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Kaléidoscope : la bonne nouvelle que l’on attendait

De nombreux livres sont lus chaque année par nos enfants. Les bibliothèques scolaires ou municipales ainsi que les librairies regorgent de bouquins qui attendent patiemment la venue d’un petit être à éclairer. Or, comment s’assurer que les livres qui tomberont entre les mains de notre progéniture sauront aborder avec respect les valeurs que l’on souhaite ardemment lui transmettre?

Et si les livres qu’ils lisent contenaient trop de clichés, d’idées préconçues, de fausses croyances?

Et si les livres que l’on transmettait à nos jeunes en étaient exempts? Et si on leur faisait voir des sociétés sans sexisme, sans stéréotype, sans ces construits sociaux qui viennent miner les jeunes esprits? Et si la littérature pouvait être ainsi? Si la littérature que l’on transmet pouvait être un vecteur de marque dans la construction d’un monde meilleur?

Voilà que l’équipe du Centre filles du YMCA a mis sur pied une plateforme incroyable qui vise à faire connaitre à tous ces livres qui véhiculent des messages d’équité. Le but? « Favoriser la représentation non stéréotypée des filles et des garçons et participer à la construction d’un monde égalitaire. »

La plateforme, nommée Kaléidoscope, est extrêmement simple à utiliser. Elle contient une série de 200 ouvrages jeunesse sans stéréotype, aucun. Le moteur de recherche intégré permet de rechercher des livres classés par thèmes et par âges ciblés. Des jeunes de 0 à 12 ans pourront donc découvrir des œuvres abordant les thèmes de la diversité sexuelle, de l’égalité des sexes ou de l’affirmation de soi.

Kaléidoscope est une excellente nouvelle pour les milieux littéraires, scolaires et familiaux. Il s’agit d’une véritable mine d’or à découvrir et à partager.

Pour découvrir la plateforme : http://kaleidoscope.quebec/

Naufrage : perdre sa job et le sens de sa vie

J’ai toujours voué un immense respect à la plume de Biz. Les textes de Loco Locass sont riches autant sur le plan politique, littéraire que mythologique. La parution de Naufrage a tout de suite attiré mon attention, j’étais intriguée de voir ce que donnerait son style en roman. Et je vous avertis, le résultat est un véritable coup de poing.

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Crédit photo : Ariane Langlois

Le dernier jour d’un fonctionnaire

Tout commence avec l’annonce de la mutation aux archives du personnage principal. Frédérick Limoges, quadragénaire satisfait, perd son poste dans le domaine des statistiques pour être désormais littéralement payer à ne rien faire. D’abord perçu comme une condamnation à être tabletté, ce changement prend des proportions désastreuses qui se répercutent dans toutes les sphères de sa vie.

Le sous-sol qu’il a désormais en guise de bureau lui apparaît de prime à bord comme la maison qui rend fou des Douze travaux d’Astérix, un infini labyrinthe bureaucratique, puis comme l’univers d’Alice aux pays des merveilles, de par son incongruité. Son nouveau lieu de travail finit même par lui évoquer The Shining, c’est tout dire.

Catapulté dans ce no man’s land pour fonctionnaire, Frédérick se rattache d’abord à sa famille, en emmagasinant chaque instant de bonheur pour compenser la grisaille de la semaine, l’inutilité, la non-reconnaissance des pairs. Et puis, il commence de plus en plus à s’engourdir avec l’alcool…

Nager en pleine perte de sens

Avec sa grande maîtrise de la langue, Biz nous donne à voir une déshumanisation, une perte de dignité totale. Les remords et la culpabilité comme toile de fond, il explore la perte de statut d’un homme qui se transforme en vraie tragédie. Dans ce parcours pénible, ce sont tous les lieux communs de la société québécoise qui sont dépeints : du fameux voyage dans le sud aux justiciers improvisés sur les réseaux sociaux.

En choisissant comme intertexte principal le roman Les Bienveillantes de Jonathan Littell, qui raconte la Deuxième Guerre mondiale du point de vue des nazis, l’auteur nous révèle ce qu’il a en tête : présenter une histoire du côté du « coupable ». Si Frédérick n’a rien d’un SS, il sera pourtant pointé du doigt de tous et ses liens avec le monde extérieur s’effriteront peu à peu. Dans une réalité où plus personne ne désire entendre sa parole, c’est un véritable tête-à-tête que le lecteur a avec lui. Enchaîné à son naufrage.

Lire le mal-être

À mon avis, Naufrage est un livre qui ne peut se lire d’un trait. À plusieurs reprises, j’ai dû arrêter ma lecture, prendre quelques respirations, réfléchir à ce que je venais de lire, me demander si je voulais continuer, pour ensuite me replonger. Le propos est lourd, la lecture ardue, mais le résultat est beau. C’est un roman signifiant et bien écrit que nous livre ici Biz. Un drame personnel sur fond d’austérité.

Déconseillé durant la déprime de février.

Pour comprendre le monde, l’empathie est infiniment plus utile que la culpabilisation.


Biz, Naufrage, Montréal, Leméac, 2016.

Cliquez ici pour voir ce livre directement sur

Autour des livres : Rencontre avec Zviane, bédéiste

1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?

Le premier livre qu’on a lu à l’école, c’était Le chat sale. J’étais vraiment, vraiment fière de savoir enfin lire!!

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?

Enfant, je n’aimais pas vraiment lire. J’essayais de me forcer, parce que ça avait l’air cool, et parce qu’une de mes amies lisait de gros romans de 200 pages et ça m’impressionnait beaucoup. Mais quand je lisais de gros livres, j’avais juste hâte que ça finisse, je regardais toujours la pagination pour voir où j’étais rendue, c’était comme un petit défi. J’aimais surtout les livres de Disney, genre La soupe aux boutons, parce qu’il y avait beaucoup de dessins de bouffe et tout avait l’air super appétissant!…

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

J’écris vraiment beaucoup, et c’est souvent de l’écriture automatique, ça sort comme une diarrhée. J’ai commencé ça ado, en secondaire 4, et je n’ai jamais vraiment arrêté depuis. C’est du journal, des réflexions, des idées d’histoire, des idées de musique, des notes… J’écris plus quand je suis anxieuse, je crois que ça me calme!

AVT_Zviane_43834. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire?

Ce ne sont pas les livres qui m’ont donné envie d’écrire, je crois, parce que pendant longtemps, je n’aimais pas lire. C’était de voir des gens que je connaissais écrire, et d’aimer leur production, qui m’a donné envie d’écrire.

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi?

