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L’Inde littéraire (1re partie) : Shantaram

En faisant mon sac à dos pour partir en Inde, il était évident que le roman Shantaram de Gregory David Roberts devait me suivre jusqu’au sous-continent indien. Percevant ce livre comme un laissez-passer, j’avais l’impression qu’il m’aiderait à me forger au contact des multiples réalités de ce vaste pays. L’envie de lire ce roman était née grâce aux mots des autres, au fil des conversations où l’on s’évade et se promet d’aller un jour en Inde (ces moments ont lieu généralement très tard quand les bouteilles s’empilent…)

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En Inde, le dieu Ganesha est peint sur les murs des nouveaux mariés. On dit qu’il porte chance aux débuts. (Photo prise à Jaisalmer, Rajasthan)

C’est donc là-bas que j’ai entamé ma lecture, faisant résonner les mots de l’auteur avec ce que je voyais. Récit d’aventure, un genre qui convient parfaitement à l’effervescence et au mouvement constant du pays, Shantaram oscille entre la fiction et les mémoires du romancier. Dans cette brique de quelque 900 pages, c’est d’abord l’histoire de l’exil dont il est question, celle où le protagoniste, Lin, apprend à ses dépens que la fuite n’est qu’une autre prison au périmètre élargi. À la suite de son évasion d’une prison australienne, c’est l’Inde qu’il décide d’élire comme nouveau domicile : parce qu’il est vaste, mais aussi parce que son caractère chaotique fait de lui une cachette idéale.

Dans ce quotidien à Bombay, la violence ressurgit constamment. Elle s’immisce tout au long de l’histoire, indissociable de Lin et de l’Inde. Ainsi, l’auteur cerne les tensions inhérentes au pays : politiques, religieuses, ou simplement ordinaires. À travers l’omniprésence d’un climat hostile, mais aussi de la surprise et de la beauté, Shantaram réussit le tour de force que l’Inde réussissait chaque jour où j’y étais : me rendre triste et heureuse, le tout bien entremêlé afin que je sois incapable de distinguer les deux.

Et c’est pourquoi, à mon avis, il est si difficile de parler du sous-continent indien. Je serais tentée de faire de grandes affirmations, mais je sais très bien que le contraire de celles-ci serait également vrai. Devant cette fresque humaine, le voyageur, qui s’improvise narrateur l’espace d’une visite, est piégé. Comment parler de l’Inde avec justesse?

C’est pourtant ce que réussit Gregory David Roberts à travers le regard de Lin sur le pays. Il y a vécu le meilleur et le pire. Du bidonville où il était médecin à son intégration dans la mafia de Bombay. D’une certaine façon, le protagoniste de Shantaram incarne toutes ces vies que le lecteur ne vivra pas, que je ne vivrai pas. À travers les expériences de Lin, des pans invisibles de l’Inde se dévoilent, ils sont impossibles à déceler pour celui qui ne fait que passer. Et il y a aussi tous ces personnages (Prabaker, Karla, Kadher), presque trop humains pour avoir été inventés de toutes pièces. Ils représentent tous l’Inde à leur façon. Ils sont ceux dont on s’ennuie en refermant le livre.

En un sens, avec ses multiples visages et nombreuses rencontres, Lin déjoue les attentes et fait surgir la joie et le dépit là où on ne les attend pas. Fable sur les choix, Shantaram traite de la complexité qui réside en chaque être, celle qui fait en sorte qu’on ne devrait jamais tenter de figer l’autre. En empruntant des chemins aussi divers que connectés, le protagoniste échappe à sa déshumanisation aussi bien qu’à sa glorification.

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La nuit, dans les gares indiennes, ce sont des centaines de gens qui dorment sur les quais. Et comme vous le voyez, les vaches aussi ont droit à leur repos (Photo prise à Khajuraho, Madhya Pradesh).

Mais cette impossibilité de catégoriser le personnage me semble également valable pour le pays en soi. Plusieurs vous diront que l’Inde est effrayante, qu’il vaudrait mieux ne jamais y mettre les pieds. D’autres se mentiront en l’idéalisant, omettant des facteurs tels que la pollution, la surpopulation et la pauvreté extrême, qui sont aussi véridiques que la beauté des paysages et des couleurs.

Mais moi, j’ai envie de vous dire d’y aller. Que ce n’est ni l’un, ni l’autre. Que c’est un mélange des deux. Que c’est plus compliqué, que l’Inde est irréductible à ces phrases toutes faites. Peut-être que vous reviendrez au pays et voudrez me contredire. Tant mieux. Nous pourrons ainsi continuer cet immense dialogue sur le sous-continent indien. Celui qui ne laisse personne indifférent.


Gregory David Roberts, Shantaram, Flammarion, 2007.

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Le coin lecture des fileuses

Un fauteuil, un parc, les transports en commun, peu importe où l’on se trouve, la lecture y a sa place! Qu’il soit réconfortant, ou simplement parce qu’on s’y adonne par hasard, le coin lecture est salvateur et nous inspire!

