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Littérature & bouffe : accords parfaits #2

Après une première sélection, voici une deuxième partie de suggestions pour accorder vos deux activités favorites : lire et manger! N’hésitez pas à partager en commentaires vos bouquins favoris associés aux différentes régions du monde proposées ici! Bon appétit… et bonne lecture!

Littérature russe : Soupe bortsch (potage de betterave) et kvas (boisson pétillante légèrement alcoolisée)

Lors d’un séjour en Europe, mon ami Philippe a fait la connaissance d’une fille ukrainienne, qui est venue lui rendre visite il y a quelques mois. J’ai eu la chance de goûter à une soupe bortsch traditionnelle, qu’elle avait elle-même concoctée, et croyez-moi, c’était succulent! Elle nous a d’ailleurs mentionné que c’est un plat très courant dans ce coin de pays. La soupe bortsch est aussi très facile à préparer : vous vous sentirez en Russie en moins de deux! Sinon, pour accompagner votre bonne soupe, plusieurs livres peuvent satisfaire votre panse intellectuelle. J’avoue ne pas trop m’y connaître en littérature russe, mais j’ai épluché LES INTERNETS et ouvert grand mes oreilles pour recueillir des suggestions pour vous!

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La belle sélection de Laurence pour découvrir Tolstoï!

Un classique : Anna Karénine de Léon9782070359486FS Tolstoï – indémodable. Lisez l’article de Laurence pour une belle introduction à Tolstoï.

Un contemporain : Mensonges de femmes de Lioudmila Oulitskaïa – des histoires de la vie quotidienne, qui mettent en scène des femmes menteuses… Rigolo!

Un policier : Le Requiem d’Alexandra Marinina – l’auteure est criminologue! Cool, non?

Un plutôt politique : Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgkov – pour l’amalgame des styles et la critique du régime soviétique.

 

Les Balkans : Byrek (pâtisserie salée faite de pâte phyllo, fourrée au fromage et aux épinards) et raki (alcool très fort à base de raisin)

C’est mon copain qui m’a donné l’idée de vous suggérer des romans de ce coin du monde. Ayant lui-même visité une partie de l’Albanie et de la Croatie, il m’a fait prendre conscience que peu de gens (moi la première!) connaissent cette littérature, pourtant riche. En effet, les conflits politiques que vit cette région du globe nourrissent les romans de plusieurs auteurs.es, sans pour autant tomber dans le mélodramatique. Certes, il faut se préparer à ces lectures : elles sont peu réconfortantes pour les Occidentaux que nous sommes. Or, elles peuvent justement nous ouvrir les yeux sur ce qui se passe dans ces pays. Pour affronter ces pages parfois dures, les byreks et le raki seront bienvenus!

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Paysage de l’Albanie

Un écrivain engagé : Avril brisé d’Ismail Kadaré – une histoire de vengeance, qui nous plonge dans un univers absurde et vient ébranler nos perceptions.

Un classique : Contes de la solitude d’Ivo Andric – on y rencontre plein de personnages, au destin déchiré par les conflits de leur pays.

Un contemporain : Liaisons morbides de Cecilia Ștefănescu – une histoire d’amour qui choque, qui nous confronte à d’autres lectures moins piquantes…!

Un plutôt politique : Ana Marija ne m’aimait pas de Ljiljana Habjanović-Durović – les conflits de cette région du monde à travers les yeux d’une fillette.

 

Littérature africaine : Mafé (ragoût d’arachides) servi avec du riz et accompagné de vin de palme.

La cuisine africaine se divise par régions et elle offre une variété d’ingrédients. Si chaque région offre ses spécialités, j’ai arrêté mon choix sur le ragoût d’arachides (parce que j’adore la sauce aux arachides!). Mais vous pouvez trouver toutes sortes de recettes inspirantes sur le site www.recettesafricaine.com. Je salivais en lisant le nom des plats sur le site et en imaginant l’odeur qu’aurait mon appartement! Pendant que le tout cuit et que votre appartement est envahi d’odeurs, vous pouvez plonger dans des œuvres magnifiques, qui vous feront découvrir une plume nouvelle.

De la poésie : Les Armes miraculeuses d’Aimé Césaire – assurément un des meilleurs poètes que j’ai lu. Ses textes sont d’une beauté émouvante.

Un contemporain : Disgrâce de J.M. Coetzee – j’avoue tricher un peu : cet auteur est né en Afrique du Sud, mais a également la nationalité australienne et écrit en anglais! Néanmoins, ce roman a pour thématique la société sud-africaine et ses enjeux sociaux difficiles.

Pour en apprendre sur l’Afrique du Sud : Fille de burger de Nadine Gordimer – cette écrivaine, qui a reçu le prix Nobel de littérature, a combattu l’apartheid. Dans ses écrits transparaissent sa sensibilité pour la situation des Noirs et la lutte pour le racisme, dans laquelle elle s’est engagée tout au long de sa vie.

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La photo de Marion!

Un roman engagé : Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie – non pas que les autres livres proposés n’étaient pas engagés, mais cette auteure m’est particulièrement intéressante… Vous comprendrez pourquoi en lisant les chroniques de Marion et de
Marjorie
!

Quand il faut attendre…

Non, je n’ai pas de romans publiés ni aucun autre recueil littéraire, mais cela n’enlève rien à ma valeur d’écrivaine. Je passe mes journées, mes soirées et surtout les douze mois de l’année entourée de mots, d’idées et de moments de génie. Donc, oui, je suis à cent pour cent écrivaine et fière de l’être. Je suis la plus comblée des jeunes femmes quand j’arrive à faire voyager des lecteurs ou à faire rêver les gens avec mes mots.

Néanmoins, il y a des moments où j’ai honte de porter mon titre d’écrivaine et c’est quand mes pensées sont toutes noires. C’est le néant! Je n’ai plus d’idées ni de créativité et je me retrouve plusieurs semaines ou mois devant une page de Microsoft Word blanche ou mon carnet de notes vide. Je n’avais jamais cru au syndrome de la page blanche ou au blocage de l’écrivain, comme l’appellent certains. Je me disais que les écrivains étaient paresseux ou qu’ils faisaient exprès pour nous faire attendre pour le prochain tome de leur roman. Par contre, quand cela t’arrive, tu veux te cacher dans un trou noir et ne plus en ressortir. Tu as honte, mais encore plus, tu es frustrée, car tu as toujours su que tu pourrais te fier à tes mots pour mettre un sourire au visage. Tu ne penses pas, un jour, décevoir ton équipe, tes lecteurs ou toi-même puisque tu es une écrivaine et tu n’es jamais en manque d’inspiration. Tu es la maîtresse des mots et tu as plus d’un tour dans ton sac.

Cependant, il y a des moments où tu n’as plus de cartes à jouer et tu dois attendre…

Attendre.

