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Au hasard des lectures : La pomme de Justine, et L’albatros et la mésange

Mon premier m’a fait de l’œil dans une librairie d’occasion. Il s’agissait d’un titre de la collection Titan + que je n’avais toujours pas lu, publié en 2013 : La pomme de Justine de Valérie Harvey. Je l’ai amené pour le lire en vacances. Mon deuxième est le petit dernier d’une autrice que je lis depuis mon enfance, qui m’attendait dans ma boîte aux lettres à Montréal : L’albatros et la mésange de Dominique Demers. Mon tout est la coïncidence de deux lectures subséquentes qui se ressemblent, se parlent et se répondent, dans la forme comme dans les thèmes abordés. Elles seront le sujet de mon article et je les aborderai d’une même voix.

La rencontre des opposés

Au début de La pomme de Justine, on rencontre cette jeune fille de 18 ans qui travaille pour l’été comme guide touristique dans un parc naturel. Pleine de vie et passionnée de plein air, elle sort toutefois d’une relation amoureuse difficile et tente de prendre la vie comme elle vient. Il y a aussi Alexandre, un jeune professeur de littérature de 28 ans qui loue un chalet à ce même parc pendant quelques mois. Tout juste sorti d’une profonde dépression à la suite de fausses accusations d’agression sexuelle, il tente de remonter la pente et de reprendre confiance en lui, en les femmes et en la vie. Les deux personnages vont se rencontrer et, malgré l’écart d’âge et leurs personnalités différentes, vont devenir amis, puis amoureux. Mais le principal enjeu reste surtout la légitimité de leur amour l’un pour l’autre, puisqu’au moment où Alexandre devient le professeur de cégep de Justine, tout se complique. L’histoire très touchante est celle de deux personnes qui s’aiment furieusement, malgré la différence d’âge et le regard des autres.

Dans L’albatros et la mésange, il y a Mélodie, une jeune fille de 17 ans qui vit seule avec sa mère. Étudiante de cinquième secondaire dans un programme enrichi et sportive de haut niveau, elle effectue un stage dans la garderie fondée par la mère de Jean-Baptiste. Celui-ci ne pourrait être plus différent d’elle : habitant avec une famille nombreuse très catholique, il est un « zèbre », c’est-à-dire une personne hors-norme, surdouée et intense. Passionné par l’éthologie, il passe souvent pour le weird de service et souffre de sa différence. Il rencontre Mélodie, d’abord par hasard, puis à la garderie de sa mère, et d’une belle amitié va naître l’amour, alors qu’ils réussissent à s’apprivoiser.

Les deux romans posent ainsi des trames narratives plutôt semblables. Dans les deux cas, des personnages que tout oppose apprennent à se connaître, à se faire confiance et tombent finalement amoureux. La méthode employée par les deux autrices pour illustrer à la fois les différences et les rapprochements entre les protagonistes est celle de la narration alternée. Ainsi, les personnages prennent chacun leur tour la parole et expriment, à partir de leur point de vue, leur vision personnelle. J’avoue que j’aime particulièrement cette façon de faire. J’aime pouvoir me retrouver dans la tête de chacun des personnages pour déceler leurs sentiments, leur perception du monde et leur évolution. Cette narration permet aussi de rejoindre plus exactement la sensibilité de chacun. Bien sûr, impossible par là de garder le moindre punch : c’est sûr que les deux personnages deviennent un couple!

Ce que m’a amené la lecture subséquente des romans 

De fortes similitudes, donc, s’instituent entre les deux romans en ce qui a trait à l’histoire et à la narration alternée. Néanmoins, les traitements respectifs que font les autrices de cette recette divergent, tout comme les personnages de chacune des œuvres demeurent uniques. Mais puisque le hasard m’a amenée à lire les deux livres l’un après l’autre, parlons de mes impressions de lecture.

J’ai trouvé que le livre de Valérie Harvey était plus abouti et moins frileux que celui de Dominique Demers. La narration alternée nous laisse de longs moments avec chacun des personnages, l’écriture est franche et honnête, et le ton juste. Pour ce qui est des thèmes, ils sont originaux et leur traitement, mature. Dominique Demers, même si les thèmes qu’elle aborde ont leur intérêt et leur place – le viol, la religion, la surdouance –, m’a paru un peu éparpillée. Quant à son écriture, elle est très évocatrice, mais parfois un peu fleur bleue, enfantine et moralisatrice. J’ai aussi moins cru aux personnages de Demers, bien qu’ils soient attachant, peut-être parce que les chapitres qui leur sont attribués sont très courts, ce qui laisse peu de temps pour vraiment entrer dans leur tête. Ces détails ne m’ont pas empêchée de lire le roman d’une traite et de l’apprécier, mais j’avais parfois l’impression d’être prise par la main comme un enfant.

De ce fait, même si les personnages des deux romans oscillent sensiblement autour des mêmes âges, j’ai trouvé le roman de Harvey – destiné explicitement aux adolescents par la collection dans laquelle il est publié – beaucoup plus convaincant. Le roman parle vraiment au public auquel il se destine et cela se voit dans la manière dont les personnages s’expriment et réagissent aux situations. Je l’ai trouvé plus crédible et les personnages, plus authentiques. Quant à lui, le roman de Demers ne s’adresse pas spécifiquement aux adolescents, dans une volonté explicite de rejoindre un plus large public, mais cela m’a semblé être une des lacunes de l’œuvre. En effet, j’ai eu l’impression que le roman, de cette façon, manquait quelque peu d’ancrage et qu’il hésitait entre les tons ou le vocabulaire à prendre, surtout dans la représentation qui est faite de certains sujets.