Curieuse de savoir où les fileuses aimaient s’installer pour lire, j’ai lancé l’appel à mes collègues dans notre groupe secret pour me parler un peu plus de leur repaire et de la raison qui les pousse à s’y installer pour se perdre dans les livres:

Roxanne

Mon spot favori, c’est cette place de métro bien précise. Comme le siège est individuel et fermé sur le côté, j’ai l’impression que les gens entrent moins dans ma bulle, je suis enfin seule dans cette heure de pointe inévitable. Certains disent que le bruit les dérange, mais il faut dire que lorsque j’étais enfant je m’endormais instantanément dès que j’étais à bord d’un moyen de transport, j’imagine donc que c’est un son réconfortant pour mon subconscient.

Fanie

Il se trouve aux Îles-de-la-Madeleine, au deuxième étage de la maison de mes ancêtres. J’entends le vent siffler à la fenêtre. À la tombée du jour, le soleil se couche dans la fenêtre face au fauteuil et la pièce s’illumine. Lorsque je séjourne plus longtemps aux Îles, comme en ce moment, j’improvise ma petite bibliothèque de voyage, et c’est la joie.

Marjorie R.

Dans mon salon, il y a ce gros fauteuil beige que ma coloc a déniché sur Kijiji. Il est loin d’être original, mais il tellement confortable. Je peux m’y lover des heures durant, avec une couverture tout aussi confortable et un bon livre. On s’entend pour dire qu’il sert à tout, pour passer la soirée à jaser ou à écouter un film, mais je suis convaincue qu’il est encore plus confortable quand vient le temps d’y lire un livre.  Lorsqu’il est pris, je me résous à lire dans mon lit, trop confortable peut-être, parce que je finis toujours par m’endormir, matin et soir.

Clara

J’arrive à totalement me plonger dans un livre, peu importe où je me trouve, au grand désespoir de mes profs du primaire . Mais à choisir un coin de lecture parfait, j’élis mon «bout» de sofa chez moi. Bien enroulée dans une couverture de laine, à côté de la fenêtre qui est ouverte pour entendre le bruissement des feuilles dans le vent et pour me permettre de rêvasser, les yeux ailleurs entre les chapitres, de préférence tôt le matin avec un café ou un thé chaud à portée de main, voilà ce que ça me prend pour être en harmonie parfaite, parfaite, parfaite avec mon livre.

Raphaëlle

Je n’ai pas de coin favori; je lis n’importe où et tout le temps, héhé! Peu importe le moment ou le lieu, pourvu que j’en aie envie!

De mon côté (Marjorie B.), c’est dans mon lit. Ça a toujours été comme ça. Que ce soit le matin, le soir avant de dormir ou le dimanche après-midi, c’est ce petit coin tranquille, près de la fenêtre qui m’interpelle et qui participe à ma rêverie!

Alors, pas besoin que le coin lecture semble tout droit sorti d’un film (ou d’un roman) pour s’y sentir à l’aise et s’immerger entièrement dans un bouquin. Il faut simplement s’y sentir bien! Et vous, où lisez-vous?

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Correspondance chinoise à trois

Il existe des peines et des joies à vivre en colocation. Celle que je vis présentement avec quatre formidables humains amène un plus grand lot de joies que de peines. Parmi ces joies vient celle de partager nos piles de livres qui vivent un peu partout dans la grande maison.

Ce matin, au lendemain d’une épluchette de maïs, avec le temps qui était à la pluie, je me sentais l’envie d’errer en traînant les pieds sur le tapis du salon et de parcourir les titres de tous ces livres qui font un peu partie de ces gens avec qui j’habite. Tous les livres que nous avons lus ou que nous désirons lire, même, laissent leurs traces en nous et nous construisent un peu. Entrer dans la bibliothèque d’un autre, c’est un peu ouvrir la porte de son âme, à plus ou moins petite échelle et selon les gens et les genres littéraires.

Les livres sont là, offerts, prêts à être empruntés, à être lus, à être partagés. Depuis que les heures diminuent à la galerie, depuis que j’ai de nouveau eu le coup de foudre pour un livre, Auprès de moi toujours, qui m’a redonné goût à la lecture, je suis avide de lire partout et en tout temps. Je suis disponible et je veux tout lire, lire le plus possible, me plonger et être habitée encore et encore par des histoires et vivre des émotions nouvelles et pleurer et rire et me sentir bien et mal aussi.

Et même si, il faut le dire, j’ai déjà une immense collection de non lus, j’ai le goût de risquer et de découvrir des titres que je ne possède pas encore ou que je ne possèderai peut-être jamais.

*

Je partageais avec ma colocataire (nous sommes deux filles et trois garçons) mon bonheur d’être autant tenue en haleine par le roman de Kazuo Ishiguro. Je disais aussi que l’écriture orientale sciait parfaitement bien avec l’état dans lequel je voulais être. Ce besoin de lenteur, encore, et de contemplation, de prendre des détours, de mystères et de non-dits quelque peu planants. C’est au même moment qu’elle a déposé devant moi Les lettres chinoises de Ying Chen, un tout petit roman publié dans la collection Babel de Leméac. J’avais donc très hâte d’y plonger. Surtout lorsqu’elle m’a dit qu’il ne se passait pas grand-chose dans l’histoire. C’est exactement ce que je cherche.