Attendre.

Et attendre qu’un éclair de génie te frappe ou que le fantôme de l’opéra t’apporte un fil conducteur. En effet, en tant qu’écrivaine, tout dans notre environnement devrait nous inspirer : le café qui tombe dans la cafetière, la couleur du pelage du chien de ta voisine ou l’éveil du printemps. Beaucoup peut inspirer, mais ce ne sont pas toujours les meilleures idées. Ce blocage arrive à tout le monde, tel un étudiant qui doit rendre un travail de fin de session, sauf que les mots ne suffisent pas pour remplir une page. Les peintres et les compositeurs font face aussi à ce problème, on n’est jamais seul dans une situation. Le manque d’inspiration est bien sûr la cause de ce syndrome, mais souvent la peur de l’imperfection est la bête noire. On doute de nous-mêmes, de nos idées et de notre capacité à mener une histoire à terme. Ce manque de confiance en nos habiletés peut durer plusieurs heures, mois et années et cela peut amener à l’abandon de quelques projets.

Certains projets sont mis de côté, car on a trop d’inspiration. Les mots, les images et les personnages se bousculent dans notre tête comme une tornade… une tornade qui devrait nous faire du bien puisqu’elle n’apporte pas de la destruction pour une fois, mais du bien. Il y a aussi un autre problème et c’est quand on a beaucoup d’idées et peu de temps pour tout écrire. On est aussi coincé que lorsqu’on n’avait point d’idées. On n’est pas plus avancé dans notre situation. On n’a pas d’autre choix que de continuer d’attendre…

L’envers du décor- processus d’écriture, deuxième partie

J’ai toujours fait les choses un peu à ma tête, j’apprends d’une manière moins conventionnelle, je perçois la vie avec ma vision bien personnelle. Okay, tout le monde est différent, comprend et apprend de manière unique. Disons plutôt que je ne suis pas très bonne pour me perdre dans des moules. Alors même si j’ai étudié en littérature quelque temps, même si j’ai toujours écrit et même si j’ai décidé d’aborder le roman, je le fais à ma manière et comme je le sens surtout. Dans toutes circonstances de ma vie, l’émotion passe avant tout. Je suis une femme de feeling et je tends de plus en plus à développer cela dans tous les pans de ma vie. Mon rapport à l’écriture a donc toujours été plutôt intuitif, sans jamais vouloir se fondre dans les modèles ou suivre les «façons de faire». Ça m’a pris des mois pour me détacher de toutes les influences extérieures qui, me semblait-il, me gardaient toujours trop à la surface de ce que je cherchais à atteindre dans mon écriture et dans mon histoire. Je suis passée par plusieurs styles et par quelques types de narration, jusqu’à m’en détacher complètement et à tout simplement laisser parler mon univers et mon personnage principal. J’ose le dialogue d’égal à égal. J’avais débuté l’écriture dans une liberté totale où j’écrivais à la main, à la chandelle, le soir, dans un chalet, avec de la musique dans les oreilles. J’écrivais à la troisième personne du singulier et je semblais étouffer avec mon personnage, alors j’ai tâché de tout changer. Je me suis mise à avoir un horaire fixe, à tout réfléchir et à travailler à l’ordinateur, dans le silence, jusqu’à ce que je n’entende plus rien. Tout avait cessé d’avancer, même mon personnage se trouvait prisonnier d’un immense labyrinthe. Un soir, j’ai allumé des chandelles, j’ai sorti mon stylo et branché des écouteurs à mes oreilles puis c’est revenu. Cette fois mon personnage parlait au «je», il voulait s’exprimer, être entendu, alors je lui ai donné parole.

12468140_666376160172022_1273673736_n - CopyJe me questionnais beaucoup par rapport à mon style d’écriture, autant sur ma façon de construire les phrases que sur l’atmosphère très symbolique de mon écriture. Je me demandais si ça valait quelque chose, puis comme je m’étais dit que moi aussi je pouvais écrire un roman, je me suis dit que ce n’était ni plus ni moins que mon style à moi et que je n’avais qu’à le suivre. Juste pour voir ! Je ne sais jamais si c’est commun ou si c’est quelque chose que je vis personnellement, je ne me pose pas tant la question et puis je me trouve bien seule avec tout cet univers qu’est la création littéraire. Il m’arrive trop peu de pouvoir en parler ou de partager. Et mon silence vient du fait que je développe tranquillement cette forme de création et l’estime grimpe doucement en parallèle. Donc, une fois de plus, je me permets de parler ici de ma propre perception de la construction d’un monde littéraire. Je crois que, tout comme en arts visuels, j’ai une approche symbolique de la création. Pour moi, le monde des rêves, la nuit ou éveillée, celui des désirs, des fantasmes et de l’inconscience sont aussi réels que cette vie que je parcours les yeux ouverts dans un quotidien, dans lequel je cherche continuellement mes repères. Il n’existe aucune frontière entre cette supposée réalité et tout le reste. Et qui dit rêve, par exemple, dit symboles. Comme dans ma manière d’aborder les arts visuels, avec la gestalt thérapie, je conçois le processus d’écriture un peu de la même manière. Et c’est pourquoi je crois que j’ai tant besoin de la réclusion artistique, pour avoir lieu, temps et espace suffisants pour voir ces images qui sont miennes, entendre cette voix qui est la mienne, celle de l’âme, la plus vraie de toutes, du moins celle qui s’en approche le plus. Jusqu’au moment où j’ai senti que la voix de mon roman, celle de mon personnage, mais aussi celle de l’ensemble de l’œuvre en construction, était la mienne, enfin, il y a de cela très peu de temps, j’ai senti que j’avais besoin de prendre un léger recul en terme de lecture. J’avais pris l’habitude de lire beaucoup pendant le processus d’écriture. Pas que du roman, mais de la poésie, de la biographie, de l’essai, etc.. Mais dernièrement, j’ai pris une distance pour entendre plus clairement ce qui tendait à sortir de mon esprit pour s’imprimer sur papier, puis sur l’écran de mon ordinateur.

12992715_716348648508106_883073803_nMais tout de même, pendant des mois, j’ai lu beaucoup entre les phases d’écriture. J’ai d’abord pensé à relire quelques romans que j’aurais aimé écrire ou dont j’appréciais l’histoire ou le style de l’auteur. Je pense entre autres à La marche en forêt de Catherine Leroux, Les filles bleues de l’été de Mikella Nicol et Les laboureurs du ciel d’Isabelle Forest, trois romans que j’ai relus avec grand plaisir. J’ai aussi lu une panoplie d’autres romans qui m’ont tous laissé un petit quelque chose d’eux et qui, peut-être, sans le savoir, m’ont permis de comprendre quelque chose sur moi et sur le monde et que cela se reflète dans mon écriture et dans mon roman. La beauté de la lecture, le passage des mots, la vivacité des idées, la capacité à créer des liens entre soi et le monde par la lecture, la vie et l’écriture, c’est presque magique. Autres que les livres, certains personnages réels ou fictifs m’ont aussi inspirée, que ce soit des gens croisés dans la vie ou sur écran. Je pense entre autres à la danseuse Isadora Duncan qui m’a inspiré le mouvement de mon histoire, avec sa biographie Ma vie et au film Big fish pour l’extraordinaire parallèle entre la vie et le conte. Il serait long et ardu de compiler la liste de mes inspirations, puisque tout ce que je vois, sens et ressens m’inspire.

