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Hommage à ce livre que je n’ai pas compris

Dernièrement au club de lecture, nous avons lu La dévoration des fées de Catherine Lalonde. Depuis, les vers de l’auteure ne m’ont pas quittée. Même si je n’ai pas encore pris le temps de le relire, j’y ai beaucoup réfléchi pour essayer de comprendre ce que j’ai lu.

Les difficultés que j’ai rencontrées face à ce livre m’ont forcée à remettre mes habitudes en question et à trouver de nouvelles façons d’aborder mes lectures.

Ralentir la lecture

Le fait est que, très rapidement, je me suis rendu compte que je ne comprenais pas grand-chose dans ce livre – pas même son titre à vrai dire. Mais puisque l’objectif était de pouvoir en discuter avec les filles, il fallait bien que j’arrive à en sortir quelque chose!

Alors, grande première pour moi, j’ai décidé de m’asseoir tranquillement à ma table, armée de patience et d’un stylo, et de prendre des notes directement dans le livre. Je n’ai pas du tout l’habitude d’analyser un texte autant dans le détail, alors cela a été long… parfois je ne lisais que 2 ou 3 pages par jour! Je revenais aussi systématiquement sur ce qui avait été lu précédemment pour l’annoter au fil de ma compréhension.

D’habitude, en ouvrant mon livre même pour quelques minutes, j’attends de celui-ci qu’il m’offre un moment de calme et de sérénité au milieu des agitations de ma journée. Mais là, il m’a fallu inverser les rôles : plutôt que d’être accueillie par le livre pour que celui-ci me change les idées et que moi je reste plus ou moins passive, c’est moi qui ai dû me créer des moments de calme et de concentration pour accueillir le livre de façon beaucoup plus active.

S’ouvrir aux autres

Face à ce livre difficile, j’ai d’abord pris mon incompréhension pour un manque de culture générale. Mais dans la discussion que nous avons eue au club de lecture, j’ai découvert que le livre laissait tout le monde perplexe (ouf!).

À mesure que chacune tentait d’exprimer son ressenti et de trouver des interprétations possibles, de nouvelles pistes me sont apparues.

Depuis cette réunion du club, j’ai continué à en parler, et je crois bien l’avoir fait avec presque tout mon entourage : famille, collègues, amis… Dès que j’en ai eu l’occasion, le titre est ressorti, spontanément, ainsi que les détails de mon cheminement.

Normalement, considérant mes lectures comme une part très intime de moi-même, j’en parle vraiment très peu. Pis là, BIM! Comprends pas, alors je parle, je parle, j’essaie de trouver de nouveaux axes, d’avoir le ressenti d’autres personnes…

Je ne me ressemble plus. Mon désir presque obsessionnel de comprendre ce livre m’a forcée à sortir de ma zone de confort et m’a poussée à m’ouvrir, tout en me faisant découvrir la richesse que pouvait constituer autrui dans mes lectures.

Aller au-delà du livre

Mais même en m’appliquant et en échangeant autant que possible, il reste encore des pans entiers du livre que j’ai le sentiment de ne pas avoir saisis. Du coup, je me suis mise à faire des recherches sur l’auteure, sur ses thèmes de prédilection, j’ai inséré dans ma pile à lire des livres de contes québécois, des recueils de poésie, ainsi que la Psychanalyse des contes de fées… Bref, comme j’avais l’impression de manquer de culture générale, je m’emploie à combler cette lacune.

Je me retrouve donc à lire des choses qui, à la base, sont très loin de mes intérêts habituels. Encore une fois, je sors de ma zone de confort pour lire des livres qui me dérangent, m’ennuient, et me font parfois la surprise de m’enthousiasmer. Je continue à m’ouvrir et me découvre de nouveaux centres d’intérêt.

Prendre les choses pour ce qu’elles sont

Beaucoup de personnes avec lesquelles j’ai parlé du livre ont reconnu ne pas avoir tout compris. Mais contrairement à moi, cela ne les dérangeait absolument pas. Elles y avaient trouvé une belle langue, des expressions très poétiques, des images touchantes, des contrastes forts et avaient apprécié le livre pour toutes ces qualités.

Ça m’a fait penser à mes cours de langues, quand face à un mot inconnu, la prof nous disait de nous accrocher au contexte pour comprendre le sens global de la phrase. Ces personnes ont réussi à apprécier le livre dans sa globalité, sans buter sur des détails.

Je comprends maintenant qu’il faut que j’apprenne à développer un certain lâcher-prise avec mes lectures. Il est normal de ne pas tout saisir, il faut prendre le livre pour ce qu’il est, avec ses qualités et ses défauts. Il en est de même pour moi : je suis souvent bien trop sévère avec moi-même, et j’ai encore bien du chemin à faire pour m’accepter telle que je suis.

Ce n’est que le début

Indéniablement, ce livre, à cause de ses difficultés, m’a fait beaucoup de bien en me poussant à sortir de mes habitudes. Il m’a permis d’évoluer dans mon rapport au livre et à la communauté littéraire. Il a aussi été le déclencheur de changements en moi qui couvaient certainement depuis longtemps et qui attendaient le bon moment pour sortir au grand jour. Maintenant il ne tient qu’à moi de continuer sur cette voie qu’il m’a ouverte.

J’ai appris tellement de choses importantes grâce à ce livre que je n’ai pas compris!

Même si vous n’avez pas l’intention de lire ce livre en particulier, je vous encourage à vous accrocher au prochain livre qui vous donnera de la difficulté. Vous avez certainement beaucoup à en tirer!

Et vous, comment avez-vous réagi face à un livre que vous ne compreniez pas?

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La révolution sexuelle n’a pas tué les stéréotypes de genres

Vous connaissez probablement Lili Boisvert grâce à son émission Sexplora, dans laquelle elle parle sans tabous de toutes sortes de sujets reliés à la sexualité, ou peut-être l’avez-vous vue dans le duo Les Brutes, formé d’elle-même et de Judith Lussier, qui présente de courts vidéos dans lesquels elles survolent des problématiques sexistes, raciales, privilégistes, etc. Une chose est sûre, Lili Boisvert veut faire changer les choses au sein de notre société contemporaine, et elle n’emploie aucun détour pour faire passer le message. Avec Le principe du cumshot, son premier essai publié au printemps dernier chez VLB éditeur, son désir de renverser les stéréotypes sexuels et de genres se fait entendre et, disons-le, le titre en soi est un message revendicateur dès le premier abord.

Le principe de qui?

En pornographie, le cumshot est la scène finale où l’on voit l’actrice recevoir en plein visage – ou ailleurs – la jouissance de l’homme, tout en restant passive. (J’ai eu envie d’écrire la jouissance de l’Homme, avec un H majuscule.) Selon Lili Boisvert, cette scène ultime est le parfait reflet de la société actuelle : les femmes laissent couler sur elles le plaisir exclusif des hommes sans réagir, mais en ayant l’air d’aimer ça.

