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Réflexion : l’industrie littéraire au Québec

La rage et la violence empreignent le roman Ça va aller de l’auteure Catherine Mavrikakis et dégouttent sur notre esprit coupable. Coupable d’être trop clément, d’être trop généreux et indulgent envers nos auteurs.es québécois. L’auteure s’attaque directement à l’institution littéraire de notre Québec ainsi qu’à la mollesse des débats et critiques entourant le milieu du livre. Ses mots crachent son dédain pour l’industrie capitaliste qui n’aurait qu’engendré des auteurs.es-machines ayant pour objectif de satisfaire les besoins cupides des éditeurs, qui, eux-mêmes, profitent de la passivité de leurs lecteurs, qui sont bien plus à la recherche de divertissements passagers que d’élévation intellectuelle.

Moi, j’aime la littérature américaine ou étrangère. C’est bien mieux que celle que l’on fait ici en ce moment. On écrit mal ici : on est si complaisants. La critique est épouvantablement besogneuse, sans envergure. (- Ça va aller)

Catherine Mavrikakis révèle l’envers du décor de l’institution littéraire au Québec, le tout dans une critique acérée et sans prétention. Depuis quand la littérature est-elle glamour? Plutôt qu’un objet de consommation, ne devrait-elle pas être un outil de dénonciation rhétorique? Dans ma lecture de Ça va aller, j’ai été amenée à me questionner sur la situation et le réel mandat du livre dans notre belle province. Nous avons effectivement ce réflexe presque instinctif de surprotéger – voire de materner – notre littérature, symbole bien trop sacré de notre libération du joug colonial. Comme de fiers parents, nous avons cette vilaine tendance à louanger ad nauseam nos auteurs.es sans même nous questionner sur la véritable qualité de leurs écrits. Nous tapotons la tête de nos écrivains.es, satisfaits de ce qu’ils font, en les récompensant par des galas et des prix aux fonctions trop souvent purement médiatiques.

Le personnage principal du roman, Sappho-Didon Apostasias, se rapproche énormément de celui de Réjean Ducharme dans L’Avalée des avalés, Bérénice. L’auteure Catherine Mavrikakis se fait souvent identifier par ses proches à ce personnage fictif de par ses traits et expressions; rapprochement qu’elle approuve, tout en le détestant. Cet esprit de contradiction entre l’amour et la haine pour un personnage/peuple se retrouve dans son roman et se voit empreint d’une authenticité hallucinante et d’une transparence assez rare de nos jours. Seconde association avec Ducharme au sein du roman, le titre Allez va, Alléluia! du personnage « fictif » Robert Laflamme n’est pas sans rappeler celui de Va savoir, que l’auteur a signé en 1994. Ceux qui me connaissent le savent, je suis une fan de Réjean Ducharme. J’adore l’empressement de ses mots, la complexité de ses personnages, sa vision critique d’une culture populaire exponentielle… Ça va aller se veut, en ce sens, une contre-critique, un genre de mise-en-abîme sur l’état de nos critiques littéraires québécois, sur l’urgence de cerner les véritables motifs derrières ces acclamations et de se détacher du carcan capitaliste qui tente d’avaler totalement notre culture – notre histoire? – afin de recracher quelque chose de vendable, et ce, dans une optique totalement opportuniste.

Bien sûr, Ça va aller ne se veut pas qu’une décharge de haine contre l’intelligentsia québécoise, puisque l’auteur/protagoniste voue un profond amour pour sa province et sa culture. Je vous parlais de contraste un peu plus haut, c’est probablement la trame de fond principale du roman : elle aime, et déteste à la fois son Québec (et sa littérature).

Je vous invite fortement à plonger dans le livre de Catherine Mavrikakis afin que vous puissiez vous forger votre propre idée et comprendre son raisonnement. Les réflexions riches que ce roman apporte ainsi que la violence de ses propos permettent une vision moins périphérique d’un univers aux apparences élitaires. Gardez votre esprit ouvert, et votre sens critique aiguisé.

Et vous, qu’en pensez-vous? Avez-vous des réserves vis-à-vis l’univers littéraire au Québec?

Nos suggestions de lecture « Bande dessinée » du défi Je lis un livre québécois par mois

Le premier roman graphique qui m’a fait tomber amoureuse est Fun Home d’Alison Bechdel. Quelle œuvre remarquable d’intelligence et de sensibilité! C’est ainsi que je me suis mise à davantage lire des romans graphiques et des bandes dessinées. Ma lecture de Les deuxièmes de Zviane est une des plus marquantes pour moi. Tout dans cette BD me plait : le dessin, l’amour, la musique. TOUT. Elle est parfaite et en fait une superbe suggestion de lecture pour ce mois-ci. J’ai décidé d’y aller avec une source presque sûre et de passer le mois de mai avec Zviane. Je lirai Ping-pong. Merci Marie-Hélène, ton article m’a convaincue.
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Ping-pong, « ça parle euh… des arts? C’est comme une espèce d’essai, y a vraiment vraiment beaucoup de texte ». C’est aussi un projet que Zviane a d’abord publié en ligne avant d’en faire un fanzine autoédité dont les 500 exemplaires se sont écoulés vraiment vraiment vite. Ce que vous tenez entre vos mains fébriles, c’est la version augmentée et, surtout, commentée de Ping-pong. Ça veut dire que c’est plus qu’un livre. C’est un espace commun de réflexion où tout le monde se renvoie la balle.

