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Le silence pour mieux (s)’entendre

J’en ai parlé brièvement dans l’introduction de mon article sur Une année à la campagne de Sue Hubbell, mais je ressens vraiment comme un besoin, parfois, de me retrouver dans le silence. Pas de bruits ambiants, que ce soit venant de mon cellulaire, de la télévision, des gens autour. Du gros silence qui emplit les oreilles comme aucun son n’arrive vraiment à le faire. Même si je suis consciente que le silence est presque impossible de nos jours et surtout à Montréal, il y a des moments où me retrouver dans le silence me réconforte et me revigore comme peu de choses le peuvent.

C’est donc en lisant un article dans La Presse dans le métro en allant porter des coffrets littéraires à la Librairie de Verdun, entourée de gens et dans un environnement tout sauf silencieux, que je suis tombée sur un article qui parlait de ce livre, Un peu de silence dans cette ère si bruyante. Écrit par le Norvégien et aventurier, Erling Kagge, cet essai propose 33 chapitres pour répondre à une question toute simple : qu’est-ce que le silence ? Ce titre a été publié et traduit dans de nombreux pays et c’est cet automne que la version française a été publiée, chez Guy Saint-Jean Éditeur. J’ai donc vu cela comme un signe et je me suis empressée de me le procurer à la librairie.

Cette ère si bruyante

L’auteur est un aventurier, un éditeur et un militant qui a passé, lors de ses nombreux voyages et explorations, de longues périodes seul avec lui-même à réfléchir, mais aussi à vivre le silence. Il explique donc dans cet essai les raisons qui l’ont fait analyser le silence, ses vertus et sa place dans notre société effervescente. Il tient aussi à expliquer que le silence, ce n’est pas que l’absence de bruit, c’est plus profond, plus précieux que cela. Il faut faire preuve de courage et de détermination pour tenter de trouver ce silence en soi, avant tout.

Je conseille de déguster ces 33 chapitres en petites doses. Il faut laisser ces mots faire leur chemin et pour cela, je me suis obligée (oui, oui, dans mon cas, c’est vraiment difficile) à ne lire que quelques pages par soir. Pour laisser les pages décanter et la réflexion se forger dans mon esprit plus tranquillement. L’auteur parle de sa vie privée, de recherches en lien avec le silence, de philosophie, de littérature, de musique; il analyse de façon personnelle et parfois plus sociologique la place qu’a et a eue le silence dans nos sociétés.

Ayant passé 52 jours seul dans le silence au cours d’une de ses aventures en solitaire en territoire glacial, l’auteur dit avoir ressenti à ce moment qu’il entendait vraiment. Entendre le mieux ce qui résonne en soi. Je crois sincèrement à cette affirmation. Il faut parfois s’arrêter (pas nécessairement pendant 52 jours!) pour entendre sa propre voix se libérer des sons ambiants qui étourdissent. Bref, c’est ce qui explique peut-être aussi mon désir depuis de nombreuses années de faire une retraite de silence, un beau jour.

L’importance du calme

J’adore lire ce genre de récit, à mi-chemin entre l’essai et le témoignage. Je trouve qu’il y a un bel équilibre et que la réflexion de l’auteur est pertinente et porte à réfléchir sur sa propre définition du silence.

Bref, je ne peux terminer cet article qu’en vous incitant à réfléchir au silence, à ce que cela représente pour vous, à ce que vous ressentez une fois entouré.e de silence. Est-ce du soulagement, de l’angoisse, du bien-être, un sentiment de clarté dans votre esprit? Se retrouver dans un silence, s’y déposer, c’est un geste essentiel pour vivre dans cette ère si bruyante.

Un peu de silence dans cette ère si bruyante est une œuvre qui mérite d’être lue, dégustée et surtout, propice à l’introspection. Parce que c’est parfois dans le silence le plus complet qu’on entend le mieux son être, comme le dit si bien Erling Kagge.

Et vous, avez-vous ce même besoin que moi de vous retrouver dans le silence, dans des instants de calme?

Le mangeur de bicyclette, un tourbillon par Larry Tremblay

Ça fait plusieurs décennies déjà que Larry Tremblay fait partie du paysage littéraire québécois. Il s’y est même taillé une place importante ; de nombreux prix, des adaptations au théâtre, des traductions et des publications à l’étranger en témoignent. Nous vous en avons même parlé à maintes reprises sur le Fil Rouge, notamment pour L’orangeraie et Le Christ obèse

Le mangeur de bicyclette est une réédition d’un roman publié pour la première fois en 2002. Oui, oui! Quinze années plus tard, ce récit réapparaît dans le paysage littéraire québécois pour notre plus grand plaisir. Il s’en est passé du temps! Heureusement, ce roman est tout aussi contemporain et correspond encore aux univers créés par l’auteur. Je n’ai pas du tout été déçue. Après avoir terminer la lecture, je me suis même ennuyée de son univers déjanté, déstructuré, sans frontière et profondément humain. Une bouffée d’inventivité qui fait du bien et qui rejoint l’universel.

