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Le Berger des loups, Joelle Rivard, autofinancement, littérature québécoise, littérature fantastique

Le berger des loups, un premier roman fascinant et une mini-entrevue avec l’autrice

Le berger des loups est le premier roman de la jeune autrice Joelle Rivard, collaboratrice au Fil rouge. Il a vu le jour grâce à un projet d’autofinancement qui a connu du succès. L’autrice a commencé l’écriture de ce roman en 2003, soit vers la fin de son secondaire. C’était un moyen pour elle de fuir sa réalité alors qu’elle avait peur d’entrer dans le monde adulte. C’est un sentiment que j’ai pu ressentir au cours de ma lecture: fuir, avoir peur de devenir adulte, de découvrir son destin.

Un univers «Tolkien»

Joelle a su créer un monde à la Tolkien dans lequel j’ai retrouvé un monde d’hommes, d’elfes, de fées, de magiciens, etc. Un univers dans lequel j’adore me plonger! La littérature m’a toujours fait un grand bien, car je trouve que c’est un échappatoire idéal et elle me permet de faire aller mon imagination, de sortir un peu de ma réalité. Sachant que Joelle a écrit ce roman pour « fuir » sa réalité de future adulte, je comprends qu’elle ait choisi ce genre d’univers.

Dans ce monde, nous suivons les aventures d’un jeune berger Ludovic, Melthazar, son chien et de son cousin, Antonin. Malheur au pauvre berger Ludovic, il perd tout son troupeau à la suite d’une attaque mortelle d’une meute de loups. Par la suite, on découvre un grand mystère qui entoure cette meute. Selon la légende, elle serait contrôlée par le Prince Leiberu, qui serait une personne pas trop loin de Ludovic. Je vous laisse découvrir son identité.

À la suite de la perte de son troupeau, Ludovic tente de découvrir les raisons de cette attaque. C’est avec Antonin qu’il part à l’aventure et il s’agit du tout premier voyage pour les deux jeunes hommes. Ils ne savent pas à quoi s’attendre, mais ils sont bien heureux de vivre cette aventure. Ils ont le sentiment de suivre les traces de leurs parents. Après leur conquête, j’ai fait la découverte de divers personnages dignes du monde fantastique de l’Emporea, comme par exemple Aha LE fée (oui, un homme fée), Dorion l’homme mi-félin mi-homme ou encore Ladoria la magicienne qui a un rôle très important pour le cheminement des deux garçons.

Une guerre contre un Prince

Ensemble, ils se préparent à la guerre contre le Prince des loups. Ce Prince a aussi plusieurs pouvoirs, ce qui lui permet de contrôler les loups et les loups-garous ou encore de transformer des hommes de la mer en bête aquatique mi-loup mi-poisson. Ladoria doutera longtemps des capacités de Ludovic, malgré qu’il semble être à l’origine de toute cette aventure et qu’il en sera le héros. Elle apprend à faire confiance aux hommes, chose qu’elle n’avait plus fait depuis longtemps.

Joelle a su créer un univers vivant dans lequel on réussit à s’abandonner grâce à ses nombreuses descriptions. J’ai vu ces arbres gigantesques et magnifiques, cet univers elfique avec leurs maisons, etc. Il m’a été facile de m’attacher aux personnages, parce qu’ils sont réalistes et qu’avec eux, je souhaitais comprendre les mystères qui les entouraient. Tout au long du roman, j’ai pu les voir grandir.

Félicitations à Joëlle Rivard pour ce tout premier roman; je serai très curieuse de découvrir une suite dans cet univers.

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Petite entrevue avec Joëlle Rivard

  1. D’où vient ton inspiration ? Malheureusement, avec le temps, j’ai oublié d’où me sont venues la plupart de mes idées pour Le Berger des loups. Ce dont je me rappelle pour sûr, c’est que l’élément déclencheur a été la lecture du Seigneur des anneaux. Ensuite, j’ai pigé mon inspiration dans la culture en général, les animés japonais, la musique métal et aussi dans la nature. Il y a également une petite part d’autofiction dans les réflexions que Ludovic fait sur les changements qui s’imposent à lui.
  2. Quelle est ta routine d’écriture ? Ma routine pour écrire Le Berger des loups était assez aléatoire! Je n’avais pas de plan très clair, j’ai souvent manqué d’inspiration, j’ai fait des tonnes d’essais et erreurs… Maintenant, je pense que je suis un peu plus disciplinée. J’ai cherché longtemps le meilleur moment pour écrire et pour moi ça s’est révélé être le matin alors que mon cerveau est encore reposé. J’ai dû me résoudre à me lever à 5 h du matin les jours de semaine. Des fois, je me fais un thé ou un café, je m’assois à l’ordi, j’essaie de placer mes verres de contact et je me concentre très fort, car je dois tirer le maximum de jus de ma petite heure d’écriture matinale.
  3. Est-ce qu’il a été difficile de faire la campagne d’autofinancement et comment s’est passée l’autoédition ? Oui, mais non. Il n’y a pas de chemin facile dans la vie et je le savais très bien avant de me lancer dans l’aventure. Les campagnes de sociofinancement demandent plus de travail qu’on pourrait croire. Ça ne se réussit pas simplement en faisant des partages sur les réseaux sociaux. Pour ce qui est de l’autoédition, j’ai trouvé ça très formateur. Il faut penser à tous les aspects de l’édition allant des demandes de soumission à la distribution en librairies. Ce n’est pas toujours évident, mais je suis contente d’être passée par là pour comprendre tout ce que ça implique.
  4. Pourquoi le loup ?  À la base, j’ai choisi le loup par hasard. C’était une bête qui me fascinait quand j’étais petite. Quand je jouais dans la forêt, j’imaginais parfois que je tomberais sur une meute de loups et que je serais capable de les contrôler par la magie! Quand j’ai créé mon personnage principal, l’idée d’en faire un berger m’est passée par la tête. L’association avec un sorcier qui contrôle les loups s’est faite automatiquement.
  5. Est-ce que ton titre à un lien avec la fable de Lafontaine : «Le loup et les bergers»?  Curieusement, je ne connaissais pas cette fable! Je dirais que j’ai plutôt été influencée par les histoires de grands méchants loups de mon enfance.
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Découvrir le Japon entre mère et fille