Je tiens tout de même à dire que j’hésite beaucoup et que si le temps me le permet je vais lire Je vois des antennes partout de Julie Delporte qui m’attire beaucoup depuis un certain temps!

Unknown-2La suggestion de Karina 

Unknown-1Le facteur de l’espace de Guillaume Perreault. Je souhaite lire cette BD parce que j’ai beaucoup apprécié son histoire pour sa BD Cumulus. Puis, la maison d’édition est La Pastèque, je ne peux qu’aimer! Malgré que je voulais profiter de ce défi pour découvrir un nouvel artiste de la BD québécoise, je ne peux m’empêcher de me procurer celle-ci.

La suggestion de Roxanne
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Si pour toi, bande dessinée veut dire Lucky Luke et que tu te dis tant qu’à ça, je vais l’écouter à Ciné-Cadeau l’an prochain, ne t’inquiète pas, j’étais comme toi il y a quelques mois! Je voulais vraiment essayer d’aimer ça, mais je ne savais pas par où commencer. J’ai la solution pour toi : Planches. Il s’agit d’une magnifique revue qui présente une foule de bédéistes et d’illustrateurs québécois. Publiée tous les trois mois, Planches traite de toutes sortes de sujets différents, du point de vue d’artistes talentueux et passionnés. Tu peux y trouver des chroniques sport, science, sexologie, etc., le tout sous forme de BD amusantes ou touchantes, ainsi que des entrevues avec des personnes importantes du monde de la bande dessinée. Et le plus beau, c’est que si une planche t’ennuie, tu passes à la suivante!

La suggestion de Stéphanie

Phobies des moments seulsNé d’un blogue du même nom, le titre Phobies des moments seuls, de Samuel Cantin, m’a interpellée. Publiée par la très chouette maison d’édition Pow Pow, la parution est à cheval entre le roman graphique et la bande dessinée pour adultes. Il s’agit de docteur Marcus Pigeon, qui quitte sa Mathilde et la terre pour un périple d’un an dans le « vide interstellaire ». Les interactions entre les personnages à bord de la navette sont ultra loufoques. Livre parfait du défi de mai qui mettra en prime un baume sur votre solitude.

Marion conseille La petite patrie de Julie Rocheleau et Normand Grégoire : « Avec La petite patrie, tirée du roman de Claude Jasmin, on replonge dans le Montréal au temps de la Deuxième Guerre mondiale, autour des rues Jean-Talon, Saint-Denis, Saint-Hubert et Lajeunesse. Une incursion dans l’histoire de mon quartier. J’ai hâte de découvrir! »

Unknown-3Et finalement, Marjorie lira PYONGYANG de Guy Delisle : « Parce que j’ai une fascination avec ce pays, je lis tout ce que je peux sur ce qui s’y passe, je le trouve étrange, perturbant et à la fois fascinant de par son esthétique, sa dictature et son leader. C’est pourquoi PYONGYANG de Guy Delisle me semblait être un choix parfait pour en apprendre encore un peu plus à travers les yeux d’un Québécois ayant mis pied dans cette capitale ou tout est contrôlé. »
9782844141132Et vous, quel sera votre choix de BD ce mois-ci?

Ce qu’on a pensé de nos lectures d’avril, « Première parution »

Le mois dernier, je vous disais avoir envie de lire un roman plein de lumière, un feel good book, comme on les appelle. Et bien, Les anecdotiers a répondu à mes attentes à plusieurs niveaux. Brièvement, l’histoire raconte la vie de François, un des créateurs du mouvement des Anecdotiers et aussi, sa passion avec la belle Corinne. La philosophie derrière le mouvement, l’envie d’ajouter une touche d’humour, d’innocence, de bonheur au quotidien me charme entièrement. Dans ce mouvement devenu planétaire, on fait face à des gens qui veulent tout simplement magnifier la vie et l’embellir, quoi de plus noble. On y fait la découverte de personnages qui veulent redonner du sens à leur existence et c’est par de petites anecdotes ou parfois des immenses que la vie devient plus belle.
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C’est d’ailleurs cette aura de positivisme et de volonté de contrôler sa vie dans le bonheur qui m’avait attirée vers ce roman, mais j’avoue que certains passages m’ont fait rouler des yeux. Non seulement on a l’impression que le roman va dans tous les sens parfois, mais on ne comprend pas toujours l’évolution psychologique des personnages. La relation amoureuse entre Corinne et François, quoique charmante sur plusieurs aspects, m’a semblé futile, tout comme les métaphores utilisées pour l’expliquer.