Poudre de kumkum

Petit fait cocasse, j’ai lu à plusieurs reprises un autre livre du même auteur, Poudre de kumkum, publié la même année que Le mangeur de bicyclette, soit en 2002. C’est un carnet de voyage séparé en deux parties : les découvertes profondes de jeune premier très dynamique et, plusieurs années plus tard, l’événement d’un deuil important, profond et proche. Le tout prenait place en Inde, mais se rapportait souvent à ce noyau québécois, à la famille endeuillée.

Je ne peux, malgré moi, que voir des parallèles entre ces deux récits. Étrangement. Les deux comportent une part de voyages, de déplacements, de mouvements. Les deux se rapportent à des sentiments universels tels que le deuil, l’amour et les liens humains tissés.

Le mangeur de bicyclette

Le mangeur de bicyclette, c’est l’histoire d’un jeune homme puceau de 27 ans, en peine d’amour qui s’exile au Mexique afin de se guérir de l’obsession d’Anna. Il rencontre Rita, un personnage chimérique (je ne vous volerai quand même pas le punch!). C’est un récit ponctué de moments mythiques et métaphysiques!

On y retrouve des personnages hauts en couleur, attachants et désarmants, mais toujours très humains et touchants. On est confrontés à des univers et à des événements  invraisemblables et auxquels nous ne comprenons souvent pas grand-chose. 

Malgré les divers changements dans la temporalité, les lieux, les formes des personnages, nous dévorons les pages comme s’il n’y avait pas de lendemains, comme si la clé se retrouvait à la page suivante. Les frontières sont fluides, et c’est ce qui est accompli avec la plus grande précision par l’auteur : se laisser emporter par le cours de l’histoire tout en suivant le fil à travers tous ces tableaux. Finalement, on s’attache à ce tourbillon coloré!

Étant fan de Larry Tremblay, et sachant pertinemment ce qui m’attendait, j’ai grandement apprécié la lecture. Êtes-vous fan de cet auteur aussi?

Un gros merci aux Éditions Alto pour le service de presse!

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Comment j’ai raté ma vie

Lorsqu’on foule les bancs de l’université en tant que futurs enseignants, on a la chance d’être mis en contact avec des œuvres jeunesse parfois percutantes. Il y a quelques années, dans un cours dont j’oublie le nom, ma professeure nous avait fait la lecture d’un album jeunesse écrit par Bertrand Santini et illustré par Bertrand Gatignol aux éditions Autrement.

Comment j’ai raté ma vie.

Nous avions rigolé un peu en entendant le titre. Comment j’ai raté ma vie. Quel titre saugrenu, quelle idée d’intituler un album jeunesse ainsi! Quel coup de génie, aussi, d’utiliser un titre aussi percutant, qui, dès sa lecture, nous donne envie d’en savoir plus. Ne voulant nous en dire plus, notre professeure a commencé à nous lire l’album sans nous permettre de regarder les images.

Comment j’ai raté ma vie. Les mots de ce texte nous amènent à découvrir l’histoire d’un homme qui fait état du gâchis qu’est devenue sa vie, elle qui avait pourtant si bien commencé. À l’aide de phrases courtes, mais percutantes, il nous explique comme il était heureux durant sa jeunesse, alors qu’il vivait dans un endroit magnifique, qu’il était bien entouré et qu’il possédait une grande intelligence. Puis, au fil du temps, alors que la vie adulte l’a rattrapé, sa vie s’est détériorée. Ses amitiés se sont évaporées, son intelligence aussi. Il est devenu menteur, sans beauté et sans amour.

Tout se passait bien… jusqu’au jour où j’ai grandi.

Nous avons tous terminé notre écoute, troublés. Voilà qu’on nous faisait le récit d’une déchéance déchirante, d’un parcours de vie qui ne menait que sur le vide. Et il s’agissait d’un album jeunesse par-dessus le marché!

Devant notre réaction, notre enseignante nous a annoncé qu’elle nous referait une lecture de l’ouvrage, cette fois en nous donnant accès aux images. Dès lors, nous avons été confronté au véritable sens de l’échec chez cet homme. Les images de sa jeunesse où il avait été si heureux ne ressemblaient en rien au bonheur qu’il nous avait décrit. Sa maison de rêve était en réalité un taudis en ruine, sa plus chère amitié était celle qu’il partageait avec une peluche, sa beauté incroyable ne correspondait pas aux standards de la société… Mais alors que tout cela nous parait comme ridicule, lui, vivait, à ce moment, les plus belles années de sa vie. Premier coup de poing.

Et ça continue. Vint l’âge adulte. Cette période de misère, cette période où tout s’est effondré pour le personnage principal de cet album. Alors qu’il se dit sans ami, on le voit entouré de dizaine de confrères de travail, alors qu’il se dit stupide, on le voit obtenant son diplôme, alors qu’il se dit laid, on le voit modifier son apparence pour répondre à ce qu’on attend de lui dans la société… Deuxième coup de poing.

Les images, ici, ont un pouvoir gigantesque. Elles viennent lancer un message d’une force inouïe en s’opposant au texte, ou du moins, en nous semblant s’opposer au texte. Elles viennent démontrer comment le bonheur peut être très loin de ce que l’on qualifierait comme tel. Elles nous rappellent, de façon brutale, que le bonheur est bien plus une question de perception de soi que de réussite, d’argent ou de ce que l’on attend de nous.

