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Le facteur de l’espace : petit bonheur estival

En juin dernier, je m’apprêtais à passer tout l’été à la campagne, dans la maison de mon enfance, entourée de champs, de forêts et d’animaux. Avant de m’y rendre, j’avais décidé de me procurer des ouvrages littéraires diversifiés. Je remplissais presque compulsivement mes bras de bouquins, chaque fois que je me retrouvais à arpenter les allées des librairies qui croisaient ma route. Puis je suis tombée face à face avec la bande dessinée Le facteur de l’espace, de Guillaume Perrault. Alors que je faisais habituellement un tri après avoir happé le plus de livres possible, j’ai choisi cette bande dessinée en y réfléchissant à peine. Les couleurs vives, les dessins ludiques et le titre accrocheur ne me laissaient aucun doute.

Bob est un facteur de l’espace qui mène une vie bien rangée et équilibrée. Chaque jour, sa routine est semblable à celle de la veille. Et c’est ce qui lui plait. Aucun rebondissement à l’horizon, ce facteur spatial (pas spécial, comme le souligne l’auteur!) mène sa vie avec simplicité. De son réveil à sa douche, puis à son arrivée au poste qui lui délivre les colis à livrer pour la journée, rien ne change jamais. Voilà que ce matin-là, pourtant, c’est un itinéraire nouveau qui lui est donné. Terminée la ronde habituelle, le voilà aux prises avec un trajet qui ne correspond en rien à ce qu’il connait. Bien entendu, l’idée déplait grandement à Bob qui est un fervent amateur de routine. Et lorsqu’il se rend compte de l’accueil qu’on lui témoigne sur chacune des planètes, l’idée lui déplaît encore plus.

Déjà, dès les premières pages, on nous plonge dans un univers farfelu et irréel avec une facilité déconcertante. Un vaisseau spatial qui livre des colis de planète en planète? Pourquoi pas! Des personnages déjantés, des planètes plus originales les unes que les autres? Je vote oui. Pas question ici de se contenter de parcourir les rues d’une même ville pour livrer des colis. Bob, ici, nous emmène aux confins de l’univers, là où il est aussi facile de changer de planète que de changer de rue. Chaque planète que visite Bob est unique à sa façon. Ses habitants font la particularité de chacune d’entre elles. On se demande à chaque livraison où Bob atterrira, à son grand malheur, et à notre bon plaisir.

Tout au long de sa ronde, on s’amuse à imaginer avec Bob ce qui peut bien se cacher dans les paquets qu’il doit livrer à ses nouveaux clients. Paquets qui prennent rapidement tout leur sens pour les habitants des planètes respectives.

On croise de tout, entre ces pages, même un petit garçon qui refuse de signer la confirmation de réception du facteur tant et aussi longtemps que celui-ci ne lui aura pas dessiné de mouton…

Le sourire ne m’a pas quittée alors que je parcourais ces pages magnifiques et colorées. Le facteur de l’espace est une histoire toute simple et qui se lit d’un trait. On y rencontre des personnages aussi intéressants et diversifiés les uns que les autres et qui nous emmènent à sourire doucement.

On aime particulièrement les images à couper le souffle, les traits détaillés, les couleurs vives que l’on retrouve à chaque page de cette bande dessinée publiée chez La Pastèque. Les personnages venus d’ailleurs sont habilement dessinés et inventés. On imagine facilement le plaisir qu’a pu avoir l’auteur à créer des univers colorés, uniques et aussi éclatants.

D’une simplicité désarmante, mais également d’une intelligence, cette bande dessinée nous offre des clins d’œil qui sont parfois si évidents qu’on se demande comment on a fait pour ne pas y penser, et on sourit devant cette simplicité, devant cette absence de prétention, devant cette œuvre qui fait, surtout, passer un bon moment.

La bande dessinée idéale pour une fin d’été.

La garçonnière : amour, ambiguïté et (ben) des shots de vodka glacée

Lors du lancement des coffrets littéraires du Fil rouge, il y avait une petite bibliothèque éphémère où les gens pouvaient y déposer un livre, pour ensuite en prendre un. Ce fantastique petit espace d’échange m’a permis de mettre la main sur le livre La garçonnière, de Mylène Bouchard. Je ne connaissais pas du tout l’auteure, mais la couverture m’avait tapée dans l’œil. Je l’ai pris. Et voici ce que j’en pense.

Ce dense récit est celui de Mara et de Hubert; celui de la longue route entre Péribonka et Noranda; celui des correspondances sans réponses et d’un amour voué à l’échec, et ce, dès le début. Il faut être tenace pour continuer le livre après en avoir lu quelques pages : c’est long avant d’embarquer dans l’histoire, avant de s’y attacher. Les descriptions des lieux sont longues et redondantes, beaucoup de name-dropping d’endroits et de traditions qui me sont complètement étrangers, etc. Par contre, cette incertitude de tenir un bon livre entre les mains s’envole dès qu’entrent en scène les personnages de Mara et Hubert. Ils s’aiment, d’un amour romanesque et sincère. Ils caressent ensemble une solide amitié – quelque chose de rare. Rien de cheesy dans cette relation (malgré ma description qui semble dire le contraire), mais une grande complexité sentimentale.

