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Relire ou pas LE livre marquant de votre jeunesse?

Cela vous est-il déjà arrivé de tomber sur une œuvre dont vous ne connaissez ni l’histoire ni l’auteur, mais pour laquelle vous éprouvez au fil de la lecture un coup de foudre absolu? Dès lors, plus rien n’existe, et votre nouvelle mission consiste à tout lire ce que cet écrivain a écrit. Moi, en secondaire 3, j’ai eu ce coup de foudre pour Bernard Werber, et ça a commencé avec L’empire des anges (2000).

Je lisais dans mes temps libres, mais c’était davantage pour tuer le temps que par passion. Je n’avais pas trouvé quoi que ce soit qui me fasse vibrer ou me garde dans l’attente constante d’être libre pour pouvoir y revenir. Vous devinez: jusqu’au jour où une amie m’a prêté ce fameux livre de Werber. Je l’ai dévoré, puis tout ce qui avait été publié par lui.

Récemment, j’ai été titillée par l’idée de revisiter cette œuvre qui m’avait donné la piqûre pour la littérature. Elle a changé à jamais ma vie en me mettant sur le chemin des lettres et des réflexions philosophiques sur le monde qui nous entoure: ses lois, ses mécanismes, ses secrets et ses mensonges. Revisiter ce pilier de ma vie duquel ne découlait que de bons souvenirs, c’était risqué. Une relecture corrompue par ma vision d’universitaire pouvait possiblement éradiquer sans pitié tout ce qu’il y avait de bon dans ce livre. J’ai pris le risque.

L’empire des anges

Je n’ai pas regretté! L’ouverture m’a renversée autant que la première fois. Première page: mort du personnage principal. N’est-ce pas génial? Il ne comprend rien de ce qu’il lui arrive, et nous non plus. Mais c’est accrocheur à souhait.

Quel imaginaire habite cet auteur! Dans ce livre, il imagine cette possibilité merveilleuse où, après la mort, une âme chemine au Purgatoire pour se faire juger. L’originalité suit. Deux possibilités s’offrent à l’âme, dépendamment du score accumulé pendant la vie humaine (les actions négatives retirent des points, les bonnes en donnent): si elle n’a pas atteint le niveau suffisant, elle retourne se réincarner sur Terre, mais si elle l’a atteint, elle devient… un ange! Et qu’est-ce que ça fait, un ange? Ça se fait donner trois destinées humaines sur lesquelles veiller, tel un ange gardien, en exauçant leurs souhaits, en leur envoyant des signes ou des rêves, et en leur parlant à travers des médiums, des voyants ou même des chats! On suit alors en alternance la vie de ces humains (un Français, un Russe et une Afro-américaine) à partir de leur fécondation, ainsi que les péripéties de leur ange gardien.

Cette œuvre a plusieurs qualités, mais je vous parlerai de ce qui m’accrochait il y a plus de dix ans et le fait encore autant aujourd’hui. Avec beaucoup d’habileté, Werber crée un univers merveilleux à partir d’une quantité étonnante d’éléments de notre imaginaire collectif, et ce en évitant de tomber dans la religion ou l’ésotérisme. Bien sûr, l’héritage français-chrétien-occidental-blanc est plutôt présent au fil des pages. Néanmoins, on dénote l’intérêt de l’auteur pour d’autres cosmogonies, ainsi que son effort pour construire un paradis imaginaire à partir de diverses croyances. L’effort est là et rend la lecture intensément intéressante et stimulante.

Donc, on suit notre humain devenu ange aller aider d’autres humains pour qu’ils puissent eux-mêmes accumuler suffisamment de points afin de devenir ange à leur tour. Car, si un ange fait parvenir un humain au rang supérieur (le destin d’un humain serait déterminé par 25% de karma, 25% d’hérédité et 50% de libre arbitre, donc un ange ne peut pas tout faire pour ses «clients»), il peut lui-même alors passer au niveau supérieur. Mais, que trouve-t-on au-dessus des anges? À suivre, dans Nous les dieux! (Titre divulgâcheur! Mais honnêtement, vous n’aurez pas le choix de continuer à vous gaver de cet imaginaire, si vous avez aimé!)

L’encyclopédie du savoir absolu et relatif

Je conclus rapidement sur ce bijou unique disséminé dans le Cycle des anges et le Cycle des dieux. Il s’agit d’extraits écrits par Edmond Wells, le personnage de Werber, qui agit comme voix de l’auteur pour transmettre sa sagesse aux mortels et pour ébranler leurs croyances ou leurs assomptions qui sont a priori acquises, mais vraisemblablement construites, donc relatives. Ces extraits ajoutent un autre niveau de lecture aux péripéties que rencontrent nos personnages. Par exemple, on apprend l’existence d’une civilisation, dans l’archipel de Vanuatu, où le concept de majorité et de minorité n’existe pas. Ils prennent donc leurs décisions à condition qu’il y ait unanimité. Aussi, Wells remarque que tous les cultes anciens mettaient la femme au cœur de leur genèse. Ce n’est qu’au Moyen Âge que cette tendance a été renversée. Et je vous laisse sur cet extrait:

«POINT DE VUE :

Blague : « C’est l’histoire d’un type qui va chez son médecin. Il porte un chapeau haut de forme. Il s’assied et ôte son chapeau. Le médecin aperçoit alors une grenouille posée sur un crâne chauve. Il s’approche et constate que la grenouille est comme soudée à la peau.

– Et vous avez ça depuis longtemps? s’étonne le praticien.

C’est alors la grenouille qui répond:

– Oh vous savez, docteur, au début, ce n’était qu’une petite verrue sous le pied. »

Cette blague illustre un concept. Parfois on se trompe dans l’analyse d’un événement parce qu’on est resté figé dans le seul point de vue qui nous semble évident.» (p. 205)

Avez-vous déjà tenté l’expérience de replonger dans une oeuvre chérie datant de vos premiers balbutiements littéraires?