C’est que, depuis la révolution sexuelle qui s’est produite dans les années 1960-70, on dit que les femmes sont libérées, qu’elles vivent leur sexualité pleinement et qu’elles ne sont plus sous l’emprise du devoir conjugal. Mais est-ce vraiment le cas? (J’aimerais noter ici que l’auteure se concentre uniquement sur les relations hétérosexuelles cisgenres dans la société occidentale.)

Femme-proie, Homme-chasseur

Même si les manières de rencontrer un.e partenaire ont énormément changé dans les dernières décennies, grâce aux sites et applications de rencontre entre autres, les méthodes de séduction sont restées bien semblables à celles de la vieille époque. En général, dans le cadre d’une rencontre entre deux personnes de sexe opposé, c’est l’homme qui doit faire les premiers pas. Il choisira d’abord une belle femme, qui semble prendre soin de son apparence, et tentera de l’amadouer en usant de ses meilleurs atouts : son sens de l’humour et l’importance de sa carrière au sein de la société. La femme, de son côté, devra bien paraître en tout temps et rire aux moments opportuns. Après quelques heures et de nombreux frôlements discrets, les deux partis se retrouveront dans une chambre et la femme, qui jusque-là semblait réservée et frigide, devra se transformer en bête de sexe qui veut l’absolu plaisir du membre masculin. Pour y parvenir, elle fera tout ce que l’homme désire, jusqu’à la jouissance de celui-ci. Que son désir à elle soit assouvi ou non, on s’en fout : la rencontre sera réussie si l’homme considère que c’était une bonne baise.

Ma description vous semble clichée? C’est sans doute parce que vous l’avez déjà vécue.

Les préjugés qui n’en finissent plus

L’exemple que je viens de donner comporte un seul problème (selon la société) : la femme a accepté de se donner le premier soir. Elle sera donc maintenant considérée comme une fille facile. L’homme, quant à lui, sera glorifié au sein de son groupe d’amis. Si, au contraire, la femme avait refusé de se rendre à l’étape plus intime, elle aurait été qualifiée d’agace. Son choix était donc de décider de quel côté du spectre elle voulait se retrouver.

La Femme ne l’a pas facile, dans cette ségrégation sexuelle, comme la nomme Boisvert. Les stéréotypes viennent toujours en duos contradictoires : facile ou agace, trop entreprenante ou pas assez directe, trop sexy ou pas assez révélatrice, pas assez jeune ou pas assez vieille, et ça continue. En fait, la pression sur les femmes et leur apparence est tellement forte, qu’en plus de la subir, elles la propagent : les hommes jugent les femmes, les femmes jugent les femmes. Une femme ne peut sortir de chez elle sans avoir pensé à comment les autres, hommes et femmes, vont la percevoir. Même quand elle dit s’en foutre, elle y a pensé. Elle se doit d’être belle pour plaire aux hommes, mais aussi pour plaire aux femmes.

Non-objectification de l’homme

La société en général, les médias, le cinéma, la mode, le vocabulaire quotidien sexualisent tout le temps le corps de la femme. En cachant ses mamelons, en révélant subtilement un bout d’épaule ou un côté du sein, en maquillant les yeux et les lèvres, en matifiant la peau, en éliminant tous les poils… vous connaissez tous les modes de sexualisation. Mais qu’en est-il du corps masculin?

Ok, vous avez peut-être en tête une publicité de sous-vêtements masculins dans laquelle un bel homme musclé est présenté. Mais qu’y a-t-il à ses côtés? Une belle femme tout aussi sexy. Avez-vous un autre exemple en tête de pseudo-sexualisation du corps masculin? J’en doute.

C’est que la société est faite par les hommes, pour les hommes. On ne nous vend pas la beauté du mannequin, on nous vend l’idée qu’en portant ces sous-vêtements, les femmes vont se jeter à notre bras. Je dis nous. Je suis une femme. Mais on me vend tout de même cette idée, que je devrais me jeter aux pieds des hommes qui ont la chance de porter ces sous-vêtements. L’homme reste le sujet, le participant, alors que la femme garde sa position d’objet, elle sert à glorifier le protagoniste en faisant la belle.

Non seulement on transmet des idéaux de sexualisation de la femme, on dénigre en plus les propositions d’objectification de l’homme : les boys bands sont formés d’homosexuels, Justin Bieber chante comme une fille, l’acteur d’une émission pour ados a une trop petite carrure. Les premiers éveils sexuels des jeunes filles sont dénigrés sur la place publique, jusqu’à ce qu’elles aient honte d’avoir eu des chatouillements dans le bas-ventre pour des tapettes. On tue dans l’œuf le peu de chances qu’ont les prochaines générations de vivre réellement une révolution dans les rôles sexuels.

Un essai ancré dans le présent

Mon article vous présente un résumé grossier de ma compréhension du Principe du cumshot. Si vous vous êtes senti.e interpellé.e par mes propos, vous vous devez de lire l’essai de Lili Boisvert. Elle va en profondeur dans ses recherches sur la vision globale de notre société, son texte est rempli de références à toutes sortes d’études et de recherches. Mais le tout reste, à mon avis, est très accessible et bien vulgarisé. Même si vous n’êtes pas familier.ère avec le genre, vous vous y retrouverez.

Le seul bémol, mais c’est peut-être une bonne chose, c’est que le texte est très (trop) actuel. Les exemples médiatiques ou cinématographiques, entre autres, sont extrêmement contemporains; je doute que ce livre vieillisse bien, à long terme. Mais, au fond, c’était peut-être le but de l’auteure, que son texte démarre une réflexion sociétaire qui fera une différence, jusqu’à ce que ses écrits ne soient plus nécessaires dans quelques années.

Avez-vous d’autres suggestions d’essais qui pourraient changer les stéréotypes véhiculés dans notre société occidentale?


Le fil rouge remercie VLB éditeur pour le service de presse.

Chercher Sam (l’autre)

J’ai découvert le nom de François Blais au détour d’un article qui faisait connaître au grand public certaines des lectures que les enseignants proposaient à leurs étudiants lors de leur cours de littérature. On y parlait avec détails et exclamations de Document 1, roman dont je n’avais jamais entendu parler. Sans savoir ce qui m’attendait dans ma lecture, je suis tombée sous le charme de cette plume vive et hilarante. Peu d’ouvrages m’amènent à rire à haute voix, ou à narrer mes lectures à qui veut bien les entendre. Ceux de François Blais le font.

