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Ma première animation de club de lecture

Lorsqu’on m’a proposé d’animer le club de lecture du Fil Rouge pour le printemps et l’été 2018, j’étais très enthousiasmée par ce nouveau défi qui me permettrait d’unir mes habiletés en animation et mon amour de la lecture. C’est donc le samedi 26 mai que j’ai animé mon tout premier club de lecture au Chichi Café de Longueuil! Nous étions cinq amatrices de livres et de bon café rassemblées autour de l’oeuvre de Marie-Renée Lavoie, La petite et le vieux.

La petite et le vieux

La petite, c’est Hélène, une gamine de huit ans qui a le coeur sur la main et une tête débordante d’imagination. Elle porte une admiration sans borne à Lady Oscar, un personnage de dessin animé qu’elle suit religieusement. Le roman est écrit selon sa perspective, avec une grande tendresse et une certaine naïveté d’enfant qui nous touche droit au coeur. Elle est définitivement courageuse, débrouillarde et très mature pour son âge.

Le vieux, c’est Roger, le nouveau voisin d’Hélène et sa famille. Il est vulgaire, parfois impoli, mais au fond de lui, il veut faire le bien. Il deviendra rapidement un allié de la famille et aidera Hélène lorsqu’elle en aura le plus besoin. Il nous touche par sa franchise et son humour, beaucoup plus terre à terre qu’Hélène, il apporte un contraste nécessaire à l’histoire.

Rappelant un peu le style de Michel Tremblay, la succession des événements peut ressembler à un genre d’émission de télévision, dans laquelle chaque chapitre constitue plus ou moins un épisode. Au fil du temps, Hélène grandit et son enfance est marquée par une série de hauts et de bas auxquels nous pouvons nous identifier. Le voisinage est unique en son genre et très coloré, ce qui rend chaque personnage agréable à découvrir.

Nous avons particulièrement aimé les dialogues, car malgré qu’ils ne soient pas écrits en joual comme ceux de Michel Tremblay, ils apportent une touche de réalisme poignant et un rythme agréable à la lecture. Le texte en soi étant plutôt soutenu, les dialogues apportent une bouffée d’air agréable qui allège la lecture et aide à mieux se projeter dans l’histoire.

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Crédit photo: @sylvie.zeste

La rencontre 

J’étais enchantée à l’idée d’animer le club de lecture! Lorsque le jour J est finalement arrivé, je fus enchantée de rencontrer les participantes. Nous étions cinq, provenant d’horizons différents, apportant beaucoup de richesse à cette session. Il y a des gens à la retraite, des travailleuses autonomes, des finissantes universitaires, bref, un large spectre permettant d’avoir des interprétations différentes d’une même oeuvre littéraire.

Selon moi, un club de lecture est l’occasion de sortir de la solitude qui accompagne souvent le plaisir de lire. En plus de rencontrer de nouvelles personnes, le club de lecture favorise le partage et permet d’apporter un second regard sur l’oeuvre en question. Nous pouvons ainsi faire part de nos commentaires, de nos questionnements, de notre réflexion et de nos critiques à d’autres gens qui ont lu le même roman et qui, fort heureusement, auront sans doute une opinion différente de la nôtre. Cet échange est au cœur du club de lecture, tout en maintenant un climat convivial et respectueux.

La rencontre du 26 mai dernier était particulièrement intéressante, au point où nous avons passé deux heures trente au café, au lieu d’une heure! Sans que cela se transforme en cours universitaire, nous avons analysé La petite et le vieux et chacune a trouvé des pistes de réflexions nouvelles. Ça m’a presque donné envie de relire le roman avec ces nouveaux points de vue!

Pour le mois de juin, nous lirons L’imparfaite Amitié de Mylène Bouchard!

Seriez-vous intéressés à participer à un club de lecture?

Ciel, le tout premier roman de Sophie Labelle

Depuis plusieurs années, je suis le travail de l’artiste et bédéiste Sophie Labelle via sa page facebook et son blogue Tumblr. Lorsque j’ai appris la sortie de son tout premier roman jeunesse, j’ai voulu me le procurer immédiatement. L’idée de retrouver son univers engagé et sensible sous forme de roman me semblait pertinente et nécessaire.

Peut être connaissez-vous déjà l’artiste qu’est Sophie Labelle? Elle est populaire pour son militantisme avec le mouvement LGBTQ2. C’est justement ce qu’elle fait dans sa BD Assignée garçon: elle raconte les péripéties et la réalité d’une jeune trans, Stéphie.

Qui est Ciel ?

Alors qu’on pouvait s’attendre à retrouver une BD, Ciel est un roman jeunesse. Le seul dessin que nous avons la chance de retrouver de Sophie Labelle est sur la couverture. On aurait pu croire qu’elle veuille mettre encore une fois en vedette son personnage Stéphie; au contraire, Sophie a voulu mettre en avant son personnage Ciel qui se retrouve à être la meilleur-e ami-e de Stéphie. Ciel peut nous sembler un peu compliqué-e à cerner parce qu’ille nous fait découvrir un autre genre. En fait, ille n’est ni un garçon ni une jeune femme, ille est en fait les deux… Si vous êtes si curieux-se de savoir de quel sexe ille est né-e, je vous laisse le découvrir, car honnêtement, ça n’a pas d’importance.

C’est alors que dans Assignée garçon (la BD de Sophie qu’on retrouve sur Facebook et dans divers zines), je suivais les aventures d’une jeune Stéphie au primaire. Nous voilà au secondaire, cette fois dans la tête de Ciel. Stéphie est toujours très présente, ainsi que les autres personnages qui les entourent dans la BD.

