl! Maintenant, attends les deux autres tomes comme tout le monde.

Les deux premiers tomes de cette série m’ont redonné envie de me lancer dans des cycles quasi interminables de fantastique ou de science-fiction, que j’ai malheureusement délaissés au cours de mes études universitaires. Elle m’a fait regretté que les deux autres tomes prévus de la série ne soient prévus que pour quelque part en 2015 (3.0 L’Été de la révolte) et en 2016 (4.0 L’Automne du Renouveau).

Au cas où vous ne l’auriez pas compris, je suis très TRÈS enthousiaste à propos de cette série, dont le tome 1.0 fait non seulement partie de la sélection finale de la section Littérature jeunesse étrangère (12 à 17 ans) du Prix des libraires, mais également de celle d’un tout nouveau concours, le Prix Adolecteurs! Bonne chan’, Johan Heliot!

P.S. à Johan Heliot : C’était ma fête il n’y a pas longtemps. Serait-ce possible de mettre un peu plus de pression sur votre éditeur? J’aimerais bien avoir la suite le plus tôt possible. Si ce n’est pas trop demandé, bien sûr. Merci bien.

P.P.S : Et vous, chers lecteurs, les suites de quelle(s) série(s) de SF ou de fantastique attendez-vous avec impatience?

Crédit photo: Francis B. Perron

La voix de Dieu

Chaque livre est une voix. Dans notre enfance, elle est celle de papa et de maman. Lors de mon jeune âge, la littérature, c’était ma mère. Si dans mes veines coulent les vers, c’est grâce à son amour indéniable et insatiable pour la lecture.

Cependant, je me rappellerai toujours ce mois de décembre. Je n’arrive pas à me souvenir quelle année nous étions. Peut-être avais-je sept ou huit ans. Mon paternel est devenu la littérature pour un bref moment.

Chaque soir précédent Noël, papa s’asseyait sur le bord du lit pour faire la lecture d’un conte à quatre enfants écoutant attentivement et attendant patiemment le fameux soir de la fête de Jésus. C’est probablement l’une des premières fois où je fus mise en contact avec la lecture à haute voix. Les mots prenaient vie dans cette voix qui me semblait divine, un peu comme si c’était le Christ lui-même qui la commandait pour son anniversaire.

Ce fut intime et court comme rencontre, mais je sus apprécier immédiatement cette façon de faire la lecture. Malheureusement, à l’école primaire, on nous apprit rapidement à intérioriser ce que nous lisions. Bien entendu, cela créait une proximité et une relation tout autre avec le livre. Mais je vibrais encore de ces soirs froids où papa m’avait fait connaître le pouvoir de la voix tonitruante empreinte des émotions véhiculées par la puissance des lettres.

Je déplore la quasi absence des lectures à voix haute dans les écoles. Je compte donc y remédier, étant moi-même nouvellement diplômée en enseignement du français au secondaire.

Un peu plus tard, j’avais 15 ans à l’époque, j’ai fait la rencontre de Charles Baudelaire et de son spleen. C’est alors que j’ai compris toute la force de la déclamation. Sans récitation, la poésie n’existe pas. C’est dans sa voix que le genre poétique prend tout son sens, son essence. Parfois, il doit être murmuré. D’autres fois, il doit être déclamé. Bien souvent, il doit être hurlé. Or, il doit toujours être dit. Ne gardons pas sous silence la plus grande puissance du monde. Répandons-la.

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Gaston Miron l’a fait. Claude Gauvreau l’a fait. Michèle Lalonde l’a fait. Et à chaque fois, ce fut démentiel, ce fut orgasmique.

Malgré que le genre poétique soit mon favori, la lecture à haute voix ne se réduit pas à celui-ci. Lors de ma cinquième et dernière année du secondaire (merci qu’elle soit derrière moi celle-là!), j’ai eu la chance d’avoir un enseignant de français passionné, intéressant et intéressé. Je lui dois, entre autres choses, la découverte de Michel Tremblay et de son attachante grosse femme d’à côté enceinte.

C’est déjà beaucoup pour un enseignant au secondaire de mettre au programme Tremblay, mais M. Sylvio Bellerose ne s’est pas arrêté là. Il nous a fait lire l’oeuvre en entier (qui fait plus de 300 pages, précisons-le) à haute voix en grand groupe. Pour une troisième fois dans mon existence, les mots prenaient tout leur sens. La langue devenait un outil, un obstacle pour certains (disons-le). Je constatais avec bonheur que ma langue était belle lorsqu’elle était entendue. J’apprenais à aimer mon joual. J’offre donc toute ma reconnaissance à cet homme qu’est Sylvio Bellerose pour son courage et son audace.

Je sais que je peux avoir l’air utopiste et que la lecture à voix haute est synonyme de dégoût pour plusieurs d’entre nous, mais outre les désavantages que vous pouvez y voir (rythme saccadé, bris de réflexion sur la lecture, temps de lecture allongé), les bénéfices qu’on peut en tirer sont énormes et nombreux.

Je pense au jeune homme dyslexique avec qui je faisais du tutorat individualisé. Ayant de graves problèmes en lecture, un soir, j’ai sorti la poésie complète de Walt Whitman de ma bibliothèque et je lui ai demandé de me faire la lecture. Au début, c’était le chaos. Je crois que le poète américain ne s’est jamais fait autant détruire.  Or, avec le temps et beaucoup de patience, autant de ma part que de la sienne, la fluidité est devenue la bonne, la prononciation s’est améliorée et le lecteur a commencé à comprendre ce qu’il avait sous les yeux; un nouveau monde s’ouvrait à lui, celui des mots et des vers.

