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Les héroïnes littéraires qui nous inspirent

Quand je lis un livre, j’aime être transportée dans un univers qui me fascine. Un univers qui refuse de me laisser décrocher tant que je n’ai pas terminé la dernière ligne de la page finale. C’est uniquement possible si l’auteur a créé un personnage tout à fait attachant, mais plein de surprises. Un personnage qui te donne le goût de te lever et de faire une différence dans ta vie et auprès des autres qui t’entourent. Sans plus tarder, voici quelques-unes des héroïnes qui nous inspirent le plus :

Hermione Granger
Comment aurait été notre enfance sans le charme de Mlle Granger? On doit avouer qu’à ses débuts, Hermione nous fatiguait un peu avec sa manie de tout connaître et son attitude d’être mieux que les autres. Par contre, au fil des romans, on a appris à aimer Hermione et même à vouloir être comme elle. On peut dire qu’avec cette jeune sorcière brillante, on a compris qu’être studieuse et travaillante n’est pas un défaut, mais une habileté dont on doit être fière. Puis, son désir de toujours vouloir être là pour ses amis, Harry et Ron, dans les beaux et mauvais temps, nous fait saisir la vraie définition de l’amitié.

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Slate Magazine

Violet Baudelaire
Si vous avez lu Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire écrit par Daniel Handler, plus connu sous le nom de Lemony Snicket, vous connaissez ce personnage. Elle est l’ainée de trois enfants et elle a grandi dans une famille assez aisée. Son caractère responsable et protecteur va prendre le dessus quand ses parents vont mourir subitement. Violet est très intelligente, mais plus précisément, elle a de très bonnes compétences d’inventrice, car elle est bonne avec tout ce qui est mécanique. Elle nous montre qu’une fille peut faire tout ce qu’elle veut, même quelque chose qui est destiné à un homme, vu l’époque.

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Wikimedia

Nancy Drew
Si vous aimiez les livres de mystère en étant jeune, alors ce personnage ne vous est pas du tout inconnu. Il s’agit de Nancy Drew, mais dans les versions françaises, elle se nomme Alice Roy. Cette série est écrite par un ensemble d’auteurs anonymes portant le nom de Carolyn Keene. Donc, cette jeune détective aide les gens dans le besoin soit en retrouvant des objets perdus ou en prouvant leur innocence. Cette série a été écrite dans les années 30 alors Nancy Drew est une jeune fille polie et vertueuse. Cependant, les mouvements féministes prennent l’essor, donc le statut de la femme commence à être remis en question. Les femmes veulent plus de liberté et de droits. Les auteurs de la série s’inspirent de cela. Nancy est « réécrite » pour incarner la modernité et le besoin de liberté de plusieurs femmes. Cette détective a des habiletés d’athlètes incroyables et du cran.

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The Movie Scene

Jane Eyre
Ce personnage de Charlotte Brontë est l’un des premiers personnages féminins qui présentent une grande complexité. Elle est orpheline, mais elle vit avec sa tante et ses cousins qui la voient comme étant inférieure à eux. Elle est très malheureuse. Après un incident, elle est envoyée dans un pensionnat où elle passe un grand nombre d’années et, par la suite, elle accepte un travail chez une nouvelle famille, les Rochester. Jane Eyre est tout à fait inspirante puisqu’à une époque où les femmes ne peuvent s’exprimer, elle a le courage de dénoncer le sexisme et le système des classes de son temps.

The Herald Sun

The Herald Sun

Célie Johnson
Célie est le personnage principal du roman La Couleur pourpre écrit par Alice Walker. Cette héroïne a été oppressée par des hommes toute sa vie, commençant quand elle fut enlevée par un homme dès l’âge de 14 ans. Après plusieurs temps de souffrance, Célie entre dans une immense colère, ce qui lui permet de trouver sa voix et de se défaire de l’emprise de son mari. Elle va vivre une vie qui lui plait et trouvera son indépendance.

THE COLOR PURPLE, Whoopi Goldberg, 1985, (c) Warner Brothers/courtesy Everett Collection

The Friday Magazine

Eowyn
Elle n’est pas le personnage typique de mademoiselle en détresse qui habite les romans fantastiques. Eowyn est belle, mais indépendante et forte. Puis, on doit dire que ses habiletés à se battre avec une épée nous impressionnent beaucoup. Dans la série Le Seigneur des anneaux, elle prouve qu’elle n’a besoin de personne, car elle est courageuse et toujours prêtre à défendre son royaume. D’ailleurs, elle aide souvent les autres.

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The Appellation Mountain

Jo March
Cette héroïne issue du roman Les Quatre Filles du docteur March n’a pas la langue dans sa poche et elle a un tempérament plutôt coléreux. Jo March n’est pas la fille typique de l’époque, car elle n’a pas peur de brûler ses robes ni de lancer quelques jurons. Le plus inspirant pour une fille de l’époque c’est qu’elle a un fort caractère. Elle se coupe les cheveux et elle veut combattre dans la guerre civile. Également, Jo ne croit pas à l’institution du mariage, mais elle n’a rien contre l’idée de l’amour. On peut dire que cette héroïne est une féministe avant son heure.

Wikimedia

Wikimedia

Cette liste aurait pu continuer sans fin puisqu’on sait qu’à chaque roman qu’on lit, on rencontre des personnages qui nous donnent vie. Ils nous donnent envie de faire une différence. On peut se demander : est-ce que ces personnages sont des féministes? Il n’y a aucun doute pour nous qu’elles le sont. Par contre, à leur début, ces héroïnes étaient de jeunes filles qui voulaient simplement être elles-mêmes, et ce, même si elles devaient faire du bruit sur leur passage. Pour cela, ces héroïnes inspirantes resteront gravées dans nos mémoires à jamais.

 

 

À travers la première parution de Dany Laferrière

Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer est la première œuvre de l’écrivain québécois d’origine haïtienne nommé Dany Laferrière. Ce roman date de 1985, mais plus de trente ans plus tard ce roman est toujours actuel chez les lecteurs québécois, et même internationaux, qui l’ont comparé aux auteurs Charles Bukowski et Henry Miller.

« Bouba a certainement besoin de beaucoup de repos s’il arrive à confondre un Nègre avec Janette Bertrand (Moi, Tarzan… Toi, Jane). Ça fait si longtemps qu’on parle de mutation. L’affaire est donc plus avancée qu’on ne le croyait.» (Page 140)

L’écriture rafraichissante de Laferrière nous englobe tout au long du récit, jusqu’au point où sans même s’en apercevoir, le roman est terminé. Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, c’est 163 pages qui se lisent beaucoup trop rapidement; heureusement que l’auteur a une bonne banque d’œuvres littéraires à nous offrir à ce jour pour raviver le réconfort de ses mots.