Ce n’est pas un très grand roman, dû aux lacunes et raccourcis de l’histoire et à l’écriture trop fréquemment ponctuée de lieux communs et de stéréotypes. Toutefois, je conseille ce bouquin bleuté à quiconque ayant besoin d’un peu de gaieté.

La lecture de Roxanne
Poutine pour emporter
Je sais que Poutine pour emporter n’a pas fait l’unanimité chez Le fil rouge. Certaines, Laurence entre autres, l’ont a-do-ré et d’autres ne l’ont même pas terminé. Pour ma part, j’ai bien apprécié ce premier roman de Marie Eve Gosemick. Je ne sais pas si c’est le langage familier utilisé ou simplement la partie de moi qui veut voyager mais qui est trop chicken, mais ce voyage en Colombie afin de fuir ses problèmes, narré par le personnage principal, m’a fait vivre un bon moment.

La lecture de Marion

12834547_10207241344965908_108240118_nJ’ai fait une belle découverte avec ce premier roman d’Elsa Pépin. Empreint d’une grande force poétique et possédant une profonde beauté au niveau du langage et des images, le roman raconte l’histoire de Sarah qui, face à la maladie de sa sœur, se voit dans l’obligation de faire un choix, celui de procéder ou non à un don de moelle osseuse à celle de qui elle a toujours été si différente. Par les thèmes du sacrifice et du don de soi, le roman réussit très justement à nous toucher. De plus, le récit principal côtoie un récit secondaire racontant L’histoire du sang qui, tout en proposant une alternance qui enrichit le roman, est à la fois brillant et accrocheur. Finalement, j’ai particulièrement aimé le personnage de Sara, si complexe et nuancé.

La lecture d’Alexandra

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Lorsque j’ai acheté Soleil de David Bouchet au début du mois d’avril, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Je l’ai surtout choisi pour son titre qui me faisait rêver à ce moment-là, alors que le printemps tardait à prendre sa place. Finalement, j’ai été agréablement surprise par cette histoire charmante : Souleye, venu du Sénégal et que sa nouvelle amie québécoise a baptisé Soleil, vient de s’installer au Québec avec ses parents et son grand frère. Toute la famille désire à tout prix se fondre dans leur nouveau pays et intégrer les nouvelles façons de faire, mais finalement, cela n’est pas si facile à réussir et ils passent à travers plusieurs épreuves difficiles. J’ai lu très rapidement le roman, car l’écriture est très simple et fluide, ce qui crédibilise le fait que c’est un enfant qui relate tout. J’ai aimé visualiser le Québec sous le regard d’un étranger, qui met le doigt innocemment sur des aspects illogiques de notre société en la comparant avec le Sénégal. J’ai aussi aimé me faire rappeler la chance que nous avons de vivre ici, au Québec, particulièrement lors du merveilleux chapitre qui raconte leur première expérience de fin de semaine dans un chalet, en pleine nature. Une belle lecture douce pour le printemps, à lire préférablement sur un banc, au soleil.

Avant Travaux manuels, il y avait Nu

Nu, c’est un recueil de seize nouvelles érotiques toutes québécoises, ce qui le rend d’ailleurs plus intéressant, sorti en 2014. On y retrouve dans l’ouvrage des auteures et auteurs tels que Sophie Bienvenu, Patrick Senécal, et plusieurs autres. Parmi ceux-ci, Stéphane Dompierre, directeur du projet, participe également à la création d’une histoire coquine.

Je n’ai jamais lu de littérature érotique, ou « sentimentale » comme elle est classée en librairie, d’ailleurs j’ai probablement rougi en arrivant à la caisse. Après avoir tant entendu parler de Travaux manuels sorti tout récemment et également dirigé par Stéphane Dompierre, je me suis intéressée au tout premier projet et c’est pour moi une énorme sortie de ma zone de confort. J’ai donc entamé ma lecture « d’adulte » avec de grandes attentes. Sans justement trop savoir à quoi m’attendre.

En lançant le projet, Dompierre cherchait à regrouper plusieurs nouvelles au contenu ludique et sain, comme il le mentionne, il n’y a donc pas de scènes glauques ou déviantes dans ce recueil. Pour les nombreux auteurs du recueil, c’était parfois une aventure en terrain inconnu, parfois non, comme Senécal par exemple qui a déjà exploité des scènes d’érotisme dans ses ouvrages, mais pour les autres artistes qui tentaient le nouveau, le résultat est bon.