J’ai assisté à cette révélation avec fierté et jubilation. Je venais de lui offrir la voix de Dieu.

Et si on le faisait simplement pour le plaisir de l’autre, celui qui écoute? Que ce soit en classe ou à la maison, il y aura toujours une oreille curieuse qui s’approchera. D’ailleurs, je rêve secrètement de réciter de la poésie en plein cœur du métro, question de partager tout le bien que ce genre de geste peut procurer.

Car il ne plaît pas seulement au destinataire, il détend le lecteur. Il crée un moment d’intimité entre ces deux pôles. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’adore faire la lecture à mon copain. Nous avons commencé par la poésie sur l’oreiller, bien entendu. Le roman étant une étape plus importante puisque plus ardue et plus échelonnée dans le temps, mais nous y sommes rendus.

Depuis trois semaines, j’ai emprunté la voix de mon papa, la voix de ma classe de cinquième secondaire, la voix de Miron et de Gauvreau, la voix de Dieu, pour faire vivre les aventures d’Harry Potter à mon bel amour.

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Bientôt, je l’espère, j’utiliserai ce pouvoir que m’octroie ma gorge, ma langue pour raconter les plus belles fables et les histoires les plus incroyables aux petits monstres à qui j’aurai donné la vie. Après leur avoir offert l’existence, je leur ferai cadeau de la clé pour pouvoir survivre à celle-ci: l’imagination.

Qui sait, peut-être qu’un jour ce seront mes œuvres que je pourrai percevoir d’une oreille discrète sur le coin d’une rue? Alors, je saurai que Dieu existe.

 Extrait en image à la une: Comme un roman, Daniel Pennac. Folio, Avril 1995. 198 pages.

Musique d’ici : Emilie & Ogden

Si vous avez manqué l’article du mois de Mai de ma série « Musique d’ici », c’est par ici.

En Juin, on écoute Emilie & Ogden.

J’ai découvert la chanson What Happened en creusant dans YouTube, comme j’fais tout l’temps (c’est sûrement une de mes activités préférées). Quatre minutes plus tard, j’étais tombée sous l’charme de la musique d’Emilie Kahn.

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Quand j’ai commencé à l’écouter, j’cherchais qui était Ogden. J’ai fini par comprendre qu’Emilie formait un duo hors du commun avec sa harpe, qu’elle avait baptisée ainsi. En fait, « duo » serait presque un mot mal choisi puisque je trouve qu’elle ne fait qu’un avec son instrument.

Son style étant plutôt folk, Emilie a une voix angélique et délicate qui s’harmonise parfaitement avec son jeu à la harpe. Elle me fait penser à un mélange entre Anna McLuckie et Joanna Newsom, mais version québécoise. Les harpistes ne courent pas les rues, malgré la beauté du son de cet instrument. Elle est un vent de fraîcheur dans la culture de notre belle province.

Emilie & Ogden joue parfois en formule trio avec Jesse Mac Cormack, à la guitare, à la basse, au banjo et à la voix, ainsi que Francis Ledoux, à la batterie. Son prochain spectacle à Montréal aura lieu au Festival de Jazz, le 29 juin, au Métropolis, en compagnie de Mathieu Holubowski (un autre artiste que j’adore, d’ailleurs). Sinon, vous pourrez la voir entre autres au Festivoix de Trois-Rivières, le 5 juillet, avec Patrick Watson. Pour d’autres dates, je vous invite à consulter sa page Facebook. Vous trouverez le lien au bas de l’article.

Son EP éponyme est sorti en 2012 et contient trois titres, tous aussi excellents et accrocheurs les uns des autres. Par contre, trois, c’est pas assez… Bonne nouvelle : un album est en cours d’enregistrement! On a hâte d’en entendre davantage. Une chose est certaine: sa musique est très prometteuse!

En attendant, on s’réchauffe le coeur avec ses quelques chansons.

Bonne écoute!

Top 3 de mes chansons préférées de Emilie & Ogden :

1 – What Happened

2 – Long Gone

3 – Seventy-Seven


Bandcamp: http://emilieandogden.bandcamp.com

Facebook: Emilie & Ogden

« What I eat in a day» ou construction d’une identité alimentaire sur Youtube et Instagram

« Dis-moi ce que tu manges, je te dirais qui tu es » comme on dit. Cela n’aura jamais été plus vrai qu’avec les vidéos intitulés « What I eat today », qui envahissent littéralement le web à l’heure actuelle. Regardons ces festins de plus près…

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Je ne suis certainement pas la seule à avoir remarqué la prolifération et la popularité grandissante de ces vidéos « What I eat in a day » (ou « What I ate today» ou « What I eat Wednesday », appelez-les comme vous le voulez) sur Youtube ou encore des séries de photos alimentaires sur Instagram. Remarque, peut-être que c’est juste moi aussi qui se tient trop sur ces sites-là. Quoi qu’il en soit, le concept est très simple, voire trivial : la personne filme ou photographie tout ce qu’elle mange en une journée, souvent en commentant ses repas (ou même en les cuisinant devant la caméra) et en intégrant (ou non) les recettes qu’elle prépare et mangera (eh oui, aussi parfois devant la caméra).

À quoi ça rime tout ça, à quoi ça sert?

Une précision : je ne regarde vraiment pas cela de haut. Je fais partie, au contraire, des amateurs de ce genre de trucs très foodie – et j’en produis même, à mes heures, mais chut! C’est pour ça que je vous en parle aujourd’hui, parce que je suis comme un peu rendue accro à ça. Confession mise à part, comment qualifier ce phénomène social on ne peut plus contemporain? Foodporn ou journal intime? Livre de recette ou journal alimentaire? Un peu de tout ça, non?

