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À toutes les femmes d’ici et d’ailleurs

Je me rends toujours à la bibliothèque avec, entre les mains, une liste de livres à me procurer. La plupart du temps, je retourne à la maison avec ma pile de livres, satisfaite de mes trouvailles anticipées. Mais lors de ma dernière visite, je me suis butée à répétition au fâcheux « prêté jusqu’au… ». Ce mot si louable, ce geste si encouragé… ne me faisait guère plaisir dans ce contexte. Je me suis donc résignée et je suis partie à la découverte entre les étalages, sans titre ni auteur en tête.

Et parmi toutes les petites richesses qui s’y trouvaient, je suis tombée sur ce livre : Lettres aux femmes d’ici et d’ailleurs.

Ce livre collectif regroupe des lettres écrites par des femmes et des hommes d’origines, d’âges et de professions diverses. La particularité de ces lettres, c’est qu’elles sont toutes adressées à une ou des femmes.

L’inclusivité et la pluralité

En 2017, comment percevez-vous le Québec sur les questions d’inclusivité? L’inclusivité des genres, mais également des différentes cultures? Que connaissez-vous de l’histoire de la laïcité et des conditions des femmes au Québec ? Et l’avenir, nous réserve-t-il un « vivre ensemble » qui sera dénué de préjugés et de barrières ? C’est sur des sujets aussi sensibles que chacun des auteurs et chacune des auteures ont écrit les lettres retrouvées dans le livre.

Au cours de notre lecture, on en apprend sur le passé, on découvre des différences culturelles, on s’émeut par le courage de grandes femmes qui ont marqué l’histoire, mais surtout on a envie que tous ceux et celles qui décident de s’établir au Québec se sentent inclus dans notre société.

Les lettres : touchantes et sincères

Certaines lettres sont personnelles, s’adressant à une mère, à une nièce, à une fille ou à une épouse.

« Depuis que la grande aventure a commencé vers un ciel bleui, si nordique qu’il fait fendre les entrailles des anges, je ne cesse de quêter tes yeux, ce carrefour où pulse sans cesse le chant ondulant de la vie. « Belle » fut le poème qui transforma les verves en étoiles, le faisceau de lumières qui enchanta nos érablièresQue peut apporter une union aussi imprévisible ? Là où tu cherchais le chemin, je cherchais aussi le destin. »

– Kamal Benkirane

Certaines sont engagées, évoquant le combat de nos arrière-grands-mères et de nos grands-mères afin que les femmes soient reconnues comme des « personnes » et qu’elles puissent posséder le droit de signer leur nom sur des papiers juridiques tels qu’un bail ou un contrat de travail.

« Je reviens à cette autre femme d’exception, Claire Kirkland-Casgrain, première femme élue à l’Assemblée nationale du Québec en 1961, soit vingt et un ans après l’obtention du droit de vote au Québec. Elle sera d’ailleurs la première femme ministre nommée au Cabinet. Mais c’est surtout pour sa lutte pour améliorer le statut juridique de la femme mariée qu’elle sera reconnue. À cette époque, en effet, la femme mariée n’a pas de personnalité juridique autonome, à savoir qu’elle ne peut signer aucun contrat, être exécutrice testamentaire, ester en justice et exercer une profession sans l’accord de son mari : Claire Kirkland-Casgrain elle-même, alors qu’elle était ministre, avait dû faire signer le bail de son appartement de Québec par son mari! »

Rose-Marie Lavoie

D’autres sont le récit touchant de femmes immigrantes qui ont choisi pour terre d’accueil le Québec.

« D’abord, je décide d’habiter non loin d’une librairie et d’une bibliothèque, car elles sont pour moi comme un ancrage dans la découverte de cette nouvelle culture. Dans l’une d’entre elles, je demande la liste des vingt livres les plus représentatifs du Québec. Je ne les ai pas tous lu, mais je fais mon chemin. Je mets de côté, depuis mon arrivée, Le Devoir du samedi car il y a un supplément « livres et cultures » que je lis « religieusement », comme le « Monde des livres » du vendredi. Et je découvre des auteurs que j’aime : Éric Plamondon, Catherine Mavrikakis, Nicolas Dickner, Hélène Dorion pour la poésie, Fred Pellerin et Boucar Diouf comme conteur, Suzanne Lebeau en théâtre. »

– Sonia-Sarah Lipsyc

Certains textes vous toucheront particulièrement et d’autres moins, mais par la variété des sujets abordés dans cette œuvre collective, il est impossible de ne pas se sentir interpellé. Dans mon cas, j’ai beaucoup aimé lire les histoires vécues par des femmes qui ont immigré au Québec. Leurs récits m’ont fait prendre conscience de l’isolement qu’elles peuvent vivre quand elles arrivent dans notre coin de pays qui leur est totalement inconnu. Les différences culturelles sont une grande richesse à partager et on comprend à travers les textes qu’elles sont parmi les premiers pas essentiels dans le développement d’un sentiment d’appartenance envers une nouvelle communauté.

