Nino : la maternité
Éditions Somme toute
Nino
Rébecca Déraspe
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Rébecca Déraspe
C’est en tentant de répondre à l’incontournable question « Papa, comment on fait des bébés? » — posée par Anthony, alors âgé de six ans — que Boucar Diouf a décidé d’écrire un spectacle et un livre au sujet de la reproduction humaine. Se basant sur les réactions de ses étudiants en physiologie de la reproduction, l’ex-enseignant remet en question la métaphorique éducation sexuelle du passé et désire mieux outiller les parents qui seront un jour confrontés à la « grande question » : Pour ma part, je suis convaincu qu’on sous-estime l’intelligence des enfants et qu’il faudrait, à partir d’un certain âge, leur dire la vérité sans l’enrober de substantifs enfantins. Si on continue à dire aux enfants que les petits garçons naissent dans les choux et les petites filles dans les roses, il y a de fortes chances qu’à l’âge adulte, ils ne fassent pas la différence entre sexe et jardinage. Aussi préoccupé par la culture du viol, il plaide pour le retour des cours d’éducation sexuelle décomplexés, basés sur « la vérité scientifique, la mesure et le respect » : Si …
Le 12 août passé a eu lieu la journée « j’achète un livre québécois ». J’en ai donc profité après le travail pour me réfugier en librairie, histoire de participer à cet événement initié par Patrice Cazeault et Amélie Dubé, il y a quatre ans. Mon choix s’est arrêté sur deux œuvres québécoises, Filles de Marie Darsigny et Je voudrais qu’on m’efface d’Anaïs Barbeau-Lavalette. Je voudrais qu’on m’efface est le premier roman de l’auteure de La femme qui fuit, que tout le monde a adoré (je n’ai pas encore rencontré à ce jour quelqu’un qui n’a pas aimé ce livre). Ayant moi-même été particulièrement touchée par la lecture de ce dernier, je me suis rapidement emparée de sa première œuvre littéraire et l’ai lue en quelques jours seulement. Une complicité non assumée De sa petite taille de 145 pages, le livre a la capacité de faire chavirer le lecteur dans diverses émotions fortes qui brûlent en dedans. L’auteure dresse le portrait triste mais juste de trois familles qui vivent dans la misère et la pauvreté d’un immeuble résidentiel, à …
Louis vit dans une maison beige meublée de divans beiges; il n’a personne, sa mère est morte et sa femme partie, il vit une vie bien beige et n’a aucun ami. Sauf Michel, le vendeur de voiture, et son garagiste Jack, qu’il ne connait pas personnellement, mais à qui il a inventé une vie palpitante avec sa femme fictive et leurs passe-temps imaginaires. Il y a aussi Josiane, une jeune entrepreneure qu’il a observée sur la couverture d’un magazine une fois et de qui il est tombé amoureux. Puis un jour, Louis gagne le gros lot à la loto. Cinquante-quatre millions de dollars. Louis n’est même pas certain de pouvoir compter jusque-là, il mourrait probablement d’ennui bien avant. Je m’entendis crier en direction du répondeur avant de remonter en courant pour m’asseoir, à bout de souffle, dans mon fauteuil inclinable et m’obstiner à attendre un appel d’outre-tombe, déchiré entre les restes de mon discernement et la perte de mes derniers repères. Je n’avais jamais rien su, sinon que ma mère serait toujours là et combien …
Je n’avais pas vraiment prévu lire cet essai. Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être parce que ma PAL déborde déjà de livres qui n’attendent que d’être ouverts. Le 12 août, à la librairie de Verdun, il m’est pourtant tombé dans l’œil et, tout à coup, je ne pouvais plus faire autrement que de l’acheter et de le lire. L’idée de « [l]ibérer le désir en amour et en politique » me semblait bien intéressante. C’est donc avec curiosité que je me suis lancée dans Les luttes fécondes de Catherine Dorion. En politique comme en amour, nos énergies sont, la plupart du temps, soigneusement contenues à l’intérieur de cadres qui « organisent » les liens qui nous unissent, et qui empêchent les révolutions de prendre pied. Le couple. Nos institutions politiques. Les élections. Ce livre parle du désir qui cherche à s’exprimer entre deux (ou cent-mille) personnes, et de ce qui a été mis en place pour le garder emprisonné. Ce livre est un plan d’évasion. À la fois sur le plan personnel et politique, Catherine …
