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Blagues pour les littéraires et leurs acolytes

Tous les jours, nous défilons notre page d’accueil Facebook, remplie de memes et de GIF, et nous lisons des tonnes de blagues. Des drôles, des pas trop drôles, certaines avec trop de fautes d’orthographe pour qu’on les trouve pertinentes, d’autres vraiment bien réfléchies sous lesquelles on va même taguer notre meilleur.e ami.e!

En cuisine avec Kafka est un peu la représentation littéraire de notre fil Facebook. La version
« blagues réfléchies ». Il s’agit d’une succession de très courtes séquences, une planche chacune, qui propose des blagues, entre autres, sur la littérature et la culture geek. Ça se lit rapidement et ça permet de décrocher, sans l’aspect média social qui nous aspire jusqu’à ce qu’on oublie qu’on avait des plans cette journée-là. On n’est même pas obligé de dire à nos amis qu’on l’a lu! (Mais je vous propose quand même d’en parler autour de vous, ça en vaut la peine.)

Le titre, Baking with Kafka en version originale, fait référence à l’une des planches du livre. Par contre, j’aurais choisi un autre titre pour l’ouvrage complet, car ce n’est pas le plus représentatif. Il s’agit de la seule planche où on parle, un peu, en surface, de cuisiner. Le reste se concentre surtout sur les classiques de la littérature (anglaise surtout) et sur le métier d’écrivain. Le tout est fait de manière comique et irrévérencieuse; on se moque gentiment des habitudes de vie et du quotidien des personnes qui décident de faire carrière en littérature.

L’auteur Tom Gauld a déjà publié plusieurs petites bandes dessinées dans certains journaux tels que le Gardian, le New Yorker et le New York Times. Elles sont ici rassemblées en un seul ouvrage, pour le plus grand plaisir des lecteurs. J’ai dit qu’on y traitait beaucoup de littérature et de culture. C’est vrai que si vous n’avez pas énormément de connaissances en histoire, en histoire de l’art ou en histoire littéraire, vous pourriez ne pas vous retrouver dans certaines planches. Mais comme la mise en scène ne dure qu’une page, vous n’avez qu’à la tourner et à continuer votre lecture! Ça reste très accessible pour un public assez large.

Êtes-vous fan des bandes dessinées publiées dans les journaux? Est-ce le genre de divertissement que vous appréciez dans un livre?


Le fil rouge tient à remercier les Éditions Alto pour le service de presse.

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La fin des exils, la fin de quoi exactement?

Il y a quelques années, je faisais partie de ces jeunes qu’on qualifiait de désintéressés de la politique. À vrai dire, j’étais blasée de plusieurs choses : lire de mauvaises nouvelles dans les médias, la corruption par-ci et par-là, les coupures à droite pis à gauche, les discours de peurs qui ne me donneront pas le goût de m’investir en société. La grève de 2012 aura su réveiller la jeune militante qui hibernait en moi. Je rêve toujours d’une scolarité où le savoir n’a pas de prix, de privilège et de liberté. C’est à ce moment de ma petite vie que j’ai croisé Jean-Martin Aussant qui faisait des consultations pour lancer un parti politique. Un parti indépendantiste et de gauche, ça m’interpellait. J’ai suivi cet audacieux projet à distance, depuis mon cours dans le département de science politique.

La fin des exils, la fin d’une solitude

En politique, les événements et les décisions se prennent rapidement. Militer, c’est un peu faire la course à côté de tes idées et porter des projets à bout de bras sans t’essouffler. Cela devrait être accessible à tous les citoyens, car la politique est la base des grandes décisions de notre société. Ainsi, ce petit livre de Jean-Martin Aussant, La fin des exils, nous donne lumière sur ce monde, qui peut avoir l’air ingrat et sans merci. Parce que ce n’est pas vrai, la politique n’est pas — toujours — une vieille machine désuète où l’entraide, le pouvoir collectif et la passion n’existent pas.

L’exil dont Jean-Martin Aussant nous parle, ce n’est pas uniquement géographique, il soulève plusieurs aspects : le point de vue intellectuel et social, la souveraineté du Québec, le cynisme en politique. Il y a très longtemps, Camil Bouchard a fait la déclaration « le désir de créer du beau ». L’ancien député de Nicolet-Yamaska revient en force pour nous raconter ses expériences personnelles ainsi qu’encourager les futures générations à faire renaître le sens de « faire de la politique autrement ». En d’autres mots, cette politique enthousiasmante qui insuffle un sentiment de confiance en l’avenir, cet appel urgent de l’auteur de renouveler le contrat social et de réaffirmer le désir de s’impliquer collectivement (pour sortir de l’individualité).

Le pouvoir de l’information et du savoir

Adieu ce cynisme alimenté à grands coups de gros titres dans les médias, soyons vigilants devant les beaux discours de nos politiciens qui modifient leur plateforme durant leur mandat pour s’assurer de garder leur siège pour les prochaines élections. Par exemple, en décidant de passer sous silence le sujet de la souveraineté du Québec. Sortons de la peur, nous suggère Aussant en démystifiant ce cynisme ambulant.

Simone de Beauvoir disait : la fatalité triomphe dès que l’on croit en elle.

L’auteur nous emmène dans une réflexion approfondie du retour aux sources justes, au rôle de l’État, au clientélisme électoral, au renouvellement d’un contrat social économique et à la déconstruction des épouvantails. Ce livre est le manifeste de la résistance contre la peur et le changement à exécuter. En bonus, il y a des œuvres du grand peintre Marc Séguin pour accompagner les textes révolutionnaires.

Et vous, qu’en pensez-vous de l’engagement citoyen?

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Je veux devenir moine zen ! ou l’art de laisser grandir

Ryôta est un enfant turbulent, bagarreur, mauvais élève et très doué pour s’attirer des ennuis. Son père, qui pratique le zen tous les dimanches, décide donc de l’emmener avec lui au temple pour ses heures de pratique. Dans ces moments, il est alors un tout autre enfant, calme, introverti, obéissant.