C’est une question difficile!… Peut-être L’art invisible de Scott McCloud, c’est une bande dessinée sur la bande dessinée. C’est très didactique et c’est passionnant. J’aime beaucoup écrire de la bande dessinée didactique aujourd’hui, c’est peut-être à cause de cette lecture. Le dessin n’était pas malade, mais le rythme était parfait! On apprenait plein de choses et c’était drôle; puis la passion de l’auteur pour la bande dessinée était vraiment contagieuse. Sinon, il y a peut-être aussi Les frères Karamazov, un des très rares romans que j’ai lus deux fois. La première fois, j’ai été aspirée par l’histoire (surtout le procès), la deuxième, par les personnages. Dostoïevski a tellement d’idées, c’est fou!

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel?

Aaaah non, j’aime beaucoup trop le monde réel tel qu’il est en ce moment!

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner?

La vie est trop courte pour relire un livre plus de deux fois! 😉

8. Quel est ton mot de la langue française préféré?

Viande

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit?

Je viens juste de finir la bande dessinée Cigish, ou le maître du Je de Florence Dupré-Latour, j’ai commencé à le lire et je n’ai pas été capable de le poser, il a fallu que je le lise au complet!! (ce n’est pas hyper long parce que c’est une bande dessinée, mais c’est quand même une grosse brique, je me suis couchée à 2 h du matin). Quand je l’ai finie, j’étais pleine d’émotions mêlées : j’ai ADORÉ ce livre, et en même temps, j’étais un peu fâchée, parce qu’elle l’avait écrit avant moi!!! Aaaaaaah combien j’aurais aimé avoir écrit ce livre!….

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre?

Choubidouwa prout-prout

Annie Ernaux, écrire vrai

« Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais » — Annie Ernaux

Je ne me souviens pas du comment ni du pourquoi j’ai découvert Annie Ernaux. Suis-je tombée sur elle par hasard? Suite à un article lu ou à la suggestion d’un lecteur ou d’une lectrice? Tout ce que je sais, c’est qu’elle fait partie de ces auteurs qui nous apparaissent soudainement, et dont on ne peut plus se passer.

Annie Ernaux, c’est l’écriture des lieux et des événements qui sont porteurs d’émotions et de souvenirs. On peut tous se reconnaître à travers ses écrits intimistes, témoignant de moments réels, précis. Accessible, sorte de journal intime ou d’agenda détaillé, elle nous imprègne de ces phrases marquantes autrement à peine perçues, sinon anodines dans notre propre quotidien. Il y a quelque chose d’extraordinaire à savoir aussi bien décrire les situations, une routine, des objets qui témoignent d’un temps, une odeur qui dénote une époque.

Dans tous ces romans, l’auteure ne lésine sur aucun détail ; son avortement, la mort de ses parents, une passion secrète et ses amants, on sait tout et l’on s’y reconnaît. Dans l’écriture d’Annie Ernaux, il n’y a pas de place ni d’espace pour le jugement, les choses sont ce qu’elles sont.

Je trouve sécurisant de savoir que cette auteure existe, de savoir qu’elle en inspire d’autres. Ernaux parle au «je» et pourtant ce qu’elle décrit, c’est le «nous» et la somme de nos expériences.

Photo: Marjorie Belisle

Photo: Marjorie Belisle

Pour aimer Annie Ernaux, mes classiques:

L’événement

Passion simple

Percé, paysage de l’imaginaire

André Breton, écrivain, poète, théoricien, amoureux, féministe, … s’est arrêté à Percé en 1944 et a débuté l’écriture d’Arcane 17.

Voilà plusieurs jours déjà que je survole les courants littéraires et artistiques du dadaïsme et du surréalisme, propulsée de liens en liens par la curiosité et l’envie de revenir sur des passages de l’histoire effleurés pendant les études. Le point initial de cet intérêt soudain, Arcane 17, écrit par André Breton.

Pourquoi Arcane 17 ? Il y a plusieurs mois déjà, lorsque je suis arrivée à Percé, je marchais sur la 132, entre la pharmacie et chez moi, et j’ai aperçu un petit monument sur la pelouse d’une maison jaune, où il était inscrit :

«André Breton (1896-1966) En exil à New York au cours de la deuxième guerre mondiale, le célèbre écrivain français voyage sur les côtes de la Gaspésie à l’été 1944 et séjourne dans cette maison en compagnie d’Élisa. Il trouve en elle et dans la splendeur de Percé, la source d’inspiration de l’une des œuvres majeures de la littérature surréaliste : ARCANE 17. Plaque offerte par l’Ambassade de France au Canada.»

J’ai gardé près de moi ma copie du roman pendant quelque temps avant de me lancer.

De l’auteur, je connaissais déjà Nadja, œuvre magnifique écrit pour Léona Delcourt «Le 4 octobre 1926, il rencontre dans la rue Léona Delcourt, alias Nadja. Ils se fréquentent chaque jour jusqu’au 13 octobre. Elle ordonne à Breton d’écrire «un roman sur moi. Prends garde : tout s’affaiblit, tout disparaît. De nous il faut que quelque chose reste»».

«André Breton, né le 19 février 1896, en Normandie, était un écrivain français, poète et théoricien du surréalisme.

RAY_SteinbgIl est surtout connu comme étant le principal fondateur du mouvement surréaliste. Parmi ses écrits se trouve le Manifeste du surréalisme de 1924 dans lequel il définit le surréalisme comme de l’automatisme psychique pur. Il a été étudiant en médecine et en psychiatrie. Pendant la première guerre mondiale, il a travaillé dans un département neurologique à Nantes. C’est à ce moment qu’il a rencontré le fils spirituel d’Alfred Jarry, Jacques Vache, dont l’attitude anti-sociale et le mépris pour les traditions artistiques établies l’ont considérablement influencé. En 1919, Breton a fondé la revue Littérature avec Louis Aragon et Philippe Soupault. Il a également connu le dadaïste Tristan Tzara. En 1924, il a contribué à la création du Bureau de la recherche surréaliste.

André Breton est mort en 1966, à 70 ans, et a été enterré dans le cimetière des Batignolles à Paris.»

breton-atelier-2Pour se situer, voici quelques mots sur le dadaïsme et sur le surréalisme :

«Le dadaïsme est un mouvement intellectuel et artistique qui apparut à New York et à Zurich (1916), se diffusa en Europe jusqu’en 1923 et exerça, par sa pratique subversive, une influence décisive sur les divers courants d’avant-garde. Dada, mouvement international d’artistes et d’écrivains, est né d’un intense dégoût envers la guerre qui signait à ses yeux la faillite des civilisations, de la culture et de la raison. Terroriste, provocateur, iconoclaste, refusant toute contrainte idéologique, morale ou artistique, il prône la confusion, la démoralisation, le doute absolu et dégage les vertus de la spontanéité, de la bonté, de la joie de vivre. Paradoxalement, son activité de déconstruction et de destruction des langages (verbal et plastique) se traduit par des œuvres durables qui ouvrent certaines voies majeures de l’art contemporain.»