On y retrouve une littérature assumée, une littérature qui fait rougir, celle qu’on a l’impression d’être coupable de lire, pris la main dans le sac. C’est une littérature très apaisante de chacun des auteurs par leur délicatesse à créer une histoire qui cause de l’émoi, de l’excitation, du désir. Tentations, désir, on chavire à chaque nouvelle, et il y en a pour tous les goûts, passant de la belle inconnue à l’instructeur viril, du cybersexe en couple ou à plusieurs et j’en passe, pour vous laisser le plaisir de découvrir par vous-même les nombreuses aventures sexuelles du livre. Les récits et les dialogues émoustillent l’esprit. La sexualité est décrite dans l’ouvrage comme une très belle façon de vivre l’amour, mais également une bonne façon de vivre la liberté. Chaque auteur crée son univers tout en laissant bien paraitre sa signature d’écrivain.

Un autre point fort du recueil est l’exploitation de l’image de la femme qui est décrite à travers l’œuvre. Avec une majorité d’auteures, la femme ne se retrouve pas dans une position dégradante, comme on l’observe majoritairement dans la pornographie actuelle. C’est au lecteur de créer ses propres images dans sa tête, ce qui laisse l’esprit libre de toutes barrières, une histoire peut donc avoir différentes interprétations, différentes mises en scène dans l’esprit, puisqu’avec la littérature érotique, chacun imagine bien ce qui lui plait. C’est l’abandon des tabous, c’est un moment à prendre seul ou bien avec un partenaire pour se créer des envies et les vivre.

À ma surprise, c’est une littérature que j’ai bien aimée et que je recommande, je découvrirai par le fait même Travaux manuels avec d’aussi grandes attentes.

Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer : écrire et rire!

J’ai entamé ma lecture de Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer avec plusieurs horizons d’attente. Premier roman de Dany Laferrière, immortel de l’Académie française, il y a de quoi s’exciter! Pourtant, l’utilisation du mot « nègre », le n-word, dit-on même au 21e siècle, me laissait sceptique…

Dany Laferrière

Ici Radio-Canada

Publié en 1985, le récit de Dany Laferrière se déroule à Montréal. Les deux protagonistes, Bouba et Vieux, réfléchissent sur le monde et sur le racisme. Le racisme dont on commençait à s’inquiéter dans les années 1980 au Québec et qui trouve beaucoup de résonance chez le lecteur des années 2000. Je n’ai pas besoin de vous rappeler le scandale de Louis Morissette et des moustiques…

Le ton de Laferrière est toujours très badin : j’ai beaucoup ri en lisant les aventures amoureuses du narrateur, jeune écrivain qui cherche à publier son premier roman. L’écriture est simple, précise, bien qu’enchâssée de références du Coran, d’Henry Miller, de Chester Himes, de jazz, etc. C’est une mosaïque éclectique de couleurs, de sons, d’odeurs et de mots sur fond de canicule montréalaise au Carré Saint-Louis.

Le message du roman est profond, subtil et primordial : la société nord-américaine est inévitablement empreinte de racisme, de sexisme et de préjugés de toute sorte. Le « Nègre » ne possède qu’une valeur exotique, il n’a pas d’identité propre hormis celle du primitif, du sorcier, du baiseur. Et les Blanches ne sont que des femmes qu’on amalgame pêle-mêle, proies de prédilection pour les « Nègres ».

Le constat est sombre, mais le narrateur apprenti écrivain en tire le meilleur parti possible, en amour comme en écriture : il écrit et fait l’amour sans se fatiguer.

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L’éloge des casanières

Avant toute chose, je dois avouer que je suis une pure et vraie casanière. Rien ne m’enchante plus que de cuisiner un plat réconfortant un après-midi, de lire en soirée et de me lover dans une couverture le soir. C’est simple, oui, mais j’adore pourtant ça. Casanière parce que j’aime rester à la maison, j’aime prendre le temps de ne rien faire et de fixer le plafond. Je n’ai pas besoin continuellement de distraction et même si cela provoque parfois de la culpabilité chez moi, ce sentiment de ne rien faire de concret, j’ai rapidement compris dans les dernières années que cela faisait partie de ma personnalité et même plus profondément d’un besoin. Comme de la fondation ultime de mon bien-être ; me retrouver devant du temps, chez soi, tout simplement.

Cette idée du chez soi est complexe et toute simple à la fois. C’est pourtant un sujet qui me préoccupe et me touche. Lorsque j’ai vu que Mona Chollet, une auteure que j’ai découverte grâce à son excellent essai Beauté fatale, qui aborde les standards inatteignables de beauté, venait de publier un essai sur l’espace domestique, je me suis dis enfin!

« Or, dans une époque aussi dure et désorientée, il me semble au contraire qu’il peut y avoir sens à repartir de nos conditions d’existence ; à repartir de ces actions – à peine des actions, en réalité – et de ces plaisirs élémentaires qui nous maintiennent en contact avec notre énergie vitale : trainer, dormir, rêvasser, lire, réfléchir, créer, jouer, jouir de sa solitude ou de la compagnie de ses proches, jouir tout court, préparer et manger des plats que l’on aime »

Enfin, je vais me sentir comprise et essayer d’éliminer cette angoisse et cette culpabilité qui se pointent le bout du nez souvent quand je passe une matinée voire une journée à simplement faire ce qui me plait, sans sortir dehors (bon, depuis que j’ai un chien, les choses changent, mais rien de m’empêche de sortir en pyjama et de revenir me blottit au chaud : ni vue ni connue!)

