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Les passeurs de livres de Daraya : le pouvoir des livres sur fond de guerre

Tout a commencé par une photo publiée sur la page Facebook de Humans of Syria. Deux hommes, entourés de livres, une bibliothèque secrète. Il n’en fallut pas plus pour piquer la curiosité de la journaliste Delphine Minoui, spécialiste du Moyen-Orient.

Il est difficile de décrire ce livre qui dépeint autant les horreurs de la guerre en Syrie que la beauté et le pouvoir des mots. De faire cohabiter ces deux thèmes semble presque absurde et, pourtant, nous n’avons pas ici affaire à une fiction, mais bien à des parcelles d’une véritable histoire, d’une bibliothèque secrète et des hommes qui y trouvent espoir, force et résilience.

De 2012 à 2016, la banlieue rebelle de Daraya a subi un siège implacable imposé par Damas. Quatre années de descente aux enfers, rythmées par les bombardements au baril d’explosifs, les attaques au gaz chimique, la soumission par la faim. Face à la violence du régime de Bachar al-Assad, une quarantaine de jeunes révolutionnaires syriens a fait le pari insolite d’exhumer des milliers d’ouvrages ensevelis sous les ruines pour les rassembler dans une bibliothèque clandestine, calfeutrée dans un sous-sol de la ville.

Leur résistance par les livres est une allégorie : celle du refus absolu de toute forme de domination politique ou religieuse. Elle incarne cette troisième voix, entre Damas et Daech, née des manifestations pacifiques du début du soulèvement anti-Assad de 2011, que la guerre menace aujourd’hui d’étouffer. Ce récit, fruit d’une correspondance menée par Skype entre une journaliste française et ces activistes insoumis, est un hymne à la liberté individuelle, à la tolérance et au pouvoir de la littérature.

Entre témoignages et journalisme

Delphine Minoui n’en est certainement pas à ses premiers écrits et ça se voit. Sa plume est certes journalistique, mais sans jamais être froide. Elle rapporte plutôt ses propos et impressions dans une écriture empreinte de compréhension, d’empathie et d’un grand respect. Elle ne cherche pas qu’à raconter la bibliothèque ni la guerre, mais bien les gens qui se trouvent derrière et les improbables liens entre les deux. C’est à travers les différentes conversations — par Skype et WhatsApp — qu’elle développe un lien privilégié avec certains de ces « insoumis de Daraya ».

On y retrouve donc les rendus de différentes conversations qu’elle entretient avec Amhad, Abou et Shadi. C’est à travers ces échanges qu’on apprend à découvrir ces hommes qui se battent, corps et âme, contre le régime d’Assad, contre le siège de Daraya, et qui, dans les livres, y trouvent tout ce qui leur donne espoir en quelque chose de mieux.

Des heures durant, il évoque en détail ce projet de sauvetage du patrimoine culturel, né sur les cendres d’une cité insoumise. Puis il me parle des bombardements incessants. Des ventres qui se vident. Des soupes de feuilles pour conjurer la faim. De toutes ces lectures effrénées pour se nourrir l’esprit. Face aux bombes, la bibliothèque est leur forteresse dérobée. Les livres, leurs armes de destruction massive.

L’indéniable pouvoir des livres

Je mettrais volontiers ce livre entre les mains de tous ceux qui ne croient pas à l’impact que peut avoir la littérature sur les gens. Chaque page rend hommage aux livres, comme un refuge, comme un outil de résistance, comme une forteresse.

J’ose à peine imaginer la douleur qui le tenaille. Mais il veut parler de livres, sa nouvelle passion, pas se lamenter sur sa santé. Lui, le survivant, ose croire en leur bienfait. S’ils ne peuvent soigner les plaies, ils ont le pouvoir d’apaiser les blessures de la tête. En fait, le simple acte de lire lui est d’un immense réconfort. Une sensation découverte dès la création de la bibliothèque. Il aime flâner entre les pages. Feuilleter sans fin. Se perdre entre les points et les virgules. Naviguer sur des territoires inconnus. Le livre ne domine pas. Il donne. Il ne castre pas. Il épanouit.

Tout au long des correspondances, qui s’étalent de 2015 à 2017, c’est l’espoir qui se trouve entre les pages des livres lus qui permet à ces hommes de faire un peu plus que survivre. Dans les livres, ils y trouvent des alliés qui, contrairement au régime au pouvoir, ne dominent pas, ne castrent pas. Ils y trouvent une liberté qui leur a été dérobée.

J’ai moi-même été surprise par toute la foi et la force qu’ils semblent trouver entre chaque page. Cette surprise, je la partage avec l’auteure qui s’étonne elle-même parfois de l’importance capitale qu’ont prise les livres pour ce groupe. Il y a quelque chose de beau là-dedans. Dans le fait de se rappeler cette importance qui, dans le cas de ces hommes, est presque une question de vie ou de mort. On se rend compte que les livres peuvent vraiment aider à vivre, à survivre et qu’il serait sot d’en diminuer l’importance.

Ce pouvoir des mots, on le perçoit tout au long des écrits, même dans les plus grandes noirceurs. Chacun des moments choisis par Delphine Minoui est un hommage aux mots, à leur portée et à leur impact.

Pour Omar, la lecture est un instinct de survie, un besoin vital. À chaque permission, il se précipite à la bibliothèque pour emprunter de nouveaux imprimés. Les livres l’habitent, ils ne le lâchent pas. Seul face à la nuit, avec son arme comme seule compagnie, il lit. Il croit aux livres, il croit en la magie des mots, il croit aux bienfaits de l’écrit, ce pansement de l’âme, cette mystérieuse alchimie qui fait qu’on s’évade dans un temps immobile, suspendu. Comme les cailloux du Petit Poucet, un livre mène à un autre livre. On trébuche, on avance, on s’arrête, on reprend. On apprend. Chaque livre, dit-il, renferme une histoire, une vie, un secret.