«Le surréalisme est un mouvement culturel qui a débuté dans les années 20 et qui est surtout connu pour les œuvres d’art et les écrits faits par les artistes surréalistes. Les caractéristiques des œuvres surréalistes sont principalement la surprise et la juxtaposition inattendue mais de nombreux artistes et écrivains surréalistes expliquent leur travail comme étant une expression philosophique d’abord et avant tout. André Breton ne pouvait être plus clair en affirmant que le surréalisme était avant tout un mouvement révolutionnaire. Le surréalisme est né des activités Dada de la Première Guerre mondiale dont le noyau était à Paris. À partir des années 20, le mouvement se propagea dans le monde entier, affectant les arts visuels, la littérature, le cinéma, la musique, la langue ainsi que la pensée politique, la philosophie et la théorie sociale.»

J’ai ouvert Arcane 17 sans me douter de ce qui m’attendait. J’étais curieuse, c’est tout, et enthousiaste aussi, à l’idée de découvrir l’œuvre d’un grand poète inspiré, entre autres, de Percé, cette ville qui à mon tour m’inspire tellement. Je voulais lire les impressions laissées par l’endroit sur l’artiste.

Découvrir à travers ses yeux, son âme, sa vision. Et superposer la mienne, peut-être, à la sienne.

«Le 10 décembre 1943, Breton rencontre Élisa Bindorff. Ensemble, ils voyagent jusqu’à la péninsule de la Gaspésie, à l’extrémité sud-est du Québec. Dès son retour à New-York, il publie Arcane 17 né du «désir d’écrire un livre autour de l’Arcane 17 en prenant pour modèle une dame que j’aime.»

by Ida Kar, 2 1/4 inch square film negative, 1960«À la fois essai et récit, Arcane 17 est l’œuvre d’André Breton la plus complexe et la plus riche d’influences littéraires, poétiques, politiques et ésotériques. Le titre fait référence à la 17e lame du tarot où figure l’emblème de l’étoile et aussi à la 17e lettre de l’alphabet hébraïque qui évoque, en tant que signe, la langue dans la bouche. Jouant de l’analogie entre l’arcane et la lettre, Breton met au centre de toute une série de correspondances et d’attractions passionnelles, la femme, symbole de source de vie. Par l’accolement d’un nombre en chiffres à un substantif, le titre surprit par sa modernité inattendue. Cette œuvre, la plus discursive et la plus abstraite, parcourt des domaines divers depuis les mythes anciens jusqu’à l’Histoire présente. Des considérations philosophiques se transforment en envolées poétiques, les descriptions vagabondes de la Gaspésie en déclarations d’amour pour Élisa, des observations d’ordre personnel se mêlent à des aperçus historiques et des réflexions sur les problèmes auxquels l’humanité sera confrontée après la guerre. De l’une des fenêtres de la maison face au Rocher Percé, Breton en fait le cadre de l’écran sur lequel il projette sa propre exégèse passionnée du 17e arcane du tarot : l’Étoile.
Breton propose une nouvelle lecture amoureuse des éléments qui constituent l’imagerie traditionnelle : les étoiles, les plantes, l’étang, le papillon et surtout les ruisseaux qui s’échappent des deux urnes tenues par la jeune femme nue, la Verseuse qu’il renomme Mélusine. S’il reprend la trame du mythe de Mélusine d’après Jean d’Arras : malgré son serment, et sous l’influence des allusions équivoques de son frère, Raymondin pénètre dans la chambre de Mélusine et découvre une créature moitié femme moitié serpent. Elle s’envole par la fenêtre en criant : « Tu m’as perdue pour toujours ! », Breton en fait une créature incarnant à la fois le malheur de la femme qui subit l’aliénation sociale que lui impose le pouvoir mâle et le privilège de pouvoir communiquer avec les forces élémentaires de la nature. Mélusine signifie « merveille » ou « brouillard de la mer ». Pour les Lusignan, on l’appelle « Mère Lusigne » (la mère des Lusignans), fondatrice de leur lignée. Dans le dictionnaire Littré, elle est appelée « Merlusigne », ce qui pourrait faire penser à une connotation aquatique.»

«C’est à l’artiste, en particulier, qu’il appartient ne serait-ce qu’en protestation contre ce scandaleux état de choses, de faire prédominer au maximum tout ce qui ressortit au système féminin du monde par opposition au système masculin, de faire fonds exclusivement sur les facultés de la femme, d’exalter, mieux même, de s’approprier jusqu’à le faire jalousement sien tout ce qui la distingue de l’homme […].»

Dès les premières lignes, j’ai fait face à une sorte de brume. Je ne savais pas tellement à quoi me raccrocher comme ligne directrice. Je n’avais pas lu auparavant sur le sujet du livre et je suis peu habituée à cette force d’écriture, tout à fait poétique et réflexive, remplie d’une telle richesse de liens et de symboles, d’images et de noms historiques, de lieux aussi et de dates.

Je me suis alors mise à lire à haute voix, emplissant ma petite maison jaune des mots et paroles de Breton. Soudainement, mon univers se transformait pour n’en former qu’un seul et même avec André Breton, qui reprenait vie, d’une certaine façon. Il n’y avait plus de temps ou d’espace entre Percé de 1944 et celui de 2016. Entre ses yeux d’homme éperdument amoureux et les miens de femme sensible.

Certains passages du texte se découpaient pour s’ouvrir complètement, me saisir complètement, me projeter jusqu’aux cimes du monde, au commencement de Percé. Breton me racontait la vie et des histoires mythiques de la France et de Percé en une seule image. Il me disait que femme, je devais crier ma place, qu’amoureuse, je devais me battre, qu’artiste, je devais croire.

Élisa venait de perdre sa fille, issue d’une autre union. «Le 13 août 1943, au cours d’une excursion en bateau, au large du Massachusetts, Ximena se noie.»

«Avant de te connaître j’avais rencontré le malheur, le désespoir. Avant de te connaître, allons donc, ces mots n’ont pas de sens. Tu sais bien qu’en te voyant la première fois, c’est sans la moindre hésitation que je t’ai reconnue. Et en quels confins les plus terriblement gardés de tous ne venais-tu pas, quelle initiation à laquelle nul ou presque n’est admis ne t’avait pas sacrée ce que tu es.»

«Et je t’aime parce que l’air de la mer et celui de la montagne, confondus ici dans leur pureté originelle, ne sont pas plus exempts de miasmes et plus enivrants que celui de ton âme où la plus grande rafale a passé, […].»

