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Envie d’un livre qui vous donnera faim ?

Étonnamment, cet article ne sera pas sur un livre de cuisine. Je sais bien qu’avec ce titre c’est ce que vous aviez pensé, mais cette critique et ce livre vous donneront l’eau à la bouche, c’est promis !

Célébrer le plaisir des sens

Treize à table est un collectif de nouvelles inspiré et dirigé par Chrystine Brouillet et Geneviève Lefebvre. Elles ont choisi d’attabler 11 de leurs collègues écrivain(es) pour nous partager leurs souvenirs entourant les plaisirs de la table. On nous parlera d’odeurs, de voyages, de descriptions ultra détaillées de recettes qui font rêver, de souvenirs intimes, d’histoires émouvantes ou inventées, et souvent, et surtout, on nous parlera de nourriture, bien évidemment. C’est à Michel Marc Bouchard, Rafaële Germain, Patrice Godin, Michel Jean, Samuel Larochelle, Geneviève Brouillette, François Lévesque, Annie L’Italien, Ian Manook, Michèle Plomer et finalement Erika Soucy qu’on a demandé de nous raconter ce que la table leur inspirait et croyez-moi, vous ne serez pas déçus.

Dans ce livre, on fait référence aux bonnes tables (ce resto qu’on se paye une fois dans sa vie), aux voyages qui remplissent la tête de souvenirs olfactifs et gustatifs (comment peut-on décrire une simple olive avec autant de détails ?), aux souvenirs de notre enfance (la nourriture de papa/maman, y a-t-il quelque chose de mieux?), ou simplement en nous racontant le plaisir partagé en dégustant un met qui nous plait avec quelqu’un qu’on aime ou qui nous inspire. Dans ces 13 nouvelles, on découvre tour à tour de courtes histoires bien émouvantes, surprenantes, qui porte parfois à la réflexion, mais surtout, on ne tombe jamais dans l’ennui. Dans certains cas, j’en aurais pris beaucoup plus ! Je crois que c’est la raison pour laquelle je ne me tanne pas de lire des recueils de nouvelles, et encore plus quand ils sont écrits par un collectif de différents auteurs. C’est comme avoir un petit bout de chacun d’entre eux au même endroit et si on en aime un plus que l’autre, comme ce fût mon cas dans ce livre, il nous reste simplement à découvrir le reste de son oeuvre par la suite. Une excellente façon de faire de belles découvertes !

La nourriture et moi

Je peux dire sans hésitation que j’adore manger, et ce, même si ça n’a pas toujours été le cas. L’odeur du pain frais ou du café fraîchement moulu ont un effet de bonheur instantané sur moi. Cependant rien, et je dis bien rien au monde, ne battra jamais le boeuf aux légumes de ma mère ou sa sauce à spaghetti; niveau mémoires olfactive et gustative, c’est tout simplement impossible d’y résister ! C’est sans doutes pour cette raison que j’ai été autant touchée par certaines histoires dans lesquelles je me suis totalement reconnue.

Afin de vous mettre en appétit (oh! le jeu de mot !) voici quelques extraits du collectif:

Dame de coeur, Dame de pic de Chrystine Brouillet:

«Voilà la poitrine de pigeonneau fumée et marinée au coeur d’un rose à peine plus soutenue que celui de la rhubarbe sur lequel on l’a couchée, la cuisse confite se dresse entre les quenelles d’abattis mixés avec du rhum et les morceaux de céleris rôtis glacés, ses feuilles apportent un soupçon d’amertume à ce plat qui m’émeut par ce savant mariage entre l’acidité pimpante du fruit et la viande à la chair boisée, la simplicité apparente de la sauce réduite au pigeonneau et le dosage exact du poivre cubèbe. (…) La perfection est de ce monde.»

Avouez que vous commencez à me comprendre un peu ?

Le temps des pommes de François Lévesque :

« Cuisiner, c’est ce que je préfère au monde. J’ai de surcroît un talent pour ça. Ce n’est pas vaniteux de le dire. Au contraire, ce serait de la fausse modestie de ne pas l’admettre. Si seulement ma mère m’entendait…»

Classique Caro: j’ai eu les yeux plein d’eau en lisant celle-là, la fin vous surprendra c’est certain.

Finalement, ma préférée, Le dernier, d’Annie L’italien:

«Ils sont tous là, nos deux enfants, la conjointe de notre fils et nos deux petits enfants. Je dis « tous » comme si une foule était à ma porte, sans doute parce que j’aurais aimé avoir une famille plus nombreuse. (…) Comment vas-tu maman ? Ça va, ça va. J’ai commencé à faire un ménage de garde de robe, je vais avoir tout un lot de sacs à donner. Ben voyons, t’es pas obligé de faire ça maintenant !  Laisse au corps le temps de refroidir ! (…)

Combien de fois ai-je essayé de lui faire comprendre que les plats qu’il cuisinait ne constituaient pas une preuve suffisante de son amour ? (…) Pour lui, préparer des gaufres à sa fille était l’équivalent de s’excuser pour l’avoir grondé trop fort la veille (…).

Bref, personne ne pleure sa mort, sauf moi. D’ailleurs les larmes reviennent lorsque je dépose les plats (qu’il a concocté avant de mourir) sur la table, accompagnés des notes imprimées sur des cartons.  Je les plie avec soin, pour qu’elles tiennent bien, et j’invite tout le monde à me rejoindre…

« Aubergines Parmesan – Pour Marc-Antoine » – (…)

 » Canard Laqué – Pour Mia  » – (…) »

Ce que j’ai particulièrement aimé dans celle-là et pourquoi il s’agit de ma nouvelle préférée, c’est sans doute l’amour du père qu’on ressent alors que celui-ci était si maladroit de son vivant. Un amour qui pour lui passait simplement par les plats faits à sa femme et à ses enfants, et c’est si joliment raconté. Comme quoi exprimer son amour peut passer par différents moteurs, et la nourriture qu’on offre aux gens qu’on aime peut certainement en faire partie.