Chez soi est un essai alternant entre l’intime et l’histoire. Chollet part de sa propre prise de conscience de son casanisme (j’ai inventé un mot!) pour parler de ce que l’espace domestique représente dans notre société. Il y a donc clairement un point de vue sociologique à cet essai et cela m’a énormément plu. Elle traite à la base de la notion d’espace pour soi. Peu rares sont ceux qui n’en ont simplement pas et les causes sont nombreuses ; pauvreté, population grandissante et même le marché de l’immobilier en hausse. Ces réflexions sont nettement nécessaires, simplement pour comprendre que ce n’est pas si acquis que d’avoir la chance de pouvoir se blottir dans un lit chaque soir. J’avoue avoir pris conscience de ma chance et de celle de mon entourage d’avoir un endroit à soi, une chambre à soi qui nous permet de vivre entièrement sans continuellement craindre la nuit, le froid, la faim, etc.

« Le temps est le trésor vital des casaniers. »

De plus, l’espace domestique a longtemps été associé à la femme. Et encore aujourd’hui, les femmes sont celles qui passent le plus de temps à entretenir la maison, les repas, etc. L’aspect féministe du bouquin m’a touchée, parce qu’on le sait, le privé est politique. Le rôle traditionnel des femmes en tant que ménagère modifiait totalement le rapport avec le Chez soi. Il n’y avait pas de notion de choix dans cette obligation féminine de créer un logis parfait pour le mari et les enfants.

Finalement, je pense que Mona Chollet et moi on serait de très bonnes amies. Non seulement elle est fascinée par les rapports d’aliénation reliés à la beauté féminine, mais elle ressent aussi, tout comme moi, cette lourdeur du 21e siècle à la performance et il existe en elle cette envie de simplicité, de calme.  Le phénomène de plus en plus grandissant du #Slowlife m’attire énormément et aussi me comble de stupéfaction, comment se fait-il qu’on se doit de planifier de prendre le temps?

«  Que l’on considère le temps comme une chose inerte, ayant vocation à être « occupée », « remplie » ou « utilisée », contribue à expliquer l’incompréhension à laquelle se heurtent les casaniers. Leur entourage présume qu’ils ne peuvent que s’ennuyer mortellement, alors que, en s’extrayant de la course folle du monde, ils font l’expérience de la nature et de la texture vivantes du temps. Ils sont parmi les derniers (avec les enfants, probablement) à s’y lover en toute confiance. »

Cet ouvrage deviendra un peu ma bible, j’en suis certaine. Je vais m’y plonger les jours où je me comparerai à ces gens qui n’ont pas besoin de se retrouver quelques heures sous la couette pour faire le bilan ou les soirs où je culpabiliserai des journées passées à créer, écrire, lire sans avoir passé le balai. Chez soi, cet éloge des casaniers m’a confirmé qu’on a toujours le choix de créer son mode de vie et que l’important, c’est simplement de créer un style de vie adapté à ses envies et à ses besoins.

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Bienvenue à Saint-Icitte

Nous voilà invité dans un drôle de village. Nous suivons l’arrivée d’une étrangère, une bohémienne, une sorcière, une bergère et ses centaines de moutons. La population de ce curieux village se trouve à être très fermé et rempli de préjugés face à cette femme. Qui est-elle ? Que fait-elle ici, à Saint-Icitte, là où personne n’a jamais quitté le village ? Les villageois feront tout pour qu’elle déguerpisse de sa bute ! Déjà à la première journée ils déplacent leur affiche de «Bienvenue au village de Saint-Icitte» pour qu’elle ne soit plus sur leur territoire.

Heureusement, la bergère est une femme positive. C’est justement grâce à elle que nous faisons la connaissance des villageois. À chaque accueil ceux-ci tentent d’être le moins accueillant possible. Cependant, étrangement, ils se sentent à leur aise à sa présence. Est-ce parce qu’elle leur jette un sort ? La bergère réussit à rendre à l’aise les gens et écoute leurs confidences. Ils lui parlent des problèmes qu’ils vivent, que ce soit la soif du voyage, le fait de ne jamais réussir à faire à manger, à être intolérant au lactose et être laitier… La bergère a toujours une solution !

Mais, ce qui fait en sorte que les Saint-Icittois la craignent toujours, est que depuis qu’elle est au village il n’y a que le mauvais temps. Les gens craignent pour leurs récoltes, et le météorologue annonce même une énorme tempête ! Tous les villageois se mettent alors à la conception d’une arche, comme l’arche de Noé, sans l’inclure dans le projet. Heureusement pour la bergère, un homme est tombé en amour fou. Tellement qu’il a décidé de faire ce que personne dans le village n’a jamais fait : quitter le village et revenir avec un présent pour sa douce. Reste à savoir s’il arrivera avant la tempête !