*

Les lettres chinoises, comme l’annonce le titre, est un roman épistolaire entre trois jeunes Chinois, Sassa, son amoureux Yuan et leur amie Da Li. Yuan émigre à Montréal le premier, suivi de très près par Da Li. Sassa est quant à elle toujours à Shanghai. Elle s’enfonce dans une tristesse du corps et de l’esprit à force d’être séparée de son amoureux. Yuan essaie de la convaincre du bonheur que lui procure sa nouvelle vie, dans ce nouveau pays, dans cette nouvelle ville. Da Li poursuit en quelque sorte sa vie à Shanghai, mais à Montréal. L’une ne souhaite peut-être que rester dans la tradition et dans la crainte du changement. L’autre savoure l’exil. Et la troisième ne sait pas comment faire le pas entre ce qu’elle était et ce qu’elle pourrait devenir.

Il ne se passe pas grand-chose, certes, mais rien ne m’empêche d’être saisie complètement par le cœur lorsque je deviens par moment Sassa, puis Yuan ou encore Da Li et que je me pose, avec eux, de grandes questions sur les tournures du monde et les choix difficiles auxquels sont continuellement confrontés tous humains sensibles en quête de vivre pleinement.

14331747_795942617215375_120968471_nPour moi qui ai toujours eu un grand plaisir à poursuivre une ou plusieurs correspondances avec des ami(e)s, il est intéressant de lire un roman construit de cette façon. Qui plus est, le thème de l’exil m’a toujours rejointe. Il n’est pas nécessaire de s’exiler très loin de son lieu d’origine pour se sentir étranger, alors que certaines personnes vont jusqu’au bout du monde pour essayer de rejoindre une infime partie de ce qu’ils pensent ou savent être profondément.

Il n’est pas plus facile de quitter son pays que d’y rester. […] On vit dans une époque d’exil. Le mal du pays est devenu le mal du siècle. D’ailleurs a-t-on jamais connu un siècle sans exil? On vagabonde sans cesse d’un endroit à l’autre. Et on va de plus en plus loin. On parle plusieurs langues, moins pour s’enrichir que pour s’effacer. On veut disparaître. – Sassa

J’admire ces oiseaux qui voyagent à travers l’espace et le temps, construisant partout leurs nids pour chanter leurs chansons. Pour s’envoler, il faut qu’ils sachent se déposséder, surtout de leur origine. Ils ne considèrent pas leurs nids comme leur propriété ni comme leur raison d’être. Voilà pourquoi ils ne connaissent pas la nostalgie ni n’éprouvent de rancune à l’endroit de leur nouveau pays. Au fond, ils n’ont pas de pays, puisque leur cœur simple ne connaît pas les frontières. Et ils sont heureux. – Yuan

En me coupant d’une racine, je risque d’en acquérir une autre. Or, je n’aime pas les racines. Je les trouve les unes comme les autres laides, têtues, à l’origine des préjugés, coupables de conflits douloureux, destructeurs et vains. – Da Li

*

T’es-tu déjà sentie à ta place quelque part, comme si pour la toute première fois, tu te trouvais exactement au bon endroit, au bon moment?

Et comment l’as-tu su?

L’endroit où tu es, dans le sens d’être entier, dépend-il de ton état d’esprit du moment, des gens qui t’entourent, des lieux eux-mêmes ou de leur influence sur toi?

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La vie, immense vie, n’existe en réalité que dans l’amour, l’amitié, les départs, les questions et les multiples incertitudes à travers quelques valeurs et convictions personnelles. C’est dans tout ça que nous existons totalement, à chaque instant.

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L’enfant mascara : un coup droit au coeur

C’est avec Javotte que j’ai découvert l’univers de Simon Boulerice et rapidement j’ai réalisé que je rentrais dans un imaginaire et un univers hors du commun. C’est aussi rassurant de savoir que des livres de Simon Boulerice, il y en a! Son oeuvre est plus qu’impressionnante et il ne s’arrête pas. Albums jeunesse, romans pour adolescents, pour adulte, il a le talent d’écrire de tout. Vous l’aurez deviné, Simon Boulerice, je l’aime.

Quand j’ai mis la main sur L’enfant mascara, déjà je savais que je rentrais dans une oeuvre qui ne me laisserait pas sortir indemne. Inspiré d’un drame qui s’est produit en Californie en 2008, ce nouveau roman pour adolescent raconte l’histoire horrible de Larry/Leticia qui, après avoir demandé à un garçon s’il voulait être son valentin, s’est fait tué dans son école secondaire par celui-ci. Un histoire où l’homophobie, la transphobie, la haine et la pauvreté sont présents et serrent le coeur tout au long.

Je n’ai pas pu faire autrement que de dévorer ce livre parce qu’il m’a habitée comme jamais. Je me suis liée d’une très forte sympathie pour le personnage principal Larry/Leticia. Dès les premières pages, on connait son tragique destin et ainsi, au fil des pages, on découvre de quelle façon ce jeune garçon a perdu la vie, toujours le coeur un peu serré de savoir le dénouement.

Larry voulait être une femme, Leticia. Il le disait qu’il ne se sentait pas garçon et dans les derniers instants de vie, il s’acceptait entièrement. Il osait s’habiller, se maquiller et se présenter comme son coeur le voulait vraiment. Ça m’a jetée par terre de lire le courage, l’estime qui vivait dans ce corps-là. J’étais plus que fière et émue de voir cette réalisation qui vient parfois si tard, parfois jamais dans une vie, de s’écouter et d’être juste soi. D’un autre côté, la haine qui habite le personnage de Brandon, l’objet de tous les désirs de Larry/Leticia, est troublante. L’homophobie qui l’habite me répugne et je ne pouvais pas faire autrement que de ne pas y croire. Ces gestes d’une si grande violence sont difficiles à saisir, à relativer et parfois les mots ne suffisent tout simplement pas pour comprendre le drame.

