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« Subway book review » : voir les lecteurs un métro à la fois

Il y a quelque temps, une bonne amie à moi du cégep, Charlotte, a partagé sur la page Facebook du Fil rouge un lien, Subway book review et je pense que ça vaut la peine que je le partage avec vous aussi. Généreuse de même!

Les phénomènes tels que Humans of New York, ou plus près de nous Portraits de Montréal, parcourent les grandes villes du monde pour permettre aux gens de découvrir des facettes rarement démontrées dans les médias. Avec ces projets, plusieurs préjugés sont anéantis, les marginaux ont enfin une voix, mais surtout, ce sont des plateformes profondément et merveilleusement humaines. Ça fait plaisir de scroller Facebook et de lire un petit témoignage souvent tragique, d’autres fois touchant ou bien drôle et de se souvenir que l’être humain est beau, fort et si émouvant. Les grandes villes surpeuplées apportent un individualisme criant. On marche les uns aux cotés des autres sans jamais se soucier des émotions, du passé, voire même des besoins des autres et je trouve que cette façon d’aborder un étranger pour simplement prendre le temps de discuter, c’est criant de simplicité, mais surtout de beauté.

Le projet Subway book review créé par Uli Beutter Cohen s’inspire donc de cette idée, mais pour parler de livres. Alors, les gens photographiés ont été aperçus dans le métro un bouquin à la main et nous livrent, en pleine lecture, leur vision du roman et leur appréciation (ou pas). En jasant littérature, on parle souvent de soi, de sa vie, de sa vision et ça fait du bien. Non seulement c’est inspirant, ça rajoute des livres à ma PAL, mais c’est beau de voir des gens lire et de constater le fabuleux pouvoir des livres.

Je suis certaine que je ne suis pas la seule à faire ça (du moins, je l’espère!), mais quand je vois une personne lire dans le métro, je fais TOUT pour savoir ce qu’elle lit. C’est plus fort que moi, je penche le cou doucement, je bouge pour me rapprocher du lecteur. Et ça, c’est sans vous parler de toutes les fois où je lis au-dessus d’une épaule (mes excuses!).

Je vous encourage donc à vous abonner à la page Facebook ou au compte Instagram du projet pour une dose de bouquins et d’humanité!

Poutine pour emporter : Un premier roman hautement réussi

Tout m’attirait de ce roman aperçu en librairie, mis à part son emplacement sur la dernière étagère à la hauteur de mes pieds, à peine visible, mais personnellement j’aime bien feuilleter un livre assise sur le plancher. Alors je m’installe et prends ce livre d’un vert fluo de Marie Eve Gosemick, avec une première de couverture invitante par son originalité. La quatrième l’est tout autant : «J’ai servi des poutines pendant quatre ans de ma vie, quatre années à sentir la cantine.», avec un résumé qui éveille les intérêts et sème la curiosité. Direction la caisse.

On plonge donc dans l’histoire de Fred Proulx, Rimouskois habitant Montréal, né un 1er novembre, qui trouve sa vie monotone, où tout ce qui l’ambitionnait semble s’évanouir devant lui et qui vit le quaterlife crisis. Après un échec en amour, un échec au travail, un échec aux études, Fred a un goût de renouveau. Ses amis, qui peinent à l’aider, lui  proposent donc de partir pour un temps fixé d’une année en Colombie pour aller vivre, se découvrir.

Ce roman est donc le récit d’un périple en Amérique du Sud par un jeune homme cherchant un but à sa vie. Lors de ce voyage, Fred va apprendre à se connaître, et vivra plusieurs aventures passant d’un trip d’Opium, le Carnaval de Barranquilla, des excursions en nature, des filles, et plus encore. On suit un personnage qui veut se découvrir autant au plan physique que moral, mais un accident vient brimer cette accalmie et un dur retour à la réalité s’impose à Fred.

Teresa m’avait invité chez elle pour une noche espiritual. Comme l’idée que je me faisais d’une soirée spirituelle ressemblait à nous deux tout nus avec des chandelles, c’est assez rapidement que je m’étais rendu chez elle. (Page 150)

Un roman à la road-trip qui donne envie de tout laisser derrière pour vivre de nouvelles expériences un peu comme Sur la route de Jack Kerouac ou Voyage au bout de la solitude de Jon Krakauer. Un roman qui fait voyager par la finesse des détails de Marie Eve Gosemick et qui permet de s’évader le temps de sept longs chapitres.

Une caractéristique du livre que j’ai rapidement remarquée, est le vocabulaire que l’auteure choisi d’utiliser dans la globalité du roman. Elle emploie un vocabulaire purement québécois qui ajoute une authenticité éclatante au livre. On lit les dialogues exactement de la même manière que les personnages les aurait dit. Il y a également beaucoup d’anglicismes, encore une fois, personnellement, je trouve que ça ajoute au naturel des conversations des personnages, car l’ajout d’anglicismes est énormément répandu dans notre langue québécoise.

