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Carnet de voyage: Pérégrinations et retrouvailles au pays des patates

Quand je voyage, j’aime bien profiter des longues heures de route pour lire. Tourner les pages en me laissant bercer par les vibrations de la voiture, en jetant un œil de temps en temps aux paysages qui défilent: pour moi – et pour d’autres aussi – c’est le moyen parfait pour s’évader! Cet été, je suis allée passer mes vacances à l’Île-du-Prince-Édouard et, bien entendu, aucune lecture n’aurait pu mieux meubler les 924 kilomètres qui séparent les pignons bleus de ma maison des proverbiaux Pignons verts, que les aventures d’Anne – avec un «e»!

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Du bleu, du bleu et du bleu… et accessoirement le pont de la Confédération menant à l’île, qui fait 13 kilomètres de long!

Ma vieille amie Anne

Je n’en étais pas à ma première rencontre avec l’héroïne du plus grand classique jeunesse canadien de tous les temps.  Anne et moi, ça remonte à loin…

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Moi et « Creepy Anne », lors de ma première visite à l’Île-du-Prince-Édouard en 1988!

Mon enfance a donc été bercée par les souvenirs de ce mémorable périple familial dans les Maritimes – marqué par une Anne cauchemardesque, une varicelle fulgurante et une rencontre importune avec un jellyfish! – mais aussi, heureusement, par le dessin animé japonais d’Anne aux pignons verts et plus tard, par la télésérie Les contes d’Avonlea. Ce n’est qu’une fois adulte, toutefois, que j’ai enfin lu le livre original pour la première fois, pour y retrouver une amie d’enfance, une «âme-sœur».

Anne est vraiment un personnage attachant: Fifi Brindacier et Emily Dickinson réunies en une seule jeune fille! Son imagination et sa fougue contagieuses nous redonnent un cœur d’enfant, tandis que son amour de la nature nous enchante et nous fait découvrir un coin de pays bucolique.

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Un échantillon de la « poésie » que l’on retrouve sur l’île de mon amie Anne…

Il ne s’y vit peut-être pas de grandes aventures, mais ce roman n’a rien d’ennuyeux, car il nous mène à la rencontre de personnages riches, à travers lesquels on peut vivre la plus grande quête qui soit: celle de la découverte de soi et des autres.

Le star-système prince-édouardien

Vous comprendrez donc qu’il était hors de question pour moi de ne pas profiter de l’occasion pour visiter les principaux attraits touristiques thématiques de l’île. Il faut savoir que Lucy Maud Montgomery, c’est un peu la Céline Dion de l’Île-du-Prince-Édouard! L’écrivaine et son succès planétaire sont devenus la fierté locale.

Après tout, plus de 50 millions d’exemplaires du roman, traduit dans une quinzaine de langues, ont été vendus dans le monde. En fait, le livre est réimprimé en continu depuis sa sortie en 1908! On trouve donc, dans toutes les boutiques de souvenirs de l’île, une profusion de bébelles à l’effigie de la célèbre rouquine.

Voici donc, en photos, mes errances à travers les décors qui ont inspiré l’écriture du chef-d’œuvre Anne et la maison aux pignons verts

Le village d’Avonlea

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Downtown Avonlea!

Avonlea est une communauté fictive qui a été créée par Lucy Maud Montgomery et qui a été reconstituée à Cavendish. Ce succédané de village ancestral, composé de bâtiments d’origine et de répliques, ne fait pas plus d’un pâté de maisons, mais est très joli.

Dernièrement, les belles maisons à l’ancienne ont été réaménagées en boutiques et en restaurants. Des écriteaux proclament qu’il s’agit du meilleur endroit pour manger sur l’île! J’en ai testé trois durant mon séjour, et je dois dire que tout était très bon! J’en ai aussi profité pour boire quelques bouteilles du fameux Raspberry Cordial, boisson locale inspirée par une certaine invitation à prendre le thé qui aurait mal tourné…

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Le bâtiment dans le coin supérieur est une ancienne école de campagne où Lucy Maud Montgomery a réellement enseigné vers la fin du 19e siècle.

Green Gables

La fameuse maison aux pignons verts! Cette ferme, qui a servi de cadre à l’histoire d’Anne, appartenait en réalité aux cousins de l’autrice. L’endroit est maintenant considéré comme un site patrimonial et un monument historique du Canada.

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La maison d’Anne et ses illustres pignons verts!

Les pièces de la maison et ses environs ont été redécorés en accord avec le roman, avec un souci du détail que seuls les fins connaisseurs sauront apprécier. Une bouteille de lait dans le ruisseau, une conque retenant la porte d’entrée, une bouteille de cordial à la framboise dans l’armoire, une broche en améthyste sur la commode…

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Dans la chambre d’Anne (coin supérieur droit), on peut apercevoir son vieux sac de voyage et sa fameuse robe à manches bouffantes!

La ferme Montgomery

Les sentiers entourant les Pignons verts traversent de magnifiques tableaux champêtres, qui n’ont sûrement pas manqué de stimuler l’imagination de la romancière. Ces sentiers conduisent à la ferme Montgomery – du moins, à ce qu’il en reste! –, l’endroit même où l’écrivaine a grandi, en compagnie de ses grands-parents. Ces derniers géraient le bureau de poste de Cavendish, qui a été reconverti… en librairie!

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Les paysages grandioses qui ont rempli de rêves la tête d’une jeune Lucy Maud Montgomery…

De la propriété, cependant, il ne reste que les fondations. Il n’y avait pas grand-chose à voir de ce côté-là… Si ce n’est, s’élevant juste à côté du trou, un majestueux pommier centenaire. Si Lucy Maud Montgomery a choisi de faire vivre son héroïne dans la belle ferme idéalisée de ses cousins plutôt que dans sa propre maison aux proportions plus modestes, il y a fort à parier que le pommier préféré d’Anne, quant à lui, lui a plutôt été inspiré par les arbres qui poussaient chez elle, près de la fenêtre de sa propre chambre.

Toute bonne chose a une fin

J’aurais pu prolonger mon pèlerinage en visitant bien d’autres endroits, comme la maison dans laquelle Lucy Maud Montgomery est née ou le Musée d’Anne aux Pignons verts, mais je voulais aussi profiter de la plage!

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La plage de Greenwich et l’océan à perte de vue…

J’ai adoré mon expérience et tous ces endroits, qui conservent toute leur magie, malgré le côté franchement mercantile de l’appareil touristique. C’était une véritable incursion dans l’imaginaire et les souvenirs d’une grande romancière. Green Gables m’a littéralement donné l’impression de plonger dans l’univers du livre. J’aimerais qu’un endroit comme celui-là existe pour chacun des livres que j’ai lus!

Si vous ne connaissez pas encore mon amie Anne, je vous conseille vivement de prendre la clé des champs et d’aller à sa rencontre – de façon littéraire ou littérale! –, car ses rêveries, ses joies et ses chagrins vous rappelleront qu’il faut vivre ses passions intensément et sans demi-mesure.

