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La supplication à travers les yeux des victimes de Tchernobyl

En mai dernier, j’ai été happée, comme plusieurs autres, par la mini-série Tchernobyl de HBO qui revisite l’accident nucléaire de 1986. Cette série n’y va pas de main morte et ne camoufle pas ce qui est réellement arrivé, comme ça a été fait par le passé. J’en suis sortie bouleversée, et dans mes recherches pour en apprendre encore plus, je suis tombée sur le fabuleux livre de Svetlana Alexievitch, La Supplication.

L’horreur de la vérité

Ce livre, qui prend la forme d’un documentaire littéraire, utilise les voix des victimes de Tchernobyl pour raconter leur histoire. Pendant les dix années suivant l’accident, l’autrice a interrogé des témoins, des victimes et des survivants de ce qui s’est passé lors de cette journée fatidique. Elle a récolté des témoignages bouleversants qu’elle nous transmet à travers son œuvre. Ma collègue du blogue, Nathalie Slupik, a d’ailleurs écrit un article en 2017 sur le travail formidable de Svetlana Alexievitch que je vous invite à aller lire de ce pas.

Cette vision nouvelle et poignante de la catastrophe, qui est également reprise dans la mini-série de HBO, m’a donné l’impression d’enfin pouvoir saisir la véritable étendue de cet évènement qui a longtemps été camouflée et atténuée. Les survivants qui ont accepté de replonger dans leurs souvenirs ne le font clairement pas sans mal, et c’est cette douleur qui rend cette lecture si difficile, mais essentielle. Ce qu’ils ont vécu est indicible et pourtant ils en parlent avec un courage impressionnant.

«On peut parler avec les morts comme avec les vivants. Je ne vois pas de différence. Je les entends, les uns comme les autres. Lorsqu’on reste tout seul… Et lorsque la tristesse vous gagne… une tristesse immense. […] Et toi, ma petite, as-tu compris ma tristesse? Tu vas la porter aux gens, mais je ne serai peut-être plus là. On me trouvera sous la terre… Sous des racines.»

Donner une voix à ceux qui n’en ont plus

Svetlana Alexievitch a réussi avec son livre à nous livrer l’histoire de tellement de gens qui autrement seraient restés dans l’ombre! Elle leur a donné la voix qu’ils n’avaient plus, leur a permis de partager ce qui, pour eux, était les véritables conséquences de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl.

Et vous, que connaissez-vous de Tchernobyl?

 

Une fille pas trop poussiéreuse

Apocalypse 2.0: une fille pas trop poussiéreuse

« Tout le monde meurt tout le temps, mais encore plus depuis la fin du monde. » (p. 11)

Depuis que je suis toute petite, j’ai toujours aimé les univers post apocalyptiques. J’ai même eu un ex (un peu trop crack-pot, par contre) qui me racontait ses plans de bunkers en prévision d’une fin du monde potentielle. Je n’ai jamais été vraiment d’accord avec ça, par contre: moi, si le monde implosait et que la vie telle que nous la connaissions se terminait, je ne m’enfermerais pas dans un bunker. J’irais dehors et je m’adapterais (ou pas). Tant qu’à mourir et à voir tous mes proches disparaître, aussi bien que ça dure le moins longtemps possible…

Le livre Une fille pas trop poussiéreuse de Matthieu Simard raconte justement une fin du monde 2.0 qui s’étire sur quatre longues années pour le protagoniste. On n’y trouve rien des grands classiques du mythe de l’apocalypse: il n’y a pas d’anges qui descendent du ciel, pas de trompettes, pas de grêle de sauterelles.

Juste une grosse couche de poussière grise et épaisse.

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Le début de la fin

L’apocalypse s’est amorcée par ce que beaucoup disent aujourd’hui, en rigolant, être la « fin du monde »: il n’y avait plus de wifi, plus d’électricité, plus de réseau, plus d’internet. La vraie catastrophe, hein? Alors tout le monde s’est retrouvé seul dans son existence anéantie, perdu, sans savoir quoi faire.

Au début, les gens ont fait le party. Ils ont bu tout l’alcool, vidé les dépanneurs et les SAQ et ils ont fait de gros feux de joie. Enfin quelque chose pour briser la monotonie!

« Quand tout existait encore, nous n’avions pas osé espérer la fin du monde, ç’aurait été indécent. Mais quand elle est arrivée, nous nous sommes permis un soupçon de soulagement, comme si avec la majorité de ce que nous connaissions disparaissait aussi la majorité de nos soucis. » (p. 73)

C’est après que ça s’est gâté. Après, la nourriture s’est fait plus rare. Les maisons et les magasins étaient pillés. Il n’y avait plus d’eau courante. Les voitures n’avaient plus d’essence et les pompes ne fonctionnaient plus. Les gens sont tombés malades et ont dû faire face au fait que c’était bel et bien la fin du monde. Mais, surtout, ils ont dû faire face au fait qu’ils n’avaient aucune idée de la cause de cette apocalypse.

