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Comme par magie d’Elizabeth Gilbert : stimuler la créativité

Depuis que je suis toute jeune, je suis fascinée par l’art. Tout ce qui y touche. C’était entourée de livres, de papier, de crayons, de couleurs et de mots que j’étais heureuse. Enfant, je passais mes temps libres à inventer des histoires, à colorier et à lire. Je pense bien humblement que la création fait partie de moi et que je suis une personne créative. C’est toutefois en vieillissant que j’ai pris conscience que la création demande d’être entretenue. J’ai longtemps négligé ma part créative et, dans mon entourage, j’ai souvent vu ce problème aussi. Voilà pourquoi Comme par magie est venu mettre un baume sur mon envie de création et surtout m’a motivée à alimenter mon imagination.

Dans ce TED talk, Elizabeth Gilbert expliquait en 2009 que chaque individu à la capacité d’être créatif, et ce, dans différentes facettes. Dans son livre Comme par magie, Gilbert proclame que la créativité agit un peu comme une sorte de magie transcendante. Les idées viennent et vont, elles se logent dans nos têtes pour des raisons créatives et il s’agit de notre travail, en tant que créateur, de les faire naître. En soi, je ne suis pas en désaccord, il est du devoir du créateur de mettre en place une idée. La phrase maintes fois dite et répétée, une bonne idée ne vaut rien, est réelle. Il ne suffit pas d’avoir l’idée du siècle, il faut savoir la faire vivre et cela demande sans aucun doute de la constance, de la motivation et de l’initiative. Là où je me sens moins connectée à la philosophie de Gilbert est un peu le côté plus ésotérique des idées et de la création.

Toutefois, j’ai trouvé dans Comme par magie un beau témoignage d’une artiste incroyablement inspirante, attentive et entière. Elizabeth Gilbert qui a conquis la planète entière avec son best-seller, Mange, prie, aime est une femme fascinante et, comme lectrice, j’ai été touchée de la voir vulnérable et de constater que, comme plusieurs auteures, elle a vécu des difficultés et des remises en question. Elle raconte ses difficultés après Mange, prie, aime de pouvoir récrire quelque chose, de continuer à vivre de sa passion, et ce, malgré la peur immense de ne pas offrir à ses lecteurs quelque chose qui égaliserait ce best-seller si lu, si apprécié. Elle en parle aussi dans cet autre TED talk. Décider d’être écrivain et d’y consacrer sa vie, son temps n’est pas une question de chance, mais plutôt un choix, et ce, malgré la peur de réussir ou pas. Il faut réussir à faire abstraction du résultat pour apprécier le processus qui est en soi, la source même du bonheur d’être créatif.

Équilibrer sa vie pour laisser entrer la créativité

Dans la culture populaire, il préexiste une idée où les artistes sont des gens bohèmes qui se lèvent le matin tout bonnement inspirés. Gilbert encourage ses lecteurs à être positifs, inspirés et continuellement à l’écoute de son petit créateur intérieur. Au cégep, j’étais dans le programme Métier créateur et cela m’a préparée à travailler ma créativité, et ce, même quand tout tourne mal. Parfois, le résultat est magnifique et on touche le ciel en écrivant. Et d’autres fois, on a envie de jeter ses crayons à jamais. L’idée, c’est un équilibre. Arrêter de croire que l’artiste a un don, mais plutôt prendre conscience du travail derrière chaque pièce d’art. Néanmoins, ça peut être vraiment difficile simplement parce qu’il préexiste l’idée de l’artiste tourmenté qui ne travaille pas et qui fait seulement créer du génie à tout coup. Je n’ai pas besoin de vous le décrire, vous le voyez dans votre tête : le petit poète maudit qui nous renvoie l’image d’un artiste né.

Comme par magie m’a appris à cultiver ma créativité, à équilibrer mon temps pour y consacrer des moments parce que j’en ai besoin. La créativité est une partie de moi, que ce soit dans un but de publication ou pas, j’ai besoin d’écouter mes idées, de les noter et d’y consacrer du temps. Je vous invite donc à prendre en compte vos idées, et ce, dans tous les domaines. La créativité est étincelle et profondément magique. Bien entendu, quelques passages plus spirituels m’ont moins plu dans ce bouquin, mais en général, je trouve nécessaire de la part de Gilbert de nommer les façons d’être créatif, de ne pas craindre d’échouer et surtout de le faire réellement pour le bonheur que cela procure plus que pour le résultat.


Voici quelques petites choses que vous pouvez mettre en pratique pour vivre votre créativité sans la craindre :

-Notez vos idées : les bonnes comme les moins bonnes. Quand vient le temps d’écrire, vous serez moins pris au piège. Personnellement, j’essaie d’écrire des listes d’idées d’articles, et ce, même si au final, j’en choisi parfois qu’un seul sur douze. Ouvrir la porte à la création d’idées fait émerger celle qui attendait d’être choisie ou du moins la plus inspirante.

-Commencez les pages du matin comme le proposait Louba.

-Écrivez dans un journal comme le proposait Marjorie. Cela peut vous aider à clarifier vos pensées et à mettre de l’ordre dans vos priorités.

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Découvrir Les Six Brumes

Je ne le répéterai jamais assez : les littératures de l’imaginaire et moi, on s’entend à merveille, que ce soit dans le cadre de mon travail d’auteure ou de mes petits plaisirs de lectrice! J’aime particulièrement découvrir ce que les maisons d’édition d’ici ont à offrir à ce niveau-là… et je suis encore plus enthousiaste quand je découvre que lesdites maisons sont spécialisées dans la fantasy, le fantastique, la SF et le roman noir! J’avais envie de vous faire découvrir l’une d’entre elles, que j’ai appris à connaître progressivement au cours des dernières années : Les Six Brumes.

La maison d’édition Les Six Brumes « est une entreprise spécialisée dans la publication de livres de fiction, principalement dans le domaine de la littérature de l’imaginaire. On y publie des nouvelles et des romans inédits, rédigés en français et provenant de la plume d’auteurs québécois, canadiens ou internationaux ». Elle a été fondée en 2001 par Jonathan Reynolds et Marki Saint-Germain, afin de leur permettre de mettre de l’avant le travail d’auteurs qu’ils aimaient tout particulièrement. Depuis 2005, c’est Guillaume Houle, leur collaborateur depuis le début du projet, qui devient le directeur des publications.

Cette petite maison d’édition, bien présente et appréciée dans le milieu, est pourtant peu connue du grand public; j’ai donc décidé de vous faire découvrir quelques-uns de mes coups de cœur dans leur catalogue!

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Le Chasseur, de Geneviève Blouin
Cette novella fantastique (une longue nouvelle ou un roman très court, c’est selon) raconte l’histoire d’un ancien champion d’arts martiaux mixtes devenu aveugle à la suite d’une blessure. Lorsqu’il sent une étrange menace planer dans son entourage, mais contre laquelle il semble immunisé, il se sent capable de dépasser sa peur et retrouve la volonté de se battre à nouveau…

J’ai beaucoup aimé l’écriture de l’auteure, sa façon de détailler avec précision le ressenti et la réalité de son personnage atteint de cécité, tout en nous offrant une histoire dynamique, pleine de rebondissements et de tournures inattendues.

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6, chalet des brumes, avec des textes de Geneviève Blouin, Dave Côté, Luc Dagenais, Ariane Gélinas, Isabelle Lauzon et Jonathan Reynolds
Les livres « dont vous êtes le héros », vous connaissez? Moi, j’adorais ça; 6, chalet des brumes est un hommage à ce genre de récit, où une situation initiale en apparence assez banale se divise rapidement en six trames différentes, issues de genres littéraires variés.

J’en ai déjà fait une critique complète sur mon blogue personnel, juste ici.

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Le sabbat des éphémères, d’Ariane Gélinas
Ce recueil de nouvelles réunit treize textes qui plongent le lecteur dans un univers sombre et très particulier, où horreur, fantastique et suspense s’entremêlent de façon envoûtante.