Et vous, si vous aviez à écrire une lettre à une ou des femmes, à qui l’adresseriez-vous ?

Petite géographie de la fuite, de Thierry pardo, un essai qui invite à repenser nos vies trop bien rythmées

Petite géographie de la fuite, Thierry Pardo ou l’art de s’échapper

C’est à l’occasion d’un congrès que j’ai découvert cet auteur français, exilé volontaire, adepte de la piraterie éducative (autrement dit, réinventer l’éducation en dehors du système et des murs de l’école). Thierry Pardo présentait alors un ouvrage sur L’éducation sans école et il y avait, sur le coin de sa table en dédicace, ce petit essai de géopoétique à la couverture blanche, comme une invitation à un nouveau départ, un lieu de tous les possibles…

La métaphore de l’ailleurs

L’ouvrage est fin, une soixantaine de pages à peine, le texte aéré, la plume imagée. Je suis rapidement conquise. Il faut dire que je suis venue à ce congrès pour trouver des solutions alternatives, découvrir un ailleurs, m’évader… fuir ?

Je parcours les premières lignes, comme je le fais à chaque fois avant d’acheter un livre, et je sens soudain comme un appel au voyage à travers les mots sur d’autres maux.

«Le monde manque d’espace libertaire, du souffle épique de l’aventure (…) Le labyrinthe est dense, les itinéraires compliqués par nature. On y devine Icare au détours d’un passage, on voudrait s’envoler.»

Plus qu’un appel, en poursuivant ma lecture, je me rend compte combien ce texte vient chercher en moi des réponses à mes questions, une vision de la fuite que je voudrais possible et que je cherche à divers degrés de mon existence. Car, oui, nous avons tous des questionnements, des vies tumultueuses que nous souhaiterions changer ou juste laisser derrière nous. La mienne ne fait pas exception. Alors je me laisse littéralement emporter sur ce bateau-pirate, qui insuffle un vent de rébellion en moi et m’ouvre les yeux sur d’autres horizons

S’identifier ou se reconnaître

Ce que j’aime, à la lecture de cet essai, c’est l’aspect géographique, la métaphore permanente autour du voyage, de la marche, de l’errance, du départ… peu importe les termes, tout ce qui invite simplement à PARTIR.

Et pour cela, l’auteur dresse le portrait de « fuyards », tels qu’il se plait à les nommer. Des portraits dans lesquels il est bien facile de se reconnaître, pour qui veut jouer le jeu.

Nous voici donc en compagnie d’un déserteur qui décide du jour au lendemain de prendre le chemin inverse et de littéralement désobéir. Mais aussi d’un pirate qui choisi, lui, de «livrer bataille» et de reconstruire. Un exilé volontaire pour qui seul le départ compte et qui n’a de cesse de parcourir le monde. Et enfin, un ermite en quête de silence et de paix intérieure, qui choisit tout simplement de se retirer du monde.

L’esprit nomade et aventureux que je suis se reconnait presque dans chacun de ces portraits. Je me sens à la fois habitée par le déserteur, l’exilé volontaire et l’ermite, toujours en quête d’un ailleurs, d’une sorte de Terre Promise où je serai libre, en paix aussi bien avec moi-même qu’avec le monde qui m’entoure. Mon âme voyageuse reconnait avec affection des auteurs comme Nicolas Bouvier, Michel Vieuchange, H.D. Thoreau et se souvient du sable du désert, foulé il y a quelques années de cela.

Ce livre que je tiens entre mes mains, je ne pourrais dire combien de fois je l’ai déjà parcouru. Parce qu’il est comme une ancre, il semble me connaître, me suivre partout tout en me gardant présente là où je dois être. Comme l’exilé, j’écris mon carnet de route, je suis ce « passager du vent », toujours en mouvement.

«Fuir vers soi, prendre le chemin d’un ailleurs sans carte ni boussole, prendre le nord et côtoyer l’abîme d’une totale mise en congé des disciplines exige un courage de fou dans notre époque sensée. Alors courage, fuyons!»

Savourer les mots

Petite géographie de la fuite, de Thierry pardo, un essai qui invite à repenser nos vies trop bien rythmées

Au-delà de l’essai qui nous amène à la réflexion, j’ai personnellement savouré la poésie du texte, intimiste, sensible, émotif. C’est le genre de livre qu’il fait bon ouvrir un soir d’hiver au coin du feu, alors que la tempête fait rage au dehors. C’est le genre de livre qui vous fait voyager et percevoir les senteurs de contrées lointaines. Celui qui nous amène à nous poser pour regarder notre vie, l’observer avec le regard de ce marcheur qui, lui, prend le temps de «s’asseoir sur une pierre, de poser son bâton et de bourrer sa pipe pour dessiner dans le ciel ces petits bouts de nuages qui viendront relier entre elles les étoiles du crépuscule.»