Et vous, quel univers livresque aimeriez-vous voir prendre forme dans la réalité?

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Une chambre à soi, pour soi

«Pour créer, il nous faut entrer en nous-mêmes, rassembler nos forces, jouir d’une certaine oisiveté qui nous permette de prendre soin de notre âme, pour parler comme Socrate et Platon. Nous avons besoin d’une chambre ou d’une pièce à soi, pour reprendre l’expression de Virginia Woolf.» – Pierre Bertrand

Dis-moi, as-tu une chambre à toi?

Dis-moi, femme; dis-moi, homme; dis-moi humain; être pensant, être ressentant, être créateur; poète ou artiste; as-tu une chambre à toi, un lieu à toi, un endroit où déposer ton univers entier pour le laisser prendre de l’expansion en grande pompe, pour laisser circuler la beauté, la laideur, les fonds tenaces des abîmes, les éclairages nouveaux, pour nager entre les angles? Dis-moi, as-tu une chambre à toi?

Je joue le rôle de libraire depuis quelques semaines. Et ce jeu me met en contact avec un nombre astronomique de réalités humaines, sociales, politiques, littéraires, philosophiques, humanitaires, artistiques, spirituelles, terrestres, animales… J’en vois de toutes les formes, de toutes les couleurs, et mon cerveau est attentif à enregistrer toutes les informations nouvelles qui se glissent sous mes yeux, dans mes oreilles, jusqu’à mes sens. Je deviens multi et poly. Mon regard s’arrime aux informations visuelles, mon cœur s’engage dans le partage avec les gens, mais aussi avec les autrices et les auteurs morts ou vivants. Je vis entourée de visages, d’une société, d’époques multiples, de pensées sans cesse tourbillonnantes; la haute voltige des idées uniques, singulières, entrecroisées, obstinées, opposées, amoureuses.

Je ne sais où donner de la tête, du cœur. Je veux tout avaler, tout boire, tout goûter.

Il n’est pas rare que je partage ici, avec vous, comment je suis entrée en relation avec une autrice ou un auteur. Pour moi, il s’agit d’amour. De me laisser tomber amoureuse. Et comme il y a mille manières (infiniment plus) de devenir amoureuse, il y a mille manières (infiniment plus) de rencontrer une autrice ou un auteur. Tout dépend de tant et tant de facteurs. Notre disponibilité, d’abord,  notre intérêt et l’espace-temps dans lequel on voyage et nage dans la période donnée.

Dans une période de transitions superposées, ce qu’on nomme aussi «vie», mes yeux revenaient jour après jour, heure après heure, sur ce portrait énigmatique de la jeune Virginia Woolf. Dans une robe blanche, le visage pensif légèrement incliné et de profil. Ses cheveux brun foncé retenus sur la nuque par quelques barrettes, je présume; on y voit quelques mèches rebelles sortir ici et là du nid.

Virginia Woolf, Une chambre à soi

Une chambre à soi – un espace temps infini

Si je n’ai pas toujours couru (à m’épuiser le corps et l’âme, le corps-âme) à soutirer du temps qui passe, quelques espaces pour me sentir dans la vie et ainsi m’occuper à la réfléchir et à créer à partir d’elle, il existe des périodes, où je me sens tout le corps penché vers l’avant, les bras tentant de retenir quelque chose d’insaisissable. Je cherche alors cet espace de temps infini, le lieu où s’arrête le temps et où je puis l’habiter.

Une chambre à moi.

Le titre alors résonne en moi, la voix de l’intuition ravive la nécessaire urgence d’un espace précieux où me rencontrer en moi et en moi seulement; le lieu des possibles confrontations, des grandes déclarations, des cris caverneux; le lieu du mélange des angles de vue archaïques et contemporains. Cet endroit, où vraie, je fais face à ma nudité originelle, celle où tous les sens prennent de l’expansion, s’ouvrent comme des fleurs majestueuses, où tout est encore et toujours possible et où les nœuds se défroissent, les cicatrices s’ouvrent et se couvent.

Je me suis offert le livre.

Je l’ai ouvert dans le métro (ah oui, je vis maintenant sur l’île montréalaise). C’est l’une des places où je m’adonne le plus à la lecture, parfois des visages, souvent des livres que je traîne dans ma sacoche.

Un matin, donc, j’ouvre Une chambre à soi de Virginia Woolf. Bonjour Virginia. Une fois auparavant, nous nous étions scrutées quand j’avais parcouru quelques pages de son roman Les vagues, mais rien de plus. Il y a bien sûr eu les fictions et les histoires entourant sa mort, mais ce n’est pas le rapport que je souhaite établir avec cette immense femme de lettres anglaise.

Bonjour Virginia. Montre-moi ce chemin, ces lignes entre le «roman» et la «femme».

Comme c’est souvent le cas lorsque j’entre en communication avec un nouvel être, j’ai besoin de m’adapter. Alors j’ai lu quelques pages.

«Je n’ai pas besoin de vous préciser que ce que je vais décrire n’a jamais existé. Oxbridge est une invention, et aussi Fernham. «Je» n’est qu’un terme commode qui désigne un être dépourvu de toute réalité. Des mensonges jailliront de ma bouche, auxquels il se peut qu’un atome de vérité soit mêlé. C’est à vous de découvrir cette vérité et de décider s’il vaut la peine d’en conserver quelque parcelle. Sinon, vous jetterez le tout dans la corbeille à papier et n’y songerez plus.»

Voyant qu’il s’agissait d’un contrat, je me suis dit que c’était somme toute assez sérieux, alors j’ai fermé le livre pour le rouvrir une seconde fois et plonger de tout mon être dans ce dialogue avec Virginia.

Bonjour Virginia.

Avant d’ouvrir l’essai féministe, je ne savais pas qu’il s’agissait d’un essai et qu’il était à caractère féministe. C’est un ami qui me l’a dit. M’informant, par la même occasion, qu’il existait, aux États-Unis, une librairie féministe Une chambre à soi.

Voilà les prémisses d’un grand voyage au cœur d’une littérature autrement.

TON espace intouchable.

Il y a plusieurs années déjà que je murmure aux oreilles des gens qui me croisent et qui ont l’artiste qui titille au fond de l’âme, qu’il est FONDAMENTALEMENT NÉCESSAIRE D’AVOIR UN LIEU DÉDIÉ À LA CRÉATION. Ce peut être une toute petite chose de lieu, pas plus gros qu’un autel, mais avec toute la majesté de laisser enfanter ce qui veut naître, les pensées, les gestes, les fragments de réalité.

Et ce lieu ne doit en AUCUN CAS SERVIR À AUTRE CHOSE QU’À CET ÉPANCHEMENT CRÉATIF.

C’est sacré.