Fée de Eisha Marjara

La féérie du ventre

Je pense que tout le monde connaît au moins une personne dans sa vie, de près ou de loin, qui a déjà eu ou a présentement un trouble alimentaire. C’est un problème de plus en plus présent dans notre société, et pourtant, c’est l’un des problèmes dont on parle le moins. En fait, comme une amie me le faisait remarquer, c’est plus complexe que ça : on en parle de plus en plus, on prône de plus en plus l’acceptation de soi et des différents corps, mais on continue d’être bombardé(e)s de tous sens, tous côtés par des images qui ne reflètent pas ces discours. Je crois qu’il est surtout là, le problème, ou plutôt la confusion : je trouve que ça nous amène à penser que tous les corps sont beaux, sauf le mien.

« J’avais un plan, un souhait pour mon dix-huitième anniversaire. Je rêvais de laisser derrière moi les quatre murs de l’hôpital et de vivre des offrandes généreuses de l’hiver, de me nourrir de flocons de neige, de faire fondre les dernières livres qu’il me restait, puis de m’évanouir dans l’oubli. » (p. 9)

J’ai connu beaucoup de personnes dans mon entourage qui ont souffert d’anorexie et/ou de boulimie. Pour certain(e)s, ça avait été très temporaire, pour d’autre(s), ça a été plus compliqué de passer par-dessus. J’ai donc toujours été « entourée » du problème sans néanmoins arriver à le comprendre. Ces personnes n’avaient pas forcément envie d’en parler, et même si j’étais curieuse, j’étais surtout inquiète. Fée de Eisha Marjara a permis de répondre à beaucoup de mes questionnements, et m’a surtout permis une incursion dans cet univers psychologique qui est tellement, tellement différent de ce qu’on pourrait imaginer.

Une histoire de fée

Fée, c’est le récit d’une jeune femme qui vient tout juste d’avoir dix-huit ans et qui est hospitalisée, car son anorexie a poussé son corps au-delà de ses limites. D’une maigreur décharnée, Lila refuse néanmoins de reprendre du poids. Si, sur le plan narratif, il ne semble pas se passer grand-chose, sur les plans émotif et psychologique, c’est au contraire tout un rodéo! Lila nous raconte l’histoire de cette fée qui pousse dans son corps jusqu’à prendre toute la place, jusqu’à la rendre malade, mais dont elle veut assurer la survie. En associant anorexie et féérie, c’est tout un construit social qui est remis en cause notre vision de ce qui est sain ou de ce qui ne l’est pas. (Il s’agit en fait d’une excellente lecture suite à La vie en gros de Mickaël Bergeron!)

Sur l’anxiété de performance

Je crois que ce qui m’a le plus marquée de cette lecture, c’est l’anxiété de performance qui se traduit ici sous forme d’anorexie. Pour Lila, c’est une compétition : être le plus maigre possible, être LA plus maigre, point… Lorsqu’elle aperçoit pour la première fois sa nouvelle voisine de chambre, les pensées malsaines se bousculent dans sa tête :

« J’ai battu en retraite jusque dans ma chambre, la tête pleine de cette fille. Je me demandais ce qui l’amenait à la maison des fous. Était-elle une fée, comme moi? Mais cette empathie initiale s’est rapidement transformée en envie. Parce que ma voisine chétive m’avait surpassée dans la quête d’amaigrissement. À côté d’elle, mes modestes contraintes alimentaires avaient l’air d’un jeu d’enfant. Je devais en faire plus pour peser moins. » (p. 144)

Sur le coup, ça m’a choquée de lire ça. Parce que je me suis dit que c’était donc bien une compétition ridicule, de vouloir être plus maigre que sa voisine alors qu’on est déjà à l’hôpital psychiatrique exactement pour cette raison. Puis après, je me suis dit que c’était à peu près aussi con que de se rendre malade pour avoir la meilleure note de sa classe à l’école. Chose que j’ai faite, over and over, tout au long de ma scolarité. Sans savoir comment ni pourquoi, cette réalisation m’a projetée corps et âme dans le récit de Lila. Je me suis mise à comprendre profondément ses comportements. C’est ce qui rend Fée aussi marquant : il démystifie et rend accessible la compréhension de quelque chose qui nous échapperait totalement sinon. On assiste en première place au débat intérieur entre la perception qu’a Lila de son corps, et ce qu’elle croit que les autres perçoivent d’elle (et qui est, au final, juste une réflexion de sa propre perception…). Cette dichotomie, pas tant dichotomique que ça, entre le regard de soi et le regard des autres est d’ailleurs, selon moi, profondément emblématique de la majorité des problèmes d’estime dans notre société.

Choisir de vivre

Tout au long du récit, Lila refuse la vie. Elle refuse la féminité, la maturité, elle refuse l’évolution; elle refuse carrément de vivre. Ce non-désir de vivre est frappant et semble irréversible, jusqu’à l’arrivée d’Alyssa. Cette rencontre semble jump-starter (il n’y a pas d’équivalent en français pour représenter exactement cette expression) le désir de vivre chez Lila, désir qui lui sera douloureux et cher à payer. C’est un aspect que je trouve très fort et très bien exploité dans le roman, parce que la majorité d’entre nous prend le fait de vivre pour acquis. Or, il y a beaucoup de personnes pour qui choisir de vivre n’est pas forcément le choix facile, la voie privilégiée. Et le roman ne se termine pas forcément sur une note joyeuse d’happily ever after. La fin ouvre une porte vers une amélioration, une continuité : j’ai adoré le fait que le récit dénonce un problème courant, mais ne le rende pas uniquement littéraire en lui opposant une fin toute faite, fraîche et parfaite. C’est presque une non-fin, l’esquisse d’un chemin qui ne sera pas toujours facile; ce qu’il en reste, néanmoins, c’est le pouvoir de choisir dont Lila est maintenant imprégnée.