Je ne m’en lasse pas!

Cet essai nous invite à ralentir, prendre une pause, faire une halte dans nos vies trépidantes et surchargées. Il nous invite à fuir, mais pas à prendre la fuite. On sent l’importance des mots chez Thierry Pardo, l’importance de la terminologie, du mot juste. Et finalement, quand on y pense, il a raison. Je m’aperçois que je n’emploie pas toujours le mot juste dans mes conversations. Pas vous?

C’est un peu comme lorsqu’on dit aux enfants de ne pas traverser la route. Eux, la seule chose qu’ils entendent est «traverser la route». Alors qu’il suffit juste de leur dire qu’on souhaite qu’ils restent à côté de nous.

À la lecture de cet essai, je repense ma vision, mes valeurs, ma petite géographie personnelle. Parfois je suis le déserteur, parfois le pirate. D’autres jours je suis l’ermite et puis encore cet exilé volontaire. Mais une chose est sûre, je suis toujours cet esprit en quête de liberté et d’aventures!

Et vous? Lequel de ces fuyards pensez-vous être ?

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Survivre à novembre grâce à Moi aussi je voulais l’emporter

12Novembre a été un magnifique et délicieux mois… niveau lecture! Comme si le manque de luminosité et mon besoin encore plus profond de nuits de sommeil longues et revigorantes m’avait rendue plus réceptive… Ou est-ce mes choix de lectures de ce mois-ci qui m’ont tant plu? Quoiqu’il en soit, avec Le monde est à toi de Martine Delvaux, qui a été un énorme coup de cœur, j’ai aussi ressenti quelque chose de grand en lisant Moi aussi je voulais l’emporter de Julie Delporte.

Tout d’abord, je dois dire que je suis une grande admiratrice du travail de Delporte, j’en ai parlé à quelques reprises sur le blogue, déjà. Or, j’affirme que, selon moi, Moi aussi je voulais l’emporter est une de ses meilleures, sinon la meilleure, de ses publications.

Dans ce roman graphique, l’auteure se questionne sur son féminisme, sur la façon dont elle l’est devenue, sur ce qui l’a amenée à voir les injustices envers les femmes. Elle parle de ses voyages, de ses amours, de son besoin de solitude, de sa prise de conscience féministe, de ses modèles. C’est un essai autobiographique rempli de douceur, de vulnérabilité, de remise en doute, mais c’est surtout le récit d’un apprentissage féministe, comme le disent si bien les éditions Pow Pow.

Il y a plein de références dans cet album, de quoi remplir allègrement ma pile-à-lire, pour mon plus grand bonheur. On y parle beaucoup de Tove Jansson, créatrice des Moomins et grande figure d’inspiration de Julie Delporte.

Il y a, comme souvent chez Delporte, une grande attention portée vers l’importance de l’art dans la vie, dans ce que l’art peut transmettre et combien il est nécessaire. C’est avec beaucoup de finesse, de délicatesse et une grande authenticité qu’elle se livre à nous, qu’elle nous entraîne dans sa vulnérabilité, dans son processus créatif.

J’ai énormément aimé cette lecture, qui m’a littéralement bouleversée. J’admire le trait de crayon de l’auteure, sa façon d’illustrer, de susciter des émotions, la belle unicité entre les mots et l’image qu’elle créée.

Delporte dresse une liste en terminant des œuvres qui l’ont habitée pendant la création de ce livre. C’est le genre de petit détail que j’apprécie et qui met l’accent sur le processus créatif. Les lectures, les inspirations, les modèles, toutes ces choses qui révolutionnent ce qu’on est. Il y a une grande importance portée à ces modèles dans ce livre, à ces femmes qui l’ont amenée à être féministe, à penser son art de façon féministe, à savourer sa solitude, son besoin d’art.

Il y a des livres que je tiens profondément à avoir dans ma bibliothèque. Celui-ci en fait partie. C’est ma cousine Karina qui me l’a prêté, mais je vais sans aucun doute me procurer ma propre copie. Je dois pouvoir me replonger dans ces pages, dans l’art de Delporte, dans la sensibilité de cette lecture.

Et vous, quelle a été votre lecture marquante du mois de novembre?

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Les années du crépuscule : les liens accidentels du coeur

Écrit au début des années 1970 par Sawako Ariyoshi, une écrivaine japonaise décédée trop tôt à l’âge de 53 ans, Les années du crépuscule est un portrait sans fards de l’angoisse de vieillir et, par conséquent, de la nécessité d’affronter sa propre mortalité pour mieux vivre.

Certaines lectures donnent le vertige. Parfois, c’est l’universalité de l’histoire qui nous fait entrevoir quelque chose de plus grand que soi ; parfois, l’authenticité des personnages nous fait oublier qu’ils sont des êtres de papier.