Ainsi, après avoir dévoré et adoré Document 1 je me suis lancée dans une seconde lecture de Blais : Sam. Et quelle lecture ce fut.

Découvrir Sam

Bercée par la langueur qui accompagne habituellement les vacances de Noël, je me suis plongée dans cet objet intrigant. Un titre simple, une couverture présentant le portrait d’une femme qui nous rappelle Twiggy, sur un fond gris, voici Sam.

Mais qui est celle femme mystérieuse? Et surtout, d’où vient-elle?

Alors qu’il fouille dans les boîtes de livres à donner, le narrateur du roman de Blais trouve le journal intime dactylographié d’une inconnue. Journal intime au ton décapant, où se mêlent des péripéties d’un quotidien simple, comme des réflexions amusantes sur la vie, mais surtout, journal écrit par une illustre inconnue que le narrateur choisira de baptiser Sam.

Une femme sans pareil. Une femme aux écrits si semblables à ses pensées qu’il n’a qu’une option : la retrouver et l’aimer. Aucun doute pour le narrateur, il a trouvé, dans cette femme au journal, la personne de sa vie.

Mais retrouver cette femme relèvera du défi, alors que l’auteure du journal n’a laissé aucune adresse, ni de façon de la retrouver. Il y a bien sûr des indices que l’on peut retrouver dans le manuscrit. En effet, alors que Sam a pris soin de brouiller des pistes (les prénoms des gens de son entourage par exemple sont bien souvent absents) d’autres informations semblent mener à des endroits étonnamment précis pour qui voudraient bien retrouver sa piste. Il n’en faut pas plus au narrateur pour être happé par le ton du journal et se mettre en quête de sa propriétaire.

En suivant avec attention les indices laissés par l’auteure du journal, il mettra tout de côté pour se lancer à la poursuite de la mystérieuse femme qui l’obsède.

Mais le chemin ne sera bien sûr pas tout tracé et François Blais nous convie à un récit d’enquête qui nous mènera aux quatre coins du Québec pour retrouver la fameuse Sam.

Un ton unique

Avec Sam, François Blais nous présente un journal intime rempli de pensées, d’un humour décadent, de réflexions caustiques, des références à la fois populaires et diversifiées qui nous mènent presqu’incontestablement vers l’éclat de rire. Car c’est ainsi que l’on reconnaît le style de l’auteur; avec sa grande habileté à nous surprendre, à nous amener là où l’on n’aurait jamais cru pouvoir se rendre et en nous permettant d’agripper les fous rires au passage. Son style ne ressemble en rien à ce que je lis habituellement. Il porte en lui un humour noir et un cynisme amusant sur la réalité actuelle.

J’ai retrouvé dans cette lecture un engouement, un désir de me précipiter à la page suivante. Quel ton! Le rythme lent qui caractérisait mes vacances me semblait soudainement incongru; mon désir de lire était tellement avide que je tournais les pages à une vitesse folle. Profiter du moment présent en prenant son temps? Pour d’autres, moi, je lis du François Blais.

Prière de ne pas déranger.

Et puis, comme Blais prend le temps de le souligner dans une préface à se tordre de rire, Sam est son huitième roman publié (mais ça, c’était en 2014). Avec ses plus récentes publications et les précédents ouvrages qui me restent encore à découvrir, cette invitation à me laisser tranquille restera donc sûrement longtemps sur ma porte.

Tant mieux.

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Plonger de Christophe Ono-dit-Biot, l’autopsie d’une histoire d’amour

Avec ce roman, pas de mauvaise surprise. Cette histoire est tragique et on le sait dès le premier paragraphe :

Ils l’ont retrouvée comme ça. Nue et morte. Sur la plage d’un pays arabe. Avec le sel qui faisait des cristaux sur sa peau.
Une provocation.
Une exhortation.
À écrire ce livre, pour toi, mon fils.

À mi-chemin entre le roman d’amour et le roman policier, Plonger de Christophe Ono-dit-Biot nous emmène au cœur d’une relation vouée à l’échec entre deux êtres diamétralement opposés, qui se rejoignent toutefois sur un point : leur égoïsme. Vous l’aurez compris, ces deux personnages n’ont pas vraiment attiré ma sympathie.

César, le narrateur, raconte à son fils l’histoire de sa mère, Paz, retrouvée morte alors que ce dernier n’était encore qu’un bébé. Ce récit, César ne le fait pas seulement pour son fils, il le fait aussi (surtout) pour lui : pour essayer de comprendre comment il a pu perdre la femme qu’il a tant aimée.

On apprend donc que Paz est une jeune photographe d’origine espagnole, fougueuse, indépendante, insolente et avide de voyages et de nouveaux horizons. César est plus vieux qu’elle, il est hautain, aigri et marqué par des expériences traumatisantes vécues pendant sa carrière de journaliste, notamment au Liban où il a été séquestré par le Hezbollah.  Contrairement à Paz, il ne veut donc plus jamais sortir de l’Europe, car c’est le seul endroit où il se sent encore en sécurité.

Un piédestal bancal

On plonge donc, pas très profondément cela dit, dans l’intimité de ce couple tortueux, passionné, mais surtout en déséquilibre constant. Cette histoire d’amour démarre notamment sur un malentendu : César, fasciné par Paz avant même de la connaître, se sert de sa notoriété de journaliste pour attirer son attention en rédigeant une critique à propos d’une de ses photos. Cette critique, qui la propulse dans le milieu de l’art, est à l’opposé des intentions artistiques de Paz : son ego d’artiste ne parvient pas à pardonner à César pour ce qu’elle considère être une énorme erreur de jugement et cela hante leur relation.

L’échec d’une fuite en avant

Malgré le besoin viscéral de voyage de Paz, César ne lâche rien : sa phobie de voyager en-dehors de l’Europe passe avant tout le reste. Paz décide alors de les abandonner, lui et leur fils, pour aller assouvir sa soif d’aventure dans un village au bord de la mer Rouge. L’égoïsme des deux personnages, incapables de trouver un terrain d’entente, les mènera donc à la fin tragique qu’on leur connaît.

Plonger présente quelques longueurs et plusieurs clichés — sur le milieu de l’art, sur les relations amoureuses et sur le monde d’aujourd’hui —, mais l’évolution des personnages et l’effondrement de leur relation sont bien ficelés et le dénouement finalement plutôt surprenant.

Cela étant dit, ce roman se rapproche à mon avis davantage d’un bon roman de gare que d’une œuvre littéraire majeure. Il a pourtant reçu le Grand prix du roman de l’Académie française et le prix Renaudot des lycéens en 2013.

Ce livre est donc pour vous si :
… vous cherchez un roman à la fois prenant et léger;
… vous aimez les histoires d’amour intenses, bancales et tragiques;
… vous n’êtes pas à la recherche du livre qui changera votre vie!