Une nouvelle Stéphie

Surprise ! Alors que j’ai connu une Stéphie fière d’être qui elle est, voilà qu’elle déclare à Ciel qu’elle souhaite que son identité de trans soit un secret. De son côté, Ciel qui a pour habitude de s’habiller avec des couleurs flamboyantes, est maintenant beaucoup plus terne dans ses choix de vêtements.

En plus de vivre leur problématique de personnage trans, illes vivront leurs problèmes de jeunes adolescent-e-s. Ciel, de son côté, fait preuve d’un très grand manque de confiance en ille. Ille a peur de perdre sa meilleure amie dans toute cette population qu’est le secondaire. Ciel a également bien des projets à ille : faire de nouvelles vidéos sur Youtube, parce que oui, Ciel est youtubeur-se. Sur Youtube, illle discute justement de sa condition de personne non-binaire et trans. Ille sera même en compétition avec une autre youtubeuse trans qui l’intimidera via Youtube.

Un roman pour sensibiliser

Sophie Labelle offre un roman parfait pour sensibiliser les jeunes et les plus vieux à la réalité des personnes trans ou non binaire. Même si le fait que les personnages soient trans, le roman parle également de réalité de jeune préado, qui passe du primaire au secondaire. L’histoire parle énormément d’acceptation de soi. Je crois que Sophie a très bien réussi à décrire le passage entre le primaire et le secondaire.

À quand la suite ? Parce qu’il nous en faut de plus en plus de romans de ce genre !

Merci aux éditions Hurtubise de m’avoir permis de lire le tout premier roman de Sophie Labelle.

Ce qui se cache au fond des bois

La curiosité est un vilain défaut à bien des égards. Elle alimente notre soif de savoir, de vérité et de justice. Si bien que parfois, elle rend le quotidien moins perceptible. Ainsi, nous ne sommes plus autant ancrés dans notre réalité, mais plutôt dans celle que nous cache l’autre. La curiosité nous pousse à nous ouvrir de manière peu conventionnelle à ce qui nous est inconnu, mais il n’en demeure pas moins qu’elle est le fantasme de nos questions sans réponses. Si bien qu’il faut souvent apprendre à gérer ce spasme, cette idée si peu rationnelle de tout savoir, au risque de se faire mal. Je suis une personne de nature très curieuse. Je me fais un mandat de découvrir et de rester à l’affût des nouveautés culturelles. Mais lorsqu’il s’agit de celui ou celle qui me fait face et des sentiments qu’il ou qu’elle ressent, j’éprouve toujours un certain malaise. Un sentiment de voyeurisme qui me pousse à me replier souvent sur moi-même et sur mes propres peurs. Drôle de sentiment ce que nos interactions avec autrui peuvent nous pousser à faire ou à dire par moment. 

Intriguée par les critiques élogieuses de David Vaan (un de mes auteurs préférés) envers le premier livre de l’Américaine Emily Fridlund, j’ai décidé de m’attaquer à History of wolves, finaliste au prix Man Booker Prize 2017. À mi-chemin entre la fable et le roman, cette première oeuvre prend des allures gothiques et fantastiques. Un premier roman qui nous éblouit par sa sincérité et nous donne froid dans le dos par cette réalité crue qui habite le cœur de ceux qui ne savent plus où trouver la lumière.

Ne plus s’appartenir

Campé dans une petite ville éloignée du Minnesota, le récit s’articule autour de Madeline (surnommée Lily), adolescente de quinze ans sans amis et vivant avec très peu de moyens. Élevée dans une petite cabane au fond des bois, elle doit mettre deux heures de marche pour se rendre quotidiennement à l’école. Elle passe donc la majorité de ses temps libres à se promener en forêt, à jouer avec l’élevage de chiens de son père ou à se promener en canot sur le lac entourant la maison. Une petite vie paisible, monotone, qui se transformera du jour au lendemain par l’arrivée d’une famille énigmatique dans la maison inhabitée de l’autre côté du lac. Après les avoir espionnés pendant plusieurs semaines, Lily finira par se rapprocher du père, de la mère et particulièrement de leur enfant de quatre ans, Paul. Passant la majorité de son temps avec la famille, elle réalisera que les absences répétées du père ainsi que le mode de vie unique de ce trio sont les résultats d’une idéologie unique, plus grande que ce qu’elle n’a jamais connu. Ce qui au courant des mois viendra combler le vide dans la vie de Lily. Elle deviendra la confidente de cette petite famille bien étrange qui fera d’elle l’unique témoin d’une tragédie qui marquera à jamais sa vie et celle de cette petite ville isolée du reste du monde. 

Ce qui est sacré

La grande force du roman réside en les talents de conteuse d’Emily Fridlund. Bien que le récit trace des lignes assez simples, la complexité des personnages rend le récit prenant et enlevant. On est captivé par ces quatre personnages et par leur évolution, marqués à la fois par la conscience de cette mascarade, mais aussi complètement désillusionnés du monde et de la réalité qui les entoure au quotidien. C’est un discours unique, troublant, qui nous prouve que l’humain, en période de chamboulements, peut être empreint d’une grande sensibilité, et par le fait même, d’un aveuglement intentionnel. 