J’ai passé des années à chercher cet ouvrage dans les librairies, il manquait cruellement à l’appel. J’étais dévastée par mon incapacité à le retrouver, alors que nous avions appris tellement avec ce simple album de quelques pages. Il me semblait que, si moi, alors étudiante universitaire, avait été aussi marquée par cette lecture, elle pourrait également toucher les jeunes esprits avec force.

Je l’ai retrouvé la semaine dernière, il m’attendait sur la table de la bibliothèque de mon école. Je l’ai relu en vitesse pour voir si je n’avais pas embelli son effet sur ma personne. Encore une fois, mille frissons se sont emparés de moi pendant que je relisais cet album coup de poing.

Il n’y a pas à dire, l’auteur a créé, avec cet ouvrage, un puits sans fond de réflexion, un bijou qui ne laisse personne indifférent. Comment j’ai raté ma vie saura, sans aucun doute, faire réfléchir les enfants, comme les plus grands, sur le réel sens d’une vie réussie.

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North: le guide pratique pour tous les mordus des pays scandinaves!

Comme vous le savez sans doute (il est certain que j’en ai déjà fait mention par-ci par-là dans quelques-uns de mes articles!), les pays scandinaves (Suède, Danemark et Norvège), en plus des pays nordiques (Finlande et Islande) m’ont toujours grandement intéressée! La beauté de leurs paysages, leurs histoires ainsi que leurs richesses culturelles me donne encore plus envie d’explorer leurs jolies contrées ou bien re-visiter certaines de leurs grandes villes et petits coins de pays déjà vus lors de voyages précédents (mon prochain pays sur la liste? Probablement la Finlande, terre des moomins!).

Si ces voyages m’ont donné un tout petit aperçu de leur univers (je n’y suis pas restée pendant des mois quand même!), j’ai mis la main sur d’intéressantes alternatives, à découvrir si, tout comme moi, vous vouliez en apprendre davantage sur ces très jolies parties du monde! Côté livre, j’ai trouvé plus tôt cet été l’ouvrage North: how to live scandinavian par Brontë Aurell. Jusqu’à ce jour, il s’agit de mon livre de référence préféré en la matière!

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Quelle est la Scandinavie? Qui sont ces scandinaves? Quels sont les éléments qui définissent le style de vie de ces habitants? Ce sont des questions auxquelles Aurell répond avec brio. L’ouvrage, divisé par thématiques (style, cuisine, mythologie et Histoire, culture, vie de famille, etc.) contient des informations en tout genre sur leur culture et leur mode de vie. Démystifiant certains éléments populaires et référents culturels (qui était le fondateur de IKEA? Pourquoi la plupart des habitations en Suède sont rouges? Quelle histoire se cache derrière les petits chevaux de bois suédois?), l’auteure fait également le point sur certaines perceptions erronées: non,  les scandinaves ne sont pas tous blonds aux yeux bleus…

Si plusieurs sujets « typiques » de la culture nordique sont abordés (tel que le concept du Hygge), Aurell soulève tout de même plusieurs éléments méconnus, auxquels nous sommes moins familier (les lois de Jante, par exemple). Non, la Suède ne se résume pas seulement au IKEA et au groupe ABBA. Le Danemark n’est pas unique seulement en raison de son design intérieur, et la Norvège pour ses skieurs professionnels.  Ainsi, (et c’est ce qui fait la richesse du livre), l’auteure creuse, décortique certains thèmes, en y allant beaucoup plus en profondeur que certains ouvrages écrits sur le même sujet. Bref, Aurell trouve l’équilibre parfait!

Intéressant, inspirant (qui n’a pas envie de redécorer ou de refaire sa garde-robe au grand complet en s’inspirant du style scandinave?),  enrichissant, ludique et m’ayant donné faim à plusieurs reprises (les recettes suggérées dans un chapitre du livre semblent tout à fait délicieuses), North est certainement l’un des livres les plus complets sur la culture scandinave. La plume d’Aurell, teintée d’humour, est agréable à lire et les photographies d’Anna Jacobsen sont très jolies.

Mais attention! : Comme la Finlande et l’Islande ne sont pas des pays scandinaves (quand on parle de la Suède, Finlande, Danemark, Norvège et Islande ensemble on parle alors des pays nordiques), très peu d’informations sur ceux-ci figurent au sein de l’ouvrage… donc si vous vous intéressez particulièrement à ces deux pays, ce n’est pas dans North que vous trouverez ce que vous cherchez (ce qui est bien dommage!). Par ailleurs, connaissez-vous des ouvrages spécialisés sur la culture islandaise et finlandaise? Question d’assouvir ma curiosité!

Bref, comme le dit si bien Aurell elle-même: « sit back and enjoy your journey to the north! »

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(Des souvenirs de mon voyage en Suède!)