Ici, c’est la franchise de l’auteure qui donne le vertige. Lire ces mots, ces personnages, ce drame (qui se fait occasionnellement comédie cruelle) nous force à déposer le roman à quelques reprises pour se cacher les yeux ou pour rire nerveusement. L’apparente épaisseur du trait qui sert à souligner les relations familiales, les paradoxes culturels et les travers des personnages donne à ce roman lucide une profondeur qui bouscule son lecteur jusqu’à la toute dernière ligne.

Le drame ordinaire

Akiko, une femme dans la quarantaine, mène une vie réglée comme une horloge. Entre le travail, la maison et la famille, elle fend le quotidien avec l’assurance de celle qui s’organise et qui prévoit. La mort subite de sa belle-mère bouleverse cet équilibre précaire. Elle doit maintenant apprendre à vivre avec le long déclin de Shigezo, son beau-père, un homme irascible et exigeant, qui glisse doucement vers la démence.

Le scénario vous est peut-être douloureusement familier, en ces temps où l’on devient aidant naturel sans s’en rendre compte. Si vous avez mon âge, le vieillissement des parents et des beaux-parents favorise la pousse de cheveux blancs et les nuits passées à contempler le plafond. Parce que voir ses parents vieillir, c’est voir la fragilité s’incarner où elle n’y était pas le mois précédent. C’est aussi se dire, le souffle coupé: « On est rendu . »

C’est surtout prendre conscience qu’on se rappelle de nos parents lorsqu’ils avaient notre âge, et misère qu’on les trouvait vieux…

Entre le devoir et le choix

La dure beauté de ce roman réside dans la façon dont les personnages se font métaphores, en incarnant et exprimant sans censure l’anxiété, la peur, et la rage face au vieillissement de l’autre, et par conséquent, à son propre déclin. C’est un grand théâtre des angoisses, et c’est à la fois provocant, enrageant et libérateur.

Un personnage se réjouit de l’invalidité de sa mère dominatrice, maintenant impuissante devant elle. D’autres essaient d’échapper au quotidien, incapables de gérer la panique qui les envahit. C’est le cas de Nobutoshi, le mari d’Akiko, qui fuit toute responsabilité face à son père et qui en laisse la charge entière à son épouse. Malgré sa honte devant sa passivité, son sentiment de dégoût est tel qu’il ne peut se résoudre à prendre le relais d’Akiko.

Il va sans dire que ce roman est également une critique cinglante du rapport entre les sexes dans le Tokyo des années 1970, et annonce la réalité à venir d’une société japonaise vieillissante. L’auteure, qui admirait Simone de Beauvoir, brosse un personnage de « femme ordinaire » d’une grande justesse. Le personnage d’Akiko rage, se débat, s’indigne, hurle et pleure tout en faisant ce qu’il faut faire. Elle accompagne son beau-père dans le jardin la nuit quand il a besoin de faire pipi (il ne veut plus utiliser la salle de bain). Elle lave son dentier. Elle part à sa poursuite quand il s’échappe dans les rues de Tokyo. Elle change sa couche lorsqu’il devient incontinent.

Et malgré cette intimité forcée avec une personne qui partage une partie de notre histoire, ce sentiment du devoir imposé, la laideur des dérèglements du corps, l’auteure nous rappelle qu’il y a tout de même suffisamment d’espace pour que se tissent des liens ténus et délicats entre les cœurs.

Un roman vous a-t-il déjà bousculé et apaisé tout à la fois ? N’hésitez pas à en partager le titre avec nous !

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La peste ou lorsque la mort nous réconcilie avec l’humanité

Lorsque les journées raccourcissent et que le temps froid s’installe, il arrive souvent que mes lectures en subissent le contrecoup. Les récits merveilleux de l’été font place à des histoires plus obscures. Je n’y peux rien, c’est mon humeur qui choisit le livre que j’ouvre.

La peste, d’Albert Camus, était destinée à faire partie de ces lectures sombres. Pourtant, malgré son titre de mauvais augure, ce livre a su allumer une flamme dans mon esprit et réchauffer mon âme durant les froides soirées d’hiver.

L’histoire se déroule à Oran dans les années 1940, où on suit le quotidien du Dr Rieux et de ses amis alors qu’une épidémie de peste fait son apparition. La ville est mise en quarantaine, les habitants se trouvent séparés de leurs proches qui sont à l’étranger et la maladie entre dans les foyers pour prendre ses victimes.

Contrairement aux histoires de pandémies apocalyptiques dont j’ai l’habitude, ce récit se déroule en douceur. Alors que le médecin est appelé au chevet des malades, le reste de la ville tente de vivre normalement le plus longtemps possible. Le narrateur se contente de rapporter les faits sans émettre son opinion ni juger les personnages. Par contre, on devine dès le début qu’il est impliqué dans l’histoire.