La garçonnière, c’est ce minuscule endroit où on se sauve afin de mieux se connaître. C’est un endroit – ou ici, une relation – où tout doit rester simple afin de bien fonctionner. Pas besoin de beaucoup de choses : un lit, un évier, une chaise et une table à café. Et des fenêtres, beaucoup de fenêtres. Il ne faut pas s’y sentir cloîtré, étouffé. L’amitié de Hubert et Mara était ce lieu rempli d’immenses fenêtres. Or, l’amour, accompagné par l’ambiguïté de ses sentiments, a été l’élément de trop dans ce carré parfait. Ils devaient sortir afin de ne pas se perdre. Des rideaux opaques bloquaient la vue, la liberté.

J’ai apprécié ma lecture puisqu’elle m’a permis de renouer avec beaucoup de sentiments que je n’avais pas ressentis depuis longtemps. Je me suis emportée dans la nostalgie d’émotions qui ne m’appartenaient pas, mais qui, certainement, rejoignaient celles que j’avais jadis vécues. À lire lors de vos dernières vacances, ou dans le métro pour oublier le vacarme toujours trop présent (partout).

La garçonnière, Mylène Bouchard

Édition de la Peuplade – 2009.

Avez-vous déjà souhaité être quelqu’un d’autre ?

Qui n’a pas un jour souhaité être quelqu’un d’autre? Je ne parle pas ici d’une grande star Hollywoodienne, un athlète olympique ou le PDG d’une grande boîte… uniquement le souhait d’être soi-même, mais version améliorée? Intriguant, non? Encore une fois, je ne parle d’un soi-même version améliorée avec des supers pouvoirs, mais bien uniquement de celui ou celle que vous avez toujours désiré être mais que vous avez toujours repoussé du revers de la main ou mis au fin fond de votre esprit.

livreC’est exactement ce que propose ma dernière lecture, avec le roman Quelqu’un d’autre de Tonino Benacquista. J’ai toujours adoré cet auteur dont j’avais parlé ici, et encore une fois j’ai dévoré ce roman dans le temps de le dire.

On retrouve dans ce roman 2 antihéros à l’aube de leur quarantaine, en pleine crise identitaire, Nicolas et Thierry, qui l’espace d’un match de Tennis suivi d’une bonne cuite d’après-match décideront de changer leur vie à jamais. C’est sous l’effet de l’alcool bien avancé, qu’ils se feront des aveux sur leur vie respective qui ne les satisfait pas et qu’ils décideront tout simplement de refaire leur monde. Ils se donneront le pari loufoque de changer complètement de vie en 3 ans et de se retrouver à nouveau dans ce même bar, à pareille date, pour voir lequel des 2 aura le mieux réussi en échange de quoi le perdant pourrait se faire demander n’importe quoi par le gagnant du pari.

On suivra un Thierry, encadreur dans son petit magasin à la routine bien établie, devenir un détective privé et un Nicolas qui, grâce aux pouvoirs que lui confère l’alcool, se transformer en un homme plein d’assurance alors qu’il est un grand timide dans sa grosse compagnie.

La question est de savoir, réussiront-ils leur pari de devenir ce fameux quelqu’un d’autre en 3 ans? Jusqu’où nos 2 hommes iront-ils pour y arriver?

Quelqu’un d’autre est définitivement mon nouveau préféré de Benaquista. Un roman qui vous créera beaucoup de questionnements sur votre vie, vos rêves et ambitions abandonnées et sur qui vous souhaitez être réellement au fond de vous. On vous donne 3 ans pouFullSizeRenderr devenir la personne que vous avez toujours souhaité être, l’essayerez-vous ?

À lire un verre de rouge à la main, un Chianti encore mieux. Ma suggestion du moment pour accompagner ce livre; le Chianti Classico de Brancaia. Parfait pour une lecture à l’italienne avec Benacquista…

La rentrée littéraire québécoise en quelques titres

N’étant plus à l’université, la rentrée littéraire devient en quelque sorte notre rentrée officielle. Lorsqu’on commence, en juillet, à recevoir les communiqués de presse, c’est un peu comme la liste de livres qu’on avait bien hâte d’acheter au bac, mais en mieux.

 Cette année, la rentrée s’annonce particulièrement intéressante avec les nouveaux romans de  certains de nos auteurs et auteurEs favoris en plus des nouvelles parutions prometteuses.

voici quelques-uns des titres qui se retrouveront dans une librairie près de chez vous dans les prochains mois.

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Zoothérapie de  Catherine Lepage,  le 22 août 2016. Éditions Somme toute.

« Parce qu’il faut s’apprivoiser pour devenir maître de soi. » Après Fines tranches d’angoisses et 12 mois sans intérêt, Catherine Lepage poursuit son étude imagée de la psyché humaine. Elle s’intéresse cette fois à la pression reliée à la performance, à notre monde qui va toujours plus vite et offre des pistes pour survivre dans cette jungle. Comme dans ses livres précédents, elle y mélange son expérience personnelle et s’amuse en jouant avec les codes des livres de psycho pop.

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 Vox populi de Patrick Nicol, le 23 août 2016. Le Quartanier.