Il y a plusieurs choses que j’aime du roman, mais plus particulièrement les 28 titres de chapitres non conventionnels et atypiques qui permettent un bref clin d’œil à l’ensemble du chapitre à venir et qui contrastent avec l’utilisation plus classique de chiffres romains pour la numération de ceux-ci. (Chapitre VI : Quand la planète sautera, l’explosion nous surprendra dans une discussion métaphysique sur l’origine du désir; Chapitre XXII : Le pénis nègre et la démoralisation de l’Occident)

« Bouba sort d’une cure de sommeil de soixante-douze heures et il s’informe de la santé de notre planète» (Page. 33)

Mais pourquoi ce titre?

Voir le titre du livre sans avoir lu ce qui se cache derrière la première de couverture peut porter à confusion, non ce n’est pas un guide pratique sur Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer. C’est plutôt l’histoire de Bouba et de ‘’Vieux’’, le narrateur, habitant un petit appartement de la rue Saint-Denis. Bouba aime philosopher couché dans son divan entouré de l’œuvre de Freud et du coran, écoutant la musique de Charlie Parker déchiré la nuit. ‘’Vieux’’ rencontrera plusieurs ‘’Mizs’’ (ses conquêtes, comme il les appelle) comme Miz littérature, Miz Hachette, Miz mystic, entre les pauses de son écriture de roman. C’est l’histoire de la vie commune de bohème entre deux amis. Faudra lire le livre dans son entièreté pour bien comprendre d’où vient le titre étonnant.

Bien que le récit soit simple, les mots reflètent plus qu’une histoire fictionnelle d’un quotidien entre deux amis noirs. L’œuvre de Dany Laferrière est une satire et une dénonciation du racisme. Mais la réflexion est douce et nuancée, loin d’être choquante. Il est également intéressant de comparer sa première parution littéraire avec sa toute dernière, Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo. Le style de Dany Laferrière a certainement évolué au plus grand plaisir du public littéraire québécois, qui ne manque jamais une occasion de dévorer ses livres d’une traite, comme on dit. Laferrière mérite bien sa place à l’Académie française comme premier auteur haïtien et canadien/québécois, depuis 2013.

« 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10, je me lève, évite la douche et me lave vigoureusement le visage dans le lavabo. Le contact avec l’eau froide achève de me réveiller. » (Page 25)

Ce livre est un classique des classiques des œuvres québécoises, il a même été porté au grand écran en 1989 par le réalisateur Jacques W. Benoit. Toutefois, personnellement je trouve que le livre est bien meilleur que le film. C’est un livre qui a sa place dans un sac d’école pour les lectures lors des longues promenades de métro, sur une table de chevet près du lit avant de se coucher, tout comme accompagnant un bon café le matin.

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Autour des livres : Rencontre avec Caroline, collaboratrice chez Le fil rouge


1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?

Enfant, j’adorais que l’on me raconte des histoires au lit et mes meilleurs souvenirs reliés à la lecture sont de loin ceux passés avec Archie et sa bande, comme je l’ai écrit dans un autre article à ce propos. Je me souviens également que j’adorais aller à la bibliothèque et ce, même au primaire pour choisir mon petit livre de la semaine.

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?

Enfant, je n’avais pas un livre préféré, mais je me souviens avoir lu et relu et relu les livres des oursons Berenstain.

Je n’avais pas et n’ai toujours pas de rituel particulier mais j’avoue souvent commencer par la table des suggestions des libraires lors de mes visites en magasin qui teinte bien souvent mes choix de lecture par la suite, alors vous voyez les libraires, vous ne faites pas ça pour rien ;). Je préfère lire dans mon lit ou dans le métro en général, ce sont bien souvent dans ses 2 endroits qu’on peut me voir lire.

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

Je suis du type très spontanée, je n’ai pas de routine d’écriture, j’aime me sentir inspirée directement après la fin d’un livre ou d’un documentaire par exemple, alors je vais souvent prendre des notes durant ma lecture et dès que j’ai fini je plonge dans l’écriture. Plus jeune j’écrivais beaucoup plus, en vieillissant je prends plus le temps de réfléchir avant de coucher mes idées sur papier. J’ai d’ailleurs retrouvé quelques textes mémorables de mon adolescence récemment, du pur bonheur !

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?

Bonne question, du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé écrire des histoires, mais je ne crois pas que ce soit un livre en particulier qui m’a amenée à aimer écrire. Évidemment, j’ai adoré lire le Journal de Bridget Jones et probablement que ça a fait partie de mes inspirations puisque j’ai tenu un petit journal pendant quelques années.  De plus, ma série préférée de tous les temps est Sex and the city, qui tourne autour d’un personnage auteure d’une chronique hebdomadaire alors inconsciemment ça a dû jouer dans ma tête tout ça. Ce sont des références bien « girly » mais ça fait partie de moi !

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ?

Je dirais sans hésitation Tais-toi, arrête de te plaindre, déniaise de Larry Winget, c’est un livre de psycho-pop assez coup de fouet et plutôt surprenant. Il ne ressemble à rien d’autre dans le même genre et j’avoue encore aujourd’hui y jeter un oeil de temps en temps pour me référer à certains points. Il est pleins de notes dans les marges, rempli de surligneur, mais j’aime relire ce que j’avais retenu dans le passé et si je l’applique ou non aujourd’hui, sinon ça me rappelle d’améliorer encore des choses.

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel ?

Encore une fois, je ne sais pas trop quoi répondre à cette question, disons que je ne suis pas du tout le genre Seigneur des anneaux ou Harry Potter, alors oublions les mondes fantastiques, ça c’est certain. J’avoue cependant que j’aurais adoré participer à une fête donné par Gatsby le magnifique.

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner ?

Hum, Le why café est un incontournable pour moi et j’ai toujours l’impression d’en tirer quelque chose de différent. Je suis aussi une grande fan de Stéphane Dompierre, Nelly Arcand & Frederic Begbeider, alors de temps en temps je replonge le nez dans leurs livres.

8. Quel est ton mot de la langue française préféré ?

Présentement, je dirais et ce très spontanément : étincelle.

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ?
L’histoire de Pi – Life of Pi, il s’agit selon moi d’un livre qu’on doit absolument avoir lu dans sa vie, son histoire est tout simplement magnifique.

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre ?

Mon plan c’était d’être heureuse, pas d’être parfaite !

Apprivoiser la science-fiction avec Isaac Asimov

Les gens sont souvent surpris lorsqu’ils apprennent que je lis de la science-fiction. Non seulement ce n’est pas considéré comme une lecture pour les filles, mais en plus je n’ai pas l’allure stéréotypée associée à ce genre littéraire; je ne suis pas une geek cachée derrière mon écran et j’ai toujours détesté les matières scientifiques.

