Derniers Articles

Amélie Dubois, Éditions de l'Isatis, éloge de la lenteur, Bibliothérapie, connaissance de soi, enfance, l'art de ne rien faire, Le fil rouge, le fil rouge lit, lecture, les livres qui font du bien, Littérature jeunesse, livres pour enfants, Marie-Hélène Jarry, réflexion

Rien du tout! Éloge de la lenteur à l’usage des enfants… et de leurs parents!

Avec sa couverture tout en douceur et ses illustrations aux couleurs pastel, Rien du tout! de Marie-Hélène Jarry et Amélie Dubois est un album jeunesse qui apporte un beau regard sur l’écoute de soi, la lenteur, la créativité et l’art de ne rien faire!

Trop de livres éducatifs ?

Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir des enfants, mais à chaque rentrée littéraire, j’observe une recrudescence de livres pour enfants. Cette année ne fait pas exception: le dernier Salon du Livre que nous avons fait était majoritairement consacré à la littérature jeunesse. Dans un certain sens, je trouve cela très bien, et d’un autre côté… je suis souvent déçue par le contenu des ouvrages. Je remarque que pour beaucoup d’entre eux l’aspect «éducatif» prime trop sur le contenu. Faut-il absolument que pour qu’un livre soit «bon», il ait une valeur éducative? Ce serait un sujet à débattre… L’enfant ne peut-il simplement lire pour son propre plaisir sans que nous cherchions, en tant qu’adulte, à nous rassurer sur nos choix?

Beaucoup de livres abordent des problématiques comme celles de l’école, des «règles de vie», des émotions, l’apprentissage de la propreté, les différentes étapes de la vie ou les relations humaines… mais peu abordent la notion de RIEN et de tout l’univers des possibles autour de ce «rien».

C’est ce que j’ai aimé dans cet album jeunesse : toute la richesse donnée à ce RIEN.

«Quand on n’a rien à faire, on peut penser à tout ce qu’on veut. Je découvre un monde merveilleux, avec Alice ou le Petit Prince. Je me raconte des blagues et je ris dans ma tête. Je… je… je peux aussi… ne penser à rien du tout!»

Passer plus de temps à ÊTRE et moins à FAIRE

Chez nous, on prend du plaisir à lire.  On aime quand l’imagination embarque et que ça créé des images fantasmagoriques dans la tête! On aime être libre et savourer chaque instant pour ce qu’il a de précieux.

Je ne parle pas seulement du plaisir de lire, mais aussi du plaisir d’être et de se connaître. Le temps que nous passons avec nous-même est-il vraiment un temps de qualité? N’avons-nous pas tendance à nous négliger, et ce, dès l’enfance?

C’est difficile dans nos sociétés occidentales où l’on ne parle que de produire-évaluer-consommer. Un enfant qui ne fait rien, il n’arrivera à rien dans la vie! Les rêveurs et les poètes n’ont pas leur place en ce monde de surconsommation. Il faut les stimuler ces enfants, très tôt. Il faut les occuper, tout le temps, pour ne pas qu’ils s’ennuient! Oui, mais, voilà qu’un jour, ils ne tiennent plus en place, ils gesticulent, ils n’écoutent plus, ils ont un «déficit d’attention».

Et si nous les laissions simplement ne rien faire? Si nous leur accordions le droit de s’ennuyer et d’être avec eux-mêmes?

 Amélie Dubois, Éditions de l'Isatis, éloge de la lenteur, Bibliothérapie, connaissance de soi, enfance, l'art de ne rien faire, Le fil rouge, le fil rouge lit, lecture, les livres qui font du bien, Littérature jeunesse, livres pour enfants, Marie-Hélène Jarry, réflexion

Quelle belle faculté que d’apprendre à ÊTRE avec soi. On apprend à ne pas avoir peur d’être seul parce qu’on se connaît mieux. Longtemps j’ai redouté de me retrouver seule, à ne pas savoir quoi faire. Dès que le silence se faisait, vite! Il fallait que je comble ce vide avec de la musique, une activité, une personne, quelqu’un à qui parler, quelque chose à voir, à faire ou à écouter. Je me suis longtemps trimbalée avec mes préjugés, comme quoi il faut être «productif», ne pas rester à ne rien faire non plus.

«Nous devons passer plus de temps à rêvasser» (Daniel Levitin)

Pourquoi? Parce que le temps que nous passons à ne rien faire ne sert pas à rien justement! Il permet à l’imaginaire de se construire, à la créativité de se développer. C’est une philosophie de vie.

«Papa voudrait que je sois occupée du matin au soir. Mais aujourd’hui, ne rien faire, c’est exactement ce que je veux faire!»

Observer pour mieux comprendre

J’ai apprécié lire Rien du Tout! avec mes enfants, pour la poésie qu’il dégage, la légèreté, la richesse des images qui prennent naissance dans l’imaginaire et les réflexions souvent philosophiques que cela amène.

«Est-ce que les fourmis s’arrêtent parfois de courir?»

Toi? Qu’est-ce que tu vois dans ta tête quand tu fermes les yeux? Moi, je vois la mer. Une mer infinie sur laquelle je navigue, cheveux au vent!

Quand on ne fait rien, on prend le temps d’observer, d’être attentif à ce qui se passe autour de nous et à l’intérieur de nous. Nul besoin de courir constamment après le temps et les activités. La vie, c’est maintenant, et les enfants se souviendront longtemps de ces moments passés à observer la nature en s’inventant des mondes imaginaires. C’est aussi en prenant le temps d’observer que l’on apprend à mieux comprendre ce et ceux qui nous entourent. Il suffit de se faire confiance.