Marc est abandonné de toutes parts. Son travail de commis au cégep est de moins en moins utile, sa blonde l’a quitté et même Audrey, sa fille, semble l’éviter. Pourtant, ce n’est pas un mauvais gars. Un peu trop sûr de lui, peut-être, toujours convaincu d’avoir raison. À la longue, c’est achalant. Le 25 mars 2013, le premier ministre du Canada reçoit de Chine deux pandas, un groupe d’Amérindiens marche sur la capitale fédérale, et à Paris, la veille, une manifestation contre le mariage gai a eu lieu. Marc aimerait que des experts l’aident à donner un sens à tout ça. Mais même eux, on dirait, le laissent tomber. Heureusement, ce soir-là, sa fille revient de voyage. La dernière fois qu’ils se sont vus, ils s’étaient disputés. Mais la petite ne peut pas lui en vouloir éternellement.

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 117 Nord de Virginie Blanchette-Doucet, le  23 août 2016. Éditions Boréal.

«J’ai oublié ce que c’était, d’avoir toute une maison pour soi. J’ai oublié beaucoup de choses. Le temps qui passe, l’heure qu’il est, des paysages entiers que j’absorbe et que j’efface aussitôt. J’ai oublié cette maison. Le geste lourd d’une pelle mécanique vers la cheminée de briques. Les fondations ouvertes et exposées aux intempéries ; on n’a plus rien à faire du béton qui s’effrite, des poutres qui pourrissent. L’Abitibi est trop belle et trop dure.» Cinq cent vingt-neuf kilomètres séparent Val-d’Or de Montréal. Maude ne compte plus les allers-retours au volant de la Tercel turquoise que lui a donnée Francis. L’Abitibi, c’est la bille d’or qu’il faut extraire de la scorie. Montréal, c’est le grain du bois qu’il faut apprivoiser. Dans ce premier roman extraordinairement maîtrisé, Virginie Blanchette-Doucet montre comment les frontières de nos vies se redessinent sans cesse à notre insu.

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Prague de  Maude Veilleux, le 30 août 2016. Hamac.

« Le livre avait beau parler du couple ouvert au début, ce n’était plus tout à fait le sujet. Le sujet, c’était je-ne-sais-plus-trop-quoi. Le sujet, c’était mon angoisse à ne plus aimer quelqu’un qui m’avait sauvé, qui avait tout pour me plaire, qui m’aimait, que j’aimais. Ne plus aimer quelqu’un que j’aimais et aimer un autre, un imparfait, un inconnu. Ne plus aimer l’homme que je voulais aimer pour toujours. J’hésite à l’écrire : ne plus aimer l’homme que j’avais voulu aimer pour toujours. »

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Déterrer les os de Fanie Demeule,  le 30 août. Hamac.

Déterrer les os est une plongée en huis clos entre la narratrice et son corps fautif, ce corps qui déborde et réclame toujours davantage et qu’elle tente de rejeter. Ce corps qui est en fait un scaphandre, une cage qu’il faut détruire en secret.

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Les voies de la disparition de Mélissa Verreault, le 30 août.  La Peuplade.

Des années de plomb italiennes au Québec rural de 1950, en passant par le Montréal actuel, une Thaïlande oppressante et une Floride enneigée, Les voies de la disparition dessine une géographie de la fuite. Entre Manue qui peine à tomber enceinte, Fabio qui tente de ranimer la flamme, l’attentat de Bologne, les éléphants menacés d’extinction, Claudio et son fardeau, deux terroristes en cavale, Jacques Cartier le jardinier et une grand-mère qui perd la mémoire, on découvre plusieurs manières de disparaître. Mais si, pour se sauver, plutôt que de chercher à effacer ses traces, on se confrontait à la réalité ? Voilà un roman où s’enchevêtrent nature et humanité, mort et amour, évolution et décadence, pour dire que, même si la fin demeure toujours radicale, avec de l’imagination on peut réussir à la retarder. »

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L’impureté de Larry Tremblay, le   7 septembre. Éditions Alto.

La romancière à succès Alice Livingston est morte. Elle laisse derrière elle des lecteurs éplorés, un manuscrit inédit, un fils qui cherche à refaire sa vie le plus loin possible de son père, et son mari Antoine, incapable de pleurer sa mort et qui n’a jamais apprécié son œuvre. Pourtant, le roman posthume de sa femme va le bouleverser et le contraindre à faire face à ses souvenirs. Et inévitablement à ses démons enfouis. Car la fiction parfois tisse entre les lignes une toile vengeresse.

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Owen Hopkins, Esquire  de Simon Roy, le   7 septembre. Éditions Boréal.

Un affabulateur, un mythomane, un imposteur, voilà qui est Owen Hopkins aux yeux de son fils Jarvis. Quand arrive à Montréal la nouvelle qu’Owen se meurt sous le ciel gris et bas du Yorkshire, sa terre natale, Jarvis sait ce que cela signifie. Père et fils ont conclu un pacte quand celui-ci était encore enfant, et le temps est venu pour lui de remplir sa promesse.

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À l’abri des hommes et des choses  de  Stéphanie Boulay, le  7 septembre. Québec Amérique- Collection La Shop.