 – Tu réalises que ça fait presque dix ans qu’on est majeurs, Olive ? On dirait que j’ai rien fait.                                                                                    

– Ben là, charrie pas.                                                                                        

– En tout cas, j’imaginais pas ça comme ça.                                                  

– Non, toi, à c’t’âge-là, tu voulais être joueur de soccer professionnel        

-Pis chu pas mal loin de ça, j’ai même pas rencontré Ronaldinho. J’ai pas d’grosse job non plus, ça valait la peine de m’taper des stages non rémunérés. (Page 37)  

J’ai également apprécié à quel point l’auteure fait un portrait efficace de Montréal et de la société comme elle est aujourd’hui. C’est un livre très moderne et ça permet au lecteur de la génération Z, plus particulièrement, de s’identifier et de se reconnaitre à travers les lignes emplies de justesse de l’auteure.

J’aimerais donc recommander ce livre à toute âme qui se sent perdue au cours de sa vie, qui a l’impression d’être constamment dépassée par celle-ci. Ce livre ne vous apportera pas nécessairement une solution, mais vous permettra de vous apaiser, de vous sentir plus léger l’instant de quelques heures et de plonger à travers 236 pages magnifiquement bien écrites.

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Une ville en feu

« Dans une maison aux vitres condamnées, dépouillée de tout espèce de confort, il est facile de retourner sa colère contre l’extérieur, d’attaquer cette ville au cœur de laquelle il se trouve, avec sa saleté, sa pollution, son oppression, seulement New York est bien la seule chose qui ne l’a jamais laissé tomber. »

New York. La métropole qui fait rêver le monde entier. Le multiculturalisme. La créativité. L’effervescence. L’urbanité à son excellence.

J’ai une fascination pour la vie urbaine et l’histoire des grandes villes. Pour moi, une métropole reste un être en soi et un personnage clef des romans.

Alors, quand j’ai vu dans la librairie un tout nouveau livre appelé City on Fire, New York 1977 : le roman d’une ville en feu, je n’ai pas hésité à l’acheter, malgré le prix, malgré la taille du roman qui rendrait complexe les déplacements en métro (965 pages!) et malgré le peu que je connaissais de l’histoire.

Un livre mettant ma thématique chérie en avant devait forcément être bon. Et puis, lire un bouquin aussi gros m’enthousiasmait puisqu’il permettait de repousser le moment fatidique et si terrible qu’est la fin d’un roman qui nous a plu.

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C’est en commençant ma lecture que j’ai appris toute la médiatisation excessive qui a entourée la sortie du premier roman de Garth Risk Hallberg. Ce dernier avait reçu l’avance d’argent la plus importante de l’histoire de l’édition : 2 millions de dollars. Évidemment, les journaux se sont emparés de l’histoire et n’ont cessé de revenir sur ce détail. Cette information qui a en effet moussé les ventes du livre, a aussi porté préjudice à l’auteur puisque non seulement, on attendait trop de lui (et on risquait forcément d’être déçu) mais en plus, tous les articles traitant de City on Fire, ne tournait qu’autour du fameux 2 millions.

Mais j’ai choisi de ne pas m’attarder sur ce détail. Parce que le plaisir de la lecture n’a rien à voir avec le salaire de l’écrivain.

Je me suis focalisée sur la ville. Et la ville, il y en a autant qu’on veut dans ce roman dense et noir. Ce n’est pas une métropole séduisante qui est pourtant mise en scène, mais une ville sur le point d’éclater.

New York dans les années 1970 connaissait violence, pauvreté et délinquance. Certains quartiers étaient si violents que les policiers ne s’y aventuraient pas.

Justement, l’intrigue principale tourne autour d’un coup de feu dans Central Park, le soir du 31 décembre. Le corps d’une jeune fille est retrouvé par un jeune professeur et écrivain, Mercer, qui sort d’une soirée donnée par la célèbre et riche famille Hamilton-Sweeneys.  Mercer vient d’apprendre que son petit ami est nul autre que le fils perdu Hamilton-Sweeneys, dépendant à l’héroïne et membre d’un groupe de punk adulé par les adolescents révoltés de la ville.

On suit ainsi divers personnages qui gravitent autour de cette puissante famille et de la communauté punk des bas-fond de New York. On verra bien sûr rapidement que tout le monde est lié, et pas juste par leur mal de vivre.

New York, même sombre, continue à attirer des gens de partout dans le monde, qui ne saisissent pas pourquoi ils viennent, mais ils sont attirés par cet aimant malgré eux. La métropole devient le personnage le plus intéressant de cette mosaïque de gens perdus et désaxés. Mais on s’attache tout de même à ces rêveurs qui croient à la possibilité d’une autre vie, même si ce renouveau demande beaucoup de sacrifices.

« Comment imaginer qu’il avait pu choisir de vivre ici, à une latitude où le printemps n’était qu’une variation sémantique de l’hiver, dans une cité quadrillée à la géométrie rigide que seuls un Grec ou un architecte de prison pourraient aimer, dans une ville qui produisait sa propre sauce quand il pleuvait. »

Et justement ces sacrifices impliquent souvent une solitude intense. La solitude urbaine. Les personnages se sentent tous seuls, abandonnés de tous ironiquement, dans un endroit aussi peuplé, mais ils restent là, s’accrochant en devenant dépendant de leur travail, de la drogue, du sexe ou encore de la violence. Leur solitude fait mal à lire mais permet de donner de la profondeur au livre.