Entre espoir et résilience 

Outre le pouvoir des mots qui infuse chacune des pages de ce récit, l’auteure propose aussi un portrait cru et vrai de la guerre en Syrie, du siège de Daraya, vu par ses habitants, vu par ceux qui sont considérés comme des rebelles par le régime d’Assad. Entre la cueillette de témoignages sur les débuts des révoltes et sa propre expertise sur le Moyen-Orient, Minoui dresse un portrait réaliste, dur et humain — et inhumain à la fois — des quatre ans du siège de Daraya.

Par moments, j’ai dû déposer le livre, m’arrêter quelques instants. Le contraste entre les horreurs de la guerre et l’espoir qui cherche à percer des pages est particulièrement touchant et difficile à saisir. Delphine Minoui réussit, avec force, à tisser une toile complexe sans jamais y perdre son lecteur.

Les passeurs de livres de Daraya : une bibliothèque secrète en Syrie témoigne donc à la fois de toute la complexité d’une guerre qui sévit encore, d’un peuple qui souffre, se bat constamment et résiste ainsi que d’une lueur d’espoir inattendue qui lui parvient sous la forme de livres, des poèmes arabes aux livres de psycho-pop américains, tous comme des bouées, des guides, des remparts pour rester libres.

Personne ne peut ressortir indemne de cette lecture et c’est justement pour cette raison que je vous la conseille. Pour vous confronter à une réalité qui vous brisera le cœur et vous donnera espoir à la fois.

Avez-vous des suggestions de livres qui parlent du pouvoir de la littérature? 

Le Fil Rouge tient à remercier Seuil pour ce service de presse.

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Deuil et quête de soi, ici et à l’autre bout du monde; Delete de Daphné B.

Curieuse de nature, je glane mes idées de lectures à gauche et à droite, retenant parfois des titres précis, mais plus souvent, le nom de certains auteurs, des sujets et des thèmes. Il y avait un moment déjà que je gardais le nom de Daphné B. en mémoire, après l’avoir entendue à quelques reprises à la radio, mais c’est lorsqu’elle a lu un passage de son nouveau livre de poésie Delete que je me suis dit que je devais la lire. J’ai donc profité de ma dernière visite dans une librairie pour me procurer son recueil.

J’avoue que je ne savais pas trop à quoi m’attendre de ce court livre avec sa couverture toute simple,  affichant le profil d’une cowgirl sans doute dessiné aux Prismacolor. Il est plutôt rare que je me tourne vers la poésie, préférant spontanément les grosses briques et les longues sagas, et pourtant, je l’ai dévoré! Il faut dire que l’extrait de la quatrième de couverture m’a mise en appétit, alors que j’étais encore à la librairie.

« Les mots utilisés à tort et à travers par des gens abîmés ne veulent plus rien dire. L’amour, c’est quoi ça. Je tiens le verbe « aimer » au creux de ma paume et il ressemble à une personne qui a le hoquet. Il faudrait qu’elle retienne son souffle et compte jusqu’à 10, cale un verre d’eau, une cuillère appuyée sur le front. Quand j’ai dit que je t’aimais, c’est que je ne savais pas quoi dire. »

Le fond et la forme; poésie concrète touchante et bouleversante

Écrit en prose et présenté sous forme de courts textes qui peuvent sembler décousus aux premiers abords, Delete nous donne accès aux tourments et à la noirceur du deuil ou plutôt des deuils vécus par la jeune auteure féministe.

La fin d’un amour, la fin de ceux qui lui ont précédé et qui l’ont suivi, la relation mère-fille, la mort d’un ami, la fuite par le voyage… tout cela se dessine sous la plume de Daphné B. On touche à l’abandon de la personne que l’on a été, à la quête de notre identité et de notre réalisation personnelle. Le deuil des choix que nous avons faits et de ceux que nous n’avons pas faits imprègne ce court recueil. Les mots sont simples, parfois crus. Les images sont fortes, actuelles et sans filtre. C’est une poésie dont la forme est très accessible. Le fait qu’il y ait une trame narrative, même floue, permet d’apprivoiser le genre, en plus d’aborder des thèmes qui sont universels. Dans ce recueil, l’auteure nous donne accès à une part d’elle-même, et dans sa vulnérabilité, j’y ai retrouvé la mienne. Je me suis reconnue.

Je sais bien, même si je n’en ai pas l’habitude, que la poésie touche, bouleverse, bouscule, remplit et laisse parfois perplexe; Delete n’y échappe pas. Pourtant, j’ai eu un peu le sentiment d’avoir manqué quelque chose. Je crois que c’est dû au fait que j’ai abordé ce livre comme je le fais avec un roman et que je l’ai lu d’un coup. Je regrette de ne pas lui avoir accordé plus de temps et de patience pour qu’il m’imprègne davantage. Je prendrais assurément le temps de le relire lentement, une page à la fois, pour laisser les mots faire leur chemin, les laisser résonner à leur pleine puissance et de briller malgré leur noirceur.

Et vous, quel genre de poésie aimez-vous? Quelle œuvre poétique me recommanderiez-vous?

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Cuisine, romance et meurtre : tout pour séduire même les plus sceptiques (recette en prime à la fin de l’article!)

Lors d’un brunch entre fileuses, Martine nous a offert un buffet de services de presse. Si vous l’ignorez, un service de presse est un livre qui est envoyé au Fil rouge (donc à Martine directement) dans le but qu’une collaboratrice le lise et en parle sur le blogue. Mais, vous vous en doutez, les deux cofondatrices à elles seules ne peuvent pas lire tous les livres du monde, malheureusement. Et quand la pile à lire de services de presse devient trop immense, on se fait un brunch collectif et on sépare les livres entre nous (c’est vraiment l’fun être une fileuse).