« Je ne souffre d’aucune maladie physique ni mentale. Je n’ai aucun diagnostic. Mais ma pathologie persiste. Elle me force à demeurer immuable face à mon imagination, aux prismes des sensations, à la moelle de mes émotions et au vrai monde caché entre les deux. » (p. 211)

Et vous, avez-vous des livres qui traitent de sujets délicats du genre qui vous ont permis de mieux les comprendre?

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L’histoire du vieil homme sur un banc

Il y a quelques mois, ma mère m’a offert un livre en me faisant promettre de le lire au plus vite. Fidèle à moi-même, j’ai ignoré son précieux conseil et j’ai fait à ma tête. Je vous confirme aujourd’hui que c’était une erreur de ne pas l’avoir écoutée. La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel est une petite merveille de la littérature, une œuvre qui nous semble bien ordinaire à première vue et qui s’avère être une révélation.

Monsieur Linh a vécu la guerre. Il a survécu, avec sa petite fille, à ce qu’il y a de plus cruel et de plus laid en ce monde. Ils ont réussi à fuir et à se réfugier dans un pays inconnu, aux antipodes de tout ce qu’ils connaissaient. Monsieur Linh essaie alors tant bien que mal de prendre soin de la seule famille qui lui reste en s’isolant de tout ce qui l’entoure. Cette carapace sera brisée lorsque, durant sa promenade, un homme jovial au visage triste décide d’entamer la conversation. Naît alors une douce amitié que rien ne semble arrêter, pas même la barrière de la langue.

«Monsieur Linh attend que la voix reprenne. Sans qu’il sache le sens des mots de cet homme qui est à côté de lui depuis quelques minutes, il se rend compte qu’il aime entendre sa voix, la profondeur de cette voix, sa force grave. Peut-être d’ailleurs aime-t-il entendre cette voix parce que précisément il ne peut comprendre les mots qu’elle prononce, et qu’ainsi il est sûr qu’ils ne le blesseront pas, qu’ils ne lui diront pas ce qu’il ne veut pas entendre, qu’ils ne poseront pas de questions douloureuses, qu’ils ne viendront pas dans le passé pour l’exhumer avec violence et le jeter à ses pieds comme une dépouille sanglante. Il regarde son voisin, tout en serrant l’enfant sur ses genoux.»

D’une simplicité désarmante, cette histoire prend sa force dans le vrai, qui est souvent aussi laid. Dans les apparences trompeuses qui font qu’on détourne le regard. Dans le jugement si facile que nous avons tous, malgré ce qu’on aime se faire croire. Donnons-nous le défi de parler aux inconnus – pas dans une allée sombre passé minuit, bien sûr – et d’aider ceux à qui l’on ne doit rien. Donnons-nous l’occasion d’être surpris des liens que nous sommes capables de créer avec ceux qui nous entourent, peu importe nos différences.

Je vous conseille vivement de ne pas faire comme moi: n’attendez pas une seule seconde avant de commencer ce roman! Vous ne le regretterez pas, c’est promis.

Et vous? Y a-t-il des livres qui vous donnent envie d’être plus ouverts sur le monde?

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Dans une ombre très sombre

Bien que le nom d’Adolf Hitler soit familier, celui de celle qui a été à ses côtés durant quinze ans demeure assez méconnu. Pourtant, Eva Braun a occupé une place pour le moins importante dans la vie du chancelier du troisième Reich. Les deux livres du Québécois Jean-Pierre Charland que j’ai lus, soit Un jour, mon prince viendra et Une cage dorée, relatent la vie de cette Allemande ayant côtoyé celui qui a changé l’histoire de l’Allemagne et celle du monde.

Depuis le début

Le premier tome débute avec un passage se déroulant en 1944, mais quelques pages plus tard, la chronologie reprend durant l’enfance d’Eva. Je me suis d’abord questionnée sur ce choix de l’auteur. Pourquoi parler de l’enfance de la femme, alors que c’est surtout sa vie de jeune adulte durant la montée du nazisme qui caractérise son existence? En lisant, je me suis rendu compte que ce retour en arrière était très pertinent. Il nous permet en fait de comprendre certaines choses qui ont pu mener cette jeune femme venant d’une famille banale, non politisée, à s’enticher d’un homme comme Adolf Hitler.

Eva a deux sœurs, une plus âgée et une plus jeune. Sa position dans la lignée des sœurs Braun lui donne l’impression d’être la moins importante. Son manque d’intérêt pour l’école et ses notes moyennes la placent bien loin derrière Ilse, sa sœur aînée, avec qui elle a une relation assez difficile. Lorsqu’elle se met à travailler pour Heinrich Hoffmann, celui qui deviendra le photographe officiel du Parti national-socialiste des travailleurs allemands, elle rencontre Adolf Hitler, qui aime alors se faire appeler Herr Wolf. Elle a dix-sept ans, lui, quarante. Malgré cette différence considérable, la jeune fille s’entiche de l’homme politique. Elle n’est pas tellement informée des activités de son prétendant, mais elle est certainement flattée qu’un homme plus âgé, important de surcroît, s’intéresse à une fille complexée comme elle. Au cours des années, elle gagnera une position de pouvoir évidente, qui sera finalement enviée par tous ceux qui la regardaient de haut.

«L’idée d’impressionner ces gens lui plaisait. En réalité, elle souhaitait parader devant toutes les personnes qui l’avaient vue adolescente, mauvaise élève, traînant quelques kilos en trop. Elle n’irait pas jusqu’à lancer « En avez-vous autant? », mais ce n’était pas l’envie qui lui manquait, surtout devant celles de ses camarades qui l’avaient traitée de vache stupide.»