Un dimanche matin, alors qu’il n’a que 8 ans, Ryôta annonce à son père qu’il souhaite devenir moine, et lui demande de l’aider dans les démarches à accomplir.

C’est pile là que ce court roman m’a étonnée, car, malgré ce que le titre m’a laissé croire, l’auteur ne me racontera pas l’histoire de Ryôta. Enfin, pas tout à fait…

De la difficulté d’être parent

Il s’agit plutôt de l’histoire de ses parents, et de toutes les difficultés qu’ils vont rencontrer à partir de l’annonce de sa vocation et pendant les années qui vont suivre.

Pour commencer, comment réagir à une telle annonce, faite en plus par un enfant aussi jeune ? Puis, les années passant et l’enfant s’affirmant, comment réagir face à ses convictions, mais aussi ses doutes quant à son avenir ? Comment l’accompagner ?

Et finalement, le plus difficile : comment le laisser partir ?

Voilà en fait tout l’enjeu : accepter de voir son petit garçon grandir, se choisir une voie qui n’est pas la nôtre, et nous quitter pour faire sa vie.

Les parents de Ryôta abordent la chose très humblement, respectueusement, remettant leur rôle en question (mais jamais le choix de leur fils) et redoutant sans cesse de ne pas être sur la bonne voie. Ils essaient de trouver l’équilibre entre l’amour pour leur fils, leur désir de le protéger, et l’espace à lui laisser pour qu’il se réalise.

Un récit qui nous interpelle

Sincèrement, bien que je sois la mère d’un petit garçon de 7 ans (bientôt l’âge de vouloir devenir moine), j’ai tout d’abord pensé à mes propres parents.

Grâce à ce récit (dont il est dit en quatrième de couverture qu’il est autobiographique), j’ai eu l’impression de comprendre une partie de leurs réactions, mais surtout, de leurs motivations, lorsque nous nous opposions quand j’étais en âge de prendre mon envol.

Je me suis rendue compte des épreuves qu’ils ont endurées, des inquiétudes et des angoisses avec lesquelles ils ont vécu, de tout ce travail qu’ils ont dû accomplir sur eux-mêmes pour me laisser la place de devenir l’adulte que je désirais être.

Ça m’a paru parfois aussi violent qu’un deuil : l’enfant qu’ils ont mis au monde et élevé les quitte pour « appartenir désormais à un autre monde, hors de portée ».

« Je vous remercie de tout le mal que vous vous êtes donné jusqu’à ce jour. »

Le rituel veut que ce soit les derniers mots que Ryôta prononce en quittant sa famille pour entamer sa nouvelle vie au temple.

Je n’ai évidemment pas remercié mes parents pour ces années où ils ont pris soin de moi. Sans avoir jamais été mauvais, je pense tout de même que mes rapports avec eux vont beaucoup changer après cette lecture, surtout la façon dont je pourrais interpréter leurs paroles et actions, même celles du passé.

Je vais garder précieusement un exemplaire de ce livre dans un coin, pour le moment où je traverserai tout ça en étant de l’autre côté… et il ne fait aucun doute que je le glisserai à mon fils, espérant qu’il nous aidera à traverser les turbulences de son adolescence avec plus de compréhension et d’écoute mutuelles.

Et vous, quel livre vous a permis d’apaiser vos rapports avec vos parents ?

Club de lecture : Le meilleur a été découvert loin d’ici

16 décembre, Café 8oz.

La dernière séance de la session a toujours un petit quelque chose de spécial. Pour une première fois, depuis le tout début des clubs de lecture, nous arrivons quelques minutes de retard, accueillies par les participant.e.s qui sont déjà bien attablé.e.s.

On pensait que vous alliez arriver avec un père Noël là !

C’est sur cette note que débute notre dernière séance du samedi, tout en humour, avec une belle neige qui tombe à l’extérieur, autour de la grande table du Café 8oz.

L’ambiance est de circonstance puisqu’on parle d’un roman graphique aussi doux que ce samedi de décembre : Le meilleur a été découvert loin d’ici de Mélodie Vachon Boucher.

L’abbaye, Berlin, souvenirs

Outre l’évidente beauté des images,  c’est la fragmentation de l’œuvre à laquelle nous nous attardons le plus. Il y a ce besoin de silence, de recueillement dans une abbaye qui nous touche tous beaucoup. Au point d’en vouloir plus, d’être un peu triste de la quitter pour Berlin au fil des pages. On se questionne d’ailleurs longuement sur ce changement de paysage, sur cette parenthèse à Berlin, sur ce portrait qui nous semble plus anodin, cette collection de souvenirs sur l’amour, les rencontres faites. « Pourquoi ?» se demande-t-on.

On se rend compte que, assez unanimement, nous aurions aimé que le séjour à l’abbaye soit plus longuement mis en images et en mots. Qu’il soit moins effleuré et soit plutôt abordé avec plus de profondeur. Nous avions, au début, un peu l’impression que les parties étaient mal soudées ensemble. Qu’on s’éloignait des sujets qui venaient véritablement nous toucher et nous captiver: le deuil, le recueillement, la création. Entre l’abbaye, Berlin et les souvenirs de l’enfance, nous arrivions mal à retrouver les liens, au premier coup d’œil.

Retrouver le fil conducteur

Finalement, c’est l’une des participantes qui nous dit qu’il faut se laisser porter par  l’association des souvenirs. Que le voyage à Berlin pouvait facilement être ce à quoi le personnage pensait lors de son séjour à l’abbaye. Que nous avions affaire aux recherches de quelqu’un qui se questionne, à un courant de pensée, en images. Au récit d’un voyage à Berlin – dont l’authenticité de l’atmosphère marque d’ailleurs l’une des participantes – qui se termine par une visite au cimetière, qu’on retrouve une fois de plus un rapport à la mort. Que ce soit la mort des attentes dans cette rencontre qu’elle fait à Berlin ou bien la mort au sens propre, celle avec laquelle elle développe une relation bien jeune, au salon funéraire de sa tante.