Donc, au dernier brunch de distribution de livres, comme toujours chacune s’est garochée sur le livre qu’elle veut lire depuis sa parution mais qu’elle ne s’est pas encore procuré, ou encore sur le style de livre qui lui plaît le plus. Après quelques minutes, il reste les rejetés, ceux qu’on juge à leur couverture ou à leur public cible duquel on se détache complètement. On fait clairement du jugement à la première impression. Toutes coupables. Mais peu à peu, on se laisse tenter par des livres qui nous parlent moins au premier coup d’œil, des livres qu’on n’aurait pas choisis en librairie ou à la bibliothèque, mais puisqu’ils nous sont offerts et qu’ils n’attendent qu’à être lus, on l’ajoute à notre nouvelle pile. C’est ainsi que Recettes d’amour et de meurtre s’est retrouvé dans ma bibliothèque.

Le titre, la mention « Le roman culinaire le plus savoureux de l’année », la quatrième de couverture qui annonce « Recette de meurtre » avec une énumération, à la manière d’une liste d’ingrédients, certains personnages que l’on retrouve dans le livre, tout me semblait quétaine. Je l’ai donc pris en riant, me disant que se serait prévisible et cliché à souhait.

Je n’ai pas été trop déçue par l’aspect quétaine, mais j’ai tout de même été un peu surprise du côté cliché.

Dans Recette d’amour et de meurtre de Sally Andrew, on suit la narratrice Tannie Maria, qui se retrouve, malgré elle, au beau milieu d’une enquête policière. Tannie Maria, grande cuisinière et amoureuse de la nourriture, est responsable du courrier du cœur du journal local. Elle reçoit donc des lettres de gens qui lui confient ses problèmes et, pour les réconforter, elle leur donne une recette de repas ou de dessert qui pourrait les aider dans leur situation. De cette manière, elle se lie d’amitié platonique avec une femme qui lui écrit parce que son mari la bat et qu’elle veut partir mais a très peur de lui. Lorsqu’elles apprennent que la femme en question a été assassinée et que le mari n’est pas un suspect, Tannie Maria et sa collègue journaliste Jessie se donnent la mission de découvrir qui est le meurtrier, même si pour cela elles doivent mettre leurs propres vies en danger.

Il s’agit d’un roman léger, avec juste assez de rebondissements pour nous convaincre de continuer la lecture. On est loin du thriller policier inquiétant, mais on a tout de même envie de découvrir le meurtrier, entre quelques recettes de gâteau au chocolat et de curry. Ce fut ma lecture de fin de session et c’était parfait pour me faire décrocher, me vider la tête avant le dodo.

L’histoire se déroule au Klein Karoo, en Afrique du Sud, là où l’auteure vit elle-même. J’avoue que je lis rarement des livres provenant de cette partie du monde et j’ai beaucoup apprécié de pouvoir entrer dans le quotidien de ces personnages. Originalement titré Recipes for Love and Murder, le livre a été traduit en douze langues. J’ai bien sûr eu droit à la version française, traduite en France. Je ne sais pas comment étaient rapportées les expressions afrikaans en version originale, mais j’avoue que dans la version en français ça me dérangeait un peu. J’avais l’impression qu’on mettait tellement l’emphase sur ces mots dérivés du néerlandais, alors que ce n’était pas nécessaire à la compréhension des phrases, que ça clochait avec le reste. Je ne crois pas qu’il était nécessaire de mettre en italique chaque mot qui n’est pas en français; il aurait suffi d’une explication simple la première fois qu’on voit le mot et le reste du roman aurait été clair. Je vous en transcris un extrait pour que vous compreniez un peu mieux :

Je me suis réveillée tôt, juste avant les oiseaux, et je me suis assise sur le stoep en chemise de nuit pour boire mon café et manger des beskuit dorés tout en regardant les formes sombres sur le veld et les collines. J’ai enfilé mes veldskoene, fait le tour de la maison et ouvert le hok. […] Je ferme toujours la porte du hokkie la nuit car on ne sait jamais s’il n’y a pas un chacal ou un rooikat dans les parages.

J’ai tendance à lire les mots en italique comme si c’était des mots incorrects pour lesquels l’auteur.e n’aurait pas trouvé de meilleur synonyme. Pourtant ce ne sont que des régionalismes, et en plus on inclut à la toute fin du livre un glossaire des expressions sud-africaines utilisées dans le roman. C’est la seule chose qui m’a réellement dérangée tout au long de ma lecture.

Mis à part ces petits détails, j’ai somme toute bien apprécié cette lecture un peu à l’eau de rose. Il y avait des clichés, certes, et les personnages sont assez simples, mais ce fut un bon moment passé en bonne compagnie, alors la mission du roman qui fait du bien a été remplie.

À la fin du livre, l’auteure nous offre ses recettes pour les mets et les desserts dont on a parlé au cours du récit. La nourriture devient presque un personnage dans ce roman; elle permet de rapprocher les gens et parfois même de résoudre une énigme. J’ai décidé de m’inspirer de cette formule pour vous donner ma recette de végé-cretons, qui m’a souvent été demandée après que j’en aie mis une photo dans ma Story sur Instagram. Cette tartinade bien facile à réaliser s’offre très bien en cadeau d’hôte, mais il est très difficile d’y résister, donc il se pourrait que vous gardiez tout pour vous. Vous avez été avertis.

Recette de végé-cretons inspirée de Châtelaine, de Cuisine estudiantine et de mes goûts personnels

Ingrédients

  • Huile de coco ou d’olive
  • 1 oignon moyen
  • 1 gousse d’ail
  • 3 à 4 champignons blancs
  • 1 c. à table de levure alimentaire
  • 1 c. à table de tamari / sauce soya
  • 1 c. à table de moutarde de Dijon
  • 1/4 c. à table de cannelle
  • 1/4 c. à table de muscade moulue
  • 1/4 c. à table de clou de girofle moulu
  • 3/4 tasse de lentilles sèches au choix (j’aime mélanger différents types de lentilles, par exemple brunes et corail ensemble, comme ça la couleur se rapproche plus des « vrais » cretons, mais c’est vraiment un choix personnel – prenez celles que vous avez sous la main)
  • 2 tasses d’eau ou de bouillon de légumes (chez nous, on garde l’eau de cuisson des patates et on la fait congeler, ainsi on a toujours une base de
    « bouillon » prête à utiliser)

Étapes

Mettre l’huile, l’oignon, l’ail et les champignons dans une casserole et laisser ramollir.