Lorsque j’ai foulé le sol percéen l’été passé, pour m’y installer, je décriais toutes ces représentations du rocher, trouvant que son image était surexploitée, jusqu’à lui retirer son âme. Et dès le départ, je cherchais à faire mien ce paysage. À utiliser ses images, ses monts, ses pierres, sa mer, son vent et ses lumières pour parler un langage propre, pour parler de moi.

«Il y a à travers tout ce qu’on foule, quelque chose qui vient de tellement plus loin aussi. Naturellement ceci est vrai n’importe où, mais est plus sensible en un lieu où chaque pas en apporte le rappel dûment circonstancié.»

Je n’arriverais jamais à m’approprier les lieux, à faire miens ces paysages en mouvements continuels. Ils deviennent plutôt mon reflet et je m’ancre dans le paysage, j’entre en lui comme une pierre, comme une vague.

Je suis inspirée, je crée, sentant en moi sans cesse des rafales de vent et des hautes marées d’idées à réaliser. Parce que le lieu est si riche, si vaste qu’il me sera impossible un jour de toucher le fond, d’aller tout au bout, sauf peut-être au bout de moi.

Comment ai-je pu me mesurer au rocher ? Il a des milliers de vie de plus que moi et il me survivra, oh il me survivra sans efforts.

Je suis une vague sur son cap. Je suis un fossile minuscule, un frisson encore suspendu à son cap.

«C’est quand, à la tombée du jour ou certains matins de brouillard, se voilent les détails de sa structure, que s’épure en lui l’image d’une nef toujours impérieusement commandée. […] une fois évalué le poids total du rocher à quatre millions de tonnes, permet de déduire le temps global qu’il doit mettre à disparaître, soit treize mille ans. […] Il est beau, il est émouvant que sa longévité ne soit pas sans terme et en même temps qu’elle couvre une telle succession d’existences humaines. […] On a soutenu que, devant le Rocher Percé, la plume et le pinceau devaient s’avouer impuissants et il est vrai que ceux qui sont appelés à en parler le moins superficiellement croiront avoir tout dit quand ils auront attesté de la magnificence de ce rideau, quand leur voix soudain plus grave aura tenté d’en rendre l’éclat sombre, quand ils auront pu mettre quelque ordre dans la modulation de la masse d’air qui vibre dans ses tuyaux magistralement contrariés. Mais, faute de savoir que c’est un rideau, comment se douteraient-ils que son écrasante draperie dérobe une scène à plusieurs plans?»

Cet ouvrage est d’une grande beauté, d’une vaste complexité, il est court, peut-être, mais il demande du temps de réflexion et ouvre sur de multiples pistes de recherches. Je vais très certainement le relire, comme j’aimerais relire, un jour, Nadja. Prendre ce temps pour m’ouvrir à nouveau à l’univers unique d’André Breton.

J’aime savoir que de grands esprits, des artistes, peintres et poètes, sculpteurs et photographes, des intellectuels, des gens comme André Breton, se sont un jour amarré à Percé pour prendre un peu de l’âme et laisser un peu de la leur pour les autres à venir.

«Pourtant cette arche demeure, que ne puis-je la faire voir à tous, elle est chargée de toute la fragilité mais aussi de toute la magnificence du don humain. Enchâssée dans son merveilleux iceberg de pierre de lune, elle est mue par trois hélices de verre qui sont l’amour, mais tel qu’entre deux être il s’élève à l’invulnérable, l’art mais seulement l’art parvenu à ses plus hautes instances et la lutte à outrance pour la liberté. À l’observer plus distraitement du rivage, le Rocher Percé n’est ailé que de ses oiseaux.»

IMG_3249 (2)Arcane 17 – 20 août – 20 octobre 1944 – Percé – Sainte-Agathe.

Liens :
http://www.larousse.fr, http://www.oeuvresouvertes.net
http://www.le-surrealisme.com, literaturafrancesatraducciones.blogspot.ca
Wikipédia, http://www.npg.org.uk

Autour des livres : Rencontre avec Martine, cofondatrice du Fil rouge

Connaissez-vous le questionnaire de Proust ? Il s’agit de questions posées par l’auteur Marcel Proust, principalement connu pour sa majestueuse oeuvre À la recherche du temps perdu. Celles-ci permettent de mieux comprendre ou connaitre quelqu’un. Dans ce questionnaire, on y trouve des questions telles que La fleur que j’aime ou Mes héroïnes préférées dans la fiction. L’animateur littéraire Bernard Pivot s’est inspiré de ce questionnaire pour créer le sien, qu’il faisait passer à ses invités à son émission Bouillons de culture. C’est ainsi que m’est venue l’idée de créer un questionnaire Le fil rouge où on pourrait en apprendre davantage sur une personne et ce, au sujet de ses habitudes de lecture, de création, d’organisation et  au niveau de ses préférences littéraires.

Je me suis donc prêtée à mon propre jeu ! J’avoue qu’en créant ce questionnaire, je n’avais pas réalisé à quel point certaines questions sont difficiles à répondre. En tant que lectrice qui adore lire sur les processus créatif des artistes, je ne pensais pas que ça demandait tant de réflexion d’y répondre!

1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?

J’en ai plusieurs, difficile de dire lequel est le premier. Mes premières visites à la bibliothèque avec ma mère et mon frère sont des beaux souvenirs. La lecture des Max et Lili et les catalogues Scholastic aussi.

Il y a aussi le bibliothécaire de mon école primaire et  sa passion des livres, il a été un des premiers à me donner envie de lire. Il était extrêmement passionné par les histoires et aussi, par les bandes dessinées.

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?

Je me souviens d’avoir été très intense dans mes lectures. Par exemple, de lire sans sortir de ma chambre un livre complet ou des trucs du genre, mais non je ne me souviens pas d’avoir eu un rituel. Toutefois, le livre qui m’a le plus marquée petite est L’arbre de Joie d’Alain Bergeron, je le relisais SANS CESSE.

Maintenant, mon rituel est assez simple, je lis presque tous les soirs avant de me coucher. C’est ma petite médiation.

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

Ça dépends je dois écrire pour quoi. Pour un travail scolaire, je devais me motiver et m’installer dans un endroit calme et bien organisé. Pour le blogue, je le fais un peu tous les jours et sans réel rituel, je peux écrire droitement sur ma chaise de bureau ou toute écrasée sur mon canapé.

Et pour ce qui est d’écrire de la fiction, juste pour moi, c’est plus difficile. Je dois être dans un état de calme absolu dans ma tête comme dans mon environnement, sinon j’efface tout, à tout coup.

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?
Annie Ernaux m’a énormément motivée à écrire. L’événement, Se perdre et Une femme sont mes préférés. La simplicité des mots choisis, mais la justesse de l’émotion décrite m’avait réellement fait voir les choses autrement. Delphine de Vigan aussi. Au Québec, je pense d’instinct à Marie-Renée Lavoie, avec le si beau La petite et le vieux.