À commencer par le personnage principal de Lily, jeune femme empreinte d’une grande sensibilité et d’un désir de reconnaissance sans égal. Bien qu’elle ait trouvé ses aises dans un mode de vie limité, elle est happée par le magnétisme de ce trio qui sort de l’ordinaire, comme si elle espérait trouver en cette famille la raison à ses malheurs ou la raison à venir de son bonheur. Se créant elle-même des idées sur les personnes qui l’entourent (préférant même camoufler la réalité pour ne pas brimer son propre désir d’amour ou de reconnaissance), elle navigue entre le réel et l’extraordinaire sans accepter de faire la différence. C’est cette curiosité aveugle qui la mènera à sa propre perte, comme quoi fermer les yeux sur ce qui nous déplaît ne peut pas nécessairement mettre la lumière sur les aspirations que nous possédons.  La relation que Lily entretient avec Paul est empreinte de moments d’une grande sincérité. Pour la première fois de sa vie, on comprend que le personnage se sent utile aux yeux de quelqu’un. Cet enfant a besoin d’elle et vice-versa. Lily est le pont entre ce qui est tangible et vrai alors que la famille, elle, représente une idéologie scientifique où l’esprit est appelé à s’élever et à maîtriser tout ce qui l’entoure. On est happé par cette ressemblance frappante avec l’église scientologique. Car cette famille ne se cache pas de ses croyances, au contraire, elle les vit et les applique au quotidien. Si le père est un grand intellectuel et bien souvent absent, la mère quant à elle est remplie de détresse émotionnelle et trouve en Lily un peu de repos. On la sent déchirée tout au long de l’œuvre, à mi-chemin entre la conscience du réel et l’amour qu’elle porte pour cet homme. C’est un personnage très fragile qui, jusqu’à la fin, nous surprend par ses débordements et ses revirements. 

Fermer les yeux au tangible

Emily Fridlund a trouvé en ce récit l’histoire parfaite pour un premier roman. On ne sent aucun jugement de la part de l’auteure, mais plutôt un sentiment de devoir ; celui de raconter sans pudeur le destin tragique de ces quatre personnages. Bien que le récit comporte certaines longueurs, on est transporté par le magnétisme et la froideur de ces personnages. Alternant entre le passé et le présent, on suit la courbe émotionnelle de Lily avec beaucoup de tendresse. Car malgré les erreurs du passé, on sent qu’elle n’a jamais réussi à faire la paix avec les évènements qui se sont passés lorsqu’elle était jeune. Un portrait sombre, crève-cœur et sensible de ce qu’est la perte d’innocence engendrée à l’âge adulte. Bien campé dans cette petite ville isolée du reste du monde, History of wolves nous donne froid dans le dos par ces lieux et le choix de mots utilisés pour les décrire. L’auteure crée ainsi avec les lieux principaux des personnages importants qui influenceront le récit à leur façon. La forêt et le lac séparant les deux maisons sont les yeux du village, ceux qui savent tous et qui pourtant décident de ne rien dire. Ils sont à la fois les alliés de Lily, mais aussi ceux qui la mèneront à sa perte. La plume claire et précise de Fridlund nous amène à penser «plus large», à se questionner sur la condition humaine dans des lieux aussi éloignés de toutes civilisations. C’est une critique sur la société, certes. Mais c’est avant tout un récit sur la naïveté et le besoin d’amour.

Fridlund réussit avec ce premier roman à nous captiver du début jusqu’à la fin. Sombre et magnétique, on se sent nous aussi coincés dans cette forêt sans sortie. On cherche son souffle longtemps, toujours conscient du drame qui se dessine sans pour autant saisir l’ampleur de celui-ci. History of wolves est un roman déstabilisant, violent et rempli d’une grande sensibilité.  On ne sort pas indemne de cette lecture, nous-mêmes troublés par la tournure des évènements. On se questionne, sans jamais être capable de se poser. Fridlund questionne la condition humaine d’une façon unique. Qu’est-ce qui fait de nous quelqu’un de bon ou de mauvais ? Mais surtout, jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour toucher à la reconnaissance ?

Plusieurs semaines après ma lecture, je suis encore happée par ce livre qui me donne froid dans le dos. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un livre d’horreur ni d’un polar, l’être humain y est décrit avec tellement de vérité qu’il nous questionne sur nous-mêmes. La curiosité m’a toujours appelée à sa manière, mais j’ai toujours eu peur qu’elle me définisse. À la fin de cette lecture, j’ai eu (pour une des premières fois dans ma vie) l’impression que la curiosité pouvait aussi sauver l’humain. Elle nous pousse parfois un peu trop loin certes, mais elle peut aussi ouvrir des plaies, extirper le méchant caché en nous et surtout, nous ouvrir aux forces et aux faiblesses de l’autre. Car la curiosité ne veut pas dire que nous sommes égoïstes. C’est plutôt un partage, un équilibre entre ce qui nous ronge de l’intérieur, et ce qui nous pousse à s’émanciper et à devenir un meilleur être humain.

Et vous, quels livres vous ont troublés ? 

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Écouter des histoires pour mieux les ressentir

Les derniers mois, j’ai eu quelques moments difficiles. Ni aussi durables et intenses que ce dont parle Julie dans son article, mais tout de même assez lourds pour que, tout comme elle, je remette en question mes habitudes de lecture.

Devant mon incapacité à lire, on m’a conseillé de tenter les livres audio. Mais pour être sincère, ça ne m’intéressait pas follement. En effet, les livres audio, c’est bon pour mes grand-parents, ou pour mon fils, à la limite. Mais quand on est adulte et dans une relative bonne santé, quel intérêt de se faire lire une histoire ?