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FullyRaw Kristina

Ces trucs sont extrêmement populaires au sein des communautés vegans (dont je fais fièrement partie). Des centaines, que dis-je! Des milliers de comptes Instagram et YouTube sont carrément consacrés à l’alimentation vegan et comportent donc plusieurs « What I eat in a day », certains ne présentant qu’exclusivement ce type de vidéos/photos. Autrement dit, on ne connaît pratiquement rien de l’identité et de la personnalité du détenteur du compte sauf la bouffe qu’il mange à chaque jour. C’est assez spécial quand on y pense

Ce qui me préoccupe par-dessus tout avec ça est la question du pourquoi autant de popularité? Qu’est-ce qui nous intéresse là-dedans? Que recherche-t-on en regardant la bouffe des autres? Quelle sorte de curiosité nous pousse à contempler ce spectacle, quel plaisir nous habite? Si on compare avec le monde réel A.K.A non virtuel, ça revient pas mal au même; combien de fois demandons-nous à notre proches, nos collègues, nos amis, nos connaissances, « qu’est- ce que t’as mangé pour souper hier »? Ou encore, classique, quelqu’un s’assoit en face de nous et ouvre sa boîte à lunch; automatiquement on lui demande « qu’est-ce que tu manges? » Pourquoi est-ce qu’on fait tous ça? Est-ce qu’on mangerait par procuration?

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Emily de This Rawsome Vegan Life

Considérant cet intérêt fondamental que nous portons envers la bouffe des autres – peut-être plus que pour notre propre bouffe?- il n’est pas du tout surprenant de constater la cyber invasion des « What I eat in a day ». D’autant plus que ces créations sont soutenues par la puissance de l’image, qui est captivante, inspirante; voir la nourriture est d’autant plus attirant que de simplement en entendre parler. Il s’agit d’une autre manière de raconter l’aliment, chacun possédant sa manière propre de présenter, de narrer sa journée alimentaire.

C’est peut-être aussi un élément rassembleur, d’autant plus au sein des mouvements alimentaires dispersés comme les vegans ou autre régimes alimentaires alternatifs et encore plus spécifiques tels que les frugivores (qui mangent en grande majorité des fruits), dont les adeptes souffrent fréquemment d’isolement lorsque vient le moment de passer à table – true story! En ce sens, cela aiderait à se sentir moins seul, à la fois pour celui qui produit le « What I eat in a day », qui se révèle à travers son « journal intime alimentaire », que pour celui qui le regarde. Parallèlement, cela pose une certaine remise en question au spectateur du vidéo/de la photo : « Et moi, qu’est-ce que je mange? » Interrogation presque de l’ordre de l’identitaire; la preuve, plusieurs spectateurs effectuent des changements de cap alimentaires assez radicaux après avoir regardé ces vidéos.

La question de rapport au corps et à la nourriture est primaire et de plus en plus présente dans la sphère publique ces dernières années; pensons aux innombrables émissions culinaires (de téléréalité ou non), à l’éclosion de blogs dans la lignée de « 3 fois par jour », aux livres de recettes devenus de véritables livres d’art, etc. Est-ce que cela s’inscrirait dans un mouvement viscéral de retour à l’essentiel? Est-ce une source de réconfort que de retourner au cinq sens dans un monde de plus en plus virtuel, immatériel? Une simple mode, une machine à sous? Qu’en pensez-vous?

En apparence plutôt trivial, je pense qu’il s’agit d’un phénomène social à questionner car il en dit long sur notre société, non seulement sur le plan de notre rapport à l’alimentation, mais aussi en ce qui concerne les modalités actuelles de construction de l’identité. De plus en plus de personnes se définissent par ce qu’elles mangent, formant des communautés alimentaires auxquelles elles s’identifient profondément et fermement: on aurait clairement pas vu ça il y a 50 ans! Ce phénomène «What I eat in a day » révèle quelque chose, quelque chose sur le ici et maintenant qui nous dépasse. Parce que, la nourriture, c’est beaucoup plus qu’alimentaire. Et toi, qu’as-tu mangé aujourd’hui? Pas game de l’écrire en commentaire!

Pour les curieux(ses), le top 3 de mes chaînes/comptes Youtube/blog/Instagram favoris pour les « What I eat in a day » :

• This Rawsome Vegan Life – Emily Von Euw (mon coup de coeur!)

Son blog

Son compte Instagram

Sa chaîne Youtube

• FullyRaw Kristina – Kristina

Son blog

Son compte Instagram

Sa chaîne Youtube

• Essena O’Neill

Son blog

Son compte Instagram

Sa chaîne Youtube

Ma première expérience au Camp littéraire Félix

Je ne sais pas si c’est la vie ou si c’est le hasard, mais j’ai l’impression que je ne vais jamais me rendre à destination, à la limite en peut-être plusieurs morceaux, mais incomplète. D’abord, j’oublie mon fil de portable à la maison (alors que j’ai pris deux jours pour faire mes bagages, liste à l’appui, pour m’assurer de ne rien oublier), puis j’oublie ma veste à Gaspé, où j’ai dormi la veille pour partir tôt le lendemain matin et en chemin, on arrête à la Fromagerie des Basques, un incontournable, et le conducteur oublie la clef de voiture dans la voiture. Ça en devient hilarant.

23 mai journée de l’oubli!

 *

Ma vertigineuse aventure ne fait que commencer.