Une fois qu’on accepte à la fois ce flou, ce silence, ces non-dits qui se trouvent un peu partout dans le texte, entre les mots, cachés dans les images, tout est encore plus beau, on se laisse bercer par les images, les propos et  l’histoire dans son entièreté.

L’art du silence et le courage de la création

S’il y a aussi bien quelque chose que nous avons tous trouvé intéressant dans Le meilleur a été découvert loin d’ici, c’est le rapport au silence. On y retrouve véritablement un art de cultiver le silence, un besoin d’isolement et d’éloignement, pour créer, qui nous interpelle.  On  retrouve aussi du courage dans cet acte d’isolement, dans ce besoin de se retrouver seul.e avec soi-même et, tous, on trouve ça bien beau, bien courageux et parfois nécessaire.

Clin d’oeil à la maternité 

Accessoirement, un peu à l’extérieur du récit, on se questionne sur la place de cet enfant qu’on rencontre à la première page. Cet enfant qui n’est pas mentionné, qui n’est pas véritablement discuté, duquel on s’éloigne pour être autre chose qu’une mère, pour créer, pour se donner le droit d’être, pour soi. C’est en partageant une grande admiration et une petite jalousie pour ce choix d’être femme avant d’être mère, le temps d’un voyage, le temps d’une retraite, le temps de créer, qu’on discute de cet aspect qui, quoi que très peu présent dans l’œuvre, nous interpelle.

Finalement…

Ce roman graphique était donc une belle façon de conclure les quatre séances de l’automne avec notre beau groupe du samedi. Nous avons partagé beaucoup, durant ces quatre séances. Des rires aux discussions sur nos livres favoris, sur nos différentes perceptions des certaines œuvres aux multiples suggestions de lectures, de séries, de films.

De finir sur une petite douceur pleine de beauté comme Le meilleur reste à venir est comme la cerise sur le sundae qu’est ce club de lecture.

 

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NaNoWriMo 2017 : retour sur un défi d’écriture exigeant

Lorsque j’ai entendu parler pour la première fois du défi d’écriture NaNoWriMo, j’ai tout de suite voulu y participer. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’un défi d’écriture qui consiste à écrire un roman en 1 mois, soit en novembre. Le défi est d’écrire 50 000 mots pendant ce mois. Des tonnes de gens y participent autour du monde et c’est ce sentiment de communauté qui m’a attirée. Or, c’était en plein mois de novembre 2016, alors j’ai décidé de me lancer le défi pour 2017.

En septembre 2017, j’ai planifié que j’allais participer à l’édition de cette année-là. J’en ai parlé un peu autour de moi — mais pas trop —, la vérité c’est que je n’arrivais pas à décider sur quoi j’allais écrire. J’ai en tête plusieurs idées de roman que j’ai accumulées au fil des années et je devais mettre la main sur une d’entre elles, m’y investir et la planifier. Les choses ne se sont pas passées comme je le pensais et c’est finalement le samedi avant le 1er novembre que j’ai eu l’éclair de génie que j’attendais. J’ai fait un plan pendant la journée entière et je me sentais, plus que jamais, je le pense, motivée à réussir le défi.

Les 10 premiers jours

Les premiers jours, j’étais ultra motivée et disciplinée. Je me plaçais devant mon ordinateur, souvent plus le soir que le matin (ce qui a sans doute été une erreur, je crois), et j’écrivais. C’était facile, je voyais les pages augmenter, j’étais en confiance et je me sentais complètement en contrôle de la situation.

Se surprendre soi-même

J’essayais avant chaque séance d’écriture de relire le plan que j’avais rédigé, mais la vérité est que souvent en relisant ce que j’avais écrit la veille, je réalisais que j’avais fait tout le contraire. Je devais donc repenser, restructurer, redéfinir l’ordre dans lequel je voulais que les choses se placent. C’est étrange à quel point me donner entière dans l’écriture m’a amenée à des endroits où je ne pensais pas du tout me rendre. Je me suis même surprise à voir mon personnage principal faire le contraire de ce que j’avais prévu. Je sais que ça semble un peu naïf de dire ça, après tout, c’est bien moi qui écrivais. Mais il y a quelque chose de magique qui se passe lorsqu’on écrit en toute liberté. C’est d’ailleurs une des plus belles choses qui m’ont marquée de ce défi : la magie, le plaisir que j’ai ressenti à écrire, sans jugement, avec en tête seulement le désir de le faire.

C’est un élément vraiment important de ce défi. Il ne faut pas tellement se mettre en doute, je sais bien que c’est plus facile à écrire qu’à faire, mais c’est une des clés, selon moi. Lorsque je me mettais à douter, à remettre en doute mon récit ou les formulations choisies, j’avais l’impression de perdre l’équilibre de mon défi. C’est aussi un défi personnel que de participer au NaNoWriMo, on se « challenge » beaucoup personnellement.

Meilleure chance l’an prochain?

Finalement, si vous voulez tout savoir, je n’ai pas « réussi » au sens où je n’ai pas atteint les 50 000 mots, j’en ai plutôt écrit près de 30 000. Or, je persiste et je signe, j’ai tout de même réussi, à mes yeux. Au sens où le but ultime de ce défi, c’était de retrouver le plaisir d’écrire. Et de ce côté, c’est gagné!

Ayant étudié au cégep en création littéraire et ayant écrit pas mal toute ma vie, je souhaitais depuis un bon bout de temps me remettre à l’écriture, à la fiction, à la création. Avec ce défi, avec ce froid mois de novembre, j’ai réussi et j’en suis bien fière.