Petite note : l’illustration est une réalisation d’Élodie Trudel, étudiante en graphisme à Montréal. Pour jeter un œil à son univers, ses illustrations et ses photographies (charmantes et super jolies!), c’est par ici : instagram.com/oh.elo 

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Un jour je te dirai tout : récit d’une fulgurante passion

Un jour je te dirai tout de Brigitte Haentjens est une petite plaquette de 105 pages chargée de passion, de sensualité, de désir. C’est un roman qui se lit d’une traite et qui, je vous préviens, comporte énormément de scènes qui, comme le mentionne le quatrième de couverture, «explore les états limites de la sexualité». Le point focal du roman est cette passion des corps qui anime les deux protagonistes et l’auteure prend un plaisir certes à détailler cette faim.

Sans trop d’ancrage ni dans le passé ni dans le futur, on se retrouve plutôt dans le présent d’une fortuite rencontre entre Elisa, Parisienne, et Olav, Montréalais d’adoption. C’est dans une Islande qu’on reconnaît, sans qu’elle ne soit nommée, que les deux personnages brûlent, l’un pour l’autre, d’un désir qui n’en finit jamais d’être assouvi. L’appel de la chair est constante, mais au-delà des corps se trouve aussi bien autre chose. Un besoin de l’autre, un désir de partage constant, un ancrage, quelque chose de plus fort qu’eux.

À travers ces moments charnels qui habitent le récit, à travers les instants d’insatiable passion et de désir, on retrouve aussi des rires, une complicité naturelle et beaucoup de tendresse entre ces deux quasi-inconnus. On y croit et on veut y prendre part, nous aussi.

Ce qui, à mon avis, reste le plus intéressant dans Un jour je te dirai tout, outre la magnifique plume de Brigitte Haentjens, ce sont ces petits bouts de pensées, mis en italique, qui parcourent le texte. On se trouve captivé par l’esprit d’Elisa qui, malgré la passion, est prise de pensées noires, de souvenirs d’enfance, d’un père contrôlant et de femmes auteures et artistes qui se sont donné la mort. Ça vous semble être un drôle de mélange ? Pourtant non, c’est ce qui propulse le livre hors d’une simple passion. Pas qu’une passion n’aurait pas été assez, simplement que cette nouvelle dimension donne un souffle différent au récit. On y retrouve deux personnages guidés par leurs corps et leurs envies, tout en découvrant, au compte-gouttes, ce qui les a brisés, ce à quoi ils ont survécu, ce qui les apporte à vivre aussi intensément cet appel de la chair.

Que ce soit pour les descriptions de lieux, des envies, des moments, on ne peut passer outre la beauté des écrits de Haentjens. Un roman qui propose autant de scènes charnelles aurait facilement pu tomber dans l’exagération, l’énumération, voire le grossier, mais tout ce que semble toucher l’auteure est plutôt emprunt de poésie, de douceur et, justement, de désir. Elle réussit très bien à nous faire vivre cette tension qui habite Olav et Elisa.

Un jour je te dirai tout est donc le court et fort récit d’un instant. D’un de ces instants dont on s’imprègne, dans lequel on habite, le temps d’une lecture, et duquel on se désole un peu de ressortir aussi rapidement, à l’image de cette fulgurante passion qui consumera les deux protagonistes.

Aimez-vous les romans qui parlent de passion et de désir sans tomber dans les clichés et l’érotisme facile ? Quels sont vos suggestions ?

Le fil rouge tient à remercier Boréal pour le service de presse.

Photo : Martine Latendresse Charron

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Conte corporel: Le corps des bêtes d’Audrée Wilhelmy

Il était une fois un récit dans lequel il est difficile de plonger. Les phrases débordent, c’est dense, on ne sait pas par quel bout le prendre. Puis, petit à petit, l’univers s’éclaircit, il nous habite et ses personnages nous intriguent. Le corps des bêtes d’Audrée Wilhelmy entre sous notre peau: qu’adviendra-t-il de la famille Borya et de la petite Mie, 12 ans, qui veut que son oncle Osip lui montre «comment on fait le sexe des humains»? De sa mère, Noé, qui demeure dans la cabane, loin d’eux et du phare? Que fera ce clan qui habite à 8 heures du village le plus près?

Le corps (brut) des femmes

L’histoire est parfois difficile; les deux frères du clan, Osip et Sevastian-Benedikt, «prennent» Noé quand ça leur plaît, comme un objet qui ne sert qu’à satisfaire leur appétit sexuel. De ces relations sans consentement sont nés trois enfants, dont Mie, l’aînée. Noé devient le corps d’une bête, comme ceux qu’emprunte Mie. Car la dimension de conte entre en jeu ici, quand la petite fille nous dit prendre place dans le corps et dans l’esprit des animaux de la forêt qui l’entoure. Elle les habite, en quelque sorte. Elle vole avec les oiseaux, elle est un ours qui s’accouple avec une femelle, elle est une loutre. À Sitjaq, «les bêtes sont à qui les prend», en somme.

Noé a une peau habitable, un cou, un ventre, des bras, des mains, des fesses contre lesquels se déposer. Tout le monde veut l’entre-deux chaud de ses cuisses, tout le monde veut sa joue, sa bouche, son aisselle.