Le nouveau roman d’Alice Michaud-Lapointe est sorti en librairie et, comme toujours, je suis sous le charme de ce qu’elle écrit. L’autrice de Titre de transport et Villégiature tombe à nouveau dans mes cordes avec un récit de voyage sur le Japon. Néons et Sakuras est écrit à quatre mains par Alice Michaud-Lapointe et Ginette Michaud, mère et fille. Ce livre est publié aux éditions Héliotrope dans la série K. Celle-ci inclut des textes littéraires écrits à la périphérie du roman, comme le mentionne la maison d’édition sur leur site web. Bien que les deux femmes nous racontent une histoire, le livre donne l’impression du documentaire dans lequel on découvre le Japon sous deux regards très subjectifs.

Rêve mère et fille

Depuis plusieurs années, la mère et la fille partagent un rêve et décident de se rendre au Japon pour la fête de hanami, où la coutume traditionnelle se veut d’apprécier la beauté des cerisiers en fleurs. Arrivées au Japon, elles sont confrontées à de nouvelles habitudes auxquelles elles doivent rapidement s’habituer. Face à la nouveauté et sans déranger est probablement la caractéristique centrale de ce voyage. Dans ce livre, on découvre le Japon dans sa façon insolite d’être au même rythme que ces femmes. Passant des love hotels aux répliques de nourriture en plastique, aux traverses de piétons inhabituelles, à l’art du maquillage et à l’importance de la mode dans les classes sociales, aux inventions technologiques parfois envahissantes et aux traditions inébranlables, les deux femmes nous décrivent les facettes les plus étonnantes du Japon.

« Au Japon le silence compte au moins autant d’espèces que les cent variétés de sakuras (桜), il a autant de noms et de nuances que la neige dans les pays nordiques. » (P.18)

Entre émerveillement et désillusion

Sous forme de carnet de voyage, la voix de la mère et de la fille se mélangent afin de décrire leur périple en terrain inconnu. Bien que les deux femmes possèdent deux styles distincts, il arrive parfois que les deux voix se confondent en une seule, créant ainsi une unicité remarquable à travers tout le livre. Chaque chapitre débute par un titre en écriture japonaise, sa signification en japonais et sa traduction en français annonçant chaque fois la nouvelle thématique. Nous traversons donc une multiplicité de thématiques selon les nouvelles découvertes des femmes. Il est intéressant d’en découvrir de plus en plus autant chez la mère que chez la fille qui, entre l’émerveillement et la désillusion, brisent lentement les barrières (langagières et culturelles) entre elles et ce pays.

« Peut-être que tout, dans ce voyage, aura finalement été histoire de cadence et de mesures communes, une manière de comprendre jusqu’où nous pouvions être ensemble sans nécessairement nous tenir côte à côte. » (P.178)

Le japon, cet endroit fascinant

Il va sans dire que le Japon, qui me passionnait déjà, me passionne davantage à la suite de cette lecture. Agissant autant comme roman doux pour le cœur que de guide de voyage, Néons et sakuras m’a permis de découvrir avec plus d’ampleur ce pays fascinant. De plus, ce livre est extrêmement agréable à lire, car l’authenticité des émotions peintes rappelle que de voyager est déstabilisant tout en étant stimulant. Lire ce roman, c’est avoir l’impression de partager les pas des deux femmes, c’est être à leurs côtés lors de leurs découvertes et c’est ce qui m’a plu tout au long de ma lecture. Les deux autrices manient avec habileté la possibilité d’accueillir le lecteur dans leurs aventures. J’aurais facilement pris un cent pages de plus de ce livre. Encore une fois, Alice Michaud-Lapointe m’épate et je suis heureuse de découvrir la plume de sa mère également.

 Quels sont vos récits de voyages préférés ?

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Youpi! Une nouvelle bande dessinée de Zviane!

Invitée pour une exposition de planches de bandes dessinées québécoises, ma bédéiste préférée-de-tous-les-temps, Zviane, se rend au Japon et y reste un peu plus d’un mois en décembre 2017 et janvier 2018. De ce séjour est née, une série de publications Instagram partagées avec sa communauté de fanautant des vidéos de la vie japonaise que des petites B.D. explicatives humoristiques – j’en ai suivi une grande partie, jusqu’à ce que, je l’avoue, les réalités de ma vie académique et ma tendance à la procrastination m’amènent à fermer tout réseaux sociaux jusqu’au dépôt de mon mémoire de maîtrise. Et puisque j’ai passé l’été à l’extérieur du Canada, je n’ai été mise au courant que récemment de la publication en livre imprimé des tribulations de Zviane au Japon, que je me suis empressée de me procurer.

Petit manuel à l’usage du Japon

On remarque tout de suite, dès la couverture, le clin d’œil que fait Zviane à la culture japonaise. Un portrait d’elle-même avec des yeux de style manga fait office d’introduction, accompagné du titre écrit à la verticale. Le livre en lui-même est d’ailleurs vraiment beau et attirant: de couleur flamboyante, il est de taille moyenne et d’une texture agréable à toucher (vive les bandes dessinées imprimées sur papier texturé!).

Zviane au Japon est à la fois un carnet de voyage et un manuel instructif. Il est formé de plusieurs historiettes ou courts chapitres qui relatent les différents aspects de la vie japonaise observés par l’autrice pendant son voyage – avec humour, évidemment – puisqu’il s’agit de Zviane. Y sont décryptés entre autres l’argent, la gastronomie, la télévision, l’écriture, les coutumes, le café et les toilettes. Souvent, une comparaison avec la vie occidentale est faite. Finalement, les sketchs sont entrecoupés d’illustrations plus esquissées qui proposent des scènes de la vie quotidienne, tronquées, pour la plupart, dans des lieux publics.