« Chérie, fais-moi l’indifférence. »

« La fin du monde a ça de curieux: elle nous confronte à nous-mêmes, comme un miroir qui ne cesse de craquer, et nous finissons par ne voir que nos défauts d’avant, tous les travers des enfants gâtés que nous étions, toutes les fissures dans le confort que nous n’avons plus, le mauvais et le laid que nous étalions dans chaque geste écourté, nos manies modernes qui nous poussaient à vouloir tout voir le moins longtemps possible, veni vodi selfi. » (p. 15-16)

À travers son récit d’apocalypse, Matthieu Simard nous ramène à des questions bien réelles d’existentialisme et de matérialisme. En confrontant notre quotidien à la menace hypothétique d’une fin du monde, il nous jette en pleine face le vide de nos existences, la vanité de nos comportements et surtout, la futilité des choses que nous considérons pourtant comme « essentielles ». Il nous pointe du doigt ce que nous serions sans cette « connexion » que nous sommes habitués d’avoir, la connexion aux autres, mais aussi au savoir accessible du bout du doigt. À coups de «OK Google» ou de recherches en ligne, nous avons accès à toutes les informations que nous désirons, en à peine quelques secondes.

Prenez un instant pour vous imaginer perdre cet accès de façon permanente. Plus moyen de savoir comment va mononcle à Nominingue, cousin au Mexique, ni même grand-maman qui n’habite qu’à l’autre bout de Montréal.

Face à cette déconnexion trop abrupte, la civilisation d’Une fille pas trop poussiéreuse tombe dans la dépression et la dépravation. Les gens tentent de combler le vide intérieur et extérieur en cherchant le contact humain. Le sexe devient un moyen d’assouvir leurs besoins, non pas charnels, mais intérieurs comme le besoin d’une présence, le besoin d’oubli, le besoin de ne plus se sentir seul et de trouver un sens à ce qu’ils sont en train de vivre.

Une fille pas trop poussiéreuse

Entre le sexe meaningless et les conversations vides de sens, Matthieu ressent le vide du nouveau monde qui entre en collision avec son vide intérieur. Il lui manque quelque chose, ou plutôt quelqu’un: une fille pas trop poussiéreuse avec qui terminer son aventure. C’est là l’aspect qui m’avait de prime abord un peu déçue. J’ai trouvé ordinaire qu’on me ramène à un cliché aussi pittoresque. Mais en y pensant bien, ce serait probablement le réflexe de n’importe qui dans une situation pareille. La mini quête de l’amour de Matthieu n’est ainsi pas un moteur littéraire, mais plutôt une reproduction plausible de la réalité hypothétique du roman.

L’ambiance évolue au fil des pages, passant d’une narration plutôt légère à une écriture plus amère et à un humour plus sarcastique. Le ton devient de plus en plus lourd, les sujets également. Et c’est écrit avec des mots si simples qu’ils n’en sont que plus forts.

« Philippe tousse. Et tousse. Puis il ne tousse plus. Son corps comme du beurre de canicule se répand sur Beatriz, qui le repousse. Il glisse par terre et roule jusqu’à moi. Je pose ma main sur sa joue. Il n’y a plus rien à faire.

Oui, je sais, tout le monde haït ça, un livre d’enfants morts. » (p. 120)

La fin de la fin du monde

La fin du roman est surprenante, non pas parce que Matthieu meurt (ça, on le savait dès le début), mais parce qu’il trouve le sens de son existence (ou plutôt de sa mort) ailleurs que dans l’amour d’une femme. (Je ne vous en dis pas plus, à vous de le découvrir!)

Une fille pas trop poussiéreuse, c’est un roman qui finit mal. Qu’on referme avec un sentiment doux-amer, celui d’avoir eu une lecture franchement agréable, mais qui laisse une sensation de béton dans l’estomac.

Mais surtout, c’est un roman qui nous remet les idées à la bonne place, qui nous permet de relativiser le monde dans lequel nous vivons et qui nous donne l’occasion de redéfinir nos priorités.

Peut-être que, finalement, ce n’est pas la « fin du monde » s’il reste de la vaisselle sale sur le comptoir. Peut-être que, finalement, je ferais mieux de profiter de la fin du souper de famille plutôt que d’aller commencer à tout ranger. Parce que si demain, une grosse tonne de poussière tombait sur la ville, je préférerais avoir passé du temps avec ceux qui me sont proche plutôt qu’avec mes assiettes qui ne seraient plus très propres anyway.

Et vous, quels romans apocalyptiques vous ont profondément remué(e)?

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Gilead, quinze ans plus tard

Il aura fallu près de 35 ans à l’autrice Margaret Atwood pour nous servir la fameuse suite de son roman dystopique, probablement son plus connu, La servante écarlate. Bien qu’elle terminait déjà ce dernier sur des « Notes historiques », projetant les lecteurs et lectrices en 2195 alors qu’un colloque universitaire se penche sur les écrits laissés par June, comme un héritage, un testament, c’est en fait la société d’aujourd’hui qui a invité, tout naturellement, l’autrice canadienne à poursuivre l’écriture de cette histoire. Il y a un peu plus d’un an, j’abordais ce sujet dans un article que vous pouvez lire juste ici pour vous remettre dans le bain.

Cet épilogue agit telle une lueur d’espoir à la fin de ce roman désolant, obscur et loin d’être réjouissant. Bon, c’est un bien simple baume pour tout ce que nous avons enduré à travers ces 483 pages, me direz-vous, mais il demeure qu’une part de lumière réside au sein de ces dernières lignes. Effet semblable à celui suscité par l’appendice que l’on retrouve dans l’œuvre de George Orwell, 1984. À ce propos, Atwood avoue s’être inspirée de celui-ci pour écrire les « Notes historiques » présentes à la fin de La servante écarlate.