Je trouve que participer au NaNoWriMo est un excellent prétexte pour se forcer à écrire, à se créer un rituel d’écriture. Loin de moi l’idée de croire que pendant ce mois, on crée un petit chef-d’œuvre tout prêt à être envoyé aux maisons d’édition, bien au contraire. Il y a une tonne de travail qui vient après la rédaction de ces 50 000 mots. Mais de les avoir écrit, c’est toujours ça de gagné. J’ai bien l’intention de participer à ce défi l’an prochain, car j’ai profondément aimé ces petits rendez-vous que je prenais avec moi et ma création chaque soir.

Et vous, avez-vous l’intention de participer au NaNoWriMo en 2018? Si oui, que diriez-vous qu’on se crée un groupe Facebook pour se motiver :) ?

P.-S. Nous avons lancé dernièrement nos clubs d’écriture le Fil Rouge, si vous cherchiez une motivation pour recommencer à écrire, c’est la vôtre. Plus d’informations ici.

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Le haïku, le haïbun, qu’est-ce que c’est?

Le haïku

Tout récemment, je me suis inscrite à un cours privé sur le haïku, cours offert par l’auteure France Cayouette. Je ne connaissais presque rien au haïku. Pour moi, il s’agissait d’un court poème japonais et toutes mes connaissances se bornaient à ça. Puis j’ai vécu deux jours intenses à tenter de faire mien un genre si loin et en même temps si près de moi.

Je dresserai pour vous un portrait du genre littéraire, sans pour autant entrer dans la matière dense; seulement une brève entrée dans le corps de la bête et ce que j’en retire jusqu’à maintenant. Je vous parlerai ensuite d’une auteure que j’affectionne beaucoup, installée ici en Gaspésie et qui a récemment publié le recueil de haïbuns Tes lunettes sans ton regard. Il s’agit de Joanne Morency. Et je tenterai de vous expliquer, en mes mots toujours, ce qu’est le haïbun.

Mes tout premiers pas vers le haïku

Avant de souhaiter connaître le haïku, j’ai lu, il y a plusieurs années, le plus que magnifique Neige de Maxence Fermine. Ce que je ne savais pas, jusqu’ici, c’est qu’il s’agissait d’haïbun. Puis, dans les mêmes années, j’ai assisté à une conférence de France Cayouette. Elle venait de publier La lenteur au bout de l’aile, un recueil de haïkus. Il m’est arrivé souvent, au fil des ans, de replonger dans ces deux livres à la recherche de silence, de pureté, de réponses, de beauté et de délicatesse. Je ne comprenais pas exactement ce que j’y vivais, mais ils revenaient souvent vers moi. Je savais que c’était une forme de poésie très différente de la classique qu’on nous enseigne à l’école et aussi très loin de la poésie actuelle qui vibre de plus en plus autour et en moi.

Ce que je retiens de mes deux jours sur le haïku, c’est :

– le haïku est un style poétique japonais très, très, très ancien

– le haïku s’inspire de la nature et du petit quotidien

– le haïku est une forme de don de soi, car le regardeur écrit dans le but d’offrir le poème et de partager l’image avec autrui

– le haïku est formé de trois lignes (5, 7, 5 ou court, long, court)

– le haïku doit être inspiré de faits réels; ce qui a été vu, vécu, senti, ressenti, entendu, sans l’usage du « je »

– le haïku se retravaille à plusieurs, il devient un jeu de partage

Le haïku, c’est tout ça, mais c’est bien plus encore. Ce qui m’a le plus touchée et déstabilisée par la même occasion, c’est l’idée du don de soi et du partage. Habituée à créer pour moi, à partir de mes émotions, de mes images, c’est quelque chose de faire le saut du côté de ce qui est concret, pour le partager. Mais surtout, d’écrire, à vif, mon poème, à l’aide d’autres personnes. Le but étant de créer le meilleur haïku possible.

Tes lunettes sans ton regard

À mon retour de l’atelier de deux jours, j’ai plongé tête première dans le recueil Tes lunettes sans ton regard, de Joanne Morency, qui traînait depuis peu dans ma bibliothèque, entouré de plusieurs autres sublimes recueils de l’auteure (je suis complètement charmée par sa plume sensible, puissante, lucide, ancrée). Tout au long de la lecture, j’ai eu les yeux plein d’eau. J’étais tellement touchée par le degré d’intimité du quotidien que nous partageait l’auteure. Dans Tes lunettes sans ton regard, Joanne Morency trace les derniers mois de la vie de sa mère, ainsi que les quelques mois qui ont suivi son décès. Les odeurs, les sons, les gestes, la douceur, le froid, l’espace, le temps, tout semble si efficacement décrit, mais dans une brièveté de mots.

Le haïbun

Le recueil Tes lunettes sans ton regard est formé de haïbuns. Mais qu’est-ce que le haïbun ou les haïbuns? Toujours dans mes mots : le haïbun relie prose et haïku. Le haïku vient, en fait, offrir son petit grain de magie à la prose. Il sert, il ne répète pas, il agrandit, rajoute, il touche.

Voici un petit exemple tiré de Tes lunettes sans son regard :

poids plume

un peu d’aide pour te hisser

de ta berceuse

2011, 2012? Tu as du mal à basculer dans la nouvelle année. Tu portes avec effarement le lourd manteau de tes âges.

Hier soir, tombée, as-tu inscrit sur ton carnet, avec la date. Tu t’es laissé glisser le long du mur, jusqu’à terre. Au ralenti. Tu te demandes ce qui t’arrive. Papa ne doit plus que d’un œil. Je me dépense en manœuvre de sauvetage : des appuie-bras pour le siège de toilette, une clochette à tes côtés, une seconde tentative au CLAC.

j’ai 88 ans

et j’ai eu une belle vie

matin glacial

Dans le haïbun, le haïku peut être placé soit au début du texte, soit au milieu ou à la fin. Sur l’exemple que j’ai partagé, il y a deux haïkus, l’un au début et l’autre à la fin du texte en prose.