Le corps des bêtes, p. 86

Le livre de Wilhelmy est avant tout une histoire de corps: celui de Noé d’abord, engrossé à répétition et baisé à n’importe quelle heure du jour par les deux frères; celui de Mie ensuite, qui découvre le sien de manière précoce, ne sachant qu’en faire; et celui des bêtes, finalement, qu’on sent présentes partout dans le roman. C’est que Wilhelmy écrit avec son corps: «Mes morceaux de corps tiennent ensemble par les mots», écrit-elle dans le magnifique autoportrait rédigé pour la revue Lettres Québécoises. Celle qui vit à travers son ventre nous le fait bien sentir, partout dans son imaginaire, et surtout dans Le corps des bêtes. «Le langage du corps rendu à l’esthétique», pour reprendre les mots de Marie-Hélène Larochelle dans ce même numéro de la revue.

Wilhelmy écrit le féminin dans sa violence la plus singulière, dans ce qu’il a de pulsionnel et surtout, de corporel. Certes, il est ardu de lire cette brutalité, mais elle est aussi celle de Noé, dans toute sa force de femme. Elle dépèce les baleines, s’enfuit, chante, et elle est là, partout, comme le noyau solide de ce clan indéfinissable.

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À l’intérieur des pages de Lettres Québécoises. Crédit photo: Sandra Lachance

Beauté violente

On y trouve aussi des moments de tendresse, comme l’affection que porte Osip à sa nièce encore bébé. Quand on dépose le petit corps de Mie dans ses bras, « son corps se remet à battre » (p. 123). Car Wilhelmy semble ne pas avoir de trajet précis. On avance avec elle dans le récit pour découvrir l’étrangeté de cette famille, malgré tout empreinte de beauté. Grâce à la plume d’Audrée Wilhelmy, ce récit pourtant violent devient poésie.

L’enfant est une couverture chaude contre les bourrasques de la mer.

Le corps des bêtes, p. 123.

L’univers de Wilhelmy fascine. Elle poursuit, après Les Sangs (dont je vous avais parlé ici), la création d’un monde bien à elle, sauvage, bestial, féminin. Son écriture est ardue, aux premiers abords, mais simplement parce qu’on doit avancer lentement entre ses mots, comme l’auteure, qui dit travailler les phrases une à une. Il faut savourer la poésie qui les enveloppe. Laisser le roman habiter notre corps, prendre le temps de dompter la bête.

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Le fil rouge; Le fil rouge lit; Bibliothérapie; Littérature; Lecture; Livres; Les livres qui font du bien; La dernière fugitive; Tracy Chevalier; Courtepointe; Quaker; Amérique; Littérature américaine

Je ne sais pas pourquoi, mais ce livre me fait du bien – La dernière fugitive de Tracy Chevalier

Il y a des époques qui nous fascinent plus que d’autres. Pour moi, c’est le XIXe siècle. J’aime voir l’Amérique se bâtir et devenir prospère. J’aime voir l’Europe se transformer rapidement avec l’industrialisation, voir l’écart entre tradition et modernité se creuser sans qu’il y ait de rupture nette et définitive. J’aime voir l’Asie entrer en contact avec l’Occident, voir des dynasties périr et des pays renaître. Tout me fascine et m’intéresse. On dirait que le temps ne passe pas de la même façon au XIXe siècle. On voudrait que tout aille vite, mais la technologie ne suit pas toujours; il faut faire preuve de patience.

J’ai donc entamé ma lecture de La dernière fugitive avec enthousiasme et je l’ai poursuivie avec bonheur. Dans ce roman, Tracy Chevalier nous présente Honor, une jeune anglaise quaker qui, après une déconvenue amoureuse, pars pour l’Amérique. Elle souhaite trouver la paix dans cette nouvelle vie, mais elle trouvera d’abord beaucoup d’épreuves. Elle sera confrontée à la difficile vie dans l’Ouest, dans une communauté méfiante, et à l’injustice de l’esclavage. Elle peine à prendre sa place, à trouver de nouveaux points de repère dans ce pays encore sauvage. Par chance, elle aura des alliés pour l’aider à faire face à sa nouvelle vie. À la fin, elle finira par trouver cette paix qu’elle a tant cherchée.

Le motif de la courtepointe

Pour une raison qui m’échappe totalement, ce qui m’a le plus plu dans ce roman, c’est l’omniprésence des travaux d’aiguille, en particulier la fabrication de courtepointes. En Angleterre, Honor était une experte de la courtepointe. Elle travaillait avec art et précision. Lorsqu’elle arrive en Amérique, les ressources sont beaucoup plus rares, que ce soit pour trouver du tissu ou d’autres couturières pour aider à la tâche. Chacun a tant à faire pour faire fonctionner sa ferme et assurer sa survie que le travail de précision effectué par Honor devient une perte de temps. Elle tente de s’adapter, de répondre aux exigences de sa nouvelle communauté, de trouver une nouvelle façon d’assembler les morceaux de tissu pour créer une harmonie entre son ancienne et sa nouvelle vie. Peu importe les peines et les difficultés, lorsqu’elle s’installe à ses travaux d’aiguille, elle retrouve le calme et réussit à se sentir utile dans un monde encore inconnu. C’est comme si elle cousait ses problèmes sur le tissu pour s’en débarrasser. C’est apaisant à lire, le rythme des doigts courant sur le tissu qui rappelle un bercement… Ça fait du bien.

Connaissez-vous d’autres livres où le tricot et la couture font partie intégrante du récit?