Du passage du temps

Puisque je suis avec enthousiasme le travail de Zviane depuis ses débuts (avec La plus jolie fin du monde en 2007 ou même Le point B), j’ai remarqué une évolution assez marquée dans son style de dessin, dans sa narration et dans son utilisation des codes de la bande dessinée. Dans Zviane au Japon, la ligne de dessin est assumée et précise, tout en conservant une allure minimaliste maîtrisée, sans une quantité effroyable de détails, même si les cases sont toujours bien remplies. On n’est pas dans Les Deuxièmes, plus travaillé, mais plus épuré, mais on n’est plus non plus dans son travail d’il y a dix ans. La typographie, qui ressemble à celle d’une machine à écrire, n’est plus celle de ses autres B.D. L’ajout d’un narrateur en dehors de certaines cases est intéressant et la disposition des dessins dans les pages est belle et réfléchie (au centre ou tout en bas en laissant un espace vide en haut, sur le côté, etc.). Également, la bande fleurie en haut des pages de l’introduction donne un bel effet « japonais » et ajoute une belle touche d’originalité.

Plus…?

Ma seule déception, et elle est liée à mon amour pour le travail de Zviane – ce qui en fait peut-être aussi un compliment – c’est que… comment dire? Je suis restée sur ma faim. Une gigantesque et insatiable faim. J’ai bien vu que ce petit recueil se voulait la réunion des sketchs dessinés lors de son voyage au Japon, précédemment partagés spontanément sur internet. Mais je l’ai trouvé (trop) court et « facile ». Pour la publication papier, j’aurais voulu avoir accès à du nouveau contenu en plus de celui déjà publié et connu des fansJ’en aurais profité, à sa place, pour m’amuser, gonfler le truc et pas seulement publier les chapitres déjà produits avec une mini introduction. J’aurais fait un travail supplémentaire de « liant » entre les parties, j’aurais travaillé un peu plus la forme, j’aurais donné au recueil un peu plus de substance et même de justification (pour passer du blogue/Instagram au papier, ne devrait-il pas y avoir une raison  ou volonté précise?). Et surtout, j’en aurais donné plus. PLUS PLUS PLUS.

Comme je le disais, c’est aussi parce que j’adore Zviane et que, tout comme c’était le cas pour Pain de viande avec dissonances – que j’avais acheté la journée même de sa parution avec peut-être un peu trop d’enthousiasme – je ne me peux plus d’attendre après un autre chef-d’oeuvre accompli et fignolé et abouti et doux comme Les Deuxièmes. Ou comme des briques délicieuses et denses comme La plus jolie fin du monde et Le quart de millimètre. On peut le dire comme ça: j’ai hâte qu’elle me donne un nouveau majestueux « gâteau trois étages » plutôt que seulement des miettes de trucs déjà publiés. Voilà, c’est dit.

Zviane au Japon demeure somme toute un agréable plaisir de lecture. J’ai bien rigolé et je me suis encore délectée du talent de Zviane pour raconter des histoires. Je l’avoue aussi, je ne bouderais l’autrice pour rien au monde et je la suis fidèlement dans ses choix et ses publications. Je vous invite d’ailleurs à découvrir celles-ci par l’intermédiaire des fileuses!

Avez-vous déjà plongé dans une oeuvre de Zviane?

Sur Apnée, par Karina : https://chezlefilrouge.co/2014/12/23/ces-livres-qui-font-du-bien/

Sur Club Sandwitch et Apnée: https://chezlefilrouge.co/2016/08/11/mes-bedes-de-lete/

Sur Le bestiaire des fruits par Martine : https://chezlefilrouge.co/2015/04/27/le-bestiaire-des-fruits-et-le-rire-de-la-lectrice/

Sur Les deuxièmesPing Pong et la série L’ostie d’chat par Marie-Hélène: https://chezlefilrouge.co/2016/02/09/zviane-en-trois-temps/

Pour en savoir plus sur l’autrice: https://chezlefilrouge.co/2016/03/11/autour-des-livres-rencontre-avec-zviane-bedeiste/

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Un lien familial : une plongée au coeur de l’amour du 21e siècle

Il y a longtemps que les mots de Nadine Bismuth avaient franchi les portes des librairies. Après son dernier roman, Scrapbook, publié en 2014 qui nous faisait découvrir le milieu de l’édition et de la littérature, voilà que l’autrice replonge dans un nouvel univers complètement différent, celui du design intérieur. L’amour des temps modernes, sur fond d’îlot et de dosserets de cuisine. Bienvenue dans Un lien familial.

Magalie est une designer de cuisine de 40 ans. Magalie sait que son conjoint la trompe avec une autre, mais elle prétend qu’elle n’en sait rien. Mieux, elle décide de le tromper en retour. Mais voilà que les choses évoluent et se gâtent.  L’homme avec qui elle choisit de tromper son mari est associé de sa firme, et conjoint de sa partenaire d’affaires. Elle risque gros à poursuivre les choses.

Il y a également Guillaume, dont Magalie fait la rencontre au fil de l’intrigue. Policier et fils du nouvel amoureux de sa mère, celui-ci développe rapidement un désir ardent pour la designer et décide d’investir dans la rénovation de sa cuisine pour s’assurer de passer du temps avec elle.

Le quotidien, qu’elle imaginait simple et sans heurt, semble maintenant lui mettre des bâtons dans les roues. Et ce qu’elle croyait maîtriser ne la satisfait plus du tout.

Voilà un livre que je ne croyais pas aimer. Nadine Bismuth m’avait charmée avec son dernier roman, que j’avais lu à plusieurs reprises sans toutefois pouvoir expliquer pourquoi il me plaisait autant. Je ne pouvais donc pas m’empêcher de me procurer son dernier ouvrage, avide de découvrir ce qu’elle nous réservait de nouveau. Mais voilà, le résumé ne m’intriguait guère, le sujet me laissait de glace.