Ce que j’ai pu constater au cours de ma lecture, c’est que Katrine Parent a écrit son roman sous la forme d’un conte. Voilà le pourquoi des nombreux jeux de mots; l’auteure en a mis partout! Et c’est, je crois, pourquoi j’ai apprécié ma lecture. Katrine Parent a un bel humour. Ses jeux de mot sont aussi accompagnés de liens. Je prends par exemple le laitier au nom de Nico-lac Tose, qui est allergique au lactose, c’est plutôt ironique! Nous retrouvons aussi le vendeur du magasin général qui se nomme Yvan Dettoute. Ma lecture m’a permis de gagner plusieurs sourires! Elle fait également des jeux de mots lorsqu’il est question de prendre une tasse de thé. Par exemple : un intimithé qui signifie «Un thé qui ne se boit qu’en compagnie de personnes chères».

Et la morale de cette histoire se trouve à être une métaphore. Le village de Saint-Icitte pourrait représenter le Québec et la bergère serait ses nouveaux arrivants. Beaucoup de gens craignent la nouveauté et l’arrivée massive d’immigrants peut faire partie de leurs craintes.

Tout comme pour chaque conte, on en ressort grandi de cette lecture!

Le fil rouge tient à remercier les éditions du Boréal pour le service de presse.

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L’hiver, hier : un peu de fraîcheur d’antan

 

Il ne fait pas si chaud, mais il y a un soleil de plomb à Montréal. J’ai troqué les bottes Sorel contre mes Converse poids-plume et c’est la journée parfaite pour instagramer #sansfiltre le printemps qui vient d’arriver. Pourtant, lire L’hiver, hier de Michel Garneau m’a quasiment rendue nostalgique des vrais gros bancs de neige de campagne. Et ce, malgré l’hiver québécois qui finit toujours par exceller à s’étirer.

Avec L’hiver, hier, Michel Garneau nous ramène dans le temps en grosse motoneige (à hublots!) de Bombardier. On se retrouve à « Saint-Quelquechose-des-Hauteurs », année 1958, époque où Maurice Richard est nommé athlète de l’année, où Camilien Houde est décédé et où les Canadiens de Montréal remportent la Coupe Stanley. Une grosse année au Québec. Il y a déjà près de 60 ans, mais c’est un peu hier en même temps.

J’ai pris plaisir à me raconter ce livre à voix haute. Une histoire vécue de l’auteur qui, alors qu’il avait 18 ans, va passer les Fêtes dans la famille de sa fiancée de l’époque, âgée de 16 ans. En nous amenant chez Pépère et Mémère par une nuit bien noire d’un hiver généreusement blanc, l’auteur nous transporte dans un ailleurs connu et réconfortant, nous titille les sens et nous donne la faim.

Les grandes tables mises ensemble sont vites couvertes de tourtières, cipayes, ragoûts de pattes avec des boulettes et tous les condiments, les marinades, et le pain, le beurre, les cretons, la tête fromagée, les petits oignons, on reste debout et on grapille, on remplit nos assiettes. p. 26 (Je vous avais prévenus, désolée pour la fringale).

Se trouvant plongé dans le brouhaha d’une demeure où il y a tellement de monde qu’on ne se donne même plus la peine de se présenter, le Montréalais devient le confident de service, entend toutes sortes d’histoires et des secrets de famille pas toujours reluisants. On apprend à en connaître quelques-uns dans le lot, à travers une version colorée de la langue de chez nous. Et ça ne semble pas chose facile d’être le petit gars de la ville catapulté pour 10 jours dans ce microcosme familial de culture rurale.

Tous les soirs, il y a le rituel de la ponce bien chaude et les conversations reprennent, des conversations où la plupart du temps je ne comprends rien, toutes pleines qu’elles sont de références à toutes sortes de gens que je connais pas et d’allusions et de sous-entendus et de phrases qui finissent tout à coup avec un regard, une moue, un clin d’œil, un soupir, des conversations pleines de trous, truffées de tout ce qui n’est pas dit. p. 72

Malgré les nombreux dits et non-dits qui peuvent donner des petits frissons de malaise, la dernière parution du poète, dramaturge, comédien et musicien Michel Garneau réussit toujours à nous réchauffer le cœur à coup de poêle à bois, de rires et d’eau-de-vie. L’hiver, hier, à lire avec des bas de laine et un café fumant ou quand il fera plus chaud, question de se donner un peu de fraîcheur d’antan.