Toutefois plus je lis, plus je me considère comme une lectrice et moins comme une écrivaine, mais j’ai encore ce rêve fou d’un jour écrire un roman

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ?
L’attrape-coeurs de J.D Salinger. Si vous lisez le blogue régulièrement, vous m’avez souvent vu en parler et c’est pas terminé. Ce livre a eu un effet drastique dans ma vie, autant au niveau personnel ; je me reconnaissais dans Holden qu’au niveau littéraire, j’ai compris l’ampleur et les bénéfices qu’ont les livres et les personnages sur des vies. 

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel ?
J’irais passer le weekend avec Holden à New-York! Ou bien, j’irais au Café de Flore prendre un café avec De Beauvoir et Sartre. Et bien quoi, on peut rêver!?

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner ?

Je ne relis pas très souvent des livres, mais j’aime bien relire L’insoutenable légèreté de l’être, par quelques pages seulement, ça me fait penser à une période de ma vie très significative pour moi. Ah oui, et L’attrape-coeurs, bien sûr!

8. Quel est ton mot de la langue française préféré ?

J’irais avec Imagine parce qu’il est tatoué sur mon poignet. Pour la chanson, bien sûr. Mais aussi pour toute l’étendue des possibilités de celui qui l’utilise. Et de tout ce que cela peut sauver, de simplement imaginer.

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ?

Je dirais Les filles bleues de l’été de Mikella Nicol pour la beauté poétique qui surpasse le propos. Pour l’écriture aussi.

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre ?
Quelle difficile question, je m’excuse à tous ceux qui ont répondu à ce questionnaire avant moi, je n’y avais jamais vraiment pensé avant d’y répondre. Je dirais L’éloge du calme

 

 

Hiroshimoi: le beau qui fait mal

Il y a quelques semaines, Véronique Grenier, auteure du nouvel ouvrage Hiroshimoi, tenait une séance de signature en plein coeur du Mile-End. L’endroit n’avait pas été choisi au hasard. En effet, c’est dans la minuscule boutique des créateurs de La Montréalaise Atelier que se tenait l’événement. Un magnifique chandail créé par La Montréalaise y était présenté, prêt-à-porter qui mettait le roman de Grenier à l’honneur.

 Je m’y suis donc rendue, bravant le froid. Je suis arrivée devant l’atelier avec les pieds congelés. L’errance que je venais de me taper pour trouver l’endroit m’avait frigorifiée. Le local était tout petit. À l’intérieur, une poignée d’individus aux yeux souriants, certains un verre de vin blanc à la main. Ils se massent autour des vêtements et des livres qui parsèment l’endroit. Je n’entre pas à l’intérieur avant quelques instants. Je sonde.

Dos aux grandes fenêtres qui bordent la rue, j’observe le dos de Véronique Grenier, cette femme minuscule dont les écrits touchent et marquent. Quelques personnes font la file devant la table où elle écrit, son livre en main. D’autres ont décidé de s’offrir le magnifique chandail qui a été créé en collaboration avec La Montréalaise Atelier. Je suis de celles-là; le livre, je le possède déjà. Je décide finalement d’entrer et de me joindre à la file de gens qui l’attendent patiemment en souriant. L’auteure prend le temps de parler avec chacun de ceux qui ont choisi de venir à sa rencontre. Elle écoute, en souriant, elle remercie avec reconnaissance chacun de ses lecteurs.

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Pis arrive mon tour. Son livre, je l’ai lu. Je l’ai lu et dévoré.

Hiroshimoi.

J’avais guetté la sortie de son livre avec attention. Les chroniques que Grenier tient pour Urbania m’avaient toujours plu. Beaucoup. Son style, qui ne ressemble à celui de personne, est franc et juste.

Son livre fait le même travail. Il lance des émotions à la pelletée. Il vient mettre des mots d’une beauté incroyable sur un amour qui dévore et qui brise, sur un amour qui devrait s’arrêter, mais qu’on n’ose défaire par peur de l’explosion.

Hiroshimoi est un petit ouvrage d’une soixantaine de pages. Bref, mais poignant.

Écrire court, mais écrire fort. Peut-être est-ce d’ailleurs là où réside toute la beauté de l’ouvrage; dans ses phrases qui, bien que brèves, viennent remuer des émotions chez le lecteur, dans ses mots qui arrivent à faire monter les larmes aux yeux parce que trop vrais, trop beaux, trop touchants.

C’est peut-être ça, au fond, écrire.

Réussir à redonner une vie à des évènements qui ont été écrits mille fois. Les rendre uniques à nouveaux, les rendre personnels parce qu’ils vivront à l’aide de mots qui auront été choisis, pesés, sentis.

Et c’est cela, au fond, que Grenier réussit si bien.

Avec Hiroshimoi, Véronique Grenier touche le grand. Et j’ai eu la chance immense de pouvoir lui dire en face. En vrai. Elle m’a souri, pleine de reconnaissance et de gentillesse, on a discuté un peu, puis je suis sortie de la boutique avec une dédicace et un incroyable chandail.

Le froid valait la peine d’être bravé.

Cliquez ici pour voir ce livre directement sur

Une histoire de féminisme, d’égalitarisme et de Pokémons

Avec tout ce qui s’est passé la semaine dernière dans les médias québécois autour du terme féministe, je dois dire que je suis un peu fâchée, un peu comme dans beaucoup, mais il faudrait pas que je m’emballe trop, question de ne pas me faire traiter de féministe frustrée, tsé. Reste que j’ai envie d’ajouter mon petit grain de sel.

Pour ce faire, laissez-moi vous raconter une histoire, celle d’une redondante conversation avec un ancien partenaire qui se disait égalitariste, humaniste, mais pas du tout féministe, parce qu’y a-t-il d’égalitaire dans un terme aussi axé sur les femmes que le féminisme?

Il n’était pas question pour cette dite personne d’essayer de comprendre que le féminisme est ainsi nommé parce que, historiquement, c’est le sexe féminin qui fut (et est encore, de bien des manières) opprimé, oppressé. S’il est question d’égalité des sexes, on parle d’égalitarisme, il n’y a pas place à discussion. Le fait même de croire que c’est aussi simple semble mettre complètement de côté toute la question d’oppression, toute l’historicité qui se trouve derrière chacune des luttes menées dans le passé, comme si le terme féminisme donnait tout l’avantage aux femmes et ça, c’est loin d’être égalitaire.

Pour tenter d’alléger une conversation sans issue qui s’en allait droit dans le mur, je me suis dit que j’allais essayer d’expliquer ma vision du féminisme (ou plutôt l’utilisation de son terme et pourquoi il est important) en parlant de Pokémon, parce que pourquoi pas.