Transmettre la beauté par le haïku

Le haïku a pour moi quelque chose de méditatif. Depuis mon retour en région, je passe davantage de temps à contempler la nature qui m’entoure. Je suis sans cesse à la recherche de moyens pour transmettre cette beauté, en mots, en images, etc. Le haïku devient pour moi, une nouvelle manière de partager ces petites étincelles magiques que m’offre le paysage. Comment alors redonner tout ce que m’offrent la forêt, la mer, le ciel, le soleil, les étoiles, les animaux?

Pour terminer, je vous partage bien humblement deux de mes tout premiers essais en haïku :

le dormeur

sur son visage       

« l’éloge de la fragilité »

*

novembre

plus que la lumière rouge

des cormiers

Ma bibliothèque de haïkiste est encore très pauvre (j’en ai plusieurs sur ma liste…), mais voici quelques livres qui pourraient vous inspirer (absent sur la photo : Neige de Maxence Fermine) :

Bashô, Issa, Shiki, l’art du haïku, pour une philosophie de l’instant, par Vincent Brochard et Pascale Senk, Les Éditions Le livre de poche

La lenteur au bout de l’aile, France Cayouette, Les Éditions David

Tes lunettes sans ton regard, Joanne Morency, Les Éditions David

Mon visage dans la mer, Joanne Morency, Les Éditions David

Neige, Maxence Fermine, Les Éditions Points (<3)

 

Un immense merci à France Cayouette pour le partage. xx

Je vous invite à plonger dans cet univers très ancien du haïku. En terminant, dites-moi, qu’est-ce qui vous touche ou vous inspire le plus du petit quotidien et de la nature ?

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De la poésie qui allie nostalgie de fond de tiroir et chant de Spice Girl crinquée au vin de dépanneur

J’ai reçu la poésie de Filles, de Marie Darsigny, comme un coup de pelle dans l’front. Mais dans le bon sens du terme (oui oui, ça se peut). Je ne connaissais pas l’autrice et vraiment, du gros bonheur, j’en veux encore !!!

Tout petit recueil publié chez l’Écrou, acheté sur un coup d’émotion au Salon du Livre de Montréal : juste mes tripes qui me criaient de le prendre. Et j’ai bien fait !

 

Revenir du bar

blackout drunk

je bouge dans les draps

je gémis, me tortille

pilote automatique

des gestes souvent répétés

touriste dans ma propre vie

je m’entends jouir en écho

quelqu’une, quelque part

a l’aire d’avoir du fun

Des moments comme des polaroïds

Elle nous offre de brefs moments, capturés tels des photos de lendemain de soirée sur le cell. On lit avec les yeux mi-fermés, connaissant si bien ces moments d’ombres, de doutes ou ces élans qui pourraient devenir amoureux. Elle expose une réalité qui, je crois, est bien connue des X et des Y. L’écriture est actuelle, franche, parfois crue, honnête et de proximité, ben proche.

Fille #20 

tu traînes dans ma chambre

chandail Calvin Klein

souliers Vans en toile

montre Casio gold

si seulement tu valais autant

que ce que tu portes

Une Artiste

Je crois que, par son parcours en tant qu’artiste, pour avoir autopublié plusieurs zines et suite à ses études littéraires et sa concentration en études féministes, elle parvient à nous proposer un recueil de poésie visuelle, ressentie, et parvient à actionner les boutons en nous qui nous permettent un recul sur certains comportements pourtant communs mais destructeurs. Tant pour l’égo que pour l’être. Parfois avec cynisme, parfois avec ironie, Marie Darsigny arrive à nous faire passer ses critiques sur la réalité dans laquelle on évolue toutes. On n’y échappe pas. Filles, c’est elle, c’est moi, c’est nous…

 

Slice of life littéraire #1

je bullshit sur des textes que je n’ai pas lus

fin prête pour les séminaires de maîtrise

checke-moi ben citer du Brigitte Fontaine

 

J’vais t’en prendre un autre

Trop court, 87 petites pages. J’ai dévoré l’œuvre deux fois, terminée en à peine quelques heures. J’en voulais encore ! Petit format délicat qui porte un univers que j’ai adoré, à la pochette rose merveilleusement illustrée par Marianne Tremblay. À quand le prochain ? Je vous promets que vous serez renversé par cette déjà grande autrice ! Allez, un p’tit dernier avant la fin ? Je vous glisse ces derniers mots…

 

Toutes les filles de mon âge

ouvrent un onglet Google Chrome

et tapent

youporn.com 

on sait ce que c’est

qu’être heureuse

 

Connaissez-vous d’autres poètes actuels que nous devrions découvrir ? Bonne lecture !

 

 

 

Bibliothérapie; Pensées pour jours ouvrables; Bureau Beige; Moult Éditions; lecture; les livres qui font du bien; essai; le fil rouge; le fil rouge lit; littérature; travail

Pensées pour jours ouvrables : le cynisme qui fait du bien

Quiconque a déjà ressenti l’aliénation du travail de bureau se retrouvera à merveille dans les pensées cyniques de Bureau Beige.

Bureau Beige, c’est le nom de plume d’une employée ayant œuvré dans la fonction publique au cours de sa carrière, et qui fait bien sûr référence au cubicule, ce lieu symbolique du travail de bureau plate selon l’autrice. Pensées pour jours ouvrables est un recueil de courtes maximes — extraites du blogue portant le même nom — où l’autrice dénonce, avec un ton moqueur et semi-acrimonieux, la bureaucratie administrative et ses règles parfois incohérentes qui gangrènent l’efficacité et la satisfaction des employé.e.s au travail. Critique de la psycho pop et de l’industrie de la croissance personnelle, l’autrice y ridiculise un discours administratif qui utilise des termes que personne ne comprend (comme « démarche itérative incrémentale ») et invente des libellés d’emploi complètement déphasés par rapport à la réalité du travail décrit (comme « coordonnateur de services » au lieu de « réceptionniste »). Elle souligne par ailleurs le paradoxe existant entre l’incapacité des milieux de travail de modifier leurs façons de faire et le discours ambiant valorisant la « gestion du changement ».