Allez… Je vous mets au défi aujourd’hui de vous accorder, vous et votre enfant, une heure à ne rien faire du tout, RIEN DU TOUT ! Le ferez-vous?

Je vous invite aussi à lire l’article de Kim Daoust-Loiselle, sur le même ouvrage: une belle approche!

 

le fil rouge`le fil rouge lit; héliothérapie; Deni Y. Béchard; Alto; Remèdes pour la faim

Club de lecture de la Ville de Québec : Remèdes pour la faim

Depuis l’automne dernier, j’ai la chance d’animer les séances du club de lecture du Fil rouge dans la ville de Québec. Pour notre dernière rencontre de la session d’hiver, notre choix s’est arrêté sur Remèdes pour la faim, un récit autobiographique écrit par Deni Y. Béchard. 

Avant chaque rencontre, je suis toujours un peu fébrile de connaître l’appréciation du livre choisi par les participantes bien que je dois dire que les échanges sont toujours captivants, et ce, même quand la lecture du mois ne fait pas l’unanimité. Dans le cas de Remèdes pour la faim, j’étais encore plus préoccupée de l’appréciation du livre, car il s’agit d’une brique de presque 600 pages sans grands rebondissements et la dernière chose que je souhaite est que la lecture devienne une corvée pour les participantes.

C’est donc avec ce petit stress en tête que je me suis rendue au lieu de la dernière rencontre. Or, ce stress a vite disparu, car tout le monde a réussi à terminer le livre avant la rencontre et la plupart des participantes ont beaucoup aimé leur lecture. Finalement, peut-être que le sentiment de satisfaction est encore plus grand lorsque l’on termine un livre aussi volumineux.

Un récit autobiographique sur une relation père-fils

Dans Remèdes pour la faim, l’auteur relate son enfance et son adolescence entre la Colombie-Britannique et les États-Unis. Le livre aborde en grande partie sa relation avec son père, un homme très spécial qui est loin d’être un enfant de chœur. Enfant, Deni ressent de l’admiration pour son père et il chérit tout moment de complicité qu’il peut partager avec lui, et ce, même si déjà certains comportements de son père le rendent soupçonneux.

Alors qu’il a 10 ans, les parents de Deni se séparent. Sa mère Bonnie emmène ses trois enfants vivre avec elle en Virginie. Séparé de son père, Deni continue de cultiver une curiosité par rapport à celui-ci. Il en sait très peu sur lui, mis à part qu’il est un Canadien français né au Québec et qu’il a coupé les ponts avec sa famille. Or, un jour, il apprendra que son père était autrefois un voleur de banque et il deviendra fasciné par cette période dans la vie de son père. Le livre lève donc le voile sur la vie rocambolesque du père de l’auteur, mais il aborde avant tout l’histoire d’un adolescent qui tente de trouver sa voie avec ce père au passé mystérieux comme modèle.

Pourquoi nous avons aimé ce livre

Bien que le personnage du père, un homme égoïste, violent et manipulateur, fasse parfois grincer des dents, les participantes du club de lecture ont beaucoup aimé la multitude de thèmes abordés dans ce livre, soit la quête d’identité, le besoin de fuir, les secrets de familles, les relations père-fils, la recherche de ses origines et la littérature. À elle seule, la vie du père de l’auteur est digne d’un roman. Par contre, nous avons beaucoup aimé que la vie de ce dernier soit dépeinte à travers son fils qui, dans sa quête d’identité, tente de comprendre qui est son père.

 Le rôle de l’écriture et de la littérature dans la vie de l’auteur est un autre aspect du livre que les participantes ont particulièrement apprécié. Pour des passionnées de lecture, il est intéressant de constater que la littérature et l’écriture peuvent avoir un impact significatif dans le cheminement d’une personne et, dans le cas de l’auteur, c’est sûrement ceux-ci qui ont fait en sorte qu’il n’a pas suivi les traces de son père.

Pour ceux et celles qui seraient tentés de lire ce livre, mais qui se sentent rebutés par sa longueur, sachez que, une fois la lecture entamée, il est difficile de poser le livre. Nous étions toutes d’accord pour dire que malgré quelques longueurs, c’est le sens du détail qui fait de ce livre une réussite. Qui plus est, nous étions unanimes pour dire que la traduction de Dominique Fortier est très bien exécutée. Notre dernière séance s’est donc conclue sur une très belle note.

Et vous, aimez-vous les livres qui portent les sur les relations filiales?

 

le fil rouge, le fil rouge lit, littérature, livres, les livres qui font du bien, bibliothérapie, Harry Potter, Harry Potter l'intégrale, J.K Rowling, lecture du soir

Comment j’ai appris à aimer Harry Potter

Au printemps l’année dernière, le loulou est rentré de l’école avec une demande précise : « Dis maman, on pourrait lire Harry Potter ? La grande sœur de mon meilleur copain est en train de le lire et elle lui raconte tout. Moi aussi je voudrais connaître l’histoire. »

Je dois reconnaître que j’étais pas contente-contente. Sincèrement, j’avais beaucoup de préjugés sur Harry Potter, et n’avais absolument pas envie de les lire. Et puis, il n’était qu’en première année, serait-il capable de rester accroché à un même récit pendant une longue période ? J’ai tenté de me défiler en lui montrant les films. Mais ce n’était pas suffisant pour lui, au contraire : ils avaient éveillé son intérêt, et il avait encore plus envie d’avoir tous les détails.