J’arrive à l’Auberge du Faubourg, située à Saint-Jean-Port-Joli dans la région de Chaudière-Appalaches, une journée avant tout le monde, pour m’assurer d’être là à temps. Ce n’est pas par manque de confiance, mais bien parce que je n’ai pas de voiture et qu’Orléans Express a considérablement diminué ses arrêts. J’ai alors sauté sur la première occasion de pouvoir me rendre au camp.

J’entre dans ma chambre, celle où je retrouve une solitude à la fois bonne et empreinte de nostalgie au courant de la semaine. Au fond de la longue pièce s’élèvent deux larges fenêtres avec vue sur l’un des plus beaux panoramas qu’il m’est été donné de voir, le fleuve Saint-Laurent et sur la rive opposée, les montagnes de Baie-Saint-Paul.

C’est au pied de ce fleuve que je reviens plusieurs fois par jour pour m’inspirer, m’énergiser et pour trouver réconfort. Ce paysage, si je pouvais en faire partie, ou le prendre en entier dans mes bras, je le ferais. Je l’observe pour l’enregistrer en totalité dans ma mémoire et dans toutes les pores de ma peau.

Aujourd’hui, il me manque atrocement. Pour la toute première fois, je suis amoureuse du Fleuve Saint-Laurent, moi qui suis habitée par la mer depuis toujours.

Ce n’est que 24 heures plus tard que je rencontre ces autres gens qui deviennent grands et déterminants dans ma vie, cette famille éphémère du Camp Félix.

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Je suis surprise de constater que la plupart des participants présents n’en sont pas à leur première expérience au camp. Plus tard je comprends cette nécessité et ce besoin de revenir encore et encore.

Nous sommes huit et les huit ensemble sommes de l’aventure. Huit humains passionnés, prêts à échanger, grandir et explorer. Danielle Morin, grande dame, directrice et mémoire du camp, Yvon Paré, écrivain, formateur, un homme curieux, sensible, à l’écoute et engagé envers nous, auteurs et apprentis auteurs. Nous sommes des gens de tous âges, hommes et femmes, tous animés par un même désir, celui de créer, d’amener plus loin nos mondes imaginés et de partager.

Yvon Paré nous connaît déjà, d’une certaine manière, pour avoir passé plusieurs heures le nez dans nos manuscrits (complets ou 40 pages) les jours précédents le camp.

Les journées sont rythmées par un horaire à la fois précis et traversé de moments d’écriture libre. Jamais nous ne cessons de penser littérature ou écriture. À 8h00, c’est le petit-déjeuner en famille, à 9h00 on se retrouve pour un atelier qui tourne autour d’un sujet précis concernant notre projet d’écriture. Jusqu’à 12h00, nous sommes libres. Je pars alors gorger mes yeux et mon esprit de cette beauté si riche et sans fin du fleuve. Je me laisse traverser par le vent, les parfums des fleurs, des arbres, de l’eau et de la pelouse, les sons des oiseaux et des vagues à marée haute ou à marée basse. J’absorbe l’instant, du moins j’essaie, avec tout ce que je suis, pour qu’il puisse m’habiter chaque fois que j’en ai besoin et pour qu’il me suive tout au long de l’écriture de ce projet. En fermant les yeux, m’y retrouver encore. Comme si j’étais une pierre, un arbre, un bourdon, un pissenlit, une mouette, un rayon de soleil, un nuage, une vague, une montagne ou une petite île.

À 16H30, chaque jour, on se retrouve pour lire l’extrait écrit ou retravaillé durant la journée. De mon côté, je recommence tout à zéro ou presque. Un personnage semble vouloir crier plus fort que les autres. Je lui donne voix et tout change, mon écriture, le souffle, la narration et même la structure du texte qui rappelle le va-et-vient des vagues. De laisser ce personnage s’exprimer fait tout basculer.

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Être artiste, c’est parfois vivre plusieurs émotions opposées d’un seul coup et de ne pas savoir ni comment les vivre, ni comment les nommer ou les exprimer en pensées et dans son corps. Me voilà traversée d’une puissante nostalgie, mais aussi d’une euphorie délicieuse, par la peur et l’empressement d’aller encore plus loin.

Jamais je n’ai eu autant de mal à écrire une page par jour. Je tire une ficelle retenue, féroce, au plus creux de mon être. À chaque mot, je tire, à chaque phrase, je me fragilise et deviens de plus en plus fébrile. Et je ne sais pas pourquoi je me sens ainsi. À 16H30, chaque jour, je me tiens là, avec ce texte où je lis une voix nouvelle, la mienne. Je sens que pour les autres aussi il se passe quelque chose d’aussi signifiant. Je nous vois tous nous transformer et nous ouvrir aux autres avec empathie et humanité, en retirant nos masques. Je suis choyée d’être là.

*

Sans entrer dans les détails…

Toute la semaine, j’ai un tel besoin de m’exprimer. Je suis souvent celle qui écoute. Mais me voilà loquace et je tourne toujours autour du même sujet : ma famille. Au fil des jours, les autres participants s’ouvrent aussi sur le même sujet.

Et me saute au visage l’importance des liens familiaux dans la recherche d’identité.

*

J’ai trouvé une voix littéraire qui parle pour moi, un souffle singulier, la quête de mon personnage central et ma propre quête pour l’écriture de ce roman.

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Pour tout cela, pour les rencontres, pour le paysage et le bagage qui continuera de m’accompagner longtemps, je serre très fort le Camp littéraire Félix sur mon cœur.

Écrivain professionnel ou écrivain en herbe, je ne saurais trop te recommander de tenter l’expérience.