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Alors voilà, il y a beaucoup de Pokémons, mais ce sont tous des Pokémons, non? Comme il y a plusieurs branches du féminisme, mais qu’on appelle tous féminisme… Ça semble peut-être tiré par les cheveux comme comparaison, mais attendez. Dans ma tête à moi, on peut comparer les évolutions des Pokémons à des vagues du féminisme, des changements et des luttes différentes qui, en fin de compte, tendent tous sensiblement vers le même but. Tout évolue, les luttes changent, les femmes obtiennent le droit de vote, mais n’ont pas encore l’équité salariale, Pikachu devient Raichu. C’est vrai que, parfois, il y a certains Pokémons qui nous ressemblent moins, genre qui aimait vraiment Miaouss, le chat de la Team Rocket? Mais ça reste qu’il est un Pokémon, on se met pas à dire que tous les Pokémons sont des extrémistes, qu’ils détestent les hommes ou qu’ils sont mal baisés (ou qu’ils ont du sable dans le vagin, question d’être plus à la mode)… Vous voyez où je veux en venir?

Pour la personne avec qui j’ai eu cette conversation, la seule réponse plausible fut de me dire que Charmander n’est plus Charmander, mais bien Charizard lorsqu’il évolue. Comme quoi le terme féministe est simplement dépassé, désuet et qu’il aurait dû évoluer à l’égalitarisme, et ce parce que le féminisme ne représente plus la réalité d’aujourd’hui… Je n’ai pas vraiment su quoi répondre, sachant que peu importe l’argument, mon point était invalide, mais j’ai souvent réfléchi au comment et au pourquoi de cette réponse et de cet argument. Dans ma tête, il semble tellement clair que le féminisme évolue certes, mais qu’il reste indubitablement du féminisme. Quand même en y impliquant les Pokémons, quelqu’un ne s’attarde même pas à écouter, ça ne sert à rien de mettre le pied dans l’arène.

Je me dis que, peut-être un jour, quand Ash Ketchum les aura tous attrapés, peut-être qu’il y aura matière à ne plus parler de Pokémon, mais c’est drôle parce qu’il semble que depuis les 151 Pokémons originaux, il y en a maintenant 722, ça en fait encore une bonne gang avant de pouvoir dire que les Pokémons n’existent plus.

Et puis là, si vous n’avez pas trop compris ma métaphore semi-douteuse, semi-geek, mais quand même un peu vraie, je vais faire ça plus clairement. J’ai l’impression que le fait même de dire qu’on est égalitariste justifie le féminisme. Non seulement parce que de se dire égalitariste alors que c’est l’essence même du féminisme passe sous silence le fait que les inégalités ont trop souvent été défavorables aux femmes, en plus cela discrédite toutes les luttes et les avancements qui ont été faits. Si c’était les hommes qui avaient été dans la position des femmes, qu’ils avaient toujours vécu dans une société plutôt matriarcale, peut-être appellerions-nous leur lutte pour l’égalité le masculinisme (qui a une tout autre connotation aujourd’hui), alors pourquoi est-ce qu’il semble si immonde d’utiliser le terme féministe aujourd’hui?

Alors quand quelqu’un n’ose pas ou ne veut pas se définir en tant que féministe au profit de l’égalitarisme, j’ai de la difficulté à comprendre, c’est vrai. Quand quelqu’un ne veut pas s’associer au terme parce qu’il n’est pas en accord avec certaines idéologies de certaines branches, j’ai aussi de la misère à comprendre. Un Pokémon est-il moins un Pokémon parce qu’il est avec la Team Rocket? Faut-il ne pas se prononcer féministe parce qu’on a pas l’intention ni la conviction de faire irruption dans la chambre des communes les seins nus?

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En cette journée des femmes, je me demande un peu tout ça.

Si ça vous tente de pousser votre réflexion un peu plus loin, voici un petit répertoire d’articles sur le féminisme publiés sur le blogue depuis ses débuts.

https://chezlefilrouge.co/2014/08/31/5-livres-pour-sinitier-a-la-pensee-feministe/

https://chezlefilrouge.co/2015/06/29/second-debut-le-renouveau-feminisme/

https://chezlefilrouge.co/2016/02/28/manuel-de-resistance-feministe-a-mettre-entre-les-mains-de-toutes-les-femmes/

https://chezlefilrouge.co/2015/06/14/we-should-all-be-femisnis/

https://chezlefilrouge.co/2015/04/20/mines-de-rien-le-sexisme-ordinaire/

https://chezlefilrouge.co/2015/01/14/comme-ca-tu-nes-pas-feministe/

https://chezlefilrouge.co/2014/12/19/retour-sur-le-documentaire-beaute-fatale/

https://chezlefilrouge.co/2014/11/24/4-chaines-youtube-a-decouvrir-pour-satisfaire-la-feministe-en-vous/

https://chezlefilrouge.co/2016/02/22/le-deuxieme-sexe-de-simone-de-beauvoir-lecture-obligatoire-malgre-tout/

https://chezlefilrouge.co/2016/01/08/emma-watson-le-feminisme-et-la-lecture/

 

 

 

Quand les coffrets littéraires rencontrent la bibliothérapie

La semaine dernière, on faisait une annonce officielle : Le fil rouge offrira des coffrets littéraires à abonnement dès ce printemps. Et bien cette semaine, on vous en dévoile encore un peu plus, nos coffrets seront basés sur l’approche de la bibliothérapie.

La quoi?

La bibliothérapie, c’est le simple fait d’utiliser la lecture et les livres pour se sentir mieux, d’où notre slogan Les livres qui font du bien. Il s’agit d’une discipline et d’une approche relativement méconnues en Amérique du Nord. Chez Le fil rouge, c’est notre essence depuis le tout début. Chaque article a été écrit avec en soi, une approche bibliothérapeutique, parfois légère, d’autres fois plus marquée, mais toujours axée vers l’envie d’utiliser les livres pour se développer.

Nos coffrets littéraires seront donc entièrement conçus en ayant en tête cette philosophie. Bien entendu, on ne pense pas sauver les gens, nous n’avons pas la prétention d’être des psychologues, loin de là. Toutefois, nos vécus de lectrices nous laissent percevoir que dans l’acte de lire, il y a un sentiment salvateur et c’est là, pour nous, tout le sens des coffrets. On choisira en fonction du ou des livres inclus dans les coffrets des thématiques, des émotions, des sujets et on essaiera de les traiter en ayant toujours en tête que tout ça relève du pouvoir des mots et bien entendu de la réception de chacun. Alors, nul doute que parfois l’émotion du roman ne passera pas de la même façon chez tous les lecteurs et c’est tant mieux. Les livres choisis permettront une introspection intime pour chaque lecteur.