J’espère que ce roman, comme beaucoup d’autres de Boulerice- je pense à Jeanne Moreau a le sourire en envers– viendront créer des discussions dans les écoles secondaires. Il faut parler avec les jeunes d’homosexualité, de transexualité, d’amour, de désir, de respect des autres et d’acceptation de soi. Jamais avec des gants blancs et toujours facile d’approche, ses romans viennent créer des discussions qui sont nécessaires.

Élévé par une famille d’accueil, Larry/Leticia est confronté à la violence, à l’alcoolisme, à la pauvreté dès son plus jeune âge. Nourri à coup de plat Michelinas, son enfance n’a pas été de tout repos, loin de là. Cette détresse familiale s’ajoute à la longue liste des injustices, des drames et des douleurs qu’a vécus ce jeune adolescent qui au fond, voulait juste tout simplement aimer. C’est ça qui brise le coeur derrière tout ça, ce désir si profond qui parcourt les pages d’être tout simplement aimé en retour.

L’écriture de Boulerice, entièrement ancrée dans son époque, crée tout le réalisme derrière ses personnages. Que ce soit par ses références à la culture populaire (Allo Beyoncé et Céline!), par sa façon d’écrire les dialogues ou par sa narration des plus authentiques, on y croit entièrement. J’ai souvent de la difficulté à lire des romans pour adolescents, parce que je sens que l’adulte derrière son clavier essaie trop de plaire aux ados. Dans ce cas-ci, c’est tout le contraire. Et fort heureusement.


Le fil rouge tient à remercier les éditions Leméac pour le service de presse.

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Lire, maintenant une affaire de Web

Peut-être le savez-vous déjà, peut-être pas, l’émission Lire sera maintenant diffusée non plus sur nos télévisions, mais sur nos écrans d’ordinateur. ARTV a malheureusement tiré la prise sur cette émission il y a quelques mois. Claudia Larochelle, l’animatrice, fut elle-même surprise de la décision, affirmant par contre qu’elle trouverait bien vite une autre façon de diffuser ce projet visant à promouvoir la littérature, quitte à le faire seule. Chose dite chose faite, Lire trouvera bientôt sa niche sur le Web.

Bientôt, c’est quand? C’est le 3 octobre qu’aura lieu la première émission en format webmagazine.

La littérature et la télévision

Déjà que les émissions de littérature à la télévision sont moindres, pour ne pas dire quasi inexistantes, la perte de Lire fut une onde de choc dans le milieu. Évoquant de prévisibles coupes budgétaires, ARTV a mis fin à l’émission qui proposait critiques et suggestions de livres, entrevues d’auteurs et rencontres d’artistes tournant toujours autour de la littérature. Alors que le futur des livres sur nos télévisions est chambranlant, peut-être que, bien que malgré lui, Lire se découvrira un second souffle sur le Web.

Les possibilités du Web

On le sait, les booktubes ont la cote. On le sait aussi, le Web coûte moins cher à produire que la télé. Ces deux facteurs ne peuvent qu’être favorables au nouveau webmagazine que préparent Claudia Larochelle et son équipe.

D’emblée, Lire est bien présent sur le Web, que ce soit sur Instagram où leur mot clic #liretv est l’un des plus utilisés sur les photos de livres, sur leur page Facebook où ils relaient toujours des articles intéressants ou bien sur leur site Web avec un club de lecture en ligne bien actif. En ce sens, peut-être est-ce seulement l’évolution naturelle, quoique forcée, de retrouver l’émission en format Web?

Bien que ce soit une perte pour les ondes, de plus en plus de gens choisissent le Web plutôt que la télévision, il y a clairement un potentiel de gens à rejoindre, en plus des gens qui suivent déjà Lire sur le Web. Je suis convaincue qu’ils iront chercher un nouveau public, tout en gardant ceux qui écoutaient déjà l’émission via lire.artv.ca.

J’ai bien hâte de voir ce que ce format apportera à l’émission. Je n’ai que de bonnes attentes envers ce webmagazine et je suis sûre qu’il les surpassera.

Sur ce, on se retrouve sur leur plateforme Web pour en savoir plus dès le 3 octobre.

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Mon amour pour Anna Karénine

J’ai découvert Anna Karénine au secondaire en écoutant une série télé où une citation de l’auteur y était mentionnée, mais quand j’ai vu cette grosse brique de littérature russe trainer sur l’étagère de la librairie, j’ai vite perdu espoir en me disant : « Quand je serai plus grande. » Et bien je suis plus grande maintenant, et malgré que j’aie terminé cette lecture il y a plus d’un an, ce livre m’a marquée à un tel point que tout est encore clair dans ma tête. C’est probablement l’un des meilleurs livres que j’ai lus de toute ma vie, et c’est à ce moment que mon amour pour Tolstoï a commencé.

L’histoire de Tolstoï est habilement construite dans ce roman. Malgré le titre qui porte le même nom que la protagoniste principale, on pénètre l’univers de trois couples de la haute société de Petersburg : Kitty et Lévine, Daria et Oblonski et finalement Anna, Alexis et Vronski. Les trois histoires se partagent parallèlement les 858 pages, si bien qu’il est difficile de passer d’une histoire à l’autre par contrainte de ne pas connaître la suite avant quelques centaines de pages.