Comment est-ce possible, dans ce cas, que l’autrice ait réussi à me tenir captivée du début à la fin?

Bien entendu, Bismuth possède une plume franche et accessible, faisant de ses ouvrages de réels page turnerUne fois commencé, impossible de s’arrêter. Avec Un lien familial, on devient les témoins du quotidien de gens simples dont la vie part en vrille. Observateur avide des moments ordinaires qui sont au cœur de la routine des couples et des familles, le lecteur se transforme en voyeur. Et ça lui plait. On ne peut arrêter notre lecture, il nous faut connaître le dénouement. Les familles exploseront-elles ou sauront-elles se sortir des plis qu’elles ont pris et qui les brisent bien plus qu’ils ne les réparent? On veut tout savoir.

On retrouve au cœur de l’ouvrage de Bismuth la même complexité des personnages que dans Scrapbook, la même envie de tourner les pages avec vigueur, les mêmes questions sur l’amour dans les temps modernes, malgré les univers qui se ressemblent si peu. La plume de Bismuth, acérée et addictive, nous amène à dévorer cette histoire banale comme si c’était un thriller policier. On referme le livre, presque déçu d’en être venu à bout, hanté par ces personnages si humains et aux réactions maladroites.

Il n’y a pas à dire, chaque livre de Bismuth marque.

Et on en veut encore.

 

Le fil rouge tient à remercier les éditions Boréal pour le service de presse.

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L’intemporalité de La Servante écarlate

Il y a de ces livres qui traversent les années et qui laissent dans leur sillage une trace indélébile. Et malgré le passage du temps, les lecteurs et les lectrices se souviennent précieusement de ces histoires qui les ont fait réfléchir et qui les ont marqués d’une façon souvent très personnelle et subjective. Ces personnes, elles sont de tous âges et de tout temps. Elles ont lu les œuvres en question à une époque différente de leur vie, époque qui, sans le savoir, avait parfois elle-même un impact sur la réception. Je fais partie de ces privilégiés. D’une catégorie bien précise, en fait ; celle qui a lu sur le tard une œuvre dont l’essence est toujours encore autant d’actualité, voire davantage aujourd’hui qu’au moment de l’écriture.

Une lecture toute fraîche

La Servante écarlate de Margaret Atwood est l’exemple par excellence de ce que je tentais d’expliquer dans les lignes qui précèdent. Je vous passe le résumé du roman que vous pouvez d’ailleurs retrouver dans un autre article sur Le fil rouge, intitulé Un petit vertige : relire Margaret Atwood. La lecture que j’ai faite en 2018 de l’œuvre écrite en 1985 par cette autrice canadienne de renom me semble tout à fait révélatrice de la société dans laquelle nous évoluons de nos jours. Un passage de la quatrième de couverture me confirme que mon impression n’est pas fausse :

« Les meilleurs récits dystopiques sont universels et intemporels. Écrit il y a plus de trente ans, La Servante écarlate éclaire d’une lumière terrifiante l’Amérique contemporaine. »

Télérama

Entre aujourd’hui et hier

D’emblée, le récit m’a paru très plausible et réaliste, ce qui, je l’accorde, peut s’avérer particulièrement effrayant vu l’horreur des faits qui sont relatés dans ce qui prend la forme d’un journal laissé derrière par une servante écarlate, Offred, soumise au régime dictatorial de la République de Gilead. Dans ce roman, Margaret Atwood traduit un futur proche, un futur possible, qui prend racine dans la fiction, oui, mais qui nous rappelle par moments certains événements récents ayant pris forme dans notre triste réalité. L’avenir sombre qui se dessine sous la gouverne d’un homme tel que Donald Trump ne présage rien de bon pour personne, mais plus spécifiquement pour les femmes qui, une fois de plus, payent le prix cher en raison de leur genre.

Prédire le futur

Je dois l’avouer, bien des choses ont changé, et ce, pour le mieux depuis 1985. Vous m’en voyez réjouie. Il demeure que plusieurs puristes de ce monde s’accrochent désespérément aux valeurs traditionnelles du passé, et ce, au détriment des avancements sociaux que d’autres tentent de mettre de l’avant coûte que coûte. Malheureusement pour nous, ces puristes occupent couramment des postes d’importance qui leur donnent un pouvoir décisionnel. En d’autres termes, ils se retrouvent souvent à la tête de nos gouvernements. L’autorité que nous leur octroyons, grâce à ce que beaucoup appellent la démocratie, les rend tout puissants. Régnant du haut de leur trône, ils pensent avoir le devoir, voire l’obligation, de choisir ce qui est bon pour nous, pour tous. Cela va jusqu’à décider des droits que nous avons sur notre propre corps, ce qui nous ramène à la désolante histoire de La Servante écarlate. Vous pensez peut-être que j’exagère légèrement. Laissez-moi vous prouver le contraire.

En juin 2018, pas plus tard qu’il y a cinq mois, le départ à la retraite d’un juge de la Cour suprême des États-Unis crée tout un émoi puisque son remplaçant pourrait être un conservateur s’opposant à « Roe v. Wade », décision prise en 1973 qui rend l’interruption volontaire de grossesse légale à l’échelle nationale. Nous savons aujourd’hui l’issue de cette nomination, à savoir celle de Brett Kavanaugh, sur qui pèsent des accusations d’agressions sexuelles. N’est-ce pas la preuve que nous reculons éthiquement parlant, tout en nous rapprochant dangereusement d’un avenir obscur, pas trop loin de celui qui nous est décrit par Margaret Atwood? L’adaptation télévisée du roman dans les dernières années prouve bien que les propos d’Atwood sont toujours aussi pertinents comme le soulevait aussi une autre de mes comparses du Fil rouge dans l’article suivant : La servant écarlate : une dystopie d’actualité, sur papier comme à l’écran. Atwood, qui soulève la tendance de certaines personnes à se déguiser en servantes écarlates lors de l’Halloween ou lors de manifestation dans la postface de la nouvelle édition du roman publié en 2015, en vient même à se demander : « est-ce un divertissement ou une sombre prophétie politique? Est-il possible que ce soit les deux? » (p. 514)