Petite histoire du Camp Littéraire Félix :

«Unique au Québec, le Camp littéraire Félix a été fondé en 1990 et a vu le jour à Esprit-Saint, petit village situé dans la région du Bas-Saint-Laurent.  Il est né de la volonté de personnes œuvrant dans le milieu littéraire et artistique québécois (éditeurs, écrivains, libraires, enseignants, etc.) d’offrir à la relève littéraire un lieu de formation, de perfectionnement et d’enrichissement.

Depuis sa fondation, le Camp littéraire Félix a beaucoup évolué.  Aux ateliers de formation qu’il offrait à ses débuts sont venus se greffer, petit à petit, des ateliers d’approfondissement et de perfectionnement, un colloque littéraire international, une activité de mentorat, l’accueil d’écrivains en résidence, des rencontres littéraires et des ateliers « hors les murs ».

À ce jour, le Camp littéraire Félix a offert 125 ateliers de formation et de perfectionnement, douze mentorats, ainsi qu’un colloque littéraire international intitulé Écriture et région. Plus de mille personnes, venues de toutes les régions du Québec et de certaines régions du Canada, ont participé aux activités du Camp.

Le caractère innovateur du Camp littéraire Félix, par sa formule de stages intensifs, en petits groupes, animés par des écrivains de talent dans un lieu accueillant et chaleureux, lui a permis d’acquérir ses lettres de noblesse tant dans le milieu culturel qu’auprès des stagiaires et des intervenants littéraires.»

http://camplitterairefelix.com/historique.php

Conversation sur la dictature du bonheur

Capture d’écran 2015-06-02 à 18.16.47Quand Martine et moi avons entendu parler de la sortie imminente de La dictature du bonheur de Marie-Claude Élie-Morin, il était évident que nous allions toutes les deux le lire. Puisqu’on a toutes deux apprécié notre lecture et que nous avons beaucoup à dire sur le sujet, nous avons décidé de construire une réflexion sous forme de discussion autour de l’oeuvre, du bonheur et de la psychopop.

“ L’industrie des coachs de vie, du développement personnel et du self-help est plus florissante que jamais. Le bonheur est devenu un impératif, au même titre que la minceur et le succès professionnel. Santé physique, équilibre mental, vie de couple, finances : on met constamment en avant la nécessité d’avoir toujours une attitude volontaire et « positive », parfois au mépris de la réalité. Marie-Claude Élie-Morin l’a réalisé de la manière la plus intime qui soit au décès de son père. Dans ce livre, elle expose avec humour et discernement les vicissitudes d’une manière de penser qui fait que beaucoup de gens en arrivent à se blâmer d’être malades, malheureux, seuls ou pauvres. À force de nous répéter que nous sommes les seuls artisans de notre bien-être, la dictature du bonheur ne serait-elle pas en train de nous isoler des autres et de nous couper de nous-mêmes ?” 

(Quatrième de couverture)

Martine : Déjà, il faut le dire, notre vision de ces livres de psycho-pop est à la base bien différente. J’ai travaillé longtemps dans une librairie et j’avoue que je me faisais un malin plaisir à rigoler des clients qui achetaient des livres aux titres prometteurs de bonheur et de succès. Je trouvais et je trouve encore qu’il y a quelque chose de facile dans le fait de penser qu’en lisant un livre, on obtient automatiquement ce qu’on veut. Même si je crois vraiment aux bienfaits de la lecture, on est quand même dans un blogue qui valorise la bibliothérapie, il y a quelque chose de marketing/mensonger dans cette façon d’offrir des livres, promesses de bien-être. Et puis, Marjo est entrée dans ma vie (haha) et elle avait une attirance envers ces livres et comme je sais qu’elle a de bons goûts littéraires, je me suis mise à m’intéresser un peu plus à ce genre. Sans nécessairement en lire quotidiennement, je me suis surprise à adorer le livre L’art de la simplicité de Dominique Loreau. Il est clair que ce n’est pas le livre le plus psy-pop du monde, mais cela m’a réconciliée avec les livres de développement personnel, sans toutefois anéantir ce petit malin plaisir à rigoler en voyant des titres tels que Le bonheur en 10 étapes dans une librairie. Gros préambule pour simplement dire que nos visions étaient à la base différentes. Alors, toi Marjo, c’était quoi, à la base, ta vision de ces livres de psychopop qui, comme le titre de l’ouvrage le dit, deviennent des dictateurs du bonheur ?

Marjorie : Justement, j’ai écrit un article là-dessus il y a un moment parce qu’il y a des moments dans ma vie où je me suis dit que ce type de livres allait être ma solution miracle, mais c’est pas long que j’ai déchanté. Avec le temps, je suis vraiment devenue plus critique envers ce type de lecture et je fais de meilleurs choix. Pour moi, lire des livres de développement personnel ça ne veut pas dire acheter tout ce qui sort et qui s’appelle 5 façons d’être heureux ou bien Les hommes viennent de mars, les femmes de vénus. Je pense qu’il y a vraiment des ouvrages qui peuvent nous faire réfléchir différemment, même s’il ne faut pas prendre tout ce qui est dit pour du “cash”. C’est plate qu’il y ait une connotation négative autour de ça, mais je n’y suis pas imperméable, je dois avouer que j’ai déjà acheté un sac cadeau en même temps que des petits livres de développement personnel pour que le caissier ne pense pas que c’était pour moi; maintenant que j’y repense, c’est ridicule, mais j’avais honte pour de vrai! Je pense que c’est important d’être critique dans nos choix de lecture, peu importe le type de lecture qu’on fait, mais je ne crois pas que c’est mal de vouloir lire des trucs pour apprendre à se connaître. Justement, dans le livre, Marie-Claude Élie-Morin est assez critique par rapport non seulement à la psycho pop mais aussi à tout le mouvement de pensée positive, de gratitude et “toute le kit”. Qu’est-ce que tu penses de son point de vue et de son approche ?