Mais dans mes lectures, je recherche toujours deux choses : mieux comprendre les autres et rêver ou voyager. Alors je ne vais pas bouder un livre qui m’offre ce que je veux, sous prétexte qu’il fasse partie d’un genre moins apprécié.

Or, au début de ma vie d’adulte, en fouillant dans la bibliothèque municipale de mon quartier, je suis tombée sur mon premier roman d’Isaac Asimov, L’homme bicentenaire, et mon histoire d’amour pour l’œuvre phénoménale de ce dieu de la science-fiction a commencé.

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Pourquoi Isaac Asimov m’a accrochée? Tout simplement parce qu’en créant pourtant un monde de toute pièce dans le futur, il réussit toujours à rester crédible et garder un pied dans la vraisemblance. Pas d’extraterrestre. Pas de théorie loufoque. On gravite dans le concret. Et les personnages restent des hommes communs, avec leur gamme d’émotions complexes, leurs dilemmes et leurs regrets.

La science-fiction fait souvent peur. On l’assimile à des histoires invraisemblables d’extraterrestres belliqueux ou encore à des théories scientifiques trop complexes à comprendre pour la moyenne des gens, mais qui passionnent des adolescents boutonneux dans le fond d’un sous-sol. Elle est rarement mise en avant dans les médias et on en parle seulement quand un film hollywoodien sort. Mais c’est justement là un des problèmes : lorsque la science-fiction est adaptée à l’écran, elle s’appauvrit pour rentrer dans les cases strictes quémandées par l’industrie américaine du 7ème art. On finit par garder seulement le minimum de l’histoire : un conflit entre les méchants (les robots ou les êtres venus d’ailleurs) et les humains. Bien souvent, le fil de l’histoire devient si mince qu’il en perd toute plausibilité et ce n’est pas étonnant que le genre soit devenu mal-aimé. Parce que prédire l’avenir en se basant sur des théories scientifiques est complexe et est difficilement transposable dans un film à gros budget d’une heure trente.

Par contre, en littérature, on garde le loisir de mieux expliquer; de prendre le temps de poser les pions et d’expliquer pourquoi on est passé de la réalité qui nous entoure de nos jours au scénario du futur inouï, dépeint par l’auteur. L’art de la science-fiction se trouve là : comment faire adhérer à l’impensable. Il faut savoir rendre confortable son lecteur et lui faire dire « Ah oui, c’est vrai, l’avenir pourrait ressembler à ça. »  Plus facile à dire qu’à faire. Réussir la science-fiction est ardu.

Isaac Asimov est considéré comme un des grands auteurs de ce genre.

Il est difficile de résumer son œuvre en quelques lignes puisqu’il a produit plus de 500 textes (romans, nouvelles, lettres). Il ne cessait jamais d’écrire et pour lui, la science-fiction était une raison d’être; une manière d’expliquer aux lecteurs jusqu’où les hommes pourraient se rendre avec l’avancée technologique et les raisonnements scientifiques de son époque. Et étonnamment, alors que les premières histoires ont pourtant été écrites dans les années 50, elles n’ont pas mal vieilli.

Asimov s’est surtout rendu célèbre grâce aux séries Fondation et Les robots.

Pour ce qui est de la série Fondation, mon gros coup de cœur, elle se déroule 22 000 ans environ dans le futur, soit 13 à 15 millénaires après la perte de la Terre dont les Hommes ont oublié l’emplacement depuis qu’elle est devenue inhabitable. Un Empire Galactique s’est formé et englobe toute la Voie lactée qui regroupe 25 millions de mondes habités. Sa capitale, Trantor, est une planète entièrement recouverte de dômes en métal.

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Un homme, Hari Seldon, prédit au moyen d’une science statistique dont il est le concepteur, la psychohistoire,  la chute de cet empire suivie de 30 000 ans de barbarie qui précéderont la naissance d’un autre Empire. Pour réduire cette période de barbarie à 1 000 ans, il suggère la création d’une Fondation, à l’extrémité de la Galaxie, sur Terminus, dont le rôle sera de rassembler le savoir de toute l’humanité dans une Encyclopédie. Il créé aussi  une Seconde Fondation, qui épaulera secrètement la première, et qui sera située à l’autre bout de la galaxie, à Star’s End, là où finissent les étoiles.

C’est le début d’une chronique palpitante composée de 7 romans de 400 pages et qui raconte la chute de l’empire et la montée d’une nouvelle ère. On dit d’ailleurs que l’histoire a inspiré Georges Lucas pour La guerre des étoiles.

Mais que vous aimiez les histoires dans le futur ou non, Isaac Asimov demeure un homme captivant et je recommande à tous de lire son autobiographie Moi, Asimov dans laquelle il relate son rapport avec l’écriture. Il écrivait tous les jours sans exception et refusait d’adhérer au cliché de l’écrivain torturé qui boit pour oublier son angoisse de la page blanche. Pour Asimov, l’écriture était un travail sérieux à respecter et plus encore, un devoir.  Mais c’était toute sa vie.

« On doit aimer profondément l’action même d’écrire, le grattement du stylo sur la feuille blanche, le martèlement des mots s’étalant progressivement sur un écran d’ordinateur. Qu’importe la méthode pourvu qu’on ait l’ivresse. »

Il avait un rapport très simple avec son travail, ne cherchant pas à devenir le meilleur poète de son époque ou de jouer sans fin avec les mots. Il voulait juste écrire.

« C’est donc délibérément que je cultive un style très simple, voire familier, qui a l’avantage de me venir rapidement et de ne pas me poser trop de problèmes. Certes, les critiques dont le crâne contient davantage d’os que de cervelle l’interprètent comme une absence de style mais je mets au défi de tenter l’expérience quiconque croit facile d’écrire clairement et sans fioriture. »

Et je trouve que ce style naturel et direct permet justement de plonger entièrement dans ses histoires. On le croit car il explique clairement les concepts à la base de son univers et sans tomber dans les excès inutiles d’ornement de la langue. On peut alors fermer les yeux et s’imaginer dans des millénaires, sans être trop dépaysé.

« Vous savez comment Hemingway dirait « Le lendemain matin, le soleil se leva »? me demanda-t-il »… »Eh bien, il dirait : « Le lendemain matin, le soleil se leva ». »

Les bouquins de ma vie

J’ai grandi entourée de livres. J’en avais toujours un dans les mains, je les enchaînais un après l’autre. La lecture me permettait de m’évader, d’apprendre, de découvrir.

C’est encore le cas aujourd’hui, d’ailleurs.