La fiction sonore

C’est un fait indéniable : je suis plus sensible à l’écrit qu’à l’oral. Si tu te contentes de me lire l’histoire, je ne rentre pas dedans. Encéphalogramme à plat, je serai aussi réceptive qu’une huître (ce qui est tout de même un comble pour moi qui lis tant à voix haute avec le loulou).

Par contre, si tu me joues l’histoire, c’est totalement autre chose. C’est là que la fiction sonore m’a saisie. En effet, la fiction sonore est plus proche du théâtre que du livre : des acteurs jouent les dialogues, des bruitages sont ajoutés pour créer un paysage sonore cohérent qui sert la narration, et parfois un narrateur intervient pour aider à la compréhension.

Pour être honnête, ça me demande plus d’efforts pour être attentive à un récit sonore qu’à son équivalent écrit. Du coup, je suis lente, réécoute parfois plusieurs fois le même passage, et ai besoin du calme parfait pour me consacrer uniquement à mon écoute. Alors, contrairement à ce que certains pourraient penser, je n’écoute pas de littérature en voiture, en métro, ou en faisant une quelconque activité en même temps.

Une autre façon d’aborder le récit

Après quelques semaines d’adaptation, je dois dire que je suis conquise. En fait, je dois reconnaître que je me suis même mise aux livres audio finalement…

J’ai tellement l’habitude de contrôler mon flux de lecture (qui est plutôt rapide d’ailleurs), que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher prise sur le déroulement de l’histoire. Par moments, j’enrageais de ne pas pouvoir sauter une page ou deux dans un passage que je trouvais un peu long !

J’ai l’impression d’avoir découvert un nouveau pan de la littérature, au-delà du livre. En fait, écouter le texte lui donne un tout autre éclat et, contrairement à ce que je pensais, ce n’est pas une activité de fainéant qui veut profiter de l’histoire sans se donner la peine de la lire. Par le son, le texte réussit à mieux imposer sa musicalité, son rythme. Par les intonations, l’acteur ou le lecteur peut influencer notre compréhension et notre ressenti des émotions, plus que l’écrivain par ses seuls mots. L’ouïe est un sens qui me paraît plus spontané, plus alerte que la vue. Passer par l’oral permet de se laisser porter, de s’immerger pleinement et de ressentir une ambiance plus naturellement que par l’écrit.

En tout cas, j’ai l’impression d’avoir redécouvert ma langue maternelle, avec toutes ses belles sonorités!

Maintenant, la partie intéressante

Les liens !

Pour ce qui est de la fiction sonore, j’en ai trouvé de très bonnes sur le site de France culture, dont notamment le très drôle Hasta Dente. France Culture produit quelques fictions sonores originales, mais s’adonne aussi aux adaptations sonores de classiques de la littérature. Nous avons particulièrement apprécié leurs versions de nouvelles de Lovecraft.

Mon mari est en fait un grand adepte des récits sous forme sonore; il en écoute énormément. Une de ses fictions préférées, qu’il écoute depuis des années maintenant, est l’inévitable Donjon de Naheulbeuk.

Il y a également l’excellent collectif Audiotopie qui fait de la fiction sonore à Montréal. Leur Hochelaga express m’a envoûtée.

Le son au service de la littérature

Dernièrement, je suis devenue une adepte des livres audio de ICI Radio-Canada et du site Opuscules qui mettent si bien en valeur la littérature québécoise. J’étais subjuguée par Joséphine Bacon lisant Bâtons à messages, Tshissinuatshitakana en innu-aimun. Cela m’a donné l’impression que certaines œuvres ne peuvent s’exprimer pleinement que par la bouche du lecteur, c’est la parole qui leur donne toute leur beauté. Les superbes poèmes des parcours Poésie Go de Montréal et Paris sont aussi disponibles en ligne à présent. C’est une façon idéale de s’initier à toute la beauté et la diversité de la poésie québécoise.

Mais certains auteurs poussent leur création au-delà des mots, non en fournissant une version sonore, mais en créant un univers sonore qui complète leur récit. C’est le cas de Julie Hétu et de son Baie Déception dont Audrey vous a déjà parlé. Il y a également Alain Damasio avec son projet transmédia, Les Furtifs, qui j’espère finira tout de même par voir le jour. En attendant, je vous ai mis un lien en bas pour écouter son excellent Fragments hackés d’un futur qui résiste.

Je finirai en vous conseillant Le voeu de Arleen Thibault : le livre est en fait le texte de son conte et est accompagné d’un CD contenant l’enregistrement du spectacle. Son texte joueur, taquin, enjoué et dynamique fonctionne à merveille à l’écrit. On y décèle toutes les subtilités, la poésie, on l’apprécie pour ses qualités techniques si je puis dire. Mais quand on l’écoute, on rit aux larmes, on s’en va, on a les deux pieds dans l’univers de l’autrice.

Et vous, qu’allez-vous écouter maintenant ?