Et vous, avez-vous déjà été déçu(e) par un livre ayant reçu un prix littéraire?

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Lire des femmes de diverses origines en mars… et toute l’année

En 2018, je me suis résolue à lire davantage d’œuvres littéraires non occidentales, car il me semblait que mes lectures étaient très enracinées en Amérique du Nord et en Europe occidentale, et surtout réalisées par des personnes blanches. Diversifier mes lectures me permettrait de mieux connaître les expériences de vie et les terrains de luttes de celles et de ceux dont la réalité quotidienne est tout autre que la mienne, en raison de leur appartenance ethnoculturelle et de leur parcours migratoire. J’ai voulu partir à la rencontre de ces personnes qui disposent d’assez peu d’espace dans la société pour diffuser des représentations justes et positives d’elles-mêmes et de leur communauté.

Avec l’arrivée du mois de mars et à l’approche de la Journée internationale des femmes, visant à souligner les contributions des femmes à travers le monde et à mettre en évidence les obstacles et les violences qui demeurent encore à enrayer pour parvenir à une réelle égalité entre les genres, j’ai jugé qu’il était plus que temps d’accorder une plus grande place aux femmes de diverses origines dans ma bibliothèque. L’inclusion de leurs voix dans mon répertoire, voix plus souvent qu’autrement invisibilisées du milieu littéraire, mais pas moins puissantes, vise à me sensibiliser à leur vécu, de manière à mieux me solidariser de leur lutte contre l’oppression et l’exclusion.

Lire pour mieux s’allier

Dans cette perspective, je souhaite tendre l’oreille et écouter véritablement la voix de ces femmes qui, au quotidien, doivent composer avec un cumul d’oppression qui n’est pas familier avec mon expérience privilégiée du monde. Si la littérature est une manière de communiquer les unes avec les autres, il me semble que le fait de s’intéresser aux œuvres qui portent la voix des personnes minorisées représente un premier geste d’accueil, de reconnaissance et d’alliance significatif. Ce geste est essentiel pour promouvoir un féminisme véritablement intersectionnel, c’est-à-dire conscient du croisement simultané et de l’influence mutuelle des formes de domination et désireux de ne pas les reproduire au cœur même de nos discours, de nos actions et de nos luttes. Ainsi, au-delà de la journée symbolique du 8 mars, je souhaite me confronter plus souvent aux paroles des femmes de diverses origines, afin de réajuster ma vision du monde pour la rendre plus accueillante, respectueuse et inclusive, et pour tenter d’être une alliée qui soutient.

Je pars donc en quête d’œuvres littéraires qui offrent des représentations de personnes de diverses origines ancrées dans leurs expériences et leur parcours de vie. Quelques titres ont attiré mon attention jusqu’à maintenant et je suis impatiente de m’y plonger. Je vous les présente brièvement, afin de vous donner envie, vous aussi, de diversifier vos lectures.

Quelques suggestions de lectures

L’ombre de l’olivier de Yara El-Ghadban

Dans ce premier roman, l’autrice d’origine palestinienne convoque sa mémoire et ses souvenirs d’enfance pour raconter ce qui se passe dans l’intime et dans le quotidien des vies en marge du conflit israélo-palestinien et des violences et de la souffrance qu’on y associe majoritairement lorsqu’on le considère d’un regard extérieur. Elle partage la beauté, l’art et la tendresse qui émanent de ses souvenirs d’enfance. Le livre est publié chez Mémoire d’encrier, une maison d’édition qui fait d’ailleurs la part belle aux autrices et aux auteurs de diverses origines.

Femmes des terres brûlées de Marie-Célie Agnant

Marie-Célie Agnant est une écrivaine d’origine haïtienne, installée à Montréal, qui connait une carrière internationale. Son œuvre, composée de poésie, de romans et d’albums jeunesse, aborde les thématiques du racisme, des conditions de vie des femmes et du rapport au passé. Dans ce recueil de poésie, elle s’intéresse aux femmes qui habitent les terres consumées par le colonialisme et la guerre et qui maintiennent vivants la mémoire autant que l’espoir, comme des tisons parmi les cendres.

Yozakura, la fille du cerisier de Muriel Diallo

Ce magnifique album jeunesse, réalisé par une écrivaine, artiste-peintre et illustratrice d’origine ivoirienne installée à Paris, se construit autour du thème de la peur de l’autre et de sa différence, qui menace toujours de se manifester par la méchanceté et la brutalité, mais aussi de celui de l’apprivoisement de l’altérité. Les illustrations mélangent différents matériaux, textures, couleurs et techniques, ce qui rend hommage au récit.

Policing Black Lives de Robyn Maynard

Écrit par une chercheuse indépendante et militante féministe noire montréalaise, cet essai se penche sur  le racisme systémique dont sont victimes les personnes noires depuis la période esclavagiste jusqu’à aujourd’hui au Canada. L’auteure y démontre que, malgré les prétentions bien canadiennes au multiculturalisme, la violence institutionnelle, et plus particulièrement la brutalité policière qui est notamment à l’origine de la naissance du mouvement Black Lives Matter aux États-Unis, est tout aussi présente de ce côté-ci de la frontière.

Pour vous inspirer davantage, je vous invite à aller fouiller la catégorie «Littérature étrangère» du blogue.

Aussi, un détour par la Librairie Racines, ouverte depuis le mois d’août 2017 à Montréal-Nord, vous permettra assurément de découvrir de nombreux bouquins écrits par des personnes de diverses origines.

En espérant vous avoir donné envie de réfléchir, comme je l’ai fait, à l’homogénéité qui caractérise trop souvent, et parfois sans qu’on s’en rende tout à fait compte, les œuvres que nous côtoyons.

D’ailleurs, quels livres écrits par des femmes de diverses origines souhaitez-vous lire prochainement?