Voilà enfin le point qu’il me tardait d’aborder, c’est-à-dire ma relation créative face à l’espace et au lieu de travail et mon rapport au temps, que ce soit dans la vie ou même dans l’histoire. Il est important d’apprendre à se connaître pour savoir comment on travaille, comment on crée, mais aussi pour servir le mieux possible notre création, que ce soit dans son fond ou dans sa forme. C’est avec la gestalt en arts visuels que j’ai pris conscience de l’importance du lieu de création et de là, entre autres, est née la réclusion artistique. Presque tous les artistes, visuels, écrivains ou autres, sentent un jour le besoin de s’isoler, de se couper de tout et de tout le monde pour se connecter entièrement à leur création. Ils trouvent différents noms pour décrire l’idée, avec une amie écrivaine, on a décidé d’appeler ça réclusion. Outre le fait de se couper de tout, l’idée est de prendre conscience de comment on habite un lieu, de notre manière hautement personnelle de sentir le temps nous traverser et d’utiliser l’espace, souvent restreint, d’un lieu clos pour s’ouvrir à une autre forme de liberté et se permettre de vivre sans minute, sans heures et surtout, surtout sans attentes. Nous devenons inatteignables et c’est comme si nous avions enfin la permission de partir en voyage au centre de nous, de vivre l’introspection totale. Tout cela permet d’effleurer des zones floues auxquelles nous ne portons pas attention habituellement. Toutes ces pertes de repères habituels. Et c’est encore plus fort de vivre cela dans une solitude pleine. On touche le vide, on le calcule, pour le transposer dans la création. C’est fort. C’est beau. Ça devient inévitable pour moi ce besoin de plonger, de replonger et à chaque fois, j’ai cette certitude d’avoir fait un bond énorme dans ma création. Mais je ne dis pas que c’est facile. Simple, oui, mais pas facile. C’est même très difficile. Surtout la première journée, ensuite le rythme s’installe et la connexion se fait et là, quelque chose se passe. Je pourrais facilement comparer cela aux trois pages d’écriture du matin, proposées par Julia Cameron dans Libérez votre créativité. Ce n’est qu’au bout des trois pages, comme au bout des trois jours de réclusion, que je privilégie, que je sens l’évolution. Et comme lorsque l’on sent qu’un tableau est terminé, vient un moment où tous les morceaux du roman se mettent en place et ne reste plus qu’à terminer l’écriture, en sachant que le plus gros, ce grand mur qu’il fallait franchir, est enfin tombé.

12992868_716348725174765_103952028_nMon roman me fait voyager, nous déambulons ensemble. À travers tous ces lieux, ces espaces, ces moments passés ensemble, on se transforme, on se crée. Il était inévitable pour nous deux de se retrouver à Percé, la belle, avec son énergie minérale et son âme si puissante, pour que je puisse me réaliser en me rendant au bout de ce projet et ça y est presque !

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Libérez votre créativité, Julia Cameron

La marche en forêt, Catherine Leroux

Les filles bleues de l’été, Mikella Nicol

Les laboureurs du ciel, Isabelle Forest

Ma vie, Isadora Duncan

Big Fish, Tim Burton

L’envers du décor- processus d’écriture, première partie

Il m’est arrivé, à quelques reprises déjà, d’effleurer le fait que je suis présentement, et ce depuis plusieurs mois, en plein processus d’écriture. J’ai pensé qu’il serait intéressant de vous partager l’envers du décor de l’élaboration d’un roman, à partir de mon expérience personnelle. Voici donc, en deux parties, le récit de mon voyage au cœur même de la littérature.

Tenez-vous prêtes et prêts, parce que oui, une fois de plus, je vous parlerai de Julia Cameron et de son indispensable ouvrage Libérez votre créativité. Je ne peux qu’affirmer tous les changements positifs vers une plus grande réalisation de moi qui me sont venus en traversant ces pages et je n’ai pas fini, oh non! Mais bien sûr, avant de m’élancer dans l’aventure Cameron, j’étais déjà habitée par l’envie de réaliser ce rêve, c’est-à-dire l’écriture d’un roman, mais aussi celui de vivre une «vraie vie d’écrivaine».

J’ai toujours écrit pour partager et d’une certaine manière pour publier, sans que ce ne soit le centre de mon désir, mais plutôt une suite. L’art et l’écriture existent conjointement en moi, même si j’ai toujours eu une relation de co-dépendance avec l’écriture. Alors que l’art, les arts visuels, la danse, m’aident à mieux respirer, l’écriture, elle, me confronte continuellement avec la part la plus creuse de moi. Au cégep, j’ai écrit un roman. Quelques mois de travail et aucune notion. Mais tout de même, je suis fière d’être parvenue à exprimer quelque chose de vrai, à le partager et à avoir touché quelques personnes. Ce que j’écris est aussi difficile à écrire qu’à lire par moments. Immédiatement après, j’ai voulu recommencer. Mais beaucoup d’années se sont écoulées entre ce premier jet, je dirais, et ce qui renaît aujourd’hui. Entre temps, j’ai grandi à travers quelques nouvelles, en recherche d’une voix personnelle et d’un style à moi. Outre l’univers, l’ambiance, les personnages et mes tics symboliques, qui reviennent fréquemment encore et toujours, j’ai cherché à montrer la vie dans mes mots.

12987930_716348691841435_1149334343_nJe manquais d’assurance envers mon écriture, je me comparais, je n’osais pas suffisamment, j’avais un peu l’impression de tourner en rond, mais au plus profond de moi, je savais que je voulais entamer un projet d’écriture, un recueil de nouvelles ou un roman, je ne savais tout simplement pas comment m’y prendre, ni par où commencer. Puis est venue ma rencontre avec Julia Cameron. Dès les premières pages de Libérez votre créativité, elle nous demande d’affirmer qui nous sommes et de faire ainsi face à tous nos démons contre-productifs, contre-artistiques. J’ai affirmé que j’étais écrivaine. Comme quelques années plus tôt j’avais affirmé être artiste. Je continue de croire que c’est une façon d’être, plutôt qu’un résultat reconnu. L’écriture vit en moi, comme un morceau de mon âme, l’art aussi. Alors en juillet 2014, j’ai commencé à écrire comme ça et à avoir l’idée d’un projet à plus long terme et complet. J’ai alors soumis mon projet d’écriture au programme Jeunes volontaires, parce que je cherchais une possibilité de me consacrer entièrement à mon écriture. Pendant une année, d’avril 2015 à mars 2016, j’ai pu bénéficier d’une subvention pour permettre l’élaboration d’un monde fictif et personnel. Cela m’a aussi permis de vivre l’expérience du camp littéraire Félix, puis de me louer une petite maison à Percé tout l’hiver, pour favoriser l’introspection nécessaire à l’écriture.