Dans la même veine, Les Testaments ne nous laisse pas les mains vides, le cœur glacé et les yeux mouillés. Si La servante écarlate mettait principalement en scène l’implantation du régime dictatorial de la République de Gilead, sa suite y articule plutôt sa déchéance, pour le plaisir de tous les admirateurs et admiratrices de l’œuvre.

Trois narratrices valent mieux qu’une

Atwood ancre Les Testaments quinze ans après les événements impliquant June, protagoniste principale du premier roman. Malheureusement, les commandants et leurs sbires sont toujours au pouvoir dans la grande majorité des États-Unis. En contrepartie, un soulèvement se prépare. Une rébellion, venant de tous bords tous côtés, autant de l’extérieur que de l’intérieur des frontières invisibles séparant le monde décent de celui régi par le régime théocratique, est tapie dans l’ombre.

Ce sont trois femmes, n’ayant à première vue rien en commun, qui s’uniront pour mettre à feu et à sang des années de contrôle, de soumission et de sévices de tous genres. La mort d’un modèle d’une telle violence ne pouvait prendre fin que sous les mains de femmes. Nous les suivons d’abord séparément, car elles ont chacune leur histoire, leur passé et leur parcours avant que ceux-ci les mènent à leur fameuse rencontre.

Je ne dévoilerai pas l’identité des trois femmes. Je n’ai pas eu la chance de pouvoir faire mes propres déductions en raison d’un divulgâcheur mal accueilli. Je ne souhaite donc pas vous faire vivre ma propre expérience. Tout ce que je peux préciser, c’est que les chapitres qui accompagnent chacune des narratrices ont des titres respectifs, qui sont les suivants :

  • « Testament olographe d’Ardua Hall » (avec l’image d’un stylo)
  • « Transcription des déclarations du témoin 369A » (avec l’image d’une servante)
  • « Transcription des déclarations du témoin 369B » (avec l’image d’une jeune fille)

La pluralité des voix nous permet de comprendre la problématique de Gilead (maintenant Galaad dans le nouveau roman) sous des angles divers. Toute réalité n’est pas comparable et, parfois, il est possible de le saisir seulement grâce à la confrontation des vécus. La divergence des opinions sur un sujet choisi est souvent représentative des milieux culturels desquels sont issus les individus, ce que donne à voir Les Testaments. Il s’agit probablement d’une des plus grandes forces de ce roman d’Atwood.

Roman nécessaire?

Plusieurs diront que Les Testaments n’était pas nécessaire et que la première fin de La servante écarlate, celle mettant en scène le destin incertain de June alors qu’elle est amenée vers une destination inconnue dans un fourgon, était plus intéressante vu les multiples possibilités d’ouverture qu’elle proposait. Néanmoins, je crois que cette suite révèle véritablement les mécaniques sous-jacentes à l’installation de Gilead. Nous en comprenons mieux le fonctionnement et nous ressentons encore plus, quoique c’était déjà un peu le cas, les nombreuses pertes que subissent les femmes qui y vivent, premières victimes du régime, et ce, autant celles qui y ont grandi, que celles qui ont participé à son ascension. Somme toute, il y a place à la rédemption et, pour être de celles qui croient en la réhabilitation, j’étais bien heureuse de lire qu’il y a toujours place à la réflexion humaine et empathique, même dans un univers noir, asservissant et aliénant.

Et vous, lirez-vous la suite de La servante écarlate? Dans le cas contraire, pourquoi refusez-vous de le faire? Est-ce parce que vous êtes pleinement satisfaits du premier roman ou, même, de la série télévisée?

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Moins de Schtroumpfette, plus de ça!

Comme bien d’autres, j’ai été dans ma jeunesse une très grande lectrice de bandes dessinées. À cette époque, j’ai lu compulsivement tous – et je dis bien TOUS – les albums disponibles à ma bibliothèque de quartier. Avec le recul et la maturité qu’apporte inévitablement l’âge adulte, j’ai réalisé, non sans quelque amertume, que presque toutes mes héroïnes de jeunesse préférées, de Laureline à Natacha, en passant par Aria, Calendula ou les espionnes du Brelan de dames, aussi badass soient-elles, étaient avant tout… des pin-up!

C’est maintenant évident : toutes ces vieilles séries, même si elles ne sont pas dépourvues de qualités, manquent cruellement de représentations féminines réalistes et non sexualisées. Par chance, Yoko Tsuno, qui était de loin ma favorite, est là pour sauver la mise de la BD franco-belge des années 70 et 80!

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« Hopeless » de Roy Lichtenstein (version pirate!)

Heureusement, les mentalités ont beaucoup évolué! Depuis l’avènement d’Harry Potter, l’offre de littérature jeunesse s’est décuplée et la BD n’a pas fait exception. Voici deux albums coup de cœur qui proposent des modèles intéressants, actuels et inclusifs et que j’aurais bien aimé lire pendant cette période de la vie où la quête de modèles et de représentation est si importante.