Ajouter la levure, le tamari, la moutarde, la cannelle, la muscade, le clou de girofle, puis mélanger.

Ajouter les lentilles sèches et laisser griller 2 minutes. Saler et poivrer.

Verser l’eau / le bouillon, et porter à ébullition.

Laisser mijoter : 20 min si vous utilisez des lentilles du Puy, brunes ou vertes; 10 min si vous utilisez des lentilles corail.

Réduire en purée au mélangeur. Ça sera encore un peu liquide.

Verser dans 2 pots de 250 ml et laisser refroidir sur le comptoir avant de mettre au frigo toute la nuit.

Le fil rouge remercie les Éditions Flammarion pour le service de presse.

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Avec La femme tombée du ciel, Thomas King m’a appris l’écologie optimiste

Ce livre est arrivé un peu par hasard sur ma pile de lecture, et je m’y suis plongée sans même un regard à la quatrième de couverture. Quand je me suis rendu compte qu’il y était question de catastrophe écologique – et bien que déjà certaine qu’il ne s’agissait pas d’un récit post-apocalyptique –, je me suis mise à craindre le pire : descriptions déprimantes de faune et de flore à l’agonie, sermons culpabilisants sur l’importance de la protection de la nature, ou alors évocations terrifiantes d’un avenir détruit.

Heureusement, rien de tout ça n’est jamais arrivé.

Un début de légende

Le récit m’a happée dès le premier chapitre : un homme est au bord d’une falaise, il attend la marée montante qui l’emportera, tout en chantant accompagné de son tambour. Mais plutôt que de le prendre, la mer lui apporte des naufragés, comme venus de nulle part, qui disparaîtront aussi vite qu’ils sont apparus.

Nous sommes à Samaritan Bay, ville côtière (imaginaire à mon grand regret) où les tortues venaient pondre avant ce Très-Mauvais-Jour. En effet, il y a quelques années, une série de mauvaises décisions et d’erreurs humaines a conduit au déversement massif d’un produit toxique dans les eaux fluviales, ce qui a littéralement vidé la région de toute vie. Les rares animaux et humains ayant survécu à la catastrophe ont tous fui, ou presque.

Des personnages résilients

Tous les personnages sont brisés et cherchent leur voie. Chacun est isolé dans son histoire, aux prises avec des sentiments difficiles où se mêlent idéalisme, culpabilité, (dés)espoir, famille et quête d’identité.

Ils sont restés là, à cause des fantômes de leur passé, et vivotent leur quotidien sans trop de convictions. Ils se laissent mollement porter par les choses entre deux marées montantes, et pourtant, ils sont décrits avec un style si affectueux et humoristique qu’ils sont très attachants.

L’auteur les cajole, les aime, leur laisse le temps de panser leurs blessures, jusqu’à ce qu’ils retrouvent le goût de vivre, DE construire et d’aller de l’avant. Je vous en prie, ne lisez pas la quatrième de couverture pour justement vous laisser le temps de les découvrir. Laissez les personnages vous raconter leur histoire à leur rythme, comme si vous aviez à gagner leur confiance.

La réalité tissée de mythes

La femme tombée du ciel n’est pas seulement le titre du roman. C’est aussi – et surtout – le récit de la création du monde chez les autochtones.

Dès les premières pages, Thomas King superpose les mythes autochtones avec la réalité. C’est beau, c’est magique, ça transporte. Le récit est imprégné de merveilleux, qu’on ressent plus qu’on ne perçoit concrètement.

Cependant, la réalité n’en paraît que plus dure et cynique par moments. Cette omniprésence de l’imaginaire nous emmène subtilement à chercher la « double lecture » des événements, à tenter d’aller plus loin dans la compréhension de l’univers qui se déploie sous nos yeux. On se rend compte qu’il y a quelque chose de plus profond qui se passe, qui porte le récit au-delà de la simple chronique d’une catastrophe écologique et de ses conséquences.

La renaissance du monde

Le contexte reste très dur et actuel. L’entreprise responsable du déversement toxique du Très-Mauvais-Jour est une espèce de Monsanto-Bayer-Shell, une multinationale qui trempe dans toutes les pires actions environnementales qu’on puisse imaginer de nos jours. C’est l’incarnation du Mal absolu, comme on ne le rencontre que dans les contes.

J’ai adoré que, face à ce monstre d’horreur ravageant tout sur son passage, Thomas King choisisse une voie inhabituelle pour développer son histoire : celle de la convalescence patiente, de l’écoute et de l’entraide, de l’optimisme et de la communauté. On retrouve tout au long du récit une bienveillance et une confiance en l’avenir et en ses personnages. Il développe l’écologie du rapport humain comme point de départ, pour que le groupe ainsi rassemblé puisse ensuite protéger son environnement.

Retrouver confiance en l’avenir

C’est vraiment un très beau roman, foncièrement engagé de surcroît. Ce qui m’a le plus touché, c’est cette façon si rafraîchissante d’aborder les enjeux écologiques, sans être moralisateur ni culpabilisant.

Sincèrement, avant cette lecture, et bien que je sois moi-même très engagée écologiquement parlant, je trouvais le discours ambiant globalement anxiogène et vraiment déprimant.

La femme tombée du ciel m’a fait un bien fou, et m’a rendu l’espoir que j’avais perdu à force de documentaires alarmants. Surtout, tout en me permettant de retrouver le sens de tous mes petits gestes du quotidien, elle m’a permis d’envisager les choses sous un autre angle, plus modeste certes, mais beaucoup plus réalisable et, donc, optimiste.

Et vous, quel livre vous a redonné confiance en l’avenir?