Dans l’ensemble, je dirais qu’il s’agit d’un très bon collectif de nouvelles, j’ai apprécié ma lecture de A à Z.  Je vous suggère de ne pas le lire le ventre vide, ou alors accompagné de votre plat préféré, car il se pourrait que vous ayez envie d’abandonner votre lecture pour vous mettre à cuisiner !

Et vous, avez-vous de bons souvenirs liés à la nourriture, à un plat, à une odeur, lors d’un voyage ou autre ?

Steven Price Alto L'homme aux deux ombres Littérature canadienne Roman d'enquête

L’homme qui avait deux ombres

Il est rare que je lise des romans d’enquête. Pourtant, à chacune de mes lectures, j’ai un vrai plaisir à essayer de comprendre les personnages, à découvrir avant eux qui est l’auteur-trice du crime. Or, à mon avis, ce roman n’est pas un réel thriller ou roman de détective, c’est plus une histoire portée sur la construction de personnages et de ce qui l’englobe. Steven Price, l’auteur, s’est concentré à rendre ses personnages vivants. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est un roman psychologique, mais l’intégrité de ses personnages est très importante. Il réussit à rendre l’histoire intrigante et accrocheuse. Son rythme d’écriture est plutôt lent, mais c’est ce qui nous permet d’être encore plus plongés dans l’histoire.

En plus d’être attirée par sa magnifique couverture dorée, c’est surtout par l’époque où se déroule l’histoire que j’étais excitée. L’histoire se déroule à la fin du 19ième siècle, dans les années 1885. À travers différents chapitres, nous faisons des retours en arrière, ce qui nous permet de comprendre les liens qui existent entre les personnages. On se retrouve alors pendant la guerre de Sécession aux États-Unis où nous avons un clin d’oeil sur la réalité des personnes noires (fin de l’esclavage). On découvre aussi les anciens crimes des personnages, les trahisons ou encore leurs actes héroïques.

Pinkerton & Foole & Reckitt

L’intrigue commence par la tête tranchée d’une femme retrouvée dans la Tamise, le fleuve qui se trouve au sud de l’Angleterre. Cette tête serait celle de la célèbre et recherchée cambrioleuse Charlotte Reckitt. Cette femme était recherchée par un célèbre détective américain, William Pinkerton, personnage qui a réellement existé. Cet homme a gagné sa réputation grâce à son père qui était également détective et qui a gagné sa notoriété lors de la guerre de Sécession. Ils sont tous les deux reconnus pour leurs excellent travail.

Le senior Pinkerton a vécu ses derniers jours à Londres avec l’ultime conviction que le célèbre criminel Edward Shade était toujours en vie, alors que tout laisse présumer que cet homme est mort ou n’aurait peut-être jamais existé. Sa passion dévorante envers cet Edward a fait en sorte qu’il a mis ses priorités de côté. William garde donc de son père que sa réputation.

Mais, la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre. Le fils Pinkerton semble tout aussi envahit par son travail. Quand à lui, c’est la cambrioleuse Charlotte Reckitt qui semble être la source de son éloignement de sa famille et de ce qu’il aime. Charlotte Reckitt est son obsession tout comme Edward Shade était celle de son père. Alors qu’il laisse derrière lui sa famille en Amérique, William part à la recherche de cette femme pour avoir les réponses à ses questions. Malheur, elle aurait été assassiné sauvagement. Pourquoi ? Est-ce par idée de vengeance ? William Pinkerton a des doutes sur la réelle identité de la tête retrouvée dans la Tamise, il part donc à la recherche du-de la criminel-le. Sa piste l’emmènera à rencontrer l’intriguant Adam Foole et ses acolytes.

Tandis que Foole semble avoir un lourd secret à cacher, Pinkerton et lui font équipe pour retrouver la personne qui aurait mis fin à la vie de Charlotte. Foole aurait connu Charlotte par le passé, c’est donc par vengeance qu’il souhaite retrouver le meurtrier. Cet homme serait sans aucun doute un criminel. Il a su cependant faire bonne impression dans le quartier, il est donc respecté par tous. Foole aidera Pinkerton dans sa recherche du meurtrier de Charlotte, car elle est son ancien amour, il veut alors la venger.

C’est avec ses deux personnages très bien construits que Steven Price nous dépeint Londres comme je me l’imagine à cette époque : gris. Il nous présente les tavernes, les endroits interdits, la poussière, les lampes à gaz, la maladie, la pauvreté, la richesse et les crimes passionnels. Au cours de notre lecture, l’auteur fait en sorte qu’on se mette dans la peau de ses personnages, que nous comprenons leurs angoisses, leurs questionnements. Il y a dans ce roman une très belle construction de personnages, je les sentais vivants, humains. J’appréciais que lorsqu’on changeait de chapitre, on changeait de personnage, ce qui me permettait de garder le rythme de l’enquête. Puis, tout au long de ma lecture je m’amusais à essayer de comprendre le titre. Avez-vous trouvé la réponse ? Je crois que j’y suis arrivée.

Lisez-vous souvent des romans d’enquête ?

Le fil rouge tient à remercier les éditions Alto pour le service de presse.

Moi aussi, immigrante, j’avais trouvé des semblables : Les platanes d’Istanbul

Des aquarelles floues et un titre qui mentionne Istanbul, il ne m’en fallait pas plus pour avoir envie de découvrir Les platanes d’Istanbul, écrit par Tassia Trifiatis-Tezgel et illustré par Caroline Laverge, paru aux Éditions du passage.

Le quatrième de couverture se lit ainsi:

Un jour de 2011, mon mari H. et moi avons tout quitté pour déménager à Istanbul. Lui y retournait après 10 ans; moi, j’y allais pour la première fois, sans savoir si je reviendrais. Les yeux grands ouverts, j’ai fait mes papiers comme si j’allais rester.