C’est le lieu où on se dépose sans masque. Où voir jaillir ce qui nous force à nous dépasser et à devenir encore et encore.

Ce lieu, c’est un bureau d’écriture, un coussin et une petite table, un fauteuil, un atelier, une pièce, un carré de lumière entouré de bougies, un carnet. C’est le lieu vers lequel on se tourne pour s’emplir d’énergie, vers lequel on a des gestes que l’on n’a pour rien d’autre. C’est un lieu rituel. Hors de ce lieu, nous menons une vie; dans ce lieu, nous en menons une autre, plus profonde, peut-être.

 

Il est nécessaire d’avoir un bel équilibre entre ces deux espaces, celui du quotidien et celui du rêve et de la créativité.

À quoi ressemble ton lieu? Est-ce ton lit, après la nuit, se transformant en une grande île? Est-ce cette petite cabane imparfaite dans le sous-bois? Est-ce ce coin, dans le salon, entouré de lumières de Noël blanches? Une vieille et large table en bois passée de main en main? Ce fauteuil aux couleurs délavées où le chat s’écrase quand tu n’es pas là? Cette pile de livres et de carnets traversés de signets, de Post-it et de symboles fixés au stylo à l’encre noire?

Comme à chaque fois, j’ai une liste interminable d’idées et de réflexions que j’aimerais mettre sur papier et partager. Mais je m’arrête aux impressions les plus vives: c’est ainsi que je vis. Alors je partage avec vous quelques points ressortant de cette première lecture d’Une chambre à soi, dans une compréhension tout à fait personnelle.

L’absence des femmes dans la littérature, dans l’Histoire, dans l’histoire de la littérature

Depuis que je suis libraire, j’ai remarqué, dans l’arrivage des nouveautés, de plus en plus de livres retraçant l’Histoire, mais avec cet angle nouveau, celui d’une femme, celui des femmes. L’Histoire, je le vois, tente de se réécrire avec un visage féminin. Ce ne sera pas tâche facile, car comme le fait remarquer Virginia Woolf dans l’essai dont il est question ici, il reste si peu d’informations sur les femmes d’autrefois, qu’il est ardu aujourd’hui d’imager leur vie, leur caractère, leurs désirs et leur manière singulière de toucher la vie. Nous ne pouvons, dans une certaine mesure, qu’inventer le passé à partir d’aujourd’hui et de fragments issus de confessions ou d’objets ayant traversé les époques.

«Vraiment, si la femme n’avait d’existence que dans les œuvres littéraires masculines, on l’imaginerait comme une créature de la plus haute importance, diverse, héroïque et médiocre, magnifique et vile, infiniment belle et hideuse à l’extrême, avec autant de grandeur que l’homme, davantage même, de l’avis de quelques-uns. Mais il s’agit là de la femme à travers la fiction.»

«Mais ces monstres, si amusant soient-ils pour l’imagination, n’ont pas d’existence réelle.»

«Nous ne savons rien qui soit précis, rien qui soit parfaitement vrai, substantiel, sur la femme. L’histoire la mentionne à peine.»

Revenir au nid et tisser des fils

Après ma lecture de l’essai woolfien, je me tourne naturellement vers mes grandes sœurs littéraires, je veux savoir de quel nid j’apprends à voler. Présentement, je suis plongée dans les mots de Charlotte Brontë. Mes échanges avec elle et son alter ego Jane Eyre me font manquer mes stations de métro. Je suis heureusement surprise de l’emprise vive que crée cette histoire sur moi, car jusqu’à présent, je n’avais jamais été tentée de lire les sœurs Brontë ou Jane Austen. Je préférais m’amouracher des auteurs mâles, espérer qu’ils me parlent comme ils parlent d’amour et de tout, de tout avec forte confiance en eux. J’étais impressionnée, voilà. Je l’avoue. Impressionnée, ne me sentant souvent pas à la hauteur d’une telle assurance, alors que je comprends aujourd’hui que l’assurance des femmes est différente, circulaire, comme leur monde intérieur. Ne vous méprenez pas ici, j’aime une quantité astronomique d’autrices et d’auteurs de tous genres confondus et pour différentes raisons! Je ne fais qu’une prise de conscience active.

Je crois que dans tous les domaines, il faut savoir d’où l’on vient, pour comprendre où l’on va! Tisser des fils nouveaux entre les autres et soi.

L’écrivain androgyne

J’ai beaucoup apprécié le passage, dans Une chambre à soi, où Virginia parle de l’écrivain androgyne.

«C’est peut-être cela que Coleridge voulait dire quand il écrivit qu’un grand esprit est androgyne. C’est quand cette fusion a lieu que l’esprit est pleinement fertilisé et peut faire usage de toutes ses facultés. Peut-être un esprit purement masculin est-il incapable de création, de même qu’un esprit purement féminin, pensai-je.»

Sans être en accord ou en désaccord, ici il s’agit surtout de réfléchir, de jouer de la pensée et d’observer le monde sous de nouveaux angles; je trouve intéressante l’idée. C’est une manière d’être empathique à la différence, de s’y ouvrir, de se mettre à la place de l’autre, pour voir autrement et tenter de nouvelles approches.

Je termine cet article par une citation qui me semble résumer l’ensemble des questions abordées par Virginia dans son essai:

«Écrivez ce que vous désirez écrire, c’est tout ce qui importe, et nul ne peut prévoir si cela importera pendant des siècles ou pendant des jours. Mais sacrifier un cheveu de la tête de votre vision, une nuance de sa couleur, par déférence envers quelque maître d’école tenant une coupe d’argent à la main ou envers quelque professeur armé d’un mètre, c’est commettre la plus abjecte des trahisons; et la perte de tous les biens et celle de la chasteté, pertes dont on disait jadis qu’elles étaient les plus grands désastres connus des humains, ne sont que simple piqûre de puce en comparaison.»

Tu as lu l’essai: fais-moi part de tes impressions!

«Virginia Woolf, née Adeline Virginia Alexandra Stephen le 25 janvier 1882 à Londres et morte le 28 mars 1941 à Rodmell (Royaume-Uni), est une femme de lettres anglaise. Elle est l’un des principaux auteurs modernistes du XXe siècle. Dans l’entre-deux-guerres, elle est une figure marquante de la société littéraire londonienne et un membre central du Bloomsbury Group, qui réunit des écrivains, artistes et philosophes anglais. Les romans Mrs Dalloway (1925), La Promenade au phare (1927), Orlando (1928) et Les Vagues (1937), ainsi que l’essai féministe Une chambre à soi (1929), demeurent parmi ses écrits les plus célèbres. En 1941, à l’âge de 59 ans, elle se suicide par noyade dans la rivière Ouse, près de Monk’s House, dans le village de Rodmell, où elle vivait avec son mari Leonard Woolf.» (Wikipédia)

 

WOOLF, Virginia, Une chambre à soi, 10-18, Univers poche, 1996.