Non seulement j’adore la plume riche et habile de cette auteure, mais je trouve qu’elle n’a pas son pareil pour instaurer des ambiances troublantes et happer le lecteur d’un coup, pour mieux l’entraîner ailleurs…

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Au rendez-vous des courtisans glacés, de Frédérick Durand
Ce roman d’horreur fantastique nous plonge dans la vie d’Érik Rivest, un passionné de films rares. Lorsqu’un jour, un ami collectionneur lui fait parvenir une étrange vidéocassette, il découvrira un documentaire dérangeant, relatant l’existence de tout un univers occulte situé à Montréal. Déterminés à découvrir la vérité derrière ce film aux répercussions inquiétantes, Érik et ses amis prennent la route de la métropole…

Un roman qui se lit comme un véritable page-turner, où le sens aiguisé du récit et la plume effilée de l’auteur permettent de garder le lecteur en haleine du début à la fin. Âmes sensibles s’abstenir; toutefois, les fans de Patrick Senécal et autres auteurs du genre seront ravis!

Évidemment, je n’ai pas lu tous les livres affichés dans le catalogue des Six Brumes, mais tout ce que j’y ai lu m’a plu, d’une façon ou d’une autre. Cette maison d’édition gagne à être connue à plus grande échelle, car elle présente des œuvres littéraires de qualité, qui font changement de ce que l’on retrouve plus souvent sur le marché.

Comme les Six Brumes ne sont pas distribuées partout selon les réseaux de distribution traditionnels, vous pouvez vous renseigner auprès de votre libraire pour évaluer les possibilités, ou plus simplement encore, passer une commande sur leur site web au http://www.sixbrumes.com/!

Quelques suggestions de romans destinés aux adolescent.e.s

Mon intérêt pour la littérature destinée aux adolescent.e.s s’est développé au mois de janvier alors que j’avais décidé de lire Coeur de slush pour le défi littéraire. Carte-cadeau Renaud Bray en poche, j’étais partie acheter le premier roman de Sarah-Maude Beauchesne. En errant dans le rayon de la littérature jeunesse, j’ai eu l’envie soudaine d’en lire davantage. C’est donc curieuse de savoir ce que les ados d’aujourd’hui lisent que je suis repartie chez moi les bras pleins de romans jeunesse. Tout le mois de janvier, j’avais 14 ans.

Les chiens, Allan Stratton

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Un thriller, une histoire de fantômes et de violence conjugale. Un roman pour les jeunes qui mènent une vie instable ou pour ceux qui aiment avoir une petite frousse.

Résumé

La valise de Cameron est toujours faite. Au moindre doute de sa mère, il fuit avec elle vers une autre ville. C’est que sa mère est persuadée que, s’il les retrouve, son ancien mari les tuera tous les deux. Avec habitude, mais à contrecœur, Cameron déménage encore, loin de tout, ayant comme seul contact ses grands-parents avec qui il communique parfois par Skype. Dès leur arrivée sur la ferme où ils habiteront, Cameron a un mauvais sentiment. Des événements terribles se sont passés à cet endroit. Il apprend qu’un ancien propriétaire a été dévoré par ses chiens. Mais ceci est loin d’être le seul drame qui hante les lieux. Cameron se met à entendre une voix et il croit voir le fantôme de Jacky, un petit garçon qui a vécu sur cette même ferme, il y a une cinquantaine d’années. Les confidences du petit Jacky et les rumeurs qui circulent dans le village poussent Cameron à mener sa propre enquête.

Mon avis

Ce lugubre suspense fut pour moi une lecture totalement addictive. J’ai aimé que le drame de Cameron et sa mère soit superposé à une ancienne intrigue tout aussi inquiétante. J’ai aimé douter : le père de Cameron lui veut-il autant de mal que semble le croire sa mère? Les traque-t-il vraiment? Cameron voit-il réellement un fantôme ou est-ce le fruit de son imagination, de séquelles psychologiques dues à des événements de vie difficiles? A-t-il un problème de santé mentale comme semble le croire sa mère? Qu’est-ce que le voisin peut bien cacher? À quel point doit-on croire aux rumeurs? Avec ses courts chapitres, sans longueurs, ce roman est un véritable page-turner.

Si j’ai inventé Jacky, qu’est-ce que j’ai inventé d’autre? Voilà à quoi je réfléchis quand je pense à papa. Je me dis : et si le papa dans ma tête – celui contre lequel maman me met en garde – n’avait rien à voir du tout avec mon papa réel? Et si les peurs de maman à son sujet étaient des choses qu’elle a amplifiées, comme j’ai amplifié les choses que j’ai entendues sur M. McTavish?

Par exemple, la fois où il m’a abandonné au milieu de nulle part. Et si j’avais juste eu l’impression que c’était le milieu de nulle part parce que j’étais petit, mais qu’en réalité c’était un parc et que pour lui on ne faisait que jouer à cache-cache?

Les maux d’Ambroise Bukowski, Susin Nielson

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Un roman intéressant pour les jeunes souffrant d’allergies alimentaires sévères, pour les amateurs de Scrabble ou simplement pour ceux qui se sentent différents des autres.

Résumé

Ambroise est, comme il le dit lui-même, un rejet. À l’école, il est victime d’intimidation. Un jour, trois voyous décident de mettre une arachide dans son sandwich alors qu’il y est gravement allergique. Après cet événement qu’il lui a fait voir la mort de près, sa mère décide de le retirer de l’école et de lui enseigner elle-même à la maison, pour sa sécurité. Il se retrouve donc à passer toutes ses journées avec sa mère surprotectrice. Laissé à lui-même en soirée puisque sa mère doit aller travailler, il se lie d’amitié avec son voisin de duplex, un homme au passé criminel qui vient tout juste de sortir de prison. Cosmo partage une passion avec Ambroise; le Scrabble. Ils s’inscrivent dans un club et ils commencent ainsi à passer de plus en plus de temps ensemble, tout cela en cachette de la mère d’Ambroise.

Mon avis

Livre garanti sans arachides.

C’est cette mention sur le livre qui a convaincu la fille allergique que je suis d’acheter ce roman jeunesse; avant même d’avoir fait la lecture du résumé, de la même façon dont j’achète une boîte de biscuits avec la mention certifiés sans arachides sans me soucier des autres ingrédients. Contrairement à certaines marques de pâtisseries, je n’ai pas été déçue. Les joueurs de Scrabble trouveront amusante la manie d’Ambroise de décomposer les mots. Le rythme est soutenu : les chapitres sont courts et la narration est dynamique. J’ai adoré cette histoire et ses personnages attachants. Le personnage principal, un antihéros avec une belle capacité d’autodérision, m’a charmée par sa singularité.

Le jour où j’ai failli mourir, le ciel était magnifiquement bleu. Quelques nuages s’accrochaient encore aux nuages de North Shore, mais ils étaient loin… J’ai eu le temps de lire mon avis de décès avant que tout devienne noir :

Nerd tué par une demi-arachide.

Psy malgré moi,  Marie-Sissi Labrèche

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Un roman pour celles et ceux qui se sentent seul.e.s face aux petits et grands drames de l’adolescence.

Résumé

Après la mort subite de sa sœur, Ariane, 13 ans, part de la campagne pour venir s’installer à Montréal avec son père, sa mère dépressive et son petit frère un peu trop accaparant. La première journée à sa nouvelle polyvalente s’avère éprouvante; la brute de l’école et le stéréotype de la fille superficielle (qui sort évidemment avec le beau gars qui émoustille Ariane) lui font la vie dure. De retour à la maison, elle lit les conseils d’une psychologue pour tenter de régler ses problèmes. La brute – qui deviendra sa meilleure amie – la voit réconforter la secrétaire. C’est à partir de ce moment que sa nouvelle amie l’amène à devenir la psy de l’école. Si c’est souvent elle qui amène des cas à Ariane, le bouche-à-oreille se fait rapidement et de plus en plus d’élèves viennent se confier en quête de conseils. À chaque chapitre, un nouveau problème : la grossesse précoce, les difficultés de l’amour, le taxage, l’intimidation, la peur de déclarer son homosexualité, la violence, la dépression, la jalousie, l’estime de soi, la première rencontre chez le gynécologue, les menaces de mort, le deuil…

Mon avis

Je devais avoir l’âge d’Ariane lorsque j’ai découvert Marie-Sissi Labrèche dans ses écrits pour la revue Filles D’aujourd’hui. C’est une auteure qui m’a fait beaucoup de bien à l’adolescence. J’avais donc beaucoup d’attentes quant à la lecture du seul roman que je n’avais pas lu dans sa bibliographie. Non, la lecture de Psy malgré moi ne m’a pas remuée comme ses autres ouvrages, mais j’ai tout de même fait une lecture amusante et pleine d’humour malgré la délicatesse des sujets abordés. J’ai été émue par l’épanouissement de la jeune Ariane, qui puise la force de chasser ses propres démons en aidant les autres. Par son intelligence, sa sensibilité et sa capacité à voir les blessures profondes sous les carapaces des gens, elle réussit à rendre attachants les personnages qui s’avéraient être les plus stéréotypés.