« Elle se leva pour regarder par la fenêtre. De grands récifs de lumière surgissaient de Downtown. Plus intolérable encore, l’idée qu’ils ne se connaissaient pas. Si elle ne connaissait pas cet homme, elle ne connaissait personne dans cette ville de huit millions d’habitants. « 

Et puis, il y a l’apogée du livre, qui arrive beaucoup trop tard selon moi, car il met en lumière toute la complexité et la noirceur d’habiter en ville : la panne d’électricité généralisée qu’a connu réellement New York en 1977. Pendant quinze heures, New York, plongé dans le noir, est devenu un chaos. Sans repères, privés de lumière et de sécurité, les habitants sont devenus fous et ont pillé, parti des feux et se sont battus. Ils ont perdu tout sens de l’ordre social imposé intrinsèquement lorsqu’on vit en ville.

« Elle s’était fiée au principe que cet organisme, sa ville, est essentiellement bienveillant, mais il révèle son chaos insondable, son penchant pour l’abîme. »

L’auteur s’en sert pour finaliser toutes ses histoires et en donner un sens commun. Il est particulièrement intéressant de voir ces personnages, que l’on suit déjà depuis des centaines de pages, réagir à un moment aussi menaçant et violent. Mais le roman souffre justement de quelques centaines de pages en trop. Il aurait été mieux de faire déboucher le récit plus rapidement.

Sans que cette catastrophe règle tous les problèmes, elle permettra aux personnages de relativiser et comprendre un peu mieux leur place dans cette ville tentaculaire et dévorante. Et ils comprennent que cette cité est bien la leur et que même dans le noir, ils arrivent tous à se retrouver parce que celle-ci est gravée profondément en eux.

« Cette ville, ne plus la regarder serait une forme de mort. »

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Nos suggestions de lecture « première parution »

En ce mois d’avril du défi, on vous propose de découvrir une nouvelle parution. Voici les suggestions de l’équipe.

Pour ma part, je conseille Les Anecdotiers de Carl Bessette. LM0106_C1_300dpi

Ça fait plusieurs mois qu’il m’intrigue avec sa quatrième de couverture qui dit :

« Pour le style, Fight Club rencontre Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain, L’Homme sans qualité rencontre Ensemble, c’est tout; c’est-à-dire qu’on a ici affaire à une écriture où la pensée philosophique fait une trempette dans le bonheur et s’offre un soupçon de remontant. Dans une actualité morose que beaucoup qualifient de cynique, Les Anecdotiers se veut un feel good book qui dépiste les petits plaisirs de la vie, avec le souhait d’exposer le lecteur au bonheur et de répandre la joie. »

C’est le printemps, j’ai envie de joie, de bonheur et de petits plaisirs de la vie et j’avoue que c’est relativement rare que je lise un feel good book, donc je suis curieuse. Carl Besette étant le cofondateur des Éditions de l’écrou, je suis persuadée de trouver dans ce roman une grande beauté poétique et rien de quétaine.

Alexandra Truchot conseille

Soleil de David Bouchet. (qui était aussi notre lecture de novembre l’année dernière)
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C’est son premier roman et ça raconte l’histoire d’un jeune Sénégalais qui débarque au Québec à 12 ans. Cela m’a attirée, car j’aime lire ce que les autres pensent de notre culture, j’aime voir notre quotidien remis en question par non seulement la naïveté de la jeunesse, mais en plus, par un étranger essayant de s’adapter à notre façon de faire.

Caroline conseille
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Sur la route 132 de Gabriel Anctil; j’adore les livres de road trip et la 132 je dois l’utiliser minimum une fois par semaine alors ce sera super de reconnaitre les endroits dont parle l’auteur!

Marion lira Les sanguines d’Elsa Pépin. Vous pouvez lire la critique de Marjorie ICI.
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La bête à sa mère de David Goudreault. Je souhaite lire ce roman depuis longtemps, parce que j’en ai entendu que du bien. Pour ce que je sais de l’histoire, je suis certaine que ça va me plaire. Puis, comme David est slameur et que j’en ai entendu plusieurs, je ne suis pas inquiète en ce qui concerne l’écriture. De plus, comme moi il est travailleur social, c’est déjà gagnant!

Stéphanie conseille

Poutine pour emporterSans contredit, je propose comme suggestion du défi d’avril la lecture de Poutine pour emporter, de Marie Eve Gosemick. L’auteure ayant elle-même un passeport garni d’étampes, il a été facile de me laisser transporter ailleurs, le temps de son premier roman. On suit Fred qui part en Colombie, un peu désillusionné de sa vie, qui part à la recherche d’un sens à son existence en se découvrant un peu plus à chaque rencontre et expérience de vie loin de chez lui. Vraiment un coup de cœur de roman!

Kim conseille

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Photo Marion Gingras

Pour le défi du mois d’avril, je lirai In between, le premier roman de Marie Demers, publié aux Éditions Hurtubise. J’ai été séduite par les mots qui apparaissent sur la quatrième de couverture :

« Lost in translation. On aime juste pour être aimé en retour. Puis, si on a la chance infinie d’aimer et d’être aimé en retour, on sabote tout. On se déplace de ville en ville. On rencontre du monde. Plein de monde. On accumule des expériences de vie qui finiront par se fondre dans le tas, par ne plus rien valoir, par ne plus avoir de sens. Je suis tellement vide que le vide pèse. Repartir à zéro. Peser sur rewind. Revenir plusieurs mois en arrière et partir comme pour la première fois. Avant l’Asie, avant tout. Jésus, j’en peux plus. Mon cœur est une bombe à retardement. Faites que je n’explose pas. Ou, si j’explose, faites que le coup soit fatal, sans douleur et permanent. Je suis un chien qui court après sa queue à l’infini, un alcoolique qui quête son avant-avant-dernier verre, une mère qui n’aura jamais d’enfant. »

Les murailles; chemin de croix en cap d’acier

Les murailles, premier roman de la poète Erika Soucy, est le résultat d’un voyage à la romaine, en 2011, dont le but était de comprendre les motifs qui ont poussé les hommes de sa famille, principalement son père, à s’éclipser pour le bois, pour le chantier, pour la vie dans le nord.