Avec les années, certains m’ont marquée plus que d’autres. Et ces livres-là, je les ai gardés. Maintenant, j’ai une bibliothèque bien garnie qui témoigne bien de ma vie de lectrice assidue depuis 1996.

Chaque tranche d’âge a son bouquin préféré.

5549-gf0-3 ans: Je t’aimerai toujours, Robert Munsch

« Je t’aimerai toujours, la nuit comme le jour, et tant que je vivrai, tu seras mon bébé. »

Ma mère me racontait l’histoire très touchante de Robert Munsch le soir avant que je m’endorme, mais j’ai véritablement compris son sens en vieillissant. Elle raconte les étapes par lesquelles un jeune garçon a dû passer pour devenir un adulte. Sa mère s’est occupé de lui tout au long de son enfance mais, plus le temps avance, plus les rôles s’inversent: c’est l’homme qui finit par prendre soin de sa maman, puisqu’elle aussi a vieilli.

bkneige.jpg3-6 ans: Simon, Gilles Tibo

C’est ma tante qui m’avait offert les livres de la collection Simon, par Gilles Tibo. Ses illustrations étaient magnifiques et ses courts récits éveillaient un peu de magie dans ma tête d’enfant. Simon était un petit garçon rêveur et son imagination l’emportait dans toutes sortes de belles aventures.

J’ai aussi eu un coup de coeur pour la collection Martine. Ma marraine m’offrait un album à chaque anniversaire et fête de Noël. J’ai encore la série complète à la maison (ou presque)! Ses aventures étaient très simples, mais je m’y attachais parce qu’elles touchaient le réalisme du quotidien.

mo_97828955803866-9 ans:  Marie-Maillot, Paul Rousseau

Tout simplement parce que c’est le premier roman-jeunesse que j’ai lu toute seule au complet sans aucune aide (j’étais très fière à l’époque). C’est avec ce livre que j’ai découvert que les mots que je lisais formaient des images dans ma tête. C’est l’histoire d’une petite fille qui invite plein d’animaux à se baigner avec elle dans une barboteuse… au grand désespoir de ses parents.

gr_9782761943727.jpg9-12 ans: Le journal d’Aurélie Laflamme, India Desjardins

ÉVIDEMMENT. J’en avais déjà parlé dans un autre article: Le journal d’Aurélie Laflamme a définitivement marqué ma pré-adolescence. J’avais l’impression d’être la personnage principale tellement je m’identifiais à Aurélie.

J’ai aussi beaucoup aimé Le blogue de Namasté, par Maxime Roussy, dans le même genre que les romans d’India Desjardins. C’était dans ma période où je commençais à écrire dans un (plusieurs) journal intime et j’aimais lire des romans qui adoptaient le concept de raconter son quotidien-adolescence dans un journal-blogue.

7143401312-15 ans: Oscar et la dame rose, Eric-Emmanuel Schmitt

Mon entrée au secondaire a été marquée par ma première lecture obligatoire: Oscar et la dame rose. Depuis que j’ai lu l’histoire touchante du petit Oscar atteint du cancer, la plume de Eric-Emmanuel Schmitt est devenue ma préférée.

DcJUGRrEG2ZJtbIa0zUQ7t-ka4c.jpg15-18 ans: Le petit sauvage, Alexandre Jardin

Racontant l’histoire rocambolesque d’Alexandre Eiffel, un adulte plutôt carriériste qui change du jour au lendemain et souhaite retrouver la vision de la vie qu’il avait à l’âge d’environ dix ans, lorsqu’on l’appelait encore Petit Sauvage, ce roman m’a ouvert les yeux sur l’importance de conserver son coeur d’enfant.

1033255-gf.jpg18-20 ans: La frousse autour du monde, Bruno Blanchet

J’ai toujours été passionnée par les voyages, mais les livres de Bruno Blanchet n’ont fait qu’alimenter mon amour pour les quatre coins du monde. J’ai pu découvrir différentes cultures grâce à son écriture et ses images. Il a juste assez piqué ma curiosité pour me donner envie d’aller voir en vrai ce qu’il décrivait. C’est pas pour rien que je rêve de le rencontrer, ce cher Bruno.

J’ai hâte de voir les livres que l’avenir réserve encore à ma bibliothèque.

Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir : lecture obligatoire (malgré tout)

Dans le cadre des études universitaires, il faut faire beaucoup de recherche. Encore plus aux deuxième et troisième cycles. On a tendance à privilégier des textes écrits récemment : les données sont plus neuves, les constats plus contemporains, les avancées plus technologiques. Pourtant, je me suis donné le défi (le devoir?) de lire le fameux Deuxième Sexe de la non moins fameuse Simone de Beauvoir, écrit en 1949 à la jonction des première et deuxième vagues de féminisme.

Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir. Années 1930. Photo : Denise Bellon.

Verdict? Ce devrait être une lecture obligatoire pour tous les étudiants en sciences humaines et en arts, hommes comme femmes. Rien de moins. Oui, parfois c’est aride, parfois c’est daté. Par exemple, je suppose qu’au Québec, la majorité des jeunes filles ont les conseils de leur mère lorsque viennent les premières menstruations. Je suppose aussi que les jeunes femmes sont encouragées à poursuivre leurs études au-delà de la puberté ou de l’âge adulte. Ce ne sont là que quelques exemples, car autrement, l’essai de Simone de Beauvoir est patent d’actualité.

Simone-de-Beauvoir

Tout ce qui a trait aux relations filiales et familiales, aux relations interpersonnelles, au corps, à l’éducation des filles, à l’amour, aux amitiés, tout ça trouve encore des échos dans notre société et dans ma réalité d’étudiante en littérature des femmes. Ça fait même un peu peur de voir que certaines situations ont si peu évolué, entre 1949 et 2016.

Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir est un incontournable, un obligatoire, un indémodable malgré les presque 70 ans qui nous séparent de sa publication.

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Simone de Beauvoir en 1946, Saint-Germain-des-Prés.

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Chroniques d’une anxieuse : Bonyeu donne-moé une job

J’me suis réveillée, un matin gris-frette d’hiver, avec la toune Bonyeu des Colocs dans tête. Ça allait pas pantoute. J’avais l’impression de perdre le contrôle et, pourtant, c’tait pas si pire que ça dans l’fond, c’tait juste que j’avais peur. Beaucoup. J’arrivais pas à entrevoir ce que l’avenir me réservait. C’tait comme un gros trou noir, le néant, et je perdais pied.

Le grand vertige.

Le sol se dérobait sous moi.

Faut dire qu’une semaine de gris-frette d’hiver, c’tait pas facile, pour personne. Ça rendait fou un peu pis très maussade aussi. J’avais besoin de soleil, de chaleur, de vagues bleues et de palmiers (et une coupe de tequila bang bang tant qu’à y être). À place j’avais de la slush brune collée après les bottes. Je la regardais et je me sentais comme elle. Dégueulasse, inutile et gossante.