Une cage dorée

Le deuxième tome, Une cage dorée, porte très bien son nom. Lorsque Eva accède au cercle rapproché d’Hitler, elle est confinée à une toute petite place. Le Fürher souhaitant montrer à la population allemande qu’il est «marié à l’Allemagne», impossible pour lui d’être vu en compagnie d’une femme qui n’est pas mariée. Seuls les membres très importants du Parti connaissent le réel rôle qu’occupe Eva, en théorie toujours l’assistante du photographe. Consciente qu’elle ne peut rien exiger de la part du chef de l’Allemagne, elle n’a d’autres choix que de prendre la place qui lui est concédée. Elle ment donc à ses parents pour le rejoindre lorsqu’il est disponible, passe des soirées près du téléphone pour être certaine de ne pas manquer ses appels, qui ne viennent pas toujours, et attente à sa propre vie lorsque la jalousie et le sentiment d’abandon se font trop forts.

Malgré tout le luxe auquel elle a droit en étant une proche du chancelier, Eva a un quotidien malheureux. Les vêtements, les chaussures griffées, les voyages en Italie, les après-midi de farniente près d’un lac alors que la guerre fait rage ou les repas bien arrosés ne pallient pas l’absence de celui qu’elle aime. Elle n’aura jamais pu vivre une vie de couple normale, elle n’aura jamais pu sortir de l’ombre. Bien que le couple se soit lié par le mariage la veille de leur suicide, Eva n’aura jamais pu être présentée comme Mme Hitler, malgré qu’elle l’ait ardemment souhaité.

Histoire inversée

Les romans traitant de la Deuxième Guerre mondiale mettent souvent en scène ceux qui sont perçus comme étant du «bon» côté de l’histoire. Les livres finissent par la Libération, la signature de l’Armistice ou le retour des soldats. Dans les romans de Jean-Pierre Charland, c’est plutôt l’inverse. Le début de la guerre est une série de victoires, la consécration du génie d’Hitler. Par contre, plus le récit avance, plus l’Allemagne s’enfonce. Comme les gens près du pouvoir ne manque de rien durant la guerre, ils ne vivent un grand coup dur qu’en 1945. C’est toute la guerre qui les rattrape. Cela fait en sorte que la fin du roman est très lourde, avec plusieurs trahisons chez les SS et les membres du Parti, et une vague de suicides dans le Fürherbunker.

Pour ce qui est du lien entre Eva et celui qu’elle surnomme Adie, et de leur histoire d’amour, elle est surtout bizarre au début. Il est d’abord vraiment difficile de comprendre ce qu’elle peut trouver à un homme qui pourrait facilement être son père. Mais plus le livre avance, plus on oublie qu’Hitler est un dictateur. Les horreurs perpétrées durant ce second conflit mondial ne sont mentionnées que quelques fois seulement. Mine de rien, on éprouve de la sympathie pour Eva, qui espère toujours plus d’attention de son Fürher et qui défend bec et ongles cette relation. Lorsque sa sœur Ilse remet en question certaines tactiques d’Hitler et la relation que sa sœur entretient avec lui, le point de vue d’Eva est tellement prédominant dans le livre qu’on en vient à trouver Ilse envieuse et défaitiste.

Bref, ces deux romans montrent d’abord comment l’Allemagne a pu mettre toute sa confiance en cet homme, mais surtout comment Eva Braun a choisi de se complaire dans son rôle de maîtresse confinée à vivre dans l’ombre. C’est une lecture que j’ai trouvée très instructive, car elle traite d’un aspect de la situation qui est beaucoup moins connu et discuté.

Quels autres livres montrent un pan de l’histoire d’un point de vue différent?

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La geste d’Aglaé: un conte cruel et féministe

C’est à la fin mai que le Festival BD de Montréal s’est installé au Parc Lafontaine. Comme je suis une grande amatrice du genre, j’ai bien entendu sauté sur l’occasion! J’y suis allée sans jeter un œil sur le programme, les éditeurs ou les auteurs, espérant simplement faire une belle découverte. Il n’a pas fallu très longtemps! Dès l’entrée, j’ai été interpellée par des panneaux présentant en grand format une bande dessinée ayant pour protagoniste une sorte d’enfant à tête de patate (qui était en fait le 3e volume d’une série, Les Contes du Marylène). Puis j’ai trouvé les livres, et l’autrice, Anne Simon. Une conversation, un achat et une dédicace plus tard, je n’avais qu’une hâte: me plonger dans l’univers loufoque d’Aglaé!

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Si on commençait par un petit résumé?

Pour camper son histoire, l’autrice s’est inspirée d’une chanson des Beatles, « Being for the Benefit of Mr. Kite! ». Des éléments de l’univers du cirque présents dans le livre rappellent la chanson, mais aussi plusieurs personnages y font directement référence. On suit Aglaé, océanide tragiquement tombée enceinte et reniée par son père. Lors de son errance, elle rencontre Mr. Kite, propriétaire d’un cirque au pays Marylène, où il ne fait pas bon de vivre. Le roi, Van Krantz, est en effet un tyran qui persécute son peuple et en particulier les femmes. Afin de sauver sa vie et celle de ses enfants, Aglaé se retrouve dans l’obligation d’épouser Mr. Kite, car Van Krantz a juré de tuer toutes les mères célibataires… Finalement, Aglaé donne naissance à trois filles muettes, que le tyran fait enlever, lançant Aglaé sur le sentier de la guerre! Renversant l’odieux personnage, elle devient à son tour reine du pays Marylène. Avec l’aide de Simone, sa conseillère, elle transforme alors le pays en se battant pour l’égalité des sexes.