La prémisse est plutôt claire, c’est le récit d’une expatriée à Istanbul. Alors que ce type d’histoire peut prendre plusieurs formes, on se retrouve ici face à un objet bien unique, un livre-oeuvre d’art qui porte aux réflexions sur la vie, la mort, l’amitié, et qui, à travers un collage de moments et d’instants, retrace le parcours de cette femme – l’autrice – durant ses trois années de vie à Istanbul, en Turquie.

Ralentir la cadence 

Ce récit mérite d’être lu et relu lentement, de manière contemplative, en s’attardant aux détails et aux couleurs autant qu’aux mots. C’est un livre-objet rempli d’espaces qui nous permettent de respirer, de prendre notre temps et d’observer. Que ce soit à travers la typographie, les grands espaces blancs ou les aquarelles, tout dans ce livre porte à changer sa façon de lire et à se créer sa propre expérience de lecture, tout en lenteur et en beauté.

Fragmentation du quotidien

C’est trois ans de fragments qui se retrouvent entre les pages de Les platanes d’Istanbul. Les petits moments y côtoient les grands; les questionnements et les drames, la solitude comme la solidarité entre femmes, l’esprit de communauté et les difficultés d’adaptations sont toutes des thématiques qui s’entrelacent pour créer une fresque de moments qui, en plus d’être beaux et authentiques, sont merveilleusement bien écrits.

Et on se contentait de répéter les vérités simples du cœur qu’implique l’absence de vocabulaire.

Une forteresse qui n’avait encore laissé basculer aucune de ses pierres.

J’aimerais vous en dire plus, tout vous dire, mais ce ne serait pas faire une fleur à ce livre car je ne saurais lui rendre justice. Lisez-le, vous verrez pourquoi les mots me manquent.

Quel est le dernier livre qui vous a poussé à ralentir ? 

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Le secret des abeilles: doux comme le miel

J’avais envie que l’été s’étire un peu plus. Que la chaleur, le soleil et les vacances durent encore. J’avais envie de me trouver du temps pour m’évader une dernière fois avant la fin de la saison estivale. Et puis, c’est comme si mon vœu s’était exaucé quand j’ai ouvert le livre Le Secret des abeilles. Premier roman de Sue Monk Kidd paru en 2003 dans sa version originale The Secret Life of Bees, il a aussi été adapté au cinéma en 2008 dans le film Le Secret de Lily Owens.

C’est l’été 1964 en Caroline du Sud. Lily Owens a 14 ans et vit sur un verger de pêches. Depuis toute jeune, elle est hantée par le traumatisant souvenir de la mort de sa mère, un accident pour lequel elle se sent coupable. Élevée par un père persécutant, elle ressent d’autant plus l’absence de l’amour maternel. Qui était sa mère? Lily cherche des réponses. Grâce à une vieille photographie lui ayant appartenue, elle atterrie à Tiburon où elle rencontre trois soeurs apicultrices et à la peau noire qui lui feront découvrir le monde des abeilles. Un monde complexe dont elle tirera plusieurs leçons de vie et qui l’aidera également à combler le vide qu’avait laissé le départ de sa mère.

À cette époque, il y a la ségrégation aux États-Unis et on la ressent beaucoup en toile de fond. À l’âge où on découvre encore le monde, Lily, elle, ne comprend pas pourquoi elle ne doit pas être amie avec les personnes noires, pourquoi elles sont traitées différemment. En recherche de modèles, elle trouve beaucoup de bonté, de force et de résilience en ces femmes de couleur. Vaillantes, entrepreneures et indépendantes, elles sont inspirantes.

Rempli de lumière

Malgré tous les chagrins, les coeurs en manque d’affection, les doutes, les mensonges et les injustices que subissent les Noirs, l’ensemble du livre Le Secret des abeilles est lumineux et plein d’espoir. Oui, certaines scènes sont cruelles, mais il y a aussi beaucoup de réconfort. C’est ce que j’ai ressenti tout au long de ma lecture.

-C’est juste que j’ai jamais entendu parler d’un avocat noir. Il faut entendre parler de ce genre de trucs avant de pouvoir les imaginer.

-Foutaises! Il faut imaginer ce qui n’existe pas.

Et la suite de l’Histoire prouve en effet que les Noir(e)s ont finalement obtenu le droit de voter, le droit d’étudier dans le domaine de leur choix, etc. Avec beaucoup de persévérance!

Apprendre la réconciliation

Au final, Le Secret des abeilles est rempli de belles morales qui m’ont beaucoup charmées. À travers les dures étapes, Lily apprend à pardonner et à combler les petits vides qui lui percent l’intérieur. Ce n’est pas sans difficulté et sans peine qu’elle finit par créer son propre bonheur. Elle arrive même à trouver ce sentiment d’amour maternel dont elle rêvait depuis toujours, mais d’une autre manière. C’est le début de l’automne quand elle se retourne vers son passé pour l’observer encore une dernière fois avant de continuer à faire son petit bout de chemin. L’automne, la saison des nouveaux départs.

Avez-vous aussi des lectures que vous reliez aux saisons?

Les fileuses conseillent : Quoi voir pendant le FIL

Le Festival FIL, avec qui on partage une partie de nom, est l’un de nos préférés ! Ce Festival International de la Littérature occupe une place importante dans le monde du livre au Québec. Et nous sommes toujours heureuses, année après année, de découvrir leur programmation. Cette année encore, ils nous offrent de nombreux événements littéraires qui valent le détour!

Le festival a lieu du 21 au 30 septembre 2018.