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Les vieilles chansons ne meurent jamais

Cette mélodie ambiante qui ne s’éteint jamais, qui ne vieillit pas. Celle qui, au fil des années, ne fait que forger son aura de mystère et son empreinte sur notre propre développement. Celle qui nous est transmise par nos parents, celle qui nous réconforte dans les moments chavirant, mais surtout celle qui nous rend nostalgique. Cette mélodie qu’on peut nommer intemporelle, éternelle. Elle est le fruit de l’éclat d’une génération et le mystère le mieux gardé de celle-ci. Encore à ce jour, c’est celle qui nous pousse à monter le volume plus fort, à nous rappeler notre première écoute, et à espérer, l’instant d’un refrain, d’avoir la chance de retourner dans le passé pour comprendre toute la portée d’un tel pourparler. Si le monde littéraire américain résonne aussi fort que cette nostalgie, c’est surtout grâce au succès immédiat du sixième roman de Taylor Jenkins Reid, Daisy Jones and the six. Best-seller dès sa parution, l’œuvre sera adaptée sous peu en série. Retour sur une œuvre particulière, qui s’attaque directement à ces mots qu’on n’ose jamais avouer et chanter. 

Petit oiseau s’envolera

Daisy Jones and the six est le récit semi-fictif d’un groupe rock des années 70 et de son succès international. Mené par la charismatique Daisy Jones et le leader Billy Dunne, le groupe n’enregistra qu’un seul album avant de se séparer subitement lors de sa première tournée, alors qu’il est au sommet de son succès. Que s’est-il réellement passé au Chicago Stadium? Et surtout, peut-on survivre au mythe créé par le succès? Librement inspiré de l’histoire de Stevie Nicks et de Lindsey Buckingham, Daisy Jones and the six suit la descente aux enfers d’un groupe qui n’a jamais su comment vivre en parfaite harmonie avec le rock’n’roll. C’est un récit d’amour, de pardon et de toutes ces petites lumières que la musique réussit à créer, à allumer, et qui savent résister à l’ère du temps.

D’emblée, il faut l’admettre, Daisy Jones and the six sait s’illustrer par ses thèmes et par l’époque exploitée. Sans aucun doute, les années 70 sont une des plus grandes périodes de bouleversements et d’avancée vers la liberté d’expression que l’Amérique ait connues. La scène musicale y joue d’ailleurs un rôle important, ralliant les foules, créant des sentiments d’appartenance à de nouveaux styles et à de nouveaux mouvements, et des façons de pensée plus sincères, voire plus libres. En ce sens, l’œuvre de Taylor Jenkins Reid se démarque par sa sincérité et son respect face au mouvement rock’n’roll. On y dépeint une société et des individus en quête de vérité, d’appartenance et d’amour. Bien qu’inspirée par certains des plus grands noms de la musique, l’autrice arrive à créer un groupe unique, influencé par les différents mouvements et styles de musique. Si on se perd un peu par rapport aux différents rôles de chacun des membres, il n’en demeure pas moins qu’on apprécie cette diversité et la confiance qui émane de chacun des membres; comme quoi chaque personne peut parfois perdre le contrôle de sa propre vie, mais jamais de sa créativité.

So long, farewell

Taylor Jenkins Reid prend un pari en proposant un roman écrit sous forme d’entrevues permettant d’entendre le point de vue de tous les membres du groupe, ainsi que de leurs proches. Proposition qui, sur quelques points, n’opère pas. À commencer par la faiblesse de la plume de l’autrice. Si chaque personnage amène des points différents, il n’en demeure pas moins qu’on garde l’impression qu’il s’agit toujours du même point de vue, comme si chaque personnage avait la même parole, la même pensée. Pour les différencier, l’autrice propose certaines contradictions dans leurs récits respectifs, qui nous font sourire et qui nous rappellent que ce qui appartient à l’histoire n’est pas toujours aussi tangible qu’on le pense. L’œuvre propose aussi les points de vue de certaines personnes extérieures au groupe, comme les personnages clés de certaines situations tournantes au sein du groupe. Ainsi, les points de vue des conjointes des membres du groupe, de journalistes et d’agents d’artistes s’ajoutent pour amener une opinion externe, parfois trop engagée. Avec près d’une vingtaine de personnages, on peut souligner quelques passages futiles. Mais malgré cela, la magie opère. La plus grande force du roman réside en son sujet même. Le rock’n’roll est une période sacrée qui, encore à ce jour, retient certains des plus grands secrets musicaux. Bien que la plume de Taylor Jenkins Reid ne soit pas particulièrement captivante, l’autrice a su exploiter à la perfection un sujet aussi intéressant qu’essentiel de la culture américaine. On est captivé du début à la fin, à l’affût de chaque petit détail pouvant nous révéler la cause de la séparation du groupe.

Bien que le roman s’intéresse principalement à la vie et à la mort du groupe, on ne peut passer sous silence que l’amour occupe une place importante dans l’histoire. Le désir, la reconnaissance et l’appartenance occupent tous une place de choix dans le récit. Car si Daisy Jones reste le centre de l’attention générale, le focus est constamment dévié vers le personnage de Billy Dunne. L’une est libertine, séductrice et toxicomane, alors que l’autre est sobre et marié. Et c’est cette relation qui mène les 300 quelque pages de l’œuvre. Car avant tout, Daisy Jones and the six est un récit sur la dépendance, sur les tentations et sur le contrôle, et évidemment, un roman d’amour impossible bien plus qu’un roman sur la montée du mouvement rock des années 70. Il est impossible de ne pas tomber en amour avec le personnage de Daisy Jones. Chaque extrait, chaque parole de chanson nous fait penser à la grande tignasse blonde de Stevie Nicks. Et c’est ce qui rend l’œuvre aussi intéressante, de voir comment un personnage aussi fort peut se réinventer en dehors de l’esprit de groupe, mais surtout en dehors de l’opinion des autres. C’est un portrait troublant et touchant de la beauté. Sans aucun doute, Daisy Jones and the six est un livre qui mérite amplement l’attention médiatique qui lui est offerte. Par contre, certains pourraient ressentir une certaine trahison, comme si on nous avait menti et qu’on avait décidé de nous dire ce qu’on avait envie d’entendre. Pour ma part, j’ai l’impression que les recherches effectuées par l’autrice sont justes, justifiées, mais que l’histoire est bien trop romancée pour faire écho à la musique qui nous habite encore aujourd’hui. C’est un roman d’amour impossible, de don de soi et de sensibilité. C’est une lecture d’été parfaite, qui vient capter notre attention du début à la fin par sa forme, sa simplicité et ses sujets aussi intéressants que mystérieux. 