12980401_716348661841438_563931395_nJe qualifierais à la fois de relation et de thérapie ce que je vis envers l’écriture de cet ouvrage. Comme s’il s’agissait d’une bête sauvage que je dois enjôler, j’ai dû, à travers les mois, trouver des manières de satisfaire mon roman, en lui offrant du temps, tout en me sentant libre d’aller vers lui. Parce que je suis consciente de sa force de caractère (!) lorsque enfin je me mets au travail. Le projet d’écriture prend alors toute la place dans mon esprit et je suis entièrement habitée par l’univers qui s’ouvre ici devant et en moi.

Depuis 2011, j’inclus la «réclusion artistique» dans ma démarche visuelle et maintenant littéraire. En fait, il s’agit seulement de me couper de tout ce qui pourrait me relier au monde extérieur (heure, internet, téléphone, télévision, radio, fenêtre, gens de l’entourage) pour pouvoir me concentrer complètement et uniquement sur la création.

Je reviendrai sur le sujet un peu plus loin.

Tout en apprivoisant le roman, le projet en cours, l’histoire et l’univers en construction, j’ai dû apprendre à accepter certains pans de la vie d’artiste que je connaissais, sans les avoirs vécus avant : l’horaire de travail, les phases de création, les nombreuses incertitudes, la patience, les murs à escalader et à passer, les préjugés aussi, parce que bien sûr, ça vient irrémédiablement avec la vie d’artiste, puisque tellement incomprise. C’est en fait tout un travail d’estime de soi que de choisir d’écrire un livre et d’avoir la chance d’être payée pour le faire.

Je crois que l’une des choses que je trouve le plus difficile, après mon rapport amour/haine avec l’omniprésence de la technologie, c’est de trouver son rythme de création, mais surtout d’accepter ce rythme. Il y a certains moments où il est impossible de se mettre au travail sans être passée par l’apprivoisement, qui consiste en fait à remonter dans mes notes sur le projet, à relire ce que j’ai déjà écrit et à réfléchir les liens, la logique et la pertinence des symboles. Il est difficile de ne pas se comparer aux travailleurs non-artistes, non-autonomes, sans tomber dans la culpabilité et la comparaison, alors qu’il existe tout un monde entre les deux manières de concevoir le travail. Tout de même, je ne peux pas oublier que je travaille à la construction d’un monde, que je crée de toutes pièces des gens avec un passé, un présent et un futur et des lieux avec tout ce qui les font réellement exister sur papier. Une autre réalité. Une nouvelle réalité. Mais tout de même une réalité. L’été dernier, par exemple, j’avais prévu écrire et travailler sur mon projet, mais on m’a approché et on m’a offert un emploi de rêve que je n’ai absolument pas pu refuser. Je pensais pouvoir poursuivre l’écriture conjointement à tout le reste, mais plus les semaines passaient et plus je me rendais bien compte que c’était impossible, pour moi, de mener de front un emploi aussi varié à la galerie d’art et l’écriture d’un roman. Il m’a été atrocement difficile de me l’avouer, je m’obstinais en vain, jusqu’au jour où j’ai compris que je devais mettre mon roman de côté quelque temps. Ce qui en fait a été très bénéfique. Plus j’apprends à vivre à mon rythme et plus je crois que la vie s’accorde à mes actions. Mon roman naît de qui je suis, de comment je vis, de ce que je vois et même s’il s’agit d’une fiction, il est encore plus moi que je ne saurais jamais l’être moi-même.

Comme j’aime me le rappeler souvent, chaque jour je change, parfois de manière plus imperceptible et d’autres fois c’est plus frappant. Travailler plusieurs mois d’affiler sur un même projet amène inévitablement une évolution de la part des deux côtés. Mon roman a évolué à mon contact, suivant les courbes de ma vie, tout comme j’ai changé à travers l’écriture et même les raisons qui m’ont poussée à l’écrire se sont consolidées à l’intérieur du processus. Je n’entrerai pas dans les détails ici, mais disons qu’à travers l’écriture se sont tissés un grand nombre de liens au bout desquels ont éclaté des ampoules qui m’ont davantage éclairée sur ma personne et sur les raisons qui me poussent à poursuivre ce projet, ma propre quête personnelle et identitaire. Bien qu’il soit plaisant, puis nécessaire d’écrire, il me fallait savoir pourquoi je le faisais, pour aller au bout de cette raison, puis évoluer et passer à une autre étape de la vie.

L’écriture avance dans les mêmes pas que la vie, seulement elle tourne autour comme un joli fantôme, une présence tourbillonnante.

La suite dans un prochain article !

Monsieur Ed, une nouvelle maison d’édition dans le paysage littéraire québécois

Monsieur Ed est une maison d’édition indépendante de littérature jeunesse et adulte, fondée et dirigée par Alice Liénard, Valérie Picard.

Nous avons brièvement rencontré les filles derrière Monsieur Ed au défi Ose entreprendre, nous étions les deux seules entreprises ayant un quelconque lien avec les livres. On a pris le temps de partager quelques commentaires sur l’expérience qu’on vivait sur le moment, mais ce n’est que quelques semaines plus tard, après l’envoi d’un communiqué de presse annonçant la sortie de leur premier livre, qu’on s’est dit qu’il fallait vraiment les rencontrer, de prendre le temps de se jaser de livres, d’entrepreunariat, entre deux cafés.

Et c’est exactement ce qu’on a fait. On leur a donc donné rendez-vous au beau et charmant café De Farine et d’eau fraîche mardi dernier, pour discuter avec elles.

Pour la petite histoire, Monsieur Ed c’est le projet d’Alice et Valérie, deux anciennes de la Courte-Échelle (feu les romans de notre enfance), qui ont décidé de mettre sur pied leur propre projet, une maison d’édition dont l’essence se trouve dans le jeu entre les mots et les images qui se répondent, dans l’absurdité. Une chose qui nous a marquées dans l’entretien, c’est l’idée qu’on retrouve une universalité des thèmes, des émotions dans les singularités de leurs œuvres.