Il fallait que je le reconnaisse : quoique mes préjugés me fassent en penser, Harry Potter est entré dans la culture générale de base, il est devenu un incontournable. Pis, comme la règle de nos séances de lecture du soir veut que ce soit lui qui choisisse la lecture, j’ai donc été obligée de me soumettre… avec le secret espoir qu’il se lasserait avant la fin du premier tome.

Un an !

Nous voilà donc embarqués dans la lecture quotidienne à voix haute de l’intégrale d’Harry Potter. Le loulou se délectait. Comme il avait vu les films, il arrivait à se situer dans la trame narrative et savait se montrer patient dans les passages un peu lents, tout en se montrant avide et passionné pendant les passages qu’il avait adorés sur écran et curieux dans les passages occultés par les réalisateurs. Il buvait mes paroles, et en demandait toujours plus.

Arrivés au Prisonnier d’Azkaban, c’est le papa qui nous a rejoints, parce que ça avait été son film préféré : « Dites-moi quand Hermione remonte le temps, je voudrais écouter ce passage. »

Voilà, j’étais coincée : les 2 garçons attendaient dorénavant le soir pour entendre la suite des aventures de Harry. Je n’avais plus d’autre choix que d’aller jusqu’au bout.

Comme au coin du feu

Nos lectures du soir sont un moment sacré, et ce depuis aussi longtemps que le loulou puisse s’en souvenir. Sa façon de me demander Harry Potter était bien représentative de la phase que nous traversions depuis un moment : il en est aux débuts de sa socialisation, il souhaite voir, faire et être comme les autres. Par ses amis, il s’est ouvert à beaucoup de nouvelles choses, reléguant ainsi nos intérêts familiaux au second plan. L’habitude se perdait, signe qu’il grandissait.

Mais Harry Potter l’a ravivée. D’un coup, il avait tellement envie de savoir (pour pouvoir le raconter à ses amis le lendemain), qu’il s’est mis à prendre l’initiative de demander des chapitres en pleine journée pendant la fin de semaine, et même de tout préparer pour la lecture : canapé, coussins, livre, couverture… Quand son père s’est ajouté à notre club de lecture, ce moment est devenu encore plus spécial, c’était « notre truc » de la journée pour nous retrouver tous les trois, notre expérience commune, notre demi-heure de câlins.

Ouvrir la parole

Ce qui m’a beaucoup étonnée, ce sont les discussions que notre lecture a suscitées. On reconnaîtra facilement que le monde des sorciers de Poudlard est loin d’être merveilleux et idyllique : Harry y côtoie le racisme anti-Moldus, le suprématisme des Sangs-Pur, l’esclavage des elfes, l’appropriation culturelle des Gobelins, les défauts de ses parents et de Dumbledore… autant de sujets sensibles sur lesquels le loulou a eu beaucoup de questions. D’ailleurs, de nombreux auteurs se sont déjà penchés sur la chose. Pour aller plus loin, vous pouvez lire l’article de Catherine sur Harry Potter à l’école de la philosophie ou celui de Marion sur Harry Potter et le féminisme.

Parfois, il nous a vraiment mis dans l’embarras et a ouvert des débats délicats avec son sens du détail (débats qui ne sont toujours pas clos d’ailleurs)!

Pleine de mes a-prioris, je dois dire que je ne m’attendais pas du tout à un univers aussi profond et complet, qui me pousse à parler d’éthique et de morale avec mon fils de 7 ans.

Prendre le temps

Personnellement, j’ai souffert pendant les quatre premiers tomes (oui, la Coupe de feu fait près de 1000 pages, même si il est plus dense et intéressant que les trois précédents, sa lecture s’est faite dans la souffrance) et n’ai eu de l’intérêt pour l’histoire qu’à partir de l’Ordre du Phénix. Le style de l’autrice ne me plaisait pas, je trouvais la traduction pleine de pléonasmes, de répétitions et d’anglicismes, l’histoire creuse et lente, les personnages ne me touchaient pas…

Mais finalement, je suis heureuse de cette expérience. Les sept tomes créent un univers très cohérent, qui évolue et se complexifie au même rythme que ses personnages principaux mûrissent et l’abordent de façon plus juste. Maintenant, je ne suis définitivement pas une fan de Harry Potter, mais je suis capable de lui reconnaître ses grandes qualités.

Passage de relais

Loulou dit qu’il le lira à ses enfants quand son tour viendra. Je pense qu’il le relira bien avant, et sera très étonné par tout ce qu’il va y découvrir en plus de ses souvenirs. Lui-même aura assez grandi pour pouvoir aborder l’œuvre avec un autre regard.

Le but de la lecture du soir était de lui offrir des lectures auxquelles il ne pourrait accéder seul. Je suis vraiment contente d’avoir pris le temps de lui offrir Harry Potter de la sorte : non seulement j’espère que cela lui aura fait passer la peur des grosses briques, mais j’espère surtout qu’il se sera autant enrichi que moi pendant cette année.

Et vous, liriez-vous l’intégrale de Harry Potter en famille ?

 

le fil rouge lit, les livres qui font du bien, féminisme, féminisme, quand le sexisme passe à table, faiminisme, Nora Bouazzouni, Nouriturfu, essai féminisme, patriarcat, nourriture, charge mentale, alimentation, tâches, sexisme, véganisme, la politique sexuelle de la viande, cheffe

Au menu : du sexisme

Il y a un rapport étroit entre alimentation et féminisme. Il peut être difficile de le percevoir au premier regard, mais le sexisme passe (aussi) malheureusement à table. L’autrice et journaliste Nora Bouazzouni en a d’ailleurs fait le sujet de son tout dernier essai: Faiminisme : quand le sexisme passe à table, publié aux éditions Nouriturfu.