La toune des Colocs résonnait dans mes tympans. J’ai commencé à la chanter de toutes mes forces. À tue-tête. Un peu trop fort, comme si c’était mon dernier espoir, mon dernier souffle. Je voulais crier en même temps que Dédé. Pis j’ai commencé à brailler.

BONYEU LAISSE-MOI PAS TOMBER.

S’il te plaît.

Même si j’tais pas croyante, j’avais l’impression qu’il m’avait délaissée pas mal ces temps-ci. Que la vie me niaisait ben comme faut. Dans deux semaines, j’allais me retrouver sans emploi, avec un loyer, d’la bouffe pis toute à payer. Pas d’cash, pas d’fun. Ça allait tellement mal au Québec que toute fermait. Des jobs y’en avait pu. C’est ça qu’on t’enseigne quand t’étudies en littérature pendant trois ans. On te répète à chaque maudite année que ça va être tough, que t’auras pas d’emploi, mais au moins t’as choisi un domaine qui te passionnait. Ben oui.

Après tu te dis que tu vas aller travailler dans une bibliothèque, c’est beau pis y’a des livres dedans, tu trouves un programme qui va te former en tant que bibliothécaire, t’es super contente. En plus, apparemment que 90% des finissants se dénichent un bel emploi à la fin de leurs études. Tu trouves ça nice. Tu te dis enfin. Tu commences ta première session et tu apprends que les coupures gouvernementales font en sorte que le nombre de diplômés dépasse largement le nombre de postes disponibles. Tu te rends compte du mensonge. Tu te dis caliss.

Pis tu te fâches beaucoup contre le système. T’es tannée. T’as comme de la haine qui te gruge le dedans.

Faque j’tais rendue là. À ne plus comprendre les choix que je devais ou non prendre. Pis ça me faisait chier. J’tais terrorisée à l’idée de ne jamais trouver ma place dans le monde. Mes idées partaient dans tous les sens. Et si, et si, et si… Et si à cinquante ans je me rendais compte que j’avais passé trop de temps à vouloir faire plaisir à tout le monde sauf à moi, que ma vie n’était que le pâle reflet de tout ce que je n’avais jamais osé. À c’te point là, j’feelais pas ben.

La semaine d’avant j’avais passé deux entrevues. Personne ne me rappelait, je désespérais et je me demandais ce qui clochait chez moi. Maudite looser. Ça se répétait en boucle. Je me réveillais à chaque matin avec le goût d’brailler. L’inconnu c’était la pire des tortures. Ça te r’vire les tripes, ça te coupe le souffle et ça t’embrume les pensées.

J’avais appliqué à quarante millions de demandes d’emploi trouvées sur le net et ça ne donnait rien. Rien du tout. Encore le néant. J’affrontais les tempêtes de neige, de verglas, de pluie pis de bouette pour aller montrer ma face à des employeurs. Paraît que quand on leur montre notre face ils sont plus susceptibles de nous rappeler. Mais ils me répondaient tous qu’ils n’engageaient pas pour le moment. Ou ils m’assuraient qu’ils allaient me lâcher un coup de fil au courant de la semaine. Un coup de fil qui n’arrivait jamais. Je leur en voulais. Même si je savais pertinemment que ce n’était pas eux le problème.

Je m’entêtais à ne pas aller porter mon CV dans une boutique de linge parce que j’en avais plein mon casque. J’tais tannée de détenir un bac, d’avoir entamé une maîtrise et d’être payée une piasse de plus que le salaire minimum. Et ça m’écœurait de savoir que je n’étais pas la seule à jouer à cherche et trouve pas d’job. On était une méchante gang.

Pis une méchante gang de gens compétents à part de ça qui servaient encore des burgers chez A&W.

J’tais rendue à checker les DEP en coiffure ou en massothérapie. Me semble que ça serait pas pire de masser des gens dans un spa avec d’la p’tite musique zen pis le son des chutes d’eau et la senteur de l’huile à la lavande.

J’avais même commencé à faire du jogging pour être plus en forme. Pour ma tête aussi. Pour me défouler. Purger mes idées noires en courant le plus vite possible dans les rues à -20°C. C’tait mieux ça que de fixer le vide en boule sur le sol frette de mon appart. J’avais toujours des illuminations quand je joggais comme si la vie devenait un peu plus simple, un peu plus claire. Moins opaque.

Moins triste.

Un moment donné je courais dans la slush brune, du beat dans les oreilles, les yeux fixant le devant. Je me suis dit que je devais au moins essayer. Encore un peu plus. Continuer de rêver. Faire des choix pour moi et pour personne d’autre. Ne pas lâcher, même si c’tait tough. Ça garantit pas le succès, mais ça vaut une grosse dose de respect.

Transformer le trou noir en quelques étincelles d’espoir.

Persévérer pis y croire fort aussi.

Jamais arrêter d’y croire fort.

Imre Kertész, l’être sans destin

C’était il y a quelques années déjà. C’était à l’époque où j’étudiais la littérature à l’Université de Sherbrooke. C’était dans un cours qu’offrait Patrick Nicol. C’était un cours sur la littérature du monde. C’était la première fois que j’entendais parler d’Imre Kertész.

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Imre Kertész est né le 9 novembre 1929 à Budapest, dans une famille juive. 1944 il fut déporté au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau. Il fut libéré à Buchenwald en 1945. […] Après deux ans passés sous les drapeaux, il mène depuis une vie d’écrivain indépendant et de traducteur d’auteurs de langue allemande tel que Nietzsche, Hofmannsthal, Schnitzler, Freud, Roth, Wittgenstein et Canetti qui tous ont eu une influence sur sa création littéraire.

Encore trop habituée à la littérature dite classique, je dois avouer que j’ai ressenti un certain malaise au début du cours, tous les romans au programme étaient plutôt de la vague actuelle. Mon malaise s’est rapidement transformé en curiosité et finalement en fascination pour ce type de littérature. Au programme, il y avait Foe de J.M. Coetzee, La lenteur de Milan Kundera, Maîtres anciens de Thomas Bernhard, Tous les noms de José Saramago et Liquidation d’Imre Kertész. Je pourrais aussi ajouter que ces romans continuent, sans contredit, à m’habiter aujourd’hui. Plus que de simples lectures, je suis allée cueillir, dans chacun d’eux, une philosophie que j’ai faite mienne sur le monde dans lequel j’habite. C’est peut-être le propre de la littérature, de nous parler du monde et de nous, et bien certains romans, certains ouvrages semblent plus marquants que d’autres.