Monsieur Ed privilégie les récits aux univers particuliers, aux thèmes universels dans lesquels le réel et l’imaginaire se chevauchent. Il se nourrit d’histoires captivantes qui transcendent l’ordinaire, suscitent le rire ou les larmes, invitent au songe ou à la réflexion. Bien que la fiction soit au cœur de ses parutions, Monsieur Ed s’intéresse aussi au documentaire, à différentes formes de livres illustrés, et même à votre saveur de thé préférée.

Pourquoi vouloir faire à la fois dans la littérature jeunesse et dans la littérature pour adulte? Simplement parce que chez Monsieur Ed, il n’est pas question de se donner des limitations, ni d’entrer dans un carcan particulier. Les filles nous ont confié que, venant du milieu littéraire jeunesse, c’est surtout ce genre qui semble être associé à leur projet. Par contre, Monsieur Ed, c’est beaucoup plus que des albums et des romans jeunesse. C’est surtout toute une philosophie et une mission d’entreprise qui veut bien faire les choses, surprendre et laisser sa marque. C’est plusieurs intérêts, c’est un souci de prendre son temps, une volonté de créer du sens, d’être authentique. C’est surtout un amour des mots, de l’image, des livres et des illustrateurs.

Il faut dire qu’on se retrouve beaucoup dans tout ce qu’ont pu dire les filles. C’est super inspirant de voir des gens qui veulent s’engager dans le milieu du livre, faire leur place et contribuer à l’essor de la littérature québécoise. Ça rejoint les valeurs du Fil rouge tout ça!

Bref, ce fut une belle découverte autour d’un latté à la lavande et de thé et surtout une rencontre inspirante et motivante. Alice et Valérie sont des filles motivées, inspirantes et super créatrices. Elles nous ont aussi remis une copie de presse de leur premier ouvrage Méchant Far West tome 1 : Le méchant qui voulait être pire, et on va en reparler sous peu sur le blogue!
581885_615778985243079_4783349381509849555_nPour suivre leur page Facebook et être au courant des futures publications, c’est ICI.

Autour de ton cou ; la réalité nigérienne dévoilée

Une des découvertes les plus frappantes de 2016, et ce même si l’année ne fait que commencer, est l’oeuvre de Chimamanda Ngozi Adichie. L’année dernière, Marjorie a parlé de son essai We should all be feminists et plus tôt cette année, Marion a écrit une critique d’Americanah, son plus récent roman. Je les remercie donc de cette découverte parce que c’est le coeur plein de gratitude que j’ai refermé Autour de ton cou, un recueil de nouvelles. Ça faisait un bon moment que je n’avais pas découvert une plume des plus singulières, mais aussi une perspective des plus négligée.

À priori, je ne lis jamais de nouvelles. Simplement parce que j’aime les longs récits où on prend le temps de se plonger dans le quotidien d’un personnage et cette lecture m’a rappelé ce sentiment. Dans Autour de ton cou, j’aurais pris un roman entier pour chacune des nouvelles écrites. Voyons le positif ; cela m’a justement donné envie de lire les romans de l’auteure.

Néanmoins, il y a dans les nouvelles de Ngozi Adichie un tel talent de narration qui crée une atmosphère d’emblée. Les nouvelles ont beau tenir sur 30 pages, elle a réussi à nommer la banalité du quotidien et on se sent entièrement inclus dans l’histoire.

Au fil de ces nouvelles, on fait la rencontre de femmes nigériennes habitant soit au Nigéria ou aux États-Unis. Que ce soit dans des récits d’exil ou ancrés dans la réalité du Nigéria, le regard envers les femmes est franc, honnête, plein de compassion et de tendresse. Il n’est pas à nier que Chimamanda Ngozi Adichie apporte une perspective féministe à ces destins teintés de magie où l’exil vers l’Amérique est un symbole de liberté. Les douze nouvelles sont toutes aussi touchantes et criantes de vérité les unes que les autres.

J’ai particulièrement aimé la façon si nette, nuancée et réellement engagée de représenter les femmes dans toutes leurs pluralités ; de la médecin des États-Unis à la marchande d’oignons.

Le prochain sur ma liste : L’autre moitié du soleil.

Elle avait fini par comprendre qu’élever les enfants à l’américaine, ça signifiait jongler d’une angoisse à l’autre, et que cela venait d’une surabondance de nourriture : parce qu’ils avaient le ventre plein, les Américains avaient le temps d’avoir peur que leurs enfants aient une maladie rare sur laquelle ils venaient de lire un article, et ils pensaient qu’ils étaient en droit de protéger leurs enfants des déceptions, du besoin et de l’échec. Parce qu’ils avaient le ventre plein, les Américains pouvaient s’offrir le luxe de se féliciter d’être de bons parents, comme si s’occuper de son enfant était l’exception et non la règle.

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Inde : le grand déséquilibre

« Je partirais tellement aujourd’hui, je partirais au milieu de la nuit/Je dirais bonsoir à tous mes amis et je m’en irais à l’infini » (Jean Leloup)

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Crédit photo : Andréanne Lauzon

C’était juillet fort. C’était juillet humide pis lourd sur tes épaules de petite touriste solitaire. Tu avais quitté Montréal le 1er, en te disant que le Canada aurait beau fêter tous les anniversaires du monde, toi, tu t’en allais voir le reste de la Terre.

Tu avais choisi l’Inde pour une raison obscure. Tu avais envie de tomber de haut. Tu avais envie de vertige, de tentatives, d’essais et d’erreurs. Tu avais envie de perdre pied dans un des pays les plus populeux de la terre. Alors tu étais partie avec une amie qui n’avait pas peur du vaste. Vous aviez attendu la fin de l’année scolaire, vous aviez pris vos corps épuisés et vous étiez parties pour un petit village perdu au milieu des rizières, pour une école où les enfants différents retrouvaient le sourire.

Vous aviez lu sur l’Inde, bien sûr. Comme tant d’autres, vous aviez vu Slumdog Millionaire. Vous aviez regardé ces gens que vous aimiez devenus effrayés vous lire les chroniques de l’Inde terrible que l’on partageait dans nos journaux. On disait tant sur l’Inde que vous ne saviez plus quoi espérer de ce pays populeux.

Vous n’étiez pas préparées à ça. À tomber puis à prendre vos aises aussi facilement.

Vous étiez les seules peaux couleur de lait de la ville, vous étiez les seuls yeux pâles du coin. Mais on dirait que vous vous habituiez et que souvent, vous oubliiez que vous détonniez. Parce que les femmes, là-bas, portaient les plus belles couleurs du monde et vous souriaient à pleines dents, leurs longs cheveux nattés, leur front paré de couleurs. Parce que vous mangiez avec les mains, que vous commandiez en pointant les assiettes du voisin. Parce que vous preniez l’autobus comme des grandes, que vous vous teniez aux poteaux quand le véhicule débordait et que vous regardiez sagement par la fenêtre pour passer le temps, parce que vous connaissiez par cœur le chemin de la maison. Vous oubliiez parfois que vous ne veniez pas du même bout.