En conclusion…

Finalement, à l’issue de mes réflexions, quoi dire de ces deux livres similaires? Je dirais d’abord que ce n’est pas parce que des livres parlent des mêmes thèmes et qu’ils utilisent une forme narrative semblable qu’ils sont pour autant pareils. Les deux romans m’ont plu pour des raisons différentes et m’ont permis de vivre des bons moments de lecture. Et finalement, ce hasard de lecture m’a permis de faire jaillir un autre type de réflexion et de me pencher sur d’autres aspects du livre, que ce soit la construction des personnages, le rythme de la narration et le style propre à chaque autrice. Et quant aux deux romans, ensemble ou séparés, il n’en demeure pas moins que je vous les recommande.

Et vous, quelles ont été vos lectures de vacances?

Je voudrais remercier les éditions Québec Amérique pour le service de presse de L’albatros et la mésange.

 

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L’outsider: le nouveau roman effrayant de Stephen King

Récemment, j’ai offert L’outsider à mon copain, le dernier roman de Stephen King. Ce dernier est un de ses auteurs préférés. Je n’ai pas pu résister en le voyant au magasin. D’abord, le livre est splendide: tout noir avec du lettrage or et le personnage aux yeux rouges qui se tient à l’envers sur la couverture. Automatiquement, en le voyant, j’ai eu envie de le tenir dans mes mains et de découvrir ce qui s’y cache. Puis, bien sûr, l’histoire avait l’air captivante. Tellement, que j’ai fini par le lire moi aussi, alors que M. King ne fait pas vraiment dans les styles littéraires que j’aime habituellement. Très franchement, j’ai été déstabilisée par cette lecture. 

Mi-policier, mi-fantastique

Habituellement, les styles littéraires de l’auteur sont plutôt l’horreur, la science-fiction et le fantastique. Ici, l’histoire proposée débute par une intrigue policière, ce qui m’a possiblement attirée, vu mon amour du genre policier. On y suit l’enquête pour le meurtre d’un garçon de 11 ans dont le corps a été torturé. Au début du roman, l’histoire est racontée morceau par morceau, en alternant entre des extraits des interrogatoires des témoins et la description de l’arrestation du suspect. Puis, tranquillement et subtilement, le fantastique vient se mélanger au policier. En effet, le suspect arrêté dans l’affaire a un alibi béton pour la journée du meurtre: il était à une conférence dans une autre ville avec plusieurs collègues qui attestent de sa présence, et ses empreintes sont retrouvées sur place. 

Toutefois, les policiers ont en main des preuves scientifiques solides et le récit de plusieurs témoins prétextant avoir vu le suspect à Flint City le jour du meurtre. Est-ce qu’une personne peut se trouver à deux endroits en même temps et y laisser des traces de son ADN? La question est donc de découvrir comme cela peut être possible. N’étant pas une fan du fantastique, je dois dire que cette fois-ci, cela ne m’a pas du tout déplu durant ma lecture. Les deux styles se mariaient à merveille. Grâce à cela, je suis d’avis que l’auteur ira chercher un spectre plus large de lecteurs. 

«Ralph s’exécuta de bonne grâce, mais même pendant qu’ils faisaient l’amour (sauf au moment de l’orgasme, où toutes les pensées s’effacèrent), il se surprit à songer à la formule de Conan Doyle. C’était intelligent. Logique. Mais on pouvait l’adapter: Une fois que vous avez éliminé le naturel, ce qui reste est forcément surnaturel. Non. Le policier qu’il était, mais aussi l’être humain, ne pouvait croire à une explication qui transgressait les règles du monde naturel. Frank Peterson avait été tué par une personne réelle, pas par un fantôme sorti d’une bande dessinée.»

Peur viscérale

Le fantastique prend de plus en plus de place, plus la lecture avance. Plusieurs protagonistes commencent à croire à la théorie d’un être surnaturel. Par exemple, la légende mexicaine d’«El Cuco», ce croque-mitaine qui enlève des enfants pour boire leur sang et se frotter avec leur graisse en les emportant dans un sac noir, est mise de l’avant en raison de sa ressemblance avec le meurtre du garçon de 11 ans.

Malgré que ce soit des histoires d’enfants, on ressent que les personnages ont la trouille quand même. C’est d’ailleurs ce qui ressort principalement de ma lecture de ce livre: une peur viscérale. Pourtant, je ne suis pas une personne de nature impressionnable, mais j’ai été littéralement terrorisée. Est-ce le fait que j’écoutais en même temps une série télé avec beaucoup de violence se déroulant dans le même secteur? Est-ce le fait que j’habitais, pendant ma lecture, une superbe mais vieille maison pleine de cachet, de caractère et, aussi, de sons inconnus sortis de nulle part? Ou est-ce tout simplement le fait que l’auteur maîtrise bien son genre littéraire et réussit, par ses mots, à nous transmettre un certain effroi? Possiblement un peu de toutes ces raisons.

Reste que j’ai fait des cauchemars, j’ai eu de la difficulté à dormir au cours des derniers jours de ma lecture et j’ai «halluciné» bien souvent des formes humaines au bout de mon lit dans la noirceur de la nuit. Je suis bien contente d’avoir fini le livre afin de ne plus y penser tous les jours (et de ne plus paranoïer à chaque bruit!). Clairement, à ma réaction face à ce roman, le récit est bien ficelé et réussi. Je ne vous recommande pas de le lire le soir à la noirceur ni avant de vous coucher si vous êtes du genre à prendre peur. 