Voici ce qu’on vous recommande cette année :

(À leur tour de) Larguer les amours
Mardi 25 septembre – 20 h- Lion d’or

« Personne n’est à l’abri d’une peine d’amour. On se souviendra du spectacle présenté en 2017 qui illustrait la « manière féminine » de vivre la rupture amoureuse, à partir d’une série de textes écrits par des femmes ; or, voilà que cette année (c’est à leur tour de) Larguer les amours ! Des hommes issus de différents horizons – dont Stanley Péan, Christian Vézina, Alexandre Jardin, Luc Boulanger et Mauricio Segura – ont accepté de raconter ce moment parfois incompréhensible, souvent douloureux, mais presque toujours déstabilisant. Le temps d’une soirée, mise en scène par Marika Lhoumeau, les acteurs Denis Bernard, Louis Champagne et Iannicko N’Doua interprèteront plusieurs de ces textes, accompagnés musicalement par Jérôme Minière. »



Créatures du hasard
25 septembre 2018, 19h00,
Salle Claude-Léveillé de la Place des arts

«L’officiante m’a demandé si je voulais rendre un dernier hommage à ma grand-mère. Je lui ai écrit un livre.» 

– Lula Carballo

« Au printemps dernier paraissait le premier livre fort remarqué de Lula Carballo, une jeune écrivaine québécoise originaire de l’Uruguay. Entre récit illustré de photographies et biographie romancée, Créatures du hasard retrace le quotidien d’une enfant de neuf ans, quelque part dans les années quatre-vingt-dix, au cœur d’un quartier populaire d’Amérique du Sud. Les femmes de sa famille vivent en marge de la société. La petite les observe et veut prendre part à leurs activités : Léo, son arrière-grand-mère, joue à la loterie, sa grand-mère Régina mise à la roulette, alors que sa mère préfère les machines à sous de la taverne du coin.  C’est à la jeune actrice Laetitia Isambert que le FIL a demandé de lire des extraits de ce livre qui, comme le dit si bien Fabien Deglise du journal Le Devoir, « magnifie au passage le charme de l’héritage par tous ces petits riens qui font les êtres et teintent les trajectoires ». »

Texte Lula Carballo (Le Cheval d’août, 2018)
Lectrice Laetitia Isambert


Homo sapienne

Samedi 29 septembre – 20 h
Cinquième Salle
PDA

«Homo sapienne raconte la vie de cinq jeunes dans la ville de Nuuk, capitale du Groenland. Cinq jeunes qui vivent des changements profonds et racontent ce qui, jusqu’à maintenant, a été laissé sous silence : Fia découvre qu’elle aime les femmes, Ivik comprend qu’elle est un homme, Arnaq et Inuk pardonnent et Sara choisit de vivre. Sur « l’île de la colère », où les tabous lentement éclatent, chacune et chacun se déleste du poids de ses peurs.

Première publication de Niviaq Korneliussen, décrite par The New Yorker comme la « nouvelle étoile du Nord », Homo sapienne est un texte coup de poing. Maniant une langue crue, sensible et indomptée, la jeune écrivaine inuïte nous offre un roman composé de cinq chapitres, chacun inspiré d’une chanson rock, qui multiplie les réflexions intimes et sensibles d’une jeunesse en pleine mutation.

Le metteur en scène Eric Jean a été séduit par ce livre qui parle du désir universel d’être soi, socialement, intimement. Après avoir mis en scène Testament de Vickie Gendreau, il a choisi de transposer cette fois Homo sapienne à la scène afin d’en faire un objet à la fois littéraire et théâtral, le tout dans une ambiance de concert rock. »


Les mots parleurs 


Samedi 22 septembre – 9 h 30 à 14 h 30
Gratuit et ouvert à tous.

« La Maison Théâtre ouvre grandes ses portes lors de cette journée spéciale axée sur l’écriture et orchestrée par Simon Boulerice ! Accompagnés par leurs auteurs préférés, les jeunes âgés de 6 à 12 ans seront invités à prendre part, en matinée, à des ateliers d’écriture de théâtre, de poésie, de prose et de chanson. Leurs petits frères et petites sœurs profiteront également de la journée puisque l’auteure et animatrice Claudia Larochelle leur fera la lecture de ses livres La Doudou ! À l’heure du lunch, les enfants et leur famille se rendront aux Jardins Gamelin, situés à proximité, où leur seront proposées de nombreuses activités ludiques dont un enlevant combat de dessins, animé par Catherine Trudeau, en présence d’illustrateurs et illustratrices lauréat-e-s du Prix jeunesse des libraires du Québec. Tous reviendront ensuite à la Maison Théâtre pour assister à une lecture publique des textes que les enfants auront écrits durant la matinée, effectuée sur scène par les comédiens chouchous du public que sont Ève Landry et Sébastien René. »


Mon voyage en Amérique

Vendredi 28 septembre 20h
Théâtre Outremont

« En décembre dernier paraissait un très joli livre de Kim Yaroshevskaya dans lequel elle raconte son «voyage en Amérique». Un voyage en eaux troubles, peut-être, mais un voyage drôle et inusité qui débute quand, à l’âge de dix ans, elle quitte son Moscou natal pour rejoindre ses grands-parents maternels à New York. Mais le voyage, rocambolesque, aboutit chez sa tante, à Montréal et c’est là que Kim prendra racine.

Passionnée des arts – la musique, la danse, le théâtre –, elle crée à partir d’un souvenir d’enfance le personnage de Fanfreluche. De cette enfance, elle raconte la tendresse que lui prodiguait sa grand-mère paternelle, mais, également, des moments dramatiques vécus dans le répressif régime communiste de Staline. Elle dit aussi son amour du théâtre, elle qui a joué Tchékhov, Ionesco ou encore Pirandello sur les plus grandes scènes théâtrales d’ici.

C’est Kim qui a choisi de demander à Pascale Montpetit d‘interpréter Mon voyage en Amérique à sa place, précisant bien qu’elle ne pouvait confier à personne d’autre, que cette actrice qu’elle aime beaucoup, le soin de raconter son histoire. »

***
Texte: Kim Yaroshevskaya (Éditions du Boréal, 2017)
Mise en lecture : Kim Yaroshevskaya et Pascale Montpetit
Interprétation: Pascale Montpetit


Il y a une tonne d’autres événements… voici le calendrier.