Tout le monde cherche l’âme sœur, et moi, qu’est-ce que je fais? Je m’enferme dans un cagibi qui sent l’eau de javel et je donne des conseils aux autres pour que leur vie amoureuse pète le feu. Pas pire pour une fille qui n’a pas d’expérience. Bah! Il existe bien une nonne sexologue. Elle est passée à tout le monde en parle, l’année dernière. Chose certaine, pour aider mon prochain, je ne lésine pas sur la recherche de solutions.

Un cri d’amour au centre du monde, Kyoichi Katayama

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Un roman pour l’ado sensible ou curieux des autres cultures.

Résumé

Sakutaro nous raconte son histoire avec Aki, la perte douloureuse de son premier amour et le deuil qu’il doit faire. Son récit débute alors qu’il voyage en Australie avec les parents de sa défunte petite amie afin d’aller y disperser les cendres. Il nous décrit les jours qu’ils ont passés ensemble avant que la maladie vienne s’immiscer brutalement dans leur vie tranquille.

Mon avis

Ce bestseller japonais n’a certainement pas la prétention d’amener une idée nouvelle avec son thème — un jeune voyant celle qu’il aime être emportée par la leucémie —, mais sa lecture, ne tombant ni dans le mélodrame ni dans les clichés, a su me plaire. Certains lieux de l’histoire comme la maison de Sakutaro qui est située dans l’enceinte de la bibliothèque municipale et l’île abandonnée où les amoureux passent une nuit dans un hôtel délabré ont su stimuler mon imaginaire. J’ai apprécié les dialogues des conversations philosophiques du couple. Quant au grand-père de Sakutaro — qui ne lui demande rien de moins que de piller une tombe — m’a étonnée autant qu’il m’a émue. J’ai aimé l’écriture tendre et poétique, empreinte de pudeur. Bref, une belle histoire abordant les thèmes de l’amour et de la mort, et ce, avec une petite touche d’étrangeté.

Aki se tenait nue, de dos, près du bassin. C’était un spectacle étrange. Le soleil disparaissait derrière la montagne. Le corps d’Aki, d’un blanc immaculé, se détachait comme une image flottante parmi la verdure assombrie. Je l’ai longuement contemplée; j’avais l’impression de la voir en rêve.

Je devais me rendre à l’évidence : Aki avait disparu. J’avais perdu Aki. Tout ce qu’il y avait à voir n’existait plus pour moi. L’Australie pas plus que l’Alaska, la Méditerranée pas plus que l’océan Antarctique. Où que j’aille dans le monde, cela aurait été pareil. Quelle que soit la beauté du paysage, si splendide soit le panorama, je n’aurais pas pu être ému, j’aurais été incapable de les apprécier. La personne qui me donnait le désir de voir, cette personne avait disparu. Elle ne reviendrait pas vivre avec moi.

Coeur de slush, Sarah-Maude Beauchesne

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Pour les jeunes qui vivent l’intensité du premier amour ou pour celles et ceux qui y rêvent encore.

Résumé

Billie, 17 ans, passe l’été à rêver de vivre l’histoire d’amour qui la fera passer de fille à femme. Elle fait du ballet, travaille dans un parc aquatique, écrit des poèmes et boit de la slush bleue, mais à la fin de l’été, toujours pas de garçon à l’horizon. C’est lors du dernier party avant le début des classes qu’elle rencontre Pierre, un blond trop blond aux yeux trop bleus. À la rentrée du cégep, il l’aperçoit et utilise une amie afin de l’inviter à une soirée. Cette amie la met bien en garde contre Pierre coeur de pierre, mais l’avertissement ne réussit pas à l’empêcher de devenir sa Billie-Lou et de vivre son premier amour d’été en septembre.

Mon avis 

Coeur de slush, c’est le récit du premier amour qui fait mal et qui rend si vivant en même temps. C’est une histoire qui m’a bercée dans une douce nostalgie adolescente et qui m’a fait sourire plus d’une fois. J’ai adoré l’intensité de Billie. C’est un beau roman drôle et touchant, qui se lit en une seule soirée tant il est captivant. J’aurais voulu le lire à l’été de mes 14 ans.

À mon grand plaisir, la suite, Lèche-vitrines, est sorti en librairie le 25 février.

Ça fait sept longs jours que je n’ai pas vu Pierre. Sept longs jours depuis l’humiliation. Et sept longs jours à me trouver conne, à le trouver con, à continuer de l’aimer, à le trouver beau, à changer d’idée, à ne plus l’aimer finalement. Ça fait sept jours que mes yeux se mouillent quand je pense à cette soirée-là, que mon cœur squeeze quand je repasse la scène dans ma tête d’adolescente. Mon karma est bon, je ne l’ai même pas croisé au cégep. Peut-être qu’il se cache, ou peut-être que je me sauve de lui sans le savoir.

Max, Sarah Cohen-Scali

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Pour les amoureux de l’Histoire ou pour celles et ceux qui ont envie d’être ébranlés.es.

Résumé

19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Führer. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l’on verra en moi le premier-né de la race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l’enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans loi. Sans rien d’autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d’aimer.

Heil Hitler!

C’est l’histoire de Max, premier-né et prototype parfait du programme Lebensborn visant à produire des êtres parfaitement formatés pour la jeunesse hitlérienne. Max fait partie de ces enfants formés, éduqués afin de devenir des Allemands nazis parfaits, des machines à tuer. Il portera beaucoup d’affection pour Lukas, un Polonais qui a physiquement tout pour être Allemand et sera ébranlé d’apprendre que celui qu’il considère comme un frère est, à son grand étonnement, un… juif!

Mon avis

Au début de ma lecture, j’avoue avoir été agacée par la narration; un bébé qui a les réflexions d’un adulte. Mais le souvenir des étoiles dans les yeux de la libraire passionnée qui me l’a recommandé m’a convaincue de poursuivre encore quelques pages. ET QUELLES PAGES! J’ai été choquée par ma lecture et, complètement déroutée (et bien souvent attristée), j’ai lu avidement la suite des mots du jeune narrateur déjà totalement endoctriné par le fascisme. Max est un roman différent qui nous accroche autrement que par l’identification au personnage. C’est une histoire provocante et d’une intense tristesse. Le besoin d’attachement et l’affection que Max porte à Lukas malgré tout m’ont, je l’avoue, fait verser quelques larmes. Coup de cœur!

La Grande Quête de Jacob Jobin (Tome 1 – L’Élu), Dominique Demers

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Un roman pour les jeunes adeptes de littérature fantastique ou pour celles et ceux qui doivent faire le deuil d’un être cher.

Résumé 

Jacob, 12 ans, s’isole dans les jeux vidéo afin d’échapper à la douleur causée par le suicide de son frère aîné. Durant deux semaines de l’été, il doit quitter son monde virtuel pour aller dans un camp de vacances pendant que ses parents sont en voyage. Un incendie oblige l’annulation du camp à la dernière minute. Ne voulant pas être pris à aller habiter chez une amie de sa sœur, il dit aux parents de celle-ci que son oncle est prêt à l’accueillir. En fait, son parrain – qui ne l’a jamais vu – n’a pas été mis au courant de la visite de son neveu. Jacob trouve son adresse sur l’enveloppe d’une carte qu’il lui a envoyée pour son anniversaire. C’est ainsi qu’il débarque dans le grand manoir de Théodore où on semble curieusement l’attendre depuis longtemps. Il découvre alors un monde fantastique qu’il n’a jamais soupçonné; c’est le début d’une grande mission dans le monde merveilleux d’un royaume caché.