Une fable politique et féministe

Le pays Marylène est une caricature de notre monde, où tout y est plus fantasque et fantastique, plus extrême et plus violent, mais où néanmoins perce une certaine vérité. Sous le règne de Van Krantz, les femmes doivent obligatoirement se marier et sont cantonnées à la maison avec pour seul droit celui de faire des enfants et de les élever. Ainsi, lorsque Van Krantz fait enlever les filles d’Aglaé, c’est pour qu’elles fassent la cuisine, la vaisselle et le ménage, et qu’elles puissent répondre à l’appétit sexuel du tyran. La place de la femme dans notre société est ici clairement évoquée. Et puis il y a Simone (de Beauvoir?), secrétaire personnelle du roi employée «à temps plein et gratuitement», qui rêve d’une autre vie. C’est par les différents interludes qui lui sont consacrés que le lecteur apprend l’étendue de son influence auprès d’Aglaé. Simone travaille en coulisse pour l’émancipation des femmes et la création d’une société nouvelle. Même si c’est Aglaé qui a levé le couteau, c’est Simone, beaucoup plus réfléchie qu’Aglaé et nourrie par plusieurs textes féministes, qui lance véritablement la révolution féminine.

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Aglaé, héroïne tragique

Tour à tour femme abusée, mariée de force, insatisfaite, femme toute puissante, amoureuse puis de nouveau soumise, Aglaé est à la fois une héroïne bovarienne, une Antigone sanguinaire et une Anna Karénine grandiose. Dès le début, elle l’annonce à son père: elle hait tous les hommes. Elle ira même jusqu’à déguster le roi en ragoût! Mais dans son combat pour l’indépendance, Aglaé retombera pourtant dans les mêmes travers: la soumission et la servitude amoureuse, avec un amant de pierre littéralement cloué au sol, puis la tyrannie de son fils Boris, l’enfant patate, un sale gamin qui ira jusqu’à lui enlever son nom. Aglaé ne s’appellera plus Aglaé, mais Bulle. Elle ne sera plus reine non plus: son rôle, dorénavant, ce sera de préparer des frites.

Un univers déjanté

Dans les Contes du Marylène, ce monde loufoque en noir et blanc créé par Anne Simon, absolument tout est possible. La mythologie grecque se mêle au monde du cirque et à la chanson des Beatles. Les amants sont faits de pierre, Henry the Horse est le roi de la valse, on peut enfanter un enfant tyrannique à tête de patate, etc. Un univers foisonnant, très original et surtout unique en son genre, qui rend cet ouvrage encore plus délicieux à lire. Finalement, La geste d’Aglaé c’est comme un bonbon acidulé. Sous un air de conte de fée et un univers très humoristique, on retrouve un propos contemporain et intelligent où il n’y aura pas de «et ils finirent heureux et eurent beaucoup d’enfants».

Du coup, j’ai très hâte de lire la suite! Et vous, une BD féministe un peu déjantée, ça vous tente?

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Relire une œuvre marquante pour mieux la redécouvrir: Mange, prie, aime

C’est en 2008, il y a maintenant onze ans, qu’Elizabeth Gilbert nous a offert l’inspirant récit Mange, prie, aime. À cette époque, je sortais à peine de l’université et goûtais à ma nouvelle vie «d’adulte» salariée. Au boulot, un livre circulait et faisait beaucoup jaser. Toutes mes collègues l’avaient lu, et je devais mettre la main dessus. Je me suis alors plongée dans les mots d’Elizabeth Gilbert, sans pouvoir m’arrêter. Je me souviens avoir dévoré le récit en un rien de temps. Si vous ne connaissez pas Mange, prie, aime, je vous suggère fortement de lire l’excellent article de ma consœur du Fil rouge Marion Gingras-Gagné. En gros, le livre raconte le périple de l’autrice en Italie, en Inde et en Indonésie, pour tenter de découvrir qui elle est à la suite d’un divorce éprouvant.

La légèreté de la jeunesse

Lors de ma première lecture, je m’étais surtout attardée à la portion «Italie» de l’histoire. L’autrice y décrit en détail la nourriture délicieuse qu’elle découvre et déguste, l’architecture magnifique des régions qu’elle visite ainsi que les rencontres exaltantes qu’elle fait au cours de son séjour. J’avais été charmée par l’Italie et désirais plus que tout m’y rendre un jour. Chose que je n’ai pas encore faite d’ailleurs. Je me souviens également que tout ce qui se déroulait avant son voyage, les remises en question, les crises d’anxiété, la panique, la peur, tout ça me laissait totalement indifférente. J’ai relu plusieurs fois à cette époque la section «Italie», j’y ai même collé un post-it afin de pouvoir y retourner rapidement. Du haut de ma jeune vingtaine, je souhaitais seulement lire l’aventure d’une femme qui vit pleinement sans m’embarrasser des questionnements et des insécurités qui accompagnaient son périple. Et c’était tout à fait normal à cet âge de penser ainsi.

La force tranquille de la maturité

J’ai récemment traversé une période difficile dans ma vie, et c’est ce qui m’a donné envie de me replonger dans l’univers de Mange, prie, aime. Je ne savais pas trop ce que j’allais trouver en le relisant, mais je savais que quelque chose de nouveau allait en ressortir. C’est le petit je-ne-sais-quoi dont parle aussi Marion dans son article que j’aime dans ce livre. Étonnamment, je me suis beaucoup attardée à tout ce que j’avais mis de côté plusieurs années auparavant. Il y est question de méditation et de yoga, des activités absentes de ma vie lors de ma première lecture et qui font maintenant partie de mon quotidien. Lorsque l’autrice décrit ses crises d’anxiété et de panique, je comprends tout à fait de quoi elle parle, alors qu’à l’époque de ma première lecture, je n’avais même pas conscience de faire de l’anxiété. La portion spiritualité m’a aussi beaucoup touchée. Sans être à la recherche de Dieu, je saisis mieux ce qu’Elizabeth Gilbert tente d’atteindre. La paix intérieure tout simplement.

En relisant Mange, prie, aime, il m’est apparu évident que mon point de vue et mes valeurs avaient évolué au fil des années. J’ai pu constater que j’étais plus mature, que je me connaissais mieux, que j’arrivais à voir les choses sous un nouvel angle, avec un nouveau regard. Cela m’a permis de prendre un peu de recul face à ma situation, d’observer ce qui se passe pour mieux prendre une décision et de poursuivre mon chemin dans la bonne direction. Je crois que c’est la force de la littérature: nous amener sur des voies insoupçonnées.