Alors qu’elle affirme en 1986 que la critique américaine portant sur son roman se demandait : « Combien de temps nous reste-t-il avant que ça n’arrive ? », je crois foncièrement que cette question a autant, voire davantage, sa place aujourd’hui dans le discours se rapportant à l’œuvre. Nous ne sommes pas à l’abri de ce genre de déchéance. Je finirai avec les mots de Margaret Atwood dans le but de mettre un peu de lumière sur une éventuelle noirceur à venir :

« Quand on me demande si l’histoire de La Servante écarlate est sur le point de « devenir vraie », je me dis qu’il y a deux avenirs dans le livre, et que si le premier « devient vrai », le second le pourrait aussi. (p. 522) »

Et vous, connaissez-vous de ces œuvres qui demeurent toujours pertinentes à travers les années?

La Servante écarlate, Margaret Atwood, Paris, Éditions Robert Laffont, 2015, 522 p.

Crédit photo : Michaël Corbeil

 

 

 

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L’univers sombre et merveilleux de Monstress

De plus en plus, on en parle et on la défend; la bande dessinée fait partie d’une littérature qui n’a rien à envier aux romans. Monstress, de Majorie Liu et Sana Takeda, s’imbrique parfaitement dans cette mentalité. J’y ai découvert un univers magique où de grands dirigeables voguent dans les mêmes cieux que les fantômes des dieux disparus et où des sorcières pourchassent des êtres mi-humains, mi-animaux. Une bande dessinée captivante, à la fois belle et cruelle.

Monstress se déroule dans un monde fantastique, inspiré du steampunk, où une guerre fait rage entre les humains et les arcanics, un peuple hybride descendant de créatures ancestrales. On y suit Maika Halfwolf dans ses aventures où elle combat l’Ordre des sorcières Cumaea afin de venger les siens et trouver des réponses au sujet de son passé. Mais le corps de la jeune arcanic héberge un esprit mauvais et lorsqu’il se réveille, Maika doit apprendre à cohabiter avec ce monstre terrifiant. Bientôt, plusieurs groupes d’ennemis vont tenter de l’attraper, soit pour l’empêcher de faire des dommages, soit pour contrôler l’arme qu’elle détient en elle.

Des illustrations merveilleuses

Cette bande dessinée est un véritable chef-d’œuvre épique. Il s’agit d’une agréable fusion entre le comics américain et le manga. Plusieurs détails m’ont rappelé la série d’animé Inu-Yasha que je suivais avec passion quand j’étais plus jeune. Les magnifiques illustrations de Sana Takeda transmettent bien l’émotion des personnages. Les éléments fantastiques ont éveillé mon imaginaire. Je prenais le temps de savourer les planches hyper détaillées où la couleur apporte une douceur à l’image, même pour les scènes les plus sombres. Il en ressort un contraste agréable entre la beauté des dessins et la cruauté de l’histoire. C’est du pur bonbon pour les yeux!

 

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Une histoire sombre

Le récit, quant à lui, est dur et sinistre. Après des années à vivre en guerre, la plupart des personnages se sont détachés de leurs émotions afin de se protéger. Comme pour porter un message d’espoir dans ce monde triste, Kippa, la fillette-renarde, soutient toujours l’héroïne avec une confiance aveugle. Elle apporte un baume sur la vie rude de Maika et c’est très touchant.

Au niveau de l’écriture, j’ai bien aimé l’utilisation de vocabulaire contemporain. Des expressions qui auraient normalement sonné faux dans un récit de fantasy donnent, dans ce cas-ci, une couleur attrayante aux dialogues. Fait intéressant aussi, les personnages sont majoritairement féminins. On peut alors retrouver des femmes dans les rôles les plus importants et plusieurs d’entre elles sont assez badass!

Une bande dessinée qui fait du bien

Jusqu’à présent, je n’ai lu que les deux premiers tomes. Je suis impatiente de découvrir la suite! Il est évident que j’ai accroché à Monstress grâce à une histoire originale et des illustrations impressionnantes. Mais en plus, cette bande dessinée m’a divertie, a satisfait mes yeux, a éveillé mon imaginaire et m’a aidée à améliorer mon anglais. Voilà seulement quelques-uns des bienfaits que la bande dessinée peut apporter dans nos vies. Pour aller encore plus loin dans cette réflexion, je vous invite à consulter cet article écrit par Marika.

Si vous aimez les histoires sombres et fantastiques, les univers steampunk et les bandes dessinées épiques, je vous conseille fortement la lecture de Monstress. Est-ce que, par hasard, vous auriez d’autres suggestions de livres de ce genre?

 

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Le rosier de la Pointe : le destin des roses de Pointe St-Charles

Il y a de ces livres qui éveillent des émotions fortes même si l’intrigue n’a rien de particulier en apparence. Justement, ce n’est souvent qu’une façade, une clôture qu’il faut franchir afin de découvrir un univers des plus riches qui suscite une curiosité sans bornes. C’est le cas du roman d’Alice Zorn, Le rosier de la Pointe, traduit en français cet automne. Le titre original, Five Roses, rappelle, à juste titre, l’enseigne géante « Farine Five Roses » qu’on peut apercevoir de loin dans le sud-ouest de Montréal. Cette affiche illuminée bien connue a une importance capitale dans le déroulement des évènements de l’histoire et relie le destin de trois femmes. Le genre de récit qui me parle vraiment, mais vraiment beaucoup.