Patriarchie parmentier

C’est un essai qui a piqué rapidement mon intérêt, tout d’abord parce que le sujet m’interpelle, mais aussi par la couverture poignante et le titre des chapitres tel que Patriarchie Parmentier me faisait bien rigoler. Or, j’avoue que j’ai été relativement déçue du manque de profondeur de l’ouvrage, quoique je pense qu’il s’agisse d’une délicieuse (tiens, moi aussi je m’amuse avec le vocabulaire alimentaire!) entrée en ce qui concerne le problème du sexisme dans tout ce qui englobe l’alimentation.

Le sexisme dans la cuisine

En abordant les inégalités entre les chefs dans l’imaginaire collectif (n’avez-vous pas remarqué que les femmes sont des cuisinières et des hommes des chefs ?), les stéréotypes des goûts féminins ou masculins ou la charge mentale de la préparation des repas qui revient bien souvent plus aux femmes, l’autrice présente toutes sortes de formes de sexisme qui existent en lien avec l’alimentation. Et cela, sans oublier toute la pression liée au corps qui repose sur les femmes (par exemple la publicité qui nous rappelle toujours que l’on doit maigrir et manger mieux).

Elle aborde aussi les liens qu’il y a à faire avec végétarisme et féminisme. À ce sujet, lisez le fabuleux La politique sexuelle de la viande dont Roxanne vous a parlé ici.

J’ai passé un bon moment de lecture avec ce très court texte inscrit dans un discours écoféministe, mais il m’a donné faim. J’avais envie de continuer mes recherches et j’ai été plus que déçue de ne pas retrouver une bibliographie en fin de livre. J’avoue être de celles qui savourent et chérissent ces extensions de fin de bouquins, allongeant ainsi ma PAL, mais surtout me permettant d’approfondir mes connaissances, mes réflexions, etc.

Bref, je recommande sans hésiter cette lecture comme introduction à ces questions, car l’ouvrage est parsemé d’humour, ce qui rend la lecture très divertissante. L’autrice fait un bel éventail des sphères dans lesquelles le sexisme persiste. Cela permet de voir son assiette et la place des femmes en cuisine autrement, mais je vous préviens: on reste un peu sur sa faim.

Avez-vous d’autres suggestions d’ouvrages pour approfondir ma réflexion ?

le fil rouge, le fil rouge lit, bibliothérapie, littérature, littérature canadienne, lecture, livres, livres qui font du bien, Courtepointe, Theresa Kishkan, Éditions Marchand de feuilles, quête identitaire, deuil, Rom, voyage

Courtepointe: une histoire délicatement tissée

C’est un tout petit livre, court et au format étroit qu’est Courtepointe de Theresa Kishkan. C’est d’abord et avant tout l’illustration sur sa couverture qui a capté mon attention: le portrait coloré d’une jeune femme d’une autre époque. La quatrième de couverture me promettait une plongée dans une quête identitaire et le retour aux sources d’une jeune canadienne d’origine rom, qui, après la restauration d’une courtepointe transmise aux femmes de sa famille de génération en génération, décide d’entreprendre un voyage au cœur de l’Europe centrale. Le sujet me semblait ambitieux pour l’épaisseur du roman, et c’est avec curiosité que j’avais envie de me plonger dans l’univers des Roms.

Dès les premières pages, on découvre cette fameuse courtepointe qui accompagne Patrin dans sa quête d’identité. Grâce à l’écriture fine et simple, on sent son odeur de laine et de fumée, on touche les différents tissus qui la composent, on voit ses couleurs délavées et sa bordure élimée. On comprend d’emblée que cette courtepointe est un legs précieux pour Patrin et qu’elle contient plus que des souvenirs de famille. Elle retrace, en fait, avec ces divers motifs, les chemins empruntés et les endroits visités par ses ancêtres nomades qui étaient Roms, auparavant appelés gitans ou tziganes.

« […] en moi-même, j’étais déterminée à ce que ma courtepointe ne subisse jamais de nettoyage. Elle recelait tout ce que je possédais de ma famille du côté paternel – sa fumée, sa carte secrète, le poids des mains d’une femme rom au début du 20e siècle, la vapeur qui s’échappait de sa marmite; et en son cœur, les retailles d’une cape, la housse d’un matelas, une couverture usée. »

 « Tu sais quoi? Ce n’était pas une question, mais l’expression d’une découverte. Je pense que cette courtepointe est une carte. »

Et c’est le point de départ d’un voyage touchant raconté grâce à une écriture portée sur les sens et sur l’introspection. On parle d’origines, d’ancêtres, mais on y parle aussi de découvertes et surtout d’acceptation de soi. Les courts chapitres nous font voyager entre quatre moments charnières de la vie de Patrin : le décès de son père, son premier voyage en Europe à la suite de ce deuil, le décès de sa grand-mère paternelle et son voyage en Tchécoslovaquie sur les chemins empruntés par ces ancêtres. C’est une histoire que je qualifierais de délicate, sans grande intrigue ni rebondissements, mais qui se dépose en nous doucement. Elle donne envie de s’attarder au détail des choses, du quotidien, de redonner un sens aux traditions et de la valeur à certains objets qui habitent nos vies.

Courtepointe et son histoire sont pour moi une sorte d’hommage et de reconnaissance pour ces Roms dont je sais encore si peu de choses. Je ressors de cette lecture avec l’envie d’en savoir plus sur eux, sur leur culture et leur histoire. J’en ressors aussi avec une envie folle de fabriquer quelque chose de mes mains, quelque chose qui pourrait traverser les âges comme la courtepointe de Patrin. J’ai d’ailleurs déjà commencé à rassembler des bouts de tissu!