«Grace ferma les yeux et, alors qu’une seconde ou deux seulement semblaient s’être écoulées quand elle les rouvrit, sans doute avait-elle dormi plusieurs heures car la pluie tombait plus fort et la lumière avait viré au gris. Des ombres avaient envahi sa chambre. Un homme, assis sur son lit, la regardait. Il portait un jean et un T-shirt vert. Les tatouages sur ses mains remontaient le long de ses bras. Des serpents, une croix, un poignard et une tête de mort. Son visage ne semblait plus avoir été sculpté dans de la pâte à modeler par un enfant sans talent, mais elle le reconnut malgré tout. C’était l’homme qu’elle avait vu devant la fenêtre de Sarah. Au moins, il n’avait plus des pailles à la place des yeux. Il avait les yeux de son père. Grace les aurait reconnus n’importe où. Elle se demandait si elle était dans la réalité ou si elle rêvait. Dans ce cas, c’était mieux que les cauchemars. Un peu mieux.»

Le tout dernier de Stephen King, L’outsider, est donc une lecture captivante. Malgré la brique (570 pages en format régulier), cela se lit rapidement puisqu’on ne veut pas s’arrêter et, quand on le fait, on a toujours hâte d’y retourner. Le mélange des styles est bien réussi et l’ambiance d’épouvante et de frayeur que désirait créer l’auteur est plus que réussie selon moi. 

Et vous, avez-vous déjà ressenti de la terreur pendant une de vos lectures? 

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Se venger par les mots : Chienne, de Marie-Pier Lafontaine

Le premier livre de Marie-Pier Lafontaine, publié chez Héliotrope, m’a tapé dans l’œil dès que j’en ai vu la première de couverture. La reliure est dure et l’image annonce la présence d’une certaine violence dans le livre. Le titre même, unique, renforce cette impression : Chienne. Tout de suite, j’ai pensé à l’insulte, à l’animosité qu’évoque le mot.

« Parmi toutes les lois du père, il y en avait une d’ordre capital : ne pas raconter. » (p. 9)

Chienne, c’est l’histoire de Marie-Pier Lafontaine, une histoire où deux petites filles sont faites prisonnières de la demeure familiale, prisonnières de leurs parents, principalement du père et de sa violence, tant physique que mentale. Un « inceste psychologique », comme le mentionne l’autrice dans un article de La Presse, qui domine l’enfance, où le mensonge sert de protection aux bourreaux. C’est une histoire de cauchemars, de violence et d’atrocités. Une histoire dont on ne penserait pas qu’elle puisse se passer à côté de chez soi.

La littérature pour se libérer

Chienne est construit en fragments, ce qui permet au lecteur de reprendre son souffle, de prendre du recul avec ce qu’il vient de lire. Mais le roman ne donne pas l’impression que l’autrice veut faire respirer son lecteur. Elle veut l’entraîner avec elle, dans ce qu’elle a vécu, la même douleur à répétition, sans répit, et c’est ce qui fait l’intensité du texte. J’ai personnellement lu ce roman d’une traite, dans le métro. J’aurais facilement pu manquer ma station tellement il est difficile de détourner le regard de ce texte. On passe par un manège d’émotions pendant cette lecture : on souffre, on peine, on se fâche, on veut se libérer. Marie-Pier Lafontaine m’a donné des frissons et fait ravaler des sanglots lors de la lecture de son texte.

« Suffisamment d’hommes sont passés sur moi, m’ont éventrée, pour que le viol ne me fasse plus peur. Je peux désormais marcher librement dans la rue. » (p. 29)

Redevenir petite fille dans les yeux d’une femme

Si Chienne est difficile à lire à cause de son propos, il est également facile à lire grâce à l’agilité de l’autrice, qui manipule son texte et qui sait exactement ce qu’elle veut en faire et où elle veut mener son lecteur. En lisant, on croit percevoir une vengeance, une vengeance redoutable de la fille contre son père. Une vengeance possible, avec l’arme que maîtrise le mieux la fille : les mots. C’est un texte impitoyable et c’est ce qui en fait sa beauté. Certains passages sont écrits au présent; on est directement dans la scène, on vit les mêmes émotions que la narratrice au même moment et, pourtant, on ressent le recul que l’autrice a par rapport aux évènements. Est-ce qu’ils sont loin derrière elle? Non. Mais ce recul permet une couche émotionnelle supplémentaire, où, à travers ses yeux de femme, on comprend encore plus la douleur de la fille.

« Ce serait la seule vengeance possible. Que tous les hommes que je baise meurent. Un jour, j’en chevaucherai un avec suffisamment de fureur que ce sera mon père, dans son lit, qui en mourra. » (p. 72-73)

Chienne est magnifique de par son écriture puissante. Oui, l’histoire est difficile à lire, oui, on en souffre lors de sa lecture. Mais c’est également ce qui fait la force de ce texte. Un livre où la violence règne et où l’on sent que l’autrice veut reprendre le contrôle de son histoire à tout prix et ne plus jamais la laisser lui échapper.

Avez-vous déjà lu un livre dont le propos est difficile à lire, mais qui vous interpelle si fort?

 

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Escobar contre le monde

C’est en cherchant une biographie de Pablo Escobar que je suis tombée sur ce livre. J’ai d’abord été assez surprise de découvrir le nom de Gabriel García Márquez dans la section «documentaires» de la bibliothèque. Pourtant, ce récipiendaire d’un prix Nobel de littérature était journaliste avant d’être romancier. Après avoir lu L’amour aux temps du choléra et Chronique d’une mort annoncée, j’étais curieuse de voir comment cet écrivain possédant un style si distinct pouvait relater des faits réels. Avec Journal d’un enlèvement, encore une fois, le grand García Márquez ne déçoit pas.