Trois femmes liées les unes aux autres

Le rosier de la Pointe raconte trois histoires : celle de Fara, de Rose et de Maddy. Ces femmes habitent toutes les trois Montréal et, au départ, ne se connaissent pas. Mais au fil de l’histoire, différentes situations vont les amener à se rencontrer et à tisser des liens improbables entre elles. Tout d’abord, il y a la fuite de Thérèse dans les bois. Elle fuit Montréal en emportant avec elle un bébé volé : Rose. On retrouve ensuite la même Rose, 27 ans plus tard, qui retourne à Montréal à la mort de sa « maman » après un long exil dans la forêt. Ensuite, il y a Fara qui emménage dans une maison de Pointe St-Charles. Cette nouvelle demeure, acquise à un prix dérisoire, cache un drame qui ravive des souvenirs troublants dans l’esprit de Fara. Finalement, il y a Maddy qu’on rencontre à la page 127 seulement, employée dans une pâtisserie de marché. En apparence ordinaire, l’histoire de Maddy cache une tragédie : la perte d’un enfant. Un enfant volé et jamais retrouvé. Vous pouvez faire le lien entre Rose et Maddy, c’est rapidement exposé dans le livre. Dès que j’ai lu le résumé du roman, j’ai été curieuse d’en savoir plus, principalement de découvrir si mère et fille allaient se retrouver et surtout, comment ça se passerait. Je garde pour moi l’issue de cette intrigue.

Un livre rempli de surprises

Il faut d’abord parler du format du roman, qui pourrait déplaire à certains, ce qui n’est pas du tout mon cas. Le livre est moins large que la normale et, pour ma part, je trouve que ça donne du panache au livre. Ce format est très prisé par l’éditeur Marchand de feuilles et j’avoue que ça m’influence souvent dans mes achats. Le roman Courtepointe, dont a parlé ici ma collègue Amélie, en est un bon exemple. Outre le format, la page couverture, bien différente de l’édition originale, dégage une certaine noblesse et est vraiment magnifique. Bref, l’objet en soi est une œuvre. Comme je l’ai déjà mentionné, il s’agit d’une traduction de l’anglais, mais on aurait dit que le livre a été écrit en français tellement le texte est fluide. Un excellent travail de la part du traducteur Bertrand Busson. J’aimerais bien d’ailleurs jeter un coup d’œil à l’original pour comparer. J’ai été étonnée de voir ressurgir chez moi un fort sentiment d’appartenance à Montréal lors de ma lecture, même si j’ai quitté la grande ville depuis plusieurs années et que je ne connais que peu le quartier où se déroule principalement l’histoire (Pointe St-Charles). J’ai aussitôt programmé une visite dans les jours qui ont suivi tellement la sensation était forte. J’avais besoin de me reconnecter à mon ancien patelin. La puissance de la lecture…

Des thèmes variés et prenants

L’importance qu’on donne à la famille est au cœur de ce récit. Que ce soit à travers la relation entre Rose et sa « mère » décédée, le souvenir que garde Fara de sa sœur ou encore l’espoir de Maddy de retrouver son enfant, les valeurs familiales sont abordées de toutes les façons possibles. On découvre aussi les différentes façons de vivre le deuil, selon le personnage et la situation. À travers Rose et sa passion pour le métier à tisser, qu’elle ramène en ville pour s’y consacrer, ou encore par Maddy qui laisse tout tomber pour aider son amie Yushi à vivre de sa passion pour la cuisine, l’importance de faire ce qu’on aime dans la vie est beaucoup mise de l’avant tout au long de l’histoire.

La fin ouverte du récit donne espoir que les personnages réussissent à vaincre leurs démons, qu’il s’agisse de la honte, du remords ou encore de la crainte de l’autre, tout simplement. Je peux affirmer avec conviction que cette histoire donnerait naissance à un très bon film. Je lance ça dans l’univers, comme j’ai tendance à le faire chaque fois que je découvre une œuvre aussi imagée, en espérant qu’un(e) artisan(e) du cinéma y voit le même potentiel. On peut rêver… Ce livre donne envie de vivre pleinement et d’apprécier ce qu’on a.

Et vous, quelles œuvres littéraires aimeriez-vous voir au grand écran?

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Réconfort dans la plume de Tove Jansson

J’épluchais les nouveautés dans une petite librairie indépendante et je suis tombée sur L’art de voyager léger et autres nouvelles de Tove Jansson. La couverture du recueil m’était tombée dans l’œil : l’autrice elle-même, portant un bandeau de fleurs, se baigne nue dans une eau grise. En arrière-plan, un petit chalet. L’image est surprenante, mais le calme qu’elle dégage la rend aussi très apaisante. C’est bien le reflet de ce que j’ai retrouvé à l’intérieur du livre.

La découverte d’une autrice

Née en 1914, Tove Jansson est d’origine finlandaise. Ces deux éléments biographiques sont importants pour saisir le cadre spatio-temporel et les sujets touchés dans les quinze nouvelles composant le recueil. À noter que, si moi je l’ai découverte avec ce recueil, l’autrice est assez connue dans le milieu littéraire. D’ailleurs, si vous aimez l’écriture de Julie Delporte, vous ne devriez pas être en reste, parce qu’elle s’en inspire beaucoup.

Les histoires du livre m’ont dépaysée un brin, les pays européens sont pourtant un lieu fréquent dans la littérature que je consomme. On réalise tôt, sous la plume de Jansson, que plusieurs particularités et traditions résident dans les pays nordiques : l’Europe, ce n’est pas l’Angleterre et ce n’est pas Paris.

Le livre est publié en 1987, mais la traduction française en format livre de poche est parue en 2015. Un bon écart donc entre la naissance du livre en Finlande et sa lecture dans mon salon de Montréal. J’ai adoré l’effet!

De petites histoires

Dans la première nouvelle titrée Noël, on tombe dans l’enfance d’une Finlandaise – peut-être Jansson elle-même – lors des préparatifs familiaux de Noël. Au fait, l’enfance est récurrente dans le ton employé, dans la mesure où la plupart des histoires se déroulent dans la tête d’une enfant. Cependant, ce thème n’est pas unique à ce recueil et il se retrouve dans l’œuvre plus globale de l’autrice : rappelons-nous les « Moomins », pensés par Tove Jansson. Sans tomber dans l’infantilisation des mots, on retrouve plutôt une douce naïveté dans les réflexions.