Une lueur d’espoir…

La maladie et la mort sont parfois décrites avec poésie, sans toutefois en enlever une pointe de gravité. On y parle d’exil, de devoir et d’amitié. On remet en doute l’existence de Dieu. On se questionne sur la différence entre jouer les héros et faire son devoir simplement.

Ce livre m’a redonné foi en l’humanité. J’ai toujours cru qu’une situation de crise peut amener les gens à se diviser et à se battre pour survivre. Mais c’est souvent le contraire qui se produit. Dans l’adversité, les gens s’unissent puisque pour eux, c’est la seule attitude logique. Le récit devient très réaliste grâce à cet aspect. Il se veut sans prétention et sans exagération.

Au final, j’ai été charmée par le style de cet auteur que je lisais pour la première fois. Je compte bien lire plus de ses écrits dans le futur.

Et vous? Qu’avez-vous lu d’Albert Camus? Avez-vous apprécié autant que moi?

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Une partie rouge de Maggie Nelson : non-fiction et tragédie familiale

Comme pour plusieurs d’entre nous qui suivons de près l’actualité littéraire, Maggie Nelson a su attirer mon attention par la parution en français de deux de ses ouvrages lors de la rentrée de l’automne. Il semblait y avoir un buzz chez les lecteurs anglophones autour de cette écrivaine, également poétesse et critique d’art, alors j’étais curieuse de la lire. C’est donc avec beaucoup d’attentes que j’ai entamé cette lecture et je n’ai pas été déçue.

À peine commencé, je savais qu’Une partie rouge de Maggie Nelson correspondrait au genre de livre qui me captive en raison de sa prémisse qui s’annonçait prometteuse.

Non-fiction et tragédie familiale 

Une partie rouge peut être qualifié de non-fiction puisque l’autrice relate des faits réels entourant sa propre vie et celle de sa famille. Maggie Nelson est la nièce de Jane, une femme assassinée brutalement il y a plus de 35 ans dans des circonstances qui n’ont jamais été élucidées. Dans son récit, elle revient sur ce drame et les répercussions de celui-ci sur les membres de sa famille.

Au début du livre, la mère de Maggie Nelson est contactée par un policier, qui lui apprend que l’enquête concernant le meurtre de sa sœur est rouverte à la suite de nouvelles preuves pointant vers un suspect jusque-là jamais considéré. Au même moment où tombe cette nouvelle, Maggie Nelson s’apprête à publier un recueil de poésie autour de la vie et de la mort de cette tante qu’elle n’a jamais connue, intitulé Jane : un meurtre.  

Obsédée par ce meurtre, Maggie Nelson assiste assidûment au procès de ce nouveau suspect en compagnie de sa mère. Elle en aborde le déroulement et nous fait part des émotions et des réflexions qui la traversent et des souvenirs qu’il ressuscite chez elle.

Un regard touchant et intelligent

Il ne faut pas lire Une partie rouge en croyant avoir affaire au simple témoignage d’un fait divers ou à une affaire policière. Il s’agit plutôt d’un récit qui pose un regard touchant et intelligent sur les séquelles d’une telle tragédie sur une famille confrontée 35 ans plus tard à faire face de nouveau au drame qui plane au-dessus d’elle. Il n’y est aucunement question de vengeance. Cette immersion au cœur de cette famille et de ce procès est entremêlée aux questionnements, aux peurs, aux réminiscences et aux réflexions de Maggie Nelson, et c’est ce qui m’a particulièrement plu dans ce livre.

Il s’agit définitivement de l’un de mes coups de cœur de l’automne. The Argonauts, l’autre ouvrage de Maggie Nelson traduit en français, fera assurément partie de mes prochaines lectures.

Et vous, aimez-vous ces livres qui oscillent entre le récit documentaire et l’autobiographie?

Mammouth ROCK ! : comment «rocker» son exposé oral

Alors que je garde en horreur les souvenirs de mes exposés oraux quand j’étais encore étudiante, le personnage de Louis, lui, semble parfaitement à l’aise. C’est la tête haute qu’il nous explique l’effort de ses recherches. Parce que Louis a étudié le mammouth, mais pas n’importe quel : le mammouth rock !

Nous découvrons alors comment Louis a appris l’existence de cet animal qui existerait encore de nos jours. Il nous fait part de ses théories: où l’animal se cacherait, de quoi il se nourrirait, etc. L’écriture d’Eveline Payette est tout simplement touchante. Tout comme les partenaires de classe de Louis, je voulais découvrir où était caché ce Mammouth rock, et cela malgré le fait qu’ils devaient retarder de quelques minutes leur récréation : les découvertes avant tout ! C’est une lecture à découvrir !