La Colombie de 1990

L’histoire se déroule en 1990, en Colombie. Cependant, il ne s’agit pas de la Colombie colorée et paradisiaque habituellement dépeinte par l’écrivain. Dans cet ouvrage, la vraie Colombie de l’époque est décrite avec l’opposition même pas camouflée entre le gouvernement et ses adversaires, officieusement les Extradables, officiellement le cartel de Medellín, ville colombienne qui était autrefois l’une des plus belles du pays.

Les Extradables est un groupe formé par des narco-trafiquants colombiens liés à Pablo Escobar. Ce groupe se positionne contre l’extradition vers les États-Unis, soit contre la possibilité d’être envoyés, jugés puis incarcérés dans ce pays plutôt que dans le leur, comme il était alors presque coutume de faire. Pour résumer leur objectif, les Extradables ont une devise qui en dit long: «Nous préférons une tombe en Colombie à une prison aux États-Unis.»

Pour parvenir à cet objectif, le groupe a enlevé neuf journalistes et personnalités politiques influentes afin d’avoir une monnaie d’échange de valeur considérable. Le récit débute à l’enlèvement de Maruja Pachón et de Beatriz Villamizar. Le livre a d’ailleurs été écrit à la demande de Maruja Pachón elle-même et de son mari, Alberto Villamizar, qui est le frère de Beatriz.

Longue partie d’échecs

Pour parvenir à la libération des dix otages, tous s’activent de différentes façons dans cette lutte qui s’avère longue et essoufflante. Comme les narco-trafiquants sont bien établis en Colombie, leur pouvoir et leur influence sont réels. Le gouvernement de César Gaviria n’a donc d’autre choix que d’écouter les demandes du groupe d’Escobar et de tenter, tant bien que mal, d’accommoder tout le monde, car les forces politiques ont les poings liés.

D’un côté, elles ne veulent pas donner aux Extradables ce qu’ils réclament de peur qu’ils ne continuent à enlever des civils pour obtenir toujours plus, sans aucune sanction; de l’autre, elles ne peuvent pas être intraitables sur les demandes des barons de la drogue, de peur qu’il n’arrive un malheur aux personnes enlevées, qui sont innocentes.

Pablo Escobar, à l’époque, était peut-être redouté par le gouvernement colombien, mais il n’en était pas de même pour l’ensemble de la population. Il constituait une sorte de légende, un jeune homme ayant grandi dans un bidonville et ayant fait fortune.

«Grâce à sa fortune et à la clandestinité, Escobar était resté le maître des lieux, converti en une légende qui, dans l’ombre, avait la mainmise sur tout. Ses communiqués au style exemplaire et aux formules parfaites avaient fini par ressembler à la vérité au point où qu’ils ne s’en distinguassent plus. Il était au faîte de sa puissance, et dans les communes de Medellín, on brûlait des cierges sur des autels où trônait son portrait. On alla jusqu’à croire qu’il accomplissait des miracles.»

Plusieurs acteurs s’inscrivent dans cette intense période de négociation afin d’obtenir la libération des otages. Le gouvernement fait bien entendu sa part du travail, mais les familles des otages ne sont pas en reste, alors qu’elles organisent des segments télévisés indirectement adressés aux personnes captives et qu’elles entreprennent des négociations avec le gouvernement et directement avec les narco-trafiquants.

D’autres personnes ont un impact non négligeable dans le développement de l’entente: un homme de religion, le père García Herreros, et les frères Ochoa, criminels déjà emprisonnés pour trafic de drogues, anciens collaborateurs d’Escobar. Tous placent lentement et agilement leurs pions sur cet échiquier plus grand que nature, où chaque action pourrait avoir de désastreuses conséquences.

Le livre raconte également ce qui se passe de l’autre côté, à l’intérieur des petits espaces dans lesquels sont confinées les personnes enlevées. Il relate leur enlèvement, leur captivité puis leur libération. J’ai été touchée de lire à propos des relations parfois très amicales qui se développent entre captifs et geôliers, et surprise de l’emprise que ces derniers ont directement et indirectement sur les prisonniers. Ceux-ci, après plusieurs mois de captivité, ont des opportunités de fuir, mais décident pour plusieurs raisons de ne pas les prendre.

«Si j’avais voulu m’enfuir il y a longtemps que je l’aurais fait. Je suis plus d’une fois restée seule et si je ne me suis pas enfuie, c’est parce que je n’ai pas voulu.»

J’ai trouvé tout à fait incroyable de voir la bataille engagée entre le clan d’Escobar et tous les autres, de même que le pouvoir que cette organisation criminelle avait sur le gouvernement élu. Il est très bizarre, quoiqu’impressionnant, de lire la façon dont Pablo Escobar a agi et négocié durant tous ces mois pour, au final, obtenir une loi garantissant la non-extradition des criminels colombiens, une luxueuse prison rénovée exclusivement pour son usage personnel et celui de ses plus fidèles acolytes… avant de s’évader de cette même prison quelques années plus tard!

Quel autre livre raconte les plus grands coups de l’un de ces tristement célèbres criminels?

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La magie de Sophielit

Sophie Gagnon-Roberge est une enseignante de français au secondaire qui est reconnue pour son amour, voire sa passion, pour la littérature jeunesse. Sophielit a d’abord commencé sous forme de site de littérature pour les adolescents, site qui est d’ailleurs encore actif et continue d’en charmer plus d’un. On peut y trouver une multitude de critiques littéraires honnêtes et pertinentes, des idées d’activités pour donner le goût de la lecture et ma partie préférée: les fameuses cartes de métro saisonnières. Celles-ci proposent des idées de lecture séparées par genres tout en précisant leur niveau: débutant, intermédiaire et avancé. 