«On me demande: c’est qui ta mère, c’est qui ton père. Moi je n’en sais rien, j’ai Titi et c’est à peu près tout. Mais certains soirs, je sens mon cœur qui se gonfle et qui essaie de me parler pour me dire bonjour, quelque chose de grave est arrivé et ça n’est pas fini. Olé. »

Elle vit à l’écart du village, dans les bois, près de la rivière, dans une petite maison avec Titi, sa sœur, ou sa mère, elle ne le sait pas très bien. Sa vie était simple, avec la classe qu’elle redouble encore et encore et le quai, au milieu de la rivière, là où elle se sent à l’abri. Mais la vie change. Son corps change. Et il n’y a pas grand monde autour pour lui expliquer ce qui se passe. Titi s’éloigne d’elle, épuisée à force de s’occuper d’une jeune fille qui a de la difficulté à socialiser. Et elle, de son côté, laissera lentement entrer des personnes dans sa vie.

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 Okanagan de  Sara Lazzaroni, le  7 septembre 2016. Leméac .

Léa a grand besoin d’air. Pour guérir de la peine d’amour qui l’a laissée blessée et amère, il lui faut bouger à tout prix, fuir Québec, fuir Loïc qui ne l’aime plus. Sur un coup de tête, elle quitte son travail auprès des personnes âgées, vide son compte en banque jusqu’au dernier sou et monte, avec quelques amis, dans un tacot pourri. Direction : l’Ouest canadien, la vallée de l’Okanagan. Là où, depuis des générations, de jeunes hippies vont cueillir des fruits, faire la fête, se soûler de liberté et découvrir le charme ensorcelant du no future. Dans ce climat d’insouciance où tout prend des allures de renouveau, Léa recouvre ses forces, apprend la solidarité et, entre la solitude de l’écriture et le réconfort de la vie grégaire, trouve son point d’ancrage, l’exact lieu de son équilibre.

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Géolocaliser l’amour de  Simon Boulerice, le  20 septembre. Les éditions de ta mère.
Géolocaliser l’amour
est un roman par poèmes racontant le désarroi d’un jeune homme qui s’en remet à des applications de rencontre pour dénicher l’âme sœur et qui se perd et s’écartèle aux quatre coins de la ville, y laissant chaque fois un peu de sa dignité.

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Autour d’elle de Sophie Bienvenu, le 27 septembre. Le cheval d’août.
En 1996, une adolescente de seize ans accouche d’un garçon dans l’anonymat d’un hôpital de Montréal. Autour d’elle retrace vingt ans des vies de Florence Gaudreault et de son fils biologique à travers le prisme d’une vingtaine de personnages qui ont croisé leurs chemins et qui racontent, chacun à leur tour, leur propre histoire.Jeunes, vieux, familles, couples ou solitaires en rupture de ban : de secrets en rebondissements, Bienvenu sonde les faillites et espoirs de tout un pan d’humanité, et dévoile ce qui affleure de fragile sous la dure écorce des cicatrices du passé.Roman choral fabuleusement incarné, Autour d’elle explore les liens qui nous unissent et l’amour dans toutes ses manifestations, que ce soit celui qu’on perd, celui qui fait vivre, celui qui détruit ou celui qu’on retrouve.

Les superbes  de  Léa clermont dion et Marie-Hélène Poitras, le 28 septembre. VLB éditeurs.

LE SUCCÈS AU FÉMININ : UNE COURONNE D’ÉPINES? Les femmes peuvent-elles réussir sans en payer le prix, d’une manière ou d’une autre? Interpellées par cette question, Léa Clermont-Dion et Marie Hélène Poitras ont mené une enquête auprès de femmes aux carrières brillantes, qui leur ont confié leur histoire : Pauline Marois, Cœur de Pirate, Louise Arbour, Me Sonia LeBel, Marie-Mai, et bien d’autres. Chacune à leur manière, elles racontent comment, même dans le succès, le fait d’être des femmes a profondément influencé les attentes et les perceptions. Un livre superbe, autant par sa forme que par son contenu, qui nous pousse à nous interroger sur le fardeau particulier de la réussite féminine, et sur ce qui devrait être fait pour l’alléger.

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Même pas vrai  de Larry Tremblay et Guillaume Perreault, le  28 septembre. Les éditions de la bagnole .

«Si vous demandez à ma mère ce qu’elle pense de moi, elle vous répondra que j’exagère tout le temps. Si vous demandez à mon père, il dira la même chose. Et si ma petite sœur parlait, je suis presque sûr que ce serait pareil. Tout ça parce que je parle dans un micro imaginaire. Ça m’amuse, moi, de transformer ma vie en reportage. Pourquoi c’est un problème ? » Un magnifique roman graphique signé Larry Tremblay.

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Des papillons pis du grand cinéma
de  Alexandra Larochelle, le 5 octobre. Libre Expression.

Dans cette suite surprise à Des papillons pis de la gravité, nous retrouvons Frédégonde là où le premier roman s’achevait. Devant faire un choix entre Lyon (team Christophe) et Varsovie (team Kendrix), elle décide finalement d’aller à Londres pour se donner le temps de réfléchir, sans se douter qu’elle y vivra d’incroyables aventures. Qui choisirat-elle ? Christophe, l’ex-amoureux et ex-meilleur ami qui lui a brisé le cœur, ou Kendrix, le séduisant nomade qui semble fuir les ports d’attache? Tout ce qu’on peut prédire sur les histoires à l’eau de cactus de Frédégonde, c’est qu’il n’y en aura pas de facile…

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Le prix de la chose  de  Joseph Elfassi, le 12 octobre. Stanké .