Si on était…

En tournant les pages de cet album, j’ai pensé : « Enfin une BD pour ados vraiment sur la coche! » Axelle Lenoir a gagné le pari difficile de trouver le ton parfait pour s’adresser aux adolescents : ça sonne vrai, tout en restant dans le politically correct, et c’est éducatif sans être ennuyeux! Cela lui a d’ailleurs valu d’être nommée finaliste du Prix jeunesse des libraires du Québec 2020 et de faire partie de leur top 100 des meilleurs livres de l’année 2019.

La série, qui avait préalablement été publiée dans le magazine jeunesse Curium, met en scène deux amies à l’imagination débordante qui trompent l’ennui en s’inventant des vies plus farfelues les unes que les autres. Marie, à la naïveté attachante et à l’enthousiasme contagieux, et Nathalie, plus sérieuse et toute en attitude, sont des personnages féminins crédibles et loin des clichés. Elles sont très drôles et tellement stylées! J’ai vraiment envie que ces deux filles-là soient mes meilleures amies!

Le concept est amusant et le dessin est super. Que ce soit pour lire sur l’amitié et les premiers amours, pour en apprendre davantage sur les Vikings et les voyages interstellaires, ou pour trouver l’inspiration lors de votre prochain relooking, c’est le choix idéal. Si on était dans une BD, vous voudriez être dans celle-là!

Le prince et la couturière

Cet album au format plus que satisfaisant (il fait 300 pages!) a remporté plusieurs prix dans la catégorie jeunesse, notamment celui du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, en France, et le Prix Eisner, aux États-Unis.

La bande dessinée aux dimensions phénoménales raconte, elle aussi, l’histoire d’une belle amitié : celle d’un prince qui cache un lourd secret et de sa timide couturière. Tous deux en quête d’indépendance, Sébastien et Francès parviendront à s’émanciper grâce à leur relation basée sur l’ouverture et l’acceptation, et grâce à la mystérieuse Lady Crystallia, icône de la mode et coqueluche des bals et des salons.

Jen Wang aborde des sujets sensibles, comme la fluidité de genre et les préjugés, avec douceur et simplicité, et surtout sans lourdeur, d’une façon qui n’est pas du tout moralisatrice. Encore une fois, le ton est juste et le dessin, agréable. C’est un vrai conte de fées des temps très modernes, qui peut convenir à presque tous les âges, pour peu que l’on soit prêt à faire face aux questions des plus jeunes!

Merci à ces deux talentueuses bédéistes qui ont su créer des modèles auxquels la prochaine génération de jeunes bédéphiles aura vraiment envie de s’identifier!

Et vous, qui sont vos héroïnes de bande dessinée préférées?

Les vagues Virginia Woolf Folio classique roman livre lecture littérature lyrique poésie

Un navire de papier

Les froides journées d’hiver me donnent toujours envie de tout abandonner pour hiverner jusqu’au retour du soleil et des p’tits oiseaux, et de me rouler en boule au coin d’un feu avec un chocolat chaud et une pile de livres. La lumière blafarde du ciel hivernal et le silence duveteux de la neige fournissent le cadre parfait pour les lectures poétiques et introspectives qui font rêver. C’est donc le moment idéal pour s’enrouler dans une couverture et plonger dans Les vagues de Virginia Woolf, et ainsi quitter les rives de la réalité toutes voiles dehors!

Publié en 1931, Les vagues est un roman lyrique expérimental très particulier. C’est une lecture profonde, un voyage intérieur, une plongée dans les abysses de l’âme humaine. Les voix de six narrateurs, six amis d’enfance très différents les uns des autres, semblent rouler jusqu’à nous depuis un horizon lointain pour venir se briser sur les pages en alternance – elles arrivent et se retirent, comme des vagues! – et on se retrouve submergé dans une mer de sensations et de souvenirs diffus. Les images qui habitent les psychés des différents personnages déferlent, et l’histoire de leurs vies se déploie en une multitude de petits moments poétiques. La façon dont l’autrice est parvenue à raconter une histoire sans raconter d’histoire est tout simplement géniale!

C’est une élégie au temps qui passe, pleine de sagesse et de vérité, qui a le pouvoir de faire resurgir des trésors profondément engloutis en nous. Par cette succession d’images, d’émotions et de pensées, l’autrice tente de capturer l’essence même de l’existence humaine. Elle nous permet de comprendre que nous n’avons que peu d’emprise sur le cours des événements – qui nous emporte comme le courant – et que ce qui constitue réellement nos vies propres, ce sont plutôt toutes ces petites choses qui nous semblent insignifiantes mais nous font tels que nous sommes. Woolf explore également le concept de l’individualité et, par le ressac des consciences, nous révèle le paradoxe de la nature humaine : nous sommes tout aussi seuls qu’inextricablement liés les uns aux autres. Les vagues peuvent vous entraîner très loin, vous faire voguer vers des lieux inconnus et magnifiques, à la condition d’accepter de lâcher prise, d’accepter de larguer toutes les amarres et de vous laisser partir à la dérive.