Le résultat de ses écrits se retrouve dans ce roman aux cours chapitres où cohabitent tournures de phrases poétiques et langage de bois. Son oeuvre est à la fois d’une simplicité désarmante et d’une force tranquille qui s’impose, petit à petit, au fil des pages.

Le sens de la famille, l’amour du père, le sentiment d’abandon s’entremêlent dans cette immersion dans un milieu d’hommes plutôt incompris et souvent caricaturé. Dans Les murailles, Érika Soucy ne se joue pas du milieu, elle reporte les faits, les dialogues parlent, les images expliquent et toutes les émotions nous atteignent. Je ne pensais pas être aussi touchée par ce roman, plus j’y repense, plus je le trouve beau. Plus j’y repense, plus je comprends sa nécessité.

C’est aussi le roman d’une quête, d’un désir de comprendre, d’une main tendue. Toute la complexité des relations familiale, la culpabilité, la distance, le tout raconté de manière à la fois poétique et vraie, de manière intimiste, en s’adressant à celui avec qui elle partage sa vie.

C’est simple, c’est vrai, c’est beau et ça touche là où il faut; à lire, tout simplement.

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Ce qu’on a pensé de nos lectures de mars : Roman québécois écrit par une femme

Ma lecture de mars était Le parfum de la tubéreuse d’Élise Turcotte et je dois avouer avoir été entièrement obnubilée par l’œuvre.

Tout d’abord, la narratrice est enseignante en littérature au cégep, et ce, en plein printemps érable. J’ai aimé les références et je me suis revue assise dans une classe de littérature devant une prof qui tentait tellement de faire aimer les mots et la poésie à ses étudiants. Le cégep étant le moment des balbutiements de la poésie dans mon cœur, je me suis laissée entrainer dans cet hymne aux mots, à l’odeur de la tubéreuse. Elle se lie d’amitié avec une autre enseignante très malhonnête qui tient toujours à l’abaisser pour mieux se remonter. C’est fort agréable de rencontrer l’entêtement et la confiance en soi de la narratrice : cette croyance souvent oubliée que ça fait simplement du bien de s’accepter et de croire en ses convictions.

J’ai aimé le discours sur la beauté des mots, des œuvres qui changent des vies, qui font du bien. Sur la nécessité de la poésie dans un quotidien, sur la vraie détresse d’exister et sur cette force d’être simplement soi. Élise Turcotte, je vous relierai avec plaisir. Des suggestions?

Capture d’écran 2016-03-26 à 12.53.18La lecture de Caroline

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Qui n’a pas eu un jour un coup de cœur pour un objet ou un meuble plus précisément? Qui ne passe pas une semaine voire une journée sans être en connexion avec son divan? Et bien le livre de Catherine Briat, Le divan rouge raconte parfaitement ces deux sentiments. On oublie parfois l’importance des objets dans notre quotidien, tout ce dont ceux-ci sont témoins, amour, joie, tristesse, bonheur, colère, crise de nerfs, sexe et j’en passe. Le divan, pour la plupart d’entre nous, est l’élément central de nos vies, le nombre d’heures qu’on y a passé et le nombre d’amis, famille, amoureux(ses) qui ont pu s’y asseoir et passer de bons comme de moins bons moments, est tout simplement incalculable. Dans l’histoire de Catherine, dont le divan rouge est le personnage principal, c’est justement ce qu’on remarque. Ce petit roman très touchant sur une femme et ses deux enfants qui doivent refaire leur vie à partir de rien pourrait bien être l’histoire de chacun d’entre nous. Ce livre, à saveur autobiographique, car l’auteure nous y parle de sa véritable histoire un peu romancée et de son véritable divan rouge (qu’elle possède toujours!), nous invite à la suivre dans toutes sortes de situations drôles et touchantes et nous laisse avec un sentiment de reconnaissance et de considération envers ce bien gros objet qui prend toute la place dans notre salon.

La lecture de Marjorie B
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Je suis fan de Fanny Britt. J’avais vraiment hâte d’amorcer la lecture de son roman Les maisons. Roman que tout le monde (ou presque) a lu dès sa sortie, en octobre 2015. Je suis comme ça, quand une auteure que j’aime lance une nouvelle parution, je prends mon temps, je savoure. Les maisons, ce sont des morceaux éparpillés de la vie de Tessa, une courtière immobilière, casée et maman, un peu obsédée par un ancien amant. Au début de ma lecture, pour être franche, Tessa me tombait royalement sur les nerfs. J’avais envie de la brasser un peu, de lui demander : « mais pourquoi? », pourquoi l’obsession de l’ex, pourquoi le désir de tout gâcher, pourquoi l’insatisfaction, pourquoi la peur de vieillir, pourquoi? Pour finalement l’apprivoiser et me rendre compte que Tessa, elle est humaine. Et, c’est confrontant de prendre conscience qu’être « humain » et avoir envie de fouiller les vieux souvenirs, être insatisfait, aller au bout de quelque chose et risquer de tout gâcher, c’est illogique, voire frustrant, mais légitime.