Louis Roy n’aime rien de plus que le sexe: il se voit comme une éponge sexuelle, un miroir érotique qui ne cherche qu’à refléter le désir profond de sa partenaire! Il est donc bouleversé quand il apprend que toutes les femmes exigent désormais une rémunération contre chaque relation sexuelle. Les hommes sont très troublés par cette initiative de F., un organisme mystérieux voué à l’amélioration de la qualité de vie des femmes. Mais les dégâts ne s’arrêtent pas là: apparaît bientôt une nouvelle substance, «le liquide», qui tue les hommes qui violent… Pour son premier roman, Joseph Elfassi a imaginé une fable jouissive qui interroge habilement les liens miteux entre sexe et argent.

 

 

 

 

 

 

 

 

Chaque automne j’ai envie de mourir et autres secrets

En m’immisçant dans Chaque automne j’ai envie de mourir de Véronique Côté et Steve Gagnon, je ne m’attendais pas à être aussi chamboulée, touchée et marquée par les secrets, par cette universalité humaine qui en émane et par les mots des auteurs.

En fait, ce roman est, à la base, un projet théâtral. Un « spectacle déambulatoire extérieur», « une promenade libre et ludique dans les rues de la ville (Québec), ponctuée par six tableaux théâtraux ».

C’est suite à la collecte de « secrets » anonymes, dans le but d’avoir des textes pour cette prestation théâtrale, qu’est né Chaque automne j’ai envie de mourir. Après avoir recueilli une multitude de confessions, qu’elles soient vraies ou non, les deux auteurs ont procédé à un travail d’écriture et de réécriture pour chacun des textes.

Non seulement l’idée et le travail de Côté et Gagnon sont géniaux et originaux, mais le produit final est touchant, universel et tellement singulier à la fois. J’ai trouvé des parcelles de moi dans presque chacun des textes. Un roman de constellations comme celui-ci démontre tellement bien comment l’expérience humaine est à la fois intime à chacun et pourtant commune à tous. J’ai trouvé ça tout simplement beau, fort et rassurant.

En effet, il y a quelque chose de rassurant dans le fait de se retrouver dans les folies de quelqu’un d’autre. Dans les interdits de quelqu’un qui ose finalement dire ce qu’on pense. Dans Chaque automne j’ai envie de mourir, les sujets varient, l’écriture, très souvent au je, reste simple, mais poignante. On s’immisce facilement dans la vie secrète des gens, dans leurs angoisses, leurs peurs, leurs joies, leurs doutes. On s’y retrouve, on s’y perd et on s’avoue parfois des choses. Ce recueil de secrets touche là où il le faut. C’est si beau, si simple et si complexe à la fois.

Bonne lecture.

 

Murmures dans un mégaphone

Rachel Elliott nous offre une lecture qui fait réfléchir sur la société. Sur le comment nous vivons les uns avec les autres, sur les technologies.

Dans son roman nous retrouvons trois personnages principaux qui sont à la recherche de leur identité. Nous avons la trentenaire se croyant folle, l’homme qui n’a aucune personnalité et sa femme accro aux réseaux sociaux.

Miriam a appris à vivre dans le silence des murmures. Ralph fuit les responsabilités que la société lui impose en quittant le jour de son anniversaire sa femme et ses enfants. Tandis que sa femme, Sadie qui se cache derrière un univers superficiel, est déboussolée par ce revirement de situation. Elle qui croit pouvoir tout contrôler n’a alors plus rien sous son contrôle. Alors que Miriam décide enfin de sortir de sa maison après y avoir vécu trois ans cloîtrée, elle fait la rencontre de Ralph dans les bois, alors que celui-ci se sauve de sa réalité. En fait, il tente de se mettre en danger. Et c’est ensemble qu’ils découvriront qui ils sont réellement.

Chacun à sa manière vit une « crise » et au cours de cette aventure ils découvriront qui ils sont vraiment. L’écriture de l’auteure peut nous porter à croire que la lecture semble légère, mais c’est plus que ça. Ce sont des recherches d’identité, des remises en question. Nous rencontrons des personnages adultes, matures, qui ont construit leur vie et qui, du jour au lendemain, quittent leur routine pour vivre dans l’adrénaline d’apprendre qui ils sont.

Le titre prend tout son sens lorsqu’on apprend à connaître le personnage de Miriam. En fait, j’ai su me reconnaître en elle. Tout comme Miriam je suis discrète, souvent je dois répéter plusieurs fois ce que je dois dire pour qu’on m’entende. Mais contrairement à moi, c’est la mère de Miriam qui lui a appris à devenir silence.

Avec toutes ces remises en question, on peut commencer à se poser des questions sur nos propres choix. Pourquoi nous avons tel comportement, pourquoi nous prenons telle décision, est-ce pour nous ou pour plaire à la société? On pourrait croire que les personnages de Rachel Elliott sont tou-te-s adolescent-e-s par leur crise d’identité, mais en fait, ça nous remet en question nous, sur notre propre identité et sur ce qu’on se cache à nous-mêmes. Miriam se croit folle, mais pourquoi? On constate une ressemblance dans tous les personnages, ils se croient tous anormaux. Qu’est-ce qui est normal et qu’est-ce qui ne l’est pas?