Un livre court, mais efficace

De par sa petite taille, Pensées pour jours ouvrables semble être un candidat parfait pour la catégorie « lecture de salle de bain » (soit les livres qui, par leur petit format et leur style littéraire léger — pensées, proverbes, citations, etc. — sont parfaits pour les moments de solitude que confère cette pièce). Qu’on ne s’y méprenne pas néanmoins; les pensées ont beau être courtes, leur impact est bien ressenti, et l’autrice, par son style concis et décomplexé, réussit autant à nous faire rire — et rire jaune, bien souvent — qu’à nous faire réfléchir sur l’incongruité de certains codes du milieu de travail. Bien que le sentiment global qui se dégage du livre soit plutôt négatif, on n’en ressent pas moins le bien-être découlant de la similarité des expériences vécues; tout.e employé.e s’est déjà senti.e aussi « à bout » dans son travail que Bureau Beige, ne serait-ce que temporairement. L’extravagance désespérante de certaines situations nous porte à croire que l’expression « vaut mieux en rire qu’en pleurer » prend tout son sens dans ce livre.

Intitulée « L’air du vide : travail et langage dans le monde contemporain », la postface de Simon-Pierre Beaudet (Fuck le monde, Moult Éditions, 2016) complète à merveille l’ouvrage avec une réflexion qui théorise davantage le texte de Bureau Beige, en ajoutant du contenu et du contexte au sentiment de désillusion du travailleur moderne.

Des perles de sagesse

Voici quelques extraits de ce petit ouvrage qui m’ont bien fait rire :

« Avoir une plante verte dans mon bureau me réconforte autant que de trouver une brocheuse dans une forêt. »

« Gérer le changement par courriel. Y’en a qui pense que ça marche. »

« J’ai su que mon travail avait finalement réussi à ponctionner mon âme le jour où j’ai inscrit Wikipédia comme source de fond dans un rapport d’analyse pour le bureau. »

Bref, une lecture légère, mais adroite, qui fera du bien à tout.e travailleur.se momentanément désabusé du 9 à 5.

Et vous, y a-t-il des recueils de pensées ou de citations qui vous ont fait du bien?

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Écrire parce qu’on ne sait pas quoi faire d’autre : Les désordres amoureux de Marie Demers

Les désordres amoureux, c’est le roman des échecs amoureux à répétition, des patterns qui reviennent, des désirs illusoires, de l’éternelle insatisfaction, bref, du côté « laid » des relations amoureuses. L’histoire, une autofiction assumée, se concentre autour des amours de Marianne, jeune femme dans la vingtaine qui fait son chemin dans la vie, entre le dépôt de son mémoire de maîtrise, ses jobs dans la restauration, son désir d’écrire, ses escapades en voyage et surtout, les hommes qui viennent et qui repartent.

L’amour, le désordre et Marianne

Marianne – prénom qui résonne avec celui de l’auteure – est quelqu’un d’intense, d’impulsif et d’un-peu-trop-toute. Elle a un caractère fort, elle sait ce qu’elle veut et elle l’affirme bien haut. Mais malgré cela, c’est aussi une fille qui se cherche, une personne vulnérable qui agit en suivant ses émotions, non sans le regretter parfois, par la suite. Elle est proche de ce qu’elle est et de ce qu’elle ressent, et c’est ce que j’aime particulièrement chez elle. Elle est extrêmement lucide, entière et vraie.

Le roman met en scène l’amour – partout – mais surtout la difficulté d’aimer, de dealer autant avec l’autre qu’avec ses propres sentiments et désirs. Marianne s’accroche à des garçons qui sont mauvais pour elle, s’empêche d’avancer en ressuscitant de vieilles histoires qui traînent, autosabote ses relations, bref, jongle avec les hommes aussi bien qu’avec elle-même en tentant de se dépêtrer.

Les larmes montent. Un bouillon laid qui part du cœur et déborde sous les paupières. Une certitude : je me rends malheureuse. Une autre certitude : la seule solution, c’est de me sortir de cette relation. Lui, il a ce qu’il veut. Moi, je consens à de vieux débris en imaginant un chalet au bord du lac Rond. C’est comme si je m’arrangeais pour me faire mal, comme si je le faisais exprès. Il faut que ça arrête. (p. 22)

La sexualité a une place importante dans le roman. Elle est décrite de manière crue, mais surtout réaliste et sans flafla. Marie Demers ne s’enfarge pas dans des préambules et ne met pas de gants blancs. Et pourtant, ces épisodes sont loin d’être froids et fades : on n’est jamais bien loin de la tête de Marianne et de ses émotions.

Le roman se présente sous une forme déconstruite, dans laquelle les épisodes racontés par Marianne ne nous sont pas offerts en ordre chronologique. La narration saute d’épisodes passés et présents à futurs sans souci de linéarité, mais on ne sent pas qu’ils sont pêle-mêle pour autant. La force de cette forme déconstruite est plutôt qu’elle donne l’impression d’être tout à fait ordonnée et très bien ficelée. On sent que l’auteure sait où elle s’en va. La non-linéarité vient aussi servir le récit et celui-ci s’en voit bonifié, enrichissant notre rapport à l’histoire et au personnage tout en nous permettant de mieux le saisir.

Écrire le « vrai »

Dans Les désordres…, Marianne écrit. C’est plus fort qu’elle et pourtant, ce n’est pas plus facile. La narration met en place l’écriture dès les premières pages, par petites bribes qui se mêlent à l’histoire comme à la vie de la narratrice, toujours en toile de fond, jamais bien loin. Mais l’écriture n’est pas fluide, elle est récalcitrante, rude. Marianne, qui veut écrire quelque chose de « plus vrai », cherche à enfin trouver le titre, le ton, les mots pour le faire.

Il faut que j’écrive. J’écris parce que je ne sais pas quoi faire d’autre. J’écris parce que c’est mon seul talent. Il est impératif que je ponde une suite de mots fascinants au sein d’une structure formidablement singulière (mais sensée et évocatrice), dans ce qui constituerait ce qu’on pourrait qualifier d’histoire ou, mieux encore, de roman. Il n’y a aucune autre avenue possible. Sinon, ma vie pourrait tout aussi bien s’arrêter ici. Sinon, je ne sers à rien. 