C’est à l’intérieur de ce cours que je suis tombée complètement amoureuse d’Imre Kertész. Liquidation m’a saisie, chavirée, coupée en deux. Dès le moment où j’ai traversé ce court roman de Kertész, je n’avais désormais d’yeux que pour lui. Les autres auteurs m’importaient peu. Même qu’au moment d’écrire le travail final, qui devait mettre en relation plus d’un roman étudié au cours de la session, j’ai voulu donner toute la place à Liquidation. Il faut savoir que je me laisse porter, parfois, un peu fortement par mes émotions!

Nous sommes à Budapest, en 1999. L’écrivain B., qui s’était suicidé peu après les bouleversements de 1989, ne cesse de hanter l’esprit de ses amis. Surtout celui de Keserü, éditeur qui cherche désespérément à publier les œuvres posthumes de l’auteur admiré sans jamais y parvenir, tant l’économie de marché a pris le dessus. En dernier recours, Keserü essaie de mettre la main sur le roman que, selon sa conviction, B. a dû écrire sur ses origines, sur l’origine de son mal-être. Car B. est né à Auschwitz, en 1944, dans ces circonstances absurdes, et sans jamais connaître sa mère. Ce texte-là saura-t-il enfin garantir l’immortalité de l’ami? Commence alors l’enquête de Keserü auprès des femmes qui ont le mieux connu l’énigmatique B.

Avant Kertész, déjà, depuis plusieurs années, j’étais captivée par l’univers concentrationnaire, par celui de la Deuxième Guerre mondiale. Je parle de fascination, de curiosité, mais je dirais plutôt que c’est un besoin d’explication, comme doivent le ressentir plusieurs de mes contemporains. J’ai besoin de revenir sur ce pan de mon histoire, de notre histoire, pour comprendre qui je suis ici, aujourd’hui. Je n’étais peut-être pas présente, mais il reste que les événements ont coloré et transformé l’histoire, donc la mienne, celle de la société et celle de l’humain. C’est arrivé, on ne peut pas omettre ce point.

Pour en revenir au centre de mon attention, Imre Kertész, c’est dans le ou les quelques cours accordés à l’auteur hongrois, que Nicol nous a présenté Être sans destin, le film « Être sans destin (Sorstalanság) (Fateless) est un film britannique, allemand, hongrois réalisé par Lajos Koltai sorti en 2006. » Le film nous était présenté en langue originale hongroise, sous-titré en anglais. Il faut dire que je ne parle pas très bien l’une ou l’autre de ces langues malheureusement et donc je ne comprenais pas grand-chose à ce qui se disait dans le film. Mais pour tout dire, je n’avais pas besoin de mots. Nicol voulait nous faire voir et comprendre la différence entre un film où l’on cherche exprès à créer une émotion triste soit par le rendu ou par la musique placée au bon moment. Il comparait Être sans destin avec La liste de Schindler (que je n’ai encore jamais vu!). Mais j’ai tout de même saisi l’idée qu’il abordait. Dans Être sans destin, bien que ce soit un film tiré d’une fiction, elle, inspirée d’une histoire vraie, on a davantage l’impression de vivre l’histoire avec les personnages, il n’y a pas de flaflas inutiles et d’éléments kitsch. C’est bien ce que j’avais saisi de Liquidation au moment de ma lecture, et ce que j’ai lu récemment dans Être sans destin, le roman.

De son arrestation, à Budapest, à la libération du camp, un adolescent a vécu le cauchemar d’un temps arrêté et répétitif, victime tant de l’horreur concentrationnaire que de l’instinct de survie qui lui fit composer avec l’inacceptable.

En 1975, Kertész publia son premier roman Sorstalanság (Être sans destin, 1997), tiré de ses expériences d’Auschwitz et de Buchenwald. Il a lui-même déclaré : « Quand je pense à un nouveau roman, je pense toujours à Auschwitz. » Ce qui ne signifie pas que Sorstalanság soit purement autobiographique : Kertész explique lui-même qu’il a choisi la forme autobiographique mais qu’il n’a pas écrit un roman autobiographique. Après avoir d’abord essuyé un refus, Sorstalanság parut finalement en 1975, accueilli par un silence compact.

Quand je me suis décidé en 1960 à me pencher sur ma propre histoire, je ne voulais pas faire une autobiographie. Je n’y crois pas : à partir du moment où l’on décide d’écrire, on est dans la fiction. Pendant ces treize années de maturation, je me suis donc fabriqué ma propre philosophie.

L’originalité de Kertész est de ne vouloir ni comprendre, ni expliquer, ni témoigner. Il veut rendre incarnée l’odeur affreuse de corps que l’on brûle, la vie et les rites dans les camps. Nous dire « cela fut », et non théoriser sur le mal. Pour descendre ainsi dans l’horreur du quotidien, des gibets, des barbelés, il lui aura fallu devenir son double astral, se dématérialiser de lui-même, s’en éloigner pour en parler comme d’une planète provisoire. Sa mémoire lui faisait revivre à tâtons chaque encoignure de la douleur. Qu’aurions-nous pu faire? […] Il s’agissait de faire des pas, rien que des pas. La mort n’est qu’un pas, puis un autre jusqu’au dernier. Par ces exemples de la prose de Kertész l’on comprend que son écriture ne s’évade pas, elle refuse toute poésie ou image, elle est enfermée attendant que son tour arrive, pas à pas. Ses phrases sont laconiques, constat de l’horreur en marche mais aussi des massifs de fleurs dans les camps, du soleil éblouissant qui l’accueille à Auschwitz. Il ne parle pas de l’enfer qu’il ne peut comprendre, simplement de l’ordinaire des jours dans un camp de la mort. Auschwitz a eu lieu, nous ne serons plus jamais les mêmes ni la culture, ni l’art.

Le grand thème de sa vie fut le totalitarisme et ce qu’il montre de l’homme : sa capacité d’adaptation sans bornes. Cela ne l’a jamais intéressé d’écrire un bon roman ou de raconter une bonne histoire. Il dit qu’il y a déjà bien assez d’histoires. Cela n’est donc pas important. S’il est à peu près fier de quelque chose, c’est d’avoir pu seulement décrire « l’homme fonctionnel ». « Je n’ai jamais voulu devenir un grand écrivain, j’ai simplement voulu comprendre pourquoi les hommes sont comme ça. »

Ma déportation est clairement une richesse. C’est à cause d’elle que je suis devenu écrivain. Que j’ai ouvert les yeux : ce que j’ai vécu a fait éclater la conception que j’avais de la civilisation européenne. À Auschwitz et à Buchenwald, j’ai vu tout ce qu’un être humain peut voir : ce qu’est la vie dans ses détails les plus prosaïques, comment on apprend à savourer le moindre rayon de soleil entre les moments de souffrance. D’abord, je n’ai pas su de quoi j’étais revenu.