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Crédit photo : Andréanne Lauzon

Vous vous targuiez de tout connaître, parfois, de maîtriser enfin toute la complexité de l’Inde après quelques semaines à la parcourir. Vous riiez de votre surprise des premiers jours, de votre déséquilibre devant ce vaste pays. Puis l’Inde vous rattrapait. Vous faisait tomber à nouveau, vous faisait tout remettre en question devant une réalité nouvelle, devant un choc plus grand que les autres. Que saviez-vous? Qui étiez-vous pour croire comprendre?

L’Inde se riait de vous. Elle s’assurait de vous faire perdre pied à nouveau. Et vous étiez grisées. Épuisées, mais grisées. Certains jours vous ne saviez plus ce que vous étiez venues faire dans tout ce vaste. Au cœur de ces villes pleines à craquer. Au sein de ces dépotoirs à ciel ouvert.

Mais, quand les enfants criaient fort pour alerter les gens autour, quand vous visitiez des ruines antiques et que les familles venaient vous serrer la main comme si vous étiez des politiciennes en campagne électorale, que vous vous faisiez prendre en photos une fois, dix fois, cent fois dans la même journée, que votre chauffeur de rickshaw vous expliquait en riant que les gens d’ici « have never seen white people before! », vous vous souveniez.

Quand vous vous arrêtiez pour voir ces enfants faire flotter des cerfs-volants sur le sommet des bâtiments gris, quand vous regardiez ces familles en deuil, parées de fleurs et de couleurs, transporter le corps d’un défunt en chantant, quand vous preniez le thé avec des inconnus qui voulaient tout vous raconter, quand vous vous arrêtiez pour observer la force du Gange, les parcs de Delhi où le silence était grand, quand les trajets en train, qui duraient des heures, faisaient défiler les paysages d’une inoubliable beauté, quand vous restiez scotchées à la fenêtre en essayant de tout voir, de tout prendre.

Quand l’Inde vous lançait toute sa grandeur en plein visage, quand le grandiose s’alliait à la misère pour vous arracher la gorge, vous vous rappeliez pourquoi vous l’aviez choisie.

Pour le déséquilibre.

Perdre pied en Inde donnait parfois l’impression de s’envoler.

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Crédit photo : Andréanne Lauzon

Portrait d’un être fictif: Trois mamans qui m’ont marquée dans la littérature

Mai, c’est le mois des mamans. Nous les connaissons fortes, persévérantes et patientes. Contre vents et marées, elles restent debout. Elles peuvent tout faire. Un bébé dans les bras, un devoir dans l’autre et un téléphone contre la tempe, elles déplacent de l’air. Or, il n’y a pas que les mamans réelles qui nous réchauffent le coeur. Il y a également ces mères fictives que la littérature nous a permis de connaître à travers le temps. Je vous présente donc trois mamans qui m’ont marquée au fil des ans.


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Crédit photo: Pottermore

Molly Weasley

Qui n’a pas souhaité faire partie de la famille, déjà nombreuse, des Weasley? Une tonne de frères, une belle chevelure rousse, une maison accueillante et chaleureuse, un père rigolo et curieux, mais surtout le portrait idéal de la maman modèle comme génitrice, Molly Weasley. Dès le premier livre, sa générosité se manifeste alors qu’elle explique au pauvre Harry comment passer le mur qui permet d’accéder à la gare 9 3/4. Cependant, le passage qui a particulièrement fait penché mon coeur en ce qui a trait à la belle maman rouquine, c’est celui où Harry visite pour la toute première fois le Terrier:

Dans un cliquetis de vaisselle, Mrs. Weasley s’occupait à préparer le petit déjeuner avec de grands gestes désordonnés, jetant des saucisses dans la poêle et des regards furieux à ses trois fils. De temps en temps elle marmonnait quelque chose: «Je me demande ce que vous avez dans la tête», ou «Jamais je n’aurais pensé une chose pareille.»

[…] Elle agita machinalement sa baguette magique en direction de l’évier où la vaisselle entassée commença à se laver toute seule. (Harry Potter et la chambre des secrets, p.42)

Il y a une odeur qui accompagne cette description, celle du linge propre, du petit déjeuner sur le four et du savon à vaisselle. Il y a également la présence d’une douce musique de fond s’apparentant au bruit du torchon qui frotte une assiette et à la voix chaleureuse de la femme qui fredonne un air de sorcier. Sous mon oeil, il n’y a rien de plus maternel que cette ambiance. Rien ne pouvait mieux accueillir l’orphelin qu’est Harry Potter. D’ailleurs, depuis toujours, elle a su ouvrir les bras à Harry et elle l’a toujours considéré comme son propre fils. Il est indéniable, Molly a le coeur sur la main.

Bien que Mme Weasley soit souvent présentée comme étant autoritaire, presque zelée, nous comprenons au fil de la série que c’est par amour qu’elle agit de cette façon. D’ailleurs, je vous rappelle qu’elle a tout de même dû élever Fred et Georges Weasley. La prudence s’impose. Avant de conclure, je ne peux m’empêcher d’aborder le moment où Molly protège au risque de sa propre vie, celle de sa fille Ginny, en affrontant l’épouvantable Bellatrix Lestrange. Il faut être toute une sorcière pour achever la plus grande disciple de Lord Voldemort. Une fois de plus, c’est l’amour d’une mère qui permet à Molly de sauver sa petite Ginny et qui démontre à quel point la petite maman Weasley en est, au fond, une de la plus épique grandesse.

Lily Potter

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Crédit photo: Wiki Harry

Alors que la série commence, ce personnage est déjà décédée. Pourtant, son importance est capitale au sein de l’histoire. D’une part, elle a donné naissance au personnage principal. D’autre part, elle a également donné sa vie pour lui. Comme vous le savez toutes et tous probablement, Lily Potter s’est sacrifiée pour que Harry Potter puisse vivre. D’ailleurs, ce sacrifice aura laissé un pouvoir extraordinaire comme héritage au jeune homme, celui de l’amour:

Mais ce que je savais aussi, c’était que Voldemort avait une faiblesse . J’ai donc pris ma décision. Tu serais protégé par une ancienne magie qu’il connaît mais qu’il méprise, une magie qu’il a toujours sous-estimée – à ses dépens. Je parle bien sûr du fait que ta mère est morte pour te sauver la vie. Elle t’a ainsi doté d’une protection durable qu’il n’avait pas prévue et qui, aujourd’hui encore, coule dans tes veines. J’ai donc placé ma confiance dans le sang de ta mère. Je t’ai amené à sa soeur, sa seule parente encore vivante.