Il y a plusieurs choses qui ont fait que j’ai voulu parcourir les pages de ce livre. Tout d’abord, l’illustrateur de l’histoire est le talentueux Guillaume Perreault (depuis son livre illustré Le facteur de l’espace, je suis en amour avec tout ce qu’il fait). Le fait que le cahier ait la forme du fameux cahier Canada, ça nous rend encore plus nostalgique de nos souvenirs d’enfance au primaire. Je peux dire que ce sont des choix qui en font une formule gagnante pour moi, une lecture parfaite pour me rendre nostalgique. C’est également une lecture captivante pour les jeunes enfants, parce que l’histoire est spontanée et vivante. Le format du livre fait en sorte que la lecture est facile et attrayante.

C’est lorsqu’on tombe sur ce genre de livre que l’on sait que nous sommes tombés sur un petit bijou. Je crois que c’est un livre parfait pour donner l’intérêt à nos jeunes enfants à faire de la recherche sur leurs propres intérêts.

Et vous, avez-vous des coups de cœur en ce qui concerne la littérature jeunesse ?

Merci à la Courte Échelle pour cette magnifique lecture et voici la dédicace que j’ai eu des auteur-e-s lors du Salon du livre de Montréal.

La bête à sa mère de David Goudreault, premier roman et nouvelle lecture du mois de janvier du défi littéraire

Il m’arrive souvent de tomber sous le charme d’un.e auteur.e. Dans ces cas-là, j’ai toujours envie de lire le premier roman de l’auteur.e. Je trouve intéressant de voir l’évolution de l’écriture. Ainsi, nous avons décidé de joindre la thématique Premier roman au défi littéraire de l’année, car on pense que c’est important de lire de nouveaux auteur.es.

Suite au sondage sur le groupe Facebook « Un livre québécois par mois », le choix de lecture est La bête à sa mère de David Goudreault. Personnellement, c’est un ouvrage que j’ai déjà lu et que j’ai adoré. J’ai été complètement charmée par l’écriture de l’auteur. Vous ferez la rencontre d’un jeune homme torturé et aux idées dérangées dans ce premier tome de la trilogie.

Ma mère se suicidait souvent. Elle a commencé toute jeune, en amatrice. Très vite, maman a su obtenir la reconnaissance des psychiatres et les égards réservés aux grands malades. Pendant que je collectionnais des cartes de hockey, elle accumulait les diagnostics.

J’espère que tout comme moi vous allez apprécier l’humour noir et l’écriture poétique remplie de vérité de ce slameur, poète et auteur.

Sur le groupe Facebook, nous allons vous poser des questions sur votre lecture au cours du mois; n’hésitez pas à vous y joindre et à participer aux discussions!

Cependant, si vous avez déjà lu ce roman et/ou que vous souhaitez lire autre chose, voici d’autres suggestions de premiers romans :

Que sera votre lecture québécoise du mois?

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Lagom, l’art de vie suédois

Les pays scandinaves m’ont toujours intriguée. Quand on a des vacances et qu’on a la chance de se payer un voyage, on sillonne l’Europe, on va dans le Sud, on visite l’Asie, mais les pays scandinaves? La première question que beaucoup de gens m’ont posée lorsque je leur ai dit que je partais pour Stockholm, c’est: « Mais pourquoi la Suède? ». C’est dire à quel point ces terres à peine plus froides qu’ici sont méconnues, puisqu’elles ont pourtant tellement à offrir pour l’explorateur avide de dépaysement. Et la Suède est très inspirante entre autres par son art de vivre nommé Lagom, qui favorise une existence basée sur la simplicité. Ce n’est pas juste un concept pour vendre des livres, je l’ai réellement ressenti quand j’y étais. Préconiser un équilibre entre le ni trop et le ni trop peu. J’ai voulu pousser plus loin le sujet en lisant là-dessus. Quelques livres sont sortis récemment sur le sujet, mais j’ai choisi Lagom, vivre mieux avec moins, d’Anna Brones, parce que l’auteure, aussi artiste et productrice de film, est elle-même d’origine suédoise.

L’ouvrage, publié aux éditions Dunod, que j’ai classé dans la catégorie de ceux qui font vraiment du bien à lire et relire, est aussi fort instructif et aborde concrètement différentes sphères de notre existence où le lagom peut être exercé. Il est divisé en quatre chapitres: le travail, la maison, la santé et l’environnement.

Le travail

D’abord, comme le dit l’auteure dans son livre, « être occupé est devenu un passe-temps acceptable et reconnu socialement. Si notre emploi du temps est bien rempli, c’est donc que nous sommes importants, notre vie a un sens et un but » . C’est vrai, en effet, et c’est loin d’être un secret. Ce qui devrait changer est cette vision de vie réussie que nous avons quand on a un agenda plein de tâches à accomplir, qui s’avèrent parfois non nécessaires. Mieux vaut ralentir souvent, en pleine nature, s’accorder des journées à ne rien faire pour de vrai lors de nos jours de congé, nous permettre de simplement réfléchir et se reposer. On a besoin de vivre lentement. Donner de l’espace au lent. Se déconnecter de nos réseaux sociaux et se parler face à face. Le cerveau aéré favorise la créativité et une meilleure satisfaction au travail. On le sait, mais on a besoin de se le faire répéter.