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Elle nous a ensuite gâtés avec Propager le plaisir de lire chez les élèves, qui regorge d’idées d’activités et de suggestions de lecture jeunesse. Ce livre est un petit diamant brut à travers les quelques ouvrages de référence mis à la disposition des Québécois.e.s en matière de littérature jeunesse. Il est pour tous ceux qui, comme moi, veulent faire découvrir la littérature aux plus jeunes, mais aussi aux moins jeunes.

«La plupart [des élèves] lisent pour la récompense qui vient ensuite ou par peur du bâton de l’examen, mais pas par plaisir. Ils ne lisent donc que les livres obligatoires, et encore, en voyant la lecture comme une tâche ardue qui ne procure aucun plaisir. Et pourtant, quand ils étaient enfants, la plupart aimaient la lecture, les livres lus par leurs parents, les premières lignes qu’ils sont arrivés à déchiffrer, les premiers romans qu’ils ont eu du plaisir à lire seuls. La coupure survient souvent plus tard, quand les livres deviennent des montagnes trop grosses à escalader ou quand la préparation aux examens prend le pas sur le reste.»

Il y a une idée préconçue qui suggère que les gens se divisent en deux catégories: les amoureux de la lecture et ceux qui n’aiment pas lire. Je suis pourtant persuadée que tout le monde pourrait aimer la lecture s’ils avaient trouvé le style qui les fait vibrer. Le site littéraire et le présent livre de Sophie Gagnon-Roberge sont donc les outils parfaits pour développer le goût de la lecture chez autrui ou pour nous-mêmes. On y trouve des activités telles que le speed dating littéraire et les capsules d’amour, mais aussi des suggestions de lecture pour tous les goûts.

Je vous le recommande chaudement, que ce soit dans le cadre de votre métier d’enseignant.e ou dans votre vie personnelle, vous y trouverez votre compte.

Et vous, aviez-vous déjà entendu parler de Sophielit?

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La vampire qui n’aurait jamais dû être

Trop souvent, on entend parler de mauvaises adaptations qui ne respectent pas l’œuvre originale. C’est bien connu, lorsqu’on touche à un grand morceau de la culture populaire, le fandom est toujours sur la défensive. Et avec raison. On ne veut pas que notre univers imaginaire soit brisé. Mais pour vous rappeler qu’il n’y a pas que des adaptations outrageuses, j’avais envie de vous en présenter une qui, selon moi, est particulièrement bien réussie. Il s’agit d’Entretien avec un vampire, d’Anne Rice, adapté en BD par Ashley Marie Witter.

Premier roman de la série « Chroniques des vampires », Entretien avec un vampire nous raconte comment Louis est devenu une créature de la nuit et comment il a vécu avec son mentor Lestat en Louisiane à la fin du 18e siècle. Lorsque Louis ne peut plus supporter les caprices de son maître, il songe à l’abandonner ou à mourir. Mais Lestat, qui est un vampire beaucoup plus vieux, sait parfaitement qu’il ne peut vivre seul à cette époque où tout le dépasse. C’est pour cette raison qu’il décide de commettre l’impensable en transformant une enfant en vampire afin que Louis n’ait d’autre choix que de rester pour s’en occuper.

C’est à cet instant que commence l’adaptation graphique : lorsque Claudia se réveille dans une chambre d’hôtel et que Lestat l’oblige à boire son sang. Si le roman est raconté par Louis, la BD nous offre le point de vue de Claudia. On suivra l’enfant-vampire alors qu’elle devient une femme emprisonnée dans le corps d’une fillette. Elle développe un lien particulier avec son père Louis, et cet attachement se transforme rapidement en amour passionnel. Or, sa condition physique lui cause maintes frustrations : on la traite comme une enfant ou une poupée, elle n’est pas aussi forte que ses deux pères et elle n’aura jamais les attributs d’une femme mature.

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Grâce à l’histoire, la narration et le côté graphique, ce livre est un petit bijou en soi. Les illustrations ajoutent énormément de valeur à cette œuvre déjà acclamée par les fans d’Anne Rice. Ashley Marie Witter a bien représenté la beauté sombre de ce récit. Les planches sont toutes dans les tons de sépia, à l’exception de quelques touches de rouge à l’occasion pour faire ressortir la couleur du sang. Elle a su dessiner les traits de Claudia de façon à ce que son esprit mature se démarque de son apparence d’enfant. À certains moments, on croirait que la fillette grandit, mais il ne s’agit que de jeux de perspective. L’ambiance qui se dégage des images est tout aussi gothique que celle que l’on retrouve dans l’univers d’Anne Rice.

Pour ce qui est du scénario, il demeure très fidèle au roman. Certaines scènes sont illustrées exactement comme elles sont décrites dans le livre. La principale différence réside dans la narration. Les dialogues sont presque identiques à ceux de l’histoire originale, mais la narration a dû être adaptée pour faire parler Claudia et dévoiler ses intentions. Si, dans le roman, Louis est un romantique constamment déchiré entre son humanité et sa nature prédatrice, dans la BD, Claudia est un esprit rebelle déterminé à assouvir ses désirs. Elle a tout oublié de sa très courte vie de mortelle. Même si la voix change, le vocabulaire reste tout aussi élaboré. J’ai parfois eu du mal à différencier l’écriture d’Anne et celle d’Ashley.