Mon avis

Je voue un culte (rien de moins) à l’écrivaine Dominique Demers. Je la lis depuis l’enfance — j’ai tant rêvé avoir la force de Maïna ou de Marie-Lune — et je suis la plus heureuse des femmes lorsqu’elle écrit un nouveau roman. Jamais elle ne m’a déçue. Jamais. Cela faisait quelques années que je songeais à me lancer dans la lecture des aventures de Jacob Jobin. Je repoussais toujours l’expérience en me disant que j’étais loin d’être une lectrice cible. Les fées ou autres créatures fantastiques ne m’ont jamais interpellée. Vous comprendrez donc que seul mon amour pour l’auteure m’a incitée à me plonger dans ce monde fantastique. J’en viens donc à la conclusion que les mots de Mme Demers ont un effet magique sur moi, car le premier tome de la saga est loin de m’avoir déplu. J’ai aimé que le début de l’histoire soit bien ancré dans le réel; on nous présente Jacob comme garçon ordinaire et attachant, qui au début, ne croit absolument pas à l’existence des mondes imaginaires. J’ai aimé les éléments mystérieux; la maladie étrange de l’oncle Théodore, la pièce interdite (les pièces interdites me fascinent, pas vous?), etc. Ce premier tome est davantage une mise en place de l’histoire, il faudra lire les prochains afin de mieux connaitre le monde caché. J’ai tout de même eu le temps de tomber sous le charme d’un personnage fantastique : l’adorable Petit Poilu. Bien que n’étant pas une adepte du genre, la magnifique plume de l’auteure m’a conquise une fois de plus.

En passant devant la fameuse porte interdite, Jacob ne put s’empêcher d’y coller une oreille en tournant délicatement la poignée afin de vérifier si la porte était verrouillée. Elle l’était. Théodore Jobin ne s’était pas amusé à laisser la voie libre pour exciter la curiosité de son filleul. Il craignait suffisamment que quelqu’un accède à ces lieux pour utiliser une clé afin d’en défendre l’entrée. Le parallèle avec le conte de Barbe-bleue n’était que plus saisissant.

Jacob n’avait jamais éprouvé un tel déchirement. Il avait pourtant l’habitude de s’évader dans des mondes imaginaires et d’en revenir. Mais cette fois, plus que jamais, il y avait vraiment cru. Il aurait juré que cette jeune fille au regard de forêt et à la chevelure de feu n’était pas une simple construction de l’esprit. Il aurait juré qu’elle existait pour vrai…

 

Nos suggestions de romans écrits par des femmes : défi littéraire Je lis un livre québécois par mois

En ce troisième mois de l’année, il allait de soi pour l’équipe du Fil rouge de consacrer le défi du mois à la littérature écrite par des femmes. Ça peut sembler anodin, mais c’est tout le contraire. Les femmes sont encore sous-représentées en littérature (et dans tant de domaines). Suffit de penser aux prix littéraires (Le fait qu’il n’avait aucune femme en nomination cette année lors du Festival Angoulême, par exemple), aux corpus enseignés et aux anthologies littéraires, les femmes sont constamment en minorité et la littérature dite classique est presque inclusivement masculine. Pour continuer la réflexion, je vous propose le texte de Catherine Dussault-Frenette Les classique et les femmes sur Littéraires après tout. D’autant plus que le 8 mars, la journée internationale des femmes, arrive sous peu, il était évident pour nous d’inciter les gens à lire des écrivaines. Et même si cela est d’un naturel évident pour nous, il en est malheureusement pas ainsi dans le monde littéraire.

Mon choix s’arrête donc sur Le parfum de la tubéreuse d’Élise Turcotte, ça fait déjà plusieurs mois que j’ai envie de le lire et je suis contente de le trouver sur ma table de chevet en ce moment. Dans une écriture très poétique et acclamée, Turcotte nous raconte le parcours d’une enseignante de littérature, je n’en sais pas plus pour le moment, mais juste la beauté du titre et de la couverture me comble.

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Caroline suggère
«  Le Divan Rouge de Catherine Briat, après une longue hésitation, parce que je voue un culte à mon divan comme l’auteure tout simplement ! »
Unknown-2Raphaëlle suggère

« Pour ce mois-ci, j’aurais plusieurs auteures à vous suggérer (Elisabeth Tremblay, Ariane Gélinas, Natasha Beaulieu, Martine Desjardins, Audrée Wilhelmy, pour ne nommer que celles-là… car des femmes québécoises qui écrivent des œuvres de qualité, ça ne manque pas, vous pouvez me croire!), mais pour rester encore davantage dans la thématique, je vous proposerais la série Lili Klondike, de Mylène Gilbert-Dumas! Un récit historique se déroulant lors de la ruée vers l’or du Klondike, mettant en scène deux jeunes québécoises qui déjouent les stéréotypes et les rôles traditionnels pour se lancer dans l’aventure sans hésiter… un vrai page turner, avec des personnages attachants et de nombreux rebondissements! »

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La suggestion de Fanie

«Titre de transport (2015) d’Alice Michaud-Lapointe, car il s’agit d’une première publication solide, pleine d’humour et d’une belle profondeur, aux dialogues forts et vivants, et qui surtout, nous fait (re)visiter le quotidien du métro d’un tout autre œil. »
Unknown-4La suggestion de Roxanne

Pour le défi du mois de mars, je conseille un recueil écrit par DES femmes : Mines de rien par Isabelle Boisclair, Lucie Joubert et Lori Saint-Martin. Plusieurs essais féministes sur différents sujets, certains avec lesquels j’étais en accord et d’autres pour lesquels j’aurais voulu avoir une discussion avec l’auteure, mais une chose est sûre : chaque texte m’a fait réfléchir!
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La suggestion de Marion

« Une jeune femme tombe enceinte. Un homme s’enfuit. Et une petite fille reste aux prises avec une énigme. » Roman qu’on m’a chaudement recommandé, c’est par Blanc dehors que je découvre pour la première fois l’écriture romanesque de Martine Delvaux. Ce sera un rendez-vous avec les souvenirs d’enfance et les sentiments à reconstruire suite à la fuite d’un père pour une jeune fille. Et une tentative, par le roman, de comprendre.

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La suggestion de Laurence

« Putain de Nelly Arcan : Pour un livre qui nous fait sortir d’une certaine zone de confort avec une littérature crue, l’histoire d’une jeune prostituée montréalaise. Racontée sous forme d’autofiction, c’est la première parution de la défunte auteure. »
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La suggestion de Kim

Pour le défi du mois de mars, je lirai le roman Scrapbook de l’auteure québécoise Nadine Bismuth. J’avais adoré son recueil de nouvelles Les gens fidèles ne font pas les nouvelles dont j’avais trouvé l’écriture rafraîchissante.

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La suggestion d’Andréanne

J’ai choisi ce livre pour les réflexions qu’il apporte sur la maternité, sur les rôles et les perceptions associées à la mère. Et sur la femme aussi. Des pensées qui nous inspirent et qui nous font  réfléchir. Différent.

 

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La suggestion de Marjorie 

 

« La femme qui fuit, de Anais Barbeau-Lavalette : J’ai choisi ce livre parce que tout les gens qui l’ont lu m’ont grandement donné envie de m’y plonger, de m’y perdre et d’en ressortir changée, ne serait-ce qu’un petit peu. »
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La suggestion de Marie-Hélène

 

« Hiroshimoi, Véronique Grenier : Un tout petit bouquin, tout beau, sorti récemment aux éditions de Ta mère et qui promet avec ses « chapitres » fragmentés gravitant autour d’un quotidien amoureux, ainsi que la façon de vivre une rupture amoureuse qui semble bien douloureuse. »
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Le livre est roi sur Instagram

Malgré l’annonce prématurée que les livres papier seraient remplacés par les liseuses et les tablettes, on ne peut nier que le livre jouit d’une visibilité nouvelle, et ce, grâce aux médias sociaux, aux chaines YouTube et aux blogues littéraires qui se font de plus en plus présents et de plus en plus populaires.