Plusieurs semaines après ma lecture, je me plonge encore dans mes vieilles listes de lecture agrémentées de Joni Mitchell, de Fleetwood Mac et de Jefferson Airplane. J’imagine que le mythe continue d’opérer et de se développer. Mais cette lecture me pousse à replonger dans l’exactitude des sentiments créés par de telles œuvres. Plutôt que de m’inciter à simplement les écouter, ces chansons me poussent à comprendre le développement et les bouleversements de ces figures qui ont bercé mon adolescence et qui continuent à m’épauler à l’âge adulte. Car oui, la musique est intemporelle. Ce qui nous touche ne vieillit pas. Et ce qui passe ne meurt jamais. 

Et vous, quels livres ont éveillé en vous une nostalgie profonde reliée à la musique?

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L’art de rendre une lecture «technique» plus agréable

Dernièrement, j’ai décidé de m’investir dans une activité que j’ai toujours aimée, et ce, afin de m’améliorer : la photographie. C’est une activité très artistique, mais qui nécessite une certaine technique. Bien que j’aie un appareil photo assez performant, j’utilise plus souvent mon téléphone cellulaire, qui est davantage compact et toujours à portée de main. Or, j’étais un peu perdue dans les fonctionnalités de l’application de prise de photo du téléphone, mais aussi dans celles des diverses applications existantes. J’ai donc décidé de me procurer le livre d’Alexandre Champagne qui est justement consacré à la photographie avec un téléphone cellulaire.

Avec cet article, je sors du cadre littéraire, puisqu’il s’agit d’un livre «d’instructions» plutôt technique, ce qui n’a rien à voir avec un roman. Cependant, je dois dire que, pour un livre de ce genre, j’ai bien apprécié ma lecture, qui s’est avérée à la fois divertissante et constructive. Voici pourquoi…

Simplicité volontaire

On aurait pu penser que le livre serait bourré de termes pratiquement incompréhensibles, mais ce n’est pas le cas. En effet, l’auteur a fait en sorte que le commun des mortels puisse comprendre les informations s’y trouvant. Le langage est simple tout en étant précis. Les concepts sont bien décrits et expliqués. Cela rend la lecture moins laborieuse et beaucoup plus agréable. On ne tourne pas une page en ayant un mal de tête. Au contraire : on la tourne, et on a compris ce qui y était écrit.

De plus, ce que j’ai beaucoup apprécié du livre, c’est qu’il donne l’impression qu’Alexandre Champagne est en face de nous, comme un professeur. Certes, les mots utilisés dans l’ouvrage sont plutôt familiers, mais c’est ce qui rend le tout plus authentique et réaliste. L’auteur prend même la peine de faire des blagues et du sarcasme, et je dois dire que cela m’a parfois laissé un petit sourire en coin.

Ainsi, cela se voit que le but premier d’Alexandre était que son livre puisse convenir à tous. Et personnellement, je trouve qu’il a bien réussi!

Étape par étape

Un autre morceau de robot pour Alexandre, qui a divisé son livre en étapes afin que l’on puisse bien saisir le processus pour prendre de bonnes photos avec son cellulaire! Il s’en est tenu à l’essentiel, en gardant les informations qui sont utiles et en les classant sans qu’elles soient sens dessus dessous. Ainsi, il est facile de se repérer dans le livre pour trouver ce dont on a besoin, mais aussi de connaître les étapes qui sont nécessaires à notre prise de photos. Bravo pour l’esprit de synthèse!

Ce qui est intéressant aussi, c’est qu’Alexandre Champagne nous donne des suggestions et des conseils à travers les différentes étapes, sans toutefois nous les imposer ni nous vendre l’idée que c’est la seule façon possible de réussir nos photos. En effet, le livre est un bon «starter» pour qui débute dans la photographie avec un téléphone cellulaire, mais il est aussi un outil qui nous invite à développer notre créativité en adaptant chacune des étapes à notre style.

Également, je dois dire que j’ai bien apprécié que l’auteur mette ses propres photos dans le livre. Effectivement, cela rend le livre moins lourd et plus attrayant, et cela donne aussi un aperçu de ce qu’on peut faire avec un téléphone cellulaire, sans se casser la tête.

En conclusion, je confirme non seulement que j’ai appris des techniques pour faire de meilleures photos, mais également que j’ai apprécié ma lecture, qui s’est avérée agréable comme celle d’un roman.

Et vous, connaissez-vous des livres qui, à la base, auraient pu être ennuyants, mais dont la lecture s’est révélée tout de même agréable?

**Voici quelques photos prises et modifiées selon les techniques du livre :). Qu’en pensez-vous?

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Quartier chinois de Montréal, été 2019
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Exposition Toilet Paper, Montréal, été 2019
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Anima Lumina au Zoo de St-Félicien, été 2019
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Ces personnages qu’on refuse de laisser partir

J’ai toujours été très imaginative. Les jeux de rôle ont occupé une grande partie de mon enfance. J’avais besoin de peu pour stimuler mon pouvoir créatif. Dès que j’ai su manier l’écriture, je me suis mise à inventer des mondes où les pirates s’affrontaient afin d’acquérir l’île de la Tortue et à monter des pièces de théâtre dans lesquelles j’incluais mes camarades de classe. Vous pouvez donc vous imaginer que mon attachement pour les personnages des romans que je lisais se faisait tout naturellement, parfois même un peu trop. Malgré les années qui ont passé, rien de cela n’a vraiment changé.

J’ai pour mon dire que ce sont les protagonistes qui font les récits. Leur contribution à l’intrigue est majeure. Que serait l’univers des sorciers sans Sirius Black, Hermione Granger, Voldemort et Luna Lovegood? Oui oui, je traiterai encore de Harry Potter – vous commencez à me connaître, je crois. Nous n’avons qu’à penser aux œuvres qui portent pour titre le nom ou le pseudonyme de leurs protagonistes: Madame Bovary, Roméo et Juliette, Macbeth, L’étrange histoire de Benjamin Button, Dr Jekyll et M. Hyde, etc. Parmi cette pléthore d’individus fictifs, certains nous quittent lorsqu’on ferme le livre; d’autres le font en cours de lecture, notamment en raison d’une mort précipitée. Dans les deux cas, il m’arrive encore aujourd’hui de refuser de voir un personnage disparaître de mon existence.

Évidemment, les personnages de l’univers d’Harry Potter furent les premiers. En commençant par Buck, l’hippogriffe d’Hagrid. Sa prétendue mort est responsable de ma première larme de lecture. C’était tellement injuste pour une jeune fille de douze ans d’assister à cette exécution en étant complètement impuissante. Je ne voulais plus poursuivre. Sauf qu’il me restait tous les autres. Je leur devais au moins cela. Finalement, j’ai bien fait de ne pas me résigner, car l’intelligence d’Hermione permet de sauver la pauvre créature. Il est aisé pour moi d’affirmer que les sorciers de la série écrite par J. K. Rowling ont été les plus difficiles à laisser partir. En fait, en y pensant bien, je crois qu’ils ne m’ont jamais réellement quittée, probablement parce qu’ils ont contribué à me forger en tant que personne, et elle est là, à mon avis, toute la beauté de la littérature.