La lecture de Marion
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Dans ce livre à la fois doux et violent, poétique par la beauté des mots et frappant par la force des émotions, on se retrouve au cœur du désir d’une femme de retrouver ses origines, d’articuler la béance de son existence, de raconter la douleur de l’absence d’un père avec lequel elle est prisonnière. On navigue à travers un récit fragmenté, autour de souvenirs, de recherches identitaires et de la propre expérience de la narratrice qui écrit, ou du moins qui essaie d’écrire le vide.

Blanc Dehors est un roman qui vient nous chercher et surtout, qui est merveilleux par ce qu’il tente de faire, c’est-à-dire écrire pour essayer de comprendre et de soulager la douleur de l’absence et du blanc.

La lecture de Karina

Unknown-2Comme le thème du mois de mars était un livre écrit par une femme, je trouvais parfaitement approprié de lire Le féminisme québécois raconté à Camille de Micheline Dumont. Ayant fait un certificat en études féministes, c’est un livre qu’on m’avait grandement conseillé puisqu’il est une bonne source d’introduction à la pensée féministe. En fait, à la suite de cette lecture, je me suis dit qu’elle serait idéale pour les jeunes du secondaire. L’écriture de Micheline Dumont est réfléchie et très simple, ce qui permet une bonne compréhension de l’historique du féminisme québécois. C’est justement l’objectif de l’auteure, étant donné que Camille est sa petite-fille (alors âgée de 15 ans). Le livre commence avant le droit de vote (les suffragettes) et continue jusqu’à aujourd’hui (aux alentours de 2008). Et même si j’ai eu plusieurs cours sur l’histoire et le féminisme, rarement on abordait seulement le féminisme québécois. Ce que j’ai beaucoup aimé également, ce sont toutes ces photos qui accompagnent le livre, mettre des visages sur les noms est toujours agréable. Car même s’il est intéressant de comprendre d’où nous venons, nous les Femmes, il est important de savoir ce que nos ancêtres ont fait pour gagner les droits que nous pouvons tenir pour acquis aujourd’hui. Après cette lecture, je me suis sentie grandie.

La lecture de Kim
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J’ai lu le roman Scrapbook, de l’auteure québécoise Nadine Bismuth. Annie Brière, joueuse compulsive de Tetris et jeune auteure, publie son premier roman aux éditions Duffroy. C’est là-bas qu’elle fait la connaissance de Laurent, un correcteur d’épreuves avec qui elle vivra une relation passionnée malgré que celui-ci soit en couple. S’ensuivent des péripéties sur les thèmes des relations amoureuses, de l’infidélité et du milieu littéraire. Je vous suggère fortement la plume drôle et ironique de Nadine Bismuth, qui maîtrise parfaitement l’art de transformer les drames en situations cocasses.

La lecture de Marie-Hélène

10626361_10205813237869621_8820866582602305793_oJ’ai dévoré le premier livre de Véronique Grenier, Hiroshimoi, en une seule soirée. Avant toute chose, c’est le nom du livre qui m’a interpellée. Je le trouvais audacieux, risqué, punché. Déjà que j’entretiens un grand amour pour les Éditions de Ta mère, je n’étais pas vraiment surprise devant leur cran. J’adore les récits fragmentés, mais celui-ci en est un particulier, puisqu’il ne suit pas un ordre chronologique : nous devons nous même reconstituer le récit. C’est une histoire d’amour, certes, mais rien de cliché ou de réchauffé ici. L’auteure mêle poésie trash et douceur nostalgique. J’ai sursauté, j’ai ri, je me suis fâchée contre cette histoire que je savais vouée à l’échec. Récit très court, mais suffisamment intense pour ne pas laisser son lecteur sur sa faim. Je le recommande à tous les humains en quête d’émotions vives et à tous ceux en quête d’urgence de vivre.

La lecture de Marjorie R

Unknown-4En mars, j’ai finalement décidé de me lancer dans La femme qui fuit, sachant que je ne pouvais pas vraiment être déçue. Effectivement, c’est par toute une gamme d’émotions (sauf la déception) que je suis passée. La femme qui fuit est une œuvre qui trouble, qui émeut, qui vient nous chercher au plus profond de soi. J’ai tout aimé de ce roman et j’admire la force dont l’auteure a dû faire preuve pour écrire quelque chose qui lui est aussi près et aussi loin à la fois. La reconstruction du récit et la manière dont elle remplit les trous sont magnifiques, tout comme le portrait qu’elle fait de cette grand-mère qu’elle n’aura jamais connue, autrement qu’à travers les autres.

La lecture de Roxanne

12922050_10154694688159256_60259139_oLe temps d’un après-midi au café, assise sur le bout de ma chaise, j’avais déjà terminé la lecture de Choisir Éléonore d’Andrée A. Gratton. Ce petit roman se lit très rapidement, mais laisse une forte impression à long terme. L’admiration d’une femme pour une autre se transforme en obsession; la narratrice épie les moindres gestes d’Éléonore, va même jusqu’à rester devant chez elle une journée complète à attendre qu’elle ouvre les rideaux. On se sent révolté par l’attitude des personnages, tous les personnages, on n’a pas envie d’appartenir à cet univers et pourtant, on y reste englouti jusqu’à la dernière page. Le mot qui décrit le mieux cette histoire, selon moi, est dérangeant. Et non, on ne se sent pas soulagé en refermant le livre. Mais l’expérience en vaut totalement la peine.