Entre mes lectures de Liquidation et d’Être sans destin, j’ai lu Sauvegarde du même auteur.

La maladie ayant restreint la maîtrise de sa main, Imre Kertész a pu tenir ce journal grâce à un ordinateur. Voilà la raison pour laquelle son titre fait allusion au traitement de texte. Couvrant les années 2001 à 2003, ces pages reviennent sur un moment crucial, un des plus grands bouleversements de la vie d’Imre Kertész : le prix Nobel de littérature en 2002. Il y aborde aussi la genèse de son roman Liquidation, le travail littéraire quotidien, l’importance de la musique dans son existence, sa difficulté à concilier vie conjugale et vie d’écrivain, sa maladie de Parkinson, son rapport à la Hongrie nouvelle et à Israël, ainsi que son départ pour Berlin.

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Quelques citations tirées du roman Être sans destin :
Une fois, à la maison, j’avais pris au hasard sur l’étagère un livre qui, je m’en souviens, était un peu caché, que personne n’avait ouvert depuis des lustres et qui prenait la poussière. Je ne l’avais pas lu jusqu’au bout parce que j’étais incapable de suivre le fil de ses idées, et puis aussi parce que les personnages avaient des noms terriblement longs et impossibles à retenir, la plupart du temps trois, et finalement parce que ça ne m’intéressait pas le moins du monde, puis, à vrai dire, la vie des prisonniers me répugnait quelque peu : de cette façon, je suis resté ignorant en cas de besoin. Tout ce que j’ai retenu, c’est que le prisonnier, l’auteur du livre, affirmait mieux se souvenir des premiers jours de sa captivité que les suivants, c’est-à-dire de ceux qui étaient finalement plus proches du moment où il écrivait. Sur le coup, j’avais trouvé cela assez douteux, je le prenais plutôt pour des craques. Mais en définitive, je crois qu’il avait quand même dit vrai : moi aussi, c’est le premier jour que je me rappelle le plus précisément, en effet quand j’y pense, plus précisément que les jours suivants.

Cependant, disait-on, ils sont très gentils avec eux, ils les entourent de soins et d’affection, les enfants chantent et jouent au ballon et l’endroit où on les asphyxie est très beau, il se trouve au milieu d’une très belle pelouse, d’un bosquet et de plates-bandes : voilà pourquoi cela éveillait en moi une impression de plaisanterie, d’une espèce de blague de potache.

Mais notre principal souci était fondamentalement le même qu’à la douane, dans le train ou à la briqueterie : la longueur des jours.

C’est ainsi que j’ai compris que, même à Auschwitz, on pouvait s’ennuyer – à condition d’être un privilégié. Nous attendions – à bien y réfléchir, nous attendions que rien ne se passe. Cet ennui, avec cette étrange attente : je crois que c’est cette impression-là, à peu près, oui, qui en réalité caractérise vraiment Auschwitz – à mes yeux, en tout cas.

Et j’avais beau voir, par exemple, leur visage, leurs yeux ou la couleur de leurs cheveux, l’un ou l’autre trait particulier voire défaut, un bouton sur leur peau, j’étais totalement incapable de m’accrocher à quelque chose, j’étais à deux doigts de douter, effectivement, si ceux qui marchaient à côté de nous étaient en dépit de tous nos semblables, si, en définitive, ils étaient faits de la même substance humaine que nous, au fond. Mais il me vint à l’esprit que ma façon de voir pouvait être erronée, puisque c’est moi qui n’étais pas de la même substance, naturellement.

Je l’avais déjà entendu dire, et je pouvais désormais en témoigner : en vérité, les murs étroits des prisons ne peuvent pas tracer de limite aux ailes de notre imagination.

[…] j’ai senti que quelque chose s’était irrémédiablement brisé en moi, désormais, je croyais chaque matin que c’était le dernier où je me levais, à chaque pas, que je ne pourrais plus en faire encore un, à chaque mouvement, que je ne pourrais plus effectuer le suivant; et pourtant, en attendant, je les ai effectués encore tant de fois.

Cependant, pour ma part, il n’y avait aucun doute à ce sujet, j’étais en vie et en moi brûlait encore, vacillante, certes, comme en veilleuse, quelque chose, la flamme de la vie, comme on dit – c’est-à-dire qu’il y avait là mon corps, je savais tout à son propos avec précision, sauf que moi-même, je n’étais plus dedans, en quelque sorte.

En tout cas, je devais bien l’admettre, j’étais là, et ce fait, indéniablement, se renouvelait à chaque instant, encore et toujours, il se prolongeait et durait.

KERTÉSZ, Imre, Être sans destin, Actes sud, 10/18 Domaine étranger, 1998, 366 pages.

Liens :
-www.actes-sud.fr
-www.espritsnomades.com
-www.nobelprize.org
-www.egaliteetreconciliation.fr
-www.psychologies.com (photo)
-Wikipédia

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Madame Victoria : écrire l’effacement

Tout ce que je savais en ouvrant le roman Madame Victoria de Catherine Leroux, c’est qu’il était inspiré d’un fait divers : à l’été 2001, le cadavre d’une femme est retrouvé dans le stationnement de l’hôpital Royal-Victoria. Après de multiples enquêtes et recherches, son identité n’est toujours pas connue à ce jour, ni les circonstances de son décès. Que des hypothèses. On décide donc de la surnommer « Madame Victoria », en référence à l’hôpital d’où, selon certain.e.s expert.e.s, elle se serait enfuie.

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Crédit: Éditions Alto

Le roman débute alors qu’un infirmier retrouve le corps. Or, la suite est d’un tout autre ordre : Leroux s’est affairée à imaginer qui a pu être cette Victoria. Il s’agit d’une série de douze portraits, d’une galerie de personnages qui cherchent à coller une identité à cette femme. On croise une itinérante, une esclave d’une époque révolue, une femme devenue invisible à la suite d’expériences scientifiques, une femme allergique à la chaleur humaine. Toutes héroïnes des petits récits de l’auteure, elles proposent de multiples points de vue, à travers des époques qui varient, des conditions sociales différentes. La lectrice a l’impression de lire de courtes nouvelles, des récits qui passent du conte à la science-fiction, du drame à l’humour, mais tous aussi bien écrits les uns que les autres. Le seul trait commun de tous ces portraits : la Victoria dont on lit l’histoire terminera ses jours dans la forêt de l’hôpital Royal-Victoria. Comment s’y rendra-t-elle? Chacune des histoires, par la plume parfaitement maîtrisée de Leroux, nous le dira, d’une manière ou d’une autre.