C’est qu’à bien des égards, les créations humaines, ou autres, de nos romanciers préférés sont bien plus attachantes que le commun des mortels. La comparaison est dure, mais vraie. Qu’aurais-je donné pour que Lyra Belacqua soit ma meilleure amie, pour aller secourir les jeunes naufragés de Sa Majesté des Mouches ou pour serrer le petit Oscar dans mes bras? Car bien qu’ils soient plus grands que nature, ils demeurent, dans la plupart des cas, plutôt réalistes. Ils ont des qualités tout comme des défauts, et c’est ce qui fait qu’on s’y attache, puisqu’on s’y identifie.

Personnellement, j’apprécie autant aimer détester un protagoniste que de tomber complètement sous le charme de l’un d’eux. Les personnages bien écrits peuvent se retrouver dans tous les camps. On peut comprendre un des héros sans excuser ses gestes. On peut en aimer un autre sans raison particulière. On peut défendre un type en particulier, car il reflète notre personnalité. Ces réactions et ces comportements que l’on adopte durant notre parcours littéraire, on ne les a pas aisément face à l’autre dans la réalité. Ils serviraient à nous enseigner une sorte de mieux vivre-ensemble.

Il est donc vrai de dire que nous avons des raisons valables de ne pas vouloir laisser partir ces êtres fictifs qui peuplent nos vies de lecteurs. Ils contribuent à tellement en ne faisant qu’exister entre les lignes. Après tout, la littérature est une fenêtre sur le monde dans lequel nous évoluons, et les protagonistes qui s’y cachent ne sont que les miroirs de gens que nous pourrions croiser en nous rendant au parc avec un bon bouquin sous le bras.

Et vous, quel personnage avez-vous décidé de garder avec vous pour toujours?

Crédit photo: Michaël Corbeil

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Bière et poésie : deux ingrédients pour une symbiose étonnante!

Il y a de cela quelques années seulement, le mot « bière » inspirait chez moi un profond dégoût. Non seulement il s’agissait d’un objet associé à la débauche et à la transformation de bonnes personnes en êtres dénués de respect et d’intellect, mais il s’agissait d’un produit dont les arômes invitaient le contenu de mon estomac à sortir de son socle.

La vie soit louée, c’est lors d’un voyage en Gaspésie que mes amis buveurs de bière m’ont encouragée à donner une autre chance à ce liquide houblonné, cette fois-ci habillé d’une robe noire opaque : La Gaspésienne de la microbrasserie Pit Caribou. Arômes de chocolat, de café, de torréfaction… Effluves de toasts bien dorées et en bouche cette onctuosité et cette richesse digne d’un merveilleux chocolat chaud… mais froid. La bière était devenue pour moi le paradis des correspondances baudelairiennes.

En effet, les bières de microbrasserie (et même certaines bières « commerciales ») rivalisent entre elles pour atteindre des niveaux de complexité dans les arômes et les effluves, rappelant parfois les saisons (bière sèche ou onctueuse en bouche), la nature (foin, fleurs, herbes) ou encore les sentiments (lait, chocolat, ou quoi que ce soit qui puisse être personnellement associé à un doux souvenir pour vous!).

Avant-garde Artisans brasseurs : la poésie comme ingrédient essentiel

N’étais-je pas heureuse qu’une microbrasserie ouvre ses portes dans l’est commercialement désert de Montréal, là où l’endroit le plus intéressant pour une bonne bière, c’est Les Trois Brasseurs d’Anjou? En effet, c’est autour de la Saint-Jean-Baptiste dernière que les bières Avant-Garde, qu’on pouvait déjà trouver en magasin, ont commencé à être servies à la pinte dans un charmant et vaste local au coin de Hochelaga et de l’Assomption!

Mais POURQUOI est-ce que je vous parle d’eux? Parce que je suis tombée en amour avec leur façon de marier bière et littérature. Leur site Internet se lit comme un petit recueil de pensées brassicoles :

« Chacun de nos produits est issu d’un laborieux processus d’auto-analyse assorti d’une descente aux enfers de la créativité artistique, sorte de vertigineuse plongée dans les profondeurs abyssales de la poïesis. »

Le cofondateur de cette microbrasserie et ancien étudiant de littérature, Shawn Duriez, explique leur choix d’établir une relation discursive solide et intéressante avec le consommateur comme suit :

« Plutôt que d’essayer de convaincre le consommateur que la bière qu’il ou elle tient dans ses mains est plus rafraîchissante ou plus intensément aromatique que sa voisine de tablette, on a pris le pari de mettre sur nos produits un texte qui valait la peine d’être lu pour lui-même. Après, on essaie toujours d’insérer quelques descripteurs pour donner un aperçu de ce qu’il y a dans la canette, mais à part ça, c’est vraiment le texte qui est important. C’est pareil pour notre site web. Plutôt que de décliner des banalités sur comment notre entreprise est bonne et qu’on aime donc ça faire de la bière, on a opté pour la démesure, l’autodérision et la mise en valeur du texte lui-même. »*

Leur Saison en enfer est un hommage direct au poète Rimbaud, qui est décrit comme suit :

« Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. — Et je l’ai trouvée amère. Amère et souple, délicatement fruitée et un brin poivrée, oui. En un mot : délicieusement buvable, encore et encore. Cette désaltérante et sèche saison de seigle séduira vos sens, mais jamais n’étanchera votre Soif. »

Leur démarche m’inspire beaucoup, et je crois qu’elle se démarque ingénieusement des autres microbrasseries, dans cet univers qui grandit sans cesse. Dans les mots de Duriez :

« Pour nous, ce qui était le plus important et qui l’est d’ailleurs encore, c’est de rapprocher les notions d’art et de technique, d’insister sur le fait que derrière la production industrielle et la distribution commerciale de notre produit de consommation, il y a une démarche de création artistique importante. C’est dans cet esprit qu’on développe nos produits en prenant soin de choisir un nom et un concept graphique qui apportent une profondeur supplémentaire, qui ont parfois des références littéraires ou cinématographiques plus ou moins évidentes au premier coup d’œil. On se donne aussi la contrainte/le plaisir de travailler avec des illustrateurs ou illustratrices différent.e.s pour chacun de nos produits et de mettre de l’avant leur travail autant que possible. En somme, on aime penser que ce qu’on fait est plus qu’un produit de consommation, qu’il y a un travail de conceptualisation et une identité qui va au-delà des considérations relatives au marketing. »*

Qu’en pensez-vous? Avez-vous déjà croisé le chemin d’un de ces liquides houblonnés qui vous a fait voyager dans un champ de fleurs, ou rappelé un souvenir heureux? Une suggestion de voyage gustatif et olfactif pour accompagner une bonne lecture? M. Duriez nous recommande pour sa part l’œuvre de Donna Tart et La maison de feuilles de Mark Z. Danielewsky!