 

Ce que Alexandra en a pensé : Pour ma petite personne, l’année 2018 a débuté un peu dans un état général de panique extrême. Est-ce que j’avais fait les bons choix? Est-ce que je me dirigeais au bon endroit? J’angoissais – comme toujours – sur comment j’allais réussir à organiser tous les magnifiques projets que je me donnais et si j’étais prête d’affronter toutes ces peurs qui me réveillaient la nuit. J’avais peur. J’ai encore peur. Et il me fallait un livre pour m’aider. Un bouquin pour me remettre les pieds sur terre. Un bouquin qui me dirait « ça va bien aller, crois-moi ». J’ai eu entre les mains Le chemin du beau de Cheryl Strayed à la librairie où je travaille. Tout juste sorti des boîtes pour l’étiquettage, j’ai feuilleté ce livre entièrement composé de citations et de pensées de cette auteure à qui l’on doit Wild, roman autobiographique qui a assurément changé plus d’une vie. Ayant été transportée par le périple à travers les montagnes vertigineuses du Pacific Crest Trail de Strayed, ma curiosité était piquée, mais surtout j’avais ce grand besoin d’un livre inspirant écrit par une femme qui, comme moi, a eu peur et a foncé avec détermination dans la vie. J’ai su que Le chemin du beau était le livre qu’il me fallait. En fait, Strayed nous livre dans ce tout petit bouquin jaune moutarde, d’à peine une centaine de pages, ce genre de citations qu’on garde près de soi, dans un tiroir de notre tête, pour les moments difficiles lorsqu’on a besoin de se remonter l’estime, de se donner un peu de lumière et de continuer à croire en nous, en les autres et en tout le reste. Exactement ce que je cherchais. « Je ne saurai jamais, et vous non plus, à quoi aurait ressemblé la vie que nous n’avons pas choisie. Mais une chose est sûre, cette vie alternative aurait été tout aussi importante et tout aussi belle. C’est un bâteau fantôme à bord duquel nous n’avons pas embarqué. Tout ce que nous pouvons faire, c’est le saluer depuis la rive. » En guise d’introduction, Strayed mentionne qu’elle a toujours collectionné les citations : « drôles ou profondes, simples ou complexes, tristes ou émerveillées, exaltantes ou sévères : chaque fois que j’ai besoin de réconfort ou d’encouragement, d’un peu de recul ou d’un bon coup de pied au derrière (ce qui m’arrive souvent), c’est vers elles que je me tourne ». C’est pour cette raison qu’elle a décidé d’écrire ce livre, un « mini-guide à l’usage de nos âmes » qui nous tiendra compagnie lorsqu’on en aura besoin. Passant de propos féministes, afin que les femmes soient fières d’elles, à des propos plus généraux sur les relations, le respect de soi, la souffrance, les hésitations, les choix, le lâcher prise, la force d’aller de l’avant et l’importance de confronter notre zone de confort, on y trouve une panoplie de phrases-clés susceptibles de nous faire réfléchir pendant de longs moments. « Salut, la peur. Merci d’être là. Tu es la preuve que je fais le bon choix. » « Voyagez à pied. On rate tellement de choses quand on va trop vite. » « Partez parce que vous en avez envie. Parce que vouloir partir est une raison suffisante. » Tous les lecteurs de Wild se souviendront de ces passages où Cheryl Strayed se répétaient en boucle « je n’ai pas peur, je n’ai pas peur » comme un mantra qui allait l’aider à surmonter les moments où, seule dans la nature sauvage avec comme seul abris sa tente de nylon, l’inquiétude et l’anxiété menaçaient sa tête. C’est là toute la beauté des ces citations et de ces phrases qu’on joue en boucle pour transformer nos pensées négatives, se redresser et se mettre sur « le chemin du beau ». Malgré quelques passages qui m’ont paru un peu flous et maladroits, Strayed réussit à livrer un bouquin remplit d’espoir qui fait du bien aux gens un peu perdus, comme moi, et donne une grande bouffée de chaleur à travers ses mots. Je le recommande à ceux qui aiment les quétaineries et les livres de croissance personnelle et qui n’ont pas peur de l’assumer avec fierté. Et vous, quelles sont la ou les citation.s qui vous font du bien?

Le chemin du beau : des citations qui font du bien

Les citations font partie prenante de ma vie. Elles sont souvent l’élément déclencheur de certaines réflexions, elles remplissent mes tableaux Pinterest, me font jaunir les pages de mes livres à coups de marqueur et m’inspirent, au quotidien. Les mots des autres peuvent parfois résonner en nous de manière imprévisible, agir comme un baume ou une bombe et nous faire réaliser des choses que nous n’arrivons pas nous-mêmes à mettre en mots.

C’est pour cette raison que j’ai été intriguée par le petit recueil de citations de Cheryl Strayed, l’auteure derrière le best-seller Wild. Quand j’ai vu qu’Alexandra l’avait aussi acheté, nous avons décidé d’en faire un article commun, partageant nos deux points de vue sur Le chemin du beau et tout le beau que celui-ci nous a insufflé.

Ce que j’en ai pensé : 

L’introduction que fait Cheryl Strayed de ses propres citations m’a beaucoup plu. Ça m’a accrochée et j’ai aimé qu’elle prenne quelques instants pour expliquer son processus. Comme moi, elle semble toujours être à la recherche de la citation qui conviendra à son état, peu importe l’état, et c’est justement ce qu’elle offre à sa lectrice dans Le chemin du beau. Ce qu’elle offre, pour reprendre ses propres mots, ce sont des citations qui « nous crient au contraire un grand OUI ! »

Évidemment, un livre de ce genre ne peut pas nous épater phrase après phrase sans rencontrer quelques plats, mais, de manière générale, j’ai apprécié l’entièreté des citations. On y trouve de tout, pour tous. C’est le type de petit ouvrage simple et efficace qui s’offre en cadeau à toutes les étapes d’une vie.

Cheryl Strayed ne fait pas dans le compliqué et elle n’a pas besoin de le faire pour offrir un résultat qui fait du bien, qui donne espoir et qui nous aide à contrer la peur, à sortir de notre zone de confort, à nous faire confiance et avancer, même sans trop savoir ce qui nous attend.

En somme, c’est un petit livre à garder près, sur sa table de chevet, à feuilleter ou lire d’une traite, question d’y trouver les bons mots qui nous feront du bien. Je vous le garantis, Cheryl Strayed les a!

Elle termine d’ailleurs sur cette petite phrase qui, à mon avis, résume à la fois ce que Le chemin du beau nous porte à faire et ce qu’on devrait tous faire au quotidien.

« Pose-toi de meilleures questions, ma puce. C’est ta vie, bordel. À toi d’y répondre. »

Ce qu’Alexandra en a pensé :

Pour ma petite personne, l’année 2018 a débuté un peu dans un état général de panique extrême. Est-ce que j’avais fait les bons choix? Est-ce que je me dirigeais au bon endroit? J’angoissais — comme toujours — sur comment j’allais réussir à organiser tous les magnifiques projets que je me donnais et si j’étais prête à affronter toutes ces peurs qui me réveillaient la nuit. J’avais peur. J’ai encore peur. Et il me fallait un livre pour m’aider. Un bouquin pour me remettre les pieds sur terre. Un bouquin qui me dirait « ça va bien aller, crois-moi ».