 

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Crédit: Éditions Alto

Ce qui m’a frappée, après avoir terminé le bouquin : comment une femme peut-elle mourir sans que personne s’en inquiète? Comment a-t-on pu la laisser enterrée dans ce stationnement pendant deux ans? Cette histoire m’a rappelé toutes les femmes invisibles, celles qu’on ne compte que par un décompte, celles qui meurent, mais dont il ne reste qu’un chiffre, celui des femmes assassinées ou disparues… Par la mécanique inverse, c’est-à-dire que cette fois, on retrouve le corps, mais on ne connaît pas l’identité de cette femme, l’auteure met en lumière tous les enjeux qui entourent la condition sociale féminine, la tragédie derrière toutes ces disparitions. C’est l’histoire de l’effacement des femmes, que Catherine Leroux, ironiquement, écrit; elle donne de la visibilité à une femme invisible. Elle a voulu, à travers tous ces visages, ces incarnations d’une Victoria invisible, donner une identité à cette femme anonyme.

C’est d’ailleurs ce qu’elle explique :

« […] au-delà de la mort anonyme comme telle, il lui importait d’aborder la condition féminine sous l’angle de l’effacement. C’est-à-dire « la façon dont nos sociétés parviennent à effacer les femmes, à travers la violence, l’indifférence, à travers certaines inégalités et injustices qui continuent à exister aujourd’hui« . »

Pour moi, Leroux a réussi. Elle sort le fait divers de sa catégorie : s’il reste une excellente source d’inspiration pour écrire le mystère, j’ai trouvé, dans Madame Victoria, une sensibilité qui cherche à livrer un message beaucoup plus profond. Son « enquête littéraire » redonne une vie à Victoria, sans montrer ce qui s’est réellement passé, mais en l’imaginant. C’est d’ailleurs ce qu’un des personnages reproche aux « gens qui lisent » :

« Je ne me ferais pas d’illusions, à ta place. C’est un liseur, ton maître. Les gens qui lisent ont de drôles d’idées, mais ils ne font pas grand chose. » (p. 119)

Ce passage m’a fait rire! Parce que Catherine Leroux, elle, fait beaucoup, à mon avis. Sans simplement relater les faits, elle arrive à aborder un sujet délicat, mais ô combien important à travers l’imagination, ce qui permet à la lectrice de s’adonner à une lecture à la fois plaisante et réfléchie.

*Pour en savoir plus sur Madame Victoria, visionnez le reportage de l’émission Enquête.

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Autour des livres : Rencontre avec Mikella Nicol

En 2014, Le fil rouge a été sous le choc avec la publication du premier roman de Mikella Nicol, Les filles bleues de l’été. Dans une langue simple, poétique et un imaginaire fortement inspiré de notre génération, Les filles bleues de l’été est devenu un coup de coeur indéniable pour l’équipe.

L’auteure a donc eu la gentillesse d’accepter de participer à notre questionnaire Autour des livres pour en apprendre davantage sur sa façon de créer et sur son rapport aux livres. Rencontre avec une jeune auteure inspirante.

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Crédit : Yann Jobin

Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture ?

Je me souviens surtout qu’à l’école primaire, je lisais sur mes genoux, le livre caché sous mon pupitre. J’ai commencé à vraiment « aimer l’école » très, très tardivement dans ma vie (je fais présentement une maîtrise en études littéraires), et donc je m’ennuyais. J’en avais parlé à ma mère, qui m’avait dit que dans ce cas, je devais faire mon propre enseignement. En lisant en cachette, par exemple.

Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?
À part ce dont je viens de parler, je ne me souviens pas, pour l’enfance. Maintenant, je suis victime du grand paradoxe du fait d’étudier en littérature depuis le bac : peu de temps pour lire, et si oui, pas souvent des livres que je choisis. J’ai toujours essayé d’en avoir un en cours en tout temps, qui serait purement pour mon plaisir. Celui-là, je le lis dans le métro, dans le bain, ou dans mes pauses, à la job.

As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire ? Le moment le plus propice à l’écriture, c’est pendant le café du matin. La plupart du temps, pour écrire, je dois être relativement de bonne humeur et enthousiaste. Même quand j’écris des choses tristes, il faut que ce soit dans un état d’esprit qui me laisse penser que c’est possible et réalisable, comme projet. Le matin, avant d’être assaillie par quarante-cinq autres obligations, c’est encore le cas. Sinon, une émotion un peu plus violente que d’habitude est aussi efficace. Là, c’est quand ça monte, n’importe quand dans la journée.

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?
Tous les bons livres que je lis ! De mon premier coup de cœur (Catcher in the Rye de Salinger) à ce que je lis en ce moment (La mort d’un père, Karl Ove Knausgard).

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ? Peut-être la poésie d’Anne Sexton. Elle est assez méconnue ici, mais moi je l’adule. Son recueil Love Poems, particulièrement, me tue à chaque fois. Ses poèmes m’ont fait cheminer sur le plan de l’écriture, ils m’ont pointé du doigt quel genre de réalité vécue par les femmes j’avais envie d’aborder dans mes propres textes.

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6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel ? Je voudrais peut-être être une amazone, comme dans Les Guérillères de Monique Wittig. Ce n’est clairement pas de tout repos, par exemple, comme univers.

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner ? Probablement The Bell Jar de Sylvia Plath. C’est un peu déprimant, mais ma fascination pour sa prose est trop forte.
8. Quel est ton mot de la langue française préféré ? Je ne peux pas en nommer juste un… J’éprouve de la satisfaction envers les mots qui ressemblent (ou sonnent comme) ce qu’ils évoquent. « Délester », par exemple, c’est un mot que j’aime parce que j’ai vraiment l’impression que l’on comprend, on visualise l’action juste en le prononçant. Des mots efficaces.

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ? Franny and Zooey, de Salinger (seigneur, quel livre !). Et plus généralement, j’aurais voulu inventer la famille Glass, que Salinger met en scène dans un grand nombre de ses nouvelles. Cette famille-là a une histoire et une dynamique interne, tout en restant tellement mystérieuse. Elle nous échappe. Et l’ensemble ne prend pas des airs de saga familiale avec rebondissements. Bref, j’aurais voulu créer l’univers de cette famille.

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre ?
Peut-être Tu dors Nicol, comme le titre du film (mais orthographié comme mon nom). J’ai un ami malicieux qui m’appelle comme ça. Comme je passe pas mal ma vie entière à essayer de retrouver les objets que je perds, à me perdre parce que je n’ai pas le sens de l’orientation, à tout oublier, à briser les objets dont je fais juste m’approcher… je pense que le surnom me va quand même bien. Mais la biographie ne serait pas terrible.