Pour que demain arrive toujours plus rapidement

«Pour Fleur, l’heure n’est jamais à l’heure.
L’heure arrive toujours trop tôt.
Et Fleur toujours trop tard.
Ça ne peut plus durer….»

Avec tous ces livres nous apprenant l’art de prendre son temps et de son importance, C’était quand demain? est un petit roman s’adressant aux plus jeunes de manière ludique sur le temps et sa gestion.

Le rapport que nous avons avec le temps varie d’une personne à l’autre. Avec l’accélération qu’impose une société de performance, on se demande souvent pourquoi courons-nous autant et vers quoi … ! Nous nous oublions ainsi et apprécions moins chaque petit instant que la vie nous propose.

Les tout-petits sont aussi confrontés à cette réalité désormais, amenant son lot de questionnements sur la manière de gérer leur quotidien.

Grands rêveurs et grands minutieux seront charmés par ce court roman.

Fleur est une adorable petite fille comme les autres, mais elle aime prendre son temps.
S’appliquant ainsi à toujours bien faire les choses, elle se retrouve la majorité du temps à être en retard.

Quel est l’imbécile qui a inventé l’horloge ?

Voilà qu’un jour mignonne petite Fleur en a assez de se sentir toujours décalée du reste du monde ; elle décide de se mettre à l’heure. À l’heure de tout le monde. Petite Fleur a sept jours pour ne plus être en retard. Voici le défi qu’elle se donne.

Sept jours pour apprivoiser le temps, il s’agit d’une immense montagne lorsque le temps arrive toujours trop vite.

Comment y arriver?
Soustraire le temps en kidnappant les aiguilles de l’horloge?
Rattraper le temps en courant plus rapidement?
Avancer les aiguilles…?

Ce n’est définitivement pas les idées qui manquent à Fleur.
Avec inventivité et grande volonté, elle tente chaque jour une nouvelle expérience, une nouvelle stratégie pour être en phase avec les heures, les minutes, les secondes.

Mais la fillette se pose aussi beaucoup de questions:
Pourquoi faut-il toujours se dépêcher?
Est-ce un problème d’être lente?
Est-ce mal de vouloir rêver?

C'était quand demain ?


« Chez nous, il nous faut beaucoup plus que de la nourriture et un toit pour être heureux.
Il nous faut tout. Et surtout aller beaucoup plus vite que tout.
C’est la course au bonheur, mais le bonheur n’est pas un ballon qu’on peut attraper.
Le bonheur, il est dans ton cœur.
Ne cours pas, ma puce.
Reste ma petite fille si joyeuse et si lente… que j’aime très fort. »

Les interventions des parents dans cette histoire sont magnifiques. Ils prennent le temps avec Fleur de lui expliquer qu’il faut aussi savoir ralentir, respirer un peu, rêver un peu et que l’on a pas toujours besoin d’aller vite. Ils lui parlent de l’importance du rêve et de savoir se donner le temps. Une belle leçon à réapprendre comme adulte, à mon avis.

Ce petit roman, plein de poésie et d’humour, est une histoire idéale pour les enfants qui commencent à lire tout seul. Il s’agit aussi d’une courte histoire que les parents peuvent lire à leurs enfants aisément. Il est impossible de ne pas s’attacher au personnage de Fleur et de s’y reconnaître aussi parfois. (Je dois avouer que la couverture m’a instantanément charmée !)

C’était quand demain? est un petit roman baume.
Que ce soit pour le jeune lecteur ou pour l’adulte qui en fait la lecture.
Une histoire extrêmement agréable qui nous transporte dans une grande réflexion sur la notion du temps, qu’il y a un temps pour tout et chaque chose. Un moment pour rêver et prendre son temps et un moment où il y a des horaires à respecter. Il y aura sans aucun doute matière à discuter sur le fait qu’être à l’heure n’est pas quelque chose d’inné et que certaines personnes en sont incapables.

À lire absolument.
Seul ou en famille pour un tendre moment de bonheur.

 

Et vous, quelles sont vos astuces pour être à l’heure ?

 

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C’était quand demain ?
Clothilde Bernos
Éditions Oskar jeunesse
Dès 7 ans

 

 

Le fil rouge le fil rouge lit bibliothérapie littérature lecture livres les livres qui font du bien Svetlana Alexievitch Une auteure et son oeuvre La supplication La guerre n'a pas un visage de femme

Une auteure et son œuvre : Svetlana Alexievitch

Écrire dans l’ombre, en laissant la parole à ceux qui ne sont pas pris en compte par l’histoire, ces gens qui se déplacent dans l’obscurité sans laisser de traces et à qui on ne demande rien, c’est ce que Svetlana Alexievitch sait faire de mieux. Cette journaliste et auteure russophone soviétique et biélorusse est la première femme de langue russe à remporter le prix Nobel de littérature, et ce, pour l’ensemble de son œuvre. Elle écrit des textes engagés, dissidents, qui causent parfois la controverse. Ce n’est pas seulement sa carrière de journaliste qui l’a conduite à écrire sur les conflits politiques et sociétaires, comme la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, la guerre d’Afghanistan ou la dislocation de l’URSS, mais son enfance marquée par les récits de sa grand-mère et de son père, qui n’ont jamais cessé d’influencer son imagination fertile.