J’ai eu entre les mains Le chemin du beau de Cheryl Strayed à la librairie où je travaille. Tout juste sorti des boîtes pour l’étiquetage, j’ai feuilleté ce livre entièrement composé de citations et de pensées de cette auteure à qui l’on doit Wild, roman autobiographique qui a assurément changé plus d’une vie. Ayant été transportée par le périple à travers les montagnes vertigineuses du Pacific Crest Trail de Strayed, ma curiosité était piquée, mais surtout j’avais ce grand besoin d’un livre inspirant écrit par une femme qui, comme moi, a eu peur et a foncé avec détermination dans la vie. J’ai su que Le chemin du beau était le livre qu’il me fallait.

En fait, Strayed nous livre dans ce tout petit bouquin jaune moutarde, d’à peine une centaine de pages, ce genre de citations qu’on garde près de soi, dans un tiroir de notre tête, pour les moments difficiles lorsqu’on a besoin de se remonter l’estime, de se donner un peu de lumière et de continuer à croire en nous, en les autres et en tout le reste. Exactement ce que je cherchais.

« Je ne saurai jamais, et vous non plus, à quoi aurait ressemblé la vie que nous n’avons pas choisie. Mais une chose est sûre, cette vie alternative aurait été tout aussi importante et tout aussi belle. C’est un bateau fantôme à bord duquel nous n’avons pas embarqué. Tout ce que nous pouvons faire, c’est le saluer depuis la rive. »

En guise d’introduction, Strayed mentionne qu’elle a toujours collectionné les citations : « drôles ou profondes, simples ou complexes, tristes ou émerveillées, exaltantes ou sévères : chaque fois que j’ai besoin de réconfort ou d’encouragement, d’un peu de recul ou d’un bon coup de pied au derrière (ce qui m’arrive souvent), c’est vers elles que je me tourne ». C’est pour cette raison qu’elle a décidé d’écrire ce livre, un « mini-guide à l’usage de nos âmes » qui nous tiendra compagnie lorsqu’on en aura besoin. Passant de propos féministes, afin que les femmes soient fières d’elles, à des propos plus généraux sur les relations, le respect de soi, la souffrance, les hésitations, les choix, le lâcher-prise, la force d’aller de l’avant et l’importance de confronter notre zone de confort, on y trouve une panoplie de phrases-clés susceptibles de nous faire réfléchir pendant de longs moments.

« Salut, la peur. Merci d’être là. Tu es la preuve que je fais le bon choix. »

 « Voyagez à pied. On rate tellement de choses quand on va trop vite. »

« Partez parce que vous en avez envie. Parce que vouloir partir est une raison suffisante. »

Tous les lecteurs de Wild se souviendront de ces passages où Cheryl Strayed se répétait en boucle « je n’ai pas peur, je n’ai pas peur » comme un mantra qui allait l’aider à surmonter les moments où, seule dans la nature sauvage avec comme seul abri sa tente de nylon, l’inquiétude et l’anxiété menaçaient sa tête. C’est là toute la beauté de ces citations et de ces phrases qu’on joue en boucle pour transformer nos pensées négatives, se redresser et se mettre sur « le chemin du beau ».

Malgré quelques passages qui m’ont paru un peu flous et maladroits, Strayed réussit à livrer un bouquin rempli d’espoir qui fait du bien aux gens un peu perdus, comme moi, et donne une grande bouffée de chaleur à travers ses mots. Je le recommande à ceux qui aiment les quétaineries et les livres de croissance personnelle et qui n’ont pas peur de l’assumer avec fierté.

Et vous, quelles sont la ou les citations qui vous font du bien?

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Rétrospective 2017 : analyser la représentativité de ses lectures personnelles

C’est connu, les débuts d’année sont propices aux remises en question et à l’évaluation de l’année qui vient de s’écouler. Que ce soit par la participation à un défi littéraire ou par l’adoption de résolutions axées sur les livres, les adeptes de la littérature en profitent pour planifier leurs lectures de la prochaine année.

Pour ma part, avant de me plonger dans ma PAL de 2018, j’ai voulu me questionner sur mes lectures de 2017, plus particulièrement sous l’angle de la représentativité des auteurs.trices lu.e.s et des genres littéraires explorés. Inspirée par la réflexion des autrices du Bal des absentesqui déploraient l’invisibilité des œuvres littéraires féminines dans les corpus scolaires —, je me suis demandée qui étaient les marginaux et les marginales au sein de mes propres lectures de la dernière année. Avais-je atteint la parité dans mon corpus littéraire personnel? Mes choix offraient-ils une place aux auteurs.trices issu.e.s des minorités racisé.e.s? Avais-je privilégié certains genres littéraires au détriment de formes d’expression littéraire moins populaires?

Ce questionnement me semblait pertinent dans l’optique d’élargir mes horizons littéraires, et dans le cadre d’une prise de conscience de l’importance de donner une voix à des auteurs.trices marginalisé.e.s par les structures institutionnelles du milieu littéraire. Comme l’a si bien dit l’auteur Nicholas Dawson dans sa critique du milieu littéraire québécois, pour combattre la sous-représentation de certain.e.s auteur.trice.s au sein de l’offre littéraire, « il faut d’abord se responsabiliser en reconnaissant ses angles morts ». C’est donc ce que je propose de faire dans cette chronique par une brève analyse statistique de mes lectures de 2017.

Parité sans diversité

À mon agréable surprise, les autrices ont pris une place importante au cœur de mon corpus littéraire de la dernière année. En effet, 63 % des ouvrages découverts en 2017 ont été écrits par des femmes, et cette majorité d’œuvres féminines s’est révélée être autant du côté des romans que des essais lus.

Lecturesfemmes

Les femmes autrices furent à l’honneur dans mes lectures en 2017!

La situation est toutefois nettement moins rose en ce qui concerne les auteurs.trices issu.e.s de minorités racisé.e.s. Celles-ci ont représenté seulement 22 % des œuvres lues au cours de 2017; c’est donc dire que mes lectures ont malheureusement été très « blanches » et ont fait peu de place à la diversité. De plus, ce 22 % d’auteurs.trices est presque entièrement extrait des ouvrages de littérature étrangère que j’ai lus cette année. Cela signifie que très peu de mes lectures québécoises de l’an dernier furent rédigées par des néo-Québécois.e.s ou des Québécois.e.s issu.e.s de l’immigration, et ce, même si les œuvres littéraires québécoises ont constitué plus de la moitié de mes lectures en 2017. Le bilan est encore pire du côté des minorités sexuelles; avec seulement deux ouvrages sur soixante, soit un maigre 3 %, force est de constater que mon corpus littéraire de la dernière année fut largement composé d’auteurs.trices hétérosexuel.le.s.