Et vous, participerez-vous au FIL ?

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Filles missiles; plonger dans ce vide qui n’est pas le mien

D’un point de vue «lecture», mon été a passé comme un véritable coup de vent et j’avais envie, avant la rentrée littéraire et la découverte d’une foule de nouveaux titres, de m’arrêter sur le numéro estival du zine Filles missiles ayant pour thème Gérer le vide. Un thème vaste qui m’a finalement proposé une plongée dans le vide comme un sentiment nourri par le manque, le mal-être, la perte de sens, la dépression et l’anxiété. Une perspective qui s’annonçait pesante et étouffante comme la canicule qui a accompagné ma lecture.

Filles missiles, le blogue, le zine et l’univers

Créé en 2015 par Marie Darsigny, Sara Hébert et Daphné B., Filles missiles est une plateforme web et papier de diffusion et de promotion d’artistes féminines québécoises en littérature et en arts visuels. Le contenu est féministe, fort, engagé et très contemporain.  Je dois avouer que je connais Filles Missiles depuis peu, mais que je ne suis pas la première collaboratrice a m’y être intéressée; le second magazine papier des Filles Missiles : #pouvoir magique résume bien sa ligne éditoriale, et vous donnera envie de lire leur deuxième numéro.

Gérer le vide – été 2018

C’est surtout la découverte du blogue Filles missiles qui m’a poussée vers le numéro d’été du zine, plus que son thème. Pour moi, le vide n’est pas nécessairement négatif. Faire le vide, c’est m’arrêter, me retrouver, me recentrer. J’apprécie la solitude et les moments contemplatifs. J’aime m’arrêter et ne rien faire… Or, ce n’est pas ce genre de vide qui est exploré. Au contraire, accolé au verbe gérer, le mot vide se charge d’une connotation négative, lourde.

« Comment s’occupe-t-on de soi quand tout prend le bord ? Peut-on remplir le vide existentiel en s’achetant le mascara le plus cher au Pharmaprix ? Est-ce que les trous de beignes se sentent seuls ? Un bouquet de fleurs, est-ce vraiment un cadeau réconfortant ? Quelle est votre planète préférée (il paraît que sur Uranus, ça sent le pet) ? Si je crie assez fort dans ma tête, est-ce que mon crush peut m’entendre ? Le yoga est-il une panacée ? Êtes-vous tannées de lire la citation de Cohen « there is a crack in everything/ that’s how the light comes in » ? Crier sous l’eau, est-ce que ça fait du bien?”

Dans ce numéro, 16 autrices étalent, creusent l’oppression du vide créé par le manque, le déséquilibre et l’anxiété. Les quelques images et collages font sourire, mais ce sont surtout les textes, très intimistes, qui touchent. Plusieurs offrent un regard de l’intérieur, sans fards et sans artifices, sur l’anxiété, le trouble de la personnalité limite et le suicide. Ce zine m’a fait comprendre la chance qui est mienne de voir le vide comme une opportunité et non pas comme un gouffre.

Parsemé de petites perles tout au long de ces quelques 40 pages, le zine donne envie de se plonger dans le travail de ses autrices, de poursuivre les découvertes. Plusieurs noms se sont ajoutés à ma liste de lecture dont celui d’Alice Rivard. Son texte Dans le bain hisser le drapeau blanc après la grande dérape cosmique devant le regard judgemental de Napoléon Bonaparte (re : maudire Cœur de Pirate à marde) porte le zine, grâce à son rythme et sa véracité.

« […] t’étais là à boire une crisse de tisane frette après t’être fait annoncer par ta tête qu’aujourd’hui allait être une autre journée de marde où tu ne pourrais pas performer, fonctionner, remplir des exigences, te conformer à une réalité qui n’est pas tienne, forcée à te contenir, à te contrôler dans ce bain-camisole de force, dans ces eaux parfumées de lavande qui ne t’apaisent même pas […] »

Il y aussi le court texte Essorage de Myriam Côté qui s’est démarqué et que j’ai trouvé particulièrement touchant et beau. Il se doit d’être lu dans son ensemble pour déployer toute sa force, mais j’en laisse quelques lignes, question de donner le ton.

« Parfois, dans ma peine, je me durcis. Pour contourner ma misère, je me triture. Je me crosse quand je suis triste, je n’ai rien de mieux à faire que de me tordre, de m’essorer les intervalles quand j’ai l’âme lourde. »

Filles missiles et ses autrices s’avèrent être une magnifique découverte. Leur plume et leurs idées me rejoignent et me stimulent. J’ai terminé ma lecture, malgré la pesanteur du thème, avec une certaine légèreté, une fébrilité. Je trouve qu’elles ont du cran et que leur audace est contagieuse. Elle nous donne envie de faire partie comme lectrice, et pourquoi pas comme autrice, de leur mouvement et de leur prise de parole. Je surveillerai donc assurément leur prochaine publication ainsi que leur prochain appel de textes!

Et vous, quel est votre plus récent engouement littéraire? 

 

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Roger et ses humains, plaisir assuré!

En 2015, le Youtubeur français Cyprien publie la bande dessinée Roger et ses humains, en collaboration avec l’illustrateur Paka. Étant une grande fan de Cyprien, j’ai demandé à une amie qui allait en voyage à Paris de me ramener une copie, seulement quelques semaines après sa sortie! C’était la première fois que j’obtenais une bande dessinée avant sa date de sortie prévue ici! Heureusement, la bande-dessinée est arrivée dans les librairies québécoises quelques mois plus tard!