*Les citations suivies d’une étoile sont issues d’un échange écrit datant du 9/8/2019, alors que les autres proviennent du site suivant : https://brasseursavantgarde.com/ .

Le drap blanc de Céline Huyghebaert : Retracer les souvenirs

Retrouver le père absent

Après le décès de son père, Céline constate qu’elle ne l’a pas vraiment connu, qu’il lui est quasi étranger. Il s’agit en quelque sorte d’un reproche qu’elle lui fait, mais surtout qu’elle se fait à elle-même. Ce projet de recherches se veut personnel, mais aussi documentaire et journalistique, car l’autrice y présente, entre autres, l’analyse de la signature de son père par une graphologue, parsème les pages du livre de photos d’archives et tente de récolter toutes les bribes d’informations à son sujet à l’aide d’entrevues enregistrées auprès de sa famille et de ses ami-e-s.

La mémoire comme seule matière

Elle interroge des proches avec des questions précises qu’elle reposera quelques années plus tard afin d’y déceler des éléments nouveaux, singuliers, qui lui permettront de définir Mario, son père. Céline désire confronter les paroles dites par les interviewés parce que la mémoire est une source instable et que les mots choisis ou modifiés par chaque individu peuvent être porteurs de sens inédits. Le temps fait la différence, bien que remuer les souvenirs du passé peut aussi être douloureux.

Elle va même jusqu’à questionner ses proches à elle qui n’ont pas connu son père. Ceux-ci s’appuient alors sur leurs souvenirs des anecdotes racontées par Céline. Ainsi, un travail de mémoire impressionnant est mis en place, celui de décrire le souvenir d’un souvenir. Toute vérité devient alors réduite à une fiction, à une histoire modifiée à plusieurs reprises pour qu’il ne reste que ce que le cerveau décide d’en garder.

Ses proches y donnent leurs interprétations et elles se mêlent parfois avec leur propre histoire personnelle. Il arrive même que Céline ait des blancs de mémoire, ces vides qui se creusent avec le temps, qui la poussent à volontairement remodeler des moments passés à la manière de scènes de film ou en se basant sur l’imaginaire collectif (sur ce qui aurait été convenu de vivre), sachant très bien que ce n’est certainement pas de cette manière que l’histoire s’est déroulée.

Pour faire son deuil, elle souhaite récupérer des parties de lui, mettre en lumière cet homme avec qui elle a entretenu une relation difficile.

« Mais le banal peut laisser plus de traces et faire plus mal qu’un drame bruyant, même quand il s’agit de la manière dont on doit cuire un œuf ou de la température à laquelle on boit son café. » (p. 31)

Elle ne cherche pas à se venger, mais plutôt à comprendre ses gestes et paroles, à s’expliquer ce regard triste qu’il portait et qui la hante encore. Elle éprouve également de la culpabilité de ne pas avoir été assez présente, de ne pas avoir voulu passer plus de temps avec lui, avec ce père absent, maladroit dans les rapports humains et à l’enfance malheureuse.

Du personnel au collectif

De ces souvenirs retranscrits, certains demeurent encore flous, d’autres semblent plus clairs, bien que perçus autrement par les membres de la famille. Parfois, les mêmes anecdotes peuvent se contredire et révéler autant des moments sans affects négatifs, des traces d’amertume, que des traumatismes cachés.

« Peut-être finirai-je aussi par trier mes photos pour construire un album fidèle à la mémoire que je souhaite conserver du passé. C’est pour ça qu’il faut prendre beaucoup de photographies, et souvent. Pas seulement pour se souvenir. Mais pour avoir l’embarras du choix quant à leurs possibles agencements. » (p. 35-36)

L’autrice réussit à transposer ce qui est personnel au niveau collectif en traitant de la mémoire, de l’oubli, des traumatismes familiaux et du deuil. Interprétés différemment, ces moments, ces parcelles de vie, sont les morceaux d’un grand casse-tête qui, lorsque mis ensemble, forment un portrait plus ou moins fiable d’un individu.

Ce livre nous révèle un travail de recherche dont le désir premier est de découvrir et de comprendre l’être aimé malgré la dureté de la vie. Constituée de fragments divers, cette œuvre littéraire peu conventionnelle parvient à souligner l’importance de dire et d’agir dans l’instant présent, là où se façonnent les souvenirs avant que les regrets s’installent.

Au côté d’Enfance de Nathalie Sarraute, Le drap blanc est un livre significatif sur le thème de la mémoire, de l’oubli, de l’enfance et de l’interprétation des souvenirs.

Connaissez-vous d’autres livres qui portent les mêmes thématiques et qui vous ont marqué?

Le fil rouge remercie Le Quartanier pour le service de presse.

Un livre québécois par mois : Septembre : Édition Mémoire d’encrier

En septembre, on lit un livre de la maison d’édition Mémoire d’encrier!

Mémoire d’encrier fut fondé en 2003 à Montréal. Elle s’est donné le mandat de recueillir le plus d’auteurs-trices de diverses origines. L’importance de la voix est très présente. La maison Mémoire d’encrier veut passer un message : qu’il y ait une voix commune, visible et vivante. Elle publie également différents types d’ouvrages. Ça peut être de la fiction, tout comme de la poésie ou encore des nouvelles.

Pourquoi avoir choisi Mémoire d’encrier ? Principalement parce qu’elle amène une diversité dans ses auteurs et autrices. Je crois que c’est la grande force de cette maison d’édition, c’est que nous pouvons enfin entendre la voix de nos québécois-e-s de diverses origines. Qu’ils-elles soient autochtones, arabes, antillais, etc.

Voici quelques suggestions de lecture :

  • Manikanetish, Naomi Fontaine
  • Soigner aimer, Ouanessa Younsi
  • Je suis une maudite Sauvagesse / Eukuan nin matshi-manitu Innushkueu, An Antane Kapesh
  • Nous ne trahirons pas le poème, Rodney Saint-Éloi
  • Les décalages contraires, Mylène Bouchard
  • La balançoire de jasmin, Ahmad Danny Ramadan

Et vous, quelle sera votre lecture?

Pile à lire, lectures d'été

L’été, le temps des lectures légères? Vraiment?

Lorsque l’été arrive, la vaste majorité des gens ont tendance à nous proposer des listes de «lectures légères» pour occuper notre été. Je n’ai rien, absolument rien, contre un bon best-seller dont on tourne les pages plus vite que notre ombre, un roman policier ou un roman de chick lit; j’en suis même une grande adepte. Par contre, je pense que pour des personnes qui sont déjà des adeptes de lecture, l’été est vraiment une période à privilégier pour les lectures plus difficiles, celles qu’on remet toujours à plus tard.