Merci à Laurène Guillemin, Attachée de presse, chez Les éditions Flammarion pour le service de presse

Mordre à nouveau dans la vie. La Chronique d’un cancer ordinaire de Dominique Demers

– Tu es vraiment si écoeurée? demande l’une à l’autre.

– Écoeurite aiguë, totale et absolue. […]

– O.K. T’as le droit de plier bagage. Mais avant, accorde-moi une faveur. Aide-moi à faire la liste des trucs chouettes qu’on aura jamais faits.

J’étais sur le bord d’une piscine publique à Montréal, à la recherche d’un peu de fraîcheur, mais surtout, d’un endroit où me détendre et lire sans voir passer les heures. J’avais amené un petit livre avec moi et je l’ai entamé dès ma première « saucette » terminée. Le temps défile et je m’arrête enfin, presque à la fin, à ce passage.

La « liste des expériences trippantes qu’elle aurait voulu faire avant de quitter cette planète », qui comprends entre-autres « foncer vers l’aéroport et prendre le premier vol qui décolle », « prendre le thé au Sahara » et « revoir Cyrano de Bergerac pour la millionième fois », est peut-être ce qui convainc une Dominique Demers très écoeurée de garder le cap et de poursuivre ses traitements contre son cancer du sein. Au moment où elle n’en pouvait plus, c’est en se rappelant tout ce qu’elle avait encore envie de faire qu’elle trouve le courage de revenir à la raison. Non, ce n’était pas terminé. Elle voulait encore vivre! Mais si, pendant sa maladie, le moral de l’auteure n’est pas toujours à son plus haut, il est loin d’avoir été aussi bas et c’est ce que nous raconte Chronique d’un cancer ordinaire. Ma vie avec Igor. De l’expérience de la proximité avec une possible mort fait surgir un sentiment de puissance et un nouveau souffle de vie dans lequel nous entraîne l’auteure au coeur de ses mots.

À 52 ans, Dominique Demers attrape ce qu’elle appelle un « cancer ordinaire ». Ordinaire, parce qu’une femme sur neuf, dit-on, en sera atteinte. Découvrant une bosse dans son sein, elle se dépêche d’entreprendre les traitements qui permettront peut-être d’anéantir ce cancer qu’elle nomme Igor, à la fois pour mieux le dompter et le haïr en même temps.

Dominique Demers délaisse donc le roman, genre pour lequel nous la connaissons, pour nous offrir une chronique de ce qu’elle vit, sous forme de billets et de réflexions. Elle nous entraîne dans les déboire des hôpitaux et des salles d’opération, dans certains moments de sa vie passée, notamment la mort de son ex-mari qui a frappé la jeune femme et ses trois enfants, ou même à ses expériences avec ses amis ou le personnel des cliniques.

Malgré que notre lecture suive d’assez près le cheminement et les déboires de la femme à travers les différentes étapes de sa maladie, il ressort surtout de ce livre un éclatante célébration de la vie. Il décrit avec force la faim vorace qui prend d’assaut ceux qui se rendent compte que la vie ne tient qu’à un fil.

En gros, c’est tout simple: en gros, Igor m’a transformée en me révélant combien j’aime la vie. Je l’aimais déjà avant, bien sûr, mais je n’en avais qu’épisodiquement conscience. Igor m’a brutalement mise devant un scénario surprise: je pourrais mourir bientôt. Du coup, je me suis mise à recevoir la vie avec une gourmandise nouvelle. J’étais soudain affamée d’elle. J’avais férocement envie d’y mordre à pleines dents.

La lecture de cette chronique nous fait passer par une véritable gamme d’émotions. Parfois, c’est de la peur, alors qu’on attrape d’un coup celle de l’auteure qui craint pour ses proches, sa famille, son futur, sa rémission. D’autres fois, c’est de la tristesse, mais c’est surtout beaucoup d’espoir et de joie féroce, contagieuse par son désir qu’elle nous transmet de prendre nos souliers et de courir dans notre vie sans plus nous arrêter.

En songeant à tous les livres dormant sur des rayons dans les bibliothèques et les librairies, j’avais envie d’allonger les jours, d’abolir les nuits. Tant d’oeuvres avaient le pouvoir de me transporter, de m’émouvoir, de m’ébranler, de m’allumer, et je n’aurais peut-être jamais le loisir de les ouvrir. Cela me semblait odieux, inacceptable, effrayant. 

Il faut dire que Dominique Demers est une personne qui sait parfaitement ce qu’elle veut, ou presque. Elle est déterminée, forte et parfois dérangeante. Et par cela, le petit livre qu’elle écrit devient parfois un manifeste qui dénonce ou questionne certains comportements ou pratiques. Ce à quoi elle est confrontée dans les hôpitaux nous est livré aussi dans le but de faire changer les choses dans les services sociaux et médicaux.

Cela dit, c’est peut-être avec le mot « force » que l’on peut le plus caractériser le livre de Dominique Demers. Et c’est par cette force que l’on apprécie le plus le bouquin et qu’il nous en apprend le plus sur les épreuves, sur la résilience, sur l’empathie et sur la vie.