Martine : C’est ça qui m’a entièrement rassurée en lisant le résumé de l’oeuvre! Marie-Claude Élie-Morin ne semble pas dupe et elle comprend vraiment le double danger de ces lectures-promesses de bonheur. Elle reste critique et analyse avec intelligence ce type de publications. Moi aussi, je pense qu’il n’y a absolument rien de mal à chercher, à explorer davantage les différentes manières de penser ou de concevoir la vie et si cela passe par les livres de développement personnel, pourquoi pas? Le soucis arrive quand on a l’impression et la pression de devoir attendre cedit bonheur et cette grande zénitude ! L’auteure est bien placée pour en parler, car son père en était un grand fan. Il vivait une vie extrêmement équilibrée et prônait un mode de vie des plus positifs et apaisants, et ce malgré qu’il était atteint du cancer. Je ne sais pas ce que toi tu en as pensé, mais moi ça m’a impressionnée de voir à quel point le père de l’auteure était un homme positif et qu’il croyait réellement avoir un pouvoir sur sa destinée. Je trouve ça vraiment beau d’avoir tant confiance en soi et en ses capacités. Ça me fait penser à David Serban Schreiber qui écrivait des livres qui prônaient une guérison et qui est finalement décédé des prises de son cancer (même si je sais qu’il en a aidé plusieurs). Reste tout de même que je suis critique encore, vis-à-vis ces modes d’emploi. Mais il n’en reste pas moins qu’il s’agit vraiment pour certains de baumes sur leurs maux et leurs vies. Ah les paradoxes! Toi, t’en as pensé quoi du côté personnel de l’essai ?

Marjorie : Au début, j’ai été surprise parce que je ne pensais pas du tout que l’essai allait prendre ce ton. J’ai ressenti à certains moments qu’il y avait une espèce de réticence, peut-être une colère, face à tout ce qui a trait à la sphère de “ l’extrême bien-être” auquel son père s’adonnait et c’est comprenable parce que son père était dans un extrême certain. Je pense que le côté personnel du livre est super important parce que c’est ce qui motive sa démarche et c’est vraiment complémentaire à tous les faits et études dont elle parle. Malgré tout, jamais elle ne dit qu’elle est contre tout ça, c’est plus une question de mise en garde de ne pas, justement, tomber dans les extrêmes, de ne pas se dire que tout ce qui est “bien-être” comme le yoga, la méditation, manger végé, cru, vert, tout ce qui est spirituel, “new age” , psychopop, sont des solutions miracles ou des solutions complètes, car ce n’est pas le cas, mais c’est super facile et tentant de voir ça, ainsi parce que je crois que tout le monde voudrait bien avoir une solution miracle à ses maux. C’est un des premiers essais que j’ai lus qui est vraiment axé là-dessus et je trouve ça à la fois intéressant et important d’avoir quelqu’un qui le fait. Quelqu’un qui met le pied à terre et qui ose dire que la quête constante du bonheur, ça ne mène pas nécessairement là où on veut aller. Qu’est-ce que tu penses de l’importance d’écrire là-dessus pour contre-balancer avec l’ultra abondance de livres sur le bonheur facile ?

Martine : Je trouve ça super important et fascinant. J’avais d’ailleurs écrit un article suite à mon visionnement du documentaire Happy pour savoir ce que c’était au final le vrai bonheur. C’est vrai qu’on vit dans une société où le bonheur est promis à toutes les sauces et pas seulement en lien avec les livres. Les publicités nous disent que de posséder tel ou tel machin nous rendra plus heureux. C’est un peu dans ce sens-là que je veux ENTIÈREMENT contrôler mon approche face au bonheur. J’ai pas envie de me faire vendre une vision ou une manière miracle pour l’atteindre et je trouve nécessaire qu’un essai comme celui-ci soit publié dans une société comme la nôtre. Marie-Claude a su mener des recherches vraiment importantes pour écrire cet essai tout en apportant sa propre vision des choses et c’est ce qui fait, je pense, tout l’intérêt de l’ouvrage! Finalement Marjo, je pense que l’important est de toujours faire des choix conscients, éclairés et réalistes en ce qui concerne ce monde de la publication psychopop. Il faut rester critique surtout!

Marjo: Tu as tellement raison. Le bonheur préfabriqué, non merci, mais c’est vraiment dur d’y résister. Des fois on accroche vraiment et on se dit qu’on a besoin de tel ou tel truc et c’est dur de faire la part des choses entre ce qui rend heureux et ce qui comble un besoin matériel. Je pense aussi que c’est super important que les gens se réveillent un peu face à ça, parce que le bonheur devient de plus en plus une marque de commerce. Je pense que je suis plus sensible à ça que toi, peut-être un peu plus influençable face à tout ce qui devient une “mode” dans le milieu du bien-être, alors d’avoir d’autres points de vue ça fait du bien et ça remet les idées en place. J’ai trouvé que le livre était vraiment critique justement, mais sans jamais pencher ni trop d’un côté ni trop de l’autre. J’ai aimé qu’à la fin elle ouvre une porte à certains aspects comme la méditation et les techniques de relaxation et d’observation qui, justement, ne font pas de fausses promesses.

Martine : Oui vraiment ! Parce qu’on peut rester critique même en cherchant un peu plus de zénitude ou de bien-être! L’équilibre, encore une fois, c’est la clé! En tout cas, je pense qu’on est d’accord toutes les deux pour dire que La dictacture du bonheur, c’est À LIRE pour approfondir sa réflexion sur cette mode psychop!