Le confort 

Pour moi, un best-seller est une lecture plus «confortable». Je sais que l’œuvre aura un style fluide et beaucoup de dialogues, et que je n’aurai pas besoin d’une très grande concentration pour la lire. C’est donc un type de lecture que j’aime garder pour les périodes occupées, comme la rentrée scolaire ou les vacances d’hiver, avec leur tourbillon d’activités familiales, ou simplement pour les périodes stressantes. C’est une lecture réconfort par excellence, parfaite pour le temps frais et les moments où mon cerveau passe à toute vitesse d’une idée à une autre.

L’été

Et donc, comme notre collaboratrice Gabrielle le mentionnait en 2016, l’été c’est fait pour… lire! Je ne veux pas reprendre l’entièreté de ses arguments (je vous invite à lire son billet pour plus de détails), mais Gabrielle nous dit que l’été, on a du temps, des beaux parcs et un état d’esprit habituellement plus favorable à la lecture. Honnêtement, je ne saurais pas mieux dire qu’elle. Peut-être que c’est moi qui ai toujours eu des emplois calqués sur l’année scolaire, mais, pour moi, l’été est habituellement une période plus tranquille au boulot, où on a parfois l’occasion d’allonger les dîners pour lire quelques pages de plus et où on rentre à la maison l’esprit moins préoccupé et plus disponible pour se concentrer. Bref, c’est une période exceptionnellement favorable aux grands projets de lecture!

Quelques idées

En conclusion, je vous donne quelques exemples des projets de lecture auxquels je souhaite me consacrer pendant mes vacances, au cas où ça pourrait vous inciter vous aussi à essayer au moins une lecture plus difficile pendant votre été. J’ai commencé la plupart de ces livres pendant la dernière année et je me suis dit que je les garderais pour un moment plus propice.

  • Un roman de science-fiction vraiment dense. J’en ai deux sur ma PAL en ce moment: The Dispossessed, d’Ursula K. Le Guin, et Cryptonomicon, de Neil Stephenson. Pour certain·e·s, ce seraient probablement des lectures faciles, mais pour ma part, après les avoir commencés, j’ai réalisé que ça allait me prendre pas mal de concentration!
  • Un recueil d’essais. Je gardais Feel Free, de Zadie Smith, précieusement de côté pour le lire cet été. J’adore la fiction de cette autrice (je suis surprise de voir que personne n’a jamais parlé d’elle sur Le fil rouge!) et j’ai bien hâte de lire ses essais. Je compte bien en reparler dans un prochain billet, d’ailleurs.
  • Une oeuvre dont vous savez la forme difficile. Pour ma part, après avoir lu Soifs lors d’une brève escapade en vacances cet hiver et avoir trouvé ma lecture plutôt difficile, je me promettais avec joie de m’attaquer durant l’été au deuxième tome de cette grande fresque, Dans la foudre et la lumière.

Et vous, pensez-vous que l’été soit fait pour les lectures légères ou, au contraire, que c’est un bon moment pour se lancer un petit défi littéraire?

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Naissances

Ta naissance

Lou,

Je ne sais pas si les souvenirs du jour de ta naissance seraient aussi clairs sans les photos prises par notre photographe de naissance, mais ils sont là; dans des images, mais aussi des sensations, des bruits, des odeurs. Je me souviens des contractions dans le bain, seule, à me demander si ça y était, sans aucun repère sinon l’application servant à calculer le temps entre chaque douleur intolérable (parce que maman n’avait pas appris à respirer, paraît-il). Les signes de ta venue imminente, qui me faisaient m’accrocher aux cadrages des portes et au cou de ton père. Et un peu moins classe; les contractions, cramponnée aux pantalons de ton père, dans les rangées d’un magasin à grande surface, où j’espérais que mon col dilate assez pour pouvoir rester à l’hôpital, le rassurant hôpital, où des gens avaient déjà vu ça, semblaient savoir ce qui se passait dans mon corps plus que moi-même. Et puis, sans aucune place pour un soupçon d’orgueil, les contractions chez McDonald, sous les regards interrogatifs d’une gang d’élèves de la Polyvalente Louis-Philippe-Paré. Le besoin du corps de ton père tout près, le rassurant regard d’une infirmière. Puis la douleur, la peur de mourir là, la sueur, le sang et les déchirures, la haine envers le corps médical, mais aussi le sentiment d’être l’être humain le plus fort au monde, me demandant si mon corps est une machine super puissante. L’émerveillement. La fierté de te voir grimper sur moi pour te nourrir puis l’immense peur de te perdre lorsque les infirmières t’ont retiré de mes bras ne s’effaceront jamais de ma mémoire.

Si tu étais né d’une histoire aussi impressionnante que celles qui se trouvent dans cette pièce de théâtre que j’ai lue jusqu’à en mouiller les pages, j’aurais pu l’exposer moi aussi, la mettre en scène, du moins dans un statut Facebook ou chez nous autour de la table.

Maman n’était pas prisonnière d’une voiture suite à un accident de la route, mais elle a été prisonnière de la peur de ne jamais y arriver. C’est moins spectaculaire, je te l’accorde.

Venir au monde

Aujourd’hui, je suis ébranlée par la lecture de toutes ces naissances. Bien qu’elles soient spectaculaires, leur véracité, leur brutalité, leurs douleurs, joies et espoirs me font revivre notre histoire plus sobre, entre douceur et virulence.

L’histoire rocambolesque de l’accouchement d’Élizabeth, qui reste prisonnière de sa voiture à la suite d’une collision avec un orignal alors qu’elle se rendait à l’hôpital, sert de trame de fond à une multitude de récits de naissance. On nous raconte l’histoire de la naissance de chacune des personnes qui lui viennent en aide. Une mère morte en couche, une mère autochtone victime de viol qui fuit l’hôpital, un bébé mort-né puis un bébé miracle, une femme qui accouche devant sa mère mourante, une autre qui donne la vie à la maison sous les encouragements optimistes de ses enfants. Ces histoires sont issues de témoignages, et c’est une des raisons qui rendent la pièce si émouvante. Parce que les images fortes, en vérité, dépassent la fiction.

Oui mon cœur, ce sont ces histoires de vie, et même d’horreur, de vulnérabilité, de rage et de haine, mais surtout d’amour fulgurant et d’espoir, qui ont fait pleurer maman. Je ne suis pas triste, mon amour. Je suis émue par ces mots qui décrivent la vérité du monde, cette vérité que je n’arrivais pas à comprendre hors de ses concepts avant de te mettre au monde.

L’histoire de ta naissance ne contient peut-être pas du matériel assez divertissant pour être immortalisée par la plume d’une scénariste, mais elle est jusqu’à maintenant ma préférée.

« Que ta vie soit aussi fabuleuse que ta naissance. »

À propos 

La pièce Venir au monde, écrite par Anne-Marie Olivier et mise en scène par Véronique Côté, a été présentée au Théâtre du Trident au printemps 2017. Elle a gagné un des Prix littéraires du Gouverneur général 2018.

Quelle est la plus belle histoire de naissance que vous avez lue, entendue ou même vécue?