Je n’avais jamais – honte à moi! – lu Virginia Woolf auparavant. J’ai adoré sa prose unique, empreinte d’une sensibilité exacerbée et d’une perspicacité hors du commun. Cependant, je dois admettre que ce n’est pas un livre des plus faciles à lire – j’ai eu, par moment, peur de m’y noyer! Cependant, une fois mes résistances abandonnées, j’ai été emportée par un maelström de mots et d’émotions! Ce livre est un chef-d’œuvre du genre de ceux qui laissent une marque indélébile et ne vous quittent jamais. Comme tous les vrais voyages, c’en est un qui forge le caractère et dont on revient changé. Je ne peux que vous recommander chaudement de monter à bord de ce navire de papier et de vous jeter à l’eau!

Et vous, quelles sont vos lectures d’hiver par excellence?

Le profil du papillon lune (partie 2), par Kim Renaud-Venne

Pour lire la première partie de la nouvelle, c’est ici!

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Quelques collègues harassés commencèrent à délaisser une à une leurs chaises de bois, aussi chancelantes qu’inconfortables, pour retrouver leurs lits douillets et leurs cernes du lendemain. La soirée avait passé sans que Robyne s’en rende compte, mais en voyant ces manteaux s’enfiler et ces regards fatigués, elle sentit quelques picotements tout le long de ses bras, comme un rappel lancé par cette autre Robyne : celle qui avait l’habitude de s’affoler lorsque l’heure du convenable prenait le bord. Agissant par mimétisme, elle fit ses aurevoirs et marcha seule en direction de son appartement, un peu froissée par cette partie d’elle-même qui la dévisageait quand le plaisir cherchait à entrer. Le bar n’était pas loin de chez elle, ce qui rendit la soirée tout de même satisfaisante. Elle connaissait bien le quartier, les ruelles bordées de vieux logis aux airs charmants et calmes qui la menèrent vers le sien. Elle repensa à cet intermède de vie qu’elle venait de quitter, déjà disposée à l’analyser. Elle n’avait rien à soulever de malheureux, d’incongrus. Rien qui ne pouvait la tourmenter. Elle avança en accélérant un peu la cadence. La nuit n’avait rien de sibérienne, mais l’air s’était de beaucoup refroidi, et un vent souffla si fort qu’il bouscula le rythme continu et égal de ses pas.

Alors qu’elle se hâtait, la tête penchée, l’homme du bar surgit d’une ruelle. Sa première réaction fut de crier. Un son étonnant qui, si on l’eut bien écouté, aurait pu ressembler à un éternuement lancé avec entrain. Dans d’autres circonstances, il en aurait fait rire plus d’un. Son corps décida alors de bloquer toute prochaine intervention de sa part et se raidit. Plus aucun bruit ne sortit de sa bouche d’où pourtant, il y a quelques instants, un flot de paroles s’échappait. Il ne s’agissait pas d’un grand flot, mais il fallait convenir qu’elle avait participé, au meilleur de ses capacités, aux conversations de ses collègues. L’homme lui présenta un bout de papier froissé. À l’instant même, si on y avait prêté un tant soit peu attention, on eut pu remarquer un fascinant rictus se dessinant lentement sur le visage de Robyne. Pour bien saisir l’étrangeté de cette mimique, il aurait fallu prendre une photo, mais évidemment l’événement ne s’y prêta pas. Sans un mot, comme si ses lèvres étaient scellées, l’homme secoua le papier. Le bras de Robyne parvint à se déloger du reste de sa carcasse afin de récupérer l’objet tendu. Lorsque le billet frôla le bout de ses doigts, l’homme déguerpit derrière l’immeuble le plus proche. Elle découvrit un fragment de papier manipulé sur lequel reposaient quelques mots inscrits avec peu de minutie. Une date, une heure, un lieu et un numéro suivi d’une lettre. Des images lui vinrent en tête, le pire allait survenir d’un moment à l’autre. Elle le sentit, maintenant que le froid attaquait ses os et brûlait ses yeux. On l’épiait donc depuis le bar. On la suivait peut-être depuis longtemps. Que lui voulait-on? Du mal. Que du mal, elle en était certaine. À moins qu’elle ne soit devenue la proie d’une quelconque plaisanterie. L’un n’excluait pas l’autre. Si elle continuait sur cette route, elle courait un très grand risque. Elle connaissait bien cette ignoble chose qu’était le dérapage de sa propre pensée. Au sortir de leur état léthargique, ses pieds s’affolèrent, si bien que, pendant sa course vers son appartement, elle manqua à deux reprises de s’affaler au sol et de s’ouvrir le crâne. Imaginer sa chute dans diverses circonstances était coutume chez Robyne. Elle risquait de se casser une jambe et de se fendre l’arcade sourcilière en descendant les escaliers, de se broyer le coccyx et de s’arracher les doigts dans l’un des recoins de l’escalateur ou encore de se disloquer un membre lorsque le sol devenait quelque peu glissant.