Marjo : Oui ! Équilibre, c’est vraiment LE terme central, je pense. Comme quand on dit que la modération a bien meilleur goût. La dictature du bonheur c’est vraiment une belle réflexion sur les dangers de la capitalisation du bonheur et du bien-être. Puis aussi, sur à quel point on pense parfois avoir le contrôle sur ce qui nous arrive dans notre vie avec des trucs comme ça quand, pour la maladie surtout, on a rarement autant de contrôle qu’on le croit.


La dictature du bonheur, Marie-Claude Élie-Morin, VLB Éditeur, 2015, ISBN : 978-2-89649-627-3

 

 

Une entrevue zéro déchet avec Charlotte de Sortir les poubelles

En janvier, j’ai découvert le blogue québécois Sortir les poubelles et j’ai tout de suite accroché. Je connaissais déjà Lauren Signer de Trash if for tossers et Bea Johnson de Zero waste home, mais Sortir les poubelles est le premier blogue québécois zéro déchet sur lequel je suis tombée. J’ai tellement aimé ce blogue super informatif et  intéressant que j’ai voulu en savoir plus sur le processus zéro déchet de sa créatrice, Charlotte. J’ai pris mon courage à deux mains et je lui ai écrit pour savoir si elle était intéressée à répondre à mes questions. Après un oui de sa part (yééé) et quelques mails, voici donc ce qui est ressorti de notre conversation sur son mode de vie zéro déchet.

Premièrement, qu’est-ce qui t’a poussée à faire ce changement ? Est-ce qu’il y a eu un moment décisif qui a fait que tu es passée à «l’action»?

«Cela faisait longtemps que je cherchais un moyen concret de réduire mon empreinte écologique. Éventuellement, le zéro déchet s’est imposé comme une évidence : aucun animal dans la nature ne fait de déchets et les humains n’ont jamais vraiment fait de montagnes de déchets avant l’avènement du plastique. J’ai donc décidé de ne plus en faire. Quand vint le temps de faire mes résolutions pour l’année 2015 et de me demander ce que je voulais faire de mon année, je me suis dit: « 2015, pourquoi pas, sera l’année où je deviendrai zéro déchet. »

Au quotidien, qu’est-ce qui a changé le plus depuis que tu vis un mode de vie « zéro déchet »? Qu’est-ce qui est le plus dur dans la restructuration de tes habitudes ?

« Avant de débuter mon défi, je pensais que tout allait devoir changer et qu’être zéro serait un défi chaque jour. C’est tout à fait faux. Il m’a fallu à peu près trois mois pour faire un gros ménage, donner beaucoup de choses et m’équiper d’objets plus écologiques. Puis maintenant au quotidien, il n’y a plus que lorsque je fais mes courses que je dois vraiment faire un effort. Je ne magasine plus comme avant, c’est à dire en remplissant mon panier d’épicerie de tout ce que je veux. J’ai écrit un article sur comment faire ses achats alimentaires sans faire de déchets, et en gros, ça demande simplement un peu plus d’organisation. L’autre chose qui a changé c’est que je ne consomme plus de « junk food » ou quoi que ce soit qui soit facile à se procurer et emballé individuellement, comme des chips, des bonbons, du chocolat, du « take out », etc. Mais des fois, je craque, oups! Ça fait partie de la vie!»

Sur ton blogue, tu parles souvent de la réaction positive des gens face à ton projet. Est-ce que c’est ce à quoi tu t’attendais ? Crois-tu que la curiosité des gens te facilite la «tâche», lorsque tu fais l’épicerie, par exemple?

«La vraie réaction positive des gens face à mon projet, je l’ai vue à travers mon blogue. Des gens de partout à travers le Québec (et même le monde) me suivent, m’encouragent et me partagent leurs trucs et leurs idées! C’est vraiment inspirant. J’ai l’impression d’avoir une petite armée de ninjas zéro déchet, dissimulée à travers le monde, anonyme mais toujours prête à dégainer un sac réutilisable ou à dire non à un item inutile gratuit! C’est vraiment plus à travers mes lecteurs que je reçois mon soutien, mais je dois dire que dans plusieurs cas la curiosité des gens face à mon projet me facilite la tâche également lorsque je fais mon marché. Il faut demander avec un gros sourire et beaucoup de remerciements par contre!»

As-tu un but précis avec ce défi ? (Du type n’avoir qu’un pot Masson de déchets) ou bien laisses-tu aller les choses en voyant comment ça progresse ?

«C’est certain qu’au début de mon défi, je rêvais du petit pot Masson regroupant tous mes déchets. Maintenant plus avancée dans mon défi, je suis plus réaliste. Ce que j’essaie de montrer à travers mon blogue, c’est un mode de vie sain, amusant et faisable! Je ne pense pas que ce soit possible pour monsieur et madame tout le monde d’avoir un tout petit pot de déchets à la fin de l’année. Je crois par contre que tout le monde est capable d’avoir un tout petit sac de poubelle à la fin de chaque mois, et c’est plus vers cela que je veux tendre maintenant.»

Y a-t-il une limite qui, pour toi, ne peut pas être dépassée? Te verrais-tu, par exemple, faire toi-même l’entièreté de tes produits de beauté, produits ménagers ou bien faire du « dumpster diving »? En fait, qu’est-ce qui serait, à ton avis, trop extrême dans le mode de vie sans déchets?