Concrètement, cela veut dire qu’on sélectionnera des livres qu’on sait qui vous feront vivre des émotions, parfois ce sera de la joie, de la tristesse, du dégoût ou pourquoi pas un sentiment d’unicité avec le personnage? Dans tous les cas, nous aborderons les œuvres en fonction de ce qu’elles suscitent (mais pas que). On croit fermement que même les livres tristes ou difficiles peuvent faire du bien. Parfois, ça prend du temps, voire des années, et d’autres fois c’est instantané. Voilà tout le pouvoir des bouquins.

Avec nos coffrets, on veut partager notre amour des livres, faire valoir toute la magie que la littérature peut avoir. On a donc demandé à nos collaboratrices de nous dire ce qu’est la bibliothérapie pour elles. Vous avez envie de vous prêter au jeu? Commentez votre propre définition de la bibliothérapie dans les commentaires.

D’ailleurs, pour ne rien manquer concernant les coffrets et être les premiers-ères informé-e-s, Inscrivez-vous à notre Infolettre.

« Parfois, lire c’est plonger dans un miroir, s’y reconnaître et se permettre d’extérioriser ce que l’on ressent. »
— Marie-Hélène Racine

« Peu importe les émotions que l’on ressent, positives ou négatives, lorsqu’on parvient à trouver un écho desdites émotions entre les pages d’un livre, ça nous permet de nous sentir un peu moins seuls, ou d’avoir le sentiment, même ténu, de partager notre joie ou notre peine avec d’autres, qu’ils soient réels ou pas… et le bien-être, le soulagement ou la félicité ressentis peuvent nous aider à vivre pleinement et savourer notre bonheur, ou alors à trouver le courage nécessaire pour passer à travers nos épreuves. »
— Raphaëlle B. Adam

« Les livres sont un refuge, un lieu sûr où tout est permis. »
— Marjorie Belisle

« Je suis née dans le langage. C’est donc dans les mots que je prends vie. Les livres sont l’histoire de mon existence. »
— Marika Guilbeault-Brissette

« Je ne crois pas qu’il faille sous-estimer l’art qui fait du bien, qui console, qui soulage, qui réchauffe. L’art pauvre ne peut pas exister s’il arrive à atteindre ne serait-ce qu’une personne. Si l’art peut sauver le monde, il ne faut jamais diminuer ce monde qu’il réussit à sauver, ni l’existence qu’il embellit. »
— Andréanne Lauzon

« Lorsqu’ils sont si fins qu’ils s’infiltrent au cœur, les mots se propagent en nous et s’accrochent à notre monde, prolongeant notre souffle, reconstruisant sur nos ruines. »
— Fanie Demeule

« Reprendre ton souffle à chaque virgule, après chaque chapitre en célébrer le nouveau pour ensuite refermer ce livre qui te fera écho. »
— Stéphanie Pronovost

« Ce sont les livres qui m’ont appris que, dans le fond, on était jamais vraiment tu-seul. Ils étaient jamais bien loin quand le sanglot me prenait, quand le fou rire m’envahissait, quand l’envie d’être coupée du monde me pognait. Merci, les bouquins. Sans vous, j’sais pas ce que j’serais devenue. Vous m’avez sauvée tellement de fois du néant. Vous m’avez appris à rester forte. Vous m’avez aidée à m’échapper quand j’en avais d’besoin. Pour moi, c’est ça, traîner un livre dans son sac, partout où on va, et savoir qu’on ne sera plus jamais seul. »
— Alexandra Girard

« Les livres m’ont amené le réconfort et ont su apaiser mes maux au moment où je n’y arrivais pas moi-même. Ils ont été l’œil extérieur de mes angoisses, de mes peurs et me permettent toujours aujourd’hui de me réfugier chez eux pour laisser bourdonner au loin les angoisses du quotidien. Pour moi un livre, c’est un partenaire éternel. Je sais qu’il ne me trahira jamais, et vice versa. »
— Marie-Laurence Boulet

« J’ai toujours cru que j’étais une vieille âme. C’est d’ailleurs avec les livres que j’ai remarqué que ça ne me faisait pas seulement du bien mentalement ou physiquement de lire, mais que ça allait bien au-delà de ça. C’est aussi en faisant la lecture à voix haute que j’ai remarqué le pouvoir des mots en voyant le visage des autres, c’est là que j’ai remarqué que c’était pas juste à moi que ça arrivait ce sentiment-là. Parce pour moi un livre c’est aussi bon pour l’âme et que c’est tout un cadeau qu’on peut se faire que de s’arrêter pour lire et juste apprécier le moment. »
— Caroline Matte

« Les livres m’ont toujours été les amis les plus fidèles. Ils m’ont permis de voyager, de comprendre plusieurs choses de la vie, ils m’ont permis de me sentir bien et de me découvrir. Ils ont toujours été là à toutes les étapes de ma vie et continueront d’y être présents! »
— Karina L. Gazaille

« La littérature est un infaillible remède pour les maux de mon âme. Les livres sont pour moi une parfaite pharmacopée de lettres, de mots, de pages et d’histoires.
Mon réconfort.
Ma méditation.
Mon exutoire. »
— Kim DL

« Les livres me donnent le courage de devenir une meilleure personne puisqu’à la fin de chaque dernière page, je saisis que j’ai toujours une chance d’affronter mes peurs, de chasser mes rêves, d’explorer le monde et de ne plus avoir peur de laisser mon feu intérieur m’animer. »
— Gloria CP

« Les livres sont un espace safe où tu as mal sans te blesser, un endroit où il est possible de te construire, te confronter, te guérir sans te soucier des conséquences dans la “vraie” vie, un lieu où trouver à travers les émotions des autres des réponses, des amis muets qui te chuchotent les mots qui résonnent ensuite dans les tiens. »
— Marion Gingras

« Le livre est pour moi un remède contre l’inconnu et le maître de l’évasion. »
— Laurence Lacroix

« Qu’il me fasse pleurer, qu’il me fasse rire, qu’il m’étouffe de par sa justesse ou qu’il me fasse oublier jusqu’à l’existence de mon corps, chaque livre que je tiens entre mes mains, chaque livre que je parcoure de mes yeux, avec mon cœur et avec mon âme, m’apprend quelque chose sur moi et sur le fonctionnement imperceptible du monde dans lequel je vis. Il me guide en me permettant à coup sûr d’évoluer et de créer des liens entre ce monde si vaste et moi. »
— Louba-Christina Michel

Un long voyage de solitude : mon parcours à la maîtrise

J’ai décidé de m’embarquer dans cette aventure sur un coup de tête. J’en étais à la dernière session du baccalauréat. Je ne savais pas trop si j’étais prête à me plonger dans l’enseignement à temps plein, d’autant plus que le milieu me dégoûtait à ce moment. La période de ma vie se passant au Cégep avait toujours été la plus réjouissante en ce qui a trait à l’intérêt scolaire et pédagogique. Depuis cette époque, je me voyais très bien enseigner dans l’enceinte de mon bon vieil établissement joliettain. Sur les recommandations flatteuses d’un professeur de littérature de l’université, j’ai donc décidé de faire une demande d’admission à la maîtrise en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal.