La maison

Le design suédois est reconnu comme étant épuré, empreint de lignes simples et qui soit de qualité. Pas de fla-fla. Intemporel, pratique et durable. La fonctionnalité avant la beauté, il faut que ça puisse servir, donc pas de décor chargé. Le lagom dans nos maisons se démontre donc en évitant l’encombrement et en diminuant notre empreinte écologique. Et la disposition de nos meubles doit nous plaire. Notre maison reste notre sanctuaire, il doit donc être accueillant et qu’il nous fasse nous sentir bien, qu’il soit douillet. Et comme la Suède est peu ensoleillée l’automne et l’hiver (durant mon voyage le soleil se levait à presque 8h00 pour se coucher vers 15h45), les murs sont donc souvent peints en blanc et l’éclairage du domicile y est très important. Les Suédois préfèrent les lumières relaxantes et non éblouissante. Les chandelles blanches non parfumées sont donc très utilisées là-bas. Aussi, comme passe-temps à la maison, on prend nos distances avec la technologie pour s’approcher davantage des loisirs créatifs, de l’artisanat, de la cuisine. Par ailleurs, dans ce chapitre, l’auteure nous offre quelques recettes simples familiales de plats typiquement suédois.

La santé 

Le lagom en santé, c’est l’équilibre entre le physique et le mental, trouvé en identifiant d’abord ce qui nous fait réellement du bien. Pas de dissociation entre le corps et l’esprit, les deux doivent bien aller pour un état de bien-être. Choisir autant d’activités qui fassent du bien au corps qu’à notre âme. Faire de l’introspection pour se libérer l’esprit, essayer de ne pas trop anticiper le futur pour avoir les deux pieds dans le présent, et se déconnecter encore une fois des technologies, socialiser pour vrai. Prendre soin de soi pour pouvoir prendre soin des autres. Gérer notre stress et réévaluer nos objectifs vers du plus réaliste. Les Suédois ont un mode de vie assez sain en général, ils bougent souvent. Il faut préconiser le mouvement tout au long de la journée, pas juste après le travail.

L’environnement

Le manque d’exposition à la nature peut être dommageable selon de plus en plus d’études. Se promener dans les bois, parmi les arbres, se reconnecter avec la nature serait très bénéfique, atténuant la fatigue mentale. Aussi, être installé près d’une fenêtre qui donne sur des arbres au travail augmenterait la satisfaction et les employés se sentiraient moins stressés. Notre environnement a clairement un impact sur notre bien-être. Faire le plein en forêt « nous donne le sentiment de faire partie d’un ensemble qui nous dépasse » , ça rassure de voir qu’il y a plus grand que nous. Aussi, l’art de vivre lagom suggère d’avoir des plantes en pots à la maison et même un mini-potager intérieur. Jouer dans la nature souvent ou sinon, l’amener à la maison, sont des idées lagom à préconiser. Réparer, composter et acheter moins, aussi.

La lecture de Lagom, vivre mieux avec moins, d’Anna Brones, aide à nous recentrer sur l’essentiel, qui nécessite un retour au calme dans nos vies parfois étourdissantes. Ce livre est un ouvrage de références pour nous guider de façon concrète à ramener à nous l’équilibre entre le trop et le trop peu. Pour toute personne désirant consommer moins et traiter l’environnement, les autres et soi-même avec respect, le lagom est une philosophie de vie à explorer, et ce livre vous donnera les parfaites pistes pour vous aiguiller.

La philosophie de vie des pays scandinaves comme la Suède vous interpelle-t-elle?

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Baie déception, Julie Hétu, Planète rebelle, Julie McClemsn, Patrick Hivon

Baie déception : ou effleurer un monde qui ne vous quittera plus

Ce roman est mon grand coup de cœur de l’année!

Julie Hétu nous offre Baie Déception que j’ai eu l’immense intuition d’acheter au Salon du livre de Montréal le mois dernier.

Je suis encore habitée par cette histoire, de la confusion qui règne en moi, en nous sans doute, au moment de refermer les pages. Juste avant la fin, dans le livre, l’autrice nous suggère d’écouter les enregistrements de la mère, sur le CD d’accompagnement.

SVP, respectez la consigne! La mère du petit Isaac prend vie par la voix de Julie McClemens, son père décédé, par la voix de Patrick Hivon… ajout tellement précieux à la lecture de ce grand roman. La création sonore des pistes à écouter est du compositeur Simon Angell (du groupe de Patrick Watson). Je vous promets… vous serez conquis!