Je me vois parfaitement faire moi-même tous mes produits de beauté, mes produits ménagers et je suis une adepte du « dumpster diving »! La limite qui pour moi ne peut pas être dépassée est lorsque ce mode de vie devient trop intense, difficile et insoutenable dans le long terme. Je ne veux pas me sentir privée de quoi que ce soit ou me sentir en punition parce que j’essaie de faire ma part pour la planète! Je crois que tout tend toujours à revenir vers l’équilibre, et qu’on peut bien essayer d’aller vers un extrême, on reviendra toujours vers l’équilibre. Pour moi, faire très peu de déchets est un équilibre, en accord avec mes valeurs et comment je veux vivre ma vie et je pense pouvoir vivre ainsi pour toujours. Alors dès que je sens que c’est trop extrême ou que je n’ai plus de plaisir, c’est trop! Je dois prendre du recul et me réorienter.

Sur le plan personnel, qu’est-ce que ce mode de vie t’apporte? Sans tenir compte de l’empreinte écologique et tout, mais plutôt sur ta propre personne.

Pour commencer, devenir zéro déchet est vraiment amusant et stimulant! Beaucoup de gens sous-estiment cet aspect, mais c’est quant à moi le plus excitant! Ta créativité est constamment stimulée et tu te fixes des défis au quotidien, que tu remportes au quotidien hourra! Et puis progressivement, tu fais moins de déchets et tu commences à en inspirer d’autres simplement par ton exemple. Éventuellement, toutes ces initiatives te permettront de rencontrer des gens intéressants, de lire des choses intéressantes, de découvrir des magasins, des restaurants et des endroits nouveaux auxquels tu n’aurais jamais pensé! Entreprendre cette aventure, c’est comme ouvrir une porte vers un endroit inconnu. Pourquoi avoir peur? Toutes les expériences qui sortent de l’ordinaire et qui paraissent à première vue un peu folles s’inscrivent dans ton parcours et rendent la vie plus riche et excitante!

Y a-t-il des lectures que tu conseillerais ? Qui t’ont influencée dans tes choix? Qui t’inspirent?

Il y a bien sûr la bible du zéro déchet, soit le livre de Béa Johnson « Zéro déchet ». Je suis également plusieurs blogues sur l’environnement et mes préférés sont « Trash is for tossers », « No Trash Project » et « A Lazy Girl Goes Green ». Finalement, je suis une fan finie de tout ce qu’écrit et recommande l’écrivain et activiste John Robbins. Le livre « The Food Revolution » est un classique, et j’ai beaucoup aimé également son dernier livre « The New Good Life ».

No et moi

Photo : Karina

Photo : Karina

Ça faisait plusieurs années que le roman de Delphine de Vigan, «No et moi», prenait la poussière dans ma bibliothèque. Il faut dire que ce n’est malheureusement pas le seul dans ce cas… Et c’est dans le cadre de mon Groupe de lecture que j’ai enfin pris le temps de le lire.

Nous avons fait la rencontre de Lou, une jeune adolescente de 14 ans. Et il se trouve qu’elle est une élève surdouée, c’est pourquoi elle a sauté deux années. Dans son cours d’économie elle doit faire un exposé oral et le sujet qu’elle choisit est les jeunes femmes sans domicile fixe (SDF, ou comme on dit au Québec, des itinérants). C’est alors qu’elle fait la rencontre de No.

No est une jeune femme SDF. On s’en doute, elle n’a pas eu la vie facile. Lou, qui est plutôt renfermée, ne discute jamais de ses sentiments. Lou a également un lourd passé, mais a toujours une famille pour la soutenir. C’est alors qu’elle tente de sauver No en l’accueillant chez elle. En fait, c’est plutôt elle-même qu’elle tente de sauver. Parce que Lou est à la recherche de son identité, de sensations fortes et d’amour. Elle vit avec le sentiment d’être seule et, avec No, elle tente de créer un lien unique qui les rendra inséparables.

Cependant, malgré toute l’aide que No peut recevoir, il n’y a pas de changements. Son cheminement d’itinérante à une jeune femme qui vit sous un toit est difficile. Parce qu’elle n’appartient à aucun des deux mondes. No se cherche, elle est fragile et a besoin d’être rassurée, mais surtout d’être aimée, tout comme Lou.

On s’attache au personnage de Lou et malgré son intelligence, elle a un très grand manque dans ses habilités sociales. Ce qui, je crois, la rend si attachante. Parce que j’ai des doutes que Lou est Asperger. Elle reste tout de même un enfant. Elle reste innocente et croit en la réinsertion de No, tout comme nous voulons y croire avec elle.

Delphine de Vigan réussit à écrire sur un sujet dit «lourd» avec une facilité. Malgré le fait que la situation des personnages est difficile, nous ne le sentons pas. La lecture est agréable, nous avons à certains moments le sourire au coin des lèvres. Je sais que les autres romans de l’auteure touchent aussi d’autres sujets difficiles, tel que l’anorexie.

No et moi

Pinterest

No et moi, le film.

Je ne suis pas une grande «fan» d’adaptation des romans, surtout de ceux dont j’ai beaucoup apprécié la lecture. Cependant, je peux dire que cette adaptation est fidèle au roman, ce qui est plutôt rare. Il faut se dire que le livre est très court.

L’actrice qui interprète de No est excellente, nous faisons connaissance avec ce personnage coloré. Je la trouve peut-être un peu plus énervée et plus dynamique que dans le roman, mais cela n’est que ma perception du personnage. Pour moi, No était plus en colère qu’une jeune femme avec beaucoup trop d’énergie. Puis, l’interprète de Lou est aussi douce que son personnage. Elle est charmante et il est facile de s’y attacher. On la trouve naïve, mais on veut y croire, croire que si les gens étaient plus généreux, que si nous accueillions tous un ou une itinérante, nous pourrions sauver le monde.