[…] -Tant que tu pourras considérer comme ta maison le lieu où réside le sang de ta mère, il sera impossible à Voldemort de t’atteindre ou de te faire du mal en cet endroit-là. Il a versé le sang de ta mère, mais ce sang vit en toi et en sa soeur, il est devenu ton refuge. (Harry Potter et l’ordre du phénix, p.938-939)

Nous aimons également Lily pour d’autres raisons. La belle femme rousse aux yeux verts était une excellente sorcière qui produisait de la magnifique magie. Rappelez-vous l’épisode que Slughorn relate en lien avec le cadeau qu’elle lui avait offert. De surcroît, dès son âge, il était possible de reconnaître en Lily sa qualité de protectrice dans le comportement qu’elle adopte face à l’intimidation que vit Severus Rogue. Je dois vous avouer avoir eu un coup de coeur à ce moment. J’imagine que vous comprenez pourquoi. Bref, toutes ses caractéristiques font d’elle une femme merveilleuse, mais surtout une mère accomplie qui aura donné vie à un des jeunes hommes les plus inspirants de son époque.

Catelyn Stark

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Crédit photo: Westeros

Je suis nouvellement une grande admiratrice du travail de George R.R. Martin. Depuis Noël, mon copain et moi avons écouté les cinq saisons de Game of Thrones, et ce, avec un entrain presque maladif. Je me suis donc également jetée dans la lecture des tomes. Dès les premières lignes, je suis tombée en amour avec la famille Stark. Le Nord, les loups et la loyauté auront vite réussi à me charmer. Bien que mon personnage favori soit Ned, le père de la famille, sa femme a su rapidement gagner mon estime.

Catelyn Stark, c’est la dignité et l’honneur en personne. Nul ne peut manquer de respect à cette grande dame. Elle a élevé de façon impeccable ses nombreux enfants et a même été assez forte pour accueillir le bâtard Jon Snow dans ses rangs. La relation qu’entretiennent Ned et Catelyn est inspirante, pure et authentique. Le couple m’a beaucoup touchée. À aucun moment, je n’ai pu percevoir Lady Stark comme faible. Il y aura toujours eu cette aura d’assurance, de conviction et de sang-froid. D’ailleurs, tout au long des saisons et des tomes, elle accorde une confiance suprême en ses fils, particulièrement en l’aîné, Robb Stark.

Malgré les multiples tragédies, car Dieu sait que George R.R. Martin en aura fait voir de toutes les couleurs à la famille Stark, la reine du Nord aura toujours gardé la tête haute. Il s’agit d’une vraie battante qui aura su transmettre à ses enfants des valeurs profondes leur permettant de devenir de bonnes personnes. Il ne me resterait plus qu’à ajouter ceci: À jamais la famille Stark. Le Nord se souvient.


J’aurais également pu parler des mères qui m’ont marquée, mais de façon plus péjorative. Je pense, entre autres, à Miss Culter dans À la croisée des mondes ou Cersei Lannister dans Game of Thrones, qui sont délicieusement détestables. Or, j’ai préféré m’en tenir à celles qui ont mis un baume sur mon coeur et qui m’ont donné cette envie de devenir maman à mon tour. Je compte donc m’inspirer du courage, de la confiance et de l’amour de ces femmes pour élever mes propres enfants à venir. Et vous, lesquelles seront vos modèles?

Harry Potter et la chambre des secrets, J.K Rowling. Gallimard, Mars 1999. 288 pages.

Harry Potter et l’ordre du phénix, J.K Rowling. Gallimard, Juin 2003. 975 pages.

Crédit photo à la une: Michaël Corbeil

Éloge de la radinerie

Ou comment se réconcilier avec son côté cheap. Parce que je suis radine et que peut-être toi aussi, et que ça suffit d’en avoir honte, j’ai décidé. Pendant (beaucoup trop) longtemps, j’ai perçu cet aspect de ma personnalité comme un gros travers, un vrai défaut, endossé les remarques et critiques négatives à son endroit, me suis même éventuellement résolue à devoir le corriger… pour comprendre que tu peux pas sortir la radinerie de la fille, ni de personne. Et qu’on n’est pas un moins bon humain parce qu’on tient nos comptes à jour ou qu’on hésite avant de s’acheter une autre paire de bottes.

Pour la plupart des gens, la radinerie équivaut à un manque de générosité et égoïsme, voire égocentrisme. On sait bien que radin rime avec Séraphin, Saint-Patron du cheapness, et tout ce qu’il évoque; mesquinerie, aigreur, vanité, etc. Pour moi, l’équation n’est plus si simple et plusieurs nuances sont à apporter si on veut vivre chiche sans culpabiliser et surtout en s’assumant telle que l’on est, car pour moi le radinisme est d’abord une posture de résistance. On conviendra que ces nuances révèlent en fait pas mal de points positifs qui s’avèrent plutôt valorisants, du bonbon pour l’âme tourmentée. En voici quelques exemples à se répéter mentalement quand on feel cheap pis qu’on se sent mal de ça :

  1. Être radine, c’est aussi se contenter de peu et savoir apprécier cette simplicité. C’est d’aimer les petites choses, comme un minimalisme incarné. Être comblée par ce qui nous entoure déjà et s’en réjouir perpétuellement. Demander moins, mais découvrir la pleine saveur de ce que l’on savoure.
  2. Être radine, c’est aussi porter une attention et un respect à l’environnement matériel. Ma corde sensible. Traiter les objets et le matériel avec diligence, c’est économique, mais c’est aussi une preuve de profonde reconnaissance envers les ressources naturelles qui les ont produits. Ne pas gaspiller, c’est à la fois intelligent et écologique.
  3. Être radine, c’est aussi ralentir la course. Peut-être travailler moins, gagner moins, et pouvoir en profiter plus. Oui, mais pas juste ça. Ralentir dans le sens de cycle de consommation, ça existe aussi. Prendre le temps de faire ses lunchs au lieu de se payer un resto, travailler sa terre plutôt que de faire rouler le panier d’épicerie… ce qui me conduit à mon prochain point.
  4. Être radine, c’est aussi être créative et débrouillarde. Au lieu de dépenser, on trouve des alternatives maison, on se fait aller le cerveau autant que les mains. Astucieuses et fières de l’être, car de toute façon, ne sommes-nous jamais mieux servies que par soi-même?
  5. Être radine, ce n’est pas (seulement) faire attention à ses sous, mais c’est aussi, et peut-être surtout, de refuser d’intégrer la logique de surconsommation ambiante. Ça s’appelle court-circuiter le système en achetant de seconde main pour une fraction du prix, échanger pour gratos, faire les poubelles (dumpster) si t’es game. Dans ce temps-là, tu deviens la pire espèce d’individu pour les marchés et c’est tant mieux. Sauf qu’il faut quand même pas voler la musique, ça, c’est mal.
  6. Parce qu’être radine… c’est ben correct, tant que ça devient pas obsessif! Et j’insiste sur ce point, car comme avec plein d’autres choses saines (alimentation, propreté, entraînement, etc.), lorsque tu sens que ça prend trop de place dans tes pensées, il y a quelque chose en dessous qui ne va pas et qu’il faut prendre le temps de régler.