L’histoire nous présente d’abord Hugo, un jeune homme accro aux jeux vidéos qui n’a pas grande ambition. Le jour de son anniversaire, il est convaincu que tout le monde, y compris sa petite amie avec qui il vit, l’a oublié, jusqu’à ce qu’il trouve une boîte mystérieuse devant sa porte contenant un petit robot à l’intelligence plus que développée. Le petit robot en question s’appelle Roger et malgré ses connaissances infinies, il peine à comprendre toutes les subtilités du monde qui l’entoure. Roger se donnera alors pour mission de s’adapter du mieux qu’il peut à Hugo et à sa copine, puis traversera avec eux une aventure finale plus grande que nature!

Mais qui est Cyprien?

J’ai commencé à regarder les vidéos de Cyprien il y a déjà 7 ans environ, grâce à mon amie française. J’ai tout de suite apprécié l’humour de Cyprien qui se veut léger, mais qui laisse aussi place à la réflexion et une certaine critique de la société. Vous pouvez voir quelques-unes de ses vidéos ici!

Ce que j’ai également grandement apprécié de Cyprien est sa versatilité. Il a toujours de nouveaux projets qui font en sorte que son contenu se diversifie et s’enrichit. Il a récemment commencé une histoire audio, sous forme de vidéos Youtube. Les divers personnages racontent l’histoire, le tout accompagné de quelques dessins illustrant des scènes particulières. Il a également une chaîne spécialisée dans les jeux vidéos, une ligne de vêtements disponible en Europe seulement et une chaîne en collaboration avec un autre grand Youtubeur français Squeezie, Bigorneaux & Coquillages. À ce jour, Cyprien compte plus de 12 millions d’abonnés, rien que sur sa chaîne solo!

Roger et ses humains est son premier projet de bande dessinée. Il n’a toutefois pas réalisé les dessins, par manque de temps. Il a préféré demander l’aide d’un ami dessinateur pour pouvoir mettre en place le projet dans un délai raisonnable. Une suite a été annoncée à la fin de la bande dessinée. Elle sortirait apparemment en octobre 2018… À suivre!

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Roger et ses humains, tout en légèreté et en humour

Probablement que je ne me serai pas empressée d’acheter la bande dessinée de Roger et ses humains si ce n’avait été de Cyprien. En tout cas, je ne l’aurais certainement pas fait venir à l’avance d’Europe! Toutefois, je ne regrette pas, car même après plusieurs années, je la relis de temps en temps toujours avant autant de plaisir.

Je crois que même ceux et celles qui ne connaissent pas du tout Cyprien pourront apprécier l’histoire d’Hugo et Roger. Les personnages sont attachants, les dessins sont à mi-chemin entre le manga et la bd plus traditionnelle et il y a même quelques références geek bien appréciées. Je tiens toutefois à souligner qu’il y a quelques sous-entendus sexuels et une certaine violence; je ne la recommande pas pour les enfants.

Toutefois, je crois que j’aurais aimé voir Hugo évoluer un peu plus à travers son aventure avec Roger, car il reste plutôt similaire du début à la fin de l’histoire. Il reste cet accro aux jeux vidéos un peu bête, mais attachant, malgré tout ce qu’il a vécu avec Roger. Il est pourtant en contact avec le robot le plus intelligent de la Terre et même cela ne semble pas le motiver à évoluer personnellement. Peut-être faudra-t-il attendre au tome 2 pour découvrir un nouveau Hugo?

Aviez-vous lu Roger et ses humains? Si oui, avez-vous hâte au tome 2?

Le fil rouge Littérature québécoise Abla Farhoud Le fou d'Omar Édition Typo

Omar mon voisin

Quel plaisir de découvrir une nouvelle histoire d’Abla Farhoud! Je suis tombée en amour avec sa plume à la suite de la lecture de son autofiction Toutes celles que j’étais. En fait, c’est la maison d’édition TYPO qui a réédité ce petit bijou qu’est Le fou d’Omar et j’étais bien heureuse de découvrir cette oeuvre.

Cette fois, Abla Farhoud nous emmène dans une histoire de secret de famille d’immigrants. Lorsque je commençais un nouveau chapitre, je découvrais un nouveau personnage qui me permettait de découvrir le secret qui entoure cette famille. J’avais ainsi une perception différente du «problème» qui règne au sein de ce clan. Il y a tout d’abord le petit deuxième de la famille, Rawi, qui a littéralement tout fait pour mettre ce secret derrière lui. Il se fait passer pour un Français au teint olive en changeant de nom, et ce, même s’il est un immigrant libanais. Il est également un célèbre écrivain. Alors que par sa nouvelle identité inventée, il s’était fait orphelin pour que personne ne pose de questions sur sa famille, il apprend que son père est décédé. Alors qu’arrivera-t-il au secret ?

D’un autre côté, des chapitres concernent les voisins qui ont constaté l’étrangeté qui règne dans cette famille. Ils ont vu une mère généreuse, patiente qui s’occupe de son jardin. C’est cependant à la suite de son décès que la famille s’est séparée; elle en était le noyau. Ils ont vu un des enfants, Omar, se promener nu dans les rues, devenir itinérant et se perdre, mais ils ont surtout vu sa folie. Ils l’ont surtout constaté quand Omar, désespéré, a enterré son père dans le jardin car il ne savait que faire du corps.

Le secret d’Omar est sa folie

À la suite du décès de sa mère, Omar vit seul avec son père. Son frère et ses soeurs avaient fui cette réalité qu’ils avaient de la difficulté à comprendre. Abla Farhoud a bien su parler de ce sujet très sensible qu’est la santé mentale. Elle a su le faire avec respect, sans exagération, sans flafla. Elle a su me faire comprendre l’incompréhension de cette famille, qui n’arrive pas à avoir le contrôle et qui tente de garder la tête hors de l’eau. J’ai perçu la culpabilité d’Omar d’être qui il est et celle de son frère Rawi qui a fuit ses responsabilités. Ce qui est plutôt cocasse, c’est que tout au long du roman, Omar nous parle de son rêve de devenir écrivain et du trop plein d’amour que son père lui donnait. Alors que c’est Rawi, qui lui se plaint que son frère Omar se faisait beaucoup trop facilement pardonner ses folies par son père, qui est devenu le célèbre écrivain.