Et vous, quel livre vous a inspiré pour créer?

le fil rouge, le file rouge lit, bibliothérapie, littérature, lecture, livres, les livres qui font du bien, Les conseils d'Hubert, Hubert Cormier, Éditions la semaine, recettes, nutrition, inspiration, cuisine, saisons, vulgarise, manger, outils, conseils, santé, illustrations, Laucolo

Les conseils d’Hubert, dans le ventre de la nutrition pratique et illustrée

Un après-midi anodin où je flânais au Marché Jean-Talon avec soif de produits frais et d’idées de recettes, je suis entrée à la Librairie Gourmande avec une envie de découvertes culinaires. Une conversation passionnée avec la libraire et quelques suggestions de livres plus tard, mes yeux s’attardaient sur de magnifiques illustrations. J’avais entre les mains Les conseils d’Hubert, un ouvrage de plus de 500 conseils et recettes, écrit par Hubert Cormier, nutritionniste et diététiste, illustré par Laucolo.

Un coup de coeur, une évidence, que dis-je! un petit bijou avec lequel je repartais sous le bras. Cinq mois plus tard, il est non seulement toujours mon allié en cuisine, mais également une lecture fréquente et inspirante qui m’a donné envie de m’entretenir avec l’auteur:

As-tu un attachement au format papier et, si oui, d’où te vient-il?

J’ai bel et bien un attachement au format papier. En tant qu’auteur, c’est toujours excitant de recevoir son livre et de le tenir en mains propres une fois imprimé. On peut le sentir, le feuilleter tranquillement et ça n’a pas de prix à mes yeux. Ça me rend tellement fier, encore plus que mes projets numériques, puisque la sensation est vraiment différente. De plus, pour mon livre Les conseils d’Hubert, j’ai agi à titre de photographe et de styliste culinaire pour les photos des 40 recettes, donc j’avais très hâte de voir le rendu une fois imprimé. Comme le papier est mat, on a vraiment un effet différent en contraste avec un écran couleur 5K! 

J’ai mémorisé beaucoup de tes conseils grâce à l’association que j’ai faite entre ceux-ci et les magnifiques illustrations de la talentueuse Laucolo. Cela était-il le but premier de cette collaboration ou était-ce plutôt de te démarquer des autres livres? 

L’association avec Laurence s’est faite naturellement. C’était carrément la continuité de mon blogue où j’utilise abondamment l’aquarelle et les illustrations. Je voulais que le livre soit magnifique, ludique et intéressant. Quand je suis tombé sur le compte Instagram de Laucolo, j’ai immédiatement été charmé. Ce fut un défi colossal pour elle de dessiner 500 illustrations en lien avec chacun des conseils. Disons simplement que ça prend de la créativité pour réinventer les illustrations de pois chiches, comme le sujet des légumineuses et des protéines végétales revient assez souvent dans le livre. 

 

Tes idées de recettes et de nouveaux ingrédients à découvrir proviennent de tous azimut. Si tu avais trois pays à conseiller pour explorer leur cuisine selon les catégories suivantes, quels seraient-ils et pourquoi?

cuisine végétarienne? La Grèce ou le Liban – Les pays en bordure de la Méditerranée m’inspirent vraiment, car l’abondance de produits frais permet de créer des recettes sublimes et colorées. 

cuisine réconfort? L’Italie! Pour moi, la cuisine réconfortante, c’est un bon risotto ou un plat de pâtes!

cuisine santé? L’Australie – un pays toujours à l’affût des dernières tendances.

J’aime beaucoup ton approche non culpabilisante et inclusive. Qu’est-ce qui t’inspires pour susciter l’intérêt et la curiosité des gens? 

J’ai toujours prôné cette approche, autant lorsque je faisais de la clinique privée que lorsque j’écris pour mon blogue, mes livres ou autres projets. Je crois fermement qu’on peut manger de tout – et ça inclut des aliments que les gens classent souvent comme étant « interdits » – mais avec une approche consciente et modérée. On peut y trouver facilement son compte, il suffit de s’intéresser à la nutrition! Les gens qui s’intéressent à l’alimentation et la nutrition savent souvent instinctivement ce qui est bon pour eux et ces derniers sont plus ouverts à découvrir de nouveaux aliments ou de nouvelles recettes.

Cette source d’inspiration est une mine d’or pour ceux et celles qui adorent cuisiner et qui dévorent avec les yeux! Le découpage du livre par saison est vraiment pratique surtout quand on a pas une idée précise en tête pour notre menu.

Pour ma part, les recettes suivantes ont été adoptées dans ma cuisine: la salade indonésienne Gado gado (ci-dessous), la sauce hollandaise allégée et les boulettes suédoises au tofu.

gadogado

Et vous, quel est votre coup de cœur quand vient le temps de mettre les mains à la pâte?

EnregistrerEnregistrer

Autour des livres, Aria de laine, Bibliothérapie, Le fil rouge, le fil rouge lit, lecture, les livres qui font du bien, littérature, livres, Meb, Moult Éditions

Autour des livres: Rencontre avec Meb

Meb a peut-être seulement un livre à son actif, mais elle fait déjà beaucoup parler d’elle. En décembre dernier, elle a lancé Aria de laine, un livre constitué de poèmes découpés dans Maria Chapdelaine, de Louis Hémon. Le recueil a été bien reçu par la critique. J’ai écrit un article sur son premier livre ici. L’autrice a gentiment accepté de répondre au questionnaire Autour des livres.