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Mon amour pour Zola

Je ne peux pas réellement dater quand mon amour pour Zola a commencé. J’ai l’impression qu’il a toujours été là, comme un ami fidèle. J’étonne souvent les gens lorsque je le nomme comme mon auteur favori, car beaucoup gardent un souvenir poussiéreux d’une lecture obligatoire au secondaire. J’aimerais que Zola soit adulé par tous à sa juste valeur, mais je suis bien consciente qu’il peut faire peur et qu’il n’attire pas de prime abord, souffrant de sa mauvaise réputation liée au Réalisme/Naturalisme et de ses longues descriptions ainsi que de son manque de fraicheur.

Mais pour moi, Zola c’est tout. C’est la concentration de tout ce que je recherche dans la lecture : rêver à travers des histoires d’amour fortes et réalistes, m’attacher à des personnages clefs, comprendre mieux la nature humaine, apprendre sur l’Histoire, voyager et m’abreuver de mots puissants et poétiques.

Zola a développé une fresque humaine à travers une série appelée Les Rougon-Macquart, composée de 20 romans. L’œuvre suit une famille sur cinq générations, tout en dépeignant la société française de la deuxième partie du 19e siècle. Cette époque a connu beaucoup de bouleversements (urbanisme parisien, grands magasins, développement du chemin de fer, apparition du syndicalisme moderne…) et donne merveilleusement du relief aux péripéties de la famille que peint Zola.

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Pour moi, l’épopée de la Famille Rougon-Macquart s’apparente aux séries télé qu’on dévore sur Netflix. Lorsqu’on tombe sur une émission qui nous plait, on n’est plus capable d’arrêter de la regarder et les personnages deviennent nos amis. Comme une série s’étale souvent sur une centaine d’épisodes, on a le temps de bien comprendre leur psychologie et de les apprivoiser comme de vrais êtres à part entière. Comme les mêmes personnages de Zola reviennent dans plusieurs des livres de la saga et qu’ils sont tous liés par le sang ou le mariage, on finit par si bien les connaître.

Mais dans les séries, il y a souvent des saisons qui sont mieux réussies que d’autres ou des personnages qu’on aime moins et qu’on a hâte qu’ils disparaissent. Pareillement, sur les 20 livres, il y en a que je ne conseillerais qu’à certaines personnes et d’autres que je n’ai jamais relus, car la première lecture avait été trop ardue. Mais la plupart m’ont accompagnée tout au long de ma vie et valent tellement la peine de passer outre l’appréhension des longues descriptions, qui sont d’ailleurs, selon moi, comme une peinture nécessaire pour prendre le temps de s’arrêter et de contempler le paysage tel qu’il est.

Voici les trois romans que je conseille pour découvrir et apprécier Zola :

La Curée

La Curée est de loin mon roman préféré de Zola et raconte l’histoire de Renée, une jeune femme mariée à un homme beaucoup trop vieux pour elle, Saccard. Ce dernier a eu un fils d’un premier mariage, Maxime, dont l’âge se rapproche plus de Renée. Les deux commencent donc à s’amuser ensemble. Riches et sans but dans la vie, ils ne font que sortir dans les bals, boire du champagne, danser à s’étourdir et profiter de la nuit parisienne débauchée, qui commence à prendre son envol. Ils finissent par se séduire et passer à l’acte, ce qui mènera Renée à la folie. L’histoire scandaleuse et légèrement incestueuse se déroule sur fond historique : le mari trompé, Saccard, gagne son argent en spéculant sur les futurs terrains où se bâtissent les immeubles haussmanniens et les grands boulevards, qui font de nos jours la beauté de Paris. Pour construire cette nouvelle architecture, des quartiers entiers de la ville ont été rasés et certaines personnes y ont bâti de véritables fortunes.

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L’Assommoir

Cette fois-ci, on sort de la classe bourgeoise pour toucher la condition ouvrière. On y suit Gervaise, blanchisseuse de formation, venue de région pour s’installer à Paris. Déçue par les hommes qui abusent de sa gentillesse, elle sombre dangereusement dans l’alcoolisme et perdra toute dignité. À l’époque, le roman avait fait scandale, car il décrivait trop crument la misère du peuple ouvrier. Même si de nos jours, on ne se choque plus pour si peu, le roman est encore criant de réalisme sur les effets de l’abus d’alcool et la misère des femmes non éduquées, abusées par les hommes.

Nana

Nana est la fille de Gervaise, dans L’Assommoir. Pauvre et ayant eu un enfant à seize ans d’un père inconnu, elle se prostitue dans la rue. Puis, elle tombe sur un homme plus riche qu’un autre qui va la loger, ce qui l’aidera à démarrer une petite carrière d’actrice et à l’élever à un rang un peu plus élevé de maîtresse d’hommes aisés, qu’elle fait tourner en délire avec ses déhanchements et ses robes affriolantes.

Et vous, gardez-vous un bon souvenir de Zola ou avez-vous été traumatisés? Quels sont ses livres que vous avez le plus appréciés ou au contraire, détestés?