 

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Je ne sais pas penser ma mort : un essai qui résonne

Dès que j’ai aperçu Le titre Je ne sais pas penser ma mort, j’ai su que je désirais lire cet essai. C’était plus fort que moi, mon attention avait été piquée. Il faut dire aussi que j’aime ce que font les Éditions La Peuplade et que je trouvais le bouquin fort joli, ce qui ne nuit pas, du moins pour ma part.

Cet essai regroupe plusieurs textes et réflexions que l’auteure Marisol Drouin a écrits à la suite de l’abandon de son roman sur lequel elle travaillait depuis cinq ans. Elle se met donc à écrire plus librement, sans contraintes et sans attentes; c’est ce qui a donné Je ne sais penser ma mort. Un essai plein d’honnêteté qui résonne en moi, depuis la fin de ma lecture.

On se retrouve devant des textes qui n’ont pas nécessairement de linéarité les uns avec les autres, mais c’est grâce à la voix de l’auteure, grâce à sa plume sincère et engagée, que je me suis vue lire ce livre en quelques petites heures.

Tout d’abord, c’est vraiment par la connivence que j’ai ressenti avec l’auteure que je suis rapidement tombée sous le charme de cet essai. J’ai aimé sa vision de l’écriture et la place qu’elle donne dans sa vie à l’art, à l’écriture et à la lecture. Ses réflexions me rejoignaient fréquemment. Que ce soit en lien avec la lecture ou le féminisme, elle réussissait avec ses mots à me toucher, à me faire réfléchir, à m’émouvoir.

Déterminée à écrire & lire 

J’ai ressenti une grande détermination de la part de Drouin à écrire. À être écrivaine et ce, malgré les embûches: manque de temps, enfant, maladie. Elle persiste et signe, elle écrira et lira. C’est le genre de discours que je trouve nécessaire dans une société axée sur la performance. Drouin prend le temps d’écrire; ça fait déjà cinq ans qu’elle consacre son temps à une œuvre qui finalement ne verra jamais le jour. Or, elle n’arrête pas pour autant de créer et c’est là, la source de cet essai : elle écrit, elle raconte, elle s’exprime. Malgré tout.

Je recommande cette lecture aux amoureuses et amoureux des lettres, des mots, de la création, de la lecture aussi. C’est une belle et touchante méditation sur l’écriture, sur ses difficultés comme sur sa nécessité.

Et vous, avez-vous des suggestions d’essais abordant l’écriture à me conseiller?


Le fil rouge tient à remercier les Éditions La Peuplade pour le service de presse.

2018 : des défis littéraires

L’année dernière, j’ai commencé à noter dans un cahier (j’ai suivi la popularité du «bullet journal») mes lectures, mes nouvelles acquisitions et ma pile à lire (communément appelée «PAL») du mois. L’objectif de ce cahier est de savoir combien de livres je lis en moyenne par mois, tout comme le nombre de pages, combien de livres québécois, de livres écrits par des femmes, etc. Mais mon premier objectif était de pouvoir noter mes défis littéraires.

J’ai déjà écrit un article sur les défis littéraires auxquels j’ai participé et j’ai déjà commencé à construire mon cahier de lecture pour l’année 2018. Vous pouvez également lire l’article de Camille sur le bullet journal pour savoir comment organiser vos lectures!

Voici quelques images :

bullet journal, défi ABC

 

  • Un tableau où je note le nombre de livres québécois et écrits par une femme, ainsi que le total de livres lus par mois.

  • Un autre tableau où je note le nombre de pages lues par mois.
  • Le défi ABC consiste à lire un livre dont la première lettre du nom de famille de l’auteur-e représente chacune des lettres de l’alphabet (je devrais donc pouvoir lire 26 auteur-e-s différent-e-s, ce qui devrait me permettre d’atteindre mon objectif de lire les vieux livres qui traînent dans ma bibliothèque).

 

défi Jane Austen, bullet journal

  • Lire tous les livres d’un-e auteur-e: pour cette année je compte relire tous les romans de Jane Austen. Et comme j’adore Jane Austen, j’ai également des biographies, des adaptations, etc. Il en a plusieurs que je n’ai pas lus et mon objectif sera de relire tous les romans de l’auteure, mais aussi ce qui s’y rattache. L’année dernière, je souhaitais lire tous les écrits de Boris Vian, mais après 5 romans je me suis rendue compte que cet auteur n’était pas pour moi. J’ai alors abandonné ce défi.

Jacques Poulin, Volkswagen blues, 52 livres en 2018, bullet journal

  • J’ai l’intention de mettre des citations de bouquin dans mon cahier, juste pour le rendre plus joli.
  • Défi : 52 livres en un an, parce qu’il a 52 semaines dans une année. Un défi qui devrait être relevé facilement.

un livre québécois par mois, bullet journal, défi le fil rouge

adaptations cinématographiques, livres empruntés à la bibliothèque, bullet journal

  • Beaucoup de livres sont adaptés au cinéma ou en série TV; je me fais souvent un plaisir de les lire avant de voir l’adaptation.
  • Une de mes résolutions pour 2018: emprunter des livres à la bibliothèque (ou encore à des ami-e-s).

club de lecture féministe, club de lecture le fil rouge, livre à poursuivre, bullet journal

  • Cette année je participe de nouveau au Club de lecture féministe du Fil rouge. Je vais prendre quelques pages de ce cahier pour faire un retour sur mes lectures.
  • Une liste des lectures à poursuivre: Je me fais un plaisir de lire des séries, j’en ai commencé quelques-unes et j’espère poursuivre mes lectures en 2018.

bullet journal, janvier, pile à lire, PAL, nouvelles acquisitions, défi des 1000 pages

  • Voici ce à quoi ma page du mois ressemble. J’écris ainsi mes lectures (titre du livre, leurs auteur-e-s, si c’est québécois ou écrit par une femme, le nombre de pages et je note même ma lecture de 0 à 5). J’inscris également ma petite PAL du mois, mes nouvelles acquisitions et le défi des milles pages lues dans un mois.

Et vous, comptez-vous vous donner des défis littéraires cette année ?