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Mardi comme mardi : Toujours de trop

Mardi comme mardi est une autofiction et le premier roman de Michèle Nicole Provencher. Dans une trame narrative dramatique, l’autrice désarticule sa jeunesse avec une touche d’humour. Par  dramatique, je ne veux pas laisser entendre que c’est un livre qui fait brailler, non; c’est plutôt l’histoire d’une jeune fille plus-ou-moins rejetée par sa famille à la suite de la mort de sa mère. Elle doit apprendre à vivre sa vie à sa façon au détriment de sa «nouvelle» famille adoptive. Privée d’un amour maternel, Michèle ne trouvera celui-ci nulle part, à défaut d’avoir bien cherché. C’est une histoire d’auto-suffisance au niveau de l’amour, de bien s’entourer et de choisir sa famille, contrairement au dicton qui dit: « on ne choisit pas sa famille». Ce que raconte Michèle Nicole n’est pas atroce, mais c’est pourtant teinté de tristesse et parfois de désespoir. L’autrice réussi à traiter cette tristesse avec humour, ne rendant pas la lecture du roman lourde, au contraire; c’est un livre fort agréable à découvrir.

« Je me suis toujours vue comme le genre de fille qu’Oprah inviterait à son émission. Je suis certaine qu’elle m’aurait pris la main avec son air affecté et qu’elle m’aurait donné un gros cadeau. » (Quatrième de couverture)

À propos de sa mère

La mère est décédée trop vite; elle laisse une petite fille qui ne comprend pas bien la vie et qui risque de ne jamais bien la comprendre seule. Elle est l’élément manquant dans l’histoire de la narratrice et probablement dans celle du lecteur. J’aurais aimé rencontrer cette femme à travers les lignes du roman et entrevoir la narratrice heureuse et comblée. Il semblerait que tout aurait été mieux et plus simple avec sa «maman scout» près d’elle pour lui apprendre à démêler les nœuds autour de son cœur.

« Les gens pensent que la solitude, c’est de ne rien avoir à faire un vendredi soir, ou d’être célibataire durant plusieurs mois, mais ils ne peuvent pas saisir l’ampleur qu’elle peut avoir lorsqu’on n’a pas de famille. » (p. 210)

À propos de son père

Si l’absence de la mère est inévitable, celle du père aurait pu ne pas l’être. L’amour du père est présent, mais seulement de temps en temps. On croirait vivre dans Cendrillon par moment : le père qui veut bien faire, la belle-mère chiante et la famille pas toujours correcte. Cette relation renforce la solitude de la narratrice.

« Comme toute adolescente, j’avais décidé de rejeter à peu près tout ce que mes parents adoptifs aimaient. Puisque je ne prends pas mes luttes à la légère, j’avais décidé de concentrer mes énergies sur trois sujets principaux : porter des vêtements fluo même si ça ne resterait pas à la mode longtemps, refuser de mettre de la moutarde jaune sur le pâté chinois, et la religion. »  (p. 122)

À propos de sa famille adoptive

Beau geste, mauvaise intention: Monique et Réal, le couple ami de la mère de la jeune fille, voudront bien accepter la demande de leur amie défunte au détriment de leurs projets de retraite. Ils n’hésiteront cependant pas à démontrer les dérangements que la nouvelle venue aura dans leur quotidien, leur vie mise sur pause pour elle. Les règles étouffantes, le peu d’intimité, et une autorité excessive, c’est ce qui dirige les années de  l’adolescence de Michèle.

Mardi comme mardi est un mélange entre le présent et le passé. Chaque émotion a une place bien précise, dont l’on prend un plaisir à lire. C’est l’histoire dans ce livre de la famille qui déçoit toujours et des obstacles envahissants qui mènent au bonheur. Une enfance lourde qui mène vers un âge adulte un peu plus doux. Si le livre n’est pas moralisateur, j’en retiens néanmoins une leçon : on peut bien choisir sa famille.

Quels sont vos livres préférés, dont la famille est la thématique principale ?

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Et si Bloody Mary était féministe?

Je me confesse, je suis une mordue de poésie. Sous toutes ses coutures, de tous les genres. Il n’y a pas grand-chose que j’aime plus que de lire un poème et de me sentir connectée à celui-ci, comme s’il avait été écrit pour moi, pour ce que je ressens. J’aime découvrir de nouveaux artistes, de nouveaux vers, mais aussi relire ceux de mes auteurs préférés. C’est pourquoi le recueil de France Théoret, Bloody Mary, n’est jamais bien loin. Celui-ci, publié en 2011, est un amalgame de plusieurs œuvres de l’auteure, parues entre 1977 et 1992.

Féminité crue

L’image de la femme parfaite, de la femme toujours posée, jolie, épilée et prête à se donner est détruite dans ce recueil, parce qu’elle n’a en fait jamais existé. Cette femme, qu’on nous montre comme étant le modèle idéal dès un jeune âge, n’est qu’une illusion. Un mirage qui veut créer des femmes en séries, toutes pareilles et sans débordements. Sans désir autre que de satisfaire l’homme et de se faire envier par les autres femmes.

« Image il n’y en a pas. Je regarde se conformer un masque qui n’est pas le mien. Poids. Précautions puériles. Les moments solubles dans la mer du temps. Je vis aux prises avec un corps dans un lieu. Encombrée. Obligée. Mangée à force de saluer la mort. Toute destruction. »

Féministe du début à la fin, ce livre m’a fait me questionner sur la femme que je suis, sur celle que je veux être et celle qu’on veut que je sois. Trois femmes, qui bien qu’elles se réunissent toutes à un certain point, sont fondamentalement différentes. La plume de France Théoret aurait pu être un couteau qui essaie tant bien que mal d’extraire de chaque lectrice l’idée que les femmes doivent toutes entrer dans le même moule.