Des genres littéraires complètement absents

À l’instar des auteurs.trices visité.e.s en 2017, les genres littéraires que j’ai inconsciemment privilégiés au cours de la dernière année ont manqué de diversité. La forte présence de romans et d’essais lus occulte l’absence flagrante de la poésie, absence qui reflète ironiquement la quasi-inexistence de mes connaissances sur ce genre littéraire. Le roman graphique fut aussi un grand oublié de 2017 : une seule bande dessinée figure au titre de mes lectures. Enfin, une biographie, Éva Circé-Côté, libre-penseuse 1871-1949 d’Andrée Lévesque que j’ai d’ailleurs fort appréciée et que je recommande grandement m’a fait réaliser que ce genre littéraire me plaît beaucoup, surtout lorsqu’il s’inscrit dans une approche historique et qu’il découle d’une étude rigoureuse et bien documentée de son sujet.

Une recommandation pour 2018

Ce bref exercice statistique — qui se voulait plus exploratoire qu’académique, j’en conviens — m’a permis de formuler une recommandation générale pour aiguiller mes lectures de la prochaine année : plus de diversité, que ce soit dans les auteurs.trices abordé.e.s, les genres littéraires parcourus ou les époques explorées. Par ailleurs, si cette chronique a éveillé votre curiosité, je vous invite à réaliser cette petite analyse avec vos lectures personnelles et à partager vos constatations dans les commentaires ci-dessous. Qui sait, le tout vous enlignera peut-être vers de belles découvertes littéraires pour la prochaine année!

Et pour terminer, en considérant les conclusions de mon analyse, que me suggéreriez-vous de lire en 2018?

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La fille à histoires : s’inventer des mères de papiers

Irène Frain est une auteure bien prolifique que je ne connaissais que très peu, moi qui avais seulement lu Beauvoir in love. Elle publie presque un livre par année depuis 1979, ce qui est ma foi fort impressionnant. Sa page Wikipédia m’a aussi appris qu’on avait la même date de fête, mais je doute que ce soit vraiment nécessaire de vous le mentionner. 😉

J’ai eu la chance de découvrir cette auteure pour la deuxième fois, avec son tout nouveau roman, La fille à histoires, publié en 2017. Dans ce texte, elle aborde la relation qu’elle a eue avec sa mère, et plus précisément la place de l’écriture et de la lecture dans leur famille.

Le prénom

Ayant été prénommée le même nom que l’amante de son père, Irène a avec sa mère des rapports extrêmement conflictuels et difficiles. De plus, sa famille est très modeste et l’écriture est un sujet fort tabou. Elle est la troisième fille de ses parents. Au fil du temps, elle comprend qu’elle est arrivée après que sa mère ait compris que son mari n’était pas amoureux d’elle. Irène naît aussi au moment où sa mère espérait changer de logis, où elle avait le projet de « faire bâtir » un domicile mieux adapté à la vie familiale.

Elle en vient donc, d’une certaine manière, à moins aimer cette troisième enfant, qui non seulement est le symbole de l’échec de son mariage, mais qui porte le prénom de celle qui les a séparés. Or, ce n’est pas parce qu’elle n’a pas cherché à aimer sa fille. Irène le mentionne souvent, sa mère a voulu l’aimer, elle n’y est tout simplement pas arrivée. Les passages dans lesquels elle raconte que sa mère conservait des copies de ses romans sont touchants et m’ont semblé démontrer cette tentative de la mère, d’aimer. D’aimer mal, certes, mais d’aimer.

Ne pas être aimé de sa mère ou de son père est tristement banal, le monde est peuplé de fils et filles qui ne s’en consolent pas. Mon histoire avec ma mère — l’origine de mes histoires — est un peu plus singulière. Elle aurait bien voulu m’aimer. Elle n’a pas pu.

Tout comme sa mère, elle a souffert de cette distance, de ce manque d’amour, et c’est ce qu’elle décide de raconter dans ce roman très personnel. Elle nous explique la lourdeur de leur relation et surtout, de la distance grandissante qui se crée lorsqu’Irène devient écrivaine. Ses parents ayant toujours été réfractaires à l’écriture, à l’art en général, écrire est un geste courageux et de survie pour cette jeune Irène. Elle l’exprime ainsi : elle se créera des mères de papiers par l’écriture.

Il y a dans ce texte une écriture très à fleur de peau, et ce, dans la façon d’Irène de parler de ses parents, de sa mère en particulier. Elle parle aussi de l’écriture comme d’un acte de survie, qui l’a fait réellement exister et qui, doucement, a pansé ses plaies. J’ai été touchée par ce témoignage sensible et intime de cette histoire familiale.

Les mots de la mère

Extrêmement blessante et dure, la mère d’Irène lui aura dit des choses inoubliables qui viendront l’accompagner dans son écriture. Sa mère ayant été, sans le vouloir, celle par qui est venu l’appel de l’écriture. Sa mère qui adorait se créer des histoires.

Les mots de ma mère étaient puissants. Les uns m’ont émerveillée, ont réussi à réenchanter ma vie. D’autres furent meurtriers. Ils ne m’ont pas tuée — J’ai toujours préféré les premiers. A-t-elle mesuré ce que je lui dois? S’est-elle un jour aperçue qu’elle était la mère de mes histoires?

Finalement, j’ai aimé l’émotion qui traverse ce roman, qu’on sent importante pour l’auteure, comme si elle arrivait, un peu, à faire la paix avec sa mère. Ou au moins à mettre des mots sur cette passion — hors norme pour sa famille — qu’est l’acte d’écrire.

Et vous, aimez-vous les récits très intimistes comme celui-ci, dans lesquels on sent le soulagement de l’auteur.e en fin de roman?


Le fil rouge tient à remercier les Éditions du Seuil pour le service de presse.

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Six mois d’ermitage… dans les forêts de Sibérie

Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson faisait partie de ma pile à lire depuis un bon moment. Les journées de froid glacial que nous avons connues me semblaient un moment propice pour entamer cette lecture et m’ont décidée à me plonger dans ce récit de voyage dans lequel l’auteur relate les six mois qu’il a passés dans une cabane (isba) isolée en Sibérie sur les rives du lac Baïkal. Quelle aventure!

Le livre est écrit sous la forme d’un journal dans lequel l’auteur détaille pour chaque journée de quelle manière il a occupé son quotidien. Dans la mesure où aucune route ne mène à la cabane où il a élu domicile, que le village le plus proche se situe à cent vingt kilomètres de distance et que les plus proches voisins se trouvent à cinq heures de marche, Sylvain Tesson mène une vie assez sobre durant ces six mois.

Malgré la sobriété de son rythme de vie, le récit s’avère captivant, car il dépeint une réalité aux antipodes de nos vies contemporaines. À l’heure où nous manquons constamment de temps, où les choix d’activités et de loisirs foisonnent et où les moments de solitude sans interactions sont rares, j’étais curieuse de savoir à quoi ressemble la vie lorsque l’on se retire temporairement de la société, et ce, en pleine nature, dans un endroit où les conditions météorologiques sont ardues.