On s’engouffre donc dans une première histoire, celle d’Anna qui, par un simple voyage familial, croise le jeune officier Vronski à la gare. C’est une passion qui nait immédiatement et bien qu’elle tente de la combattre en restant fidèle à son mari et en se consacrant sur l’amour qu’elle porte pour son fils Serge, ses sentiments ne restent pas ignorés pour très longtemps, au point de plonger dans un pénible triangle amoureux où la remise en question et l’éveil des passions sont constamment présents chez Anna Karénine. C’est dans une Russie où le paraître est toujours au premier plan dans la haute société qu’Anna semble avancer entre condamnation et admiration.

Je t’aime, et t’ai toujours aimé quand on aime ainsi une personne, on l’aime telle qu’elle est et non telle qu’on la voudrait.

Deuxièmement, l’histoire de Kitty et Lénine relate une union tumultueuse; Kitty a 18 ans et fait son entrée dans la société, elle pense éprouver de l’amour pour Vronski qui préfère Anna, pendant que Lénine s’offre complètement à Kitty. Le roman bâtit lentement, mais sûrement leur liaison qu’on prend plaisir à lire et à suivre.

Troisièmement, Daria et Oblonski (le frère d’Anna) partagent une longue histoire et ont déjà créé ensemble une grande famille, ils sont immensément respectés dans la société, mais ils semblent avoir atteint un moment calamiteux dans leur relation dû à l’infidélité d’Oblonski et à l’indécision de Daria en rapport à cette situation. On assiste donc comme témoin aux malheurs d’un couple qui tente bien que mal de réussir ce qui semble l’impossible dans leur cas.

Je crois que s’il y a autant d’opinions que de têtes, il y a aussi autant de façons d’aimer qu’il y a de cœurs.

Finalement, l’écriture de Tolstoï est si belle, il utilise un vocabulaire très riche, et des métaphores très enrichissantes, c’est un vrai plaisir de le lire. Mon livre est finalement tellement magané, il affiche tout le vécu; il me suivait partout et ça m’a pris du temps de le lire, mais ça a toujours été un grand plaisir du début à la fin. C’est une très bonne introduction à la littérature russe, comme je le mentionne dans un précédent article et un ouvrage tout simplement séduisant.

Milk and Honey : juste du beau

C’est Véronique Grenier (auteure d’Hiroshimoi, notamment!) qui m’a fait découvrir le recueil de poésie Milk and Honey, écrit par la Torontoise Rupi Kaur, lors du lancement Le Fil rouge X Arsenal. Elle en parlait comme étant une œuvre sensible, féministe et qui fait du bien. Il ne m’en fallait pas plus pour me le procurer, et en écrire une impression que je vous partage à l’instant!

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À droite, des mots magnifiques, à gauche, de fortes illustrations qui font écho au texte de l’autre côté. Bien plus qu’un simple recueil de poésie, Rupi Kaur nous offre une profonde réflexion sur le féminisme, la diversité corporelle, l’amour, la sexualité et la rupture. C’est vraiment facile de s’identifier à ses textes, puisqu’ils sont à la fois simples, directs et épurés. Ne pas oublier que simplicité n’égale pas toujours facilité (et ceux qui écrivent savent que c’est tout le contraire!) : il y a des jeux d’images très intéressants qui imprègnent rapidement notre imaginaire. Voici un bon exemple de toute la force des écrits de l’auteure :

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Vous l’avez remarqué, le recueil est en anglais. Milk and Honey est en fait (outre les ouvrages théoriques que je consulte dans le cadre de mes études) le premier livre anglophone que j’ai lu intégralement. Bien sûr, j’encourage quotidiennement les œuvres francophones – surtout celles québécoises -, mais je ne trouve pas qu’il est mal de se déplumer le cerveau un peu, et de plonger dans quelque chose de différent. Et pis hey, il est tout de même question d’une auteure canadienne, héhéhé.

C’est le genre de recueil qui secoue beaucoup par en dedans. Je me suis remise en question grâce à celui-ci. C’est comme si un petit filtre s’était enlevé de mes yeux et qu’après ma lecture, j’étais plus apte à effleurer l’intériorité des gens qui m’entourent. Maintenant, je m’arrête un peu plus longtemps sur ce que je ressens, et je m’en veux un peu moins. Je vais assurément partager ce recueil au plus grand nombre de gens possible, et si vous voulez vous faire du bien, vous savez maintenant quoi lire.

Nous sommes tous l’histoire d’une autre personne

Cela est arrivé

Par une nuit orageuse, dans le doute et les détours du souffle

Cela est survenu

Dans la crainte de la folie

Avec la peur du vent et de l’imparfait

 

Le temps s’était mis en marche

Avec sa fâcheuse habitude de tout mesurer

Paul-Émile Saulnier, Petits paquets de nuit, Collection à la cantonade

Ça vous est tous déjà arrivé d’apprendre à connaître une personne, jusque dans ses recoins les plus intimes, mais sans même l’avoir déjà croisée ou, si oui, très furtivement. Connaître quelqu’un dans l’image et les propos d’un autre. Connaître quelqu’un, mais en fragments, une personne racontée, comme une histoire par une autre personne, celle-là marquée, positivement ou négativement. Apprendre à connaître une personne dans son passé, dans celui qu’elle partageait avec celui ou celle qui raconte. On relit alors des points interceptés un peu au hasard et on crée une sorte de constellation sans reliures entre les points.