Par le fait même, de plus en plus d’initiatives et de projets littéraires se déroulent sur le web et plus spécifiquement sur Instagram. On va se le dire, Instagram c’est une communauté qui a fait sa place, qui porte et qui permet vraiment de créer des liens. La preuve est qu’on y a contacté plusieurs personnes pour la série Autour des livres. C’est aussi comme ça qu’on a connu quelques-unes de nos collaboratrices (Allô Stéphanie @chatouilleska, Allô Marie-Hélène @la.racine et @panique.poesie, Allô Marjorie @marjoriebelis, Allô Kim @kimononfilsduvietnam)

Puisque je trouve que Instagram  une belle façon de conjuguer littérature et web et aussi une manière de cultiver une communauté, j’ai décidé de faire un petit recensement des meilleurs comptes Instagram à suivre, à mon avis, côté littérature.

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@Carolinelalibraire : Caroline est libraire chez Monet et partage son Instagram entre ses lectures, sa poésie et sa fille. À découvrir pour mille et une suggestions littéraires éclairées. Elle a aussi participé à notre série Autour des livres.

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@laroutedebriquesjaunes : La route de briques jaunes c’est avant tout un blogue de littérature jeunesse tenu par deux filles de Québec. Les photos sur leur Instagram sont toujours superbes. Si vous cherchez à reluquer de belles photos tout en trouvant de l’inspiration pour votre prochaine lecture jeune adulte, c’est la place.

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@ltplamondon : Louis-Thomas Plamondon mange de la poésie (comme il le dit lui-même dans sa bio Instagram) et de la littérature à une vitesse fulgurante vu le nombre de recommandations littéraire qu’il fait sur Instagram. Il a toujours les mots justes pour décrire finement un roman ou un recueil de poésie, en quelques mots seulement, juste assez pour nous laisser avec l’envie de lire tout ce qu’il propose.

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@ceslivresquejaime : Ces livres que j’aime c’est la page Instagram de la booktubeuse Maxine la rêveuse. Bien que, pour le moment, elle n’ait qu’une vidéo à son actif, son compte Instagram est toujours bien rempli de photos de livres et de bibliothèques, que du beau.

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@lis.moi.ca : Une photo, des livres, une promesse bien délivrée par cette page Instagram. Un Instagram à suivre pour tout ce qui touche à la littérature, tant aux classiques de notre littérature québécoise qu’aux  nouveautés et aux lancements.

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@catherochefort : Catherine est l’une des premières filles qui postaient des livres que je me suis mise à suivre sur Instagram. Elle a son propre mot clic #CathLit et inclut toujours des extraits du roman en question en dessous de chaque photo. Comme Caroline, Catherine a participé à notre série Autour des livres, à lire.

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@les_bouquin_heures : Les Bouquin’heures c’est un club de lecture à Montréal qui n’en finit plus de poster de merveilleuses photos de livres et plus particulièrement de librairies et de bibliothèques, à découvrir pour un peu de #bookporn.

@panique.poesie/@despoemes/@poesiepartouttoutletemps : Trois comptes Instagram qui parlent de poésie, qui écrivent ou partagent des poèmes et qui, à leur façon, rendent accessible cet art qui ne demande qu’à être lu.

Pour découvrir de nouvelles lectures, il y a aussi certains mots clic qui répertorient les lectures, parmi mes favoris on retrouve bien entendu notre propre #lefilrougelit, ainsi que #liretv et #littqc.

Le fil rouge dévoile enfin son nouveau projet

 

C’est avec beaucoup de joie et de nervosité qu’on vous présente le projet sur lequel on travaille depuis plusieurs mois. En terminant nos bac en études littéraires le printemps dernier, on prenait la décision de se consacrer entièrement à une idée qui ne quittait plus nos têtes. Suite à de multiples rencontres dans de trop nombreux cafés de Montréal, une formation en démarrage d’entreprise au SAJE et des discussions passionnées et inspirantes, voilà le moment de vous dévoiler ce qu’on mijotait.
Nous sommes si heureuses de vous annoncer qu’à partir de ce printemps, une boutique en ligne verra le jour et qu’on offrira des coffrets littéraires à abonnement Le fil rouge. On vous en dit pas plus pour aujourd’hui, mais restez à l’affût tout au long du mois de mars, nous allons vous révéler notre beau projet. On en profite pour remercier tous ceux et celles qui nous soutiennent et nous motivent dans cette aventure, principalement nos collaboratrices d’amour!

Martine & Marjorie

K : Un t’es-pas-tout-seul, format papier

À l’adolescence, je passais mon temps à lire, à errer dans les bibliothèques en quête de la nouvelle lecture qui changerait ma vie. Des frissons, des gorges nouées, des mains qui shakent. Des mots qui me transperceraient mieux qu’un regard. L’amour des mots, je l’ai cultivé très tôt. Peut-être que je me sentais tellement différente pis hors de tout que l’endroit où je me retrouvais le mieux, c’était avec les livres, dans les allées de bouquins vieux et plus intéressants que ces quelques jeunes qui les parcouraient. J’associe l’adolescence avec un tel moment de doutes et de craintes, de revirements et de sursauts, que j’admire peu d’auteurs comme les auteurs jeunesse. J’admire ceux qui prennent la plume pour dire aux ados qui se sentent tous mêlés-fuckés-pas-pareils-pas-beaux que ça va être correct. Qu’on est peut-être mêlé, mais qu’on n’est pas tout seul. C’est ça qu’on veut, au fond. On veut pas ressembler à la masse, ni plaire à tout le monde, on veut savoir qu’on est pas tout seul à vivre dans le tourbillon.1515207-gf

Sophie Bienvenu a écrit des livres incroyables pour les adultes (à découvrir ici et ici.) Elle a une plume qui décape et elle fait vivre des héros écorchés par la vie comme personne. Lorsqu’elle a choisi de prendre la plume pour aborder des sujets qui touchent les adolescents, elle n’a pas manqué sa cible. Avec K, une petite série qui a récemment été regroupée en un roman de presque 500 pages, Bienvenu a réussi à mettre en mots une histoire douce qui touche le cœur.

Lorsqu’Anita commence à travailler au dépanneur qui appartient au père de son ami Mehdi, elle est en plein cœur de la chaude saison. Ses amis et son copain ont quitté la ville pour l’été et elle se retrouve à servir des cigarettes et des gratteux à une foule d’étrangers. Un été qui aurait pu être pénible, donc. À intervalle régulier, pourtant, elle se fait fracasser le cœur par les beaux yeux d’un garçon qui passe ses journées à errer dans le stationnement de l’endroit. Bien que son père lui ait toujours dit de se méfier de ces jeunes qui trainent dans le caniveau, elle ne peut s’empêcher de soupirer en regardant le bel inconnu. L’été passe, Anita retrouve alors son copain Jonathan, qui insiste fortement pour avoir avec elle leur première relation sexuelle, Émilie, sa meilleure amie qui s’était envolée pour la France durant deux longs mois, et, bien entendu, le mystérieux traineux de parking. Malgré les presque-riens qu’ils se sont échangés durant l’été, elle n’arrive pas à détacher ses yeux du garçon. Kevin, K. Elle se rendra bien vite compte que l’intérêt n’est pas partagé et elle choisira de se créer une nouvelle identité sur internet, histoire de séduire K, enfin. Sauf que, sauf que. Les deux individus ne pourront faire autrement que de se rapprocher lorsqu’ils seront jumelés ensemble lors d’un travail de français et les deux personnalités qu’Anita tente de faire vivre n’auront d’autres avenues que de s’emmêler et de créer bien des problèmes.

Bien entendu, le genre n’est pas réinvité, bien entendu, des histoires d’amour pour adolescents sont légion, mais Bienvenu, ici, amène sa touche bien personnelle à l’histoire. On retrouve sans peine dans le personnage de Kevin ses inspirations précédentes. En effet, Kevin, au contraire d’Anita, ne vient pas d’une famille aimante et chaleureuse, mais bien d’un endroit où la misère règne, sous toutes ses formes.

On ne peut s’empêcher d’être happé par le roman et de lire son contenu avec avidité. Les personnages possèdent une profondeur intéressante et ressemblent à tant de gens qui ont croisé notre route lors de notre adolescence. On aborde des thèmes divers avec simplicité, en passant par la première fois, l’homosexualité, l’amitié qui se déchire ou le désir de plaire, et on aime.