Le Monstre d’Ingrid

J’ai longtemps cherché l’angle que j’allais prendre pour vous parler du récit autobiographique et première parution de la comédienne et auteure Ingrid Falaise. Parce que lire Le Monstre, ce n’est pas drôle, ce n’est pas joyeux et c’est surtout frustrant d’être aussi impuissant en tant que lecteur face à ce récit épouvantable. Un livre qui nous raconte une véritable histoire puissante sur la violence conjugale, la douleur physique et mentale subie, la manipulation d’un être qui devrait nous protéger et nous aimer, ça ne peut que soulever toutes sortes d’émotions en nous, qu’on soit passé par là ou non. En lisant le livre d’Ingrid, croyez-moi, je suis passée par toute une gamme d’émotions, que ce soit la pitié, la tristesse, la joie, l’espoir, mais la plupart du temps, la colère, j’étais vraiment en colère, je dirais même en maudit contre Ingrid, mais surtout contre « M ». La féministe que je suis a été très souvent mise à l’épreuve lors de cette lecture et malheureusement, pour nous les femmes, des histoires comme celle d’Ingrid, il en existe encore beaucoup trop.

C’est sa vie de 18 à 20 ans qui nous est présentée dans ce livre qui est le plus grand cauchemar de toutes les filles de ce monde. Rapidement, l’histoire se passe comme suit : Ingrid (qui changera thumbnail_IMG_6962son nom pour Sophie) rencontre « M » dans un club du centre-ville de Montréal (« M » dont on ne connaitra jamais le nom, ni la provenance, mais on apprendra rapidement que M signifie Monstre, Manipulateur et la première lettre de son prénom et nom de famille), et dès le premier regard c’est le coup de foudre. Un homme magnifique, charmant, à qui tout semble réussir et qui lui chante la pomme comme jamais elle n’aurait pu l’imaginer. Hélas, sa lune de miel ne durera pas très longtemps, car rapidement et sournoisement « M » se présentera sous de moins bons jours. Il deviendra un manipulateur, un être violent, un violeur à un certain moment du récit, il nous sera même représenté comme un gourou de secte, car son pouvoir est si fort sur les gens qui l’entourent, et finalement comme un véritable monstre. Sophie (Ingrid), en amour par-dessus la tête avec son « M », ira jusqu’à le rejoindre dans son pays d’Afrique, loin de sa famille, de ses amis et de son monde pour mieux permettre à « M », finalement, de l’isoler et de la posséder à lui seul. Elle mentira à son entourage leur faisant croire qu’elle vit un rêve alors qu’elle est enfermée et battue dans le monde de son « M ». Elle se comparera elle-même à « Chien », le chien non-nommé de son « M » qui est enfermé 24 heures sur 24 dans un enclos adjacent à la maison de la famille de son bourreau et qui n’a jamais reçu un signe d’amour depuis sa naissance.

Bref, en faisant la lecture du livre d’Ingrid, on a l’étrange impression d’être dans une montagne russe, mais une montagne russe franchement désagréable, celle dont on sort la tête étourdie et le besoin de rentrer à la maison. Passant des rares bons moments qu’elle a vécus dans cette histoire aux pires moments inimaginables en l’espace de quelques lignes. Elle retournera vers lui plusieurs fois malgré le fait qu’il la frappera à nouveau, il la détruira à petit feu, la laissant pratiquement pour morte et la fera sentir comme une moins que rien, spécifiant tout l’amour qu’elle a pour lui et le pouvoir qu’il a sur elle. Elle ira même jusqu’à l’épouser dans son pays lointain espérant que son « M » gentil reviendra, alors que la situation dégénèrera davantage à la suite de cette union.

Sa famille étant présente tout au long du récit, on se demande à quel point elle pouvait être une excellente menteuse ou à quel point tout simplement la famille est impuissante dans une situation comme celle-ci pour ne pas avoir agi plus fortement. On a envie de prendre Sophie (Ingrid) dans nos bras (souvent!), de la serrer fort, de la rassurer et de lui dire viens et ne retourne jamais rejoindre cet homme, comme son père et sa mère le tentent si bien. On a envie de l’aider, mais on a surtout envie de changer les choses en lisant un récit comme celui-ci. C’est en atteignant le fond, sur le bord de la mort et l’instinct de survie dans le tapis, que le récit s’achève pour ensuite donner une lueur d’espoir à tous les gens, hommes et femmes, prisonniers d’une relation comme la sienne et que le livre se termine bien.

Pour conclure, je dirais que Le Monstre est une lecture nécessaire pour essayer de comprendre comment on doit se sentir dans une pareille relation, pour nous ouvrir les yeux et nous faire réaliser des choses, mais surtout pour cesser de juger les personnes prisonnières de ce type de relation. À lire en gardant l’esprit ouvert et le sens du jugement aiguisé, car sinon ce livre pourrait bien faire partie de votre liste jamais terminée, à cause de la douleur ressentie en le lisant. Un livre poignant, difficile à se sortir de la tête même plusieurs jours, voire plusieurs semaines après l’avoir terminé.

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