Je vais vous raconter une petite histoire comme celle-là qui m’a suivie une longue partie de ma vie. J’y ai repensé il y a peu de temps en fouillant dans l’une de mes bibliothèques de livres qui dorment toujours chez mes parents (en attendant d’avoir un chez moi un peu plus… définitif, disons).

Je suis retombée sur un recueil de poésie qu’une amie m’avait offert pour Noël 2006. Il y a déjà près d’une dizaine d’années de cela et c’est aujourd’hui que ce livre et moi nous avons rendez-vous.

Mais je n’entrerai pas ici au cœur du livre, je parlerai davantage de l’histoire qui l’entoure. C’est un peu comme mon amour pour le café et pour tout ce qui entoure cette boisson douce et amère, les lieux, les échanges, les tasses, les cafetières, les sortes de grains, etc.; pour moi, le livre existe pour ce qu’il dit, mais aussi pour son auteur, pour les rencontres qu’il crée et pour son rayonnement comme objet et en dehors aussi.

L’auteur, qui est-il et comment a-t-il doucement marqué ma vie, sans la chambouler, mais seulement comme ça, parce que pour mon histoire, pour la sienne et pour celle des gens qui l’ont croisé et qui le côtoient toujours, ça vaut la peine d’en parler et de laisser une toute petite trace brillante, lumineuse et sage.

Son nom : Paul-Émile Saulnier.

J’ai souvent cloué mes idées au mur

Des petits morceaux de vie

Des petits riens insaisissables

D’une vie abstraite

Peut-être certains l’ont-ils connu comme professeur d’art au Cégep de Rimouski, d’autres pour ses réalisations visuelles ou encore pour sa poésie, ses Petits paquets de nuit.

Pour ma part, je suis née et j’ai grandi en entendant son nom mille et une fois briller de la bouche de ma mère. Maman a étudié en arts au cégep avant de poursuivre à l’université et de finalement choisir de partager sa passion en devenant enseignante. Elle l’est toujours d’ailleurs, passionnée et enseignante. Je crois que grâce à elle, plusieurs jeunes, dont certains sont devenus grands et parents, ont découvert qu’ils avaient eux aussi la capacité de ressentir quelque chose face à une œuvre d’art. Quand un enseignant réussit à transmettre sa passion, je crois qu’il parvient à quelque chose d’essentiel, à la fois comme humain et comme passeur de connaissances. Et c’est probablement ce qui s’est passé avec Paul-Émile. Je ne pourrais dire exactement les cours qu’il a offerts à l’époque où maman l’a eu comme enseignant, ni ce qu’il lui a dit pour la marquer, mais toute mon enfance, j’ai entendu parler de ce Paul-Émile et bien sûr, lorsqu’il a été temps pour moi d’entrer au Cégep de Rimouski, je priais pour qu’il soit aussi mon enseignant.

Mais je n’ai pas eu cette chance.

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Derrière le cégep, à l’époque, on travaillait à construire ou à agrandir l’école de musique. Mais quel malheur, durant la période des travaux, l’endroit est passé au feu deux fois, heureusement sans tout détruire les deux fois. La boucane montait dans le ciel et je me trouvais, je ne sais plus exactement pour quelle raison, dans un passage, où je ne me rendais pas très souvent, aux hauts murs blancs, de cette école labyrinthique. Je me suis arrêtée à la fenêtre pour regarder et Paul-Émile a fait la même chose. Peut-être que je m’étais arrêtée là, en le voyant, justement pour provoquer un moment de partage avec lui, je ne suis plus certaine. Mais il était là, avec son énergie. Un peu de celle que j’avais créée autour de sa personne, un peu beaucoup de celle qu’il dégageait déjà en tant qu’artiste habité d’une forte tranquillité.

Je ne sais même plus ce que l’on s’est dit. On ne s’est pas beaucoup parlé. Et le silence était habité entièrement par la présence et par l’instant. C’était un échange qui se passait au-delà de tout. Peut-être est-ce que je le magnifiais, mais si vous entendiez d’autres personnes parler de lui, je crois qu’elles diraient d’aussi belles choses. Je me sentais, à ce moment-là, tout simplement privilégiée de partager un moment avec cet homme aux cheveux en bataille tous blancs, qui avaient déjà plusieurs vies d’avance sur moi.

Je me souviens d’avoir ressenti, à ce moment-là, toute la force d’énergie et de sensibilité, de sagesse et d’humanité qui traversait cet homme. Et si j’en parle aujourd’hui, plusieurs années plus tard, c’est que quelque part, c’est toujours présent et que ça continue de m’habiter et de me faire grandir.

Le rayonnement d’une personne, peut-être qu’on oublie, la plupart du temps, plongé dans le superficiel, de se laisser percuter positivement par la seule présence des gens.

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C’était l’automne, j’étais dehors aux alentours du cégep avec mon amie (celle qui m’a offert le recueil de poésie) et on faisait de la photo (mon amie à de multiples talents, dont celui d’être une excellente photographe), quand on a vu Paul-Émile sortir dehors, s’assoir sur une marche de béton et ouvrir un livre. Il attendait probablement qu’on vienne le prendre ou alors il prenait l’air. Je l’ai trouvé si beau. Pas d’une beauté alliée au désir, mais d’une beauté presque intemporelle, artistique et humaine. Il avait toujours de lui, cette énergie, cette sagesse qui émanait.