1. Quel est ton premier souvenir en lien avec la lecture?

Un livre sur l’évolution du cheval de l’époque préhistorique à maintenant. J’adorais ce livre. Voir l’évolution des sabots, de la taille, etc., ça me fascinait. Je l’ai encore.

2. Avais-tu un rituel de lecture enfant ou un livre marquant ? Et maintenant, as-tu un rituel de lecture?

Enfant, je lisais un peu tout ce que je trouvais dans la maison. J’étais très curieuse. Adolescente, j’ai lu beaucoup de John Irving et j’ai dévoré tous les romans de Sherlock Holmes. Maintenant, il y a de longues périodes où je ne lis pas et d’autres où je lis beaucoup. J’aime beaucoup écouter des livres audio aussi.

3. As-tu une routine d’écriture, des rituels ? Dans quel état d’esprit dois-tu être pour écrire?

J’essaie (je dis bien j’essaie) d’avoir une discipline et de faire en sorte que mes projets avancent un peu chaque jour. Je fais souvent les pages du matins (l’exercice de Julia Cameron), à la dactylo ou à la main. J’aime mieux écrire par petites périodes mais plusieurs fois dans la journée. J’allume la plupart du temps une chandelle et si j’écris à la main, c’est toujours avec ma plume Kaweco AL Sport. La couleur d’encre varie selon la période de l’année. Je deviens obsédée par certaines couleurs à certains moments. J’écris peu importe mon état. Je pense que c’est important de le faire.

4. Quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?

Étrangement, je suis plus inspirée par les œuvres visuelles (photos, peintures, sculptures et films) que par les livres. J’ai dévoré tout ce qui touchait au surréalisme à la fin de l’adolescence (Buñuel, Cocteau, Man Ray, Dali) et quand j’écris, je cherche à créer des images inattendues dans la tête des gens.

5. Quel est le livre qui t’a le plus fait cheminer personnellement et pourquoi ?

Je me souviens d’avoir été très marquée par La vie secrète de Salvador Dali à 17 ans. Je pense que j’ai été très inspirée par l’incroyable confiance en lui que cet artiste avait et que je n’avais pas. Ça m’a donné un coup de pied au derrière, le goût de croire en ma vision des choses et de l’assumer totalement. The Artist Way de Julia Cameron m’a enlignée sur la bonne voie créativement. La vision du monde de Marcel Gotlib et son amour de l’absurde a aussi été importante dans mon cheminement.

6. Si tu pouvais vivre dans un monde littéraire, ce serait lequel ?

La campagne anglaise de Jane Austin ou des sœurs Brontë.

7. Quel livre relis-tu constamment sans même te tanner?

L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera.

8. Quel est ton mot de la langue française préféré ?

Lune. J’ai une préférence pour les mots courts avec des consonnes coulantes.

9. Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit ?

La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau Lavalette.

10. Si tu écrivais ta propre biographie, quel serait le titre ?

«Personne ne m’avait avertie qu’être une adulte souvent ça pue»

* * *

Si vous voulez suivre les projet de Meb, vous pouvez le faire sur sa page Facebook et son site internet. Je l’ai récemment interviewée pour Inside & Somewhere Else sur l’ensemble de son parcours d’artiste que vous pouvez lire iciAria de laine est en vente chez Le pressier.

*La photo provient du site internet de l’autrice*

le fil rouge, le fil rouge lit, le journal champêtre d'Edith Holden, campagne, fleurs, botanique, Angleterre, nature

Le journal champêtre d’Edith Holden: une ode à la beauté de la nature

L’arrivée de l’été me donne toujours l’envie d’aborder des sujets littéraires reliés au monde de la botanique, des fleurs ou bien tout ce qui concerne la nature en général (ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux connaissent bien mon obsession pour les fleurs et mon déversement de photos annuelles de magnolias!). À cet effet, je fus agréablement servie en découvrant un classique de la littérature anglaise, The Country Diary of an Edwardian Lady, par Edith Holden:

33224623_10216216960879313_6083902744802885632_n

(source: le compte Instagram Insidewanderer)

 

Qu’est-ce que c’est? 

L’ouvrage est un journal «botanique» réalisé par l’artiste et enseignante anglaise Edith Holden, au début du vingtième siècle. Passionnée de la nature, Holden réalisa plusieurs aquarelles de ses découvertes au cours de ses escapades champêtres dans les campagnes d’Angleterre et d’Écosse (fleurs, herbes, petits animaux, insectes, etc.). Ce «journal de bord», en plus des aquarelles, contient des notes et des informations diverses sur ses découvertes, ainsi que des poèmes relatifs à la nature: le tout est séparé par les douze mois de l’année. Le journal, réalisé en 1906, ne fut édité qu’à titre posthume dans les années 70, soit une quarantaine d’années après le décès tragique d’Holden (celle-ci, en voulant atteindre une branche de marronnier trébucha et se noya dans la Tamise). La publication de son journal  fut un énorme succès partout à travers le monde et le livre fit l’objet d’une seconde réédition en français en 2010. De nouveau un succès, il devint rapidement en rupture de stock.

33216189_10216216961679333_2628912648242069504_n

(Coup d’oeil sur l’intérieur du livre! C’est d’ailleurs ce compte instagram qui me l’a fait découvrir!)