Il ne s’agit pas d’une lecture qui change le monde. Il s’agit plutôt d’une petite douceur. Un baume sur les cœurs endoloris. Un petit t’es-pas-tout-seul, format papier.

Ce qu’on a pensé de nos lectures « Roman d’amour »

01Le mois dernier, dans le cadre du défi littéraire et du genre Roman d’amour, j’ai décidé de lire deux romans qui mettent en scène le deuil amoureux. Le premier qui a attiré mon regard depuis déjà quelques années est Les cascadeurs de l’amour n’ont pas droit au doublage de Martine Delvaux. Ce petit bouquin publié chez Héliotrope me fascinait bien entendu par le titre fortement inspirant et ludique. Or, rien n’est drôle dans ce court roman de Delvaux. On y suit une femme blessée par un amour qui lui a menti. Son amoureux, un Européen, s’est avéré une déception immense dans ses prises de décisions, d’opinions et dans sa façon constante de rabaisser celle qu’il dit aimer. La femme passionnée est attirée par cet amour plus grand que nature qui lui fait vivre les plus grandes émotions et tourments.

Elle décide donc de quitter cet amour néfaste, et ce, malgré la douleur intense de se séparer de celui qui a été une promesse d’amour à ses yeux. Elle part toute seule à Rome, histoire de se retrouver et de guérir de cette passion noire qui fait si mal. J’ai trouvé l’écriture envoûtante et surtout extrêmement réaliste. Je sentais la douleur, la passion, la tendresse qui existait entre les deux amants. J’ai aussi senti une pulsion de vie de la part de l’amoureuse de le quitter, de mettre un terme à cette relation nuisible et surtout, j’ai été admirative envers ce choix de ne pas aller rejoindre cet homme synonyme de douleur, mais de plutôt partir à la rencontre de soi-même, pour se reconstruire un peu, après un amour si grand, si ravageur et toujours si beau et prometteur.
UnknownMa deuxième lecture thématique deuil amoureux était Petite armoire à coutellerie de Sabica Senez. Hybride entre le roman, la poésie et le carnet de notes, Petite armoire à coutellerie nous entraîne littéralement en plein cœur d’une peine d’amour. La narratrice note au gré de ses envies ses émotions et ses pensées vis-à-vis l’amour perdu, trahi. Elle aborde ses vieux souvenirs douloureux, les heureux aussi et les autres, où elle a tenté de l’oublier dans les bras d’autres. J’avais réellement envie tout au long de ma lecture de m’arrêter et de noter les phrases tellement elles étaient belles. Je passais mon temps à me dire Je dois noter celle-là, je dois l’écrire dans l’article. Or, comme c’est arrivé au moins une douzaine de fois, je vais seulement en noter une. Et surtout vous inciter à courir le lire. J’ai rarement lu des phrases si coup de point pour décrire la peine de cœur et tout l’arc-en-ciel noir-gris d’émotions qui l’accompagne.

Ce n’était pas tant une envie de mourir qu’une peur d’en mourir. Au bout de mon sang.
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La lecture de Caroline

Pour ma lecture de février, j’ai lu Des Papillons pis de la gravité d’Alexandra Larochelle et je vais être très honnête, je pense que j’ai un peu trop aimé ça. Le roman d’Alexandra, c’est de la « chick-lit » parfaite dans tous les sens du terme, un peu comme ceux d’Amélie Dubois, le genre de livre qui nous met un sourire aux lèvres tout au long de notre lecture. Certes l’écriture de l’auteure m’a paru un peu trop adressée à la version adolescente de moi-même par moment, mais contrairement à Marjorie dans sa critique, j’ai aimé que l’auteure nous invite à boire du vin avec elle et qu’elle nous parle directement tout au long du roman. Peut-être parce que très souvent j’accompagne mes lectures d’un verre de vin, alors j’avais souvent ma coupe à la main au bon moment, prête à l’emploi. Évidemment, je connaissais Alexandra Larochelle de nom, comme beaucoup de lecteurs (trices) de ma génération, mais je n’avais jamais lu ses livres, moi non plus. Bref, une belle petite histoire d’amour bien ficelée de jeune adulte (qui aurait très bien pu se glisser dans la première catégorie du défi), qui découvre le bonheur d’avoir de petits papillons au ventre et qui rappelle l’importance de ne pas trop prendre la vie au sérieux. Frédégonde (pauvre enfant!), le personnage principal du roman, est attachante à souhait dans toute sa maladresse et sa découverte de soi et de l’amour. Ça m’a rappelé de bien bons moments de ma vie et j’ai déjà hâte de lire la suite, car avec une fin comme celle-ci on en veut presque à l’auteure de nous avoir laissés comme ça! À lire un verre de vin à la main et le cœur léger…
Unknown-2Les lectures de Marion

Veiller la braise (Sara Lazzaroni)
J’ai lu ce livre avec de grandes attentes. En effet, les critiques de Marjorie et de Martine d’il y a quelques mois m’avaient déjà donné grandement envie de me plonger dans cette œuvre dont je connaissais déjà l’auteure pour avoir lu son premier roman Patchouli.

Le roman Veiller la braise est beau, parce que l’écriture est imagée, souple, douce, évocatrice et poétique. Et en même temps, ce que le roman raconte est banal, c’est l’amour au quotidien, c’est ce qui se brise puis se répare, ce sont les concessions, les petites choses, la beauté d’aimer l’autre malgré tout le reste. Les mots de l’auteure jouent avec les sentiments et on perçoit la complexité de ceux-ci au travers des épreuves vécues par les deux protagonistes. Et l’amour est palpable dans les mots, les phrases, les virgules, les silences. C’est beau parce que c’est simple et extrêmement vrai.

La narration qui alterne entre les deux personnages est parfois mélangeante, parfois dérangeante. Les indices qui nous permettent de savoir qui parle sont minces (la fille parle à la 2e personne, le gars à la 3e) et j’ai trouvé que cela brisait parfois le fil de l’histoire, puisque nous étions pris à déchiffrer les indices. Mais en même temps, cette belle complexité participe à rendre l’œuvre ce qu’elle est, elle brouille les frontières tout en mettant en évidence la beauté d’un quotidien pas nécessairement ordonné.
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33, chemin de la Baleine (Myriam Beaudoin)
33 chemin de la Baleine est l’histoire d’une vieille femme atteinte d’Alzheimer qui reçoit la visite d’un jeune qui lui remet un paquet de lettres anciennes et qui lui fait la lecture. Les lettres sont en fait celles qu’elle-même a écrites dans le passé à son mari alors que celui-ci avait quitté sa maison pour un moment, qui s’est finalement avéré être long et sans retour, mais la vieille femme ne s’en souvient pas. Le roman se compose donc presque uniquement de lettres récitées les unes après les autres et entrecoupées de conversations et d’intermèdes du moment présent, et de la volonté d’un homme à vouloir rendre les souvenirs à une femme qui a oublié.