Sinon, je ne suis rien. (p. 15)

Son voyage en Colombie offre de ce fait un recul à la fois pour le personnage – qui peut alors se mettre à écrire – et pour le lecteur, qui peut respirer des épisodes plus lourds de la vie de Marianne. La narration est alors plus légère, humoristique, aventureuse, on se retrouve avec le personnage au cœur de situations loufoques qu’elle nous raconte avec moult détails. Et Marianne, enfin, écrit.

Marie Demers a cette capacité incroyable d’exprimer les sentiments amoureux avec justesse. De plus, avec son regard extrêmement lucide et en ne mâchant absolument pas ses mots, elle réussit toujours à rendre les émotions avec un grand accent de vérité.  À plusieurs reprises, je me suis retrouvée prise de court devant le regard que Marianne porte sur elle-même. Jamais elle ne retient ou ne cache quelque chose au lecteur : tout est dit, et parfois, ça fait mal. Ça fait mal, parce qu’elle dit des choses que, normalement, on ne dit pas. Ou qu’on ne s’avoue pas. Comme quoi, même si la protagoniste est forte et indépendante, il y a quand même des moments où elle ne vole pas haut. Au fil de ma lecture, j’ai été attendrie par les choses qu’elle se permettait de dire, qu’elle confiait au lecteur, ce qui rend le personnage de Marianne vraiment complexe et humain.

Je laissais la porte du balcon arrière débarrée et il venait me rejoindre dans mon lit, la graine dure. Moi, je l’attendais, mouillée, le désirant et lui en voulant tout autant. Au fond, j’avais moins soif de sexe que de complicité : mille fois, j’aurais troqué une invitation à bruncher contre la petite vite ordinaire. (p. 17)

Marie Demers a ainsi une incroyable façon de se mettre à nu dans l’écriture, sans jugement. Et je crois que ce qui fait la plus grande force du livre, c’est que le personnage, s’il n’est pas toujours représenté de manière glorieuse, ne cesse jamais d’être vrai et touchant.

Quant à son écriture, je l’aime d’amour. Plus confiante et maîtrisée que pour son premier livre, elle est à la fois intime et trash, mais surtout fluide et coulante – ici pas dans le sens qu’elle est douce, mais qu’elle est assumée. Parce que l’écriture de Marie Demers est surtout brute et asymétrique, avec ses angles prononcés, ses contours pas droits et son rythme cassant. On s’enfarge dans ses phrases courtes et longues qui s’alternent, dans ses expressions proches de l’oralité, ses phrases anglaises et ses sacres.

J’ai déjà fait éclater mon iPhone en le propulsant au bout de mes bras, de toutes mes forces. Kin toé. Il a rebondi quelques fois sur l’asphalte avant d’atterrir. La pluie semblait amortir le son de ses pirouettes. […] Cinq minutes plus tard, je m’effondrais à côté de mon défunt appareil. Des larmes se mélangeaient au crachin du ciel sur mon visage. Qu’est-ce que j’allais faire? Le stress, l’angoisse et la honte m’ont envahie. Carte de crédit pleine. Carte de débit vide. Ostie, ostie, ostie. (p. 11)

En ce qui me concerne, je n’ai jamais magiquement changé mon fusil d’épaule au sujet d’un homme. Si je ne suis pas intéressée, je reste pas intéressée. Il n’y a pas, il n’y aura jamais de « je ne voulais pas être avec toi, mais là, ça y’est, je suis prête, oui, tu avais raison, you’re the shit, my shit, let’s fucking love each other ». La demi-mesure n’existe pas. (p. 20)

Son écriture est à l’image du personnage, c’est-à-dire vraie mais intense, crue mais vulnérable. Sa plume est proche de son cœur et de ses tripes, elle est franche et dure, mais toujours extrêmement vraie. De plus, j’aime la façon dont elle s’approprie l’écriture et la langue, par des expressions qu’elle invente et qu’elle « institue », en quelque sorte. Celle de l’« amoureux
record » est ma préférée. Et les référents qu’elle utilise à la tonne ancrent son récit dans un présent dans lequel on se reconnaît : « Mes doigts en parfaite position tap touche » (p. 12); « Le matin, on triait nos Lucky Charms en regardant Dora l’exploratrice (on finissait par manger uniquement les guimauves multicolores et on remettait les insipides céréales restantes dans le sac). » (p. 16)

Une mention d’amour aux fameuses listes «T’es pas fait pour moi si… », « Je peux faire exception, mais j’aimerais mieux pas que… », « J’aimerais que » et « J’ai besoin que » (p. 75-78), ainsi qu’à son pug « Bébé Henri IV de Montréal », si magnifiquement décrit. Et à quelques passages résolument cutes comme « J’ai couru dans les bras de Manu qui m’a enlacée, presque par réflexe. Il a ouvert la porte de l’édifice et on a gravi lentement les marches jusqu’à notre appartement, pressés dans cette étreinte particulière qu’on avait pris plus d’un an à perfectionner. » (p. 14)

Il y a quelque chose chez Marie Demers de fort, de cru et d’intense. Je vous conseille de vous procurer ce livre dès que vous le pouvez. Moi, je m’y replonge aussitôt.

Croyez-vous la littérature capable d’exprimer avec justesse la complexité et les nuances des sentiments?

Marc Séguin en trois temps

La rencontre avec Caroline

Récemment, j’ai eu la chance d’assister à l’enregistrement de l’émission Deux hommes en or diffusée à Télé-Québec avec mon amie Geneviève (allô Gen!), et lors de cette soirée j’ai pu observer de proche l’intéressant être humain qu’est Marc Séguin qui était justement un des invités de cette soirée.