Et vous, y a-t-il des œuvres qui vous ont permis de prendre le pouls à différents moments de votre vie?

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Ma visite à la librairie Lello

J’ai récemment eu la chance de voyager au Portugal et, en passant par Porto, je me devais d’aller visiter la librairie Lello, vantée dans plusieurs vidéos portant sur les attraits touristiques de la ville. Ma curiosité était piquée avant même que je monte dans l’avion. En plus de son architecture sortant de l’ordinaire, ce lieu aurait été une source d’inspiration pour J. K. Rowling lorsqu’elle enseignait l’anglais au Portugal.

Un peu d’histoire

La librairie telle que nous la connaissons aujourd’hui a été inaugurée en 1906, après plusieurs années de réflexions et de labeur des frères Josè et Antonio Lello, qui souhaitaient ouvrir un commerce dédié à la vente et à l’édition de livres. L’architecte derrière la structure même du bâtiment se nomme Xavier Esteves. Il s’est assuré d’inclure les portraits des frères Lello et de plusieurs auteurs portugais renommés de l’époque dans la construction.

Ce qui en fait l’une des plus belles librairies du monde, c’est principalement son architecture. Le plafond sculpté finement, les vitraux impressionnants et surtout le majestueux escalier trônant au milieu de la pièce donnent une atmosphère unique et noble à l’endroit. On s’y sent effectivement dans un monde un peu magique: il est facile de voir ce que J. K. Rowling y a ressenti.

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Avant de visiter

Comme vous pouvez vous en douter, nombreux sont les touristes souhaitant visiter ce lieu. Depuis quelques années, dans le but de réduire l’achalandage et permettre la préservation de l’endroit, les propriétaires ont décidé d’exiger un frais d’entrée de 5 euros. Pour les intéressés, il est possible de se procurer un billet en ligne sur leur site internet, ou encore en se présentant dans une boutique au coin de la rue, à une dizaine de mètres de la librairie même. Prévoyez de faire la file pour acheter les billets et pour entrer!

Une fois à l’intérieur de la librairie, on comprend tout de suite pourquoi on exige un frais d’entrée: plusieurs personnes se prennent en photo dans l’escalier et s’en vont, sans même regarder les livres! Pour le volume de gens qui visitent les lieux, la vente des livres seule ne pourrait subvenir à l’entretien et à la préservation des lieux. Et heureusement, le prix du ticket d’entrée est déduit à la caisse si vous achetez un livre. Ils ont une sélection en anglais, en français et bien entendu en portugais! Les amateurs de littérature trouveront sans aucun doute chaussure à leur pied!

Mes impressions

Je ne vous cacherai pas que la foule dense et dynamique interfère avec la sérénité que devrait dégager un tel endroit. On peine à pouvoir faire une pause pour lire les quatrièmes de couverture, on doit s’arrêter pour laisser les gens se faire photographier dans l’escalier et nos oreilles bourdonnent à cause de tous ces touristes qui parlent mille et une langues à différents volumes. Mais je crois que ça fait partie de l’expérience et que, malgré tout, c’est un endroit à visiter au moins une fois dans sa vie si on aime les livres.

L’architecture est certainement impressionnante et il y a une section dédiée à Harry Potter, au fond de la librairie, absolument géniale. On trouve, dans cette librairie, des ouvrages sur tous les sujets et même une section de livres rares. Le prix en vaut la peine: n’hésitez pas à réserver un peu de votre temps pour visiter la librairie Lello lors d’un voyage au Portugal!

En souvenir, j’ai ramené des éditions spéciales du Petit Prince et d’Alice au pays des merveilles, produites spécifiquement pour la librairie Lello. La couverture en tissu rouge est embossée avec le nom de la librairie et un délicat motif. Le rebord des pages est doré et l’intérieur s’ouvre sur une illustration thématique. Tout simplement magnifiques!

Et vous, seriez-vous intéressés à visiter l’une des plus belles librairies du monde?

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La littérature au service de la maternité

Je suis enceinte. J’ai franchi la moitié du parcours entre le «avant» et le jour de cette rencontre, le «après» d’à jamais. Depuis, je vis dans un état latent. Je fais tout lentement. En mode «il y a si peu de temps…». Évidemment, l’acte de lire s’incruste parfaitement à cette nouvelle routine.

Contrairement à beaucoup de futures mamans, je ne me suis pas jetée dans les livres instructifs et éducatifs décortiquant chaque changement physique et psychologique que la femme enceinte est susceptible de vivre. J’ai plutôt choisi de me tourner vers les récits de femmes, de chez nous et d’ailleurs, qui ont vécu la traversée de neuf mois, parfois moins, souvent tumultueuse, pour les chanceuses seulement à l’aide d’une voile. Pour ce faire, j’ai accordé une bribe de la lenteur des premiers jours d’été au collectif Dans le ventre: Histoires d’accouchement ainsi qu’au recueil de poésie d’Anne-Marie Desmeules, Le tendon et l’os.

Bien qu’abordant la même thématique, à savoir la maternité, les deux œuvres se veulent bien différentes l’une de l’autre, d’abord dans la forme. Le collectif, réunissant notamment Anaïs Barbeau-Lavalette, Martine Delvaux et Ariane Moffatt, pour ne nommer qu’elles, se construit des expériences personnelles d’accouchement de chacune, incluant celle d’un nouveau papa, alors que le recueil d’Anne-Marie Desmeules évoque davantage les premières années de l’enfant. Une chose est certaine, la poésie est omniprésente dans les deux ouvrages. Manifestement, ils ont été écrits avec le ventre et je les ai lus avec le cœur.

«On a tiré mon corps sur la berge.

Expulsé l’eau de mes poumons, fait rebattre mon cœur. On m’a réchauffée, demandé mon nom. J’ai prononcé le sien. Il s’est avancé, blond et penaud. Je l’ai pris contre moi. J’ai touché ses cheveux, son visage, ses mains. J’ai pleuré de plus loin que moi.»