Si j’ai été attirée par ce deuxième roman de Myriam Beaudoin, c’est que j’ai plus qu’adoré Hadassa, dont l’intrigue se situait dans les communautés juives de Montréal. Cependant, mes ardeurs ont été quelque peu refroidies face à ce roman qui se veut touchant et sentimental, mais dans lequel j’ai eu beaucoup de difficulté à embarquer. J’ai trouvé les lettres quelque peu longues et redondantes, et les dialogues entre la vieille femme et l’homme peu naturels. Et même si on apprend que la vieille femme n’a plus toute sa tête, ses paroles m’ont semblé enfantines, voire idiotes, surtout quand elle répète les mêmes choses plusieurs fois, qu’elle oublie coup sur coup ce qu’on lui dit ou qu’elle répond d’une façon beaucoup trop naïve. Et même si on reconnaît l’écriture articulée de l’auteure, j’ai trouvé que celle-ci n’arrivait pas à rendre le récit réaliste, ni à me toucher en tant que lectrice. Bref, peut-être ce livre a-t-il un public un peu plus âgé que moi, public qui apprécierait davantage le ton, le rythme et le sujet de cette histoire.
33-ch-Baleine_350La lecture de Karina

Pour le mois de février, je voulais faire changement d’un roman d’amour classique entre une femme et un homme (ou femme avec femme, homme avec homme). Le roman Reine de Françoise De Luca m’intéressait par sa couverture et par sa quatrième couverture : « Ce roman d’amitié est une vibrante déclaration d’amour adressée à une amie de jeunesse, femme haute en couleur, tardivement retrouvée. C’est l’histoire d’une de ces amitiés totales de l’adolescence, qui semblent inconditionnelles, mais qui se trouvent durement éprouvées par le passage à l’âge adulte, l’affirmation des ambitions, des idéaux, des valeurs de chacun. » Retrouver deux femmes qui vivent une amitié forte et passionnée m’interpellait. Je crois que l’amitié est plus forte que l’amour. Sauf que l’histoire entre ces deux jeunes femmes est particulière. L’une est sage et l’autre sauvage. Elles se sont choisies. Pourtant ça n’a pas toujours été facile, elles se sont perdues et retrouvées à plusieurs reprises. Elles ont vécu le grand amour, mais elles ont toujours été là l’une pour l’autre aux moments les plus importants pour elles et c’est, je crois, ce qui est important dans une amitié. Ce n’est pas les absences qui comptent, mais plutôt tous ces moments importants où on est là pour l’autre. C’est ce que font ces filles. La sage, toujours présente à supporter la sauvage, à être dans son ombre. Mais c’est qu’elle a un grand vide à combler. Elle ne l’a pas eu facile. La sauvage a eu une mère alcoolique et suicidaire. Et elle est ainsi devenue orpheline à un très jeune âge. Elles ont vécu toutes les étapes importantes d’une vie. Mort, naissance, mariage, collocation, etc. Toutes les étapes importantes qu’on peut vivre lors d’une relation amoureuse. Outre cette histoire d’amitié, Françoise De Luca a une magnifique plume. Elle a une écriture très poétique et on se laisse bercer par ses mots. Ses mots créent une ambiance, une couleur. Je me suis plu dans cette lecture.
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La lecture de Marjorie

Sérafim et Claire, c’est deux parcours juxtaposés par chapitres, entrecoupés de lettres et de descriptions de photographies. C’est l’histoire de Claire Audette, danseuse ambitieuse en soif de succès, et celle de Sérafim, jeune photographe portugais avant-gardiste qui quittera son village d’origine à la suite d’un échec amoureux.

En entamant Sérafim et Claire, je m’attendais un peu naïvement, quoiqu’un peu normalement, à une histoire d’amour entre les deux protagonistes. Ce roman ne tourne pourtant pas autour d’une histoire d’amour pour ainsi dire, du moins, ce qui se passe entre Sérafim et Claire n’est pas la pierre angulaire de l’œuvre. Je dirais plus que c’est un roman qui s’attarde à l’amour des passions, qui explore les limites et les possibles de ceux qui cherchent à percer, qui veulent vivre de leur art, envers et contre tout. C’est vraiment cet amour qui, à mon avis, transperce les pages de ce roman. Chacun des personnages est allumé par une passion, par quelque chose de plus grand que soi, par une soif de créer, de militer, de dénoncer, qui les poussera parfois trop loin, aux antipodes de la gloire.

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La lecture de Roxanne

Au mois de février, j’ai lu Golden Square Mile de Maxime Catellier et, très franchement, je ne suis pas trop certaine de quoi en penser. Pour un roman d’amour, ça en est tout un! L’amour passionnel, l’amour qui rend fou. Par contre, l’écriture de l’auteur m’a un peu refroidie. Je pense que l’histoire, qui n’avance pas vraiment au cours du roman, aurait été beaucoup plus pertinente sous forme de poèmes. Ce roman aurait été plus agréable à lire s’il avait été un recueil de poésie. Le rythme créé par les rimes et les enchaînements aurait mieux servi cet amour à sens unique. Au contraire, on se retrouve ici dans une marre de phrases interminables qui ne semblent mener nulle part. Je m’avoue déçue de Golden Square Mile, mais j’irai peut-être explorer la poésie de Catellier, puisqu’il en a publié précédemment!

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La lecture de Kim

Le roman d’amour québécois que j’ai lu au mois de février est Hamaguri, le deuxième tome de la pentalogie Le poids des secrets de l’auteure Aki Shimazaki. J’avais lu le premier tome il y a quelques années et j’ai eu envie de retrouver le style d’écriture de l’auteure qui m’avait charmée par sa simplicité et sa poésie.

Hamaguri, c’est l’histoire de Yukio qui fait un pacte d’amour éternel avec son amie Yukiko, juste avant que la vie les sépare, alors qu’ils sont encore des enfants. À l’adolescence, ils se retrouvent sans se reconnaître, éprouvant toujours des sentiments très forts l’un pour l’autre. Ils sont séparés à nouveau et Yukio passe ensuite sa vie à espérer la retrouver, jusqu’au jour où sa mère tente de lui faire comprendre la vérité.

C’est un roman rempli d’amour, de rapports familiaux complexes, de blessures et de non-dits. J’ai été ravie de retrouver la plume épurée de l’auteure ainsi que l’atmosphère enivrante qu’elle réussit à créer.

Je ne vous en dirai pas trop sur ce petit roman ne contenant qu’une centaine de pages. Je vous laisse découvrir cette touchante histoire qui est reprise d’un point de vue distinct et racontée par un narrateur différent dans chacun des tomes.
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La lecture de Marie-Hélène

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Crédit : Sarah-Audrey Crépin

Recueil de nouvelles érotiques sous la direction de Stéphane Dompierre, Travaux manuels. Ce collectif en est un très intéressant puisqu’il regroupe plusieurs artistes autour d’une même thématique : l’érotisme. Au fil des nouvelles, je me suis reconnue dans plusieurs personnages – #lolpaslol – et je me suis également interrogée face à des fantasmes auxquels je n’avais jamais ne serait-ce que conceptualisé. L’histoire de Stéphanie Boulay (du groupe Les sœurs Boulay!), entre autres, m’a particulièrement intriguée. Je vous laisse la découvrir, mais ça parle d’animaux marins pis d’un professeur de plongée. Bref, certaines histoires sont réellement captivantes et contrebalancent bien la redondance et les clichés qui peuvent être présents au sein d’autres textes (deux ou trois, je dirais) dans le livre. J’ai un gros coup de cœur pour celle de Michel-Olivier Gasse, le tout premier récit du recueil. On y voit le développement d’une tension sexuelle amour-haine, et c’est une situation particulièrement émoustillante. De plus, il faut dire que l’auteur ne joue pas dans les tournures de phrases super extravagantes et va directement au but, ce qui peut s’avérer particulièrement efficace dans ce genre de littérature. Je vous conseille de lire ce livre comme l’on déguste un bon spiritueux : avec modération, un chapitre à la fois. Histoire de faire durer le plaisir. Bonnes soirées.

« Au péril de la mer » – et de la mère – de Dominique Fortier

Il y a quelques années déjà, j’avais été envoûtée par le talent de conteuse de l’auteure québécoise Dominique Fortier avec la lecture de son premier roman, Du bon usage des étoiles (Alto, 2008), hautement salué par la critique. Un faux récit historique de navigation, richement documenté, au verbe vif et brillant comme l’étoile Polaire. L’imaginaire éclectique et l’intelligence de l’écriture Fortier m’avaient alors grandement impressionnée et je m’étais promis de suivre ses prochaines publications.


Toujours tourné vers le passé, son dernier-né, Au péril de la mer (Alto, 2015), prend la forme d’un être hybride, partagé entre carnet d’écriture et roman. Présente sur la liste préliminaire du Prix des libraires 2016 – et malheureusement exempte des cinq finalistes provinciaux – cette œuvre apparaît solide et mûre. Je dois l’avouer ici, écrire cette critique m’est pesant tant mon désir de rendre justice au texte de Fortier est grand. Aussi, je lancerai beaucoup de fleurs, à mon sens toutes méritées.