Personne ne souhaite faire face aux problèmes de santé mentale. Nous connaissons tou-te-s de près ou de loin quelqu’un-e qui souffre de maladie. Abla Farhoud a su faire ressortir plusieurs sentiments que nous pouvons ressentir face à cette réalité, autant si on est atteint que si c’est notre voisin-e ou quelqu’un-e de notre famille qui l’est. Ce roman m’a aidée à me sentir à l’aise face à ces maladies parfois déstabilisantes. Soyons patient-e-s et compréhensif-ve-s.

Connaissez-vous d’autres romans qui parlent de personnes qui ont un trouble de santé mentale ?


Le fil rouge remercie les Éditions TYPO pour le service de presse.

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L’effet Foenkinos

Cette année, j’ai découvert avec une joie de plus en plus enivrante que je pouvais enfin répondre à la fameuse – et si difficile – question : mais qui est donc mon auteur préféré? Chacun de ses livres me charme un peu plus, me rend encore plus en amour avec son œuvre et avec ses mots. L’écriture de David Foenkinos est d’une douceur et d’une justesse renversantes. Son dernier livre, Vers la beauté, ne fait pas exception.

Des destins qui s’entremêlent

Comme à leur habitude, les personnages de Foenkinos sont fascinants. Antoine Duris est l’homme prospère typique : un bon emploi, une relation stable qui fait des jaloux et une vie qui n’est pas loin d’être parfaite. Sa vie semble basculer quand Louise, sa copine, le laisse sans crier gare et qu’il décide de tout quitter pour devenir gardien au musée d’Orsay. Sa sœur, qui le connait comme le fond de sa poche, n’y croit pas une seconde et part à sa recherche.

Camille est une jeune fille remplie d’ambition et de vie qui, du jour au lendemain, devient une épave plus qu’un être humain. Son entourage essaie tant bien que mal de la ramener à la vie, sans grand succès.

Antoine et Camille, que pourtant tout sépare, se retrouvent dans une chute libre qui laisse leurs proches dans l’incompréhension la plus totale.

La beauté par l’art

Ce livre, non seulement par son titre, mais aussi par son histoire et l’écriture qui la raconte, est d’une beauté enivrante. Foenkinos réussit, encore une fois, à créer des personnages juste assez étoffés, tellement attachants et auxquels on peut s’identifier.

Une œuvre d’art, peu importe sa forme, est bien plus que ce qu’on peut voir au premier coup d’œil. Ces œuvres sont partout : dans nos bibliothèques, dans nos musées, à chaque coin de rue. C’est ce que ce livre essaie de nous faire comprendre, que la laideur de ce monde doit laisser place à toute la beauté qui nous entoure. Antoine et Camille en sont eux aussi témoins. Ils sont en recherche constante du beau, du doux et du dérangeant. Leurs vies tournent et tournent encore autour d’un même point : l’art et tout ce qu’il peut vouloir dire.

« On dit parfois d’un roman qu’il faut savoir le lire entre les lignes ; Antoine estima qu’il en était de même pour le travail de Camille ; il fallait l’observer entre les couleurs.»

Ce qui m’a le plus fascinée dans ce livre, ce sont les notes de bas de page. J’ai la fâcheuse habitude de ne jamais les lire, par paresse plus que par manque d’intérêt. Cette fois-ci, pourtant, j’ai décidé de faire exception à cette mauvaise habitude et je peux vous dire que c’est le plus beau cadeau que je pouvais me faire. Les annotations de David Foenkinos sont remplies de richesse et de simplicité, tout en ajoutant une touche unique à l’histoire.

Douleur et douceur se partagent ce livre, chacun ne prenant pas plus que la place qui lui est due. L’art et la vie ne font ici qu’un, l’un s’inspirant de l’autre dans un cercle sans fin.

Et selon vous, où l’art peut-il se retrouver?

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La douceur et la précarité de l’amour

On dit que l’été est la saison des amours. Peut-être pour ses longues nuits qui ne se terminent jamais ou pour ce laisser-aller collectif. On en oublie même le temps. Les jours deviennent des secondes et nos yeux restent toujours ouverts devant le bonheur de chaque personne qui croise notre chemin. On s’éternise au parc, on renoue avec un vieil ami ou bien on accepte de prendre un verre ou deux avec un inconnu. Tout est léger, frivole et frais. On s’émerveille et on se laisse aller au gré de cette saison volatile jusqu’au moment où la réalité reprendra son cours de route. Ou pas.

Bien qu’il y ait le coup de foudre, il y a aussi ce type d’amour qui exige de nous une désinvolture totale. Car rien n’est plus dur que de s’affirmer, de se laisser aller et de décider de prendre le risque de voir son coeur se briser ou celui d’une personne qu’on aime déjà plus qu’elle ne le croit.

Mea culpa ; j’ai un petit faible pour l’été et les mots d’amour. Ces derniers, je les lis, je les savoure et ils me donnent la paix d’esprit face au tourbillon qu’est ma vie émotive depuis plusieurs années. Les mots me calment, m’inspirent et même si – oui, ils sont parfois quétaines – me donnent la force de croire qu’il est encore possible d’aimer sans se déchirer. Effrayée de manquer de lectures durant mes dix jours de vacances, je suis partie le sac à dos chargé de livres. Parmi ceux-ci, une tendresse s’est glissée et m’a accompagnée le temps d’un après-midi brumeux à la plage. Il s’agit du premier roman de Marie-Claude Chartier: L’allégorie des truites arc-en-ciel. Retour sur un récit d’amour, d’amitié et de déchirures.