D’une actualité intemporelle

Malgré ses vers pas toujours faciles à lire – et à accepter – ce recueil est une ode aux femmes, à leur féminité qui n’a pas à être définie par d’autres qu’elles-mêmes. Ces poèmes ont été écrits il y a de cela plus de vingt ans, ce qui ne les empêche pas d’être encore criants de vérité.

« Un jour, je raconterai patiemment l’histoire de la jeune servante endormie devenue guerrière par la force des choses. »

 Et vous, quel rôle joue la poésie dans votre vision du féminisme?

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Coups de cœur en Nouvelle-Angleterre

Ah! la Nouvelle-Angleterre! Cette région du nord-est des États-Unis est vieille comme l’Amérique et renferme une longue histoire riche en mystères. Pas étonnant qu’elle ait inspiré plusieurs artistes et auteurs. Il parait même que l’école de sorcellerie Ilvermorny se trouve sur le mont Greylock au Massachusetts.

Au moment d’écrire ces mots, j’arrive tout juste d’un voyage dans ce coin de pays. Je vous partage mes coups de cœur, pour ceux qui cherchent des idées de voyage littéraire cet été.

Mystery on Main Street, Brattleboro (VT)

Les librairies sont légion dans cette charmante ville du sud du Vermont. Juste au moment de descendre de la voiture, je pouvais voir les enseignes de trois d’entre elles. Un peu plus loin sur la Main, je suis entrée chez Mystery. Cette librairie se spécialise en littérature noire, policière et horrifique. J’étais donc dans mon élément! Ils ont aussi des jeux de table et une belle section de livres écrits par l’auteur et illustrateur Edward Gorey.

Lovecraft Arts and Sciences, Providence (RI)

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Il s’agit à la fois d’une librairie spécialisée en H.P. Lovecraft et d’un centre d’information touristique à son sujet. C’est là que vous devriez commencer votre visite de Providence si vous voulez en découvrir plus sur le maître de l’étrange. Ils organisent également le NecronomiCon, un événement bisannuel en l’honneur de Lovecraft. Le prochain rendez-vous aura lieu en août 2019.

Providence Athenæum , Providence (RI)

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Cette bibliothèque vieille de près de 200 ans renferme plusieurs livres rares et pièces d’art. Les rangées de livres sont surmontées d’une série de bustes en marbre et on y retrouve un buste en bronze de Lovecraft. La librairie est ouverte au public et les animaux de compagnie y sont les bienvenus (on leur offre même des biscuits!).

Cimetière de Swan Point, Providence (RI)

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Swan Point est un cimetière où sont enterrées les familles les plus riches de Providence. On y retrouve des tombeaux centenaires entourés de jardins et de  statues. C’est la famille de sa mère, assez fortunée, qui vaut à H.P. Lovecraft d’y trouver le lieu de son dernier repos. Sa tombe est toute petite et se trouve près de l’intersection de Pound Avenue et Avenue B, juste derrière un obélisque au nom de Phillips. Sur l’épitaphe, on peut lire: « I am Providence ». Un peu ironique quand on pense que la ville semble laisser dans l’oubli son auteur le plus connu…

Harrison’s Comics, Salem (MA)

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Le paradis geek! Je n’ai rien à rajouter! Mais plus encore, cette librairie renferme des milliers de comic books, mais aussi quelques romans graphiques, magazines et une section de mangas. Des jeux et des figurines de collection s’ajoutent à l’offre. Des heures de plaisir!

Remember Salem et Wynotts, Salem (MA)

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Les fans de Harry Potter y trouveront assurément leur compte. Remember Salem Fine Wizard Wares est l’endroit le plus complet à Salem pour trouver des articles sur le célèbre sorcier. Juste à côté se trouve Wynotts, une boutique de baguettes magiques qui rappelle la boutique d’Ollivanders.

Elements Book Coffee Beer, Biddeford (ME)

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Un café-librairie dans lequel on sert des bières de microbrasserie!? Voilà un concept original! On peut y manger un sandwich ou un plateau de fromages tout en dégustant un bon café ou une bière locale. Et après, on bouquine. Un après-midi parfait en vue!

Gerald Winters and Son, Bangor (ME)

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Si tous les fans de Stephen King s’entendent pour dire qu’un incontournable à Bangor est la maison du maître de l’horreur, je vous propose d’abord un arrêt chez Gerald Winters and Son. Cette librairie se spécialise en littérature de Stephen King, mais aussi en livres rares. On y trouve également de la marchandise à propos des livres et des films de King. À partir de là, vous pouvez marcher environ 20 minutes jusqu’à la maison du célèbre auteur. Elle est facile à trouver : sur la rue W Broadway, vous n’avez qu’à trouver l’endroit où le gazon est piétiné devant la clôture.

Quand les livres te poussent à prendre la route…

Les lieux pour les amoureux des livres ne manquent pas en Nouvelle-Angleterre. Les librairies et les bibliothèques abondent dans les centres-villes et les auteurs locaux ont laissé leurs traces. La plupart des librairies disposent d’une section « Local interests ». N’hésitez pas à demander aux libraires des informations à ce sujet.

Voir de mes yeux ces villes que je n’avais visitées que dans les livres était une expérience des plus enrichissantes. Évidemment, j’ai dû faire des choix, car je ne pouvais pas aller partout en une seule semaine. J’aurais bien aimé voir le Square Edgar Allan Poe à Boston où l’on retrouve une magnifique statue du poète avec son corbeau. Ce sera peut-être pour un prochain voyage! Si vous avez d’autres recommandations à ajouter, n’hésitez pas à les laisser en commentaire.