En riant comme deux petites filles qui préparent un mauvais coup, on a sorti l’appareil photo et nous avons photographié Paul-Émile pendant qu’il feuilletait son livre. Il n’enseignait pas plus à mon amie qu’à moi, mais il était pour nous quelqu’un d’important, juste par sa présence. Une icône, enseignante, artiste.

J’aime retomber par hasard sur cette photo, soit dans mes archives informatiques ou dans une vieille boîte à chaussures remplies de photos papier de l’époque. À coup sûr, ça me fait sourire.

Je n’ai pas revu Paul-Émile depuis ce temps. Je n’ai pas suivi non plus sa carrière artistique. Mais parfois, il revient dans nos mémoires et nous nous remémorons des souvenirs avec lui. Il a enseigné à plusieurs de mes amis. Et lorsque j’ai dit à maman que j’écrivais sur lui, sa voix pleine de sourires à prononcer son nom avec bonheur.

Né au Nouveau-Brunswick, Acadien que le parcours a mené à Montréal puis à Rimouski, Paul-Émile Saulnier enseigne les arts au Cégep de Rimouski tout en poursuivant l’élaboration de ses projets artistiques. Il troque ici ses matériaux habituels, papier somerset, objets ready-made, bois, métal, contre les mots.

Partout dans ces Petits paquets de nuit on retrouve de semblables aller-retour entre l’histoire collective et l’histoire personnelle. Mais dans tous les cas, Paul-Émile Saulnier procède un peu de la même façon, par l’acuité du regard qui sait saisir et rendre le nom, le lieu précis, le moment.

Peut-être apprendrais-je à mieux connaître l’homme et l’artiste en entrant dans ses Petits paquets de nuit, servis comme des petites portes aux passages éclairés de son être.

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L’école du style : une image plus saine du milieu de la mode

Les changements corporels associés à la puberté, additionnés à des images véhiculées dans les médias, mènent redoutablement plusieurs adolescentes à ressentir une insatisfaction à l’égard de leurs corps et à avoir une piètre estime d’elles-mêmes. C’est pourquoi j’ai eu envie de vous présenter le nouveau roman de Dïana Bélice, L’école du style 1. Glamour, projecteurs et histoires de cœur, qui ouvre une porte vers la diversité corporelle en proposant une histoire qui présente une image plus saine du milieu de la mode.

Résumé

La vie d’Olivia prend un virage inattendu lorsque la propriétaire d’une agence de mannequinat misant sur la beauté naturelle la recrute alors qu’elle fait des courses avec sa mère. Si à 14 ans, elle n’avait jamais pensé à faire carrière sous les projecteurs, le fait qu’un travail la mène à voyager l’interpelle beaucoup, elle qui rêve de découvrir le monde. En moins de temps qu’il lui en faut pour réaliser ce qui lui arrive, elle atterrit à Londres pour son premier défilé. Cette nouvelle aventure lui permet de nouer de belles amitiés… et peut-être même de connaître l’amour!

Les thèmes

Alors qu’elle nous a, par le passé, confrontés à des sujets plus durs tels que l’exploitation des jeunes filles par les gangs de rue, la cyberprédation et le viol, Dïana Bélice nous propose cette fois-ci un roman qui explore le monde de la mode dans une avenue moins stéréotypée. Elle y aborde aussi le plaisir de voyager, l’amour, l’amitié et la relation mère-fille. Ce roman s’adresse à des lectrices de 12 ans et plus.

Mon avis

Bien que le sujet principal de ce nouveau roman soit plus léger que ceux auxquels l’auteure nous a précédemment habitués, le contenu de L’école du style est loin de la superficialité que le thème peut parfois inspirer. D’ailleurs, l’illustration de la page couverture est plus ou moins représentative. Les adeptes de la mode seront comblées puisque cet univers est très bien décrit, l’auteure étant elle-même une ex-mannequin. Les lectrices qui sont moins attirées par ce milieu pourront tout de même apprécier la lecture, puisqu’au-delà du glamour, c’est une histoire très humaine et surtout collée à la réalité que peuvent vivre les filles à l’adolescence par rapport à l’amour et l’amitié. La relation qu’entretient la jeune fille avec sa mère est intéressante; Olivia a souvent l’impression que les rôles sont inversés, d’être la mère, et cela donne davantage de matière au récit.

Ce qui a attiré mon attention vers ce roman, c’est que l’agence de mannequinat qui recrute Olivia mise sur la beauté naturelle plutôt que sur les standards de beauté très peu diversifiés et générateurs de complexes physiques de l’industrie de la mode. Olivia est choisie pour ses particularités et non parce qu’elle entre dans un moule, dans une catégorie désirable. Pour le bien des jeunes lectrices, on prône la diversité corporelle et une vision plus saine du milieu de la mode. Ce premier tome de la série nous propose une lecture légère qui est agréable à lire de par l’écriture fluide et ses personnages un peu déjà-vu, mais attachants. Le livre a même sa page Facebook, où des articles en lien avec le sujet sont partagés.

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Connaissez-vous d’autres romans pour ados qui véhiculent des messages positifs à propos de l’image corporelle?