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La Belle Sauvage, Philip Pullman, La trilogie de la Poussière, Gallimard, Lefilrougelit, Lefilrouge

Un brin de nostalgie avec La Belle Sauvage

Quelle merveilleuse surprise que nous réservait Philip Pullman, laquelle fut révélée un peu plus tôt cette année! J’avais mis la trilogie d’À la croisée des mondes bien derrière moi, dissimulée dans un coffre-fort où il me prend trop souvent l’envie de me replonger pour y redécouvrir à nouveau mes trésors d’antan. Cette fois, nul besoin puisque l’auteur de la série jeunesse nous offre une toute nouvelle saga qui s’ancre dans l’univers que nous avons connu auparavant à travers les aventures de Lyra Belacqua. À quoi peut-on s’attendre dans le premier tome de cette nouvelle trilogie, La Belle Sauvage, et ce, autant en tant qu’anciens admirateurs qu’en tant que nouveaux curieux? C’est ce que nous allons voir.

Résumé

Détrompez-vous, Lyra n’est pas la protagoniste principale de ce tout récent fragment d’épopée. Il s’agit plutôt de l’histoire d’un jeune garçon prénommé Malcolm, dont les parents sont propriétaires de l’auberge de la Truite. En fait, c’est précisément en ce lieu que le tout débute. En aidant aux tâches de l’auberge, Malcolm, garçon à l’esprit assez aventurier, avouons-le, a accès à de nombreuses informations vu les voyageurs qui viennent et qui partent. Un soir, un intérêt étrange pour un petit bébé gardé par les nonnes du prieuré du village attise la curiosité du garçon. Pourquoi le bébé semble-t-il si important? Pourquoi la vie de certaines personnes est-elle mise en danger en raison de cette enfant? L’aura de mystère qui entoure l’existence de l’enfant pousse Malcolm dans une quête de vérité. C’est ainsi que nous découvrons l’identité de ce fameux être qui n’est nulle autre que Lyra Belacqua elle-même. Malcolm, qui dès le premier regard se verra épris du bébé, et son acolyte Alice, mettront donc tout en œuvre pour sauver la petite des griffes des malfaiteurs, et ce, au péril de leur propre vie.

Les points faibles

La redondance

Certains lecteurs d’À la croisée des mondes pourraient déceler une certaine redondance dans cette nouvelle œuvre. Effectivement, c’est un périple aussi extraordinaire qui attend nos deux protagonistes principaux. La plume de Pullman offre une aventure faite sur le même cadre, en quelque sorte. Par conséquent, nous pouvons avoir l’impression que l’auteur n’invente rien de nouveau ici. De surcroît, quelques informations en lien avec la Poussière et l’aléthiomètre se répètent d’une série à l’autre.

Le traitement d’Alice

Alors que je me suis rapidement attachée à Malcolm, j’ai eu un peu plus de difficulté avec le personnage d’Alice. J’avais l’étrange impression que l’on assoyait le personnage dans le rôle « traditionnel » de l’adolescente en crise identitaire. En fait, le problème ne réside pas tellement en cela, mais plutôt au fait qu’on ne divulgue pas davantage de renseignements sur son passé, ce qui aurait pu expliquer une personnalité comme la sienne. Elle reste dans l’ombre de Malcolm. Ce qu’on sait d’elle, c’est qu’elle ne se trouve pas jolie, qu’elle a mauvais caractère et qu’elle se laisse embobiner par les premiers venus, notamment par Bonneville et la fée. Bien que j’ai perçu, au fil de ma lecture, le désir de l’auteur de la montrer sous un nouveau jour durant le voyage des deux sauveurs, l’histoire se termine tout de même sur un retour aux vieilles habitudes de l’adolescente.

Les points forts

L’écriture

L’écriture de Pullman en est une très riche et fluide. On ne peut que s’y glisser lentement et suivre le flot des mots, qui coulent à merveille. Rien à voir avec la tempête qui fait rage au sein des pages. Je retrouvais ce pour quoi je m’étais tellement accrochée par le passé. L’auteur anglais est un conteur hors pair, qui sait en dévoiler juste assez pour mettre le lecteur en haleine.

L’approfondissement de la première trilogie

Bien qu’il ne soit pas nécessaire d’avoir lu la première saga pour lire ce nouvel opus, il demeure que La Belle Sauvage apporte moult réponses à des questionnements laissés sans réponses dans les trois romans de la série au succès mondial : À la croisée des mondes. Les origines de Lyra deviennent plus claires alors que nous renouons avec Lord Asriel et Mme Coulter, parents de Lyra. De plus, nous comprenons mieux toute la théorie scientifique qui entoure la Poussière, particule des plus secrètes d’un monde imaginaire. Nous découvrons également d’où vient l’aléthiomètre qui sera, bien plus tard, offert à Lyra. Ce nouveau tome peut vraiment donner le goût aux néophytes de plonger dans la première série. Après tout, même moi, j’ai ressenti cette envie soudaine de relire la série de Lyra, mais cette fois avec une perspective de lecture toute fraîche.

Des thèmes plus crus

À la lumière de ma lecture, j’ai eu cette impression que Pullman savait qu’il s’adressait à un public plus vieux avec cette nouvelle œuvre. Un peu comme s’il prévoyait que son public d’autrefois le suivrait à nouveau dans cette deuxième aventure. C’est peut-être cette façon de penser qui l’a poussé à aborder des thèmes plus crus et sombres tels que le viol, la sexualité, la violence domestique et la mort. Au fil de notre lecture, nous sommes faits témoin des expériences personnelles de ces enfants aux prises avec ces réalités et leurs réactions sont rendues avec une grande crédibilité. Certes, le passage à l’âge adulte était déjà un des thèmes principaux de la première saga, mais même si Pullman revisite cette thématique dans les 530 pages de La Belle Sauvage, elle est abordée avec une certaine urgence d’agir, de grandir malgré soi, ce qui n’était pas nécessairement le cas dans sa première offre.