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Juicy: un bonbon sûrette qui chatouille le palais

Quand ça pétille comme ça dans le soleil californien, pas le choix de se sucrer les lèvres dans le mousseux et de se laisser prendre par la légèreté satinée des mots de Mélodie Nelson. Dans un cocktail d’expressions franchouillardes et de trash rose nanane, elle raconte le parcours d’Alexis, une Miss Teen America qui tombe amoureuse d’un has been à la coiffure douteuse, qui se fait prendre à la frontière mexicaine avec du crystal meth, qui investit le monde de la porno et qui n’oublie jamais, jamais de s’occuper de la garde-robe de son chihuahua. 

Cherrylicious, c’est le nom du chien, accompagne Alexis dans les succès et les revers de fortune, les péripéties amoureuses et la lente prise de conscience que sa mère ne l’aime peut-être pas. La narratrice se glisse dans un roman d’apprentissage qui court-circuite le classique pour s’enrouler dans l’excès, celui des amours qui font mal et des belles choses qui consolent. Alexis est un personnage volontairement caricatural, mais la prose de Nelson est si vivifiante qu’elle lui donne des nuances presque sans en avoir l’air. C’est caustique mais ça ne se prend pas au sérieux; ça manie le superficiel comme si ça l’avait inventé. Ce passage grinçant, par exemple:

« Je suis ici pour promouvoir une nouvelle collection de vernis aux noms inspirés par le Mexique, comme Factory, et Juárez, et pour faire la tournée des centres pour femmes violentées par des amants qui organisent des combats de coqs. » (p. 21)

Attendrissante, joliment superficielle, déterminée, Alexis entraîne la lectrice dans une succession étourdissante de marques et de noms de célébrités, mais aussi de rebondissements dignes d’une comédie romantique fin des années quatre-vingt-dix trempée dans le pornographique. Ses erreurs et ses jalousies sont aussi drôles que crève-coeurs; ses brèves remises en questions ont quelque chose de touchant. Et quand elle cherche, à la fin du livre, une porte de sortie à la vie trop étroite dans laquelle elle se retrouve, on se surprend de l’émotion qui s’enroule tout doucement autour de la fantaisie:

« Je veux me trouver une maison en bois, une maison typiquement canadienne, une maison en bois dans la forêt, près d’un étang, où je laverai le même jean Rock & Republic, la même petite culotte Bordelle, les mêmes chandails en cachemire, chaque jour ce sera pareil, je ne sortirai que pour laver mes vêtements et une nappe à carreaux rouges et blancs. Cherrylicious fera caca à deux kilomètres de la maison et reviendra après pour des câlins et pour manger la carcasse d’un écureuil délaissé par une meute de loups. Je ne veux plus sortir dehors et être obligée d’être jolie, je serai toujours la plus belle, parce que ma structure faciale est inimitable, mais je ne serai plus obligée d’être jolie et de m’appliquer des faux cils, sauf si je veux jouer à la Dolly Parton en vacances dans un pays de bûcherons forts et beaux et serviables. Tous mes voisins m’offriront du lait et du sucre et de la lasagne quand ils sauront que je viens d’emménager. » (p. 175)

Aussi vif et irrésistible qu’un bonbon sûrette qui chatouille le palais.

Avez-vous lu Juicy? Partagez-vous mon expérience de lecture?

Mélodie Nelson, Juicy, Éditions de Ta Mère (2017), 178 pages.

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Ne faites pas honte à votre siècle : une juste colère

La poésie est un genre littéraire que je connais très peu, pour ne pas dire trop peu. Dans une chronique parue en mars dernier, j’avais d’ailleurs exposé mon souhait de lire davantage de poésie en 2018 afin d’élargir mes horizons littéraires. La découverte du dernier recueil de Daria Colonna, intitulé Ne faites pas honte à votre siècle et finaliste au prix des libraires 2018, s’inscrit dans cette quête.

D’emblée, je me dois de souligner le titre judicieux de ce recueil, un titre qui suggère une réflexion sur notre legs à l’histoire et notre inscription dans la longue durée. Bien qu’il soit plutôt rare que j’acquière une œuvre littéraire en raison de son titre, c’est pourtant ce qui s’est produit à l’égard de cette plaquette publiée chez Poètes de brousse. Je me suis dit que si le contenu du livre reflétait la finesse de son titre, l’expérience littéraire en vaudrait le coup. Et je n’ai pas été déçue.

Une poésie d’une violente lucidité

Les textes de Daria Colonna frappent par leur analyse d’une grande justesse à l’égard de multiples franges de la population. Ils traduisent une subtile volonté de destruction afin de mettre fin à l’hypocrisie qui gangrène notre époque. On y perçoit une condamnation des comportements attirant une reconnaissance sociale qui ne sert qu’à maintenir le statuquo. C’est le manque d’audace et l’abandon des convictions profondes chez l’être humain que l’autrice dénonce entre ces pages. Qu’importe notre place sur l’échiquier politique, nous sommes tous et toutes confronté.e.s à nos paradoxes internes ainsi qu’à la malléabilité de nos propres valeurs.

vous votez stratégique

vous êtes séduit par vos convictions

votre compte en banque aussi

vous ne mourrez pas d’audace

ni d’une grenade

vous achevez la race des sages

vos fils aussi

la mélancolie sera leur dernier privilège

ne faites pas honte à votre siècle: «donnez au suivant» 

Avec une pointe de sarcasme bien placée, l’autrice termine plusieurs poèmes en reprenant le titre de son recueil sous la forme d’une recommandation ironique qui souligne la médiocrité humaine d’une manière quasi passive-agressive.