Montréal en livres et à vélo

Depuis que j’habite à Montréal, je voyage plus que jamais à vélo. De chez moi à l’école, à mon lieu de travail, à chez mes amis ou à chez mes parents, je suis toujours à vélo. Le sentiment que ces balades me procurent est un mélange de fatigue-heureuse, alors que j’ai chaud et que je pédale à toute vitesse, de profonde motivation pour la vie, et surtout, de totale liberté. Le vent sur mon visage le soir, l’air frais et doux de mon trajet matinal, je respire et vois Montréal par ses rues remplies d’arbres comme la rue Boyer, ses parcs comme le grand et magnifique parc La Fontaine, et ses petits quartiers beaux et accueillants que je croise sur ma route.

Bref, tout pour dire qu’un jour, il y a quelqu’un qui a eu une ben ben bonne idée. Utilisant son vélo surtout pour de courtes distances à l’intérieur même de la ville, pour se promener, mais surtout pour se déplacer, et ayant toujours du stock à déplacer d’un endroit à l’autre, il a décidé de mettre une caisse de lait sur son vélo. À l’arrière, sur son « rack », comme ça, rien de plus facile que d’y poser son sac d’épicerie, son sac à lunch, ou n’importe quoi, au lieu de le porter sur son dos. Impossible de dire qui est cette personne, mais maintenant, la fameuse caisse de lait est célèbre partout à Montréal, ville dans laquelle plusieurs personnes ont décidé de suivre le mouvement. Et une fois ma dernière boîte de déménagement montée dans mon nouvel appart, la première chose que j’ai faite a été de mettre une caisse sur mon vélo. « Hipster », dirait mon frère. En même temps, il a raison. La caisse de lait, typique de Montréal, ne se retrouve pas vraiment ailleurs, ainsi je suis facilement identifiable lorsque je sors de la grande métropole pour aller souper chez ma mère. Bref, mouton ou pas, je voulais absolument en avoir une et « faire pareil ».

La caisse de lait permet des virées fréquentes dans les nombreuses bibliothèques de Montréal. N’étant pas une grande acheteuse de livres neufs, je fréquente assidument plusieurs bibliothèques et reviens toujours avec une grande quantité de livres de tous genres à découvrir et à dévorer. Je l’avoue aussi, j’adore prendre plus de livres que je ne peux en lire. Cela me permet ensuite, une fois chez moi, d’y aller au gré de mes envies et inspirations, à savoir ce qui me tente le plus entre un roman de plusieurs centaines de pages, un essai qui me demande plus d’attention, ou encore une bande dessinée qui se lit rapidement. La BAnQ, ou Grande Bibliothèque de Montréal, est mon repaire préféré. J’y emprunte des tas de livres qui viennent s’empiler au fond de ma caisse de lait, dans un grand sac en coton épais. J’aime revenir avec un tas de nouveautés québécoises, des romans pour adolescents et des livres pratiques. Mes dernières découvertes : Le Défi végane 21 jours (Élise Deslauriers), Avant toi (Jojo Moyes), Le soulard des sportifs (Jean Soulard et Benoît Lamarche), Titre de transport (Alice Michaud-Lapointe) et C’est quand le bonheur (Martine Delvaux). J’aime me promener dans l’allée des nouveautés et prendre des livres par-ci par-là, par curiosité et sans trop réfléchir, dans l’espoir de trouver des coups de coeur.

À la bibliothèque de l’UQAM, je fais des razzias d’ouvrages pour la maîtrise : des livres de référence, des essais, des recueils, des mémoires. Mes derniers emprunts : Trouble dans le genre (Judith Butler), Manuel de résistance féministe (Marie-Eve Surprenant), Coutume et destin (Yvonne Verdier), Amours et mariages de l’ancienne France (Martine Segalen), Représentation et mystification de l’enfance dans la littérature jeunesse du XVIIe siècle à aujourd’hui (Dominique Demers). Ça pèse lourd sur mon vélo, surtout quand je dois remonter la côte Berri. Mais ça ne me dérange pas.

À la bibliothèque Le Prévost, je me gâte en albums jeunesse et en romans. Ma dernière récolte comprenait tous les albums de Dominique Demers, des contes détournés, quelques bandes dessinées. J’en profite aussi pour louer des DVD de séries ou de derniers films sortis.

La caisse de lait, pour moi, est synonyme de vagabondage, de lenteur, de liberté. On y remplit ce qui nous rend heureux, que ce soit des livres, des objets, des collations, des sacs de sport ou d’épicerie, puis on a la possibilité de s’arrêter, de discuter avec des gens, de s’asseoir dans un parc pour savourer Montréal. Moyen de transport agréable et écologique, on n’a besoin de rien d’autre qu’un peu d’espace sur un vélo pour transporter ce qui nous fait du bien. Pour moi, la caisse de lait est ce qui me permet de traîner un peu plus que ce que mon dos est capable, tout en restant libre de mes mouvements et résistante à la route. En effet, depuis que j’ai ma caisse de lait, je peux aller n’importe où et rouler de longues distances sans me fatiguer. Il ne me faut qu’un moment après le travail, qu’un après-midi de libre, pour que je m’arrête chercher des livres à la bibliothèque, et revienne chez moi avec ma cargaison de bonheur à venir.

Décidément, je constate tous les jours, et avec grand plaisir, le duo extra et parfait qu’est mon amour à la fois pour la lecture et pour le vélo.

Et vous? Parcourez-vous Montréal à vélo?