Gérard Bonneville

Le vilain de l’histoire est à la hauteur de la vilaine d’autrefois, en l’occurrence Mme Coulter. Bon, je dois avouer que j’ai toujours un penchant pour les méchants. Gérard Bonneville est tout à fait effrayant. Son dæmon, une hyène à trois pattes, est très représentatif du tempérament de l’humain qu’il accompagne. Les cris émis par l’hyène, cris s’apparentant davantage à des ricanements, m’ont donné froid dans le dos pendant tout le périple des trois enfants. C’est d’ailleurs précisément ce personnage qui donne à voir les thèmes plus noirs au sein de ce roman.

Je recommande La Belle Sauvage à tous les lecteurs qui ont soif d’aventure, et ce, autant les petits que les grands. L’intelligence et la créativité de Pullman n’ont pas de limites; elles nous permettent à tout un chacun de rêver d’un monde plus grand que nature. Il fait toujours un bien fou de retrouver les bras chauds de nos amours d’antan.

Et vous, quelle est votre belle surprise littéraire de 2017?

Crédit photo : Michaël Corbeil

 

 

 

 

 

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Aurélie, ma vieille amie

Aurélie, ma vieille amie. On s’est rencontrées il y a longtemps déjà, au tournant d’une page. Tu habitais avec ma sœur et elle refusait de te partager, pour une fois qu’elle trouvait une lecture à sa pointure. Pourtant, déjà, je voyais bien comme tu la rendais heureuse, comme tu la faisais rire, lui donnait envie de lire, aussi (chose rare pour la soeurette). J’ai donc décidé d’aller à ta rencontre. Moi aussi, je voulais partager ces fous rires silencieux, ces sourires charmés au fil de tes pages.

Aurélie, je t’ai tout de suite aimée. Ma sœur et moi, nous lisions tes aventures en simultanée, je me jetais sur ton histoire lorsqu’elle déposait le livre dans un moment de répit. Nous nous querellions tes livres, mais ils ne m’appartenaient pas. Je n’avais jamais le dernier mot. Ma sœur, lectrice moins avide que moi, refusait donc que je termine ton histoire avant elle, ou que je la dépasse de ne serait-ce que d’une seule page dans ma lecture. Je mentais donc, bien sûr, prétendant m’arrêter au même endroit qu’elle, tout en faisant le contraire. Je poursuivais ma lecture avec un goût de bien modeste rébellion au bord des lèvres, guettant la seconde où ma sœur découvrirait ma supercherie et où je devrai arrêter de découvrir tes aventures.

J’aimais la fraicheur qui ponctuait tes pages. Tu étais une jeune adolescente aux aventures simples, aux doutes communs, aux envies semblables aux miennes, aux histoires accessibles. Mais surtout, surtout, Aurélie, tu étais une adolescente maladroite. Toujours les deux pieds dans les plats, les mots qui s’entremêlaient avec ta langue, les maladresses toujours prêtes à éclore et les moments de gêne omniprésents. Tu étais, peut-être au fond, diablement, incroyablement humaine, et c’était ça qui faisait plaisir à lire. Toi aussi tu te trompais, toi aussi tu vivais ou créais des malaises, toi aussi tu essayais de vivre ton adolescence comme tu le pouvais.

Tu fredonnais des chansons en leur créant des paroles sans queue ni tête (encore aujourd’hui, quand je me remémore ces passages où tu tentais de chanter du Simple Plan avec un anglais catastrophique, j’en viens à rire aux larmes), tu créais des amitiés inoubliables, tu écrivais des poésies, tu développais des sentiments pour des garçons, tu te disputais avec ta mère, ta vie aurait pu être celle de n’importe qui. Mais elle a été racontée avec talent. Avec une plume fine. À la fois hilarante et touchante. Certains passages pouvaient me faire m’esclaffer, d’autres me fendaient le coeur avec leur sensibilité émouvante. Notre lecture était une aventure. Alors que tu partageais tes journées à ton journal intime, nous devenions les témoins privilégiés de ton existence.

Hier, avec des jeunes élèves, j’ai parlé de toi. Je leur ai expliqué comme je t’aimais, au tournant d’une discussion sur leurs plus récentes lectures. Une d’entre elles te connaissait. Elle s’est enflammée de la même façon que je l’avais fait pour toi. Cinq ans plus tard, tes romans marquent toujours autant. Ton histoire a été mise en scène de diverses façons. Des livres, puis des films et des bandes dessinées. Toutes ces adaptations conservent ta touche bien spéciale, ta drôlerie naturelle qui fait de toi un personnage tellement unique et attachant.

Aurélie, on t’a regardée grandir. Tomber amoureuse, finir le secondaire, choisir de quel avenir tu voulais. Et on a dû te laisser partir, parce que les choses se terminent. Sept tomes savoureux nous avaient été offerts, tomes que je me suis amusée à relire à de nombreuses reprises, il fallait donc accepter la fin de tes histoires. Cette année, pourtant, ta créatrice, India Desjardins a annoncé que tu revivrais à nouveau dans un huitième tome. Et moi, je suis excitée comme une puce de découvrir où tu vas bien pouvoir te trouver, cinq ans après la fin du dernier tome.

Avec toi à venir, 2018 sera resplendissante.

 

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Silence-décomposition : au coeur d’une co-création

Ce petit livre rose est arrivé chez Martine, en service de presse sans trop qu’on s’y attarde ni l’une ni l’autre, mais de la typographie à la quatrième de couverture, quelque chose m’avait définitivement attirée vers ce livre. L’idée d’une rencontre entre deux artistes et d’une déconstruction du silence a piqué ma curiosité.

Je l’ai donc pris pour mieux le  laisser chez moi, un mois, peut-être deux, avant que l’envie me prenne de m’y plonger.  Je pense avoir eu peur de me retrouver devant une oeuvre hermétique et impénétrable à laquelle je ne comprendrais rien. Finalement, je l’ai débuté, pleine d’anticipation, pour mieux le refermer quelques heures plus tard, la tête remplie de réflexions et d’admiration pour cet étrange journal de bord qu’est Silence-décomposition, à l’écoute d’une ville.