 

Une théorie en amour, celle du drap contour

« Comment guérit-on de ne pas être la femme de la vie de l’homme de sa vie? »

La théorie du drap de contour de Valérie Chevalier relate l’histoire d’une jeune fille, Florence, et de ses passions amoureuses ou plutôt dirais-je de ses malchances amoureuses. C’est le reflet d’une véritable mosaïque amoureuse qui se forme tout au long du roman, parfois teintée de moments tristes et à d’autres moments d’une légère gaieté. D’une affliction amoureuse qui restera un amer souvenir tout au long de l’histoire de Florence, on revient rapidement à des moments plus doux, plus chaleureux pour l’esprit et qui nous permettent d’apprécier que cette jeune protagoniste reprenne espoir, reprenne son souffle à travers un flot de tristesse.

« Tu sais que tu as vraiment trouvé l’amour quand même plier un drap contour devient une activité agréable. Les contrariétés sont divisées par deux, et le plaisir, lui, est multiplié. »

De Thomas qui lui cicatrise le cœur pour longtemps à Émile et ses pains quotidiens, l’amour d’un été qui refroidi comme les saisons, Ernest et sa crise de la vingtaine, Florence connait plusieurs échecs amoureux qui la découragent et lui font perdre tout espoir en l’amour. Dans la mi-vingtaine et elle semble déjà ne plus croire en l’amour, cela lui permet d’avancer dans d’autres sphères de sa vie, de ne pas être seulement guidée par le désir de trouver le prince charmant, elle réussit bien au niveau de sa carrière et elle semble développer une sérénité par rapport à elle-même qui rappelle que dans la vie, il devrait être naturel de tomber en amour avec soi-même, avant d’avoir le coup de foudre pour quelqu’un d’autre.

« On sait qu’on est vraiment prêt à trouver l’amour lorsque même plier un drap contour seul se fait dans la sérénité. »

L’histoire de Valérie Chevalier ne raconte pas l’histoire d’une fille brisée par ses déceptions amoureuses, au contraire on y relate une femme qui ressent toutes émotions normales lors d’une rupture, mais qui reste forte et qui ne se laisse pas mener par une quête de l’homme idéal. Elle sait patienter et quand le bon se présentera, elle espère être là au bon moment tout simplement. C’est l’histoire de Florence qui, comme d’autres femmes de son âge, fait son chemin à travers la vie avec son flot d’aventures et de mésaventures et qui s’en sort plus belle et plus forte.

Au final, j’y vois dans ce roman bien plus que ce qui est écrit. L’auteure me fait penser sans même avoir le besoin de l’écrire qu’être femme n’est pas si facile, mais pas si compliqué non plus.

« Comment guérit-on de ne pas être la femme de la vie de l’homme de sa vie? »

Pas besoin de guérison, pas besoin de trouver l’homme de sa vie quand on est déjà la femme de notre vie.

Douze chansons pour Évelyne

Je hurle non seulement pour elle mais pour toutes les filles que j’ai connues et perdues, toutes les âmes instables que j’ai voulu mêler à la mienne. Je hurle, car je ne sais pas comment exister sans elles.

Avant d’écrire pour le Fil rouge, je ne lisais pas beaucoup de livres d’auteurs québécois. Ayant complété mes études en Lettres en France, je n’ai pas eu la chance de découvrir la littérature d’ici pendant mes études et je ne savais pas par où commencer. Mais le Fil rouge m’a permis de découvrir de jeunes auteurs québécois qui dépeignent une réalité beaucoup plus proche de la mienne que celle des livres que j’avais l’habitude de choisir. Je suis une grande adepte du dépaysement à travers les livres, comme je l’ai souvent expliqué dans d’autres chroniques, mais je connais aussi un grand plaisir à lire un roman qui semble me parler directement et mettre en mots des instants, des contextes ou des lieux qui sont les miens.

J’ai d’abord acheté Douze chansons pour Évelyne de Frederic Gary Comeau pour la beauté du titre. J’avais lu aussi que l’auteur composait de la musique et écrivait des poèmes et je me suis dit qu’il aurait sûrement le sens des mots mélodieux qui percutent.

Finalement, j’ai dévoré le roman en une fin de semaine. Sa simplicité m’a plu. L’auteur ne semble pas essayer de faire du grandiose, juste de raconter une histoire banale d’un homme perdu, Antoine Bourque, abandonné par une femme, Évelyne, trop jeune pour lui et qu’il aimait plus que tout; un homme qui a toujours un peu trop adoré les femmes folles et décalées; un homme enfin, qui ne sait pas gérer l’abandon d’Evelyne avec autre chose que la fuite à l’autre bout du monde.

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Le roman commence par la sortie des bois d’Antoine. Il s’était réfugié seul pour écrire douze chansons sur Évelyne. Il a rendez-vous dans un café, avec son agent pour lui faire écouter le résultat mais au lieu d’affronter son avis, il préfère s’enfuir et prend un billet d’avion à la dernière minute pour Tokyo.