L’intersectionnalité, qu’est-ce que ça mange en hiver?

Un débat a récemment secoué le petit milieu féministe au Québec : le mot « féministe » est-il trop connoté? Est-il dépassé? Vaudrait-il mieux se dire « égalitaire » ou encore « humaniste »?

Pourquoi ne pas aborder le féminisme selon le concept de l’intersectionnalité? Ce mot n’étant pas encore accepté dans les dictionnaires, je vous offre la définition qu’en fait Wikipédia :

« L’intersectionnalité étudie les formes de domination et de discrimination non pas séparément, mais dans les liens qui se nouent entre elles, en partant du principe que le racisme, le sexisme, l’homophobie ou encore les rapports de domination entre catégories sociales ne peuvent pas être entièrement expliqués s’ils sont étudiés séparément les uns des autres. L’intersectionnalité entreprend donc d’étudier les intersections entre ces différents phénomènes. »

Pourquoi séparer le féminisme du racisme, de l’homophobie, de la xénophobie, des luttes de classe? Pourquoi ne pas voir dans le féminisme un outil au changement social global? Heureusement, la littérature a encore la bonne réponse.

Les auteures canado-asiatiques Kim Thúy et Ying Chen mélangent savamment, subtilement, intelligemment, les thèmes de la condition des femmes, de l’immigration, de la quête identitaire, de la culture asiatique, de l’amour, du déracinement et j’en passe. Leurs mots sont un appel franc à l’intersectionnalité : les femmes n’entrent pas et n’entreront jamais dans une seule catégorie.

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Les deux auteures font vibrer une culture asiatique (chinoise et vietnamienne) au cœur de Montréal. Mãn et Da Li, respectivement des romans Mãn (Thúy) et Les Lettres chinoises (Chen), sont des forces tranquilles qui se frottent à Montréal, à ses trottoirs raboteux, à ses quartiers inconnus, à ses amours occidentales, à ses préjugés. Elles s’immergent dans une culture québécoise nouvelle tout en respectant ou en adaptant leurs valeurs ancestrales. Ce sont des femmes qui aiment, qui rêvent, qui écrivent, qui se souviennent.

Le féminisme « blanc » est peut-être dépassé, mais le féminisme englobant, intersectionnel, lui, a encore tout à nous apprendre.

« Histoire de la violence », le dernier roman d’Édouard Louis

Lors de la parution de son premier roman en 2014, Pour en finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis a créé tout un émoi dans le monde littéraire. Devenu rapidement un bestseller, le roman a été acclamé par la critique tout en dénonçant une réalité française méconnue et rarement démontrée, celle de la violence, du rejet, de l’homophobie. Il racontait son enfance à Hallencourt où il subissait de la violence à l’école comme dans sa famille due au fait d’être différent. Il s’agissait d’une œuvre-choc, sans tabou, ultra intimiste où Eddy Bellegueule dénonçait des situations d’une extrême violence. Par la suite, il a légalement changé de nom pour Édouard Louis, on réalise donc l’ampleur de la parution de ce premier roman pour l’auteur, il tenait vraiment à en finir avec Eddy Bellegueule. J’avais lu ce premier roman, comme des milliers de lecteurs (il a été traduit dans plus de 20 pays) et j’avais été atterrée par la détresse qui ressortait du roman tout en renvoyant une compréhension des plus matures. Né en 1992, Édouard Louis est vite devenu une figure des plus marquantes de la littérature française contemporaine et surtout, on attendait avec impatience de voir ce qu’il pouvait offrir de nouveau.

C’est avec la parution de son deuxième roman que le talent d’écrivain de Louis s’est doublement confirmé. Histoire de la violence a paru au début de l’année 2016 et encore une fois, était inspirée de la vie personnelle de l’auteur. Dans Histoire de la violence, Édouard Louis raconte une expérience traumatisante qu’il a vécue avant la parution de son premier roman. Un 24 décembre, en rentrant d’une soirée entre amis, Édouard a croisé un homme avec qui il a eu une discussion et c’est ainsi qu’ils se sont retrouvés dans l’appartement de Louis, à passer un moment ensemble. Cette brève rencontre amoureuse est passée de l’amour, au viol, à l’étranglement jusqu’à une menace de mort. Reda, le garçon rencontré, sera tendre par moment, sensuel, amoureux, mais se verra subitement devenir violent, agressif, extrêmement dangereux. À la suite de cette nuit d’horreur, Louis aura le courage d’aller dénoncer son agresseur, mais fera face à de nombreux obstacles.

L’œuvre de Louis est sociologique et engagée. Autant dans son premier livre il traitait de la différence des classes, ici il parle beaucoup du système judiciaire. Il est clairement engagé dans ce deuxième roman, en se mettant à nu par rapport au lecteur; Louis dévoile son parcours face à la violence, non seulement celle de l’agression, mais celle du système soit les examens médicaux, l’histoire qui doit être répétée, réexpliquée et toujours réinterprétée, etc.