Elle monta les marches par deux, les jambes tremblotantes, tout en cherchant dans la poche de son manteau, une clé. Elle ne la trouva pas. Elle ne la mettait jamais ailleurs. C’était sa place. Où était-elle? Qu’allait-elle faire? L’avait-elle perdue pendant sa fuite? Elle remit la main dans sa poche. La clé était bien là. Elle ouvrit la porte, la claqua puis la verrouilla à double tour. Sa respiration devint saccadée. Une douleur à la poitrine s’installa sournoisement avec son amie la nausée. «Calme-toi. C’est terminé, tu es en sécurité», cria-t-elle pour se donner une contenance. Toute cette situation était peut-être loin du scénario qui venait de se dérouler dans sa tête. L’homme n’avait pourtant pas l’air menaçant. Elle ne s’en rappelait plus. Ce dont elle se souvenait, c’était de son regard, au bar. Des yeux sans malice. Elle ne savait plus. Elle laissa échapper au sol le morceau de papier qu’elle avait gardé tout ce temps dans un poing serré. Elle ne l’avait pas lâché, pas une seule fois. Elle se promena de long en large pour retrouver un souffle normal. À chaque aller-retour, elle posait les yeux sur l’objet chiffonné. Après un temps incalculable, elle se décida à le lire de nouveau. Robyne chercha sur son cellulaire le lieu qui y était griffonné. Un ancien bureau d’avocat racheté par un dénommé Dorian qui ne ressemblait en rien à l’homme du bar, puis un nom d’entreprise qui sous-louait à des petits commerçants. Malgré ses recherches, il n’y avait pas d’autre information à ce sujet. De toute manière, elle n’irait pas là-bas la semaine prochaine, à la date indiquée sur ce bout de rien. On s’était trompé de personne, de toute évidence. Demain, elle tenterait d’appeler le numéro qu’elle avait déniché pour en avoir le cœur net, juste pour pouvoir passer à autre chose. Juste pour revenir à sa routine.

À suivre…

Le profil du papillon lune est une création inédite de Kim Renaud-Venne, qui sera publiée sous la forme d’un feuilleton. Pour connaître la suite du récit, il faudra attendre la prochaine publication!

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Miss Islande, par Auður Ava Ólafsdóttir : une histoire d’émancipation

D’emblée, je dois avouer que je n’avais jamais lu de livres d’Auður Ava Ólafsdóttir, pas même son célèbre Rosa Candida. On m’en avait parlé et j’avais toujours admiré les couvertures colorées de la maison d’édition Zulma, mais je n’avais pas encore eu l’occasion de m’y attaquer. J’étais donc bien contente de finalement prendre le temps de lire une œuvre d’Ólafsdóttir. Qui plus est, j’ai beaucoup apprécié Miss Islande et je l’ai lu très rapidement lors du congé du temps des fêtes.

L’histoire en bref

Miss Islande se déroule en 1963 et met en scène le personnage d’Hekla « vingt et un ans, [qui] emballe quelques affaires, sa machine à écrire, laisse derrière elle la ferme de ses parents et prend le car pour Reikjavik avec quatre manuscrits au fond de sa valise. Il est temps pour elle d’accomplir son destin: elle sera écrivain ». Miss Islande a été annoncé comme un récit féministe sur « la liberté, la création et l’accomplissement », et c’est ce qu’on retrouve à sa lecture.

Ce court roman s’attarde à l’histoire d’Hekla, qui choisit une voie très surprenante pour une femme à cette période, soit celle de l’indépendance et de l’écriture. Au fil de ses péripéties, elle discute et correspond avec son amie d’enfance Ísey qui, pour sa part, a choisi la voie plus traditionnelle du mariage et de la famille. Hekla est aussi accompagnée de son meilleur ami Jón John, qui est homosexuel et la comprend dans sa façon de n’être pas à l’aise avec le rôle qui lui serait classiquement attribué par la société dans laquelle ils vivent.

Deux bonnes raisons de lire Miss Islande

  • Simplement pour l’histoire! C’est un récit étonnant, qui nous fait voyager de la campagne islandaise des années 1960 à ville, à Reyjkavik et à Amsterdam, le tout en présentant des personnages singuliers. Hekla m’a particulièrement surprise par son goût assumé des hommes, même si elle souhaite conserver son indépendance pour continuer d’écrire. Je souligne aussi sa façon affirmée d’avancer avec confiance, sans remettre en question ce qu’elle souhaite depuis toujours.
  • Pour l’écriture d’Auður Ava Ólafsdóttir. D’autres l’ont souligné avant moi, mais je le répète : cette autrice a un don pour le récit. Miss Islande est un roman, mais j’avais parfois l’impression de lire un conte tant je ressentais la même curiosité et le même émerveillement qu’on ressent à la lecture de ce genre d’histoire. Chaque phrase et chaque paragraphe contient une petite surprise qui donne envie d’avancer et qui fait parfois sourire.

Une petite réserve

Ma seule réserve par rapport à ce roman est que, tout au long de ma lecture, je trouvais plutôt illusoire qu’Hekla réussisse à accomplir tout ce qu’elle fait aussi facilement, et ce en gardant le soutien de son père, qui lui envoie même de l’argent à un moment critique. Ça me semble un peu exagéré pour l’époque, et pas très réaliste. Néanmoins, mes doutes sur la possibilité réelle d’une telle histoire ne m’ont vraiment pas empêchée de trouver un grand plaisir à ma lecture, probablement grâce au talent de conteuse de l’autrice. En somme, c’est une lecture que je recommande et qui m’a rappelé par certains aspects d’autres romans nordiques que j’avais déjà lus, comme ceux de Tove Jansson.

Et vous, aimez-vous les littératures du Nord?

La main d’Iman: espoir et réconciliation sont-ils toujours possibles?