Lors de cette émission, il venait notamment présenter son nouveau documentaire-choc sur l’agriculture et par le fait même parler de son nouveau roman Les repentirs, 2 des nombreuses cordes à son arc. Patrick Lagacé l’interviewait sur ce roman fascinant à mi-chemin entre l’autobiographie et l’autofiction, et on y apprenait que cette lecture l’avait fortement ébranlé. Une phrase l’avait marqué et il en a fait mention, et j’avoue que pour moi et Louba, c’est évident que ce petit bout de paragraphe nous a aussi profondément touchées. Le voici :

Oubliez l’alpinisme, les explorateurs du cosmos, des mers et des monts. Ce sont des petites vanités. Les continents et les sommets ne sont pas intéressants, ce sont des limites qui s’atteignent. Les abîmes, eux, n’ont pas de drapeaux qui clament leur conquête. C’est loin, le fond de soi.

C’était suffisant pour que j’aie une envie folle de me plonger dans ce roman. Il est arrivé quelques jours plus tard dans ma boîte aux lettres, et en une soirée je l’avais terminé, complètement bouleversée. Le lendemain je clamais déjà haut et fort qu’on devait à tout prix lire ce roman.

Un roman — 3 histoires

C’est à partir de la demande de la Collection III que Marc Séguin s’est prêté au jeu de raconter trois souvenirs, trois vraies histoires à partir desquels il pouvait dévier ensuite et ajouter du « crémage » comme il le disait lui-même dans son entrevue télé. Les 3 histoires parlent d’enfance, de la recherche de soi, mais surtout d’amour. D’ailleurs le livre est dédié à l’amour de sa vie qu’il, le dit lui-même, n’a jamais réussi à aimer autant qu’il l’aurait souhaité. C’est un livre profond, touchant, qui vient vraiment toucher des cordes sensibles, croyez-moi. Un livre qui vient fouiller et creuser au fond de soi, et donc la finesse est telle qu’il est impossible d’en deviner le vrai du faux.

À lire assurément.

Caroline Matte

* Merci à Québec Amérique pour le service de presse.

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Une surprise attendait Louba à la librairie

Je savais que Marc Séguin venait de publier un recueil de ses poèmes adolescents (écrits entre 16 et 18 ans) aux éditions du Noroît, Au milieu du monde, mais quelle ne fût pas ma surprise en découvrant cette publication aux tons de bleus en entrant à la librairie Liber de New Richmond. Une amie qui était avec moi au moment de l’achat m’a tout de suite répété quelques mots qu’elle avait entendus à la télévision concernant Les repentirs. Elle m’a dit que ce ne serait pas une lecture facile, mais bien au contraire, qu’elle serait crue et dérangeante. Elle avait raison. Les repentirs de Marc Séguin m’a littéralement brassée et je ne suis pas ressortie indemne de ma lecture.

Au fil des mots, des pages, en parcourant les trois souvenirs narrés de manière autofictionnelle par son auteur, le titre, ainsi que la photographie illustrant la couverture du livre (photographie gracieuseté de l’auteur) m’ont paru si efficacement choisis.

Les repentirs

Définition de repentir selon le Larousse : Vif regret éprouvé pour une faute commise, accompagné d’une promesse de réparation. Correction apportée par un écrivain, un artiste à son œuvre, à son texte et en particulier par un peintre à son tableau en cours d’exécution. Nous pourrions ajouter : à sa vie, par la création.

Marc Séguin est invité par Collection III de Québec Amérique à raconter trois souvenirs […] trois récits inspirés de moments marquants dans la vie de l’auteur. Les trois moments que nous dévoile l’artiste sont reliés ici par la présence d’une fille, d’une femme qu’il a tenté par tous les possibles d’aimer ou plutôt de se laisser aimer par celle-ci; Arielle Murphy, à qui il dédit le livre. Les trois histoires survolent le temps entre l’enfance et l’âge adulte. Les tumultes de la préadolescence, les amitiés complexes et la mort, qui entre autres, revient comme un leitmotiv dans la vie du jeune Marc souffrant d’un léger autisme et donc incapable de vivre ses émotions de la même façon que les autres.

L’enfance peut être un lieu à la fois terrible et grand de toutes sortes d’expériences humaines qui nous suivront ensuite dans notre vie d’adulte.  

La franchise désarmante de Marc Séguin

Marc nous parle d’amour, d’art, de pulsions avec une franchise renversante. Il revient sur tous les non-dits et les silences qui ont bercé les années où il est devenu par amour, par la création et par une vision singulière quelqu’un de respectable.

J’ai toujours apprécié le travail littéraire de Marc Séguin, en grande partie, pour son honnêteté et c’est ce que je ressens le plus ici. Même s’il s’agit quelque part d’autofiction, les pensées, les idées, les mots francs, la justesse avec laquelle il décrit une situation ou une émotion m’ont complètement traversée. Je me suis reconnue un peu partout, dans chacun de ses personnages.

Marc Séguin a une plume simple qui entre, sans qu’on en prenne garde, dans nos profonds abysses pour aller y jouer, pour que s’exposent des parties de nous qui ne veulent pas se montrer. Il a ce pouvoir.

Je suis passée tout de même assez rapidement à travers les 155 pages de ce court récit. Même si je devais parfois prendre des pauses pour souffler parce que j’avais le cœur gros ou le cœur qui battait très vite. Je savais souvent ce qui s’amenait parce que l’auteur dévoilait tout à l’avance, mais ensuite il nous amenait avec lui dans ses souvenirs, nous jetait dans le même vide qu’il a certainement lui aussi ressenti face à certains évènements.

Je sens qu’en terminant ce livre, il y a eu une ouverture sur le fond de moi, par un effet d’entraînement.

Moi qui avais toujours cru que l’art cherchait à nous nommer. Alors qu’au contraire, il ne reflète qu’un état de manque. C’est l’écho du vide.

Je le conseille fortement, pour la force, pour l’intelligence, pour la vitalité des détails et pour la profondeur complexe des sentiments et de l’acte créateur.

Louba-Christina Michel