L’amitié et ses métaphores

L’allégorie des truites arc-en-cielc’est l’histoire de Max et de Cam. Lui est un tombeur et un charmeur qui évolue au sein d’une jeune agence de publicité. Il est drôle, vient d’une famille aisée et entretient des liens tendus avec celle-ci. Cam est plutôt le genre de fille qui attire les regards, mais qui peine à s’engager. Elle travaille dans un café à temps partiel tout en terminant sa maîtrise en psychopédagogie (comme l’autrice, Marie-Claude Chartier), même si elle rêve secrètement de devenir écrivaine. Les deux protagonistes se rencontrent par le biais de l’ex de Cam (aussi le meilleur ami de Max). À la suite d’échanges secrets, ils en viennent à la conclusion qu’il est mieux de rester amis pour ne pas se briser le coeur mutuellement. Mais est-ce que l’amour se contrôle réellement? Et surtout, jusqu’où la peur peut-elle nous empêcher d’avancer?

On nous embarque dans un roman léger, à l’eau de rose et quelque peu cocasse. Ça nous rappelle bien évidemment le premier roman de Raphaële Germain, Soutien-gorge rose et veston noir.  D’une certaine façon, on pourrait dire qu’on tombe dans la chic lit, mais je préférerais dire qu’on reste dans la jeune romance hipster. Oui, ne me lancez pas des roches s’il-vous-plaît. Hipster. C’est-à-dire qu’on tombe vite dans le cliché de notre génération: fuis-moi, je te suis; je te suis, fuis-moi. Si bien que dès les premières lignes, on saisit très bien l’enjeu de la relation et surtout comment elle se finira. C’est un livre certes très prévisible, mais empreint de beaucoup de douceur, de lumière et d’espoir. 

1+1 = ?

Marie-Christine Chartier fait une belle entrée dans l’univers littéraire. Sa plume toute en finesse est agréable à lire. Si on reste tout de même dans l’énumération simple, certains passages ont pour effet de nous apaiser, comme un petit baume sur le coeur. Ce sont des réflexions sur nos rapports avec les autres, sur notre façon de voir l’amour à travers nos parents, nos amis et nous-mêmes. Max et Cam se partagent la narration à tour de rôle, ce qui permet d’avoir deux points de vue différents sur les événements de l’histoire. Par contre, on sent la neutralité de Chartier. Si bien qu’on a l’impression que les deux personnages ont la même voix, les mêmes peurs et les mêmes envies. À mon avis, la plume de Chartier manque un peu de précision à ce niveau. Car même si les deux personnages sont proches et ont une belle complicité, il est impossible qu’ils pensent de la même façon. Ce qui engendre un manque de subtilité et de profondeur dans les personnalités des personnages. Ils sont jeunes, inquiets de l’avenir et de la fragilité de leurs relations. C’est un portrait juste de notre génération et des maux qu’elle porte. J’aurais donc aimé voir des personnalités plus élaborées, qui ne finissent pas nécessairement les phrases de l’autre.

Ceci étant dit, chapeau d’avoir défendu une histoire de la sorte. On ne se le cachera pas, les histoires d’amour pleuvent et se ressemblent. Même si l’histoire suit le même canevas que la plupart des autres, il y a quelque chose qui la rend unique. Peut-être par la douceur des propos et la lenteur appliquée. C’est une belle lecture d’été qui se savoure en deux ou trois après-midi et qui nous donne le sourire aux lèvres. L’enjeu du livre est bien intéressant. Oui, on aborde souvent les gens qui ont de la difficulté à s’engager. Mais cette fois-ci, on met vraiment l’emphase sur le passé, sur ces relations qui font mal, et celles qui sont difficiles à accepter lorsqu’elles se terminent. Mais cette fois-ci, on met l’emphase sur celles qu’on impose parfois, lorsque nous décidons de mettre fin à une relation. Et c’est un vent de fraîcheur pour moi. On dit souvent que la personne qui laisse a moins mal. D’une certaine façon, c’est vrai. Mais en même temps, porter la douleur et briser la personne devant soi peut être tout aussi éprouvant et marquant. Et c’est vers ce point de vue que s’oriente d’abord la difficulté de s’engager des personnages. La peur d’imposer la tristesse à l’autre, de lui enlever l’espoir d’aimer et de se faire aimer. C’est un point de vue différent et très intéressant qui est abordé dans l’oeuvre.

L’amour au temps de la ville

De plus, mention spéciale à l’univers dans lequel évoluent nos deux personnages principaux. Bien aimé aussi voir les personnages vivre dans les quartiers de Québec. On sent que c’est une ville qui a beaucoup changé au courant des dernières années et c’est agréable de la découvrir par les yeux de deux jeunes protagonistes aux occupations différentes. La description est juste et sincère, que ce soit le bruit des tasses de café ou la mélodie virulente de Messenger, on arrive vite à se mettre dans la peau de ces jeunes qui ont cette envie sincère de s’aimer, mais qui sont trop maladroits pour se l’avouer.

L’allégorie des truites arc-en-ciel est une belle lecture d’été. C’est une oeuvre charmante qui aborde la complexité de l’amitié qui se transforme bien souvent en amour. C’est un portrait franc et honnête de notre génération qui nous pousse à croire que l’amour n’est pas perdu, qu’il est encore possible de s’abandonner à l’autre. De retour dans la grande ville, je célèbre mes derniers jours d’été et je pense à toutes ces fois où j’ai eu peur, où j’ai dit non pour ne pas être blessée. Les maux du cœur sont si intenses qu’on oublie parfois que l’amour est simple et tangible. Il est partout. Et même s’il n’est pas synonyme de stabilité, il amène parfois un vent de fraîcheur. C’est la première étape pour rebâtir sa propre confiance et accepter qu’au fond, l’amour, c’est comme la bicyclette. On n’oublie jamais comment aimer et comment être aimé.

Et vous, quelles romances littéraires ont bercé votre été?