Les détails et les descriptions fines sont à l’honneur et j’en étais ravie puisque c’est exactement le genre de plume que je recherche pour du réconfort. Pas de suspens, pas de drame, juste un quotidien. Quotidien pas du tout ennuyant d’ailleurs, parce que très original par rapport à celui des Québécois.es d’aujourd’hui.

Également, bien que chacune des nouvelles possède la même saveur finlandaise et la même valeur apaisante, on retrouve une belle diversité dans le type d’histoires et d’anecdotes vécues par les personnages.

Odeurs, paysages et textures

Tove Jansson nous fait sentir les odeurs, voir les paysages et ressentir les textures dans son recueil.

«Dans une forêt bien peinte, tout est plus ou moins de la même couleur, la mousse, les troncs et les branches des sapins. Tout est doux et grave, à mi-chemin entre le gris, le marron et le vert, mais avec très peu de vert.»

Je suis tombée en amour avec cette autrice décédée en 2001, à l’âge de 86 ans, mais qui nous laisse quand même une bonne pile de livres à consommer tranquillement.

«Elle se fit un creux chaud pour son lourd corps et rabattit le duvet sur sa tête. À travers le petit trou d’air aménagé devant son nez, elle voyait deux roses couleur chair sur le papier peint. Rien ne pouvait l’atteindre.»

L’automne froid et le temps gris, l’hiver rigoureux du Québec et les feux de foyer accompagneront à merveille ce petit recueil qu’est L’art de voyager léger et autres nouvelles. 

Et vous, quelle est votre lecture «réconfort» par excellence?

 

 

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Les fins heureuses, à découvrir !

Dans le cadre de la première séance du club de lecture de la Rive-Sud, édition automne 2018, notre choix de livre s’est arrêté sur Les fins heureuses, de Simon Brousseau. Cet auteur québécois en est à sa deuxième publication. Après Synapses, il nous revient cette fois-ci avec un recueil de nouvelles.

Un univers bien unique

Plusieurs thèmes sont abordés dans Les fins heureuses. Il n’y a pas nécessairement de liens à faire entre les différentes nouvelles. Il y en a pour tous les goûts! Que ce soit des jeunes jouant à Donjon et dragons, rappelant l’ambiance de l’émission Stranger Things diffusée sur Netflixou encore un couple étrange souhaitant faire l’acquisition d’une maison centenaire hors de prix, les personnages sont variés et ont tous un petit quelque chose d’extraordinaire. Le regard sur la vie y est tranchant et parfois sombre, voire carrément déprimant, mais on y perçoit toujours une petite lueur d’espoir, souvent sous forme d’humour noir.

Personnellement, il s’agissait de ma première expérience avec un recueil de nouvelles et je répéterai sans doute l’expérience. Ce format est agréable, car il permet de voyager à plusieurs endroits dans une même lecture. On y rencontre des personnages que l’on aime, d’autres que l’on déteste, mais jamais pour très longtemps. Contrairement à un roman, si une histoire ne nous plaît pas, on tourne quelques pages et on plonge dans quelque chose de différent! Par contre, comme mentionné lors du club de lecture, il peut s’agir d’un exercice moins agréable, car on n’a pas le temps de se familiariser avec les subtilités et les nuances d’un texte; tout se fait en condensé, rapide et efficace. Et parfois lorsqu’on aime vraiment une histoire, on en voudrait plus!

Avis partagés

Une fois ma lecture terminée, je suis restée sur ma faim. J’avais l’impression de ne pas avoir trouvé de sens ou de fil conducteur entre les différentes nouvelles fictives que nous propose Simon. Je n’irais pas jusqu’à dire que je n’ai pas apprécié ma lecture, mais je sentais que quelque chose m’échappait. Je suis une grande « fan » de romans et de films de style chorale, c’est-à-dire lorsque plusieurs personnages d’abord déconnectés les uns des autres se retrouvent peu à peu, au fil de l’histoire, comme dans Love Actually. Je crois donc que je cherchais des liens entre les divers personnages, entre chacune des nouvelles, alors que chacune existe dans son propre univers.

Par contre, grâce à la séance du club de lecture, j’ai pu partager mon point de vue avec celui des autres participantes et ainsi changer mon regard face à cette œuvre. Les avis sont majoritairement positifs, nous sommes unanimes pour dire que l’auteur maîtrise parfaitement l’art de nous plonger immédiatement dans un univers précis. Chaque histoire, aussi courte soit-elle, nous place tout de suite dans la bonne ambiance. Pour y arriver avec une telle précision, Simon Brousseau utilise des mots exacts, tranchants, réfléchis. Parfois, la nouvelle ne fait que quelques pages et c’est suffisant pour nous mettre parfaitement en contexte. Nous avons unanimement exprimé notre désir de lire d’autres œuvres de Simon Brousseau, principalement à cause de la qualité de son écriture.

Nous étions également d’accord sur le fait que l’auteur est déstabilisant, ce qui est plutôt ressorti comme une qualité. Alors que nous étions certaines de la fin d’une nouvelle, il arrivait à nous surprendre en allant totalement dans une autre direction! Ces histoires parfois sans queue ni tête font toutefois preuve d’une grande originalité et nous sortent sans aucun doute de notre zone de confort!

Notre nouvelle préférée? La suite des lettres au nageur, avec sa touche humoristique, mais aussi légèrement cynique.

Êtes-vous familiers avec les recueils de nouvelles? Est-ce un genre de lecture qui vous intéresse?

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Un siècle en trois tomes

Lire Le Siècle, de Ken Follett, c’était le projet d’un été. Moi qui espérais lire un bon nombre de romans durant les vacances scolaires, je peux dire que ce fut un échec. Par contre, j’ai lu 3249 pages avec les trois tomes de cette série et je ne peux pas dire que je me suis ennuyée.