« […] comme la plupart des choses d’une très grande beauté, elle inspire le désir de la posséder. Mais sa beauté parvient justement du fait qu’elle n’appartiendra jamais à personne. »

Sans que je ne sache trop pourquoi, ces mots issus de la quatrième de couverture me bouleversent. Sans que je ne sache trop pourquoi, La main d’Iman demeure un chef-d’œuvre de l’indicible pour moi. Objet de mon mémoire de maîtrise, les passées années à l’étudier n’ont pas réussi à élucider les raisons du bouleversement qu’il opère en moi. J’y lis la beauté, au sens le plus pur et métaphysique, tout comme j’y trouve aussi l’horreur insaisissable propre à l’espèce humaine.

Écrire ce mémoire et en accoucher furent des épreuves dont je me remets encore. Je crois être enfin prête à tenter cette « lettre d’amour » à cette œuvre dont j’ai su, quand que l’ai lue en début de bac, qu’elle m’accompagnerait jusqu’à la fin de mes études et plus encore. À ce jour, je n’ai jamais refait la rencontre d’un tel phénomène littéraire.

L’histoire

Parce que la littérature, c’est ça. L’histoire au niveau micro. La main d’Iman est l’histoire contemporaine d’une jeunesse africaine pauvre, orpheline, rêveuse, humblement humaine, aux prises avec les résidus malsains et stagnants de la colonisation européenne. Un portrait rafraîchissant de jeunes qui, comme n’importe quels adolescents du monde, aspirent à mieux pour eux et pour leur futur. À la différence des autres, ils sont pour la plupart sans famille, sans moyens; des handicapés sociaux qui n’ont pas eu le luxe de l’amour inconditionnel d’un parent.

Le récit s’enracine autour d’un trio: Toumani, vendu par ses parents; Alyssa, « prêtée » afin d’être éduquée contre la promesse de retourner les fruits de son labeur à sa famille; Iman, dont le teint métissé agit sur son entourage au-delà de sa volonté, comme bénédiction ou malédiction. Se tissent autour de ces trois jeunes les récits des générations qui les ont précédés. En définitive, le roman devient une tragique toile intergénérationnelle soulevant diverses questions sur l’existence du choix et sur l’inéluctable.

La forme

Je crois que c’était la première fois que je rencontrais cette forme narrative. C’est sans contredit l’une des principales forces de ce fabuleux roman. Chaque chapitre est rédigé à la première personne. Toutefois, chaque chapitre est la voix d’un personnage, chacun révélant son point de vue sur Iman. Ce dernier se dresse entre eux comme leur totem, seul être qui n’a pas de voix, seul être qui n’existe qu’à travers le regard des autres. Il est déterminant dans la vie de tous, étant l’anomalie et l’abnégation incarnée.

Cela se reflète jusque dans la narration, insaisissable et néanmoins parfaitement cohérente. On veut s’approprier Iman au même titre que les personnages qui gravitent autour de lui. Cependant, il n’appartiendra jamais à personne.

Mon mémoire s’est articulé, entre autres, autour des théories postcoloniales et féministes. Cette œuvre est à mon avis une fenêtre perçante et percutante sur l’Afrique contemporaine. Les personnages féminins sont renversants et les conséquences de la colonisation disséminées dans le roman ne peuvent être ignorées.

Ce livre est un hymne à la liberté et à l’espoir, et le lecteur sentira à quel point ces deux choses sont des privilèges qui n’ont, littéralement, pas de prix.

Avez-vous un livre pour lequel, dès la première lecture, vous saviez qu’il vous accompagnerait chèrement jusqu’à la fin de vos jours?

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Traverser le miroir avec Christelle Dabos

Je ne me souviens plus très bien comment j’ai découvert Les fiancés de l’hiver, le premier tome de la série La Passe-miroir, de Christelle Dabos, paru chez Gallimard Jeunesse (me connaissant, c’est probablement la magnifique couverture dessinée par Laurent Gapaillard qui m’a attirée!). Ce dont je me souviens en revanche, c’est que je l’ai commencé sans trop d’entrain parce que je vivais une panne de lecture. Habituellement, il me faut quelques jours voire quelques heures pour terminer un livre, mais là, je n’avais envie d’aucun genre en particulier et je faisais traîner mes lectures en cours depuis plusieurs mois. Jusqu’à ce premier tome, qui m’a complètement happée et qui m’a redonné le goût de lire pour moi.

La Passe-miroir en bref

C’est à la suite du concours du premier roman jeunesse de Gallimard que Les fiancés de l’hiver a été publié. Les tomes 2 et 3 (respectivement Les disparus du Clairdelune et La mémoire de Babel) ont suivi, et entre temps la série a gagné en popularité. En décembre est sorti le dernier tome, La tempête des échos, mettant un point final à cette saga, que j’ai adoré suivre jusqu’au bout.

Ophélie est maladroite, affublée d’une mauvaise vue et toujours accompagnée par sa capricieuse écharpe. Responsable du musée d’Anima, une arche où les humains peuvent insuffler la vie aux choses inanimées, Ophélie se passionne pour l’histoire et le patrimoine, et possède la capacité de lire les objets ainsi que celle, moins répandue, de passer à travers les miroirs. Sa vie sans histoire se voit bouleversée le jour où on la promet en mariage à un inconnu venu d’une autre arche, située à des milliers de kilomètres de la sienne : Thorn, intendant du Pôle. À partir de là, Ophélie va se retrouver propulsée au centre des intrigues de la cour du Pôle et d’une mystérieuse affaire qui la relie aux Esprits de Famille, ces êtres sans âge qui sont à la tête de chaque arche et qui possèdent chacun un livre très particulier qu’il est impossible de déchiffrer.