 

L’auteure

Svetlana Alexievitch se met toujours volontairement dans l’ombre lorsqu’elle travaille. J’ai donc décidé de lui donner, dans cet article, une lumière particulière. Pour commencer, explorons brièvement son histoire : Svetlana Alexievitch est née en 1948 à Stanislav, en Ukraine, dans une famille qui fut grandement affectée par la guerre germano-soviétique. L’écrivaine passe son enfance dans un village ukrainien, avant la démobilisation de son père qui les conduit tous en Biélorussie. Plus tard, elle entreprend des études en journalisme à Minsk, où elle se fera remarquer par ses trop nombreuses questions, qui lui valent bientôt d’être considérée comme une dissidente.

Mais c’est avec ses premiers livres que Svetlana Alexievitch devient la bête noire du régime totalitaire dirigé par le président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, car elle tente d’y dévoiler des vérités que le gouvernement tente de dissimuler. Ce dernier ripostera par une censure acharnée visant certaines publications en particulier.

 

L’œuvre

Ce fut le cas de La Supplication : Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse, publié en 1997. Dix ans après sa parution, l’auteure se verra attribuer le Nobel de littérature, mais il aura fallu que son œuvre parcoure encore bien du chemin avant cela. En effet, le gouvernement Loukachenko interdit l’ouvrage dès sa sortie, et cette interdiction est encore en vigueur aujourd’hui en Biélorussie. Après tant d’efforts pour ne pas ébruiter la catastrophe et les secrets du nucléaire qu’elle pourrait dévoiler, nul doute que Loukachenko s’est senti menacé par cette publication. Le livre rassemble les témoignages de centaines de témoins de l’accident, dont des liquidateurs, des politiciens, des médecins, des physiciens, mais aussi des mères, des enfants, et bien d’autres citoyens ordinaires. Comme le titre l’indique, une vision tragique et apocalyptique de la catastrophe y est présentée : l’auteure veut rappeler combien la catastrophe avait semblé indicible pour son peuple, auquel elle donne enfin une voix. Tchernobyl nous apparaît comme une immense fosse commune, dans laquelle tout habitant de notre planète pourrait se retrouver un jour, car le nucléaire est un danger beaucoup plus répandu qu’on ne le croit généralement… Justement parce que c’est un secret trop bien gardé par les dirigeants de ce monde.

Même si elle a été membre des Komsomols (ou « Jeunesses communistes »), l’écrivaine affirme n’avoir jamais été elle-même communiste. Sa première publication, La guerre n’a pas un visage de femme, un livre foncièrement anticommuniste, vient appuyer son propos. Ce recueil de témoignages d’anciennes combattantes de la Seconde Guerre mondiale, jugé antipatriotique, se vend à plusieurs millions d’exemplaires. De même, dans La Fin de l’homme rouge, elle s’intéresse à l’influence de l’idéologie marxiste-léniniste sur « l’homme soviétique » d’avant l’Union soviétique. Pour cet ouvrage, elle a encore une fois recourt à l’écriture chorale, mêlant les voix des victimes du régime à celles de partisans staliniens dont la foi n’a pas été ébranlée, semble-t-il, par les goulags.

Il ne faudrait pas croire que Svetlana Alexievitch ne parle que de l’histoire de son peuple. Dans Les cercueils de zinc (1990), elle se penche sur l’armée rouge de la guerre d’Afghanistan et remet en question l’image glorieuse qui s’est répandue autour d’elle, toujours à travers des témoignages. Cette fois, ce sont des combattants soviétiques qui ont accepté de lui confier leur expérience.

L’œuvre de Svetlana Alexievitch a eu jusqu’ici comme mission principale de déterrer le passé et de dénoncer les exactions pour constituer une archive subjective et souterraine de la Russie contemporaine. Femme au sens critique aiguisé, Svetlana Alexievitch ne cherche pas seulement à écrire la grande utopie du communisme, mais bien à comprendre la relation qu’entretient l’Homme avec le Mal et, plus précisément, à répondre à cette question : « Comment le désir de faire le bien peut-il déboucher sur le mal absolu? »

 

Svetlana Alexievitch considère aujourd’hui être venue à bout des questions sociopolitiques qui furent jusqu’ici directrices de son œuvre. Elle souhaite maintenant explorer, dans ses futurs écrits, les questions plus individuelles de la vieillesse et de l’amour, ces moments particulièrement intenses de l’existence où l’homme est à son plus fragile : lorsqu’il aime et lorsqu’il meurt. Cependant, une constante demeure, celle des témoignages dirigeant l’écriture.

L’écrivaine est donc loin d’avoir terminé de dévoiler au monde les secrets les mieux enfouis de l’Homme, tout comme son humanité tangible et sa course folle vers le bonheur. Pour ma part, la découverte de cette auteure m’a permis d’explorer un univers entier qui m’était jusque-là méconnu. Heureusement, ses ouvrages ont le génie de convenir à tous, autant à ceux qui croient tout connaître des phénomènes sociopolitiques abordés qu’à ceux qui y sont encore parfaitement étrangers. Si vous avez envie d’une lecture plus sérieuse et plus politique que littéraire, je vous conseille vraiment de vous tourner vers cette auteure.