À partir de là, on voyage entre le présent alors qu’il rencontre une japonaise amoureuse de la littérature acadienne, et les différentes couches de son passé. Il se rappelle de son passé proche et des moments magiques qu’il a vécu avec Évelyne. Il tente d’y trouver un motif à son départ, mais il n’y voit que de l’amour et du bonheur.

Nous allons sur la plage et mangeons en silence en contemplant la mer de début de jour. Nous ne pensons ni à l’avenir ni au retour. Nous ne sommes que dans le ciel et les reflets d’océan. Nous ne laissons entrer aucun doute.

Puis, il mélange le tout avec un passé plus lointain, avec le rappel de toutes les filles qu’il a aimées dans sa vie; des femmes qui avaient toutes un brin de folie et un côté magique mais qui ne l’avaient pas touché comme Évelyne l’avait fait en quelques mois seulement.

Celle des trois avec qui j’ai passé le moins de temps, mais qui semblait me mener vers une baie protégée des marées et des vents malveillants, où j’allais pouvoir m’ancrer.

On voyage aussi beaucoup physiquement dans le roman puisque Antoine a toujours erré un peu partout sur la planète pour trouver de l’inspiration pour ses chansons, pour oublier une femme ou pour en rencontrer une nouvelle et s’oublier dans ses bras. On passe du Mexique, au Portugal jusqu’au sud des États-Unis.

J’étais absolument intoxiqué par cette jeune femme vive et libre mais habitée par quelque chose qui ressemblait à une infinie tristesse. J’avais besoin d’aller au bout de cette fille, de percer son opacité joyeuse.

Chaque fois, les lieux y sont parfaitement décrits et on y perçoit l’émotion proche à chaque lieu et pas seulement à travers l’exotisme des femmes.

Douze chansons pour Evelyne est arrivé au moment où j’étais moi-même en train de vivre une rupture. Je suis celle qui a quitté et j’ai apprécié lire le point de vue de l’homme qui subit la rupture. Dépaysant en quelque sorte, puisque je ne suis pas un homme mais en même temps, j’ai senti une familiarité puisque le contexte québécois y est très présent (malgré les nombreux voyages, le point d’attache du roman reste toujours Montréal) et que je m’y reconnais dans le style d’écriture. Enfin, j’ai tendance à réagir comme Antoine et fuir ailleurs quand je ne comprends plus où va ma vie.

Finalement, qu’arrive-t-il avec les fameuses chansons d’Évelyne? On les retrouve, merveilleuses, à la toute fin du roman et toute l’histoire prend encore plus de poids.

 

 

Mémoire de fille : réécrire le passé

Annie Ernaux, je l’aime d’amour. Lorsque j’ai appris qu’elle lançait un nouveau roman cette année, je voulais bien entendu le lire, mais je tenais aussi à le conserver pour le parfait moment. J’avais hâte, mais surtout je voulais en profiter.

C’est donc pas plus tard qu’en juillet que j’ai décidé de me lancer dans Mémoire de fille. Dans ce texte, elle tente de raconter l’été ’58 où elle a travaillé dans une colonie de vacances, l’été de sa première relation sexuelle et la façon dont la jeune fille en elle a vécu cet épisode qui est devenu un moment des plus marquants dans sa vie.

Ce que j’aime le plus de l’oeuvre d’Ernaux, c’est l’universalité dans les thèmes les plus intimes. Elle réussit à parler de choses qui arrivent tous les jours comme l’amour, l’avortement, le premier rapport sexuel, mais avec tellement de justesse qu’elle en fait presque une représentation sociologique d’une société marquée dans le temps.

Dans Mémoire de fille, on est avant la révolution de mai ’68 et on y découvre toute la honte liée aux relations sexuelles et toute la domination masculine aussi. La jeune Annie, de 1958, est éprise suite à son épisode au camp d’une honte face à la sexualité, ce qui est fort représentatif de l’époque.

Ernaux se questionne tout au long vis-à-vis son écriture, elle tente d’approcher le plus possible de la vérité et de décrire le plus vraisemblablement ce qui s’est passé. En tentant de ne pas y laisser son regard de la femme 50 ans plus tard, elle cherche à retrouver dans ses souvenirs la véritable façon qu’elle a eu de vivre cet épisode et comment celui-ci a eu des effets sur elle et sur les années qui ont suivi. Essayant de raconter le plus nettement possible des brides de scènes et même de pensées, Ernaux offre une vision des plus précises de ce que cet événement a réellement été pour elle. J’ai trouvé cela des plus passionnant qu’elle se livre sur son entreprise littéraire et son rapport à l’écriture dans ce roman. Ernaux tente d’être le plus sincère et fidèle possible à ce qui s’est vraiment passé, mais le passage du temps et la mémoire restent néanmoins des éléments à prendre en compte dans l’écriture de ce récit.

C’est bête de ne pas savoir à quel moment on serait le plus heureux.

En terminant, dans une entrevue accordée à Nathalie Collard pour La presse, Annie Ernaux a répondu ceci à « On peut dire que c’est un livre féministe ? »

« Je vais vous dire une chose: je me demande comment on peut ne pas être féministe. De la même façon, je ne comprends pas qu’on puisse avoir une vision des classes sociales et de la domination qui soit de droite et conservatrice. Pour moi, c’est la même chose. »

Ça y est, je l’aime encore plus.