Pourquoi on aime 

  • Les illustrations magnifiques à l’aquarelle: à plusieurs égards, la vie d’Holden et ses réalisations artistiques me rappellent celles de l’artiste et auteure de livres jeunesse Beatrix Potter (la créatrice de Pierrot lapin!), également fervente de la flore et de la faune. Si vous aimez ce style que certains appellent «un peu vieillot», vous apprécierez sûrement les réalisations contenues dans le livre.
  • Les notes et les réflexions d’Holden: les exactitudes de ses observations témoignent de la justesse et de la passion de cette naturaliste pour la faune et la flore. La signification derrière les noms donnés aux mois est également intéressante:

In the old latin calendar, June was the fourth month. Ovid states that this month received it’s name in honour of Juno, other writers connect the term of the consulate of Junius Brutus (…) The Anglo Saxons called it the ‘dry month’ also ‘midsummer month’ and in contradistinction to July. ‘The earlier mild month‘. 

  • Si je suis moins portée à lire les poèmes, quelques passages magnifiques retinrent toutefois mon attention en parcourant une nouvelle fois l’ouvrage pour la rédaction de ce billet (les poèmes sont traduits dans la réédition en français):

 »A swarm of bees in May is worth a load of hay, 

a swarm of bees in June is worth a silver spoon, 

a swarm of bees in July is not worth a fly »

 »In july shear your rye ».

– vieux proverbe/expression britannique.

Le journal champêtre d’Edith Holden est un journal magnifique, un classique que l’on se plait à feuilleter encore et encore!

Avez-vous des ouvrages/titres relatifs à la nature du même genre que vous aimez particulièrement?

Petite note* L’illustration est une réalisation de Camille Vaillancourt, étudiante au baccalauréat en arts visuels à l’université Concordia.

Le fil rouge, Le fil rouge lit, lectures, livres, bibliothérapie, les livres qui font du bien, Mary Ann Shaffer & Annie Barrows, Nil éditions, Le cercle littéraire des amateurs d'pluchures de patates, littérature étrangère, roman épistolaire, Occupation allemande, Londres, île de Guernesey, cercle littéraire, correspondances

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, à mettre sur votre liste de lecture cet été !

Comment choisissez-vous un livre? À la suite d’une critique favorable? D’un conseil d’une personne de confiance? Personnellement, j’accorde énormément d’importance aux titres. J’ai besoin qu’il soit accrocheur, qu’il me laisse perplexe, qu’il donne envie de m’y intéresser. J’ai souvent l’impression qu’on délaisse le titre, qu’on ne lui accorde pas suffisamment d’attention lorsqu’on le choisi et qu’on néglige tout son potentiel d’influence sur la décision du lecteur de le ramener à la maison ou de le laisser sur la tablette de la librairie ou de la bibliothèque.

S’il y a bien un titre qui ne m’a pas laissée indifférente c’est bien celui choisi par Mary Ann Shaffer et Annie Barrows pour leur livre intitulé Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates.

Tous les amateurs de littérature connaissent, un jour ou l’autre, la puissante captivité qu’un livre peut exercer sur un individu. Cette obsession qui se développe brièvement le temps que l’on atteigne la dernière page d’un livre qui nous obnubile. Ces histoires qui nous détiennent l’esprit et que l’on traîne toute la journée dans notre sac pour y lire une page aussitôt qu’un moment nous le permet. C’est ce qu’a provoqué chez moi Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, qui m’a complètement transformée en une antisociale pendant une semaine, le temps que je le consume.

La recette parfaite d’un livre qu’on ne parvient plus à déposer

Ce roman est une fiction historique épistolaire qui traite de l’île de Guernesey , une île appartenant à l’Angleterre, pendant l’Occupation allemande de la deuxième guerre mondiale. Le personnage principal de l’histoire est une écrivaine de Londres, Juliet Ashton, qui est à la recherche d’un nouveau sujet pour son roman. Par un heureux hasard, elle reçoit une lettre d’un homme vivant sur l’île qui détient un livre qui lui a déjà appartenu. Il demandera à Juliet de lui envoyer le nom et l’adresse d’une librairie de Londres pour pallier à la destruction de leur librairie pendant la guerre.

Chère Miss Ashton,

Je m’appelle Dawsey Adans et j’habite sur une ferme de la paroisse de St. Martin, sur l’île de Guernesey. Je connais votre existence parce que je possède un vieux livre vous ayant jadis appartenu, Les Essais d’Elia, morceaux choisis, d’un auteur dont le véritable nom était Charles Lamb. Votre nom et votre adresse étaient inscrits au verso de la couverture. […] J’aimerais solliciter votre gentillesse. Pourriez-vous m’envoyer le nom et l’adresse d’une librairie à Londres?

Au cours leurs correspondances,  elle découvrira l’existence d’un cercle littéraire portant le nom de «Le cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey» qui aurait été créé lors de l’Occupation allemande sur la petite île anglaise et dont l’homme faisait partie.

Charles Lamb m’a fait beaucoup rire pendant l’Occupation, surtout son passage sur le cochon rôti. Le cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey est né à cause d’un cochon rôti que nous avons dû cacher aux soldats allemands – raison pour laquelle je me sens une affinité particulière avec Mr. Lamb.

Intriguée, elle décide d’écrire aux autres membres de ce cercle littéraire. Plusieurs échanges de lettres se feront entre l’écrivaine et les membres lui permettant d’en connaître plus sur l’histoire du cercle littéraire au nom farfelu mais également, sur la triste et désolante Occupation allemande de la petite île de Guernesey. Cette correspondance se poursuivra jusqu’au jour où elle décide se rendre sur l’île.

Quand la maladie vole le plaisir de voir son oeuvre achevée…

L’autrice, Mary Ann Shaffer, était une libraire américaine qui est décédée en 2008 juste avant de savoir que son livre allait être publié. Son manuscrit fut accepté en 2006 sous condition d’apporter des corrections. Puisque sa santé ne lui permettait pas de terminer son oeuvre, elle demanda à sa nièce Annie Barrows de compléter son travail.