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Que ce soit parce que vous connaissez déjà l’œuvre d’Anne Rice ou parce que vous aimeriez vous y initier, je recommande Claudia’s Story à tous les amateurs de fantastique gothique. Je sais qu’il n’est pas facile à trouver, mais il est encore disponible en anglais chez certains libraires en ligne ou en français en version numérique. Pour moi, cette adaptation est une réussite. C’est une belle incursion dans l’univers de celle qu’on appelle la reine des vampires.

Et vous? Connaissez-vous des adaptations BD qui rendent bien hommage à l’œuvre originale?

Playground : Un terrain de jeu d’émotions

 

J’aime bien avoir les recommandations de mes amis pour des lectures. Je suis chanceuse : je suis entourée de lectrices qui apprécient le même genre de littérature que moi. Je me suis donc tournée vers une de mes amies pour avoir un roman qui était un véritable page turner. Page turner dans le sens où tu ne peux plus t’arrêter de tourner les pages. C’est alors qu’elle m’a recommandé Playgroud, de Lars Kepler. Elle m’a entre autres dit qu’elle arrêtait littéralement de respirer tellement elle était prise par l’histoire. Je m’y suis donc attaquée et je ne l’ai pas du tout regretté. Un véritable défilé d’émotions.

Le terrain de jeu d’un maître de l’action

C’est l’histoire de Jasmine, une femme qui a été lieutenant dans l’armée suédoise et qui, lors d’une mission au Kosovo, a vécu une expérience avec la mort. Lors de cette expérience, elle a découvert que ce que nous appelons les limbes pour les non-morts et les non-vivants est une ville portuaire aux allures chinoises. Et que cette ville portuaire est sous le règne de terreur de la triade. La triade s’en prend aux pauvres gens en volant leur visa qui pourrait leur permettre de retourner du côté des vivants. De retour du côté des vivants, personne ne croit Jasmine et on l’interne pour folie. Mais lorsque son fils doit se faire arrêter le cœur pour subir une opération d’urgence après un accident, Jasmine fera tout pour aller aider son fils de l’autre côté pour ne pas qu’il se fasse avoir par la triade… 

Le terrain de jeu de mes émotions

N’étant pas très familière avec ce genre littéraire, je n’ai pas beaucoup de points de comparaison, mais j’ai trouvé le roman excellent. L’auteur nous plonge dans l’action dès les premières lignes, et il est facile de tomber dans les nombreux rebondissements de la vie de Jasmine. Les personnages sont bien définis, l’histoire est prenante et l’action, bien ficelée. Un thriller qui nous tient en haleine jusqu’à la toute dernière page. J’ai beaucoup apprécié le fait que non seulement ce livre nous transporte dans un univers que l’on redoute tous, mais que Kepler nous fasse également réfléchir à la chose :

« Il ne faut pas avoir peur du temps, songea-t-elle, il faut l’aimer, l’étreindre. C’est le passage du temps qui confirme la vie en nous. Tant qu’on vieillit, on est en vie. Le temps ne nous approche pas de la mort – il nous en tient éloignés.
Pourquoi l’homme a-t-il perdu cette notion? » 

Et vous, jusqu’où iriez vous pour sauver quelqu’un que vous aimez?

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Les bibliothèques : un arrêt obligé lors d’un voyage

Depuis 2014, je voyage plus fréquemment à travers le monde afin de découvrir d’autres cultures, des coutumes, des gastronomies et des paysages différents. Souvent, en voyage, j’en profite pour visiter des bibliothèques pour, justement, entrer en contact avec la culture locale. Récemment, alors que je commençais un voyage d’un an à travers le monde, j’ai décidé de poursuivre mon habitude de visiter une bibliothèque de la place. Cette visite m’a amenée à réfléchir aux raisons pour lesquelles la visite d’une bibliothèque locale est un incontournable pour moi en voyage, alors que pour d’autres, ce n’est pas du tout au programme de leur itinéraire. Voici ce qui est ressorti de mes réflexions. 

Apaisement

Lors de ma visite de cette bibliothèque de Melbourne, en Australie, je me trouvais dans un certain état d’anxiété. En effet, un voyage d’un an à travers le monde amène à vivre de multiples adaptations et beaucoup de situations stressantes. Alors que le but de cette visite de bibliothèque était de m’imprégner de la culture locale, j’ai rapidement été frappée, en entrant, par l’effet apaisant que m’a fait ressentir l’endroit. Cette visite de la bibliothèque m’a permis de calmer la fébrilité et le stress que je vivais alors en raison de mon voyage. Après réflexion, je crois que, même lorsque je visite la bibliothèque de mon quartier, cet effet apaisant se fait ressentir. L’odeur des livres et le calme qui y règne en sont sûrement la cause. Ainsi, pour moi, visiter une bibliothèque en voyage permet d’abord de se recentrer. 

Entrer en contact avec la culture

Évidemment, aller voir une bibliothèque dans un pays étranger représente une belle occasion pour entrer en contact avec la culture locale. Souvent, en plus des livres, on peut y trouver des expositions sur l’histoire ou sur les arts du pays visité. Cela permet de voir quelle place prennent l’art et la culture, et par quels médias ils sont transmis. Lors de ma visite de la State Library Victoria, à Melbourne, j’ai eu accès à diverses expositions. Une d’entre elles portait sur l’histoire de l’État de Victoria, dans lequel se trouve Melbourne. Une autre exposition présentait l’histoire du livre, de son design à la production, jusqu’à l’illustration. Une galerie de peintures était également sur place ainsi qu’une librairie permettant d’acquérir un (ou des!) livre. Souvent, ces librairies annexées aux bibliothèques présentent une section d’auteurs locaux. J’ai d’ailleurs profité de ma visite pour acheter un livre d’un auteur australien.