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Comme une chaleur de feu de camp : ta parfaite lecture d’automne

Ce printemps, nous avons décidé de mettre le roman Petite laine d’Amélie Panneton dans nos coffrets mensuels. Ce roman publié chez les éditions de Ta Mère m’avait énormément plu. J’avais adoré l’écriture d’Amélie et sa façon bien à elle de s’attarder sur les détails, les souvenirs, les perceptions et de faire avec des petits riens des liens, de l’anodin qui devient du grand. J’aime beaucoup la plume d’Amélie, je la trouve sensible, à l’image de ce qu’elle dégage.

Comme une chaleur de feu de camp est un roman pour adolescent.es publié aux éditions Hurtubise qui m’a tenue en haleine une journée entière. Par un beau samedi automnal, je me suis mise à lire ce premier roman jeunesse de l’auteure et je n’ai pu le refermer qu’une fois terminé. C’est exactement le genre de livre que j’aurais aimé lire adolescente. Heureusement, j’ai aimé tout autant une fois adulte.

On y raconte l’histoire d’Emmanuelle, une jeune fille discrète et très sportive qui pratique la natation depuis de nombreuses années. Emmanuelle fait la rencontre de Thomas, un gars qui vit sur la même rue qu’elle. Il lui fait découvrir la musique country lors de leur trajet matinal dans l’autobus vers l’école secondaire. Tranquillement, elle se met à développer des sentiments pour ce garçon. Au même moment, elle est témoin d’une scène d’agression commise par le frère de Thomas. Emmanuelle sera donc face à beaucoup de questionnements. Des premières fois, des nouveaux sentiments et toujours, un doux regard sur ce passage qu’est l’adolescence.

Il y a aussi une agression dans ce roman. C’est fait avec beaucoup de respect et de réalisme. Le drame n’est pas diminué ou amoindri parce que c’est un roman jeunesse. J’ai aimé la façon dont Amélie a décidé de traiter de ce sujet, elle a laissé une grande place aux émotions de Noémie, la victime, certes, mais aussi à tous ceux qui l’entourent ; ses parents, ses collègues de classe, Emmanuelle, qui a été témoin de cette agression. Le personnage de Noémie est complexe et j’ai aimé qu’on lui laisse de la liberté sur sa façon bien à elle de gérer cette épreuve, sans chercher à nommer une unique façon de réagir à une agression.

L’amour n’est pas une finalité

Avec ma tête de lectrice de 26 ans féministe, j’ai apprécié le fait que l’amour entre Thomas et Emmanuelle n’est pas une finalité pour cette dernière. Elle est assumée et sait ce qu’elle désire et ce qu’elle mérite. Elle n’acceptera donc pas de souffrir ou d’être blessée pour et par l’amour. Elle s’affirmera et expliquera ce qu’elle ressent, et ce, même lors des épreuves qu’elle vivra. L’intériorité d’Emmanuelle est plus que convaincante, j’avais le sentiment de me lire parfois. Je me retrouvais totalement dans les pensées de cette adolescente qui vit ses grands et fabuleux premiers sentiments amoureux.

L’amitié a aussi une place fort importante pour Emmanuelle. La vraie amitié, celle qui élève et rassure, pas l’amitié fausse qui tourmente. J’ai aimé le courage du personnage principal de nommer les amitiés malsaines et les compétitions douteuses des adolescent.es. J’aurai aimé avoir le courage d’Emmanuelle à son âge et je trouve que de voir des personnages en littérature pleins d’audace et de ténacité peut inspirer les jeunes lecteurs.trices à faire de même, à élever la voix sur les choses qui les tourmentent et les font sentir non-respectés.

Une voix qui porte

Rares sont les auteur.e.s jeunesse qui arrivent à donner une voix unique et réaliste à leurs personnages avec tant de talent et de fluidité. Dès les premières pages, je me suis laissée entrainer dans ce roman jeunesse, et ce, grâce à la beauté de l’écriture d’Amélie Panneton. Elle a une façon bien à elle de nommer les choses, de les décrire. La première phrase du roman donne le ton totalement : « Les lundis sont comme des hérissons qui se sont levés du mauvais côté du lit ». Amélie est une auteure des plus talentueuses qui arrive en quelques mots à créer une émotion et une atmosphère.

Son roman, il est parsemé de musique, de country-folk, de feu de camp, de mots qui traversent le cœur des premiers amours. C’est une œuvre jeunesse des plus divertissantes, mais aussi des plus nécessaires : on y aborde des sujets sérieux tout en gardant une légèreté ainsi qu’une grande humanité.

Au final, je me suis empressée de recommander ce livre à mon amie enseignante au secondaire, je sens que ce petit roman saura créer de grandes discussions nécessaires sur les notions de consentement, de respect, d’affirmation de soi et encore plus. D’ailleurs, les Éditions Hurtubise ont créé une fiche pédagogique très intéressante sur ce roman.

Et vous, avez-vous des suggestions de romans pour adolescent.es qui donnent envie de revenir à cette période de vos vies ?


Le Fil Rouge tient à remercier les Éditions Hurtubise pour le service de presse.