– Anne-Marie Desmeules, Le tendon et l’os.

«J’ai accouché trois fois. J’ai tout aimé. Devenir lunaire, m’enfoncer dans la terre, être puissante et friable à la fois, m’ensauvager, me délier, crier, embrasser l’enfant, goûter sa peau ferreuse, sentir son pouls contre mes seins. Tout aimé.»

-Anaïs Barbeau-Lavalette, « Naître », Dans le ventre : Histoires d’accouchement.

Or, détrompez-vous immédiatement, nous sommes loin d’être dans la beauté absolue, dans la pureté idéalisée en se plongeant entre les lignes de ces livres. Et savez-vous, je crois que c’est ce qui m’a le plus plu. On ne met pas de gants blancs, on n’omet rien ou presque. On jette aux yeux le laid et le beau comme un heureux mélange de ce qu’est la vie, l’amalgame d’un blanc taché et d’un noir charbon.

Comme l’équation des oppositions, mon être est passé par la force des dualités durant la lecture. J’ai retenu mon souffle. J’ai souri toute seule. J’ai versé une larme. Je me suis identifiée. J’ai été chamboulée, particulièrement par le recueil Le tendon et l’os. Peut-être parce que la désillusion est tangible. Les mots de la poétesse transmettent une vérité qui peut être effrayante pour une mère en devenir; celle de ne pas être à la hauteur, d’en avoir assez, de vouloir tout arrêter tandis qu’il est déjà trop tard. Impossibilité de faire marche arrière, de retourner d’où l’on vient.

«Indissociable

il a toujours besoin de moi

et ça me désespère

ces rêves auxquels je renonce

ce corps qui ne m’appartient plus

si au moins je pouvais

l’emmener avec moi

mais il me fait honte

à montrer à tout le monde

à quel point

je suis incapable»

-Anne-Marie Desmeules, Le tendon et l’os.

Dans le ventre: Histoires d’accouchement est plus nuancé, disons, de par sa collection de récits, tous authentiques, mais singuliers à la fois. Il y a autant d’accouchements qu’il y a de mères et d’enfants à qui donner à voir le monde. Tous ne sont pas réjouissants, empreints de félicité ou de terreur. Or, chacun a un point en commun: aucun n’est impeccable. Imparfait est l’adjectif pour les décrire tous. N’est-ce pas d’ailleurs ce qui en fait l’unicité?

Donner la parole aux femmes n’est pas une loi universelle encore aujourd’hui. Nancy Huston me le rappelait récemment dans Journal de la création, cité au commencement du collectif Dans le ventre d’ailleurs, alors qu’elle suit les traces des grandes écrivaines, telles que Simone de Beauvoir, Sylvia Plath et Virginia Woolf, qui ont dû se battre pour être reconnues. Il était donc plus que nécessaire, pour mon cheminement, que je lise ce qu’elles avaient à me dire, à me partager. Je me sentais le devoir de les écouter. Possiblement parce que j’incarnerais bientôt ce rôle, d’abord pour moi-même, mais aussi pour les autres. Celles qui ne connaissent pas encore la sensation d’un vrombissement de papillon dans le bedon. Celles qui hésiteront. Celles qui penseront que donner la vie est notre seule fonction. Je serai là, comme le prolongement des traces laissées par mes prédécesseures, pour marquer mon bout de chemin, pour parsemer le sol de quelques-unes de mes empreintes. Et qui sait, peut-être qu’une future petite moi, une jeune Éléonore, se mêlera à la fête aussi le moment venu.

Crédit photo : Michaël Corbeil

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Écrire ses voyages

Gilles Vigneault écrit : « Il faut bien plus que des bagages pour voyager. » En effet, il faut également ouvrir son esprit, avoir confiance et être prêt à faire une certaine introspection. Voyager, c’est décrocher du quotidien pour mieux y réfléchir. Et l’écriture est souvent la meilleure façon pour faire le point et démêler nos idées.

Récemment, je suis retombée sur les notes que j’avais compilées dans un petit cahier spirale lors de mon séjour en Floride. Quel plaisir de retrouver des moments perdus, mais aussi de retourner dans ma tête d’enfant! De rouvrir ces yeux de neuf ans impressionnés, qui n’ont gardé que de bons souvenirs. À travers les années, j’ai souvent regardé les photos de ce voyage, mais les images ne m’ont jamais ramené les émotions aussi fidèlement que la relecture de mes mots, pourtant tout simples.

Un petit carnet aux formes multiples

Hybride entre l’album souvenir et le journal intime, le carnet de voyage peut prendre plusieurs formes. Cela dépend toujours du diariste. Son format et son contenu peuvent d’ailleurs en révéler beaucoup sur la personnalité de celui qui le rédige. On y consigne nos découvertes, nos réflexions, nos émotions…

On peut décrire sa journée de façon factuelle ou plus introspective. On peut aussi composer quelques vers ou recopier un extrait de notre lecture en cours qui accompagne bien nos pérégrinations. Qu’on ait du talent ou pas, on peut dessiner des croquis. Personnellement, je préfère laisser des espaces pour coller des photos ou des petits souvenirs. Vous pouvez même partager votre journal de bord sous la forme d’un blogue ou d’un vlog.

Bref, il n’y a pas de mode d’emploi typique. On le fait comme on le sent, de la façon avec laquelle on est à l’aise. Il peut arriver que notre style d’écriture change en fonction de l’expérience. Je trouve cela très révélateur sur mon appréciation du voyage.

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Une pratique bénéfique

En trouvant mes notes d’enfance, je me suis réjouie d’avoir renoué avec cette pratique au cours des dernières années. Le premier réflexe qu’on a lorsqu’on voyage est de prendre plein de photos pour ne pas oublier les détails de toutes les nouveautés qui se présentent à nos yeux. Mais les idées qui nous traversent l’esprit s’envolent au bout de quelques jours. Les conversations qu’on échange avec les locaux et les autres touristes deviennent floues avec le temps. Les photographies nous permettent de préserver les détails de ce que l’on voit, mais les écrits immortalisent ce que l’on vit.