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Crédit photo : Annie Bussière

Ainsi, la visite d’une bibliothèque permet un contact rapide avec la culture de l’endroit via différentes voies de communication. 

L’éblouissement par l’architecture

Un autre élément m’amenant à visiter des bibliothèques est l’architecture que l’on peut y admirer. Le lieu physique est bien souvent lui-même une œuvre d’art qui mérite le détour. Qui n’est pas émerveillé en entrant dans une bibliothèque possédant un cachet historique, avec de grands murs remplis de livres? Souvent, je reste le souffle coupé d’émerveillement devant la beauté, mais aussi devant toute la valeur historique des lieux. Lors de ma récente visite de la State Library Victoria, j’ai vécu cet enchantement alors que je me trouvais dans l’immense bâtiment historique. Il a été restauré, mais plusieurs éléments d’origine ont été conservés, donnant à l’endroit une beauté époustouflante.

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Crédit photo : Nicolas Bouchard

Plus près de nous, la bibliothèque Paul-Aimé-Paiement à Québec vaut le détour, surtout lors de journées ensoleillées ou, encore, la Maison de la littérature dans le Vieux-Québec, où, malgré qu’elle ait été transformée architecturalement, on ressent l’histoire des lieux. 

Voyager permet de connaître l’autre, de découvrir de nouveaux paysages, d’entrer en contact avec la culture et les coutumes d’ailleurs. Selon moi, visiter une bibliothèque représente une opportunité de faire tout cela en un endroit. Je vous invite à essayer lors de votre prochain périple, si jamais vous ne l’avez jamais fait. 

Et vous, visitez-vous des bibliothèques en voyage? Quelle est votre bibliothèque coup de cœur que vous avez visitée?

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Comment survivre à la fin du monde avec un bidon d’essence et des graines de citrouille

J’adore les romans d’anticipation dystopiques et autres visions catastrophiques du futur, génératrices d’angoisses nocturnes! Cependant, après la déferlante des Hunger Games, Divergente et pléthore de séries du même acabit d’il y a quelques années, je croyais avoir eu ma dose de récits post-apocalyptiques «young adults» pour un moment… Jusqu’à ce que je me retrouve Dans la forêt de Jean Hegland.

Je ne sais pas pourquoi, mais les éditeurs francophones ont cru bon de nous faire patienter plus de dix ans avant de traduire ce petit bijou de la littérature américaine, qui avait pourtant connu un succès respectable à sa sortie, en 1996. Loin d’être passés date, les thèmes abordés sont, au contraire, tout à fait d’actualité. Dans la forêt raconte l’histoire touchante et douloureusement réaliste de deux sœurs adolescentes qui se retrouvent seules face à la fin de la civilisation telle que nous la connaissons. Très différent des autres livres du genre, c’est un roman sur la résilience… qui a un subtil arrière-goût de propagande new age!

Dans la forêt

Girl power et patchouli

On ne se le cachera pas: ce livre est un manifeste prônant un retour à la vie sauvage! C’est à la fois un mode d’emploi détaillé pour apprendre à survivre en forêt, un guide d’herboristerie pour les nuls et un manuel de simplicité volontaire appliquée. Sans être réellement mentionnée, la question écologique est omniprésente. L’autrice, qui a clairement vécu à fond la décennie 70, dénonce le consumérisme américain et nous invite à repenser notre rapport au monde. Sans toutefois verser dans l’ésotérisme, il est évident qu’elle désire nous voir embrasser notre féminin sacré et vivre en communion avec la nature!

C’est une lecture qui fait réfléchir, sans être moralisatrice, aux véritables enjeux de la vie humaine. De quoi avons-nous réellement besoin? Alors que toutes les choses qu’elles tenaient pour acquises disparaissent une à une, que toutes les choses qu’elles croyaient essentielles viennent à manquer, qu’elles sont peu à peu dépouillées de tout ce qui constituait leur vie telle qu’elles la concevaient, Nell et Eva trouvent, dans la forêt entourant leur maison, tout ce dont elles ont besoin pour survivre – du bois pour le feu, des fruits pour se nourrir, des herbes pour se soigner – et, en elles-mêmes, elles découvrent un instinct de survie insoupçonné!

«Petit à petit, la forêt que je parcours devient mienne, non parce que je la possède, mais parce que je finis par la connaître.»

La relation qui unit les deux sœurs est au cœur du roman. Nell, l’intello, incarne la raison, tandis qu’Eva, la sportive, représente le corps. Complémentaires, les deux jeunes filles se suffisent à elles-mêmes et finissent par comprendre qu’elles n’ont nul besoin d’être secourues. C’est cette solidarité sororale, immuable alors que tout bascule autour d’elles, qui leur permet de trouver la force nécessaire pour entreprendre les changements essentiels à leur survie.

Forêt 2

Déni, culpabilité, colère, marchandage, dépression, reconstruction et acceptation

Toutes les étapes psychologiques du deuil, nous les traversons avec les héroïnes de ce roman, qui doivent faire le deuil non seulement de leur passé – de leurs proches disparus et de toutes les petites choses qu’elles aimaient –, mais surtout de leur futur. Tous les plans d’avenir qu’elles avaient imaginés, la carrière à laquelle elles s’étaient préparées, les amours qu’elles espéraient vivre: tout ça n’aurait jamais lieu.

L’histoire se déploie avec une lenteur nécessaire, qui permet d’illustrer le long processus du changement de paradigme. L’autrice n’essaie pas de nous dorer la pilule: abandonner ses certitudes, c’est loin d’être facile! Changer demande des efforts et des sacrifices, et devient alors une véritable quête spirituelle. Peu de gens y sont préparés, mais le message est clair: seuls ceux qui sauront accepter le changement et s’adapter survivront.