Or, ce qui m’a le plus plu de l’œuvre est la double narration. Une partie de l’histoire est écrite en italique et est narrée par Clara, la sœur de Louis. Elle est au téléphone avec son mari et raconte, à sa manière, sa perception de l’agression de son frère. C’est ainsi que des sujets tels que le consentement et la culture du viol sont remis en question. Louis est derrière la porte et entend tout, il se permet donc de commenter le discours de sa sœur. Ainsi, comme dans son premier roman, le clash des classes est représenté, car Clara représente un autre monde que celui d’Édouard avec sa langue populaire. Néanmoins, je n’ai pas senti de critique ou de snobisme de la part d’Édouard, ce que je sais que plusieurs lui reprochent.

Finalement, pour ma part, Édouard Louis est un grand auteur contemporain qui, à la manière d’Ernaux, mêle la littérature à la sociologie avec une écriture pure, sans fioriture et qui tente seulement de nommer.


Le fil rouge tient à remercier les éditions Seuil pour le service de presse.

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Suite française : dans l’intime de la Deuxième Guerre

Cela faisait un petit bout de temps que je voulais lire le roman Suite française. Et sa lecture ne m’a pas déçue. Ce roman, fort, passionnant et porteur d’une vérité historique, m’a énormément plu, mais c’est surtout en apprenant le contexte d’écriture de ce livre, puis en regardant l’adaptation qui en a été tirée en 2015 que j’ai réalisé l’ampleur de son importance.

Crédit photo: allocine.fr

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Avant que le drame n’arrive, Irène Némirovsky était une auteure qui avait fait son nom en publiant plusieurs oeuvres déjà. D’origine juive, elle écrit Suite française alors qu’elle est à Issy-L’évêque, en France en 1941 et 1942, les dernières lois sur les ressortissants étrangers de race juive l’obligeant à quitter Paris où elle habitait et travaillait avec son mari. Là-bas, elle porte l’étoile jaune et tente de se faire discrète, tout en écrivant. Elle aura eu le temps de terminer son manuscrit avant de se faire arrêter le 13 juillet 1942 et de se faire déporter vers Auschwitz, où elle est assassinée un mois plus tard. Son mari est arrêté peu de temps après, et assassiné à son tour. Mais après le drame vint le miracle. Car, à la suite de la mort de leurs deux parents, les deux filles d’Irène, accompagnées de leur nourrice, quittent la maison en emportant seulement quelques objets, dont une valise contenant des photos, des souvenirs et le dernier manuscrit de leur mère. La valise accompagna les jeunes filles tout au long de leur fuite, où elles se virent obligées de quitter refuges et pensionnats, se cachant d’un endroit à l’autre pour échapper à la déportation. Puis, alors que la guerre prend fin et qu’elles en sont des survivantes, les deux filles dactylographient le manuscrit de leur mère, et l’envoient dans un Institut de Mémoire. Il sera par la suite publié. Bref, quand on y pense, le livre que nous avons entre les mains n’aurait pu jamais voir le jour.

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Image tirée des œuvres complètes de l’auteure publiées en 2011 chez Le Livre de poche, montrant le manuscrit dans sa forme originale. 

Suite française, je l’ai appris en faisant quelques recherches, aurait dû être une suite de cinq livres, mais n’a malheureusement pas pu être terminé. Le roman que j’ai lu regroupe les deux premiers tomes, qui dépeignent tous deux la vie française pendant la Seconde Guerre mondiale. Le premier tome raconte l’exode de nombreux habitants de Paris alors que la ville est sur le point d’être envahie par l’armée allemande en juin 1940. On y suit le destin de plusieurs familles riches et plus modestes, la solidarité et la déroute d’un peuple mis hors de chez lui. Le second tome, qui se passe dans le petit village de Bussy, raconte l’histoire de quelques personnages au début de l’Occupation, alors qu’ils sont contraints d’accueillir chez eux les troupes allemandes. On y suit donc les soldats alors qu’ils arrivent dans le village et qu’ils s’installent chez les habitants. On y suit surtout Lucile, jeune femme mariée qui vit chez sa belle-mère alors que son mari n’est plus là. On voit la façon dont elle vit cette invasion, ainsi que celle de quelques personnes de son entourage. Lucile apprend à connaître le soldat qu’elle héberge, et finit par développer avec lui une amitié, puis une sorte de liaison. Quant aux soldats, certains causent des problèmes, mais surtout ceux-ci exercent le contrôle et une certaine emprise sur le quotidien du village, dans un contexte lié à la proximité des peuples pendant la guerre.

J’ai adoré le roman d’abord pour l’écriture, la finesse des descriptions et des détails. Les personnages sont dépeints avec beaucoup de vérité, les histoires de famille, les séparations, les morts, l’amour, tout ça est décrit avec grande force. Ce roman m’a touchée, et m’a aussi vraiment permis de mieux comprendre ce que la guerre avait provoqué en France, m’offrant un œil qui capte le quotidien des gens ordinaires pris dans les horreurs de l’Occupation, de la peur, du contact avec ce qui est pour eux « l’ennemi ». J’ai préféré la seconde partie, sûrement parce que l’auteure s’attarde plus sur quelques personnages et explore davantage leurs sentiments. J’ai aimé que l’auteure peigne les Allemands présents à Bussy d’abord comme des hommes qui ont une sensibilité propre à eux et une grande humanité malgré leur statut de soldat, j’ai aimé aussi vivre l’amour de Lucile pour Bruno et surtout les choix qu’elle décide de faire en dépit de cet amour.