Du point de vue de l’écrivaine, ce carnet de voyage est une petite mine d’or dans laquelle je peux piger de temps à autre pour développer mes histoires. Que ce soit pour trouver une idée de départ ou des détails qui peuvent enrichir mon intrigue, j’aime particulièrement utiliser cette source d’inspiration. Cela contribue à rendre mes textes plus vraisemblables. Les voyages m’offrent l’occasion de me dépayser et de découvrir de nouvelles cultures. Prendre des notes au sujet de mes observations m’aide beaucoup dans mon travail.

Pour ceux qui n’ont pas le temps d’écrire régulièrement, les vacances sont un excellent moyen pour s’y mettre. On peut décider d’avance que, chaque jour, on va se réserver un moment pour consigner nos pensées. Il faut peut-être faire un effort pour s’y tenir, mais qui sait, vous pourriez continuer cette habitude après votre retour à la normale.

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Voyager, c’est faire taire les voix du quotidien pour entendre ses voix intérieures. Quand je rédige mon journal de bord, j’écris ces voix intérieures. Je me demande si je ne devrais pas étendre cet exercice dans ma vie de tous les jours. En même temps, non! Je préfère garder cette pratique exclusive aux moments de découverte.

Qu’en pensez-vous? Êtes-vous plutôt du type journal intime ou carnet de voyage?

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Agathe et son écriture de dentelle

Il est rare que je m’attarde à lire la quatrième de couverture d’un roman. D’habitude, je lis des romans qui me sont conseillés par des ami.e.s, des blogues (pour ne pas dire Le fil rouge), des podcasts ou encore, plus traditionnellement, j’aime découvrir et redécouvrir ceux qui ont fait leur place dans les classiques de la littérature. Pour Agathe, cependant, ce fut une autre histoire…

Charmée par le résumé d’Agathe

Le résumé de ce roman nouvellement paru dans la collection « Fictions du Nord » de La Peuplade m’a effectivement charmée. On y parle d’une rencontre entre deux êtres « vides » qui se « remplissent à nouveau », d’un psychanalyste au bord de la retraite et de sa nouvelle patiente « fragile comme du verre » et « à l’odeur de pomme ».

Déjà, la délicatesse de la prose et la simplicité du propos m’invitaient à plonger dans ce petit ouvrage. Bercée par le nom d’Agathe Zimmerman et les couleurs tendres de la page couverture, je me suis laissée porter dans le premier chapitre « Mathêma ».

Un roman lourd-léger

Le livre est ainsi divisé en une multitude de chapitres aux noms évocateurs de leur contenu, ce qui rend la lecture très légère puisqu’elle s’effectue en petits sauts.

Malgré tout, le propos est parfois très lourd, surtout vers la fin du roman, mais aussi dès le début, alors que notre psychanalyste est complètement exaspéré par son travail et la redondance du quotidien, et qu’il s’interroge sur la vieillesse et son avenir après le travail.

C’est à ce moment critique qu’apparaît Agathe, un peu comme un cheveu sur la soupe. Indésirable : elle représente la patiente de trop pour le protagoniste qui souhaite simplement en finir avec son boulot. De fil en aiguille, toutefois, l’authenticité d’Agathe et sa réelle détresse psychologique désarment le psychanalyste.

Commence alors ce qui, pour moi, fut le plus intéressant dans ce roman : la mise en perspective des petites et grandes « choses » de la vie.

Le psychanalyste routinier devient plus spontané, plus émerveillé, plus curieux et déstabilisant. Agathe est un prétexte, sans être un faire-valoir du personnage principal puisqu’elle possède une véritable complexité, pour ouvrir le personnage principal à de nouveaux horizons.

Un livre de ressenti

Flirtant avec le cliché du psychanalyste qui tombe amoureux de sa patiente, Anne Cathrine Bomann sait éveiller les sens par son écriture envoûtante. La toile de fond est un quartier européen des années 1950-1960, devine-t-on, mais le tout demeure très flou. Au final, ça n’a pas vraiment d’importance : le livre est dans le ressenti.

Les larmes me sont montées aux yeux à certains moments phares du roman et de véritables questions tirées directement des dialogues du roman sont demeurées en moi. Ça m’est arrivé si peu de fois que je peux compter ces moments précieux sur les doigts d’une main.

Une écriture en dentelle

À plusieurs reprises, le psychanalyste se sent inadéquat dans son travail; le syndrome de l’imposteur n’est jamais bien loin de cet homme qui accumule pourtant un demi-siècle de pratique. Devant la peine sincère de ses patients, il ne sait pas comment réagir. Cela rend le personnage très attendrissant et nous interpelle en tant que lecteur.ice, devant son désarroi.

« Le mouchoir chiffonné qu’il avait jeté sur la table avant de partir se déplia lentement. Je suivis des yeux le mouvement  pendant que les minutes passaient et, pour une raison ou une autre, je fus incapable de m’arracher à l’instant. Même lorsque le mouchoir s’immobilisa, tel un nénuphar solitaire sur la surface d’acajou lisse, je demeurai assis. »  

Pour son premier roman, Anne Cathrine Bomann a visé juste! Sans être un incontournable, je considère Agathe comme une petite douceur de soi à soi. Son écriture en dentelle m’a fait du bien. Agathe est un temps qu’on accorde à des thèmes importants comme la vieillesse, la mort, la patience, la routine, tout en le faisant à travers des personnages attendrissants, profonds et même pathétiques, par moment!

Préparez-vous, le livre sort le 26 août! Le fil rouge tient d’ailleurs à remercier les éditions La Peuplade pour le service de presse.

Et vous, quelle est votre plus récente découverte littéraire?