Ces temps-ci, j’ai besoin de calme. Ça ne fait pas vraiment changement au fond, mais c’est comme si je le ressentais encore plus fortement, ce besoin de nature, de silence et de contemplation. Je ne me souviens plus de quelle manière, mais je suis tombée un beau jour sur une critique Goodreads de Une année à la campagne et la description du roman écrit par J. M. G. Le Clezio m’a tout de suite donné envie de le lire. Après maintes recherches dans diverses librairies, j’ai mis la main sur ce livre un soir d’été et il a immédiatement gagné la première place sur le trône de ma gigantesque pile à lire. Je ressentais que j’avais besoin de ce livre, c’était instinctif et comme toujours, j’ai bien fait de m’écouter, car cette lecture est arrivée tel un pansement sur une plaie. Un jour, Sue Hubbell, biologiste de formation, ayant travaillé comme bibliothécaire, lasse de vivre en marge de la société de consommation de l’Est américain, décide de changer de vie. Avec son mari, elle part à …
Hochelaga, mon quartier. Une surprise qui pointe le nez alors que je ne l’avais jamais même espérée. Un matin, une librairie jeunesse voit le jour à quelques pas de chez moi. Et moi, vous savez, la littérature jeunesse, j’en mange. Mais surtout, j’y crois. Parce qu’il faut leur proposer des ouvrages de qualité, aux jeunes, des livres qui les transporteront ailleurs, qui leur donneront envie de lire toujours plus, de découvrir le monde, les mots, le bonheur d’une phrase bien tournée, d’une histoire menée avec talent. Et il me semble que de s’y plonger, aussi, ne fait aucun tort. Pour voir ce qui peut animer et émouvoir les cœurs des petits. Ou nous toucher, nous aussi. La librairie Bric à brac vit donc au coeur d’Hochelaga, avec ses portes grandes ouvertes, ses vitrines vives et attrayantes, ses livres qui débordent des étagères, mais surtout, avec ses amoureux des livres. Rarement on ne m’aura partagé des découvertes littéraires avec autant d’enthousiasme. La plus récente à ce jour: l’autrice Marie-Aude Murail. C’est en me disant que tout …
Dimanche après midi, le 24 septembre. Pour une deuxième fois, Martine et moi avons choisi d’offrir un club de lecture à thématique féministe. Tous les clubs sont une partie de plaisir – parfois on ne peut pas croire que ça fait véritablement partie de notre métier- mais on doit avouer que le club féministe, c’est un peu un cadeau qu’on se fait à nous-même. Si vous nous suivez depuis un moment, vous savez certainement que nous sommes féministes et que nous essayons de mettre de l’avant les écrits de femmes sur le blogue. Nous ne parlons évidemment pas que d’auteures, mais nous faisons un effort conscient pour qu’elles aient une grande place sur le blogue, tout comme dans nos lectures. Ça allait donc un peu de soi de faire un club féministe. La première session c’était très bien passée et avait engendré de superbes discussions. Nous avons donc décidé de relancer le club pour l’automne. On s’est donc rejoint, en pleine canicule de fin septembre, au café coop Rond-Point, dans Hochelaga-Maisonneuve, pour parler du premier livre choisi; Lady …
Noémie Pomerleau-Cloutier, enseignante de yoga et formatrice en alphabétisation populaire, publiera son tout premier recueil de poésie Brasser le varech, le 11 octobre 2017, aux éditions La Peuplade. La poète a généreusement accepté de répondre à notre questionnaire. 1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture? D’avoir vraiment eu hâte de savoir lire! Depuis toute petite, j’adore les livres. J’ai appris à lire très rapidement, plus tôt que d’autres enfants, car j’ai eu la chance de commencer ma scolarité plus jeune, dans une école belge alors que mes parents travaillaient au Zaïre (la République démocratique du Congo actuelle), avant de revenir au Québec. Je me rappelle vraiment ce désir que j’avais de savoir lire moi-même les histoires qu’on me lisait. 2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture? J’ai de nombreux souvenirs de moments de lecture, cachée sous mes couvertures, pendant la sieste de l’après-midi, quand j’étais petite. C’était bien plus intéressant que de dormir! La lecture a toujours été associée …
J’avais deux petites semaines de vacances en juillet et une cabane pas d’Internet qui m’attendait sur le bord du fleuve. Deux pièces, la cabane : une cuisine et une chambre. Une grande cour ensoleillée, un recoin d’ombre sur la galerie, quatre poules rousses comme voisines immédiates. J’y suis arrivée un mardi après-midi, toute seule avec mon sac à dos et mes provisions. Je traînais huit livres dans mes bagages. J’avais mis beaucoup de temps à les choisir, avant de partir : je cherchais des histoires particulières, de celles qui donnent envie de raconter les nôtres. Parce que c’était pour écrire, la cabane. La cabane, le fleuve, les poules : un moment soigneusement découpé dans l’été. Je voulais avoir les bons livres. Je voulais lire pour pouvoir mieux écrire. Quelque part dans le lot, il y avait Autobiography of Red. Anne Carson y met en scène, de façon merveilleusement troublante, le personnage de Geryon, jeune garçon puis jeune homme, qui cache une grande paire d’ailes rouges sous ses vêtements. Élevé par une mère qu’il adore, très tôt victime des …