Si la vie te donne des fraises sauvages, fais-en des conserves de confiture pour survivre à l’hiver! Ainsi, le parcours difficile des deux sœurs se termine sur une note d’espoir et une invitation radicale: laissons tomber nos illusions construites socialement, quittons le confort abrutissant de nos villes et partons vivre tout nus dans les bois!

Forêt 4

J’adore faire des excursions en forêt, observer la vie qui m’entoure et photographier la beauté qu’elle recèle, humer l’air frais qui sent bon les feuilles humides, cueillir des framboises sauvages chauffées par le soleil, écouter le chant joyeux des petits oiseaux… La lecture de ce livre est une expérience immersive et profonde, subtilement subversive, qui nous invite à réapprivoiser cette nature, à ne plus parcourir les sentiers en simples observateurs, mais à oser en sortir pour faire partie intégrante de la forêt. Je ne sais pas si je trouverai un jour le courage de tout abandonner pour aller refaire le monde dans une cabane en bois rond, mais si cela se produit, j’emporterai certainement ce livre avec moi!

«Elle a dansé avec un corps qui avait semé des graines, ramassé des glands, donné naissance. Avec de nouveaux mouvements qui n’avaient pas de noms, elle a dansé la danse d’elle-même, tantôt sauvage, tantôt tendre, tantôt pesante, tantôt sautillante. Sur le sol raboteux, elle a dansé au son de notre maison qui brûlait.»

Forêt 3

Et vous, quel livre a su réveiller le hippie révolutionnaire qui sommeillait en vous?

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Aïzan, livre de cœur

La collection « Médium », par l’éditeur L’école des loisirs, me suit depuis mon adolescence. Les couvertures minimalistes et les histoires complètement originales n’auront jamais fini de m’envoûter. Aïzan, de Maryline Desbiolles, s’est donc retrouvé dans ma pile de livres à lire et ne m’a pas déçu, au contraire.

Un fil brûlé

La couverture du roman, un fil brûlé qui disparaît vers le lointain et disposé sur un papier au quadrillé presque transparent, laisse une impression de douceur et d’incertitude. Cette incertitude naît aussi du fait que le lien ne se fait pas d’emblée avec le titre du roman. Cependant, lorsqu’on termine l’histoire, cette photographie prend tout son sens.

De la Tchétchénie à Nice

Aïzan est une petite fille de 11 ans, arrivée tout droit de Tchétchénie dans le quartier de l’Ariane, à Nice. Elle se retrouve alors déchirée, dans ce quartier, entre ses souvenirs de voyage migratoire et son point de chute. Son père a disparu. Elles ne sont plus que deux, sa mère et elle.

«Elle ne se souvient pas de la Tchétchénie, pas du voyage en avion, le seul voyage en avion qu’elle ait jamais fait. Mais de l’hôtel où ils ont vécu à Paris, elle se souvient un peu. Des odeurs, par-dessus tout des odeurs de nourriture qui imprégnaient le lit, comme sa mère arrivait à cuisiner, et bien que ce fut interdit, sur un minuscule camping-gaz dans la minuscule chambre. Des odeurs chaudes dans lesquelles on s’endormait comme des bienheureux, comme des petits pains qu’on aurait mis à cuire doucement au four.»

Obsédée par le retour à ce chiffre de «3», qui fait écho au temps où sa mère, son père et elle formaient une famille, Aïzan s’invente une sœur. Une sœur parfaite et toujours disponible lorsqu’elle en a besoin.

Un rituel particulier, presque magique, la fait apparaître : des mots doux et un frottement des bosses entre les jointures de ses petits doigts d’enfant. Alors, elle peut se blottir contre sa nouvelle amie. Cette volonté si inoffensive d’une enfant vivant une solitude immense m’a attendrie, inévitablement.

Cette sœur imaginée porte le nom d’Ariane, comme son quartier niçois. La métaphore avec le fil d’Ariane, rappel de la couverture, est maintenant évidente. Ariane devient la guide invisible qui permet à Aïzan de se repérer dans l’inconnu et le brouillard de son environnement, dans lequel elle ne reconnaît rien qui la rassure.

Mythologie grecque et parcours de vie

Le roman nous fait aussi plonger dans la mythologie grecque avec l’histoire d’Ulysse qui, lui aussi, cherche son chemin et doit braver mers et mondes pour le retrouver. Il nous fait rencontrer un charmant garçon du quartier d’Aïzan, dont elle tombe rapidement amoureuse.

Maryline Desbiolles nous permet de pénétrer dans l’imaginaire d’une enfant perdue et quelque peu délaissée par sa mère, préoccupée par d’autres enjeux qu’on peut facilement imaginer, liés à son parcours migratoire, à ses propres souvenirs de Tchétchénie, à la perte de son mari… Une des forces du roman, c’est justement ça : nous laisser dans le flou, tout en nous donnant quelques pistes, quelques fils d’Ariane à suivre dans le labyrinthe des événements éprouvants et des parcours émotifs des personnages d’Aïzan.

Livre de cœur

Livre de cœur, Aïzan permet certainement d’approfondir sa sensibilité, d’une manière détournée, à l’égard de ces enfants migrants qui vivent des détachements, de l’incompréhension, de la colère, de l’émerveillement, de nouvelles rencontres, des discriminations, et qui, par-dessus tout, cherchent à se reconnaître dans leur nouveau chez-eux.

Et vous, quel livre vous a ouvert le cœur?