Double condamnation 

On remarque également une construction intéressante dans ce recueil qui se sépare en deux sections. La première partie, intitulée « Je vous en prie », comprend des poèmes qui interpellent directement le.la lecteur.lectrice par l’utilisation fréquente d’une narration au « vous ». La deuxième partie, intitulée « En paix et jusqu’au mur », se compose plutôt de courts paragraphes lyriques où le « je » et le « nous » sont prédominants.

C’est donc une double condamnation que l’autrice effectue dans son recueil; d’une part, en interpellant « l’autre », le « vous » dont elle dénonce les multiples comportements hypocrites, et d’autre part, en se penchant sur sa propre condition afin d’en critiquer la fourberie :

Je sais que ma honte, elle aussi, est un cliché du siècle. De peur que la foudre ne l’applique à ma petite vie de foyer comme on maquille un mort, de peur que n’en surgissent trop d’armes et que la folie ne déclasse l’eau vitale, de peur de la porter comme une fierté, un vêtement j’ai fait comme si la honte n’avait aucun goût. 

Bref, Ne faites pas honte à votre siècle est une lecture coup-de-poing, qui met en exergue les contradictions et l’hypocrisie de notre époque. Souhaitons que l’autrice entretienne ce regard poignant sur le monde et continue de nous partager sa clairvoyance dans une prochaine création littéraire.

Et vous, avez-vous des suggestions de poètes dont la plume vous a subjugués?

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La littérature naît de la main aussi

Que dire du nouveau livre de Dany Laferrière, son trentième en carrière, mais surtout son premier depuis sa nomination à l’Académie française? Autoportrait de Paris avec chat, «une oeuvre imposante» que j’ai pensé quand je l’ai eu dans les mains et pas juste par sa forme surdimensionnée. Une oeuvre nouveau genre, un livre oeuvre d’art, un objet littéraire non identifié. C’est un objet littéraire oui : un roman dessiné, un fouillis de mots, de dessins, un ramassis de petites pensées, de récits éparpillés. Un carnet où il s’est permis d’explorer une forme d’écriture différente où il mêle la calligraphie au dessin.

Une oeuvre artisanale

Un livre 100% écrit à la main, et avec les dessins de l’auteur en plus. Think outside the box, j’ai envie de dire. Qu’est-ce que la littérature? Sous quelle forme naît-elle? Pourquoi ne pas se permettre de la vivre, de la ressentir, de la dessiner, de la faire naître d’un trait de crayon plutôt que des touches d’un clavier? C’est un travail intellectuel écrire, mais ici, on parle surtout d’un travail physique, un travail d’exploration créative, un travail amusant et libérateur, j’en suis certaine. Publier un livre créé à la main, c’est aussi en quelque sorte une prise de position, celle du refus du numérique, c’est prôner un retour aux sources, à la base du travail de l’écrivain. C’est également rendre un bel hommage au travail de la main, à l’écriture manuscrite, qu’on a mis bien des efforts à apprendre enfant, et qu’on délaisse de plus en plus au profit de la technologie.

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Le plaisir et la beauté de la création

Laisser libre cours à ses pensées et les coucher sur papier pour s’en libérer, pour les faire vivre intemporellement à travers les traces laissées grâce à la littérature. C’est ça écrire, c’est créer dans la spontanéité du quotidien et aussi arrêter de trop penser. Sans se soucier d’atteindre la perfection, au contraire, la beauté se trouve dans l’authenticité, je trouve. Et ce livre est original, il est fou, il est divertissant, il est rigolo et coloré. Il donne envie de créer à son tour et de découvrir son imaginaire et tous les trésors qui peuvent s’y cacher. À mon tour, j’ai une envie incontrôlable de ressortir mes Crayolas et de me gâter avec un beau carnet de feuilles blanches vierges et de créer moi aussi. Peu importe quoi et peu importe le résultat, mais de créer, point. Pas besoin de savoir dessiner pour dessiner (Dany Laferrière nous le prouve ici. Oui, il le dit lui-même qu’il ne sait pas dessiner, mais au moins il dessine, lui.) Oser faire ce qu’on ne sait pas faire, c’est aussi un message que je retiens de cette œuvre.

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Fait cocasse

Oui, les dessins se mêlent beaucoup au texte. À plusieurs reprises dans le livre, il y a des fleurs sorties de nulle part au milieu des phrases. L’auteur disait en entrevue que c’était des fautes d’orthographes camouflées. Des imprévus qui peuvent arriver quand on écrit à la main…

Un amour inconditionnel pour les mots

Bref, Dany Laferrière est un amoureux fou des livres, des auteurs, des mots, de l’alphabet et du processus d’écriture aussi. C’est un bel hommage à la littérature qu’il nous présente à travers son livre. Un bel hommage à Paris aussi. Autoportrait de Paris avec chat, c’est une histoire cocasse, déconstruite, diverse. Oui, j’avais un peu de la difficulté à tout déchiffrer à certains moments et je me concentrais fort pour comprendre.  Mais au final, c’est plus ou moins l’histoire qu’on retient et qu’on apprécie, mais plutôt la forme qu’elle prend. Un beau livre pour se laisser déstabiliser, mais surtout pour admirer et jouir de toute la beauté et de la puissance des mots.

Qu’en pensez-vous? Préférez-vous plus la forme traditionnel ou créative?  

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