D’abord, et c’est maintenant connu, Fortier démontre un talent particulièrement solide pour parler aux âges anciens et les faire parler en retour. Pour embrayer l’Histoire au présent dans une sorte de bricolage créatif, inusité, savant, oserai-je dire. Ce qui est d’autant plus admirable est que son récit possède non seulement une tête, mais aussi un cœur, une âme palpitante. Le lire est comme entendre la voix de l’auteure résonner à travers les échos de voûtes profondes.

En effet, Au péril de la mer se déploie sur deux temporalités, soit au Mont-Saint-Michel de l’époque médiévale et au présent de l’écriture, témoignant des difficultés de concilier la fiction à la réalité, d’amarrer le temps suspendu de l’écrit à celui, fulgurant, du quotidien. Si le Mont s’élève bel et bien au péril de la mer, l’écrivaine poursuit sa création au péril de la mère, sacrifiant les précieux moments parentaux au profit d’une chimère, mais aussi, et peut-être surtout, pour se retrouver :

« Je l’écris à la sauvette, au hasard de ses siestes et de mes libertés provisoires. J’ai déjà dit que j’écrivais pour me perdre – c’était vrai –, mais ce livre-ci (qui ne sera peut-être jamais un livre), je l’écris aussi pour me retrouver. Pour retrouver celle qui sait écrire derrière celle qui est capable de consoler, de bercer, d’allaiter, de cajoler, de chanter, de rassurer, de nourrir et de soigner. Il est ma chambre à moi. » (p. 149)

Quoi dire des mots de Fortier, sinon que ceux-ci sont simplement sublimes, concis, choisis? Un travail d’orfèvre. L’emploi ponctuel de termes archaïques ajoute au sentiment immersif, recueillant, inspiré par ce séjour dans l’Abbaye. On sent le cierge et la poussière d’encens, l’humidité du vent salin. Si le protagoniste du récit est un peintre endeuillé trouvant refuge au cœur de la bibliothèque du Mont, l’auteure brosse elle-même de véritables tableaux narratifs dans lesquels quelques détails, à la manière des tableaux du Caravage, ressortent en clair-obscur de la pénombre, presque clignotants. Teinté de ses propres souvenirs de ses nombreux séjours au Mont, l’auteure peint, à sa manière, l’ambiance et l’endroit avec une grande sensibilité : « Nous sommes arrivés au Mont par un jour de brouillard. La baie tout entière était enveloppée d’un nuage blanc qui s’est dévoilé d’un coup, comme surgie de l’eau. » (p. 52)

La résonance de certains mots s’inscrit plus profondément, s’ouvre, pivote comme une trappe secrète et révèle autrement le présent dans une écriture opérant à la manière d’un palimpseste. L’image du carnet trouvé sous la pluie par la narratrice métaphorise ce feuilleté de sens, ces couches sédimentaires accumulées au fil des siècles et sur lesquelles les écritures enchevêtrées finissent par générer leur propre récit brouillé d’interférences. Car Fortier ne dévoile pas tout; cultivant une certaine opacité, le texte se présente comme une énigme qu’il nous revient de déchiffrer ou de contempler.

Et finalement, il ne faudrait pas passer à côté de l’humour fin, incongru, qui se dépose en petites touches maîtrisées. Une belle signature de la plume de Fortier est celle de détourner le cours du récit par des bonds de côté bien adroits qui relancent le rythme narratif :

« Mais que ressentait-on à l’intérieur de ces murs en l’an de grâce 1015 ou 1515? Que ressentait-on hors de ces murs? Longtemps, j’ai craint d’être incapable d’écrire un livre qui se déroule à une époque où l’on ne connaissait pas la pomme de terre. Ce n’était pas métaphorique; je ne voulais pas dire un monde où l’Amérique n’existait pas encore, mais vraiment un monde où l’on n’avait jamais goûté à une pomme de terre. » (p. 76)

Digression à la tonalité comique conduisant tout de même à un questionnement assez complexe :

« Le plus difficile, en essayant d’écrire le passé, ce n’est pas de tenter de retrouver la science, la foi ou les légendes perdues, de faire ressurgir les gargouilles et les tailleurs de pierre; c’est d’oublier le monde tel qu’on le connaît […] » (p. 76-77)

Malgré ses risques et périls, je crois que la romancière a réussi très haut la main ce défi redoutable qu’est d’écrire le passé.

Encore une fois, merci, Madame Fortier, de nous partager vos magnifiques histoires.

DOMINIQUE, Fortier. Au péril de la mer. Alto, Québec, 2015, 171 p.

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Manuel de résistance féministe, à mettre entre les mains de toutes les femmes

Au salon du livre de Montréal en novembre dernier, je me suis laissé tenter par beaucoup de livres, et le petit dernier qu’il me restait à lire est le suivant : Manuel de résistance féministe de Marie-Eve Surprenant publié chez les Éditions du remue-ménage.

Honnêtement, j’avais quelques a priori dans le sens où j’avais un peu l’impression que le manuel serait un guide pour les jeunes féministes. Bien que oui, l’ouvrage soit parfait pour les nouvelles féministes, il reste une source non négligeable de références et de faits qui concernent le féminisme. En bref, il s’adresse à toutes les féministes. Et bien honnêtement, à toutes celles qui ne le sont pas aussi, parce que j’aimerais bien voir le visage de lectrices à la suite de cette lecture et qu’elles osent dire qu’elles ne se considèrent pas comme féministes. On dirait que dans ma tête, c’est presque impossible. Le petit livre fuchsia regorge de données chiffrées ou pas qui démontrent la nécessité du féminisme dans notre société québécoise. Bien difficile de renier l’importance du mouvement féministe en refermant le livre. Voilà pourquoi je pense que ce serait un cadeau inestimable que d’offrir ce manuel à toutes les étudiantes qui entrent au cégep. Et pourquoi pas aux étudiants aussi!

Le but du bouquin est de pouvoir survivre en milieu hostile, lire ici, les moments où vous vous faites dire par des hommes ou par des femmes que le féminisme est désuet, qu’il n’est pas nécessaire et j’en passe. Marie-Eve Surprenant veut outiller les féministes à pouvoir riposter à leurs adversaires lors d’une discussion qui concerne les femmes.

Dans une première partie, Surprenant offre un vrai cours de Féminisme 101 et c’est tant mieux. Il ne faut pas oublier que les jeunes étudiantes, je m’inclus là-dedans, n’entendent pas parler de féminisme souvent avant de commencer des études supérieures. Ce fût mon cas et je me souviens avoir lu Comprendre le féminisme de Marie-Hélène Bourcier avec passion et attention pour bien comprendre les notions de base de ce mouvement. Le premier chapitre est donc tout indiqué pour apprendre aux lectrices qu’il existe DES féminismes. Elle offre aussi un bon survol sur l’histoire du féminisme au Québec, sur les mouvements et aussi sur les féministes d’avant-garde. Super pertinent. Et bien heureusement, il y a une section définition où des termes tels que patriarcat, misogynie, sexisme et socialisation sont expliqués.

Or, le but réel et la substance de l’essai se trouvent dans la deuxième partie. L’auteure répond aux mythes populaires au sujet du féminisme, et ce, toujours avec des faits véridiques et vérifiables. Que ce soit au sujet de la violence, du suicide, de la discrimination, de la politique, et j’en passe plus qu’une dizaine, Marie-Eve Surprenant offre à ses lectrices de multiples sources de réponses. Par exemple, lorsqu’elle traite de Femmes et pouvoir elle donne des faits pour répondre à des déclarations telles que : « Depuis que les femmes ont accès à la politique et aux sphères de pouvoir, leur représentation progresse de façon constante… »

Au final, Manuel de résistance féministe devrait être lu par toutes les féministes pour se sentir plus aiguillées, mieux renseignées et plus confiantes quant à des attaques. Personnellement, à plusieurs reprises dans ma vie, j’ai eu des conversations où je devais fournir des faits et démontrer que le féminisme est encore nécessaire et actuel et il n’est pas toujours facile de faire face à ces interlocuteurs souvent convaincus d’avoir raison. Or, cette lecture m’a donné encore plus confiance en mes convictions et surtout, donné des outils pour répondre aux objections. Bref, il y a bien des choses que j’ai apprises dans ce manuel de résistance, surtout que le féminisme est d’autant plus nécessaire qu’actuel.

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