« Madame, après la guerre, je reviendrai. Permettez-moi de revenir. Tous nos démêlés entre France et Allemagne seront vieux… oubliés… au moins pour quinze ans. Je sonnerai un soir à la porte. Vous m’ouvrirez et vous ne me reconnaîtrez pas, car je serai en vêtements civils. Alors je vous dirai : je suis… l’officier allemand… vous rappelez-vous? C’est la paix, maintenant, le bonheur, la liberté. Je vous enlève. Tenez, nous partons ensemble. […] »

À la suite de ma lecture, je me suis attaquée au film. Ce n’est pas le cas de tout le monde, mais pour ma part, j’adore voir les adaptations tirées des romans. Et celle-ci ne m’a pas du tout déçue. D’abord, il faut préciser que le film s’attarde seulement au second tome du roman, et ainsi, nous sommes dès le début dans la vie de Lucile et de sa belle-mère. Également, malgré que le roman ait été écrit en français, le tournage a été réalisé en anglais, mais garde tout de même son titre original. J’ai trouvé la réalisation excellente et les images justes, précises, belles. Le film fait également dans la subtilité, ce qui fait que j’étais heureuse d’avoir lu le roman avant : de nombreuses choses étant seulement suggérées, je n’ai pu les comprendre que parce qu’elles m’avaient été expliquées dans le livre. Le film réussit vraiment bien à nous projeter dans les coulisses de l’Occupation à travers la voix de personnages forts et crédibles. J’ai trouvé la fin particulièrement triste, mais je ne vous en dis pas plus de ce côté-là, je ne voudrais pas vendre de « punchs »!

Crédit photo: silenismedia.com

Crédit photo : silenismedia.com

Bref, je crois que ce genre d’œuvre, profonde, humaine, intime, est nécessaire. Le bonheur qui côtoie l’horreur de la guerre, cela nous fait réfléchir, je crois, et nous permet de mieux comprendre ce qui s’est passé. Pour moi, ce livre se glisse à la suite de quelques autres que j’avais déjà lus et qui m’ont marquée par leur justesse à représenter la Deuxième Guerre mondiale. À la croisée d’un devoir de mémoire et de démocratisation de l’Histoire avec un grand H, ce roman est aussi, et peut-être surtout, une lecture passionnante, avec une narration touchante et enlevante.

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Lèche-Vitrines et la douceur de nos dix-huit ans

Beaucoup connaissent Sarah-Maude Beauchesne pour son blogue Les fourchettes. Son écriture franche et sensible m’a toujours beaucoup plu. Voilà que l’an dernier, elle faisait paraitre son premier roman jeunesse Cœur de slush. On y retrouvait les aventures d’une jeune fille qui vit les premiers émois de la fin de son adolescence. En février, c’est le tome 2, Lèche-vitrines, qui a paru.

Et on l’attendait, la suite des aventures de Billie Lou. Après que Pierre ait touché son cœur pis le reste, on voulait savoir ce qui était arrivé à l’adolescente.

Billie a dix-huit ans. Sa vie change, parce que la fin du secondaire est arrivée, que sa mère est revenue d’un grand voyage, mais surtout parce qu’elle a donné son cœur à quelqu’un qui l’a un peu magané. À dix-huit ans, après avoir fait l’amour pour la première fois, Billie se demande où elle s’en va. Elle se demande si le cœur peut vraiment suivre tous ces grands chambardements.

Dans la grande ville qu’est Montréal, elle peut essayer d’oublier les grands yeux bleus de Pierre, elle peut passer des nuits blanches à boire de la bière cheap sur les toits. Elle peut sortir, pis coucher, pis donner son cœur à n’importe qui. Elle peut s’attacher pis se détacher. Elle peut essayer d’être libre et d’être bien, aussi.

C’est doux, pis chaud pour la gorge. Ça remue le sourire au coin des lèvres. On se pose dans Lèche-vitrines pour le réconfort. Pour les petites aventures qui croisent la route de Billie. Pour nous rappeler ces moments où les petites choses sont si grandes. Quand nos dix-huit ans nous apparaissent comme le début de tout.

Parce que c’est tremblant d’être grand, soudainement. C’est pas facile d’admettre que l’on tombe doucement dans le monde des adultes et qu’il n’y a pas de retour en arrière. On comprend que, finalement, c’est plus dur qu’on pensait, se travailler le sentiment. Et c’est là-dessus que Beauchesne vient précisément mettre le doigt, sur ce passage de l’adolescence à l’âge adulte avec tous les tremblements, les bonheurs, les déceptions qui viennent avec. Son écriture, pleine de vérité et de vulnérabilité, nous laisse voir avec finesse les sentiments qui accompagnent cette transition.

Ses mots sont beaux. Ils sont faits pour toucher. Ils donnent droit à l’erreur, ils donnent envie d’essayer, de découvrir.

Et c’est de ce genre de livres dont les ados ont besoin. Du doux, du simple qui ne donnent pas l’impression qu’il faut être plus grand que tout le monde pour vivre. Du vrai qui explique c’est quoi la vie.

Et ça marche. Lèche-vitrines nous donne le gout de devenir amie avec Billie pis d’échanger sur nos sutures. De s’aider à se réparer les amours douloureuses de nos dix-huit ans.

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