Je ne suis pas une grande amatrice de roman épistolaire mais je dois dire que ce roman se positionne sans aucun doute dans mes coups de cœur littéraires des dernières années. Il contient la recette parfaite d’un livre qu’on ne parvient plus à déposer : de l’humour, des personnages attachants, un brin d’amour et un contexte historique réel et informatif.

Avec l’été qui s’installe, je vous recommande de lire ce livre bien installé en plein air avec une bonne bière IPA rafraîchissante, et prenez le temps de savourer tout le plaisir que vous procure ce petit moment de qualité que vous vous offrez!

Avez-vous un livre qui vous a déjà transformé en ermite ?

 

 

Antoine de Saint-Exupéry, étoile, bibliothérapie, deuxième degré, fleur, Folio, Folio junior, Le fil rouge, Le fil rouge lit, Le petit prince, lecture, Les livres qui font du bien, littérature, littérature jeunesse, livres, planètes, premier degré, voyage

Dessine-moi un mouton

C’est quelque peu angoissant d’écrire un article sur le livre le plus traduit au monde après la Bible – en 300 langues pour être exacte – d’autant plus que rares sont ceux qui ne l’ont pas lu au moins une fois. Mais alors, me direz-vous, pourquoi m’embarquer là-dedans ? C’est que, il y a quelques mois de cela, j’ai eu une discussion endiablée avec mon coloc sur les différents degrés d’interprétation que chacun peut avoir d’un même livre. J’ai tout de suite pensé au Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, qui est reconnu comme étant un conte écrit pour les enfants, mais destiné aux adultes.

Avec les années, on gagne en maturité, tout en perdant l’enfant en nous, celui qui voit ce qui est réellement devant lui, qui accepte l’impossible et dont l’imagination surpasse la raison. C’est d’ailleurs pour cela qu’un enfant qui lit ce livre n’y verra qu’un personnage éclectique qui fait des rencontres toujours plus spéciales les unes que les autres. L’adulte, lui, rend à ce livre son côté sérieux, prêtant à ces lignes très simples une intention très complexe. C’est ce qu’on appelle aussi le premier et le deuxième degré.

 À travers mes yeux d’enfant : le premier degré

C’était une de mes histoires préférées quand j’étais petite. Je trouvais le Petit Prince drôle avec son grand manteau vert et ses pattes d’éléphant. J’adorais le suivre dans ses aventures toutes plus folles les unes que les autres, et tout cela pour une fleur. Je me rappelle même avoir voulu en apprivoiser une moi aussi, ce qui fut un échec monumental qui me brisa le cœur – pas facile la vie quand on a 6 ans. Le Petit Prince, vivant sur une étoile avec une fleur vaniteuse et fière qu’il aime de tout son cœur, trois volcans et des couchers de soleil à n’en plus finir, décida un jour de quitter sa maison pour explorer la galaxie. Il rencontre lors de ce voyage des personnes étranges, mais qui lui en apprennent beaucoup sur leurs planètes respectives. Il atterrit finalement sur la Terre, où il restera un an. Sur cette planète, il en apprendra un peu plus sur sa fleur chérie et sera enfin prêt à repartir d’où il vient.

Je me rappelle avoir été émerveillée par toute cette histoire. Je le trouvais courageux de laisser sa planète et sa fleur pour explorer ce qui l’entoure. J’avais envie d’aller lui rendre visite sur son étoile et de moi aussi visiter l’allumeur de réverbère, le géographe, et le roi, qui étaient mes personnages préférés. J’ai décidé de le relire, voir l’interprétation que j’en ferais maintenant, et j’ai compris qu’il m’était maintenant impossible de le lire à travers mes yeux d’enfants.

 « Mais les yeux sont aveugles. Il faut chercher avec le cœur. »

 À travers mes yeux d’adulte : le deuxième degré

Le petit prince, c’est l’enfant en nous tous. C’est la première réflexion que je me suis faite en le commençant, et c’est celle qui m’a suivie tout au long de ma lecture. Chacun de nous a un petit prince, qu’on observe au loin à travers toutes les étoiles, et qu’on essaie parfois de retrouver même s’il est inatteignable. Dans les toutes premières pages, le Petit Prince explique qu’il faut faire attention aux Baobabs, des arbres qui, si on les laisse pousser, prennent toute la place et font exploser la planète. Qu’il faut, dès qu’ils commencent à pousser, les arracher et les empêcher de grandir, comme les problèmes que nous avons tous. Ces pensées noires que nous avons tendance à laisser aller et qui finissent bien souvent par prendre toute la place et par avoir des conséquences irréversibles.

Et que dire de sa fameuse fleur et de ses quatre épines qu’elle pense vont la protéger contre les tigres de ce monde. Elle se crée ce masque de vanité et de distance pour ne pas être blessée, pour s’assurer de finir dans une cloche de verre, même si cela l’empêche de profiter du vent sur ses pétales et des chenilles qui se transforment en jolis papillons. N’est-ce pas ce que nous faisons, nous créer des masques remplis d’épines parce qu’il ne faut surtout pas que quelqu’un se rende compte que nous ne sommes pas parfaits?

Je vais m’arrêter ici, pour tous ceux d’entre vous qui n’ont pas encore eu la chance de lire ce petit bijou de la littérature. Si jamais c’est le cas, je vous conseille vivement de le mettre au-dessus de votre pile de livres à lire. Je vous le promets, vous ne le regretterez pas.

 Et vous, quelle a été votre interprétation de cette célèbre histoire ?