Trois tomes, trois guerres

Même en format de poche, ces romans demeurent des briques. D’un autre côté, il y a tant à dire sur le XXe siècle, notamment trois grands événements marquants. Chaque tome a comme thème central une guerre. Le premier, La Chute des Géants, traite donc de la Première Guerre mondiale, le deuxième, L’Hiver du Monde, de la Seconde, et le dernier, Aux portes de l’Éternité, de la guerre froide.

Par contre, bien que les grands conflits mondiaux soient les thèmes principaux, l’auteur touche de nombreux autres sujets qui ont marqué ce siècle. Il s’agit donc bien de romans historiques et non pas de récits de guerre. Les autres grands thèmes incluent notamment l’avènement des syndicats, les droits des femmes, les droits des Noirs, la révolution des Bolcheviks et l’époque du rock’n’roll.

Nombreuses familles et familles nombreuses

Outre l’énormité de l’oeuvre, une chose qui peut faire peur en se lançant dans la lecture de cette série est le nombre remarquable de personnages. En effet, les premières pages des livres contiennent une liste des personnages, séparées par pays puis par familles. Une catégorie est également consacrée aux personnages réels ayant bel et bien pris part à l’Histoire. Ces pages, censées aider le lecteur à se repérer, font un peu peur à première vue. En revanche, après quelques chapitres, on réussit à lire sans avoir besoin de s’y référer.

Par contre, lorsque l’on entame les deuxième et troisième tomes, les choses se corsent un peu. De mon côté (et de celui de mon père, qui me passait les bouquins une fois qu’il avait fini de les lire), j’ai parfois eu quelques difficultés à retrouver le lien qui unissait deux personnages. À certains moments, j’aurais aimé avoir un arbre généalogique pour me rappeler à quel moment deux familles d’origines différentes se sont connues et entremêlées. Malgré ces petits moments de confusion, on réalise que le nombre de personnages n’est pas exagéré, car tous sont différents et intéressants à suivre. L’amalgame des personnages, au bout du compte, est une richesse bien plus qu’un fardeau.

L’une des nombreuses caractéristiques appréciables de ces romans est que l’action se déroule à différents endroits dans le monde. La plupart des romans où l’action prend place en pleine guerre ont pour personnage principal un soldat au front. Ici, on s’intéresse plutôt à plusieurs familles qui vivent aux États-Unis, en Russie, au Pays de Galles et en Allemagne, en plus de les suivre durant leurs passages à Cuba, en France, en Hongrie, en Espagne, en Sibérie ou ailleurs dans le monde. Les personnages de différentes régions aident à élargir nos perspectives quant à ce qu’était réellement la guerre, ce qui a mené à tous ces événements, et comment ceux-ci étaient vécus par les habitants des différents pays. Par exemple, je crois pouvoir dire sans prétention que j’ai lu plusieurs romans historiques prenant place en pleine guerre. Pourtant, je n’avais jamais été plongée en pleine prise du Palais d’Hiver en 1917 et je n’avais jamais assisté d’aussi près aux démarches diplomatiques de l’Allemagne lors des deux conflits mondiaux.  Bref, l’étendue du territoire sur lequel se déroule les trois romans et le nombre difficilement calculable de protagonistes ne sont clairement pas des points négatifs de cette série.

Places importantes dans la société

Les nombreux personnages de cette trilogie sont également tous intéressants à leur façon, de par le rôle qu’ils jouent respectivement dans leur communauté. Certaines personnes sont simplement nées dans la bonne famille et occupent de facto un rôle important dans leur pays. En effet, les aristocrates obtenaient souvent un rang important à l’intérieur du gouvernement ou de l’armée, parfois même les deux. Chez les familles moins fortunées que nous suivons, les simples travailleurs montent les échelons et sont vecteurs de changement en se taillant vaillamment une place de choix au sein du gouvernement, de l’armée ou, plus largement, de la société. Il est très intéressant de voir comment leurs décisions influencent le cours des événements.

Par exemple, tout au long des trois tomes, le lecteur est invité dans les coulisses des gouvernements. Plusieurs personnages travaillent près des dirigeants de leur pays, ce qui fait en sorte que nous assistons aux nombreux débats qui mènent aux prises des décisions qui changent parfois le cours de l’histoire. On en apprend donc beaucoup sur ce qui s’est réellement passé du côté des différents géants du monde en lisant certains passages axés sur la politique et la diplomatie. J’ai été surprise de constater mon intérêt pour ces passages qui auraient pu s’avérer assez longs. Savoir que les personnes oeuvrant à l’intérieur des différents gouvernements vivaient dans de tels climats d’agitation et de trouble est fascinant.

Travail de longue haleine

En terminant, ces trois romans sont remarquables de par leur histoire qui est très prenante. Malgré la quantité énorme de lecture que cette série représente, j’ai été tenue en haleine tout au long des milliers de pages composant ces romans et je n’ai pas trouvé qu’il y a eu des longueurs. Je crois que le plus impressionnant reste le travail extraordinaire de l’auteur pour mettre tous ces événements et ces personnages en scène dans un tout qui se suit bien et qui ne semble pas du tout forcé. La recherche nécessaire pour réaliser une telle série est inimaginable et j’ai de la difficulté à comprendre comment il a pu écrire de tels romans à moins de deux ans d’intervalle.

Si ce n’était pas suffisamment clair, j’ai adoré cette série de Ken Follett, qui se doit d’être lue par tous les amateurs de récits historiques qui ne sont pas rebutés par une oeuvre d’une grosseur considérable. Cette trilogie est un tour d’horizon exceptionnel sur tous les événements ayant construit le XXe siècle et entremêlés de péripéties fictives qui rendent le tout aussi intéressant que cela peut l’être. L’incroyable plume de Ken Follett est certainement une que je souhaite lire à nouveau dans le futur.

Pour ceux et celles qui le connaissaient déjà, quels sont ses meilleurs titres parmi la longue liste des romans qu’il a écrits?