Il est tout de même important de préciser que mon parcours n’est pas celui par lequel passent tous les étudiants s’inscrivant à la maîtrise en littérature. Je n’avais pas fait mon baccalauréat en études littéraires, mais bien en enseignement du français au secondaire. Par conséquent, je ne connaissais que quelques professeurs du département de littérature, dont ce fameux M. Brehm qui fut d’une aide importante. De plus, je n’avais pas suivi tous les cours offerts par le baccalauréat en études littéraires. Il fallait donc que je fasse une propédeutique à l’automne 2015. J’avais l’impression de partir bien en retard sur mes collègues. Or, je tenais à relever le défi. Donc, après avoir recueilli les trois lettres de recommandation de professeurs, avoir rempli le formulaire de demande d’admission et avoir conservé une moyenne supérieure à 3,2, je fus admise à la propédeutique en études littéraires à l’automne dernier.

En arrivant en classe, une idée de sujet de mémoire avait émergé en moi à la suite de la lecture du roman Le tunnel d’Ernesto Sábato. D’ailleurs, un article sur le roman apparaît sur Le fil rouge et vous pouvez le lire juste ici. Cette lecture a fait naître un sujet en mon esprit, qui est le suivant : l’amour passionnel comme moteur du développement de la folie chez les protagonistes. Je ne me rappelle plus combien de fois on m’a répété de ne pas trop m’accrocher à un sujet naissant puisque ces ébauches d’idées ont tendance à changer au rythme des saisons. J’étais plutôt sceptique quant à cette mise en garde et pourtant… ils avaient raison.

À l’automne, j’ai dû suivre les cours obligatoires que je n’avais pas encore suivis au baccalauréat. Je fus heureuse de faire mon entrée dans la psychanalyse grâce au cours Littérature et psychanalyse. À travers plusieurs ouvrages écrits par Freud, je me découvrais une véritable passion pour ce champ de recherche. Depuis toujours, je me questionnais sur l’inconscient de l’être humain et lorsque ce genre de questionnements était mis en parallèle avec la littérature, je ne pouvais que jubiler. Au cours de la session, nous devions analyser un roman de notre choix dans une perspective psychanalytique. Bien rapidement mon choix s’arrêta sur Hygiène de l’assassin d’Amélie Nothomb. Tous ceux qui l’ont lu comprendront l’intérêt qu’il peut y avoir à analyser cette œuvre dans une perspective psychanalytique ne serait-ce que du point de vue du narcissisme, de la mort du désir, des pulsions de vie et de mort, de la quête d’un réel impossible et de la représentation du néant. C’est alors que l’auteure belge s’est collée à ma peau.

Le matin, le soir et la nuit, elle ne pouvait quitter mon esprit. Elle était devenue une vraie obsession pour moi. J’avais besoin d’en savoir plus et comment en apprendre davantage sur un auteur qu’en en faisant son sujet de mémoire. Je me mis à penser à travailler sur la construction du sujet nothombien. Encore fallait-il que cela intéresse quelqu’un. Je pris donc mon mal en patience.

À l’hiver, je fus acceptée pour de bon ayant été en mesure de maintenir une moyenne supérieure à 3,2 durant la propédeutique. Je me suis donc inscrite au cours obligatoire de méthodologie et à un cours de mon choix. D’emblée, je n’ai pas été en mesure de m’inscrire à mon premier choix qui était un cours de psychanalyse portant sur la perversion. Or, une place s’est libérée durant la deuxième semaine de cours et mon souhait fut exaucé. Heureusement, car le professeur responsable de ce cours deviendrait bientôt mon directeur de maîtrise.

Lors du premier cours de méthodologie, je fus ravie d’entendre tous les sujets de maîtrise sur lesquels désiraient travailler mes collègues. Je fus fascinée par le pouvoir de la littérature. Bien vite, je ne me sentais plus seule au sein de cette passion du livre. Ce cours de méthodologie nous poussait à réfléchir à notre sujet et à notre problématique. Plus j’y pensais en fonction de mes intérêts et plus l’esthétique de la laideur prenait la place qui lui était dédiée dans mon esprit. Or, sans directeur de maîtrise qui s’intéresse à votre sujet, celui-ci ne peut pas vraiment prendre vie. Je pris donc mon courage à deux mains et j’envoyai un courriel à Alexis afin de lui faire part de mon désir de travailler avec lui sur l’œuvre de Nothomb dans une perspective psychanalytique. Une semaine plus tard, j’avais un rendez-vous avec Alexis pour discuter de mon projet.

Pendant notre conversation, il fut question du narcissisme, de l’hystérie et de la perversion. Dès que je me mis à parler de l’esthétique de la laideur, je vis une étincelle dans l’œil d’Alexis. Le concept du laid semblait fortement l’allumer. D’ailleurs, nul ne peut nier la présence outrageuse du laid dans l’œuvre de Nothomb. Dans ce concept, je voyais également les notions de plaisir et de déplaisir qui sont propres à la psychanalyse. Une articulation était en train de naître entre mon sujet et la théorie psychanalytique. Le professeur acceptait de me diriger. Je suis donc sortie du bureau d’Alexis la tête pleine de titres à lire et, entre autres choses, avec la bibliographie complète de Nothomb à parcourir avant la fin de l’été.

C’est donc ici que j’en suis rendue. Je suis plongée dans Fascination de la laideur de Murielle Gagnebin, et Julia Kristeva m’attend dans Le pouvoir de l’horreur. Je dévalise également l’œuvre de Nothomb. J’ai enchaîné Attentat, Le fait du prince, Les catilinaires et Ni d’Ève ni d’Adam en moins d’une semaine. Pour l’instant, mon corpus se construit de Hygiène de l’assassin, qui en est le socle, de Mercure, de Métaphysique des tubes et de Attentat. Un prochain rendez-vous est fixé avec Alexis et il semblerait qu’il ait une idée à me proposer. Je suis nerveuse et excitée d’entendre sa proposition.

Et bien que le voyage sera long et très solitaire, je vous souhaite à tous de poursuivre un rêve qui vous passionne autant que le mien le fait pour moi. Ces nuits à ne pas s’endormir et à réfléchir en valent largement la peine. Et qui sait, peut-être enseignerais-je la littérature à vos enfants dans un futur rapproché?

Crédit photo : Michaël Corbeil