Lectures thérapeutiques

Confessions d’une radine (littérature)

Catherine Cusset, auteure française

Sous le ton de l’examen moral, l’auteure française retrace sa relation avec l’argent depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte, relatant ses frasques et mésaventures plus ou moins glorieuses en lien avec les dépenses. Confessions d’une radine propose une réflexion d’une grande humilité portée par un demi-sourire continuel d’autodérision. Le ton est parfaitement distancié et témoigne d’un talent remarquable pour l’introspection littéraire et l’abandon dans l’écriture. J’ai dévoré avec avidité et en aurais redemandé encore. Si la narratrice Cusset ne semble pas particulièrement fière de sa radinerie, qu’elle tente de cacher par tous les moyens à travers le récit, elle en questionne néanmoins les rouages d’une manière tout à fait lucide, interrogation qu’elle couronne d’un brillant parallèle avec une certaine « économie » littéraire :

« Parfois je me demande si c’est par radinerie aussi que j’écris. Pour que rien ne se perde. Pour recycler, rentabiliser tout ce qui m’arrive. Pour amasser mon passé, le constituer en réserve sonnante et trébuchante. Pour y entrer comme dans une salle au trésor et contempler mes pièces d’or. Pour investir et faire fructifier mon capital de sensations et de douleurs. »

 

Eille la cheap (blogue)

Béatrice, blogueuse québécoise

Eille, faut que t’ailles voir ce blogue-là tu-suite. C’est le blogue de Béatrice Bernard-Poulin, qui te donne tous ses trucs pour devenir la cheap parfaite. Que ce soit au quotidien ou en voyage, la pro de l’écono te révèle plein de life hacks pour survivre dignement dans ce monde de dépenses outrancières (genre inviter tes amis à souper sans te ruiner, profiter d’un week-end à New York pour 100 $) et t’offre des tranches de vie croustillantes à mettre dans ton assiette quand t’as pas le moral.

« Je veux prouver qu’on n’a pas besoin de dépenser une fortune pour vivre la vie de nos rêves! Je crois que petit budget n’a pas à signifier vie ennuyante, consommation de masse et sacrifices, au contraire! »

Qui dit mieux?

Avant de conclure, parce que je sais que tu veux checker le site de Béatrice, je te partage ma méditation actuelle pour te réconcilier avec ton toi-même :

Vivre en respectant ses propres limites et celles des autres, sur le plan money comme sur tous les autres.

Maintenant, épargnez en paix.

Causerie entre Dany Laferrière et Alain Mabanckou

Dany Laferrière et moi, c’est une grande histoire d’amour, bien qu’elle ait commencé assez récemment. Non seulement je raffole de ses livres colorés, magiques et profonds, mais aussi, lors de chacune de ses apparitions télévisuelles, je le trouve si charmant. Et je suis béate d’admiration devant l’aisance de son discours et sa facilité à jongler avec les mots.

J’apprécie beaucoup aussi Alain Mabanckou. J’ai étudié Verre Cassé à l’Université, dans le cadre d’un cours sur la Francophonie, et l’exemplaire que j’ai encore en ma possession témoigne de mes nombreuses lectures avec ses milliers de post-its et ses mots soulignés pratiquement à chaque phrase. À l’époque, j’avais été impressionnée en découvrant une écriture si vivante et réelle, moi qui avais été nourrie aux Grands Classiques plus formels dans leur usage de la langue.

J’avais déjà eu le plaisir de rencontrer les deux écrivains, mais séparés; Alain Mabanckou dans une librairie en France, Dany Laferrière dans le cadre du Salon du Livre de Montréal. J’avais un peu discuté avec eux quelques instants et reçu mes dédicaces.

Mais cette fois-ci, la Librairie de Verdun nous proposait une expérience hors du commun : celle d’assister à la discussion, en grande partie improvisée, entre deux amis de longue date, amoureux de la langue française et passionnés autant par l’écriture que par la lecture.

Ce soir-là, la librairie a fait salle comble. Des gens de tous les âges et de tout horizon s’assoyaient un peu n’importe comment, se faufilaient dans les rangées pour avoir la chance de participer à ce moment magique. D’ailleurs, Dany Laferrière s’est tout de suite exclamé qu’il trouvait incroyable qu’un acte aussi intime qu’est la lecture entraine un effet de rock star lors des déplacements des écrivains.

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Crédit photo : Alexandra T.

Les deux hommes semblaient partager un réel plaisir d’être là ensemble et de discuter écriture, lecture et souvenirs d’enfance, tout en sirotant un verre de vin rouge. Ils riaient beaucoup, comme des enfants, et on sentait que la complicité et l’admiration étaient fortes. Chacun a d’ailleurs lu un extrait choisi du dernier livre de l’autre. Dany Laferrière vient d’Haïti et Alain Mabanckou du Congo et ils mettent en avant tous les deux dans leur œuvre, une écriture de l’exil. Loin de leur pays, ils ont été accueillis par un pays d’adoption, mais ils continuent à mettre en scène leurs origines à travers des récits chaleureux et animés. D’ailleurs, Dany a dit ce soir-là qu’ils écrivaient tous les deux dans le présent, tout en regardant constamment le passé, et que la littérature, c’était avant tout parler des vivants et du vrai, pas juste des mots. Alain a précisé que l’écriture était faite de petites croyances plus fortes que la rationalité et qu’en écrivant, on retombait en enfance, en croyant à des choses qu’on ne peut pas toujours expliquer.

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Ils ont beaucoup mis en avant le plaisir de la lecture, légitimant malgré eux la puissance de notre blogue littéraire, Le fil rouge. Dany s’est souvenu de la première fois que sa fille a été capable de lire une phrase complète. Il s’est dit qu’elle ne serait plus jamais seule, ni ennuyée, car avoir un livre avec soi, c’est ouvrir les fenêtres de sa maison vers le monde.

Or, le propriétaire de la librairie de Verdun en a profité pour annoncer qu’ils déménageaient dans environ un mois, dans un local beaucoup plus grand. Quelle belle nouvelle pour le monde de la lecture! Et je suis vraiment fière que cet exploit (une librairie indépendante ne ferme pas, mais s’agrandit!) se déroule dans mon quartier, Verdun.

Cette rencontre m’a donné envie de replonger dans l’œuvre de ces deux grands hommes. Vous pouvez retrouver la critique du tout dernier roman de Dany Laferrière, Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo, ici. Alain Mabanckou reste moins connu au Québec, mais il est décidément un petit bijou original à découvrir. Je conseille de commencer par Verre Cassé ou Demain j’aurai vingt ans.