Projet : observer le silence par tous les moyens qui sont à notre disposition: le texte, l’image, le son. En identifier les éléments constitutifs. Les isoler. Les traduire en parties d’oeuvres d’art, chaque fois incomplètes, insuffisantes. Tenter de reconstruire le silence par la cohabitation de ces morceaux. L’installer, à notre manière, dans un objet hybride afin de mieux le comprendre, ou à tout le moins de rendre compte de l’expérience intense que la démarche nous aura procurée.

Au coeur de la co-création 

Ce livre, non linéaire, s’apparente donc à un journal de création. Un journal de bord et d’observations entre deux artistes;  Pierre-Luc Landry et Stefania Becheanu.  Alors que le premier s’intéresse à la photo, à l’écrit, la seconde s’attarde aux sons, à leurs compositions et, ensemble, ils explorent Barcelone pour mieux la déconstruire, pour mieux se l’approprier, à travers leurs regards.

Ils explorent les façons de créer de l’un et de l’autre, se questionnent sur leurs différences, sur leurs visions et sur leur processus créatif respectif. À travers ça, il y a un peu de fiction, de brides de pensées, de théories sur l’art, l’écriture, l’architecture, le silence. On les retrouve alors qu’il tentent d’écouter de la manière que le ferait l’autre et à travers cet exercice qui semble anodin, on se rend bien compte qu’il y a autant de manières d’écouter que de gens qui écoutent.

C’est une rencontre à la fois personnelle, poétique et théorique qui résultera en une exposition et, bien entendu, en ce livre objet qu’est Silence-Décomposition.

La part du silence

C’était, à la base, cette idée du silence qui m’intéressait. Finalement, ce que j’ai retrouvé dans ce livre est beaucoup plus qu’une réflexion sur le silence, mais plutôt une multitude de pistes sur la perception, l’art, la jonction entre différents médiums, la création.

J’ai trouvé que l’utilisation du silence comme matière première, comme prémisse artistique, comme matière à décomposer était à la fois intéressante pour une exposition mais aussi pour un livre, matière idéale pour recueillir impressions, propos, réflexions et tout ce qui se trouve entre, dans les pages blanches, les espaces, les silences.

Pour rendre l’expérience de lecture plus complète, pour s’immerger dans le travail de Landry et Becheanu, vous retrouverez au tout début un code QR qui vous apportera directement à un site web proposant photos et extraits sonores, résultat du travail des deux artistes.

Construire un lieu idéal dans lequel on veut plonger les gens, par collage: collage de sons, de textes, d’images. Le livre explique la démarche. Ekphrasis.

Alors si vous avez envie de vous plonger dans quelque chose d’immersif, de différent et d’inspirant, Silence-Décomposition à l’écoute d’une ville  est pour vous.

Aimez-vous ce type de livre qui mets en mots une démarche créative et artistique ? Quelles seraient vos suggestions ? 

Merci aux éditions Nota Bene pour le service de presse.

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Wonder, du bonheur à chaque page

Après plusieurs semaines d’attente à la bibliothèque, j’ai finalement eu la chance de lire Wonder, de R. J. Palacio. Ce roman de presque 400 pages, publié en 2013 aux Éditions Pocket, semble très demandé. Probablement à cause de son adaptation au grand écran sortie en novembre 2017, mettant en vedette Owen Wilson, Julia Roberts et Jacob Tremblay. Mais je crois qu’il s’agit surtout de ses thèmes très actuels et importants, de son écriture touchante et de ses personnages attachants. Dès les premières pages, je suis tombée sous le charme d’August et de son entourage.

Être différent 

August Pullman est né avec plusieurs difformités au visage, l’empêchant à tout jamais de ressembler à un petit garçon normal. Il a les yeux au niveau des pommettes, de toutes petites oreilles et le palais défoncé l’obligeant à manger comme une tortue. À l’âge de dix ans, il doit intégrer l’école pour la première fois de sa vie. Il fera face à de l’intimidation, aux relations amicales parfois tumultueuses, à la trahison, mais aussi découvrira-t-il que le monde peut parfois s’avérer merveilleux. Impossible de ne pas se sentir touché par son courage, son adversité et son humour!

Les premiers chapitres nous présentent le point de vue d’August, puis l’histoire recommence, selon le point de vue de différents personnages de son entourage. Nous avons droit au récit d’Olivia, sa sœur, puis de Jack, un camarade de classe, et de plusieurs autres. L’écriture dynamique et efficace permet de maintenir un rythme captivant et on ne sent pas du tout de répétition bien que les événements soient toujours plus ou moins les mêmes.

Nous sommes heurtés aux répercussions de l’intimidation et l’importance de la tolérance et du respect. Des thèmes importants à tout âge! Ce roman est destiné à un public plus jeune (il est classé 9-12 ans à ma bibliothèque municipale), mais il ne faut vraiment pas s’arrêter à ce genre de classement. L’écriture est mature et soutenue, on se sent transportés dans la réalité d’August, peu importe son âge.

Wonder_(film)

Source : Wikipédia

Et sur grand écran?

En toute sincérité, je n’ai pas été aussi agréablement surprise par une adaptation cinématographique depuis longtemps. Les personnages sont bien représentés, personne n’est oublié. On reprend aussi l’idée de présenter le même événement selon le point de vue de divers personnages! Certains dialogues du roman ont même fait leur chemin jusque dans le scénario. Je vous recommande bien évidemment de lire le roman avant d’aller voir le film, vous ne serez pas déçu! Pour voir la bande-annonce, c’est ici!

Petite note aux enseignant(e)s : il s’agit d’une œuvre fréquemment présentée dans les écoles américaines, elle mériterait sans doute de faire son bout de chemin ici aussi!

Et vous, pensez-vous lire ce roman ou aller voir le film au cinéma?