Une histoire unique et un coup de cœur

Alors que depuis quelques années j’avais mis la fantasy de côté, j’ai eu énormément de plaisir à découvrir l’univers patiemment tissé par Christelle Dabos. Un univers riche, surprenant et extrêmement bien construit, dont les descriptions très détaillées nous transportent les yeux fermés dans ce monde divisé en une vingtaine d’arches où règnent différents pouvoirs familiaux. Si le premier tome prend le temps de nous dévoiler le cadre de l’intrigue et les personnages complexes qui vont la nourrir, l’histoire prend son envol dès le tome 2, pour exploser dans le quatrième! Ce dernier opus a été le plus imprévisible de tous, celui qui m’a le plus déstabilisée. Toutes nos questions y trouvent leurs réponses, mais la toile que l’autrice a tissée s’est avérée bien plus complexe que tout ce à quoi je m’attendais. Au fil de la lecture des différents tomes, l’histoire prend des proportions inattendues et gagne en profondeur, les personnages développent leur propre caractère et leurs motivations deviennent de plus en plus fortes. La Passe-miroir est un roman jeunesse, oui, mais ne vous arrêtez surtout pas au mot « jeunesse ».

Quand je termine une série pour laquelle j’ai eu un coup de cœur, il me faut quelques jours pour dire au revoir aux personnages qui m’ont accompagnée lors de ma lecture. Cela a été particulièrement vrai pour La Passe-miroir, que j’ai refermé avec un petit pincement au cœur en sachant qu’il n’y aurait plus d’attente entre chaque tome, plus de destins à découvrir, plus de questions qui se bousculent, plus de pages à tourner. Je vais laisser passer quelque temps, mais vous savez quoi? J’ai presque hâte de les relire!

Et vous, pour quelle(s) série(s) livresque(s) avez-vous eu un coup de cœur récemment?

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Dans À fleur de pots, les meilleurs onguents des Trappeuses

«Tu sais que tu es grano quand… tu peux t’exfolier et récurer ta toilette avec le même ingrédient.»  (p.85)

C’est l’une des nombreuses petites pointes d’humour dont est parsemé l’ouvrage des Trappeuses, trois blogueuses qui sortent de l’ordinaire. À fleur de pots est présenté par ses autrices comme un «petit grimoire de cosmétiques maison». Le terme grimoire s’inscrit parfaitement dans le concept de «sorcières des temps modernes» qui colle à la peau des Trappeuses. Leur livre se veut un guide pour la confection de produits de soins maison, mais c’est aussi un outil de référence puisqu’on y retrouve une excellente vulgarisation de tout ce qui touche l’univers des cosmétiques.

Maîtriser le beurre de karité et l’huile d’olive

À fleur de pots est séparé en cinq chapitres, les trois premiers proposant une introduction aux termes, aux étapes, aux ingrédients et à ce qui peut nous motiver à plonger dans la confection de nos propres cosmétiques, tandis que les chapitres 4 et 5 sont consacrés aux différentes recettes. Le tout est conçu pour nous faire avancer un pas à la fois et, de mon point de vue, il est important de lire le livre en entier et dans l’ordre. Une fois qu’on est passé à travers, libre à chacun(e) de naviguer selon ses envies. Il ne faut pas se le cacher, fabriquer ses propres produits corporels doit être pris au sérieux: on en applique quand même sur notre peau par la suite. La prudence est de mise, ce que les Trappeuses rappellent d’ailleurs tout au long de leur ouvrage.

Pour le respect de la planète

La conscience environnementale qui émane du livre témoigne d’un désir fort de faire preuve d’écoresponsabilité. Les Trappeuses nous offrent une véritable bible et on peut y déceler toutes les recherches, les essais et erreurs, les réflexions au sujet de certains ingrédients, les substitutions possibles pour plus de respect environnemental, etc. On peut également consulter une liste des ingrédients à éviter parmi les produits achetés en pharmacie. Bref, on sent qu’elles ont fait leurs devoirs (pour qu’on n’ait pas à les faire!).

Les sorcières et les grand-mères seront conquises

À fleur de pots est agrémenté de magnifiques photos, réalisées par Marjorie Guindon, dont l’esthétique impeccable donne largement envie de se mettre aux chaudrons pour concocter notre propre macérât huileux! On retrouve, dans cet ouvrage, le côté remède de grand-mère, la tradition, le retour aux sources, le réconfort, la simplicité et, surtout, l’accessibilité.

Qu’on ait l’intention de fabriquer nos cosmétiques ou non, le livre des Trappeuses est une mine d’information; il nous conscientise sur l’industrie des cosmétiques et les autrices rendent le tout vraiment accessible pour le commun des mortels. On peut d’ailleurs affirmer qu’À fleur de pots nous invite à repenser nos petits gestes du quotidien, de la crème pour le visage au shampoing, en passant par le dentifrice. Parce que c’est important de savoir ce qu’on donne à notre corps.

Et vous, aimez-vous lire des ouvrages vulgarisateurs?