La tragédie de Baie Déception

Baie Déception, c’est une baie en forme de cuillère à laquelle s’accrochent des montagnes, formant un manche. Cette baie fait partie du détroit d’Hudson, au nord de la péninsule d’Ungava, dans le Nord-du-Québec. Si vous voulez élargir vos notions de géo, je vous mets le lien wiki juste ici.

Le roman s’ouvre avec l’explication sombre et mystérieuse de cette fameuse tragédie de Baie Déception, où l’école remplie d’enfants fut ensevelie par les immenses vagues de la baie. Aucun n’a survécu, sauf deux enfants, selon la légende. La mère et le père d’Isaac sont ces deux survivants.

Elle, cinématographe, recherche l’autre survivant pour son documentaire sur son village natal, et tombe amoureuse. Naîtra Isaac. Son père parti trop vite pour lui voir le bout du nez, avalé par la glace pas suffisamment gelée lors d’un voyage de fou que les amoureux avaient planifié en motoneige.

L’importance de la transmission des histoires, des fables comme une identité propre à soi

Isaac ne grandit pas avec sa mère (depuis le voyage de fou), elle n’en est jamais vraiment revenue. Elle perd la mémoire, c’est à cause de sa maladie qu’elle en arrive à oublier l’existence de son fils, ou l’appel à 3 h du matin en pleurant. Elle doit tout écrire sur des papiers sinon elle oublie. Et parfois, elle doit relire celui où c’est écrit : j’ai un fils. Isaac grandit donc avec ses grands-parents.

Parce que chaque famille a sa légende, chaque nom possède une signification précieuse… Isaac, comme tout préado, cherche la sienne. Les bribes d’histoires confuses, à mi-mots, à couvert, parce qu’encore trop douloureuses, ne satisfont pas Isaac.

On devine finalement que sa mère s’est suicidée, Isaac reçoit comme seul héritage quelques boîtes qui lui appartenaient. Quelques babioles sans réels indices pour lui permettre de se construire une identité plus forte… jusqu’à ce qu’il tombe sur le journal personnel de sa mère.

Perdant la mémoire, instable psychologiquement, avec une graphie laxe, Isaac parcourt les milliers de pages du journal de sa mère lui racontant tous ces moments de vie confus et brumeux où il n’a pas pu être témoin. Plus la lecture avance, moins Isaac se porte bien. Est-ce que les émotions lues peuvent t’atteindre à ce point? Est-ce que le manque d’histoires nous définissant peut nous rendre invisibles? Le voyage intérieur et familial que fait Isaac est grand, si touchant pour le petit préado qu’il est, avec ce discours si mature déjà pour son âge.

Lorsque, volontairement, on attente à la survie d’une culture, c’est à la survie du peuple, qui par elle se définit qu’on porte atteinte. Attaquer la culture, c’est pervertir la mémoire et, du coup, menacer la place qu’occupe l’Histoire dans notre quête de vérité… 

… Entre la tradition orale et la fixité du papier s’incarneront les deux possibles qui nous gouvernent : d’un côté, un monde trop grand pour l’affronter où l’impuissance est fatalement intégrée au quotidien et, de l’autre, un monde qui demande à être repensé, changé et sondé, et où chacun peut devenir un héros, un rassembleur de porcs-épics en hiver.               

 Julie Hétu

CD d’accompagnement, mais tellement plus!

Lors de mon achat, je croyais que le CD allait être le livre en mode audio. Quelle pensée réductrice! Les pistes sont les enregistrements de la mère, certains datant de 1998, certains très récents, juste avant son suicide. On apprend beaucoup sur ses recherches pour son film, lors de son retour à Baie Déception. On comprend tellement mieux sa confusion mentale, sa panique de tout oublier, son manque de ressources et son sentiment d’impuissance.

Des témoignages touchants avec de beaux accents, certains personnages importants dans cette fable qu’Isaac désirait tellement se faire raconter. Quel cadeau d’exception que de recevoir ces informations à la place d’Isaac!

Ça devient tellement vrai, j’ai même fait la recherche pour savoir si cette tragédie était vraie. Sur la 4e de couverture, on peut lire : … dans une mise en scène d’une grande véracité, qui rappelle les adaptations littéraires d’Orson Wells à la radio… mais je n’avais pas lu la 4e de couverture jusqu’à cette mention. Je préfère croire que cette histoire existe vraiment et que le petit Isaac va grandir paisiblement.

Je ne saurais plus vous conseiller de courir vous procurer ce roman. Vous voulez écouter les suppléments audio, je vous le promets, et vivre au sein de cet univers. Vous est-il déjà arrivé d’être habité par l’univers d’un roman longtemps après la lecture?

Avez-vous déjà lu un autre livre de Julie Hétu que vous me suggérez de découvrir?