Le journal de Sylvain Tesson est rempli d’observations concernant son mode de vie, la nature qui l’entoure et les nombreux livres qu’il a lus au cours de son périple. Le tout est ponctué d’anecdotes relativement aux excursions qu’il décide d’effectuer et aux rencontres qu’il fait avec d’autres ermites et d’autres voyageurs.

Enfin, ce carnet de bord comporte également diverses réflexions qui poussent le lecteur à réfléchir. Sur cet aspect, j’ai beaucoup apprécié les passages où l’auteur fait part de ses pensées sous forme de remises en question provoquées par l’expérience qu’il est en train de vivre, mais j’ai moins aimé lorsqu’il livre sa vision de nos sociétés modernes sur un ton qui peut sembler manquer de nuances. En fait, de ces réflexions, j’ai surtout été marquée par la joie de l’auteur qui constate que sa vie d’ermite lui permet de posséder le temps et de profiter de chaque instant. Voici, à mon avis, un passage du livre qui témoigne de cet état :

Cette vie procure la paix. Non que toute envie s’éteigne en soi. La cabane n’est pas un arbre de l’Éveil bouddhique. L’ermitage resserre les ambitions aux proportions du possible. En rétrécissant la panoplie des actions, on augmente la profondeur de chaque expérience. La lecture, l’écriture, la pêche, l’ascension des versants, le patin, la flânerie dans les bois… l’existence se réduit à une quinzaine d’activités. Le naufragé jouit d’une liberté absolue mais circonscrite aux limites de son île. 

J’ai pris plaisir à lire ce livre qui aborde avant tout une aventure humaine hors du commun, qui a su me transporter à mille lieues de ma réalité et qui a suscité en moi le goût de me rapprocher de la nature. Je conseille cette lecture à quiconque est curieux de partager avec l’auteur ces six mois de réclusion volontaire. Qui sait, peut-être aurez-vous envie de vous inspirer un peu de l’ermite dans votre propre vie?

Club de lecture : Moi, Tituba, sorcière…

Dimanche le 21 janvier, café Zoha. 

Le café Zoha est un petit café bien chaleureux situé dans Centre-Sud, sur Ontario. Si vous voulez aller au Sfouf mais que vous vous butez à un café plein, dirigez-vous vers le Zoha, à deux pas de là. Nous avions le café à nous pour une bonne partie de la séance, nous en avons donc profité pour prendre place sur le bord de la fenêtre, sur les banquettes, question d’être bien installées pour discuter du magnifique livre qu’est Moi, Tituba, sorcière… de Maryse Condé.

Alors, qu’en avez-vous pensé?

À l’évidence, toutes les participantes ont apprécié leur lecture de Moi, Tituba, sorcière… Ce fut un bon moment de lecture, une histoire intéressante, intrigante qui nous porta à avoir une multitude de discussions sur le rôle des femmes, la liberté, le racisme, etc.

L’une des participantes a d’abord mentionné comment elle avait eu l’impression de se faire raconter une histoire, quelque chose de presque chanté, de mélodieux. Par contre, malgré le talent d’écriture de Maryse Condé, malgré l’aspect musical, rythmé et doux de son écriture, nous n’avons pu passer outre la dureté qui nous a toutes un peu happées en début de texte; c’est un commencement un peu choc qui nous a toute ébranlées. Aurions-nous affaire à une sordide histoire, de A à Z?

Oui et non…

Moi, Tituba, sorcière… est un récit dur qui met de l’avant les systèmes de castes de l’époque, qui parle de racisme, de sexisme et de la main mise qu’avait la religion sur tout. Tituba choisit en quelque sorte de devenir esclave pour être avec l’homme qu’elle aime et qui finira par la trahir : John Indien.

Dès le début, elle se questionne à savoir « Pourquoi les femmes ne peuvent pas se passer des hommes? » et, tout au long du récit, on sent que cette question prédomine dans les choix, la colère et la compassion de Tituba. En même temps, elle reste une femme indépendante, forte et humaine, souvent prise entre son désir d’être aimée par un homme et ses valeurs.

Pour toutes, le roman de Condé est féministe. Ne serait-ce que dans les questionnements du personnage principal, dans la réappropriation de l’histoire d’une femme de couleur à une époque ou le racisme bat son plein, dans la question du désir, de la sexualité, de l’enfantement. Moi, Tituba, sorcière… est aussi féministe dans ce rôle de guérisseuse et de transmission qui suit le personnage de Tituba tout au long de sa vie, jusqu’à la mort.

Spiritualité, au-delà et sorcellerie

Toutes les participantes ont aimé le côté spirituel qui se dégage du récit. C’est un clash entre les pratiques et croyances de Tituba et le catholicisme puritain de l’époque qui fait fureur à Salem. Elle se fait traiter de sorcière – terme extrêmement péjoratif –, elle serait en contact direct avec le Malin (le diable) et tous les maux lui retombent dessus, même lorsqu’elle est celle qui les guérit.

Tout au long du récit, Tituba est suivie, conseillée et guidée par deux esprits : sa mère et la femme qui lui a transmis ses connaissances, deux forces protectrices et sages. Cet aspect peu commun et bien intéressant est même allé jusqu’à donner à certaines participantes une sorte de réassurance face à la mort.

On retrouve aussi, à travers l’aspect plus spirituel, un grand respect pour la nature, les plantes et le monde qui nous entoure.

La transmission au cœur de tout 

Finalement, nous avons aussi discuté du fort esprit de transmission qui se trouve au cœur du roman. Non seulement la transmission de l’histoire de Tituba, très peu répertoriée, à laquelle Maryse Condé a redonné vie avec la fiction, mais aussi la transmission des valeurs, des traditions et des histoires  qui parcourent le roman.

Alors que Tituba retrouve des alliées spirituelles dans les deux femmes qui la guident, nous pouvons nous entendre pour dire que nous retrouvons aussi de ces alliées spirituelles à travers les récits de femmes qui nous inspirent et qui osent, comme Tituba, vivre, envers et contre tous ainsi qu’à travers toutes les femmes qui écrivent, ont écrit et écriront leur vécu ou celui d’autres femmes.

C’est donc sur cette note d’espoir et cette belle image, qu’il y a de ces femmes qui ont marqué nos parcours de lectrices et qui nous suivent, comme des alliées spirituelles, à travers nos propres vies. Moi, Tituba, sorcière… sera certainement l’une de celles-là pour plusieurs d’entre nous.

Le mois prochain, nous lirons Le monde est à toi de Martine Delvaux. Une lecture qui, on le sent déjà, entraînera de belles discussions.